DEUXIEME PARTIE
ai le Fils jle Dieu était intéressé à honorer sa chair, il ne l'était pas moins à honorer son corps mystique, qui est l'Eglise. Nous ne faisons tous qu'un même corps avec Jésus-Christ, dit saiut Paul : Vos estis corpus Christi, et membra de membro •. En qualité de sauveur, Jésus- Christ est notre chef, et en qualité de justes, nous sommes ses membres ; et comme il est de l'honnem- des membres d'avoir un chef couronné de gloire, aussi est-il de l'honneur du chLi de répandre sur ses membres tonte la gloire dont ils sont capables. Or, c'est ce que Jésus-Christ a fait dans l'institution de la divine Eucharistie, que nous pouvons proprement encore app;'li>r la tète do l'Eglise, ou la fête du du corjis mystique de Jésus -Christ : Feslum corp'iis Cluisli; pourquoi cela? parce que ce mystère est celui dont l'Eglise se tient plus honorée, et qui la rend plus glorieuse devant Dieu.
Non, chrétiens, le Sauveur du monde, avec toute sa magnificence, ne pouvait rien faire de plus honorable pour son Eglise, ni de plus gi'and, que de lui laisser le sacrement de son corps : c'était le comble de toute la gloire qu'il lui pouvait procurer; et l'on peut bien dire après cela que cet Homme-Dieu avait jileinement accomph le dessein qu'il s'était formé, d'avoir, comme parle l'Apôtre, une Eglise illustre, éclatante, enrichie des plus beaux ornements du ciel : Ut exhiberet ipse sibi gi>iios'i:n Ecckfiam 2; parce qu'en effet la possession du corps et du sang de Jésus-Christ donne à l'Egiise tous ces avantages et toutes ces qualités. Vous voulez savoir comment? Ah! mes cliers auditeurs, la riche matière à vos réflexions ! Autrefois les j 11 ils se préféraient à toutes les nations du monde, et se glorifiaient d'avoir un Dieu qui ne dediùgnail pas de demeurer au milieu d'eux et de marcher avec eux. Non, disait .Moise, il n'y a point de peuple qui ait des dieux si pmclies de soi, et par conséquent il n'y a point de peuple sur la terre si honoré que nous : Née est alla laitio km grandis quœ Iiabeat deos apprjpinqiiantes sibi ■'. Mais de quelle manière Dieu demeuraii il a\ec lesjuits?Par celte arche d'aljiance d'où il rendait des oracles, et à laquelle il avait allaciié sa protection. Cette arclie étaitelle le vrai Dieu d'Israël? Elle n'en élail que la figure, que le tabernacle ; et cependant parce qu'elle était placée au milieu des douze tribus, qu'elle les accompagnait dans toutes leurs mai'-
: l Cor., XM, 27.-2 EpUes., v, 27. — ' Deut., iT, 7.
SUR LE TRÈS-SAINT SACREMENT
lia
chcs, et qu'ils la poiiaicat dans leurs camps et dans leurs armées, ils se vanlaitMit que leur Dieu les suivait purlout, et que pailout il leur était présent. Mais qu'est-ce que clIu, clnéiiens, si nous le comparons avec l'hunuour que l'Eglise reçoit, et que nous recevons comme elle clans rEucliarislie?Un Dieu lui-même, dans sa propre si'.bstance, et avec tonte la plénilude de sa divinilé, demeure corporcllemenl et réellement parmi nous; il réside dans nos lempks, il vient jusque dans nos maisons; il se laisse non-seulement a[)proclicr, mais toucher, mais manger ; et c'est !)!en à nous désormais de dire : Nec est alla natio tam grandis, qiiœ Itaheat deos apprupuKj liantes sibi. Ezéchiel nous parle d'une cité mystérieuse dont il décrit les richesses et la giaudeur, et qui n'avait point d'autre nom que celui-ci : C'est le séjour de Dieu, et Dieu y est : Etiiumen civit(itis...Dûminus ibidem '.Mais celle cité ne pouvait être que l'Eylise chrélieuiie, dont Dieu représentait déjà l'excellence à ce prophète; car quel nom [ilus propre peuton donner à l'Eglise? Domiiius ibidem : c'est là que Dieu habile ; c'est là que, par un engageuient iiii'nocuble, il s'est obligé de demeurer jusqu'à lacousoimnalion des siècles; et par quel engagemetil? Par l'Eucharistie, qui le tient connue atliiclié à sou Eglise, sans qu'il puisse jamais s'en séparer : Et nomen civitatis, Dumiitus ibidem.
Cependant est-ce en cela seul que consiste tout l'honneur qui revient à l'Eglise, de ce sacrci.ieul? Nou, clirélicns, il y a qncl(|ue chose de plus im|)Oilimi; écouter !e. Eli'e honoré .e la présence d'un Dieu, cela est giu'id; n l'sétre hontiré de ses entretiens, mais èlre bon, ré de sit lamiliarité la plus intime, c'est bien encore une autre gloire. Or, tel est t'avantage de l'Eglise dans le sacrement du corps de Jésiis-GInist. Que lait Jésus-Christ dans ce mystère '! demande l'ablié Rupcrt. 11 y converse avec les honnnes il y visite les hommes, et il y est visité dc;s hommes, i[ y rei,'oil les plaintes des hommes, il > reçoit les requêtes que lui présentent les hommes, il y accorde lesdiiléietuJs des hommes, il j instruit, il y cousole les hounnes. Farce que les hommes sont les mi'uibres de son Eglise, c'est à son E;;lise qu'il dclère tout cet honneur. Sur quoi, mes hères, il me souvient d'une remarque qu'a laite Guillaume de Paris, expliquant la prophélie de Daihel. Quand le roi de Babylone, consulta les devins sur la vision qu'il avait eue, cl qu'il les obligea de lui dire le songe qui l'avail occupé pendant son sommeil, ils lui répondiiciit qu'il
'£z«cb., xLviii, 3C,
n'y avait point d'homme mortel qui le i)ùt faire;quecela n'appartenait qu'auxdieux, parce que les dieux n'avaient point de commerce avec les honnnes : Nec reperietur quisfiuam qui indicet illitni... exceplis diis, quorum non est cum bominibus coiiversalio •. Celle parole, dit l'Ecriture, l'irrita, et il reconnut que toute la sagesse des devins n'était qu'erreur et que mensonge : pourquoi? Ah ! répond Guillaume de Paris, il y eut en ceci du mystère. Ils présupposaient que les dieux du ciel ne s'abaissaient pas jus(pi'à s'entretenir avec les hommes ; et en cela ils flrent i)araihe sans y penser, leur ignorance, parce qu'il y avait un Dieu, le Dieu des chrétiens, qui devait honorer un jour les houimes de sa conversa lion, et qui mettraitlà ses plus chères délices : Deliciœ meœ, esse cumliliishomiuum'^. Voilà, dis-je, la prérogative de l'Eglise de Jésus- Christ, de pouvoir traiter familièreineut avec sou Dieu; elpar là, reprend saint Chiysoslome, nous avons eu quelque sorte, sur la terre, le même avanlaj;e qhe les bienheureux dans le ciel : car le bonheur du ciel est de posséder Dieu ; et ne le possédons nous pas loul entier dans la divine Eucharistie? Jésus-Chrisl, ajoute Maint Chrysoslome, se trouvait partagé entre l'Eglise lriomi)haule et l'Eglise militante : elles disputaient à qui aurait sou corps adorable, et l'une et l'aulre y prétendaient ; mais ce nouveau Salomon a tait ce que le preuner, avec toute sa sagesse, ne put laire. Sans diviser s n corps, il l'a doimé à l'une et à l'autre : à l'Eglise triomphante, il l'a donné sans voile et à découvert : à la militante, il l'a donné sous les es|iècesdeson sacrement.
Peut-on, cbrétieus, enchérir sur ces pensées? Oui, on le peut; et voici des avantages encore mille lois [)liis grands : et quoi ? Souffrez que je les ramasse eu abrégé, et que je vous en propose seulement l'idée, capable de ravir d'admiration les anges et les hounnes. C'est que le sacrement de l'Eucharistie est pour nous, el pour tous les (idèles ([ui le reçoivent, une extension conliimelle et perpétuelle du mystère de l'incarnation. Ainsi parlent les Pères. Vous savez à quel point d'honneur fut élevée l'humanité de Jésus-Christ, dans ce bieiiheui'cux moujeut ipii l unit au Verbe divin. Or, je dis (pie Jésus-Ciaist, se donuant à nous par le saiivmealde l'autel, a fait entrer tou.; les membres de son Eglise en coin uni ni cation de la même gloire, puisqu'il vient en nous, qu'il s'unit à nous, qu'il ne l',dt,pour amsi dire,qu'unavecnous.Et c'est delà, selon la dpctrine de saint Cyrille, lou-
' Daniel il, U. — ^ Prov., vm, 31.
SUR LE TRÈS-SAINT SACREMENT
(léesurla parole du Fils de Dieu, que ce sacrement s'apiiL'Ile cûiiuiiunion : Qui manducat meam carnem, et bibit meumsanguinem, in me manet, et ego in illo '. D'où il s'ensuit mêiiie encore que, dans une certaine propriété de termes, le Sauveur du monde est à tous moments comme incarne de nouveau entre les mains des ])rétres, qui sont ses ministres. 0 veneranda sacerûotum (lignitiiit, in quorum manibvs Filius Dei perpétua iiiciii natur ! s'éclic saint Augustin. 0 vénéral)le et sacré caractère des prêtres, puisque Jcsus-Clirist, puisque le Fils du Père éternel, juiisque notre Dieu, qui ne s'est incarné qu'une fois dans le sein de Marie, s'incarne sans cesse dans leurs mains! Jugez, chrétiens, de cet hon. neur, j^ar celui que Dieu fit à Marie, quand il la choisit |)0ur sa mère. Nous rendons à cette . Vierge un culte singulier de religion, parce que c'est en elle que le Verbe s'est tait chair; et que de\ons-nous penser des prêtres qui ont le pouvoir de le former dans leurs propres mains, de le produire par l'efficace de leur parole, de le faire reposer dans leur sein, non pas une fois, mais autant de fois qu'ils célèbrent les saints mystères?
Mais pourquoi entrer dans les secrets de la di\inc Eucharistie, pour connaître les privilèges de gloire que l'Eglise y trouve ? Arrêtons-nous à ce qui se présente d'abord dans ce mystère, à ce qui eu fait toide la substance, à ce que nous voNons, à ce qui frappe nos sens , ca • c'est là que Jésus-Christ, pour honorer sou Eglise, la repail de son corps, lui donne son sang pour breuvage et sa chair pour aliujeul, c'est-à-dire la chair d'un Dieu, le sang d'au Dieu, le corps d'un Dieu. Ah ! chrétiens, que dirons-nous après cela ? Pouvons-nous jamais exprimer ce qui est au-dessus de toute expression, au-dessus de toutes nos pensées, et même de tous les souhaits de notre cœur ? Etre nouiri de la chair d'un Dieu, c'était à l'Eglise, comme à la fille de Sion, comme à l'épouse du Roi de gloire, et particulièrement comme au corps mystique de Jésus- Christ, qu'un tel honneur était réservé : car il faut que l'épouse soit nourrie conformément à la grandeur de son époux, la fille par rapport à la noblesse de son père, et les membres du corps selon la dignité du chef. Or, pour l'épouse d'un Dieu, pour la fille d'un Dieu, pour le corps mystique d'un Dieu, il n'y avait que la chair d'un liieu qui pût être une viande sortable. Pour les juits, qui lurent les escla\es de Dieu, c'était assez, (lit saint Jérôme, de manger la manne, ai)poléedans l'Ecriture le pain des anges ; mais
'Joâii., ï , 57.
à nous que Dieu a ennoblis jusqu'à nous faire sesenlanis d'adoption, mais à l'Eglise qui a été engendrée du sang de Jésus-Christ, le pain des anges ne suffit pas ; il faut le pain de Dieu, et c'est pour cela que. Jésus-Christ nous le donne dans l'Eiicharislie.
De tout ce que j'ai dit, chrétiens, remportons deux sentiments, qui sont les conséquences naturelles de ce discours : l'un de respect et de vénération pour l'Eglise, et l'aulre de zèle pour l'innocence et la pureté de nos corps. Respect et vénération pour l'Eglise, qui est le corps mystique de Jésus-Christ ; car pouvons-nous l'honoier assez, après que Jésus-Christ lui-même l'a tant honorée ? C'est par elle qu'il nous donne sa chaii' et son sang ; c'est à elle qu'il veut que nous eu soyons redevables, puisqu'il l'en a faite la dépositaire ; et si nous recevions ce sang et cette chair divine par d'autres mains que parles siemu's, la chair et le sang de Jésus-Christ, non seulement ne nous seraient plus salutaires, mais devieiiihait-nt pour nous le poison le plus mortel. Il est vrai, c'est Marie, mère de Jésus, qui d'abord nous l'a donné, ce sacré corps ; mais Marie, après tout, ne nous l'a donné qu'une fois, et l'Eglise nous le donne tous les jours; mais Marie nous l'a donné à tous en général, et l'Eglise nous le donne à chacun en particulier ; mais -uarie nous l'a donné comme un Sauveur qui devait régner sur nous, et l'Eglise nous le donne comme une viande qui s'unit à nous. D'où il nous est toujours aisé de conclure ce que nous (levons à cette épouse du Fils de Dieu, ,."^c quelle fidélité nous devons lui demeurer atlach^'S, avec quelle ardeur nous devons délèudreSLa intérêts, avec quelle docilité nous devons recevoir ses ordres, avec quelle piélé et quelle soumission nous devons les exécuter. Cependant, à quels combats et à quelles insultes ne s'est-elle pas vufe exposée, en nous faisant le don le plus précieux, et môme parce qu'elle nous le faisait et nous le conservait ? Car vous savez combien de fois les hérétiques sont entrés dans ses temples pour le lui arracher; vous savez quels excès ils y ont commis, comment ils ont souillé son sanctuaire, renversé ses autels, brisé ses tabernacles, enlevé ses vases sacrés; comment ils ont porté leurs mains sacrilèges et parricides jusque sur ses enfants, jusque sur ses ministres, jus.jue sur son époux et son redoutable sacrement : attentats dont le souvenir nous saisit encore d'horreur. Mais, chrétiens, ce qu'il y a deplusdéi)lorable, c'est que cette mère des fidèles, ainsi outragée par ses ennemis, reçoive de nous tous les jours les mêmes outrages ; et u'esl-ce pas
SUR r.E TRi'S-SAINT SACRKMENT,
pour cela qu'elle peut bien dire, dans lamertiime de sa douleur : Filios enittrivi, eterMltavi; ipai mitem spreverwit me ' ? J'ai formé des enfants, je les ai élevés dans mon sein, je les ai nourris du lait de la plus saine doctrine, je leur ai donné un aliment tout divin, et ils m'ont méprisée ! Car, prenez garde, mes chers auditeurs, et du moins faisons-y quelque réflexion : les hérétiques l'ont méprisée en profanant ses temples, et par tant de scandaleuses irrévérences n'en sommes-nous pas les profiinaleurs ? les hérétiques l'ont méprisée en souillant son sanctuaire, en renversant ses autels, en brisant ses tabernacles ; et combien peut-être, dans ce mémo sanctuaire, h la face de ces mêmes autels, devant ces mêmes tabernacles, tout sanctifiés qu'ils sont par la présence réelle de Jésus- Christ, avez-vous formé de criminels desseins, et entretenu de honteuses passions ? les hérétiques l'ont méprisée en se jouait de ses mystères, et en déshonorant son adorable sacrement; et n'est-ce pas le déshonorer, ce même sacrement, que de le recevoir dans l'état de votre péché ? n'est ce pas vous jouei' de ces divins mystères, que d'y assister avec aussi peu d'altention, avec aussi peu de respect et de retenue qu'aux assemblées les plus mondaines ? Quand les hérétiques l'ont méprisée, c'étaient ses ennemis déclarés et ses persécuteurs ; et dès là leurs mépris lui ileveuaient beaucoup moins seusibles ; mais les nôtres la doivent toucher d'autant plus que nous sommes son troupeau, que nous sommasses disciples, que nous sommes ses enfants ; Filius enutrivi, etexaltavi ; ipsi autem spreverunt me !
Je dis de plus, que nous devons remporter un sentiment de zèle pour l'innocence et la pureté de nos corps. Oui, mes cbers auditeurs, tout méprisables d'ailleurs que nous pouvons être, nous devons, si je l'ose dire, nous honorer nousmêmes, puisque nous participons tous à cette glorieuse qualité de corps mystique du Rédempteur, et que c'est de nous comme d: l'Eglise que saint Paul a dit : Vos estis corpus Christi 2 ; Vous êtes le corps de Jésus-Christ. Quelque vils que soient nos corps par eux-mêmes, nous devons néanmoins avoir pour eux un certain respect que la loi de l'Eucharistie nous doit i ispirer, et que lapiété doit entretenir : pourquoi.' non plus seulement parce que nos corps sont les temples du Saint-Esprit, selon l'Ecriture ; cela dit beaucoup, mais cela ne dit pas encore assez : non plus
' Isai., I, 2. — ' l Cor., xii, 27
seulement parce qu'ils sont les sanctuaires vivants où le corps de Jésus-Christ repose , cost encore trop peu : mais parce qu'en vertu de la communion, ils deviennent les membres de Jésus-Christ même, ainsi que l'Apôtre nous l'enseigne : Nemtis quoniam corpora vestra membri mal Cliri4i ' ? Ne savez-vous pas, disait-ii aux Goiintliiens, que vos corps sont les membres de Jésus-Christ ; et par conséi|uent que vous n'êtes plus maîtres d'en disposer, mais qu'ils appartiennent à Jésus-Christ, (ju'ils sont affectés à Jésus-Christ, qu'ils sont du corps de Jésus-Christ? Et non estis vestri 2. Ah ! cliréliens, la grande vérité, elle grand motif pour coaserver vos corps innocents et purs! voilà l'importante morale sur laquelle insistait continuellement saint Paul dans les inslruclions(iu'il faisait aux chrétiens ; il avait du zèle pour la sanctification de leurs âmes; mais il avait encore un zèle spécial pour la sanctification de leurs corps, parce qu'il les considérait comme les membres de J sus-Clirist. Voilà sur quoi il s'expliquait dans les termes les plus énergi(|ucs et les plus forts. Quelle indignité, mes frères, et quelle horreur 1 ces membres de Jésus-Christ , lesprofaner, les souiller, leslivreraux sales désirs d'une prostituée ! Plût au Ciel, mon cher aiuliteur, que je n'eusse pas plus lieu que l'Apôlre de vous faire le même reproche ! mais à (juoi ne vous a pas porté la corruption du siècle, ù quels débordements et à quelles profanations ! Je dis à quelles profanations : car ne \ous croyez pas seulement profanateur du corps île Jésus-Christ, quand vous le recevez d.iiis l'étal de votre péché, mais vous l'êtes encore, coinuicut? par ces voluptés brutales et ces plai>irs iiilàuios où vous plonge la passion, etquidéshonoroul le corps du Sauveur en déshonorant le vôtre. ïel- Icmenl que je puis alors prononcer conlre vous le même a.ialhèmc que saint Paul a |»rononcé contre les chrétiens sacrilèges ; fteus eril corporis et sintfjuiiiis Domini... non dijudicans corpus Domini ^. Parce que vous n'avez |)as lail dans vous-mêmes le juste discernement qu'il fallait faire du corps du Seigneur, vous êtes coupable devant Dieu Je ce corps et de ce sang précieux. N'attirons (las sur nous, mes chers auiliteurs, ce terrible arrêt ; ne renversons pas les favorables desseins de Jésus-Christ. Honorons sur la terre, par la saintelé de nos corps, la sainteté du corps de cet tljuiuie-Dieu, afin d'avoir part à sa gloire ilaus le ciel, où nous conduise, etc.
•iCor., Vi, li.— ' Ibid., ïi, 19. — » IbU., xi, 27, 29.
B. - ToM. lU.
146 SERMON SUR LA CONCSPTION DE LA ViEîlGE.
SERMON SOR LA CONCEPTION DE LA VIEriôB
ANALYSE
Sujet. Jacob fut le père de Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est' né^ Jésus, qu'on appelle Chnst.
Vu:!., iu ilii> liai éloge ileMàrJe; voilà ce qpi reuJ saeoiioejtioa, n3!if-jealiiin;iU siglûrieuse, mais si sainte. L'Eglise prétend honorer- aujourd'hui la grâce qui lasanctiQa dès le moment qu'elle fut conçue, et c'est de laque nous devons tirer de solides instructions pour nous.
Divisicj.N. Mdrie, par le privilège dé si coneption, pleinement victorieuse du péché, nous fait connaitre, par une règle toute contraire, létal m'alheureu.i oii nous a rjdmls le péché : pre;n:ère partie., Marie, saactiQée par la grâce de sa conception, nous fait connaitre l'iieureux état oii nous sommes élevés par la grâce de notre baptême : deuxième partie. Marie, fidèle à ia grâce de sa conieiition, nous fait connaitre, par son exemple, l'obligation indispensa'jle que nous avons de ménager et de conserver la Srâce en vertu de laquelle nous sommes tout ce que nous sommes : t-osiume p\rtie.
PKEJUtiiE l'AiiTiE. Marie, par le privilège de sU' ooncep'-ion, pleinement victorieuse du péché; nous, fait connaitre, par une rèfle toute ooniraire l'étal malheureux ou nous a réduits le péché. Tous les autres avantages que pouvait avoir Marie dans sa conception n'eussent rien été aux yeux de Dieu sans la grâce, et Dieu à ce moiii£nt ne la considéra ni' ne l'estima que parce qu'elle lui parut des lors revêtue de la gr.ice. De la co:nprenons, 1° quel est le lonj de notre misère, d'avoir été conçus hors de ]a crâce ; U" iiuels en sont les effets, puisque par là nous nous trouvous Hialheureusement sujets à. tous les désordres que traîne après soi le p 'cbé d'origine.
Ce n'est pas assez: mais l°le comble de notre misère, c'est que, tout humiliante qu'elle est, elle ne nous humilie pas ; 2° l'excès de notre uiiseie, c'est que, toute d.ploranle qu'elle est, nous ne la djplorons pas; 3" le prodige de notre misère, c'est qu'au lieu de la déplorer, nous nous aveiglons tous les jours jusqu'à nous en lélieiter et à nous en glorifier ; 4" l'abus de notre misère, c'est que nous en tirons même avantage jusqu'à; nous en servir comme d'une excuse dans nos péchés, et jusqu'à nous en prévaloir contre Dieu ; 5" la malignité de noue misère, c'est que le péché oii nous avons été conçus, infecte dans nous tout ce qui vient de Dieu et tout ce que nous avons reçu de Dieu ; 6" l'abomination de notre misère, c'est que, non contents d'être enfants de colère i^ar nature, nous le sommes et nous voulons bien 1 être par notre choix; 1" l'abomination de désolation dans noire misère, c'est iiueutre le péché de nos premiers paient?, qui est retombé sur noiis, nous suscitons encore tous les jours dans le christianisme de nouveaux péciiés originels, pires que eeUi-ia, et d'une cou,équence pour nous plus pernicieuse.
Deuxiksie rAKTiE. Marie, sanctifiée par la grâce de sa conce^.tion, nous fait connaître l'hiiureux état oii nous sommes élevés par la grâce de notre baptême. Cette grâce que reçut Marie dans sa conception, 1» sanctifia sa personne; 2° releva le mérite de toute» le» actions de sa vie. Grâce qui tanciilia la personne do Marie, et qui (Wf là même la disposa à être la Mère de Dieu, en la rendant digne de Dieu, ; grâce qui releva le niêr.le de toutes les actions de Marie, puisque la Mère de Dieu, dans tout le cours de sa vie, n'a pas lait une seule action qui n'idt tué son prix cl sa valeur de cette première grâce.
Ainsi, par proportion, la grâce de notre baptême 1" sanctifie nos personnes; 2° répand sur nos actions un mérite qui les rend dignes de la vie éternelle que nous devons posséder en Dieu. Elle sanctifie nos personnes, en nous élevant jusqu'à la dignité d'enfants de Dieu. Quel avantage ! voilà le titre qui fait notre véritable granJeur. Elle répand sssr nos acliuns uu mérite qui les rend dignes de la vie éternelle : car, eu vertu de cette grâce, nous devenons les hériliers de Dieu et les cohéritiers de Jésus-Christ ; et toutes nos bonnes œuvres, consacrées par celte grâce, nous donnent un droit certain à la gloire céleste.
TiioisiîisiE PARTIE, ilarie, fidèle à la grâce- de sa conception, nous fait connaître, par son exemple, l'obligation indispensable que nous a.ons de ménager et de conserver lagiâce par où nous somiaestoul ce que nous sommes. ["Marie, quoique exemple de touie faiblesse et confirmée eu grâce dans sa coiiceplion, n'a pas laissé de fuir le monde et la corruption du monde ; '2° Marie quoique conçue avec tous les privilèges de linnoeence, n'a pas laissé de vivre dans l'austérité et dans les rigueurs de la pénitence ; 3 .tlarie, quoique remplie do Sainl-iiispril des l'instant de son origine, n'a pas laissé de travailler ; et sans mettre jamais 'e boi-nes à sa sainteté, elle a toujours été croissant en vertus et en mérites.
1- Marie a fui le monde, quoique le mon le n eut rien pour elle de dangereux ; et nous, pour qui il est si contagieux, nous jt fechei-ciions, et nous prétendons que Oieu, pour nous y sjitenir milgré uou-e faiblesse, fasse des miracles.
2° Marie a vécu dans la pénitence, quoiqu'elle eut été conçue avec tous les privilèges de linnoeence ; et nous, pécheurs, noua Youlons goiiter toutes les douceurs de la vie.
3° Marie, quoique pourvue dune gr:ice surabondante, s'est néanmoins toujours appliquée à croître en vertus et en mérites; et nous, en qui la grâce laisse toujours un si grand vide, quelque peu de bien que nous fassions, nous non» en tenons là.
Compliment an roi.
/acoô autemgntuU Joseph virum Mari<e, Je q,ui nalus esl Jesut, SaUVetir : De QUa liatUS eSt JeSUS. Voiià Ce qui
qui vocaïur c/trisius. rciul la coiiCL^plioii de Marie uoii-seiileinent si
.^^r^ïLrt;;!^:^: ^!Zj^c:^:^. irc " "' g^^^^»*'^' '"^'=^ ^' «^"^'^ ; ^^ ^r 'i^'^' '"'"' '^^-
guslin s est loiulé, quand il a dit que, pour l'hori-
^"'^' neur de Jés!is-Clii ist, il exct:plail toujours M.iric
En peu de paroles, voilà l'éloge le plus ac- lorsqu'il s'agi.ssait du péché, et qu'il ne pouvait
:onipli de l'illustre Vierge dont nous célébrons pas môine soiitlrir qu'on mît en qucslion si elle
aujourd'hui la l'èle : c'est celle de qui est né le y avait été sujette : Excepta Virgine Maria, de
SUR LA CONCEPTION DE LA VIERGE
qua, propter honorem Domini, niillam prorsus, cnm de pecrato agilur, haberi volo qu(estioiiem. La raison qu'il en apporte inaïque encore mieux sa pensée. Car nous savons , ajoute ce saint docteur, que cette Vierge incomparable a reçu d'autant plus de grâces pour triompher entièrement du péclKÎ, i|ue c'est elle qui a mérité de concevoir et de porter dans ses chastes entrailles Celuique la foi nous assure avoir été exempt de tout péché, et absolument incapable d'avoir rien de commun avec le péché : Iiideeiiini scimns, quod ei tanto plus gvaliit collatum fuit ad vincendiimomii ec parte peccatum, quia concipen et parère meruHeiim, qiiern constat nulluin liabuisse pecentum. Témoignage bien anl'ientique en faveur de la sainte Vierge ; règle sûre, que tout prédicateur de l'Evangile peut suivre encore aujourd'hui, puisqu'il y a tant de siècles que saint Augustin, le plus grand docteur de l'Eglisse, se la pie-crivait lui-même : Excepta Virgiiie Maria. C'est ce qui détermina les Pères du concile de Trente h déclarer que leur intention n'était pas de comprendre l'immaculée et bienheureuse Mère de Dieu, ( car ainsi rappellentils ) dans le décret où il s'agissait du péché d'origine : Déclarât hcec sancta synodus, non esse intentiouis suœ, om rehendere in hoc décréta, ubi depeccalo originnll agitur, beatam et imm iculatam Dei geni'ricem ' . Or , le saint concile n'ayant pas voulu la confondre avec le reste des hommes dans la loi générale du péché, qui serait as^ez téméraire pour l'y envelopp'M- ? Tel est aussi le molil pourquoi l'Eglise, ^oniUme par r&^prit de Dieu, a institué cette fêle particulière sous le titre de la Conception de Marie. Elle prétend honorer la grâce privilégiée et miraculeuse qui sanctifia la Mère de Dieu dès le moment qu'elle fut conçue ; et c'est à moi, mes chers auditeurs, de contribuer à ce dessein de l'Eglise, et de vous faire trouver dans ce mystère, tout stérile qu'il, paraît pour l'édification des mœuis, un fonds également avantageux, et pour la gloire de Ma. ie, et pour notre propre utilité. Or c'est, comme vous l'allez voir, à quoi je nie suis atl jché. Mais il melaut, Vierge sainte, un secours puissant : il me faut des lumières pour m' éclairer, desgiàces pour me soutenircl c'est par vous que je les obtiendrai, en implorant auprès de Dieu votre intercession, et vous disant: Ave, Maria.
J'entre dans mon sujet par une pensée qui "l'a paru digue de toutes vos réflexions, et à ;:|Ui'lle j'ai cru devoir m'arrêter, parce qu'elle
' Coiicil Tiiil., Scsi. ï, Dccrct. da pecc. orig. sui fine.
mefournit une ample matière d'instruction et de morale touchant le mystère que nous solennisons. Car je prétends que ce mystère, par la comparaison que nous devons taire, et qu'il nous donne heude fiiire entre Marie et nous, ou plutôt entre la conception de xMarie et la nôtre, nous découvre aujourd'hui trois choses en quoi consiste la science la plus solide et la plus salutaire de l'homme chrétien, qui est la connaissance de nous-mêmes ; trois choses qu'il nous est surtout important de bien pénétrer, et que nous ne pouvons ignorer, sans ignorer le fond de notre religion : savoir, ce que nous sommes sans la grâce, ce que nous sommes i)ar la grâce, et ce que nous devons à la grâce. Quand je dis la grâce, j'entends celle que les thcologiins appellent grâce sancliliant^ et qui est eu nous le plus précieux d' tous les dons de Dieu, puisque c'est parelle que, de pécheurs, nous devenons justes, et d'ennemis de Dieu, enfants de Dieu. J'entends cette grâce habituelle que Dieu répand.lans nos âmes, et qui est l'effet ou du baptême, que je puis pour cela délinir, après saint Jérôme, le sacrement de notre conception spirituelle et de notre régénération ; ou de la pénitence, qui, nous tenant lieu d'un second baptême, est le sacrement de notre juslilication. Je* prétcMids, dis-je, que le mystère delà conception de Marie, bien médité et bien approfondi, nous l'ait parfaitement connailre ces trois choses : ce que nous sommes sans la grâce, c'est-à-dire la corruption de notre nature par le péché ; ce que nous sommes par la grâce, c'est-à-dire l'excellence de notre sancUfication parle baptême; ce que nous devons à la grâce, c'LSl-à-dire la vigil ince et le soin avec lesquels nous devons la con.scrver en nous et l'honorer. Comprenez, s'il vous plaît, mon dessein. Marie, par le privilège de sa conception, pleinement viclorio.ise du péché, nous fait connaître, par une règle loute contraire, l'état malheureux où nous a réduits le péclié : ce sera la première partie. Marie, sanctifiée par lagràcedesa conception, iidus fait connaître, avec toute la proportion qu'il peut y avoir, l'heureux état où nous sommes élevés par la grâce de notre adoption : ce sera la seconde partie. Marie, fidèle à la grâce de sa conceiition, nous fait connaître, par son exemple, l'obligation indisoensahle que nous avons de ménager et d'honorer la grâce en vertu de laquelle nous sommes devant Dieu tout ce que nous sommes : ceserala dernière partie. Or, être instruit de tout cela, c'est avoir une connaissance eulièreet parfaite de nous-mêmes ; car c'est connaître tout à la fois, et notre véritable misère, et notre
SUR LA CONCEPTION DE LA VIE'IGE
solide bonheur, et notre plus important devoir: voilà ce que j'appelle l'iioinnie, et, selon l'expression de la Sagesse, tout l'homme : Hoc est enim owui/s /iomo '. Notre véritable misère, pour en gémir devant Dieu dans l'esprit d'une sainte componction ; notre solide bonheur, pour en bénir Dieu, et lui en rendre grâce dans l'esprit d'une humble confiance; et noire plus important devoir, pour l'accomplir, en marchantdans la voie de Dieu, selon l'esprit et les règles de la prudence chrétienne : c'est tout le partage de ce discours, et ce qui demande une attention particulière.