PREMIÈRE PARTIE
Enseigner la vérité, c'est une chose qui peut convenir à l'homme, et qui n'est point au-dessus de la poi tée de l'homme. Mais enseigner sans exception toute vérité, mais l'enseigner sans distinction à toute sorte de sujets, mais pouvoir l'enseigner en toutes manières, c'est ce qui n'appartient qn'h Dieu, et de quoi tout autre esprit que celui de Dieu est absolument incapable. Aussi est-ce le caractère le plus es.seuliel et le plus divin que Jésus-Christ, dans l'Evangile, ait attribué au Saint-Esprit : Quum auteni venerit ille... docebil vus omuem veritatem 1 ; et c'est ce même caractère qui me semble d'abord avoir paru plus sensiblement en ce jour solennel, où cet Esprit de vérité descendit sur les
1 Joaii., XVI, 13.
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apôh'es et sur tous les disciples assemblés. En voici la preuve, que je vous prie d'écouler. Non, dit saint Augustin, [lesant ces paroles, Omnem veiitatem, il n'appartient qu'à l'Esprit de Dieu d'enseigner et de persuader toute vérité. Car il y a des vérités que la chair et le sang ne veulent point, des vérités qui choquent et qui révoltent la raison humaine, des vérités dont la nature s'effraie, des vérités humiliantes, gênantes, mortifiantes, mais qui sont parlà même des vérités salutaires et nécessaires ; en un mot, des vérités que l'homme, selon le terme de l'Evangile, ne saurait porter, beaucoup moins goûter, ni aimer. S'il arrive donc qu'il vienne à en être sincèrement et efficacement persuadé, ce ne peut êti'e que l'effet d'un esprit supérieur, qui agit en lui et qui l'élève au-dessus de lui. Or il n'y a que l'Esprit de Dieu qui ait ce pouvoir. L'esprit de l'homme, dit saint Chrysostome, apprend à l'homme et lui persuade ce qui satisfait l'amour-propre, ce qui (latte la vanité, ce qui excite la curiosité, ce qui favorise la cupidité : voilà ce qui est de son ressort. Mais ce qui combat nos passions, et ce qui est contradictoircment opposé à toutes les inclinations de l'homme, ne pouvant pas venir du fonds de l'homme, et d'ailleurs étant vérité, il faut nécessairement que ce soit l'Esprit de Dieu qui nous l'enseigne et qui nous le persuade. De même, c'est une marque sûre et infaillible de l'Espiit de Dieu, d'enseigner la véiilé à toute sorte de sujets ; et la raison en est évidente : parce qu'il se trouve dans le monde des sujels si mal disposés, soit à comprendre la vérité, soit à s'y soumettre et à la croire, quand même ils la comprennent, qu'il n'y a que le Dieu de la vérité qui puisse les en rendre capables. En effet, donnez au docteur le plus consommé, et au plus habile homme de ta terre, certains esprits grossiers à instruire : avec toutes ses lumières, il ne les éclairera pas. Donnez-lui à persuader certains esiirits obstinés et entêtés : avec toutes ses démonstralions, il ne les |)cr- " suadera pas. Mais quand l'Esprit de Dieu s'en rend le maître, ni l'cntêtcnient de ceux-ci, ni la stupidité de ceux-là, n'est un obstacle aux impressions toutes-puissantes delavéïilé : pourquoi? parce que cet Esprit, qui est souverainement et par excellence rEs[)rit de vérité, en se communiquant à nous, surmonte ou plutôt détruit dans nous tous ces obstacles : c'està-dire parce qu'un des effets de sa puissance est de corriger tous les défauts de nos esprits, et qu'ayant lui-même formé tous les esprits, il sait leur donner le tempérament qu'il lui
plaît. Ainsi, de grossiers qu'ils étaient, il les rend, quand il veut agir en eux, spirituels et intelligents; et, de rebelles à la vérité, souples et humbles pour lui obéir. Les autres maîtres cherchent des disciples dociles, et qui par euxmêmes aient déjà des dispositions pour entendre les vérités qu'on se propose de leur enseigner. Mais l'Esprit de Dieu n'a pas besoin de ce choix : toutes sortes de disciples, indociles, pesants, incrédules, opiniâtres, prévenus, lui peuvent convenir, dit saint Chrysostome, parce qu'il sait faire de tous autant de sujets propres à être ins truits, et c'est la merveille que les prophètes nous ont distinctement marquée : Est scriptum in prophetis : El enmt omnes docibiles Dei '.
Enlîn, c'est l'ouvrage de l'homme d'enseigner la vérité d'une manière bornée et limitée ; je veux dire, de l'enseigner à force de leçons et de préceptes, et de la faire entrer dans les esprits jusqu'à un certain point de persuasion et de conviction. Ainsi les philosophes du paganisme imprimaient-ils peu à peu dans l'esprit de leurs auditeurs les vérités humaines qu'ils leur enseignaient, y employant de longs discours et bien des paroles. Mais enseigner dans un instant les vérités les plus profondes et les plus incompréhensibles de la religion ; mais les enseigner sans qu'il en coûte, pour les apprendre, ni élude ni travail ; mais les enseigner et les persuader jusqu'à déterminer les hommes à mourir et à se sacrifier pour elles, c'est les enseigner en Dieu, et d'une manière qui justifie parfaiicment l'efficace et l'opération de l'Esprit de Dieu. Or voilà, mes chers auditeurs, ce qui s'est accompli à la lettre dans la personne des apôtres, et ce que je remarque comme un des plus grands miracles qui jamais aient paru sous le ciel, comme le miracle qui a le plus contribué à l'établissement de notre foi, et dont nous devons pour cela conserver un éternel souvenir.
Carne fut-ce pas un prodige bien étonnant, de voir les apôtres, au moment qu'ils reçurent le Saint-Esprit, aussi pénétrés des lumières de Dieu, et aussi consommés dans la science du royaume de Dieu, qu'ils avaient été jusque-là ignorants et remplis d'erreurs? Ne fut-ce pasun changement de la main du Très-Haut, de les voir dans Jérusalem prêchant des vérités qu'ils avaient fait profession, non-seulement de ne pas croire, mais de contredire? Tandis qu'ils n'avaient eu pour maihe que Jésus-Christ, (ô mystère adorable et impénéhrable 1) vous le savez, Jésus-Christ, tout Dieu qu'il était, n'avait
I Joan., Ti, 4&.
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pas suffi, ce semble, pour leur faire entendre cette doctrine céleste qu'il était venu ctal)Hr sur la terre. Quelque soin qu'il eût pris de leur en donner une intellij;ence parfaite, après trois années d'inslrticlion, tout ce (jui rejjfanlait sa divine personne leur étaitencore caché; son humilité les ciioquait, sa croix était pour eux vm scandale, ils ne concevaient rien à ses promesses : au lieu de la vraie rédemption qu'ils devaient attendre de lui, ils s'en figuraient une cliiméri<jue, c'est-à-dire une rédemption temporelle dont la vaine espérance les séduisait ; et quand ce Dieu-Homme leur parlait de la nécesfité des souffrances, des avantages de la pauvreté, du l)onheur des persécutions, de l'obligation f'e pardonner les injures jusqu'à aimer ses ennemis, c'étaient, dit l'Ecriture, autant d'énigmes où ils ne comprenaient rien : Et ipsi vihil Iiorum intellexerunt, et erat rerbiim istiul ahscondilum ab eis * ; pourquoi ? parce qu'ils n'avaient pas encore reçu l'Esprit de Dieu, et qnc toutes ces vérités étaient de celles que le seui Esprit de Dieu peut enscigner.Mais dans l'instant même que le Saint-Esprit leur est donne, ces vérités, qui leur avaient paru si incroyables, se développent à eux : ils en comprennent le secret, ils en découvrent les principes, ils en voient clairement les conséquences. P»enoncer à soi-même et porter sa croix, ce n'est plus dans leur idée une folie, puisqu'ils font consister en cela toute leur sagesse. Aimer ses ennemis et pardonner les injures les plus atroces, ce n'est plus, dans leur estime, ni faiblesse, ni bassesse, puisque c'est par là qu'ils mesurent la grandeur cl la force de l'esprit chrétien. Ils ne comptent plus |î!7ur un bien les richesses de la terre, puisqu'ils se font une béatitude d'être pauvres et de manquer de tout. Ils ne regardent plus la persécution comme un mal, puisqu'ils triomplient de joie d'en avoir été trouvés dignes. Je ne fais que rapporter •« ijtfe-. nous lisons dans le livre des Actes ; et voilà les saintes et adaiirables leçons que lit aux apôtres ce divin Maître, et dont il les rendit capables lorsqu'il descendit sur eux. Or, quand^ie disque le Saint-Esprit les rendit capables de tout cela, je prétends, mes chers auditeurs, vous faire conclure avec moi que c'est donc un Esprit qui enseigne toute vérité. Car que ne peut pas enseigner et persuader Cekii qui enseigne et qui persuade le détachement de soi-même, l'oubU de soi-même, la haine de soi-même?
Mais encore quels hommes pensez-vous qu'étaient les apôhes avant que le Saint-Esprit viut
' Lac., xvui, 3*.
leur enseigner ces vérités? Ah ! chrétiens, quelle merveille ! des hommes remplis de défauts ; des hommes, selon le reproche de Jésus-Christ, insensés et lents à croire : Stuiti et tunli corde ad credendum ' ; des hommes charnels, et ne voulant juger des choses de Dieu que par les sens : Nisividero... non credam '^- ; des hommes intéressés, qui ne reconnaissaient pour vérité que ce qui était conforme à leurs désirs; des hommes que le Sauveur lui-même avait eu peine à supporter, et à qui, dans le mouvement de son indignation, il avait dit : 0 g^neratio incredula... quandiu vos patiar 3 .'' Car c'est ainsi que l'Evangile nous les dépeint, et telle était, même après la résurrection du Fils de Dieu, la disposition où ils se trouvaient encore, puisque Jésus-Christ, en se séparant d'eux et montant au ciel, leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leurs cœurs. Sontce là des sujets capables de profiter à l'école du Saint-Esprit, et d'y être admis ? Oui, répond saint Chrysostome, ce sont là les sujets que le Saint-Esprit choisit pour en faire ses disciples : s'ils étaient mieux dispo.sés, ils ne lui seraient pas si propres; s'ils étaient plus spirituels et plus raisonnables, il ne tirerait pas de leur conversion toute la gloire qu'il en veut tirer : il lui en faut de ce caractère, pour montrer ce (]u'il est et ce qu'il peut. Jésus-Christ vient de les quitter, en leur reprochant le déplorable état où il les laissait. Voilà justement le fonds que cherchait l'Esprit de vérité, pour faire éclater sa puissance. De ces incrédules, il fait les appuis de la foi, et de ces ignorants, les docteurs de toutes les nations, afin qu'il n'y ait personne sur la terre qui ne puisse prétendre à la qualité de disciple du Saint-Esprit, et dont le Saint- Esprit ne pui se être le anître : ca.- s'il l'a été des apôtres, de qui ne le scra-f-il pas ?
Vous me demandez jusqu'à quel point il les persuade ? Jusqu'à les résoudre à mourir pour la confession des vérilés qu'il leur enseigne, jusqu'à les préparer au m u'tyre, et à leur en inspirer des désirs ardents. Car c'est pour cela que ces disciples de la vérité reçurent la plénitude de l'Esprit. Or, en matière de persuasion, l'Esprit même de Dieu ne peut aller plus loin. Si Plalon, dit saint Chrysostome, eût eu la présomption d'exiger de ses sectateurs ce témoignage de la créance qu'ils avaient en lui ; s'il avait voulu qu'ils soutinssent sa doctrine jusqu'à l'effusion de leur sang, bien loui de s'attacher à lui, ils en auraient conçu du mépris : pourquoi î parce qu'il ne les persuadait qu'en homme, et qu'en effet la persuasion qui vient de l'homaje
• Luc, xxrr, 25. — ' Joan., xx, 26. — ^ Marc., u, là.
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ne va pas à beaucoup près jusque-là. Tirez donc celte conséquence, et raisonnez de la sorte : Le Saint-Esprit, révélant aux disciples du Sauveur les vérités évangcliques, leur révèle en même temps que la foi de ces vérités sera pour eux. un engagement au martyre; que, pour croire et pour soutenir ces vérités, il leur en coûtera d'être maltiailés, accablés, sacrifiés comme des victimes ; et il les persuade à cette condition : marque visible et incontestable que c'est l'Esprit de Dieu.
Au reste, chrétiens, ne pensez pas que tout ceci ne se soit accompli qu'une fois, ou ne l'ait été que dans la personne de ces premiers disciples. Car saint Luc, en termes exprès, nous assure que le miracle dont je parle se renouvelait tous itt jours dans l'Eglise naissante ; que le Saint- Esprit descendait sur les fidèles, tantôt quand on leur coniérait le saint baptême, tantôt quand on leur imposait les mains, tantôt quand on leur annonçait la parole du salut ; et que par là on voyait grossir de jour en jour le nombre des croyants, c'est-à-dire le nombre de ceux qui étaient persuadés comme l'avaient été les a])à- \res: AïKjebatur credeiitiumin Domino midliludo^. Or, ce qui arrivait alors avec ces signes éclatants que saint Luc rapporte, c'est, malgré la perversité du siècle, cequiarri\e encore aujourd'hui, quoique d'une manière plus simple; c'est ce que nous avons vu nous-mêmes plus d'une fois , et ce que nous avons admiré, lorsque des esprits libeitins et obstinés dans leur libertinage, que des mondains, des impies, des incrédules qui vivaient au milieu de nous, touchés de cet Esprit de vérilé, ont renoncé à leur impiété, fc sont soumis au joug de la religion, ont commencé à connaître Dieu et à le glorifier. Car ainsi le monde est-il devenu chrétien ; ainsi des (énèbres de l'intidéUté s'est-il converti à la lumière pure de la foi ; et ainsi l'Esprit de Dieu, selon la parole de Dieu même, a-t-il rem[)li tout l'univers : Spiritus Doinini replevit orbem terrarum 2.
Mais (ju'a fait le démon, ce prince des ténèbres, enuemi des œuvres de Dieu et jaloux de sa gloire ? Pour combattre ce miracle, il s'est efforcé, ci il a même trouvé le moyen de pervertir l'univers par un esprit tout contraire à VEsprit de vérité ; je veux dire par l'esprit du monde, qui, se communiquant et se répandant, a défiguré toute la face de la terre, que l'Esprit de Dieu avait saintement et heureusement renouvelée : je m'explique. Car voici, mes chers audilcuis, le désordre de notre siècle, que nous
} Aet., Y, 14. — ï Saji., i, 7,
ne pouvons assez déplorer. Tout l'univers est aujourd'hui rempli de l'esprit du monde, et on peut dire que l'esprit du monde est comme l'esprit dominant qui conduit tout. En effet, c'est l'esprit du monde que l'on consuUe dans les affaires, c'est l'esprit du monde qui règne dan^ les conversations, c'est l'esprit du monde qui fait les liaisons et les sociétés, c'est l'esprit du monde qui règle les usages et les coutumes. On juge selon l'esprit du monde, on parle selon l'esprit du monde, on agit et on se gouverne selon l'esprit du monde ; le dirai-je ? on voudrait même servir Dieu selon l'esprit du monde, et ucconnnoder sa religion à l'esprit du monde. Et parce tpie cet esprit du momie est un esprit de mensonge, un esprit d'erreur, un esprit d'imposture et d'hypocrisie ; par une conséquence nécessaire et que l'expérience même ne nous fait que trop sentir, de là vient qr.'il n'y a rien dans le monde que de faux et d'apparent. Faux plaisirs, faux honneurs, fausses joies. Fausses prospérités, fausses promesses, fausses louanges; voilà pour les biens extérieurs : fausses vertus, fausse prudence, fausse modéralion, f ausse justice, fausse générosité, fausse probité ; voilà pour les biens de l'esprit. Mais ce qui est bien plus indigne, fausses conversions, fausses dévotions, fausses huiiiili'és, fausses pénitences, faux zèles pour Dieu, et fausses charités pour le prochain ; voilà ])our ce qui regarde le salut. De là vient que les honnnes du monde, pleins de cet esprit, semblent n'avoir point d'autre étude que d'en imposer aux autres et de se tromper eux-mêmes, que de cacher ce qu'ils sont et de montrer ce qu'ils ne sont pas : de là vient que, selon l'Apôlre, le monde est une scène où tout se passe en ligure, où il n'y a rien de solide ni de réel, où la flalleiie est en crédit, où la sincérité est odieuse, où la passion, soutenue de la luse et de lartifice, parle hardiment, où la vérité simple et modeste est captive et dans le silence. Pernicieux esprit, qui, à mesure qu'il s'empare du monde, y fait éclipser les plus vives lumières, non-seulement du christianisme etde la religion, maisde lu dioite raison. Cependant, je le répète, c'est cet esprit du monde qui s'insinue et qui s'introduit partout. On ne se contente pas de l'avoir pour soi ; on le communique, on travaille à le répandre. Un père l'insijire à ses enfants, il leur en fait des leçons, il leur en donne des règles, il les élève selon cet esprit, il les avance selon cet esprit, et, en les conduisant selon cet esprit, il se damne avec eux selon cet esprit. Ce n'est pas seulement dans les palais des grands que cet esprit
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du monde exerce un souverain empire, c'est dans les conditions particulières, c'est parmi le peuple : le dirai-je ? c'est jusque dans les plus saints étals, jusque dans l'Eglise et dans le clergé. Car je vois, par exemple, dit saint Bernard, et je le vois avec douleur, que tout l'empressement et tout le zèle des ministres de l'Eglise consiste à faire valoir leurs droits, à s'enfler de leur dignité, à jouir de leurs revenus et à en abuser. Ainsi parlait-il de son temps. Or on sait bien, ajoutait-il, que ce n'est pas l'Esprit de Dieu, mais l'esprit du monde, qui leur inspire ce zèle ambitieux et intéressé. Voilà donc l'esprit du monde placé jusque dans le sanctuaire. Vous me direz que les religieux mêmes n'en sont pas exempts, et que, dans la profession qu'ils font de renoncer au monde, ils ne laissent pas souvent d'en conserver encore l'esprit : je le sais, et c'est ce qui me l'ait trembler, quand je viens ti rentrer dans moi-même. Mais si j'en dois trembler pour moi, quelle sûreté peut-il y avoir pour vous? et si ce mallieureux esprit du monde peut aveugler et séduire un homme séparé du monde, que ne doivent pas craindre ceux qui, parla nécessité de leur état, se trouvent exposés à tous les dangers et à toutes les tentations du monde ?
Quoi qu'il en soit, chrétiens, reprenons; et par le miracle qu'a opéré dans les apôtres le Sair*v-Esprit, reconnaissons ce que nous somma levant Dieu. A en juger par les effets, cet Espht de vérité, dont je viens de vous faire voir es merveilles et les prodiges, a-t-il été jusqu'à présent un esprit de vérité pour nous? et s'il ne l'a pas été, à quoi devons- nous l'imputei', sinon à l'endurcissement et à la dépravation de nos cœurs ? Uuelipie profession que nous fassions, comme chrétiens, d'être les disciples de cet Esprit de vérité, nous a-t-il réellement persuadé les vérités du christianisme ? nous les at-il fait goûter ? nous a-l-il mis dans la disposition sincère et efticace de les pratiquer ? Nous adorons en spéculation ces vérités, mais y conformons-nous notre conduite ? nous en parlons peut-être éloqueniaient, mais nos mœurs y répondent-elles? nous en faisons aux autres des leçons, mais en sommes-nous bien convaincus nous-mêmes? croyons-nous d'une foi bien vive qu'il faut, pour être chrétien, non-seulement porter sa croix, mais s'en faire un sujet de gloire? qu'il faut, pour suivre Jésus-Clirist, renoncer intérieurement, non-seulement atout, ' lais à soi-même ? iiu'il faut, pour lui appartenir, non souiemeut ne pas flaller s., chair, mais la crucifier ; qu il l'aut^pour trouver grâce
devant Dieu, non-seulement oublier l'injure reçue, mais rendre le bien pour le mal? Croyonsnous, sans hésiter, tous ces points de la morale évangélique , et pouvons-nous nous rendre témoignage que nous les croyons aussi solidement de cœur, que nous les confessons de bouche ? Les apôtres, au moment qu'ils reçurent le Saint-Esprit, furent prêts à mourir pour ces vérités : sommes -nous prêts, je ne dis pas à mourir nous-mêmes, mais à faire mourir nos désirs déi"églés et nos passions ? Suivant cette règle, y a-t-il lieu de croire que l'Esprit de vérité nous a détrompés de mille erreurs qui causent tous les désordres du monde, qu'il nous a désabusés de je ne sais combien de fausses maximes qui nous pervertissent, qu'il nous a dessillé les yeux sur certains chefs où nous nous formons des consciences qui sont autant de sources de damnation? s'il n'a rien fait en nous de tout cela, quelles preuves avons-nous que nous l'ayons reçu ? et si nous ne l'avons pas reçu, à qui nous en devons-nous prendre, encore une fois, qu'à nous-mêmes? Peut-être, pour excuser l'aveuglement criminel où nous vivons, osons-nous dire que ce sont les lumières du Saint-Esprit qui nous manquent, et rejeter sur lui l'iniquité de nos erreurs. Mais comme Esprit de vérité, il a bien su nous ôter ce vain prétexte, et nous convaincre, par les reproches qu'il nous fait si souvent dans l'Ecriture, que nos erreurs viennent uniquement de nos résistances à ses lumières ; que si nous sommes toujours aveugles, c'est que, toujours incirconcis de cœur, toujours indociles et opiniâtres, nous ne voulons pas l'écouter, et qu'au mépris de ses inspirations, nous ne suivons point d'autre guide que l'esprit séducteur du monde, qui nous corrompt et qui nous perd : Dura cervice et incircumcisis cordibus... vos semper Spritui Sancto resis~ titis 1. Au lieu que nous voudrions rendre le Saint-Esprit lui-même responsable de notre aveuglement , par le refus qu'il ferait de nous éclairer, comme Esprit de vérité il nous fait convenir malgré nous que la cause de notre aveuglement, c'est que nous ne pouvons supporter la vérité qui nous reprend, et que nous abusons par orgueil de celle qui nous datte : Dura cervice et iucircumcisis cordibus, vos semper Spiritut Sancto resistitis. Ah ! mes chers auditeurs, ne faisons pas cet outrage à l'Esprit de grâce, de vouloir nous justifier aux dépens de la grâce même. Préservez -nous de ce désordre, ô divin Esprit! et pour cela faites-nous c«û-
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naître vos voies. Enseignez-nous ce que vous enseignâtes aux apôtres. Faites que nous commencions enfin à être vraiment vos disciples; et soyez pour nous, non-seulement un Esprit de vérité, mais un Esprit de sainteté : c'est la seconde partie.