‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 20 sur 139 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

C'est un ordre établi de Dieu, et le monde même, tout perverti qu'il est dans ses maximes, est obligé de s'y soumettre et de le reconnaître : on n'arrive point à la gloire par le plaisir ; mais il faut renoncer au plaisir, quand on se propose d'acquérir la véritable gloire. Car le plaisir ne conduit à rien, je dis à rien de solide, ni à rien de grand. Jamais ce qui s'appelle vie de plaisir n'a produit une vertu, n'a inspiré de sentiments nobles, n'a élevé l'homme au-dessus de luimême. Soit donc parla nature des choses, soit par un effet de la corruption du péché, le plai.sir et la gloire dans cette vie sont incompatibles ; et quiconque présume qu'il pourra les accorder, se flatte et se trompe, séduit par les fausses idées qu'il a de l'un ou de l'autre. En un mot, où règne l'amour du plaisir, il faut que le désir de la gloire cesse ; et où le désir de la gloire est sincère, il faut que le plaisir soit sacritîé. C'est ainsi que le concevaient les sages mêmes du paganisme ; et ils le concevaient bien. Or, si cela est vrai de la gloire eu général, et même en particulier de cette gloire profane que l'ambition des hommes recherche, quel jugement devonsnous taire de la gloire du ciel ? de cette gloire pour laquelle nous avons tous été créés, mais sur quoi nous avons perdu nos droits, en perdant la grâce de l'innocence, et où il n'y a plus de retour pour nous que parles œuvres de la péidtence;de cettegloire où nous ne pouvons prétendre que pai' la croix de Jésus-Christ, et qu'il ne nous est pas même permis d'espérer, si nous ne sommes, connue dit saiut Paul, entés sur Jésus- Christ, et sur Jésus-Christ souffrant et mourant : Si complantati facti sumui siinilitudini mortis ejus, simul et resurrectioms erimus '. Non, cjes

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chers auditeurs, je le répète, jamais les plaisirs de la vie ne nous feront parvenir à cette gloire. Il faut y aller par la voie des souffrances : première Vi'rilé, qui confondra éternellement la mollesse et la délicatesse des mondains. Mais d'ailleurs toutes sortes de souffrances ne conduisent pas à cette gloire : autre vérité qui doit détromper une infinité de chrétiens que nous voyons souffrir dans le monde, mais qui ne souffrent pas en cluéliens. Deux importantes leçons que j'ai encore à développer, et que je regarde counne les deux points les plus essentiels de la morale évangélique.

II faut, comme Jésus-Christ, aller à la gloire céleste par la croix et par les souffrances. Heureux si par là nous en trouvons le chemin ! mais malheur à nous si nous nous figurons qu'on y arrive par une voie plus douce et plus commode et qu'il y ait pour cela des conditions et des états privilégiés! Que n'ai-je le zèle de saint Paul, pour graver profondément dans vos cœurs ce grand principe 1 C'est ce que le Sauveur du monde fit entendre aux enfants de Zébédée, quj passaient néanmoins pour ses disciples favoris, quand il réprima, parla dureté apparente de sa réponse, la vanité de leur prétention . Vous me demandez, leur dit-il, d'être assis et honorablement placés dans mon royaume ; et moi je vous demande si vous pouvez boh-e le calice que je boirai moi-même avant vous. Comme s'il leur eût dit : Favoris et disciples tant qu'il vous plaira, si vous ne participez à ce calice dont je vous parle, à ce calice d'amertume et de douleur il n'y a pour vous dans mon royaume ni place ni rang ; et <|uiconque refuse d'accepter cette condition, et n'a pas le courage de passer par cette épreuve, doit renoncer à ma gloire, et compter qu'il en est exclu. C'est ce que le même Sauveur nous a fait voir dans sa propre personne, et ce qu'il déclara à ses apôtres, sur le point qu'il était de retourner à ce royaume céleste qu'il avait quitté pour descendre sur la terre: Nonne liœc oportuil patiChrislum, et ita intrare in gluriam suam i ? Vous vous étonnez de ce que le Christ a souffert, et votre foi en est troublée : mais ignorez-vous les divines Ecritures, et n'avait-il pas été dit qu'il souffrirait de la sorte» et qu'il entrerait ainsi dans la gloire ?0r, s'il le fallail pour le Christ, oportuil, ne le faul-il pas pour nous ? et qui peut se plaindre d'une loi que le Fils même de Dieu a voulu et a dii subir ? Aussi les suints, au moins ceux de la loi de grâce, non-seulement se sont consolés, mais se sont réjouis, mais se sont glorifiés dans lesafdictious de

' Lac. XX17, 26.

cette vie, parce qu'ils les ont toujours regardées comme la route sûre et infaillible qu'ils devaient suivre pour parvenir au terme de leur bonheur. Au heu que David, par un mouvement de confiance, mais d'une confiance encore judaïque, c'est-à-dire d'une confiance qui se proposait encore quelque chose de terrestre et de charnel, et qui ne s'élevait pas aussi parfaitement que la nôtre aux biens spirituels et célestes ; au lieu, dis-je, que David, pour chercher du soulagement dans ses maux, faisait à Dieu celte prière, et lui disait : Educes de tribulaliûiie animam meam 1 1 Délivrez-moi, Seigneur , des Iribulalions qui m'accablent: les saints de la loi nouvelle, par un esprit tout opposé, mais bien plus épuré et plus éclairé, ont cru devoir dire :Non, Seigneur, ne nous en délivrez pas. Ce sont des tribulations, il est vrai, mais des tribulations salulcires, dont, malgré les révoltes de lanalure, nous nous glorifions et nous nous félicilons. Gloriamur in tribulationibus 2. Ce sont des maux qui nous abattent, mais qui, par un effet tout divin, au même temps qu'ils nous abattent aux yeux des honuncs, nous détachent de nous-mêmes et nous élèvent à vous ; des maux qui sont les gages précieux de ce véritable, de cet unique, de ce souverain bien que nous attendons. Et à quoi nous réduiriez-vous, Seigneur, reprenait , au nom de tous les autres, suint Grégoire, pape, pénélré de cette vérité ; à quoi, mon Dieu, nous réduiriez-vous, si, par une miséricorde qui nous perdrait, vous veniez à nous délivrer de ces maux que nous endurons, puisque vous nous assurez, dans toutes vos Ecritures, que la souffrance doit faire tout le mérite de notre espérance, et par conséqueut qu'elle en doit être le plus ferme et le plus solide appui ? Où en serions-nous, si, n'étant plus dans le monde ni affligés, ni humiliés, ni mortifiés, ni persécutés» nous n'avions plus ce qui est, selon le témoignage de votre Apôtre, le caractère le plus visible et le plus certain de vos prédestinés ? Ne nous écoulez donc point. Seigneur, si jamais nous souhaitions d'avoir sur la terre un sort plus tranquille ; et rejetez notre prière, si nous étions assez insensés pour vous demander une telle grâce. Donnez-nous des secours puissants pour nous soutenir, et un fondsde patience pour souffrir avec soumission ; mais ne nous punissez pas Seigneur, jusqu'à nous traiter dans la vie plus favorablement (pie vous ne l'avez été, et jusqu'à éloigner de nous ce qui doit nous donner une sainte ressemblance avec vous. Ainsi, dis-je, ont parlé les saints ; et ce langage, qui, selon la

' i^sstm., CXUi, U. — 'Kom., v,3.

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prudence de la chair, paraîlfolie, était dans eux la plus éminente sagesse.

C'est cela même qui a donné à ces grands hommes et à ces fidèles serviteurs de Dieu, sur le sujet des prospérités temporelles, des sentiments si contradictoireraent opposés à la cupidité et à l'amour-propre ; c'est ce qui les a fait trembler, quand ils se sont vus dans des états dont le monde leur applaudissait, et où consiste en effet la félicité des enfanls du siècle, mais dont ils craignaient les suites funestes, par rapport à cette félicité qu'espèrent lesenfantsde Dieu : c'est •ce qui les a convaincus, aussi bien que saint Augustin, qu'une prospérité complète, s'il y en avait une dans le temps présent, serait une réprobation commencée ; et qu'un homme sur la terre parfaitement heureux, s'il raisonnait bien, devrait ou se croire perdu, ou se condamner pour toute sa vie à pleurer et à gémir : pourquoi ? parce qu'il n'y aurait point de moment où il ne dût être touché et alarmé de celle pensée : Je ne suis pas dans la voie de Dieu ; ce n'est point par là que Dieu a conduit ses élus. Comblé de biens commeje le suis, et souffrant aussi peu que je souffre, s'il y a une éternité bienheureuse, je n'ai nul lieu de croire qu'elle soit pour moi, et j'ai d'aflreuses présomptions qu'elle n'est pas pour moi. Pensée désolante pour un chrétien! C'est dans cette vue que Jésus-Christ a prononcé ■ces fameux anathèmes, à quoi le monde ne souscrira jamais, mais qui subsisteront malgi"é le monde, et qui, malgré le monde, auront leur effet : anaUième contre les riches voluptueux : Vœ vobis divitibus i .' anathème contre ceux à qui rien ne manque, et qui vivent selon les désirs de leur cœur : Vœ vobis qui ridetis... qui satiirati estis 2 .' c'est-à-dire, anathème contre ceux que le monde a toujours été en possession de béatifier et de canoniser. Et c'est par la même raison que ce divin .Maître a érigé en béatitude ce que le monde déteste, et ce qu'il a le plus en horreur : Bienheureux les pauvres ! Beati pauperes 3 .' Bienheureux ceux qui pleurent ! Beati qui lugent * .' Bienheureux ceux qui souffrent persécution ! Beati qui persecutionem patiuntur *1 Enfin, c'est ce que les apôtres Paul et Barnabe prêchaient avec tant de zèle, quand ils allaient, dit saint Luc, visitant les Eglises chrétiennes, fortifiant le courage des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi, et leur remontrant que c'était par les afflictions et les peines qu'ils devaient entrer dans le royaume de Dieu : Confirmantes animas discipulorum,

' Luc, Ti, a*. —

* Ibid., 10.

' Ibid., 25. — ^ MdUii., T, 3. — 3 Ibid., 5. —

exhortantes que ut permanerent in fide, et quO' niamper multas tribulationes oportet nos intrare in reqnum Deî '.

Telle est la loi que Dieu, dans le conseil de sa providence, a portée, et qu'il ne changera pas pour nous. Cependant, au mépris de celle loi, on veut être heureux dans le monde ; et, quoique les souffrances soient la marque la plus certaine des élus de Dieu, par une infidélité dont on ne fait nul scrupule, et qu'on ne se reproche jamais, on consent à n'avoir point cette marque spéciale de prédestination pour le ciel, pourvu que l'on soit, si je puis ainsi parler, des prédestinés de la terre. A quelque prix que ce puisse être, on veut, autant qu'il est possible, écarter tout ce qui fait de la peine et qui incommode ; et, sans balancer, on renonce, au moins dans la pratique et par les œuvres, aux béatitudco de Jésus-Christ, pour jouir des béatitudes du siècle. Que cet adorable Sauveur, que les saints, a[)rès lui, soient arrivés à la gloire par la croix et [)ar les tribulations, on prétend y arriver par la joie et par le plaisir : car au même temps qu'on ne veut rien souffrir, on veut néanmoins d'ailleurs, par un secret inconnu à Jésus-Christ même, et par une contradiction que les saints n'ont jamais accordée, se sauver dans le monde, c'est-à-dire qu'on veut se sauver dans le monde, tandis qu'on n'y respire que le plaisir, qu'on y rapporte tout au plaisir, qu'on y cherche avec soin et en tout le plaisir, qu'on ne pense qu'à y mener une vie de plaisir, et qu'on n'y connaît point d'autre bien que le plaisir. Mais que fait Dieu, chrétiens ? remarquez ces deux traits de sa miséricorde, et reconnaissez le désordre de votre conduite. Afin que les plaisirs du monde ne vous corrompent pas, et que ce ne soient pas des obstacles à votre bonheur éternel. Dieu, qui veut en quelque sorte, malgré vous-mêmes, vous sauver, mêle ses plaisirs d'amertumes, vous y fait trouver des dégoûts, vous les rend fades et insipides. C'est ce que vous éprouvez à toute heure; et vous qui, contre tous les desseins de Dieu, voulez vous perdre, malgré toutes les amertumes qui s'y zeucontrent, vous êtes avides de ces plaisirs, vous les désirez ardemment, vous vous y attachez opiniâtrement, et, tout insipides qu'ils sont, vouslespréférezaux délices pures de cette gloire dont la seule espérance serait déjà pour vous une félicité anticipée. Semblables à l'infortuné '

Esaii, qui, pour contenter seulement une fois la faim qui le pressait, vendit son droit d'aînesse, et fut parla frustré de la béiiédiction'de son père, vous sacrifiez à de vaincs douceurs, et à quel-

lAct., XIV, 2L

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ques moments d'une volupté passagère, le saint héritage qui vous était acquis.

Ce n'est pas assez : Dieu vous envoie des souffrances, et par une bonté paternelle, il les attache à votre condition, à vos emplois, aux engagements que vous avez dans le monde. Car, quelques mesures que l'on prenne, on ne peut être en commerce avec le monde sans y trouver sans cesse des sujets de mortilication et de chagrin. Si vous connaissiez le don de Dieu, vous ne penseriez qu'à le bénir d'en avoir ainsi ordonné, et vous n'auriez que des actions de grâces à lui rendre, de vous avoir pourvus d'un si puissant préservatif contre les dangers et les écueils de votre état. Quelque avantageuse, selon le monde, que pût être votre destinée, vous ne vous croiriez pas abandonn es du Ciel, ni réprouvés, puisque vous auriez encore part au cahce du salut. Mais quel usage faites-vous d'un si précieux talent ? A ce désir insatiable des plaisirs du monde que je viens de vous reprocher, vous joignez l'abus des souffrances par où Dieu voulait vous sanctifier ; et comme vous vous pervertissez par les plaisirs mêmes que vous negoùlez pas, et qui ne vous satisfont pas, ainsi vous pervertissez-vous par lescroix même s que vous portez, mais dont vous ne profitez pas ; car toutes sortes de souffrances ne conduisent pas à la gloii'e que Dieu nous découvre dans le mystère de ce jour. Si cela était, l'enfer ne serait plus enfer. 11 faut que ce soient des souffrances pour la justice, parce qu'il n'y en a point d'autres que Dieu puisse couronner, ni qui puissent avoir de la proportion avec cette vie bienheureuse où Jésus-Christ après lui nous appelle. Souffrir parce qu'on a le cœur déchiré de mille passions, souffrir parce qu'on est dévoré par une ambition que rien ne peut satisfaire, souffrir parce qu'on est possédé d'une envie secrète, souffrir parce qu'on a dans l'âme la haine et le fiel, c'est souffrir plus que n'ont souffert les pénitents les plus austères, el plus que ne souffrent ces malheureux condamnés par la justice et la rigueui- des lois à traîner leurs chaînes dans un esclavage dur et honteux. Mais c'est souffrir comme les démons, pour l'iniquité ; et il répugne à lasainteté de Dieu de tenir compte aux hommes de ce qu'ils souffrent pour de si indignes sujets. Si donc l'on prétend au royaume de Dieu, ilfautsouffrh' pour la cause de Dieu, il faut souffrir pour la charité, souffrir pour la vérité, souffrir pour la paLx, souffrù' pour l'obéissance : car tout cela est renfermé dans cette justice chrétienne dont parlait le Fils de Dieu, quand il Qisait : Beati qui persecutionem patiuntur propter B. — ToM. III.

justitiam, quoniam ipsor um est regnum cœlonimi ! Souffrir plutôt que de se venger et de repousser une injure en rendant le mal pour le mal, c'est ce que j'appelle souffrir pour la charité ; souffrir plutôt que de trahir sa conscience, plutôt que de manquer à son devoir, plutôt que d'approuver le vice, c'est ce que j'appelle souffrir pour la vérité ; souffrir plutôt que de causer du trouble en voulant se défendre et se justifier, c'est ce que j'appelle souffrir pour la paix ; souffrir plutôt que de murmurer et de se plaindre, plutôt que de résister aux puissances légitimes, c'est ce que j'appelle souffrir pour l'obéissance. Voila les souffrances que Dieu accepte, et qu'il récompense dans son royaume. Mais ma douleur est, chrétiens, que les vôtres ne sont pas communément de ce caractère ; ma douleur est qu'au lieu que les saints disaient en s'adressant à Dieu : Propter te mortificamnr tota die ^ ; C'est pour vous. Seigneur, que nous sommes persécutés et que nous voulons l'être, c'est pour vous que nous nous persécutons en quelque manière nous-mêmes, et que nous nous mortifions : peut-être ceux qui m'écoutent et à qui je parle, pourraient dire au monde : C'est pour toi que je me mortifie, monde, dont je me suis fait l'esclave ; c'est pour toi que je me captive, c'est pour toi que je me fais violence, c'est pour toi que je souffre tout ce que les serviteurs de Dieu ont soifffert pour Dieu. Or, qu'arrive-t-il de là? Ce qui me parait et qui doit vous paraître, mes cliers auditeurs, le comble de tous les malheurs de riiomine : vous allez à la perdition et à la mort, par où les justes et les vrais chrétiens vont au salut et à la vie. Car les souffrances mènent à l'un et à l'autre ; et ce n'est point, je le répète, précisément par les souffrances que Dieu fait le discernement des élus et des réprouvés ; c'est par la qualité, c'est par le motif, c'est par le principe et la fin des souffrances. Cependant, j'en reviens toujours à la proposition générale, que pour entrer dans cette patrie dont les portes aujoud'hui vous sont ouvertes, et pour mériter d'y être reçu, il faut souffrir.

Cette parole, chrétiens, vous paraît dure ; mais j'ose dire qu'elle ne doit point l'être pour vous, et en voici la raison, à laquelle je vous défie de répliquer. Car, que ne souffrez- vous pas tous les jours, et que n'êtes-vous pas déterminés à souffrir pour le monde ? que ne souffrez-vous pas pour vous établir, et pour vous pousser dans le monde ? Ce désir d'acquérir de la gloire, que ne vous fait-il pas entre-

' Matth., V, 10. — 2 Rom., Tiii, 36,

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prendre ? Celte ambition de vous élever, que ne vous lait-elle pas prendre sur vous ? S'il s'agit de votre fortune, épargnez-vous votre sanlé, ménagez-vous votre repos, vous plaignezvous qu'il vous en coûte de l'assujeltissement et du travail ? avec quelle patience ne supportez-vous pas tout ce qui se présente de plus fâcheux et de plus pénible ? avec quelle ardeur et quel courage ne passez-vous pas par-dessus toutes les dilficultés ? Pour peu que vous ayez de bonheur et que les choses vous succèdent, que ne trouvez-vous pas aisé ? Faut-il vous exciter et vous animer? avez-vous besoin pour cela de remontrances ? ne vous les failes-vous pas à vous-mêmes, et ne vous en dites-vous pas plus que je ne vous en dirai jamais ? Or, souffrez pour Dieu ce que vous soutîrez pour le monde, je ne vous en demande pas davantage. Vous en laut-il un motif pressant, touchant, convaincant ? ne l'avez-vous pas dans cette gloire qui vous est proposée comme le terme de votre espérance ? y a-t-il un autre bien plus précieux p.our vous que cette gloire où vous n'aurez plus rien à désirer, plus rien à demander, [lins rien à rechercher, parce qu'elle comblera toute la capacité de votre cœur ; que celte gloire durable et éternellement assurée, que jamais rien ne vous enlèvera, que jamais rien ne troublera, que jamais l'ien ne bornera ; que celte gloire après laquelle les saints ont tant soupiré, vers laquelle ils élevaient sans cesse leur esprit, ils tournaient sans cesse leurs regards, et dont la seule vue, quoique obscure et encore imparfaite, dont le seul avant-goût sur la terre les ravissait, les transportait, et, pour m'exprimer ainsi, les enivrait ; que cette gloire où le Fils de Dieu souhaitait si ardemment de

retourner, dont il parlait si souvent à ses disciples, surtout depuis qu'il fut ressucité, et qu'il se vit sur le point d'aller recevoir la couronne que sou Père lui avait préparée ? C'est là qu'il nous précède, chrétiens : nous sommes ses membres et il est notre chef; partout où le chef entre, il faut que les membres le suivent, e' qu'ils y soient |)lacés avec lui. C'est là qu'il traîne après soi comme en triomphe, et qu'il introduit tant d'âmes justes, tant de patriarches, de prophètes, de prédestinés de l'anciennd loi, qui depuis si longtemps attendaient ce libérateur. Joignons-nous d'esprit et de cœur à cette Iroupe glorieuse, et disposons-nous à la grossir un jour nous-mêmes, et à partager avec eux la même gloire. Mais, du reste, n'oublions jamais car c'est là toujoui"s qu'il s'en faut tenir, et ce qu'il faut poser pour un principe nécessaire et incontestable), quec'estune récompense ; qu'elle l'a été pour eux, qu'elle le doit être pour nous; qu'ils Tout acquise par la sainteté de leurs œuvres, par la ferveur de leur piété, surtout par leur patience inaltérable et leur constance à souffrir, et que c'est ainsi que nous la devons mériter. Délions-nous de notre faiblesse ; mais ne craignons poiut toutefois que les lorces nous manquent, puisque Jésus-Christ est à la droite de son Père comme notre médiateur, comme notre pontife, pour faire descendre sur nous ses grâces les plus puissantes. AU ons à son îrOue, à ce trône de gloire et de miséricorde tout ensemble, lui présenter nos hommages, lui offrir nos prières, lui exposer nos besoins, l'adorer et l'invoquer, jusqu'à ce que nous puissions tlans l'éternité le voir et le posséder. C'est ce que je vous souhaite, etc.

SERMON POUR LA FÊTE DE LA PENTECOTE

Sujet. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit.

Il est important de connaître quel est cet Esprit que le Fils de Dieu nous a promis comme aux apôtres, et qnels effets il doit oiiérti' en nous.

Divisio.N. lîsprit de vérité qui nous éclaire, première partie; esprit de sainteté qui nous purifie, deuxième partie; esprit de force qui nous anime, troisième partie.

l'iiEMiÈRE PARTIE. Esprit de vérité qui nous éclaire. Pouvoir 1° enseigner sans exception toute vérité ; 2° l'enseigner sans distinction à toutes sortes de sujets; o" l'enseigner en toutes manières, c'est ce qui n'appartient qu'à l'Esprit de Dieu.

I" Il n'appartient qu'au Saint-Esprit de nous enseigner toute vérité: car il y a des vérités que ,1a cluir et le sang ne révèlent point, des vérités qui semblent choquer la raison humaine, des vérités gênantes, humiliantes, mortifiantes. Si donc un homme en est persuadé, ce ne peut être que l'eflèt d'un esprit supérieur qui agit en lui; et cet esprit supérieur, c'est l'Esprit de i)ieu.

2» 11 n'appartient qu'au Saint-Esprit d'enseigner toute vérité à toutes sortes de sujets. Donnez au plus habile docteur cerUios

POUR LA FÊTE DE LA PENTECOTE

esprits grossiers à inslraire: avec toutes ses lumières, il ne les éclairera pas. Mais quanJ l'esprit de Dieu sYn rend le maître, comme c'est lui qui les a formés, il les élève à tout ce qu'il veut.

3° Il n'appartient qu'au Saint-Esprit d'enseigner toute vérité en toutes manières; c'est-à-dire dans un instant, sans qu'il en coûte ni étuile, ni travail, et jusqu'à déterminer les hommes à mourir pour la défense djs vérités ([ui leur ont été révélées.

Or, voilà ce que fait le Saint-Esprit dans les apôtres. Il leur enseigne les vérités les plus dures en apparence, et les plu» contraires aux sens et à la nature. 11 les leur enseigne sans nulle disp isition de leur part, puisque c'étaient desliomiujs à qui Jésus-Christ lui-même avait reproché leur aveuglement, et leur leulear à comprendre et à croire. Il les leur enseigne dans ua moment, et jusqu'à les résoudre à souffrir le martyre. On a vu dans la suUe ces mimes effets du Saint-Esprit en des millions de fidèles. Mais qu'a fait le démon '? il a opposé à cet Esprit de vérité l'esprit du monde, qui est un esprit de mensonge ; et c'est cet esprit du monde qui conduit tout. Car à nous voir agir, peut-on dire que ce soit l'esprit de Dieu qui nous dirige, et que nous soyons bien convaincus des vérités qu'il est venu nous apprendre ?

Deuxième partie. Esprit de sainteté qui nous purifie. C'est pour cela que le Fils de Dieu en parlaR à ses disciples comme i'un baptême : Vos atttem baplisabimini Spiritu Sanclo. Voyons l» l'excellence ; 2" les ohligations de ce baptême.

1° Excellence de ce baptême. Ce fut comme un baptême de feu ; et ce baptême de feu alla jusqu'à purifier les cœurs dit apôtres d'un certain genre d'attache qu'ils avaient eu, et qu'ils conservaient pour Jésus-Christ même. Car s'altachant à Jésus- Christ, dit saint Augustin, ils ne l'envisageaient point encore avec des yeux assez purs, et ilsle considéraient trop selon l'humanité et selon la chair. Voilà pourquoi le Sauveur du monde leur disait : Si je ne m'en rais, l'Esprit consolateur ne viendra point dans vous. Jugeons de là ce que nous devons penser, non-seulement de ces attaches grossières qui portent évidemment le crime avec elles; mais de bien d'autres attaches innocentes, à ce qu'il parait, honnêtes et mêmes saintes, mais dont l'Esprit de Dieu nous ferait voir le danger si nous voulions nous rendre attentifs à sa voix.

2» Obligations de ce baptême. C'est de retrancher tout ce qu'il y a d'humain dans nos pensées, dans nos désirs, dans nos p». rôles et dans nos actions. 'Voilà le miracle que nous devons demander au SL'.:nt-Esprit, et c'est pour nous purifier de Ja sorte qu'il se répandra sur nous.

Troisième part ie. Esprit de force qui nous anime. Nousen avons un exemple bien sensibledans les apôtres. L'esprit deforoï Qonl ils sont remplis leur inspire un zèle l^qui les fait parler hautement et se déclarer, 2" qui les encourage à tout entrepre ndre 3° qui les rend capables de tout souffrir pour le nom de Jésus-Christ. " ' '

1" Zèle qui les fait parler hautement et se déclarer. Ils s'élaient tenus renferinés dans le cénacle ; mais tout à coup ils en sor tent, et rendent un témoignage public à Jésus-Christ.

2° Zèle qui les encourage à tout entreprendre. lis se proposent la conversion du mon Je entier, et ils en viennent à bout.

3° zèle qui les rend capables de tout souffrir. Persécutions, contradiction, opprobres, rien neles arrête. Ils méprisent les toui ments et la mort.

C'est par cette force chrétienne que nous pourrons connaître si nous avons reçu nous-mêmes le Saint-Esprit.

Compliment à la reine d'Angleterre.

Repîeti sunt ovines Spiritu Sanc/o.

Ils furent tous remplis du Saint-Esprit. {Livre des Actes, chap. n, 4.)

Madame ', C'est le grand mystère qui s'est accompli pom' la première fois dans les apôtres, et qui doit s'accomplir en nous, si nous sommes disposés, ainsi qu'ils l'étaient, à recevoir ce don céleste de l'Esprit de Dieu. Car Jésus-Christ, par sa mort, l'a mérité pour nous aussi bien que pour les apôtres ; il le demanda pour nous h sou Père, en le demandant pour les apôtres ; et la solennité que nous célébrons n'est point, comme les autres fêtes de l'année, une simple commémoration, mais le mystère même de la descente du Saint-Esprit, i^lystère toujours subsistant, et qui, jusques à la fin des siècles, subsistera dans l'Eglise de Dieu, tandis qu'il y aura des fidèles en état d'y participer, et qui se metlront en devoir de le renouveler dans leurs cœurs. Or il ne tient qu'à nous, chrétiens, d'être de ce nombre, puisqu'il est vrai, et même de la foi, que, par les sacrements de la loi de grâce, nous pouvons tous les jours recevoir le Saint-Esprit ; et qu'en vertu des promesses du Sauveur, le même Esprit qui descendit visiblement sur les (liscii)les assemblés dans Jérusalem, descend encore actiiel-

' La reir.e d'.\ngleteric.

lementef véritablement sur nous ; non pas avec le même éclat ni avec les mêmes prodiges, mais avec les mêmes effets de conversion et de sanctification, qaand il trouve nos .iuies bien préparées, et que nous prenons soin de les lui ouvrir. 11 est donc, mes chers auditeurs, d'un intérêt infini pour vous et pour moi de bien comprendre quel est cet Esprit que le Fils de Dieu nous a promis, et dont la mission ineffable doit opérer en nous ce qu'elle opéra dans les apôtres. Car, malheur à nous si par notre infidélité nous y apportons quelque obstacle ! tnalheur, pour me servir de l'expression de saint Paul, si nous coiiti'istous le Saint-Esprit, et si nous négligeons d'entrer dans les dispositions où nous devons être pouravoir part à ses grâces ! Divin Esprit, source féconde, d'oix procède toute grâce excellente et tout dou parfait, répandez sur moi un rayon de cette lumière dont les disciples de Jésus-Clu'ist furent pénétrés, (juand vous reposàles sur eux. Donnez-moi une de ces langues de feu qui iiarurent sur leurs têtes, lorsque, intérieurement éclairés, animés, fortifiés, ils comuiencèront à parler. Dans l'obligation oii je suis d'annoncer à mes auditeurs les vérités du salut, votre secours m'est nécessaire, et je vous le demande par l'inlercession de Marie. Ave , Maria.

POUR LA FÊTE DE LA PENTECOTE

Le monde, dans l'état malheureux où l'a réduit le péché, ne peut recevoir le Saint-Esprit. C'est la plus sensible marque et la plus funeste que Jésus-Christ nous ait donnée de la réprobation du monde ; et en prononçant contre lui cet analhème, il n'en a point apporté d'autre raison, sinon que le monde, dans l'excès de son aveuglement , ne sait pas même ce que c'est que l'Esprit de Dieu : Spiritum veritatis quem inuitdiis non potest accipere, quia non videt eitm, uec scit eum '. Il est donc, concluait saint Chrysostome, du devoir des prédicateurs de l'Evangile, défaire connaître au monde ce divin Esprit. Et c'est ce quej'entreprends dans ce discours, oùj'ai à vous exposer le mystère de notre religion, non-seulement le plus sublime, mais le plus édifiant et le plus touchant. Quand saint Paul, venant à Epiièse, demanda aux disciples qu'il y trouva si, depuisqu'ils avaient reçu la foi, ils avaient reçu le Saint-Esprit : Si Spiritum Suuctum accepistis credentes 2 ; surpris d'une telle demande et confus, ils lui répondirent ingénument qu'ils n'avaient pas même ouï dire qu'il y eût un Saint-Esprit : Sed neque si Spiritus Sanctus est, aiidivimus^. Combien de chrétiens, disons mieux, combien de mondains, à la honte du christianisme qu'ils professent, vivent aujourd'hui dans la même ignorance, et peut-être dans une ignorance encore plus criminelle! car il ne suffit pas, pour le salut, de savoir que le Saint-Esprit est la troisième personne de l'adorable Trinité, qu'il est consubstanliel au Père et au Fils, qu'il procède élerncllcment de l'un et de l'autre ; ce sont des points de créance qui nous apprennent ce que le Saint-Esprit est en lui-même, et par rapport à lui-même; mais de plus, mes cliers auditeurs, il faut savoir ce qu'il est par rapport à nous, ce qu'il doit produire en nous, pourquoi il nous est envoyé, ce que nous devons faire pour le recevoir, et par où nous pouvons juger si nous l'avons reçu. Or, combien de lâches chrétiens, uniquement occupés du monde , ne se sont jamais mis en ])eine de s'instruire sur tout cela, et, plus condamnables que les disciples d'Ephèse, pourraient faire encore aujourd'hui cet aveu honteux : Sed neque si Spiritus Sandus est, audivimus; Comment aurions-nous reçu le Saint- Esprit, puisque nous ignorons même ce que c'est que le Saint-Esprit ? Quoi qu'il en soit, voici, mes frères, l'idée que je viens vous en donner, et que je tire du mystère que nous célébrons. Cet Esprit, dont les apôtres reçurent les prémices et la plénitude, fut pour eux, et est jiar proportion pour iious un Esprit de vérité,

' Jo»n., JLIT, ir. — 2 Act., xix, 2. — 3 ibid.

un Esprit de sainteté et un Esprit de force. Appliquez-vous à ces trois pensées. C'est un Esprit de vérité, parce qu'en nous remplissant de ses lumières, il nous enseigne toute vérité : ce sera la première partie. C'est un Esprit de sainteté, parce qu'en s'unissant h nous, il détruit en nous tout ce qu'il y trouve non-seulement d'impur et de charnel, mais d'imparfait et de terrestre, opposé à la vraie sainteté : ce sera la seconde partie. Et c'est un Esprit de force, parce qu'il nous rend capables de tout faire et de tout supporter pour Dieu, en nous inspirant une vertu surnaturelle et un courage au-dessus de toute difficulté : ce sera la conclusion. Qualités du Saint-Esprit, qui nous sont sensiblemenlreprésentées par ce feu mystérieux et miraculeux, sous le symbole duquel il fut donné aux apôtres : carie feu, qui de tous les éléments est le plus noble, a la vertu d'éclairer, de purifier et d'échauffer. Or, ce sont justement à notre égard les trois propriétés de l'Esprit de Dieu. Comme Esprit de vérité, il nous éclaire; comme Esprit de sainteté il nous purifie, et comme Esprit de force, il nous anime. Comme Esprit de vérité, il nous détrompe de nos erreurs; comme Esprit de sainteté, il nous détache de nos engagements criminels, et comme Esprit de force, il nous fait triompher de nos faiblesses. Comme Esprit de vérité il élève, et perfectionne nos esprits; commeEsprit de sainteté, il réforme et change nos cœurs, et comme Esprit de force, il remue toutes nos puissances par le zèle qu'il excite en nous , quand il veut que nous agissions pour la gloire et les intéi-èts de Dieu. Trois effets de sa sainte présence que Dieu nous découvre en ce grand jour, et qui vont faire tout le sujet de votre attention.

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