DEUXIÈME PARTIE
Que l'état de la gloire inspire la crainte, attire le respct, donne de l'admiration, c'est, chrétiens, ce que je n'ai pas de peine à comprendre. Mais ne semble-t-il pas que ce soit un para-
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doxe, de Jire qu'un mystère aussi éclatant et aussi glorieux que celui de la résurrection du Fils de Dieu, qu'un mystère qui fut le triomphe de son humanité, qui l'exempta de toutes nos faiblesses, qui le sépara de nous, et qui le mit dans un état où il n'eut plus avec les hommes ce commerce familier que son incarnation avait établi entre lui et eux ; que ce mystère, dis-je, doive servir à exciter pour ce Dieu- Homme toute la tendresse de notre amour, c'est ce qui paraît d'abord difficile à croire, et ce qui est néanmoins constant dans tous les principes de notre religion. Car, de quelque manière que nous envisagions aujourd'hui ce grand mystère, soit que nous en considérions la fin, soit que nous en examinions les circonstances, soit que nous ayons égard à l'effet principal qu'il a produit dans la sainte humanité du Sauveur, je prétends, et il est vrai, que c'est un des mystères où sa charité s'est fait voir plus sensiblement; et que tous les autres mystères de sa vie souffrante et mortelle, ces mystères de miséricorde et de bonté, ont trouvé dans celui-ci comme leur accomplissement etleur consommation: pourquoi cela? comprenez, s'il vous plaît, ma pensée : parce qu'autant qu'il est vrai que Jésus-Christ est entré dans sa gloire en ressuscitant, autant est-il vrai que c'estpour nous qu'il a pris possession de cette gloire, et qu'il est ressuscité ; voilà ce que j'appelle la fin du mystère ; parce que dans le triomphe même de sa résurrection, il a voulu conserver les marques les plus authentiques et les caractères les plus visibles de son amour envers les hommes, savoir, les cicatrices des blessures qu'il avait reçues dans sa passion : voilà la circonstance la plus remarquable, ou du moins l'une des plus remarquables de ce mystère; enfin parce qu'en ressuscitant glorieux, il a élevé son humanité à un état de perfection où nous ne pouvons nous défendre de l'aimer, mais de quel amour ? d'un amour pur, d'un amour spirituel et tout divin ; voilà l'effet, ou, pour mieux dire, la substance même de ce mystère, considéré par rapport à nous. Appliquezvous, chrétiens, à ces trois vérités.
C'est pour nous et pour notre intérêt que ié- Bus-Clirist est ressuscité. Il ne nous est pas permis de former sur cela le moindre doute, puisque le Saint-Esprit nous le dit en termes exprès : Traditiis est propter delicta noslrii, et resurrexitpropterjustilicatiunem iwslruni ' ; Il a été livré à la mort pour nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification. En effet, de la manière qu'en parle l'Ëcriture, il ne ressuscite,
l Bom., IT, ib.
qu'afm de nous faire ressusciter avec lui, et dd ressusciter lui-môme dans nous. Il ne ressuscite, dit saint Augustin, que pour ressusciter dam sa personne notre espérance, et pour ressusciter dans nos cœurs son amour, que le péché y avait éteint. En un mot, il ne ressuscite, selon saint Paul, que pour notre justification : Et resurrexil propter justificationem tioUram . E'e sorte que cette grande parole de l'Evangile t Sic Deus dilexitmundum, utFilium suum unigenitum darel ', s'étend aussi bien au mystère de la résurrection qu'à celui de l'incarnation : car, au moment que Jésus-Christ sortit du tombeau, il fut vrai de dire que le Père éternel donnait encore une fois au monde son Fils unique; et c'est la pensée de l'Apôtre dans ce texte de l'épitre aux Hébreux que j'ai déjà cité : Elaimiterum introducit primoqenitum in orbein terne 2. Mais ea quelle qualité le donna-t-il alors ? Ne craignons point de porter trop loin la chose : il n'y aura rien dans celte théologie que de solide et d'in contestable. Il le donna pour la seconde fois en qualité de sauveur, en qualité de pasteur, en qualité de docteur et de maître. Eu qualité de sauveur, puisqu'il est certain que Jésus-Christ par sa résurrection mit le sceau à tout ce qu'il avait fait, et à tout ce qu'il avait souffert pour le salut des hommes ; et que, s'il n'était pas ressuscité, ce grand ouvrage du salut des hommes aurait été non-seulement imparfait, mais anéanti, et qu'on aurait pu di4"e : Ergo evacuatum est scandalum crucis... eryo gratis Cliristus mort nus est S ; Eh quoi ! Jésus-Christ est donc mort en vain, et le scandale de la croix est sans effet? En qualité de pasteur, puisque le premier soin de cet Homme-Dieu, à finstant qu'il ressuscita, fut de ramasser son troupeau que l'infidélité avait dissipé -.Scriptumest :PerciUiam pastorem, et dispergentur oves gregis. Postquam autem resurrexero, prœcedam vos in Galilivam •*. Il est écrit, disait-il à ses apôtres, en prophétisant leur chute : Je frapperai le pasteur, et les brebis seront dispersées ; mais que cela ne vous trouble point ; car après que je serai ressuscité, j'irai devant vous en Galilée : et pourquoi? pourvou» rappeler à cette sainte bergerie que j'ai formée, et où je rassemble mes prédestinés et mes élus En qualité de maître et de docteur, puisque tout le temps qu'il demeura sur la terre après sa résurrection, il l'employa, comme nous i'apprcnons de saint Luc, à instruire ses disciples, à leur donner l'intelligence de ses mystères, à leur développer le sens des Ecritures, à leuren-
ijoan., 1 1, i-î. — Ulcb., 1,6. — = Gai., v, il; il, 21. — • MslUi.,
SUR LA RÉSURRECTION DE JÊSUS-CHRlST.
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sei^ner tout ce qui regardait les vérités de la religion. Salutaires enseignements qui sont aujourd'hui, dans le christianisme, le fond de ces traditions divines que nous recevons comme autant de règles de notre foi. C'est pour cela quece Sauveur adorable suspendit quarante jours entiers la gloire de son ascension, ne pouvant encore monter au ciel, parce que son amour, dit saint Augustin, le retenait sur la terre. C'est pour cela que, tout glorieux qu'il était, il ne laissa pas de converser avec ses apôtres, leur ap|)araissant, les visitant, les consolant, leur faisant d'aimables reproches, les accompagnant dans leurs voyages, n'oubliant rien pour se les attacher, et pour avoir toute leur confiance. C'est pour cela que, dans quelques-unes de es apparitions, il les appela ses frères, ce qu'il n'avait jamais fait avant sa mort : Ite, nuntiate fratribus meisut eant pi Galilœam i ; Allez, dites à mes frères qu'ils se rendent en Galilée, parce que c'est là qu'ils me verront; ne se contentant pas, comme autrefois, de les traiter d'amis, mais les honorant du nom de frères, comme si l'état de sa résurrection avait ajouté un nouveau degré à l'étroite alliance qu'il avait contractée avec nous en se faisant homme. Or, que doit nous inspirer tout cela, chrétiens ? Un zèle ardent et un amour tendre pour cet Homme- Dieu. Il est ressuscité pour nous, comme il était mort pour nous : voilà le principe sur lequel saint Paul fonde celte admirable conséquence, quand il nous dit que nous ne devons donc plusvivi'e pour nous-mêmes ni mourir pour nous-mêmes; que soit que nous vivions, soit que nous mourions, c'est pour le Seigneur que nous devons vivre et mourir, parce que, soitque nous vivions ou que nous mourions, nous sommes à lui : Sive ergo vivinms, sive morimur, Domini sumus 2. Car, ajoute l'Apùtre, voilà pourquoi Jésus-Christ est mort et ressuscité : In hoc enim Christus mortuus est, et resunexit 3. Il a voulu par sa mort et par sa résurrection acquérir sur les morts et sur les vivants une domination souveraine ; une domination, non pas de crainte et de servitude, mais d'amour et de liberté, puisque c'est particulièrement sur nos cœurs qu'il veut régner. Et en effet, reprend saint Ambroise, expliquant ce passage, comment reconnaître l'amour que par l'amour, et un amour si parfait, que par un amour sans bornes ? Ce Dieu fait chair n'a point voulu se partager, quand il a été question de nos intérêts ; pom-quoi nous partagerons-nous quand il s'agira de son service ? il nous a sacrifié sa vie glorieuse, aussi bien que sa vie souf-
! MitUi., «TIii, 10. — ■> fioj»., xiT, 8. — » Ibid., 9
frante ; pourquoi ne lui sacrifierons-nous pas nos prospérités aussi bien que nos adversités, nous tenant toujours également unis à lui dans l'une et dans l'autre fortune ? il ne veut ni de gloire, ni de triomphe que pour nous ; pourquoi désirerons-nous et chercherons-nous jamaii autre chose que lui ?
Ce n'est pas assez : le Sauveur du monde est tellement ressuscité que.dans l'état même de sa résurrection, il porte encore les marques de son amour pour les honmies, je veux dire les cicatrices des blessures qu'il a reçues en mourant. Quoique ces plaies ne conviennent guère, ce semble, à la bienheureuse immortalité dont il prend possession, il se fait un plaisir de les conserver : et pourquoi ? Ah ! mes frères, répond saint Augustin, pour bien des raisons que sa charité lui fournit, et dont votre piété doit être touchée. Il conserve ses plaies pour nous faire entendre que, dans leséjourmême de sa gloire, il ne veut point nous oublier ; pour accomplir ce qu'il nous a dit à chacun par son prophète : Ecce in manihits meis descripsi te^ ; Regarde, chrétien, c'est dans mes mains que je t'ai écrit, mais avec dos caractères qui ne s'effaceront jamais : car ces plaies, dont tu vois encore les vestiges, sont autant de traits vifs et animés, qui te représenteront éternellement à moi, et qui me parleront sans cesse pour toi. Que la mère oublie son enfant, et qu'elle abandonne le fils qu'elle a nourri dans son sein ; quand cela même serait possible, pour moi je ne t'oubUerai pas, parce que je te verrai gravé sur mes mains : Ecce in manibus meis descripsi te. Il conserve ses plaies pour apaiser la justice de son Père, et pour faire auprès de lui, selon la pensée du bienaimé disciple, l'office de médiateur et d'avocat: Advocatum habemus apud Patrem 2. Car c'est bien maintenant que nous pouvons dire à ce Dieu Sauveur : In manibus titis sortes meœ'^; Ah ! Seigneur, mon sort est dans vos mains. Il n'est pas nécessaire que vous parliez pour plaider ma cause ; vous n'avez qu'à présenter ces mains percées pour nous, il n'y a point de grâces que je n'obtienne, et je tiens mon salut assuré. Il les conserve pour nous engager à ne perdre jamais le souvenir de sa sainte passion ; en sorte que nons ayons toujours ses souffrances en vue, et que nous nous fassions non-seulement une occupation et un devoir, mais même un plaisir d'y penser sans cesse avec tous les sentiments de la plus vive reconnaissance, disant avec le prophète royal : Adhœreat lingua mea faucibus meis, si non meminero lui; si TUtn
!iM..iux. U. — 3 1 J««i., M, 1. — >rê,,imm, l*.
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proposuero Jérusalem in principio lœtitiœ meœ *; Oui, Soigneur, (juc ma langue demearc altachccà mon palais, si je ne me souviens de vous ; si je ne ine représente toujours Jérusalem, et ce que vous y avez souffert ; et si je n'apprends pas de là à réprimer mes passions, à retranclier l'excès criminel de mes divertissements, à me détacher du monde et de moi-même. Car rien, dit saint CInysoslome, n'est plus capable de produire en moi ces heureux effets, que de considérer un Dieu qui porte les vestiges de la croix jusque sur le trône de sa majesté.
Enfin ce divin Sauveur nous présente dans sa résurrection l'objet le plus aimable et le plus propre à lui gagner tous les cœurs, savoir : son liumanité glorieuse, immortelle, impassible, révolue (le toute la splendeur que répand sur elle la divinité qu'elle renferme, et qui commence, après s'élre si longtemps cachée dans les ténè- Ines, à se produire au jour et à se faire connai- Ire. Or, dans cet état où il fait la félicité des saints, n'a-t-il pas droit de nous dire : Qu'ya-til' sur la terre que vous puissiez préférer et même comparer à moi? Si donc vous êtes ressuscites selon l'esprit, comme je le suis selon la chair, ne vous attachez plus à ces beautés fragiles et périssables qui séduisent vos sens et <pii corrompent vos Tunes ; mais recherchez ces beautés célestes et incorruptibles dont vous voyez déjà dans ma personne une si brillante itnage : ^*>î coiisitrrexistis cum Chrido, quœ. siirsîim siu)t quœrite... non quœ super lerram 2. Demeurons-en là, chrétiens, et n'entrons pas plus avant dans un sujet qui me conduiiait trop loin, si j'entre[)renais de l'approfondir et de le tfcvclopper dans toute son étendue. Contentonsnous lie faire un retour sur nous-mêmes, et de tirer des trois considérations que je vous ai proposées la conséquence naturelle qui en doit snivre. Car une chaiité aussi constante que celle de Jésus-Christ pour nous, une charité qu'il a fait paraître, non-seulement jusqu'à la mort, mais au delà des bornes de la mort, nous louche-t-elle autant qu'elle le doit et autant qu'il se l'était lui-même promis? pourrians-nousdire aujourd'hui, comme les deux disciples de notre Evangile, que notre cœur est tout brûlant de zèle : Nonne cor nostrum urdens eratin nolns'^f Concevons-nous au moins l'obligation indispensable où nous sommes de nous consacrer sincèrement et pleinement à Jésus-Christ ? croyonsnous, comme nous en devons être convaincus, que tout notre bien consiste dans ce parfait dévouement; et que sur cela, si j'ose parler de la
' Ps-, cxxxvi, 6. — ' Coloss., 111, 1, 2. — 3 Luc, xxiv, 3a
sorte, roule toute notre destinée selon Dieu? c'est-à-dire , aimons- nous Jésus-Christ d'un amour qui ait quelque rapport à celui dont il nous a aimés? Si c'est ainsi que nous l'aimons, prenons confiance, parce que nos noms seront écrits dans le livre de vie. Si nous l'aimons moins, tremblons, parce qu'il est de la foi que celui qui n'aime pas le Seigneur Jésus, est anathème. Oui, mes frères, disait saint Paul, je vous regarde comme des anathèmcs, si vous êtes indifférents pour cet Homme-Dieu et insensibles à ses intérêts. En vain feriez-vous dans le monde lesplusgrandsmiracles.cn vain parleriez-vous le langage des anges, en vain auriez-vous tous les dons du ciel ; si vous n'avez pas la charité de Jésus-Christ, vous n'êtes pas en grâce avec Dieu, et par conséquent vous n'êtes devant Dieu que des sujets d'abomination: pourquoi? parce que, selon la parole de Jésus-Christ, Dieu n'aime les hommes qu'autant que les hommes aiment son Fils: Ipse eniin Pater amat vos, quia vos)ne amastis'. Je dis plus; etquand même j'aimerais Dieu, sans l'amour de Jésus-Christ, je ne serais rien, et je ne mériterais rien : Dieu ne se tiendrait pas honoré de mon amour, parce qu'il ne veut être aimé de moi que dans Jésus-Christ, comme il ne veut me sauver que par Jésus- Christ. D'où vient que saint Paul, parlant de la charité de Dieu, lui donne toujours ce caractère particulier d'être renfermée en Jésus-Christ: Gratta Dei... inChristo Jesu''-. Car, comme raisonne saint Tliomas, c'est à Dieu de me prescrire comment il veut que je l'aime ; et c'est à moi de l'aimer selon la forme qu'il me prescrit. Or il m'a déclaré expressément qu'il voulait que je l'aimasse dans la personne de ce Sauveur; c'est donc dans la personne de ce Sauveur que je dois désormais chercher Dieu, aimer Dieu, espérer en Dieu. Hors de ce Sauveur, il n'y a plus de Dieu pour moi, plus de grâce, plus de miséricorde, plus de salut pour moi, parce ([u'il n'y a plus, dit l'Ecriture, d'autre nom sous le ciel par où nous puissions parvenir à la vie bienheureuse.
Or, un moment de réflexion, mon cher auditeur , et considérez, mais considérez-le atter.t;vement, si, vivant comme vous vivez dans les engagements du monde, dans les intrigues da monde, au milieu des écueils et des tentations du monde, vous avez pour Jésus-Christ cet attachement d'es|)rit et de cœur qu'exige de vous la religion que vous professez. Examinez bien si, dans l'embarras et le tumulte des affaires humaines, vous conservez pour Jésus-Christ toute
1 Joan.. XVI, 27. — » I Cor., i, 4.
SUR L'ASCENSION DE JÉSUS-CHRIST
ta reconnaissance qui lui est due comme h votre Rédempteur ; si vous êtes zélé pour la gloire ue son nom, si les intérêts de son Eglise vous sont chers, si vous suivez ses maximes, si vous imitez ses exemples, si vous pratiquez sa loi : car voilà les marques d'un véritable et solide amour. Du reste que ce ne soit pas un amour sensible ; que cet amour solide et véritable n'opère pas dans vous les mêmes effets que dans certaines âmes spécialement choisies et favorisées de Dieu ; il n'importe : ce serait une erreur de mesurer par là, soit l'obligation, soit même la perfection de cette divine charité qui nous doit miii" à Jésus-Christ : et c'est une des plus subtiles illusions dont se sert l'ennemi de notice salut pour ■' ^sespérer les faibles et pour endurcir les libe ..ns. Je dis que vous devez à Jésus- Chiist volie amour, mais je ne dis pas que vous le devez sentir, cet amour : car il peut être dans vous, quoique vous ne le sentiez pas. Il doit être dans la raison, et non dans le sentiment ; il doit être dans la pratique et dans l'action, et non dans le goût ni dans la doucem- de l'affection : il peut même quelquefois être plus partout, lorsqiie, sans être ni sensible, ni doux, il est généreux et cfdcace, embrassant tout et ne goûtant rien ; surmontant la nature par la pure grâce, et dans les aridités et les sécheresses, soutenant une exactitude et une fidélité qui ne se dément jamais. Et voilà, chrétiens, de quoi vous consoler d'une part, quand Dieu ne vous donne pas ces sentiments tendres et affectueux que l'on voudrait quelquefois avoir ; mais aussi voilà de quoi vous condamner, lorsque vous n'avez pas cet amour chrétien et raisonnable que je vous
demande. Car cet amour, tout divin qu'il est, ne s'allumera pas dans vous sans vous-mêmes. Dieu, indépendamment devons, saura bien vous y porter par de secrètes inspirations ; mais le consentement que vous donnerez aux inspirations de Dieu, les actes d'amour que vous formerez, etqui ne peuvent être méritoires s'ils ne sontUbres, doiventètro les effets de votre coopération. Et taudis que , sans ilcn faire, vous vous contenterez de dire, comme tant d'âmes mondaines : Je n'ai pas encore pour Jésus-Christ cet amour fervent et agissant, mais c'est un don que j'attends du ciel ; vous l'attendrez en vain, et Dieu éternellcinent lancera sur vous ce terrible arrêt qu'il a déià prononcé par la bouche de saint Paul : Si qiCis îwn aiiuit Domiiium nostrum Jesuni Cliristum, sit anathema i ; Que celui qui n'aime pas le Seigneur Jésus soit anathème 1 Ali! mes frères, prévenons l'effet de cette terrible menace. Que ce iSauveur, ressuscité pour notre justification, ne soit pas une pierre de scandale pour nous, et le sujet de notre condamnation. Faisons-le vivre dans nous comme saint Paul, eu sorte quv>. nous puissions dire, après cet apôtre: Ce n'est plus moi qui vis, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi ; Vivo antem, jam non ego, vivit veto inmeChristus ''. Et cela comment? par un amour sincère, par une vive reconnaissance, par une fidélité inviolable , par une parfaite imitation dos vertus de ce Dieu- Homme, notre modèle sur la terre, et notre gloriticateur dans l'éternité bienheureuse, que je vous souhaite, etc.
1 ICor., ïvi, 22. — ^ Galat.,11, 20.
SERMON SUR L'ASCENSION DE JÉSUS-CnRIST-'
ANALYSE
SoiET. Aires qu'il eut parlé de la sorte, il fut enlevé à leur vue vers le ciel.
Jésus-Christ, dans son ascension, nous fait connailre à quelle gloire nous sommes appelés, et la vue de celle gloire diit exciter toute noire fcrwur
Division. Pourarriverà la même gloire que Jésus-Christ, il faut la mériter comme Jésus-Christ : première partie. Pourla mériter comme Jésus-Chri?t, il faut soulïrir comme Ji'sus-Christ ; deuxième partie.
Première PARTIE. Pour arriver il la même gloire que Jésus-Christ, il faut la méritpr ; car il n'y est parvenu lui-même que par la voie du mérite. Ainsi, 1° oa n'obtient cette gloire qu'en la méritant; 2° rniis aussi est-on sûr de ne la mériter jamais sans l'olilcnir.
1° On ne Ta point qu'on ne la mérite, on ne l'a que parce qu'on la mérite, et on ne l'a qu'autant qu'on la mh-ite, On ne l'a point, dis-je, qu'on ne la mérite : tel est lorlre de Dieu ; et c'est un article de notre foi. Fausse doctrine de Calvin, qui a voulu combattre ce point. On ne l'a que parce qu'on la mérite; tellement qu'elle est le partage du mérite seul, à l'exclusion de tout autre litre. La raison est que, suivant les décrets de la Providence, celle gloire ne doit cire donnée aux hommes que selon les lois dune justice rigoureuse. Il n'en est pas ainsi des récompenses du monde. Enfin, on ne l'a qu'autant qu'on la mérite. Si l'un est plus récompensé dans le ciel que l'autre, ce n'estque parce qu'il a acquis plus de mérite que l'autre. Il en va tout autremeu jdaas le monde. On voit tous les jours des mérites médiocres l'empoUer sur des niciltcs éclatants.
SUR L'ASCENSION DE JÉSUS-CHRIST
9.n'ailleurs aussi est-on sûr de ne mériter jamais la gloire du ciel sans l'obtenir. On mérite souvenlles récompenses du monj.
w IvTr outre le mérite il faut des patrons ; on est exposé à l'envie, à Tintrigue, à la cabale, aux caprices et aux pré-
"^é. d un n i.,: a is rtn cf; iout cela Jec Dieu'. Quoi que' je fasse, si c'est pour lui que je le fais, il m'en '-n ra compt^
Oueîest donc notre aveuglement de mener une vie si inutile 1 Enfants des hommes, jusqu'aquaniavnerez^vous ''^^«"■«J|
ch^cheretZus le mensonge •! y om êtes si ardents pour des biens nérissables. .usquàquand négl.gerez-vous des b.eni
^Teux.ème partie. Pour mériter la même gloire que Jésus-Christ, il faut souffrir comme Jésus-Christ : l» on ne va à h Bloire duciel que par les soutTrances ; 2- mais toutes sortes de souffrances ne conduisent pas a celte gloire ^1" On ne va à la gloire du ciel que par les souffrances: Jésus-Chnst n'y est pomt autrement arrive ; car tl afaUu<}ue le Chrut 2£ eîgu-ilM ainsi dans !a gloire. Or, s'il l'a fallu pour le Christ, ne le faut-il pas pour nous? C'est PP" ^O' '^ s" m' se do^-ifiaient et se félicitaient eux-mêmes de leurs souffrances : et c'est cela même qui leur a 'lû^- /»;. f ?"Jf J^^^* Drospérilê's temporelles, des sentiments si contradictoirement opposés à la cupidité et i 1 amour-propre Enfin c est danscetW vue que le Fils de Dieu a prononcé ces analhemes: Malheur à vous, ruhes! malheur a vous qm goûte: les douceurs de la rie 'et qu'au contraire il a dit : Bimheureux les pauvres! iunheureux ceux qui pleurent 1 Cependant on veut avoir en ce monde toutes ses aises ; et l'on écarte, autant qu'il est possible, tout ce qui fait de la peine et qui mortifie.
2» Toutes sortes de souffrances ne conduisent pas h la gloire du ciel II faut que ce soient des souffrances pour la justice et pour Dieu, des souffrances sanctifiées par notre soumission à la volonté de Dieu. Sans cela c est f "f^'■'^/°™"f^''^^J^™" V t'est alleràla perdition et à la mort, par où les justes et les vrais chrétiens vont au salut et à la vie Car les souffrances selon lusage qu'on en f.it. m -nentà l'un ou à l'autre. Que ne souffre-t-on pas tous lies jours pour '«, ™''".'1« ' î"^^,^.,«» ne veut rien souffrir pour Dieu. Ayons sans cesse, pour nous ammer, Jésus-Chnst devant les yeux, et la gloire dont ilTa pren.lre possession.
Et cum h(cc diiixel, videnlihis i!lis, tlevaliis est. Après qu'U eut parlé do la sorte, il fut enlevé à leur vuo vers le ciel. 'Acles des Apôtres, chap. i, 9.)
l'oiirquoi le Sauveur du monde découvre-t-il aujoni-d'hui sa gloire à ses apiJtres, et pourquoi veut-il qu'ils soient témoins de son triomphe, après avoir été témoins de ses humiliations et de ses soutTrances? Cette question, chrétiens, n'est pas difficile à résoudre ; et vous jugez aisément que le Fils de Dieu voulut par là les affermir dans la foi, qu'il voulut les prémunir contre les dangereuses tentations auxquelles ils devaient être exposés , qu'il voulut les préparer aux persécutions et aux croix, et les rendre capables de souffrir eux-mêmes comme lui, nonseulement avec patience, mais avec joie. C'est pour cola qu'il se fait voir à eux dans tout l'éclat de sa majesté : c'est pour cela qu'en leur donnant une si sensible et si haute idée de ce séjour bienheureux où il va marquer leurs places, il les remplit d'une douceur intérieure et toute céleste, qui les retient sur la montagne, lors même qu'une nuée leur a fait perdre de vue leur divin Maître. Eu sorte qu'il faut que deux anges descendent exprès pour les retirer de cette profonde extase où ils demeuraient plongés, et pour les renvoyer à leurs travaux apostoliques : Ecce duo viri astitentnt juxta illos in l'estibu.'i àlbis, qui et dixerunt : Viri Galilœi, quid statis mpicjentes in cœlum i ?
Appli(]uons-nous ceci, mes chers auditeurs ; car, en qualité de chrétiens, ce mystère nous regarde, et il doit opérer en nous les mêmes dispositions que dans les apôtres. En effet, il y a parmi nous des tièdes et des lâches dans la voie de Dieu, et il est important d« les animer. 11 y
en a qui gémissent sous le poids des adversités et des misères humaines, et il s'agit de les consoler. Peut-être y en a-t-il qui, jouissant d'une tranquille prospérité, sont sur le point de tomber dans des états d'autant plus affligeants et plus douloureux, qu'ils les prévoient moins ; et je dois les y disposer. Or, en voici l'excellent moyen. Nous attendons un Sauveur, qui, comme disait le grand Apôtre, transformera notre corps, et le rendra, tout vil et tout abject qu'il est, conforme à son corps glorieux : Salvatorem expectamus... qui reformabit corpus humilitatis nostrœ, configuratum corpori claritatis suce i. Non-seulement nous l'attendons, mais éclairés des vives lumières qui rejaillissent de son humanité sainte, nous le voyons et nous l'admirons. Voilà l'objet de nos espérances, voilà le sujet de noh-e consolation, voilà ce qui doit allumer notre ferveur et souleuir notre courage : la vue de ce Sauveur couronné de gloire, l'attente de cette gloire dont il nous assure la possession. Car nous sommes déjà, selon l'expression de saint Jean, les enfants de Dieu : Nunc filii Dei sumus 2 ; et nous savons que quand Jésus-Ciirist viendra à la fin des siècles, et qu'il se montrera dans la même gloire où il parait en ce jour, nous serons semblables à lui : Sci- 7nus quoniam cum apparuerit, similes ei erimus^. C'est là, dis-je, ce qid nous doit rendre fervents et patients ; fervents dans l'accomplissement de nos devoirs, patients dans les afflictions et dans les maux qui.nous arrivent par l'ordre de la Providence. Mon dessein est donc de vous parler de la gloire du ciel, et de vous la proposer comme le motif le plus touchant, le motif le plus propre à faire impression sur vo»
SUR L'ASCENSION DE lÉSUS-CHRIST.
cœurs, et à vous faire tout entreprendre et tout supporter dans la vie. J'ai besoin delà grâce du Saint-Esprit, et je la demande par l'intercession de Marie : Ave, Maria.
Isaïe l'avait dit, et saint Paul, dans les mêmes termes, nous l'a déclaré, que l'œil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu, et que le cœur de l'homme n'a jamais conçu ce que Dieu, dans les trésors de sa miséricorde, a préparé pour ceux qui l'aiment et qui le servent. Après deux témoignages si aullienliques, il n'y a point de prédicateur de l'Evangile qui puisse, sans témérité, entreprendre de donner à ses auditeurs une idée juste de la gloire du ciel. Mais aussi, dit saint Chrysoslome, le prédicateur a-t-il en cela même un giand avantage, puisque l'impuissance où il est réduit est justement l'idée la plus haute, la plus vraie, la plus exacte que nous puissions avoir sur la terre, et qij'il puisse donner de cette gloire. Ne faisons donc point aujourd'hui d'efforts inutiles pour comprendre une gloire dont la plus essentielle propriété est d'être incompréhensible. Il nous doit sulfue de la connaître commenous connaissons Dieu, c'està-dire de savoir ce qu'elle est, par ce qu'elle n'est pas. Or nous le savons, et j'oserais même ajouter que nous le sentons , lorsqu'il nous arrive, en contemplant l'univers, et le bel ordre des créatures qui le composent, de faire cette réflexion aussi touchanle que solide : Tout ce que je vois n'approche pas de ce que j'espère ; et tout ce que j'adniire en cette vie n'est qu'une ombre obscure et confuse de ce que Dieu me destine en l'autre. Car voilà, chrétiens, la plus excellente notion que nous ayons à nous en former. En effet, c'est ainsi que saint Augustin, voyant la cour des empereurs de Rome si pompeuse et si magnifique, se figurait par proportion la magnificence et la beauté de la cour céleste ; c'est ainsi qu'au milieu des cérémonies les plus augustes, il s'écriait : Sichœc tampulchra sunt, qualis ipse? et si hœc tanta, qttantus ipse ? Si tout ceci est si brillant, si grand, si surprenant, que sera-ce de vous , ô mon Dieu ?et c'est ainsi que nous en jugerions nous-mêmes, si nous ne nous laissions pas éblouir au vain éclat du monde, et que nous sussions, comme ce grand saint, nous élever des grandeurs visibles et mortelles aux grandeurs invisibles et éternelles. Mais, encore une fois, tenons-nous-en à la règle du Saint-Esprit, qui nous défend'de rechercher ce qui est au-dessus de nous, et qui nous ordonne d'être attentifs à ce que Dieu demande de nous : Altiora te ne quœsieris,., sedquœ prœcepit
tibi Deus, iîla cogita semper * ; c'est-à-dire, sans avoir une vaine curiosité d'apprendre en quoi consiste la gloire des bienheureux, instruisonsnous avec humilité de ce que nous devons faire pour y parvenir. Le voici, mes chers auditeurs, et il n'y a personne qui ne doive se l'appliquer. Le Sauveur du monde nous fait connaître, par son exemple, que cette gloire est une récompense, et il nous fait au même temps entendre que cette récompense est surtout le fruit et le prix des souffrances. Arrêtons-nous à ces deux pensées, et faisons-en le partage de ce discours. Cette gloire où nods appelle après lui Jésus- Christ est une récompense ; il faut donc la mériter : ce sera la première partie. Cette récompense est surtout le fruit et le prix des souflrances, c'est donc en particulier par le bon usage des souffrances qu'il la faut mériter : ce sera la seconde partie. Ainsi le Fils de Dieu l'a-t-il méritée lui-même. Et voilà en deux mots ce qu'il nous a révélé de notre gloire future, et ce qu'il nous est nécessaire de ne pas ignorer. Tout le reste sont choses ineffables, mystères cachés, secret qu'il n'est pas permis même à saint Paul de nous découvrir, et qu'il est beaucoup moins en mon pouvoir de vous expliquer : Arcana verba quœnon licet homini loqui 2. Mais pour votre édification.et pour satisfaire à ce que vous attendez de moi, je dois vous dire, et je vous le dis avec tout le zèle que Dieu m'inspire, que si vous voulez arriver à la même gloire que Jésus-Christ, vous devez la met iter comme Jésus-Christ, première proposition ; et que si vous voulez la mériter comme Jésus-Christ , vous devez souffrir comme Jésus-Christ , seconde proposition. Je vous demande pour l'une et pour l'autre une attention favorable. Elles sont simples ; mais dans leur simplicité, elles renferment les plus importantes instructions.