TROISIÈME PARTIE
C'est une erreur des païens, ei une erreur aussi grossière que présomptueuse, de se figurer qu'ils étaient les entants des dieux, parce qu'ils mettaient en effet au nombre des dieux leurs ancêtres. Mais cette erreur, quoique grossière, comme remarque saint Augustin, ne laissait pas de leur inspirer de hauts sentiments, parce qu'il arrivait de là que, se confiant dans la grandeur ou dans la prétendue divinité de leur origine, ils entreprenaient des choses difficiles et héroïques avec plus de hardiesse, ils les exécutaient avec plus de résolution, et en venaient à bout avec plus de bonheur : Et sic aiiimus divinx stirpis fiduciam gerens, res magnas prœsumebataudacius, agebat vehemenUiis, et implebat ipsa felicitate secunus. Ne dirait-on pas que, parmi ces ténèbres du paganisme, il y avait dès lors quelque rayon ou quelque commencement du christianisme; et ne semble-t-il pas que la Providence, qui sait profiter du mal même, se servait des erreurs des hommes pour préparer déjà le monde à la vraie religion ? Oui, répond excellemment saint Augustin, il était de l'ordre de la prédestination et du salut de l'homme, que l'homme fût un jour persuadé qu'il était d'une extraction divine; et voilà pourquoi Dieu, par un effet de sa grâce toute-puissante, a voulu que cette persuasion ne fût ni fausse ni téméraire. C'était dans les païens une vanité ; mais le mystère que nous célébrons nous a lait de cette vanité une sainte et adorable vérité. Ceux-là se flattaient en se donnant une si haute origine ; et nous, si nous avons une moindre idée de nous-mêmes, nous nous méconnaissons, nous nous déshonorons, nous nous dégradons. Car écoutons le disciple bien-aimé ; et quoique, dans un autre discours, j'aie déjà eiii
' Joaji., XIX, 27. — 2 Ibid.
SUR L'ANNONCIATION T>E I A VIERr,E.
ployé le incmc témoignage pour claLlir la munie vériié, soiifiVez que je ie reprenne, el <|iie je vous le propose dans un nouveau jour. Ecoutons, dis-je, ie disciple bien-aiiué, elsans rien perdre de l'humilité cliréiiotuic, apprenons de lui à connaître notre véritable noblesse. Voyez, mes frères, nousdit-ildans sa première épitre canonique, voyez quei amour le Père céleste nous a marqué, de vouloir que l'on nous appelle, et que nous soyons en effet eniauls de Dieu : Vklele qurdem charitatem dédit nobis Pater, ut filii Dej nominemur et simtts '. Il est vrai que saint Jean parlait en particulier aux lidèles qui ont cru eu Jé.His-ChrisI, et qui l'ont reçu ; mais ce qu'il disr:! en particulier aux lidèlos, et ccqui leur convient spécialement, je puis en général, et dans un sens plus étendu, l'appliquer à tous les hommes. Car c'est h tous les hommes, selon l'expression de ce bieii-aiiié disciple, que le pouvoir d'èlre enlauts de Dieu a été donné, sans dilîérence de mériics, sans distinction de qualité; etdesexe, aux |itlilsaussi bien qu'aux grands, aux pauvies aussi bien qu'aux riches, aux sujets aussi bien qu'aux rois : Dédit eis potestutem lUios Dei péri 2.
Or, je prétends que cette liliation ainsi établie est une suite naturelle de l'iucarnatiou, et le troisième ellot de l'alhauce du Vei be avec notre chair : J^lveiinim caro factum est^. Car le Verbe divin n'a pu se revèlir de la chair de rhomme, sans contracter avec les hommes la plus élroile affindé ; et du inoment qu'il nous a ainsi unis à lui, en sorte que nous ne Taisons plus avec hii qu'un même corps, ce n'est point une usurpation pour nous de dire à Dieu, dans un sens propre et réel, que nous sommes ses enfants ; Ut pJn Dei nominemur et simns'>. C'est en ce sens que Clément Alexandrin, parlant du mystère d'ur) Dieu l'ail homme, et relevant les avantages :n(inis que nous en retirons, s'est servi d'une expression bien forte, lorsqu'il a dit que Dieu, se faisant homme, a l'ait des hommes comme autant de dieux ; non pas après tout que nous soyons enfants de Dieu dans la même perlectior. (jue l'Homme-Dieu : il l'est parnaluie, et nous le sommes [lar adoption; mais cette i'dojition divine ne nous ennoblit-elle pas as-ez ? 1 ieu, tout jtieu qu'il est, pouvait il nous élever jdushaut, et y avait-il poui' rious nue dislinclion plus glorieuse à espérer ? Ce n'est ni par le sang^ ni par le ministère d'aucuîi homme, que nous s'immes montés à ce point de grandeur : le ponserde la sorte, ce ne serait nas coîinai're et la bassesse naturelle de l'homme et l'excellence
' I Jo.in., !il, 1. — î Joaii , 1, 12. — J IbM, 14. — ^ 1 Joau.,i]l, 1
de la dignité dont nous avons été honorés: Non ex sanfiuinibus, nenue exvoluntate rooijs». Mais toute la gloire de celle naissance spirituelle nous vient de la volonté de Dieu, de la prédestination de Dieu, du choix et de la grâce de Lieu. Car pour m'en tenir tonjo'irs à notre mysière, si nous sommes enfants de Di'ni, c'est par ce luéme Dieu-Homme, qui dans un même homme a su si bien réunir el allier ensemble sa divinité et notre humanité : Et Verbum caro factum est. Ainsi, dit saint Gbrysostome, le Fils uruquc (le Dieu est devenu fils de l'iiomme, afin qru- les enfants des hommes devinssent enfants de Dieu- Et ne dem.-mdez pas, ajoute saint AMg"slin, conunent les hommes ont pu naître de l'i^n, puisqu'un Dieu lui-même a pu et voulu naiire des hommes.
Voyez donc, encore une fois, jusqu'à quel excès s'est portée la charité de vohe Dieu : Videte qualem charitatem ; mais voyez ensuite quelles conséquences s'ensuivent de là; voyez ce que vous devez à Dieu comme enfants de Dieu, et ce que vous vous devez à vous-mêmes : ce que vous devez à Dieu, qui vous permet de l'aiipeler votre [lère, et qui l'est en effet ; ce que vous vous dever à vous-mêmes, qui pouvez vous dire enfants de Dieu, et qui avezà soutenir une si noble qualité, et à n'en pas dégénérer. Deux points qui me fournissent une morale bien solide el bien importante.
Ce que vous devez à Dieu ; car puisque en vertu de ce mystère, et par l'allinnce du Verbe avec notre chair, nous avons le même Père que le Verbe incarné, je dis aussi que nous devons à l'égard de ce Père tout-puissant, tenir par proportion la même conduite que l'Homme Dieu , el prendre les mêmes sentiments : c'est-à-dire que nous devons avoir la même obéissance aux ordres de Dieu, et le même zèle pour la gloire de Dieu. En effel, si le Fils de Dieu prend aujourd'hui dans les chastes entrailles de Jiarie une chair semblable à la nôtre, c'est, dit l'-A.pùtre pour obéira son Père, pour se conloiineraux volontés de sou Père, et pouraccom|tlir ses ado. I ailles desseins; et s'il s'humilie jusqu'à s'anéantir lin-mème, c'est pour l'honneur de son Père, et pour lui rendre toute la gloire qui lui avait été lavie. Or, voilà notre modèle. Etre sonnns à Dieu, garder fidèlement et constamment la loi de Dieu, glorilier Dieu par une vie digue de Dieu, c'esl ainsi que nous le reconuailro ns pour pèie. Sans cela, (pie sert-il de lui dire ce que nous lui disons néanmoins tous les jours : Notre Père qui êtes dans lescieux, si nous nous révol-
' Joan., I, 13.
SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE
tons contre lui sur la terre, si nous le renonçons dans la pr aligne et le traitons en ennemis ?Que sert-il de lui dire : Que votre nom soit sanctifié, qu'il soit connu et honoré dans tout l'univers, si nous le blasphémons et le faisons blasphémer aux autres ? Car ce que j'appelle, selon le langage Je l'Ecriture, blasphémer le nom du Seigneur, c'est outrager le Seigneur même par nos dérèglements et nos désordres ; et ce que j'appelle le faire blasphémer aux autres, comme saint Paul le reprochait aux juifs : Nomen Dei pervos hlasphemalur ', c'est les séduire par nos paroles, les engager par nos exemples dans nos habitudes criminelles, et les corrompre par nos scandales. Que sert-il de lui dire : Que votre volonté soit faite, si nous ne suivons rien moins en toutes choses que la volonté de Dieu, toujours violant sa loi, toujours murmurant contre sa providence, toujours disposés, malgré ses promesses et ses meuaces, malgré ses défenses et ses commandements les plus exprès, à écouter la passion et à la satisfaire, quoi qu'elle demande?Jesaisque pour garder inviolablement la loi de Dieu, que pour donner à Dieu, par la sainteté de nos mœurs, toute la gloire qu'il attend de nous, il faut qu'il en coule, liais, chrétiens, vous en doit-il jamais autant coûter qu'il en coùleaujourd'huiàun Dieu; à un IMeu que son Père envoie, et qui, suivant la mission qu'il avait reçue, descend du trône de sa majesté, et vient demeurer avec nous ; à un Dieu qui, pour ré parer l'injure faite à son Père, se réduit jusqu'à 11 forme d'un homme, jusqu'à la forme d'un esclave, jusqu'à la forme d'un pécheur? Ah ! mes frère.s, comprenons, si nous le pouvons, par l'obéissance de cet Homme-Dieu, combien sont ."^acrés les droits du Père qui nous a donné l'être, et qui nous donne encore dans ce saint jour comme une nouvelle naissance, en nous adoptant au nombre de sesenfants. Comprenons, par les anéanlissements de cet Homme-Dieu, de quel prix est la gloire de Dieu, le souverain auteur de tous les êtres, et doublement noire créateur, foit selon la nature, soit selon la grâce. Nais de là même jugeons ce que c'est pour un homme, sm-tout pour un chrétien, que de refuser à ce premier Maître la soumission et les services que nous lui devons par tant de titres ; jugeons ce que c'est que de s'alta(|uer à lui et de l'insuller, en voulant secouer le joug d'une dépendance si incontestable et si légitime; jugeons ce que c'est que d'abandonner ses intérêts, que de s'opposer à ses vues, que de s'obstiner contre ses ordres; et cela tandis qu'on est adorateur du monde, tandis qu'on ne manque à
'Eom.,11. 24.
rien de tout ce qu'exige le monde, tandis qu'on entreprend tout et qu'on supporte tout pour le monde. Si je suis le Seigneur et votre Père, disait-il autrefois à son peuple, où est l'honneur que vous me rendez ? Ubi est honor tneus • ? Où est le respect que vous me devez ? Ubi est timor meus 2 ? Or la plainte qu'il faisait à son peuple, il peut bien nous la faire à nous-mêmes ; mais avec cette terrible menace, que si maintenant nous ne l'honorons pas comme Père, nous le craindrons un jour comme Juge; que si maintenant nous ne sommes pas soumis à sa loi, nous serons un jour soumis à ses cliàlimcnts; que si mainSenant notre vie ne, sert pas à le glorifier comme Dieu sancliiicateur, notre éternelle réprobation après la mort servira à le glorifier comme Dieu vengeur. Car voilà, mes chers auditeurs, l'affreux retour à quoi il faut vous attendre de la part d'un Père si indignement méprisé, et si justement irrité.
Je dis plus, et c'est par où je finis. Outre ce que vous devez à Dieu, qui vous permet de l'appeler votre père, et qui l'est en effet, voyez encore ce que vous vous devez à vous-mêmes, qui pouvez vous dire enfants de Dieu, et qui avez h soutenir une si noble qualité, et à n'en pas dégénérer. Comme il y a dans le monde, et selon les principes de la philosophie humaine, une fierté raisonnable et sage, qui, sans vous faire dédaigner personne, vous inspire néanmoins des sentiments généreux et dignes de votre naissance et de votre rang, je puis ajouter que, dans la religion même que nous professons, cl selon les règles de la morale évangélique, il y a une fierté sainte et toute chrétienne, qui, sans nous enfler, nous remet sans cesse devant les yeux le caractère dont nous sommes revêtus, et nous engage à y conformer nos œuvres. C'est ainsi que le prince des apôtres représenlait aux fidèles qu'ils étaient un peuple choisi et distingué : Vos autem genus electiim 3; un peuple conquis : Popiihis acquisittonis ^; une nation sainte, élevée à l'honneur du sacerdoce et d'un sacerdoce royal : Regale sacerdotiiim, gens sanrta ^. C'est ainsi que le docteur des gentils faisait souvenir les Ephésicns qu'ils étaient les enfants de la lumière; d'où il concluait qu'ils d evaient donc se compoiler et vivre en enfants de lumière: Utfiliilitcisambu laie <'; et c'est, chrétiens, ce que je veux conclure moi-même, en vous disant que vous êtes enfants de Dieu. Car des enfants de Dieu doivent-ils penser ou agir comme desenfants du siècle? est-il un >. contradiction plus sensible? en est-il une plus
■ Malach., 1. — = Ibid., — » I Petr., Il, 9. — ' Ibid., — * J^li. — 6 Eplies,, T, 8.
SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE
criminelle et plus damnable? Des enfants de Dieu |:ré\enus de toutes les idées du siècle, et du siècle le plus profane, n'estimant (pie ce que l'*?sprit du siècle leur fait estimer, n'aimant que ce (lue l'esprit du siècle leur fait aimer, ne craignant et ne fujant que ce que l'espiit iIm siècle Iciu" fait craindre et haïr ; des enfants de Dieu sujets à tous les vices du siècle, et du siècle le "[dus corrompu, aux ressentiments et aux envies, jux colères et aux emportements, aux im- 4»ostures et aux trahisons, aux désirs ambitieux rt à l'orgueil, h l'avarice, à la mollesse, aux iéijauches et aux pl.dsirs les plus infâmes. Est-ce là ce qui leui' cinvient, est-ce à cela qu'on les doit reconnailre? ou plutôt, n'est-ce pas là leur honte ? n'est-ce pas pour eux un opprobre ? Qu'un homme d une certaine distinction dans le monde, soit par la place qu'il occupe, soit par le sang dont il est sorti, ait commis une action lâche, c'est une tache que rien presque ne peut effacer. De quel œil le regarde-t-on, et de quel œil se regarde-t-il lui-même, quanil il vient à considérer d'un sens rassis la faute qu'il a faite, et qui le couvre de confusion ?0r, est-il moins honteux à des hommes nés de Dieu, adoptes de Dieu, enfants de Dieu, de s'asservir à leurs sens, de se rendre esclaves de leurs passions, de se laisser dominer par les brutales cupidités de leur chair, de se porter à toutes les injustices qu'inspire une avare et insatiable convoitise, de nourrir dans leur cœur des haines secrètes et invétérées, d'y concevoir les plus noirs desseins, pour se tromper et pour se vendre les uns les autres ; de n'écouter jamais, je ne dis pas la religion, mais même l'équité naturelle, la bonne foi, la raison ? Est-ce pour former un tel peuple que le Fils unique de Dieu est venu sur la terre, et qu'il a voulu demeurer parmi les liommes ï ou u'esl-ce pas pour for-
mer un peuple parfait, un peuple exempt de la corruption du monde, un peuple affi anchi de ces malheureuses concupiscences pnr où le péché s'est introduit dans le monde et s'y établit tous les jours; un peuple chrétien, non-seulement de nom, mais de pratique et d'action : Parure Domino plebem perfedam '.' Ouvrons donc, mes frères, ouvrons les yeux de la foi ; et découvrant avec les yeux de la foi notre dignité, sanctifiés comme nous le sommes par l'alliance d'un Dieu, ne retombons pas dans nos premiers égarements ; ne faisons pas de la glorieuse qualité que nous poitous, un vain titre qui nous déshonore lorsque notre conduite le dément. Si, m'adressant ici à tant de grands qui m'écouleut, j'avais la témérité de leur dire que leur conduite dément leur grandeur, leur naissance, leurs ancêtres, leur rang, ils prendraient ce que je dirais pour un outrage, et combien y seraient ils sensibles! Ne le soyons pas moins au juste reproche qu'on peut nous faire, que nous nous rendons indignes du plus beau de tous les noms, qui est celui d'enfants de Dieu. Verbe éternel et consubstantiel à votre Père, Dieu comme lui, mais homme comme nous, c'est vous qui nous l'avez acquis ce beau nom, et c'est par vous que nous sommes parvenus à ce point d'élévation. Ne permettez pas que nous venions jamais à en déchoir: surtout ne permettez pas que nous perdions le fruit de cette rédemption surabondante dont vous voulez être vous-même le prix. Et vous. Vierge sainte, puisque c'est dans votre sein que ce grand ouvrage est aujourd'hui commencé , aidez-nous à le soutenir, et à y mettre toute la perfection qui doit dépendre de notre fidélité et de nos soins. C'est ainsi qu'après avoir vécu comme de dignes enfants de Dieu, nous aurons part à la gloire des élus de Dieu, où nous conduise, etc.
1 Luc, 1, 17.
PREMIER SERMON SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE
ANALYSE
Si'JET. Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi de Mohe, ih portèrent l'enfanta Jérusalem, pour le présenter au Seigneur.
Tout cela se fait selon la loi, et nous apprend comment nous devons nous-mêmes observer la loi de Dieu.
Division. En ce que Marie obéit à la loi, nous trouvons la confusion de notre orgueil qui s'élève contre la loi de Dieu .premièn parlée; en ce que Mariesurmonle toutes les difficultés de la loi, nous trouvons la conJamnation de notre lâcheté qui se découragl a» n-oiiidre effort qu'il faut faire pour garder la loi de Dieu , deuxième partie.
l'B£>ii£R£PABTiE. £q Ce que Marie obéit i la loi, nous trouvons la confusion de notre orgueil qui s'élève contre la loi àt
SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE. 183
Dieu. Nous nous élevons contre celte loi divine, 1° par une révolte de cœur, 2° par un aveuglement d'esprit ;or, l'obéissance de Marie confonil aujourd'hui l'un et l'autre.
1° Révolte de cœui-, lorsque nous disons comme l'ange rebelle: Nonserviatn ;Se ne veux point me soumettre. C'est surtout I e péclié des grands. Mais sont-ils plus grands que ne l'était la Mère de Dieu? Non-seulement elle se soumet à la loi, mais elle y soumet son fils, c'est-à-dire un Dieu. Belle leçon et pour les grands et pour les petits. Pounjuoi un Dieu-Homme sujet à la loi ? pour vous faire entendre, grands du monde, l'obligation où vous êtes de vivre dans un parfait assujettisseme nt aux lois de Dieu. Obligation spéciale pour trois raisons: 1° parce que plus vous êtes grands, plus vous êtes capables de rendre à Dieu l'hommage qui lui est dû en qualité de souverain législateur ; 2° parce que Dieu ne vous a distingués dans le monde que pour le gloriliep (le la sorte; 3° parce que Dieu, en vous plaçant au-dessus du commun des hommes, a prétendu vous proposer au monde comme jles modèles de l'obéissance que nous lui devons. Je dis plus: pourquoi une Mère de Dieu, et par son ministère un Homme- Dieu, soumis il la loi? Pour trois autres raisons qui vous regardent, vous que le Seigneur a réduits au rang des petits : 1° pour vous consoler de létal où vous êtes; '1' pour vous instruire de la manière dont vous devez obéir aux hommes pour Dieu, et à Dieu dans les hommes ; 3° pour confondre vos désobéissances à la loi de Dieu, lorsque vous avez tant de soumission aux lois des hommes. Il est vrai que l'assujettissement où nous lient la loi de Dieu, nous paraît gênant et humiliant: mais Jésus-Christ tt Marie s'en font une gloire. Après cela laissons-nous entraîner à l'esprit du monde, ennemi de toute loi de Dieu !
2" Aveuglement d'esprit, quand nous cherchons des prétextes pour nous décharger du fardeau de la loi de Dieu. Jésus-Christ et Marie s'y soumettent, quoiqu'ils eussent un droit incontestable de s'en dispenser : Dieu, dit saint Augustin, n'ayantpas voulu que notre religion, dont Jésus et Marie jetaient alors les premiers fondements, commençât par une dispense. C'était néanmoins une dispense légitime, et presque toutes les nôtres sonfl'ausses et abusives. Suis-je obligé à cela.' dit-on; est-ce un commandement absolu pour moi ? Ce n'est point ainsi que le Sauveur du monde et sa sainte Mère se sont retranchés sur l'obligation ; et c'est une règle qui va à nous faire violer les lois les plus indispensables. Mais ne nous y trompons pas, car Dieu en jugera tout autrement que nous.
Dbuxieme partie. En ce que Marie «Sîmonte toutes les difficultés de la loi, nous trouvons la condamnation de notre l,âchelé qui se décourage au moindre effort qu'il faut faire pour garder la loi de Dieu. Nous nousfiguronsque cette loi exige trop de nous, 1° parce qu'elle nous engage à nous dépouiller en mille occasions de ce que nous avons de plus cher ; 2° parce qu'elle nous prive de certaines joies et de certaines douceurs de la vie à quoi nous sommes attachés ; 3° parce qu'elle nous ordonne en bien des rencontres de renoncer à un certain honneur mondain dont nous nous piquons. Mais à cela j'oppose trois leçons que nous fait aujourd'hui Marie.
Première leçon : Marie n'a qu'un fils; et pour se soumettre à la loi, elle se résout à le sacrifier. Ce que nous avons de plus chère est-il comparable à ce Dieu-Homme ? Souvent même ce que nous avons de plus cher n'est-il pas pour nous la source de mille peines? Quels motifs se proposa Marie en présentant son fils? qu'elle le sacrifiait h Dieu, qu'elle fléchissait la colère et la justice de Dieu, qu'elle attirait sur elle les faveurs de Dieu. Entrons dans les mêmes sentiments, et rien ne nous coulera.
Seconde leçon : Marie, pour garder la loi, sacrifie toutes les joies île souàme. Siméon lui prédit (pi'en conséquence de l'obi Mion qu'elle fait de son Fils pour êlre immolé sur la croix, elle sera percée d'un glaive de douleur ; etdéjà elle ressent tout ce qu'elle essentira alors. Devons-nous refuser après cela de sacrifier à la loi de Dieu des joies aussi vaines que les nôtres, des joies que nous sacrifions tous les jours au monde, et à quoi l'esprit de pénitence nous oblige de renoncer.
Troisième leçon: Marie, pour accomplir la loi, sacrifie jusqu'à son honneur, puisqu'en se purifiant elle paraît de même condition que les autres femmes. Or, la loi de Dieu ne nous engage à rien de si humiliant; mais tous les jours néanmoins nous l'abandonnons pour un faux honneur, et pour contenter une folle ambition.
Compliment au roi.
Poslquam implctisunt dies purgatîonïs ejiis sccundum îegem Moy~ , ,
si, lulerunt iUum in Jérusalem, ut sistennt euvi Domino. COmille SI I OUVragC OU Salut et de Ici rédetliptiOll
Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi dcS llOinilieS dépendait de raCCOlllplissemeilt de
de Moïse, ils portèrent l'enfant à Jérusalem, pour le présenter au la loi. Que sisilifie Cela'' c'est. clll'élieilS le
Seigneur. (Sailli Lijc, cliap. II, 22.) ., ., . . , ,, , ^'
mystei-e que j entreprends de développer, et le
^"''^' point auquel je m'attache pour votre in.struction
Cet enfant, qui est aujourd'liui porté à Jéru- et votre édification. Cette obéissance à la loi du
salem, c'est le Fils unique de Dieu, égal à son Seigneur, cette obéissance que la présentation
Père, éternel comme lui et Dieu comme lui. d'un Dieu Sauveur et la purification d'une mère
Celle qui le porte, c'est Marie, mère de Dieu, vierge nous prêchent si hautement, cette vertu
la plus sainte de toutes les femmes, et la plus si inconime, et néanmoins si nécessaire, voilà
remplie de grâce. Le sujet pourquoi elle le porte, l'importante matière que me fournit la solennité
c'est afin de le présenter à Dieu ; et l'évangé- de ce jour. Divin Esprit, vous qui sanctifiâtes
liste, s'arrètant à une circonstance bien remar- Marie par la pratique et l'observation de la loi,
quable. ajoute que toid cela se fait selon la loi : et qui la conduisîtes dans le temple pour y
Sicutscrii)tum est in h'(je Domini^ ; comme uni offrir son sacrilicc comme il était ordonné
Marie, ni Jésus-Christ môme, ne pouvaient avec dans la loi, remplissez-nous des mêmes sen-
Lienséance paraître devant Dieu qu'en obser- timents dont son àme bienheureuse ftit alors
vaut la loi; comme si leur sacrifice, tout divin pénétrée; donnez-nous comme à «lie une
qu'il est, ne devait être agréé de Dieu qu'au- haute idée de cette sainte et adorable loi du
tant qu'il se trouverait conforme à la loi ; Seigneur ; faites-nous bien comprendre (jue,
iLuc,. u,23. sans cette loi, il n'y a dans nous que corruption
SUR LA PURIFICATION DE L\ VIERGE
et que tlcsorclrc ; en sorle que, du moment que nous soilons hors des bornes de celte loi, nous devenons iiieapaliles de fout Lieu et délerminés à tout mal. Tant de crimes qui se couuuettent tous lesjonis, et que je puis a\)\v 1er les abominations et les borreurs de noire siècle, en sont une preuve visible ; mais peut-être l'endurcissement de nos cœurs ferait-il perdre à celte preuve toute sa force, si les lumières de votre grâce ne venaient au secours de nos réflexions. Je parle devant le plus grand roi du monde; et sûr que je suis de sa religion, je ne crains point de parler avec trop de liberté, taudis que Je parle pour les intérêts de la loi de Dieu. Je ne vous demande pas même, ô mon !);eu, conrnie la verlueuse Esllier, que mes paroles lui plaisent ; parce que je me promets de sa piété, qu'en lui parlant de l'excellence et de la prééminence de votre loi, non-seulemenlje lui plairai, mais je le persuaderai et le loucherai. J'ai besoin néanmoins. Seigneur, de votre secours; et, pour l'obtenir, je m'adresse à Marie, en lui disant : Ave, Maria.
C'est le propre de l'esprit de l'homme, de n'avoir rien d'uniforme dans ses sentimentsd'être souvent contraire à lui-même, el do donner, selon les sitiuilious diverses où il se trouve, duis des extrémités tout opposées. Cela se vérifie en mille sujets, mais parliculicrenicnt en celui que j'ai entrepris de Iraiter, qui est l'obéi saute et la soumission duc à la loi de Dieu- Car je découvre deux principes différents, qui forment dans l'homme une double opposition à celle obéissance; teliemenl que nous pouvons diie aussi bien que l'Apôtre : Je sens dans moimême une loi secrète qui répugne h la loi de mon Lieu, et qui me captive sous la loi du péché. Ces deux principes, suivant la belle réflexion de saint Ambroise , sont l'orgueil de l'homme et sa lâcheté : l'orgueil de l'homme, qui lui fait oublier ce qu'il doit h Dieu ; et sa Jàcbeié, qui l'empêche de voir ce (ju'il peut, et de quoi il est capable avec le spcours de Dieu : rorgucil de l'homme, qui le rend insolent et libeitin ; et sa làcbeté, qui le rend faible et puiillauiiue. L'orgueil de rhomm'\ qui, à l'égard d> Dieu même, lui inspire de la hauteur; et f ; lâcheté, qui, à l'égard de ses devoirs, le jette dans l'abattement : l'un et l'autre, pour 'lai laii'c violer cette souveraine et divine loi que Dieu lui a imposée, mais dont la servitude, quoique aimable, du moment qu'il se pervertil, commence h lui déplaire et à lui devenir odieuse. Or je veux, chrétiens, com-
battre aujourd'hui ces deux desordres ; et parce que l'accomplissement de la loi consiste à éviter également ces deux extrémités dangereuses, soit en se soumettant avec humilité h ce que la loi commande, soit en s'efforçant avec courage de suimonter ce qu'il y a dans la loi de difficile» mon dessein est de graver bien avant dans vos esprits et dans vos cœurs ces deux obligations, et de vous mettre pour cela devant les yeux l'obéissance que pratique aujourd'hui Marie : car, sans sortir de mon mystère, vous verrez dans la personne de cette vierge offrant son fils en sacrifice, le modèle d'une obéissance solidement humide, et d'une ol>éissance courageuse et héroïque: d'une obéissance solidement humble, qui conloud notre orgueil ; et d'une obéissance béroïtpie, qui condamne notre lâcheté. Prenez garde : Marie, dans la cérémonie de ce jour accomplit la loi du Seigneur; et cette loi, comme l'Evangile nous le fait assez entendre, est infuninciil rigoureuse pour elle. En ce qu'elle obéit à la loi, je trouve la confusion de nol. 0 orgueil , ce sera la première partie ; en ce qu'elle surmonte toutes les difficultés de la loi, je trouve la condamnation de notre lâcheté , ce sera la seconde partie; deux points que j'ai à développer, et qui vont faire le partage de ce discours et le sujet de votre attention.