‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 36 sur 139 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Il fallait, chrétiens, pour mettre au monde un Dieu-Homme et fait chair, qu'il y eût une a éature prédestinée en qualité de mère de Dieu selon la chair, et voilà ce que j'appelle la seconde alliance de la chair avec le Verbe dans la persoui.e de Marie. Alliance que l'hérésie n'a pas voulu reconnaître dans celte vierge, non plus B. — ToM. m.

que celle de la divinité et de l'humanité dans Jésus-Christ : mais alliance que les vrais fidèles ont hautement et constamment soutenue. Appliquez-vous d'abord, mes chers auditeurs, à en comprendre le dogme ; nous verrons ensuite la gloire qui en revient à Marie, et le fruit qu» nous en pouvons retirer.

Une vierge mère de Dieu, et mère de Dieu selon la chair, c'est ce qui choqua autrefois la fausse piété des hérétiques, surtout de ce fameux Nestorius, patriarche de Constantinople. Cet homme, emporté par l'esprit d'orgueil, et abusant du pouvoir que lui donnait son caractère, osa disputer à Marie sa qualité de mère de Dieu ; et dans cette vue y eut-il artifice qu'il n'employât et déguisement dont il n'usât, pour couvrir ou pour adoucir la malignité de son erreur? car, suivant le rapport des Pères, tout ce qu'on peut d'ailleurs imaginer de titres spécieux et honorables, il lesaccorda à Marie, hors celui dont il était uniquement question. 11 confessa qu'elle était la mère du Saint des saints, qu'elle était la mère du Rédempteur des hommes ; il convint qu'elle avait reçu et porté le Verbe de Dieu dans ses chastes entrailles; il se relâcha même jusqu'à dire qu'elle était la mère d'un homme qui, dans un sens, avait été Dieu, parce qu'il avait été spécialement uni à Dieu. Mais qu'elle lût absolument et sans restriction mère de Dieu, c'est sur quoi on ne put fléchir cet esprit incrédule et opiniâtre. Que fit l'Eglise ? elle rejeta toutes ces subtilités; et plus Nestorius s'obstinait à combattre ce titre de mère de Dieu, plus elle s'intéressa à le maintenir. Il ne s'agissait en apparence que d'un seul mot, et ce seul mot grec, 9eoTO/co;, qui signifie mère de Dieu, était le sujet de toutes les contestations. Mais parce qu'il est vrai, comme l'a sagement remarijué saint Léon, pape, que le chemin qui conduit à la vie est un chemin étroit, non-seulement pour l'observation des préceptes, mais encore [ilus pour la soumission aux vérités orthodoxes : Non in solamandatorum observantia,sed in reclo tramite fiilei, arda via est quœ ducit ad vitum ; l'Eglise prit la défense de ce seul mot avec toute la force et toute l'ardeur de son zèle. Elle assembla des conciles, elle fulmina des analhi-nies, elle censura des évèques, elle n'épargna |)as ceux qui tenaient les premiers rangs, elle les excommunia, elle les dégrada : pounj'ioi? parce que dans ce seul litre de mère de l>icu. était renfermé tout le mystère de l'imar ja ■ tion du Verbe. Car c'est pour cela qu'oii > Ut comme un capital et un pouit esseutiei di' 'ohgion, de croire que .tlarie était, dans li- hw^

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le plus naturel, mère de Dieu. Non pas que celle créance fût nouvelle, puisque, selon saint Cyrille, toute la tradition l'autorisait, et que déjà depuis longtemps Julien l'Apostat l'avait reprocliée aux chrétiens -. Vos christiani, Mariain iHinquam cesmlis vvcare Dei genitricem ; mais on voulut que celle créance, aussi ancienne que l'Eglise, fût désormais comme un syndjole de foi; et l'on arrêta, dans le concile d'Eplièsc, que le titre de mère de Dieu serait un terme consacré contre l'hérésie neslorienue, comme celui de co)is'il)sta)itiel l'avait été dans le concile de Nicée contre l'hérésie arienne.

Voilà, mes irères, ce que nous croyons ; et c'est sur ce dogme ainsi éiabli que sont fondés tous les honneurs que nous rendons à Marie : c'est, dis-je, sur sa materniié divine, qui, dans l'ordie des décrets de Dieu, l'a élevée au-dessus 'ie Luui ce qui n'est pas Dieu. Nous n'en faisons («as pour cela une divinité. Ecoutez ceci, vous qui, réunis à l'Eglise, avez besoin d'être instruis à fond de sa doctrine ; et achevez de vous détromper des fausses idées que vous aviez conçues du cuite de la ^ùère de Dieu. Nous n'eu faisons pas une divinité; et je pourrais appliq;.er ici ce que le grand saint Augustin, dans un semblable sujet, répondait aux manichéens, qui, malicieusement et injustement, accusaient ies catholiques de rendre aux martyrs un culte suficrslitieux et idolâtre. Voici ce qu'il leur disait, eu s'adressanlà Fauste : Il est viai que nous nous assemblons pour célébrer les lèîes des martyrs ; mais nous n'avons jamais eu la pensée d'offrir, par exemple, le sacriiice à aucun des martyrs. Nous savons que cet honneur n'est dû qu'à Dieu seul, et c'est aussi à Dieu seul que nous le rendons. Car où estrévéque,où est ie prêtre quiait jamais dit, étant à l'autel ; C'est à vous, Pierre, c'est à vous, Paul , c'est à vous, Cyprien, que nous offrons et que nous immolons l'Agneau sans tache ï Nous l'imuiolous à Dieti, qui a couronné les martyrs, et nous ne l'offrons en mémoire des martjrs que pour paraciper à leurs mérites, et pour obtenir le secoursde leiu- intercession. Ainsi parlait saint Augustin, et je dis le même de Marie. Nous célébrons avec soieimilé le jour bienheureux où l'auge lui aiHionça lechoix que Dieu faisait d'elle ; mais à Dieu ne plaise qu'en lui rendant nos hommages parce qu'elle a conçu le Verbe de Dieu, nous la confondions avec Dieu! c'est de quoi nous ne craignons pas qu'on puisse soupçonner notre loi ; car, pour me servir du même raisonnement, où est le prêtre qui dans les saints myslàcs uit jamais dit : C'est à vous, Marie, que

nous sacrifions? Nous sacrifions à celui quia prédestiné Marie, qui a sanctifié Marie, iiui a glorifié Marie; mais, quoiqu'elle soit incontestablement mère de Dieu, nous ne la regardons et nous ne l'honorons que comme une pure créature, dont tout le bonheur est d'avoir été fidèle à Dieu, d'avoir été humble devant Dieu, d'avoir été singulièrement élue de Dieu.

Cependant, sans élever Marie jusqu'à Dieu, est-il, du reste, une grandeur comparable à celle de celteMère de Dieu ? Tâchons, m» scliers auditeurs, à nous en former quelque idée; mais souvenons-nous d'abord de ce qu'a dit saint Bernard, que Marie elle-même n'eût pulacomprendredans toute son étendue, ni l'expliquer : Aiidacter dico, quod nec ipsa plane Maria potuit expUcare. Après cela, vous ne serez pa5 surpris si ce que j'ai à vous dire se trouve encore infiniment au-dessuns de mon sujet.

Je considère Marie sous deux rapports : l'un à Dieu, et l'autre aux hommes. Marie devient mère de Dieu , c'est le premier rappoi t ; et Maiie, mère de Dieu, devient par là même la médiatrice et comme la mère des hommes, c'est le second, Or voyons, autant qu'il nous est possible, quelle gloire doit revenir à cette vierge de l'un et de l'autre, et quelles grandeurs y sont ixiifermée?.

Maiie, inère de Dieu. Ecoute, ô homme ! s'écrie là-dessus saint Anselme, conteniitle et admire : Inlendat meushumuna, contempIe!ur et stupeut. Le Père céleste avait un Fils imique et consul stantiel ; mais il n'a pas voulu que ce Fils n'appartînt qu'à lui seul ; il en a fait part à Marie, et elle est véritablement sa mère sur la terre, comme il est son Père dans le ciel : Jfoii est passas manere suujii, sed eum ipsum VLduit esse Mariœ unicum. Pensée sublime, mais qui, dans sa sublimité, n'exprime rieu dont notre mystère ne nous fasse voù- l'entieraccomplissement. Ah! mes frères, disait saint Paul, je fléchis le genou devant le Père de Jésus-Chiist mon Maître, parce que c'est de lui que piocède toute la paternité, soit dans le ciel, soit sur la terre. Ainsi parlait le grand Apôtre ; et ne puisje pas ajouter que je me prosterne en la présence de ce Père tout-puissant pom- le reconnaître, non plus seulement comme auteur de toute paternité, mais comme principe de cette maternité di>ine que j'honore dans .\iarie? Car quel prodige, chrétiens ! et quel autre que Dieu même a pu opérer ce miracle? La virginité et la fécondité jointes ensemble ; une vierge qui conçoit dans le temps le même Fils que Dieu, avant tous les siècles, a produit dans l'éteruité-,

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une mère, dit saint Augustin, devenue mère par la seule obéissance de son esprit, de même que le Père, dans l'adorable Trinité, est père par la seule connaissance do ses inlinies perfections. Qui jamais, avant Marie, entendit rien de pared ; et si la foi ne nous l'apprenait pas, qui jamais l'eût cru, qu'une créatuie dût un jour donrier en quelque manière l'être à son Créateur, et que le Créateur pût devenir en quelque sorte l'ouvrage et la production de sa créature? qui l'eût cru, qne Marie dût donner à un Dieu ce qu'il n'avait pas auparavant, et qu'un Dieu en dût recevoir une vie toute nouvelle? qui l'eût cru, que le Verbe, par qui tout a élé fait, dût être formé lui-même par une vierge, ett|aepar là celte vierge s'acquittât, pour ainsi dire, cnveis lui du bienfait de la création? Permettez-moi, chrétiens, d'user de toutes ces expressions. Les Pères avant moi, s'en sont servis, et ce serait une délicatesse ma] entendue, d'avoir peine à parler comme eux, et d'omettre ces magnifiques éloges que la piété leur inspirait, et que la même piélé nous doit rendre vénérables.

Ce qui me paraît plus surpienant, reprend l'arclievèque de Ravenne, c'est que le Verbe divin, qui dans le ciel ne dépend point du Père dont il est produit, ail voulu ilépendre sur la terre de la .>ièreen qid 11 s'est incarné. Que dis-je, mes cliers auditeurs? le Verbe dépendant, cela peut-il s'accorder avec la majesté de Dieu? Il faut bien le dire, puisque c'est une suite de la maternité de Marie. Dès là que je la reconnais pour mère de Dieu, non-seulement je puis, mais je dois reconnaître que ce Dieu- Homme a voulu dépendre d'elle; qu'il lui a rendu des honneurs et une obéissance légiiiuie; qu'il s'est soumis à son pouvoir ; et c'est aussi ce que l'Evangile nous a expressément maïqué dans ces courtes paroles : Et erat subditus illis ••. Paroles à quoi se réduit presque tout ce que nous savons de la vie mortelle du Sauveur Jusqu'au temps de sa prédication. Mais encore, demande saint Bernard, de ([ui parlait l'évangélisle ? est-ce Dieu, est-ce l'homme qui obéissait à Mari.!? Dieu et l'homme tout ensemble, répond ce Père. Or voyez, poursuil-ii, lequel des deiLV est plus digne de votre admiralmn, ou la soumission du Fils, ou l'empire de la Wère? Eliiie utrum mireris, aut Filii. benejiceniisdnmm ûhjmuionem, util Mutris excellentissimam dùjnUatem. Car voici tout à la fois deux grauds prodiges : prodige d'hunnlilé, que Dieu soit déi)endaut d'une femme ; el prodige de

Luc, u, 61.

grandeur, qu'une femme cornu. ande à Dieu : Utrinque miruculum, elqiml Deiis [cmhus ohlenperet, humililns sine exemplo ; 1 1 quod Dco femiiia prœcipiat, sublimitas sine socio.

De là ne nous étonnons plus qu'un ange descenie aujourd'hui du ciel pour sahier Marie, qu'il s'humilie en sa présence, qii il l'appelle pleine de grâce, qu'il l'élève au-dessus do todles les femmes. Ne nous étonnons plus d'enleiulio dire à saint Augustin que rien après Dieu et parmi tous les êtres créés n'est égal à :.larie, et n'est même comparable à Marie. Mais surtout ne douions plus du pouvoir de Marie, ni de sa tendre aifeclion poumons ; et, sans considérer davantage son auguste maternité par rapport à Dieu, regardons-la maintenant par rap()oi t aux hommes, et tâchons d'en tirer tous les avantages qu'elle nous promet .

Car je liis que Marie, devenue mère de Dieu, devient par là même la mère des hommes, la protecliice des hommes, la coopéralrice tlu* salut des hommes ; cl une mère, une protectrice une coopéralrice toute-puissante pour les hommes. Prenez garde, s'il vous plaît. Mère des hommes, puisque tons les hommes sont nonseulement les frères, mais les membres de ce Dieu-Homme qu'elle porte dans son sein. Protectrice des hommes, puisque c'est en faveur des hommes qu'elle est choisie, et qu'en ce sens elle doit aux hommes son élévation. Coopéralrice du salut des homuies, puis(|u'elle serl à former le Sauveur qui vient racheter le;, hommes, el qu'elle donne le sang ((ui doit ê're le prix de cette rétlempiion et de ce salut. Maio j'ajoute, mère toute-puissante, protectrice toute puissante, coopcr.drice toute-puissante : poiu quoi ? parce (}u'en qualité de mère de Dieu, eile a singulièrement trouvé grâce auprès de Dieu.

C'est donc aujourd'hui que Marie nous tend les bras, pour nous admettre au nom!)re de ses enfants; et c'est dans cette pensée que nous devons imiter le zèle et la piété que témoignèrent les chrétiens d'Ephèse, lorsqu'ils reijurcnt le jugement de l'Eglise universelle à la gloire de celte vierge en qui ils avaient mis leur confiance. Le fait est remarquable, el je voudrais que lis héreli<pies de notre siècle y lissent toute ratlention nécessaire, et qu'ils a;)prissent quels étaient, il y jilusde douze cents ans, lessenlimenls des lidôles à l'égard de Marie, eî (piels doivent être encore les noires. L'insloiie ooùs apprend que le jour où l'on devait conclure su. .a <''■ vine maternilé de .'larie, tout le peuple r dans les rues, remplit les places pidjliu'' tint autour de ce fameux temple dédié . . e. : .

IRO

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de la Vierge, et où les Pères du concile étaient asscaii)lés; qu'au moment que la décision fut publiée, et qu'on entendit que Marie était maintenue dans la juste possession du litre de mère de Dieu, toute la ville retentit d';icclauiations et de cris de joie ; que les Pères, sortant pour se séparer, furent comblés de bénédictions et conduits en triomphe; que l'air fut éclairé de feux ; cnlin, que rien ne manqua à la pompe de cette réjouissance commune, ni à l'éclat de la glorieuse victoire que Marie avait remportée. Ah ! chrétiens, il est vrai, ce peuple fidèle était sensible aux rnlérèts de Marie, et agissait en cela par un esprit de religion ; mais en s'intéressant pour Marie, il s'intéressait pour lui-même ; car il comptait sur le secours de cette Mère de Dieu et il savait ce qu'il en devait attendre. Prenons les mêmes sentiments, et tenons la même conduite. Dans ce grand jour où Marie est déclarée mère de Dieu, rendons-lui les hommages qu'elle mérite, et allons au i)ied des autels lui jurer une lidélité inviolable, et lui renouveler les saintes protestations du plus respectueux et du plus parfait dévouement. Mais ne nous oublions pas nous-mêmes ; et, pour l'engager h nous faire sentir les effets de sa médiation, représentonslui l'élroite alliance qui l'unit à nous et qui nous unit à elle. Disons-lui, d'une part, comme les habitants de Béthulie disaient à Judith : Tu gloria Jérusalem, tu lœtitia Israël, tu honorificentia po. piili nostri i ; Oui , Vierge sainte, vous êtes l'ornement de Jérusalem, le bonheur d'Israël, la gloire de notre peuple : c'est-à-dire l'ornement la gloire, le bonheur del'Eglise. Qiiia... confortatiim est cor tuuni, eo quod castilatem amaveris"^; Parce que vous étiez pure dans un degré de perfection qui surpassait même la pureté des anges, vous avez eu la force d'attirer du ciel le Verbe divin, et de l'incorporer à notre chair. Jdeo eris benedicta in œtenmm 3 ; C'est pom* cela que nous nous humilions devant vous, pour cela que nous vous donnons le tribut de louanges qui vous estdû,!pour cela que nous vous bénissons, et que tous les siècles après nous vous béniront. Mais, d'autre part, reprenons, chrétiens, et ajoutons ce que le sage et zélé Mardochéc dit à la reine Esther, lorsque, pour l'exciter à i)rendre la défense des juifs, menacés d'une ruine prochaine, il lui remontra que si Dieu l'avait élevée sur le trône, c'était plus pour sa nation que pour elle-même : Etquis novit, utrum idcirco ad regnum veneris, ut in tali tempore parareris * ? Non, ô glorieuse Mère de Dieu, nous

• Judith., XV, 10, — ! Ibib., 11. — 3 Ibidi — ' Esth., IT, 1, 4.

ne craindrons point de le dire, car nous le savons, que si le Seigneur vous a distinguée entre toutes les femmes, que s'il vous a honorée de la plus éclatante dignité, c'est pour nous; et voilà ce qui, dans tous les étals de la vie, dans toutes les conjonctures et tous les temps, nous fera recourir à vous avec confiance. Nous vous exposerons nos besoins, nous implorerons votre intercession ; et vous écouterez nos vœux, et vous les présenterez à votre Fils, et vous y joindrez les vôtres, et vous ferez descendre sur nous toutes les grâces divines.

N'en doutons point, mes chers auditeurs ; el puisque nous avons une telle ressource auprès de Dieu, apprenons h en profiter. On vous prêche sans cesse dans la chaire la sévérité des jugements de Dieu ; on vous dit tout ce qui peut vous intimider et vous effrayer : ce sentinrent est bon, et je dois travailler moi-même à vous imprimer profondément dans l'âme une crainte chrétienne et salutaire. Mais de s'en tenir là ; de ne vous faire entendre que les menaces du Seigneur ; de ne vous faire voir que les difficultés et les obstacles qui se rencontrent dans la voie du salut; de ne vous la représenter, cette voie, que comme un chemin semé d'épines et presque impraticable, c'est un excès qui ne corrige rien, et qui ne va qu'à décourager et à désespérer. Je dois donc, en vous faisant craindre, vous faire espérer , en réprimant votre présomption, soutenir votre confiance : je dois vous faire connaître les moyens que la miséricorde divine vous a fournis, et les secours qu'elle vous a ménagés; je dois vous consoler, vous animer, vous fortifier. Or, s'il y a un mystère capable de produire ces heureux effets, n'est-ce pas celui-ci? pourquoi? non-seulement parce que c'est le mystère d'un Dieu fait homme, mais d'une vierge devenue mère de Dieu ; et en qualité de mère de Dieu, spécialement engagée à veiller ;sm- les hommes, à s'intéresser pour les hommes, à les aider de tout son pouvoir, et à leur servù- d'avocate et d'asile. Vous me direz que cette confiance dans la protection de Marie peut autoriser nos désordres, et diminuer en 1 nous le zèle de la pénitence ; mais je réponds, m moi, que si c'est une vraie confiance, bien loin de refroidir ce zèle, elle l'allumera. Faites-en vousmêmes l'épreuve, et vous le verrez. Vous verrez, dis-je, si, dévoués à la plus sainte des vierges, vous n'apprendrez pas à haïr le péché ; si vous ne vous sentirez pas portés à le fuir par une exacte vigilance, et à l'expier par une sévère pénitence ; si de vives lumières ne vous éclaireront pas, poui' vous eu faiie concevoir l'énormité ;

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si de solides réflexions ne vous toucheront pas, pour vous en faire craindre les suites aUVeuses, et pour vous les faire éviter ; si mille attraits particuliers, mille grâces intérieures ne vous appelleront pas à la sainteté. Car voilà les fruits ordinaires d'une solide et leligieuse confiance dans la protection de la Mère de Dieu. Combien de justes ont été par là maintenus, et ont persévéré ! combien de pécheurs ont été convertis et se sont sauvés! Je le répète : couibien de justes ont été maintenus, et ont persévéré ! c'étaient des justes, mais des justes chancelants dans leur état d'innocence et de justice, des justes assaillis de la tentation, combattus par leurs passions, presque vaincus par le monde, et sur le point de céder enfin et de tomber, si Marie, dans des conjonctures si périlleuses, n'eût été leur soutien : et comment? non par elle-même, mais par une grâce victorieuse que son intercession leur a obtenue, et qui les a préservés. Combien de pécheurs ont été convertis, et se sont sauvés ! c'étaient des pécheurs, et des pécheurs de longues années, des pécheurs d'habitude : il n'y avait plus, ce semble, de salut pour eux ; et chargés de dettes, ils commençaient à désespérer de la miséricorde divine. Mais ils se sont souvenus que Marie était la mère des pécheurs . ce qu'ils ne croyaient pas pouvoir demander par euxmêmes, ils l'ont demandé par elle, et ils ont été exaucés ; dans un heureux moment la grâce les a changés, et, de pécheurs qu'ils étaient, en a fait des saints. Miracles dont ils ont rendu mille témoignages ; et c'est à ces exemples qu'il faudrait s'attacher, et non point à d'autres plus rares, dont on voudrait quelquefois tirer de si injustes conséquences. Car telle est en effet notre injustice : parce qu'il s'en trouve peut-être quelques-uns qui, consacrés en apparence au service de la Mère de Dieu, n'en mènent pas dans la pratique une vie plus réglée, de ces exemples particuliers on pense avoir droit de tirer des conséquences générales contre le culte de la Vierge ; et l'on ne considère pas que c'a été, et que c'est tous les jours pour des millions d'autres nn principe de conversion et de sanctification. Ah 1 mes chers auditeurs, dans un siècle où les dangers sont si fréquents et les besoins si pressants, ne nous privons pas du secours qui nous est offert. De cet autel, si je l'ose dire, et de ce tabernacle où Jésus-Christ repose, il fait encore aujourd'hui pur proportion, et pour nous, ce qu'il fil .t-»i- lu croix pour son bicn-aimé disciple. ^'■<.... .oUe mère, lui dit-il, en lui montrant

Marie : Ecce mater tua » ; et dès cette heure, ce disciple que Jésus-Christ aimait commença à regarder Marie et à l'honorer comme sa mère : Et ex illa hora accepit eam (liscipiilus in sua '-. C'est ainsi que nous la pouvons regarder nous-mêmes. Heureux qu'elle daigne bien nous recevoir au nombre de ses enfants ! Nous reconnaîtrons bientôt que ce n'est pas en vain qu'elle poi te le titre de mère des hommes, si de notre part ce n'est pas en vain que nous portons la qualité d'enfants de Marie. Mais achevons, et voyous comment ce mystère nous élève à la dignité mêmes d'enfants de Dieu : c'est le troisième avantage qui nous revient de l'alliance du Verbe avec la chair, et le sujet de la dernière partie.

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