‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 42 sur 139 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

il n'yi * qni'un Seigneur, dit saint Paul : Unm Dcvriuus ' ; ei Dieu seul a droit de prendre absolument cette qualité à l'égard de l'homme. Quand on dit, en parlant des grands de la terre, que les hommes qu'ils ont élevés et dont ils ont

f Ephes, lv,5.

SUR LA PURlFiCÂTION DE LA VIE

fait la fortune sont leurs cri^atures, c'est une fliiUiiie que l'usage a irttroduilo, mais que la religion, bien loin de l'approuver, contredira toujours Eu effet, les grands peuvent bien avoir des ser\iteurs, ils peuvent bien avoir des sujets, il peuvent bien même avoir des esclaves ; mais il ne convient qu'à Dieu d'avoir d<'S créatures qui, dans le fond de leur être, soient à lui et dépendent de lui ; et c'est en quoi je fais consister l'essence de ce souverain domaiue qu'il a sur nous. Or, de là, chrétiens, il s'ensuit d'abord que de tous les tributs que nous devons à Dieu, celui par où nous distinguons Dieu comme Dieu, et l'unique même par où Dieu prétend être reconnu de nous pour ce qu'il est, c'est cette oblation de nous-mêmes dont j'ai entrepris de vous instruire ici. Carde tout le reste, dit excellemment saint Augustin, nous en pouvons être redevables aux hommes : nous pouvons leur devoir nos assiduités et nos soins; nous pouvons leur devoir nos biens, et quelquefois leur devoir nos vies : mais jamais nous ne pouvons nous devoir nous-mêmes à eux. Ce fond de nous-mêmes est quelque cliose que Dieu s'est réservé singulièrement, et dont il exige que nous lui fassions honneur. Telle est, repreud saiut Augustin, la nature de l'honnue : et voilà, mes chers auditeurs, le grand mystère que Jésus-Christ, cet tiomme par excellence, cet homme prédestiné pour ètrerexcmplnirc et le modèle de tous les autres honimes, cet homme choisi et envoyé au monde pour y faire connaître la supériorité infinie du domaine de Dieu ; voilà, dis-je, le grand mystère qu'il nous découvre dans la solennité de ce jour. Il sait que le domaine de Dieu son Père a été violé : il s'est chargé d'en réparer la gloire, et il entieprend de la rétablir parmi les hommes. Mais counnent? sera-ce parle sacrifice des animaux et par le sang des victimes? sera-ce par l'encens qu'il fera brûler sur les autels du Seigneur, ou en lui présentant des fruits de la terre"? Non, mes chers auditeurs ; ce ne serait -poiutlà s'offrir lui-même, et toute autre vicinne que lui-mèu!e ne pourrait diguement honorer ce suprême domaine, dont il veut rehausser l'éclat, et auquel il vient rendre rhommaf;e qui lui est dû. C'est dans cet esprit qu'd paraît auiourd'hui devant la Majesté divine, pour lui rendre un culte qu'il pouvait seul lui ren<lre. Car, ne confondons point cet enfant et ce premier-né avec les autres aînés d'Israël. Sous le voile de cette humanité dont il est re\ètu, ce n'est pas seulement un homme qu'il offre à Dieu ens'offrant lui-même, mais un Dieu, puis-

que en effet il est Dieu lui-môme, et que, tout Dieu qu'il est, il se soumet ; que, tout Dieu qu'il est, il s'anéantit; que, tout Dion qu'il est, et même parce qu'il est Dieu, il se présente, afin que le mérite de sa personne relève le mérite (le son sacrifice.

Arrêtons-nous là, chrétiens ; il n'en faut pas davantage pour notre instruction. Voilà le précis de cette oblation essentielle à quoi se réduit non-seulement le principal devoir de l'homme, mais, pour parler avec le Sage, tout l'homme : IIoc est enim omnis ho:no i. Voilà l'importante leçon que nous fait le Saiîveur du monde, et l'exemple qu'il nous propose pour nous servir de modèle. Nous n'avons rien qui soit plus à nous, ni tout ensemble qui soit plus à Dieu, que nous-mêmes ; c'est donc dû nousmêmes que nous devons tirer ce tribut qu'il exige de nous, et qui lui est incontestablement et nécessairement affecté connue ;ui premier Maître. Pour mieux entendre ma (lensée, prenez garde à deux propositions que j'avance, et dont l'apparente contradiction va nietire dans tout son jour ce point fondamental que je traite. En qualité de créatures, nous appartenons essentiellement à Dieu : c'est le premier principe que je pose; princii)e que toute la théologie reconnaît, et que la nature même et la raison nous enseignent. Car à (jni l'ouvrage peut-il plus justement appartenir qu'à l'ouvrier qui l'a formé? Je dis néanmoins d'ailleurs, et c'est une vérité qui nous est marquée eu mille endroits de l'Ecriture, qu'il dé[)enJ de nous ou d'appartenir à Dieu, ou de ne lui pas appartenir; et qu'il y a certains temps et certains états où en effet nous ne lui appartenons plus. Ainsi Dieu le déclarait-il lui-même aux isrnéliles par le rropliète Osée, quand il leur disait : Je ne suis plus votre Dieu, et vous n'êtes plus mon peuple. Et quoique l'Apôtre, en conséquence du bienfait de la rédemption, nous ait dit: Vous n'êtes plus à vous, l'expérience toutefois nous apprend qu'il faut bien que nous soyons encore à nous, juiisque nous disposons tous les jours de nous-mêmes, non-seulement au préjudice de Dieu, mais de nous-mêmes, jusqu'à nous perdre et à nous damner. Comment accorder cela ? un peu d'attention, chrétiens, et vous l'allezvoir; c'est tout le secret de l'alliance du domaine de Dieu avec la liberté de l'homme.

Il est vrai, nous pouvons ne pas appartenir à Dieu par le choix injuste et criunnel de notre volonté, quoique au môme temps nous lui appartenions, sans le vouloir, par la néeessité in-

' Eccles., XII, 13.

Sri\ LA PÎ1RÎF!C\TI0^I DK LA \V:"C

séparable de notre être ; et il est vrai que nous sommes eivore à nous-mêmes par l'exercice de ce franc arbilie dont Dieu nous a laissé lu disposition, quoique nous n'y soyons plus par cet engagement de justice qui nous assujettit à lui en vertu de notre création. Or voilà, mes frères. dit saint Chrysostouie, sur quoi est fondé ce précepte naturel et divin qui nous oblige à nous consacrer et à nous dévouer à Dieu. Car, si nous appartenions lelleuient à Dieu que nous n'eussions plus aucun domaine sur nous-mêmes, nous serions inca|)ables de faiie celle excellenle oblation de nous-mêmes, en quoi consiste le principal mérite de notre religion ; et si nous étions ti'ltement à nous-mêmes que Dieu n'eùl plus aucun domaine sur nous. Dieu no pourrait plus exiger de nous que nous nous donnassions à lui. Mais étant nécessairement à lui d'une façon, et pouvant n'y être pas de l'autre, en conséquence de l'un Dieu est en droit de prétendre l'autre, et parce que nous sommes à lui par nécessité, il nous fait ce commandement si légitime d'êire encore à lui par élection et par volonté. Peut-on rien concevoir de plus juste ?

Quelle était donc l'intention de Dieu dans cette loi de la présentation des enl'ants, et quel est encore sur nous le dessein de sa providence dans le myslère que célèbre aujonrdluii l'Eglise ? le voici, cln-éliens. Il veut que par une oblation libre et volontaire de nos personnes, nous lui cédions ce domaine i\i\e nous avons sur nous-mêmes : domaine, reriiarquez ceci, je vous prie, domaine qui ne nous peut êlrc avantageux ipie par la cession que no.is lui en faisons: et domaine pour nous l.' plus préjudiciable et le plus funeste, si nous nous le réservons, iiion, dis-je, veut que nous lui cédions ce domaine, pour en rehausser, et, s'il m'est permis de parler ainsi, pour en accroître le sieii; afin qu'il soit vrai que nous lui appartenons dans toutes les manières dont nous pouvons lui appartenir. Jusque-là (pardonnez-moi, mon Dieu, si je me sers de cette expression), jusque- là il n est notre Dieu qu'à demi ; cl pourquoi ne parlerais-je pas de la sorte, ()uisque, selon le texte sacré, sans cela on dirait même qu'il ne l'est point du tout ? Vos non populus meus , et ego non ero vesier '. Mais par là il le devient pleinement, et son domaine reçoit comme sa dernière perfection. En un mot, chrétiens, Dieu veut nous avoir, mais il ne veut point de nous malgré nous ; et c'est là, dit saint Augustin, ce qui fait sa gloire el la uôlre : sa

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gloire, parce qu'il n'y a rien pour lui de plus honorable que d'avoir des créatures qui veuillent bien être à lui, qui aiment à dépendre de lui, qui se fassent une béalitude de s'attacher à lui ; et la nôtre, parce qu'à proportion que nous sommes à Dieu, nous nous élevons an -dessus de notre bassesse naturelle. D'où vient que les grands, les souverains, les rois de la terre sont ceux qui par leur état ont une dépend mce plus prochaine de Dieu; en sorte que cette dépendance fait leur véritable grandeur, et que Tobligatiou spéciale qu'ils ont d'être soumi-^ à Dieu plus que le co nmundes hommes, est justement ce qui les relève au-dessus de tous les hommes .

Mais revenons. 11 est donc question d'obéir à ce premier précepte de la loi de grâce, en nous offrant nous-mêmes à Dieu : et qu'est-ce que nous-mêmes ?qu'entendons-nons par nous offrir nous-mêmes? Ah! chrétiens, voilà le mystère que nous n'avons peut-être jamais bien compris, et où nous nous sommes laissé si souvent tromper par notre amour-propre. Il n'est rien de plus aisé que de dire à Dieu : Je m'offre à vous, je me consacre à vous, je veux être à vous; mais il faut enfin s'expliquer, et développer en la présence de Dieu ce mystère de nous-mêmes. Or, nous avons une règle infaillible pour le connaître : car il y a dans nous un premier-né, qui est notre cœur, h quoi tout le reste se réduit ; et c'est ce i)remier-né qui doit être présenté par l'homme chrétien dans la loi évangéliqne, counne les premiers-nés d'Israël l'étaient dans la loi de Moïse. Ce cœur a ses passions, sesailachenients, ses intérêts, ses plaisirs, ses cupidités, et tout cela c'est ce qui s'appelle nous-mêmes ; mais nous sommes sûrs de tout ccLi et de nous-mêmes, quand ce cœur est une fois à Dieu. Il est vrai que ce cœur est un abime impénéirable ; mais enfin, tout impénétrable qu'il peut être, nous savons bien à qui il est, et à qui nous l'avons donné ; si c'est Dieu qui en est le maître, ou la créature. Car c'est un oracle de la vérité éternelle, qu'il ne peut être à l'un el à l'autre tout à la fois ; et l'erreur du monde la plus pernicieuse esl de croire que nous [louvons partager ce cœur entre la créature et Dieu, entre nos passions et Dieu, puisque à peine le pouvons-nous partager entre (ÎCLix passions et deux objets créés. Disons à isie.! '^:; nous ne voulons pas être à lui, et que nous a\ons disposé de ce cœur en faveur d'un autre ; c'est un outrage que nous lui ferons : mais au moins y anra-t-il dans cet outrage une espèce de bonne foi ; et peut-être la honte que

SUR I,A PURIFICATION DE LA VIERGE

nous aurons de lui faire, cette confession nous rnniiellera-t-elle h nous. Ma^^ de dire h Dieu que nous sommes à lui, pendant qu'un autre oljjet nous possède et qu'iï occupe noire cœur, c'est ajouter crime sur crime, et mentir au Saint-Esprit. Ce ^œur, qui est la plus délicate portion de nous-mêmes, et comme parle saint Augustin, l'abrégé et le centre de nous-mêmes, voilà ce que Dieu s'est réservé dans nous. Sans cela, nous aurions beau lui offrir nos biens : il n'a que l'aire de nos biens, dit le prophète royal; et s'il se lient honoré de l'ofi're que nous lui en faisons, ce n'est que par le rappoit i|u'ils ont à notre cœur : mais si, en lui donnant ces biens, nous retenons ce cœur, notre sacrifice est le sacrifice de Caïn. Sans cela nous avons beau lui protester que nos vies, que nos fortunes sont entre ses mains; il faut bien que nous parlions ainsi : mais toutes ces protestations sont des paroles dont il appellera toujours à notre cœur, et contre lesquelles ce cœur réclamera toujours, tantqu'i se sentira dominé par la créature.

Dieu veut donc noire cœur, chrétiens, et il le veut de lelle sorte qu'il enest jaloux ; et celte jalousie est si peu indigne de lui, qu'il s'en fait même honneur dans l'Ecriture, puisqu'une des qualités dont il seglorilie davantage est celle d'un Dieu jaloux : Doniinus z-elotes nomen ejiis '. 11 n'est point jaloux de nos graiuleurs, il n'est point jaloux de nos prospérités : outre que nos prospérités et nos grandeurs sont trop peu de chose pour exciter sa jalousie, il n'a garde le nous les envier, lui qui en est l'auteur. Il veut bien que nous soyons riches, que nous sojons grands, que nous soyons [ uissants dans le momie, pourvu que notre cœur soit à lui. C'est pour cela qu'il a fait des prodiges d'amour, qu'il a tout entrepris, qu'il a tout souffert ; et saint Ambi'oise, surprisavec raison qu'il ait voulu tout soulTi il de la sorte et tout faire, ne croit point manquer au respect qui lui est dû, en s'écriani:0 Ueum,si fasest dicere, prudujuni tuiprœ desiilerio hominis !0 Dieu, si je l'ose dire, prodigue de \ous-mênie et de votre divinité par un désir excessil'du cœur de l'hounne !

Aprèscela, serons-nous encore assez injustes pour lui leluser un cœur qui lui appartient par tant de titres, ou plutôt serons-nous encore assez inliilèles pour lui ôter la possession d'un cœur (pie nous lui avons ofieit tant de fois ? Car enlin, chrétiens auditeurs, cent Ibis nous l'avons dit ; et le langage le plus ordinaire que nous avons tenu à Dieu, lorsque nous étions au pied de ses autels, c'était que nous lui donnions

'Kxod., .\xiiv, U.

notre cœur ; et si nous ne voulons prononcer ce jugement contre nous-mêmes, que nous parlions alors eu hypocrites et même en impies nous sommes obligés de convenir que, de notre propre consentement, ce cœur n'est plus h nous. Et voilà, dit saint Grégoire, pape, ce qui fait la malice du péché; mais surtout de ce péché par où noire cœur s'attache et se livre à une créature mortelle. Car c'est attenter sur le domaine de Dieu, ou, pour mieux liire, c'est ruiner dans nous ce domaine volontaire que Dieu s'était acquis sur nous ; c'est révoquer la donation que. nous lui avons faite de nousmêmes, et, par une usurpation sacrilège, lui arracher ce cœur qui s'était consacré à lui : c'est commcltre dans l'holocausle un larcin, ce qu'il a toujours eu en horreur, comme il le témoigne si expressément par son prophète ; c'est nous dérober nous-mêmes à lui, après nous être présentés, et piquer sa jalousie, non plus en adorant, à l'exemple des israéliles, et en lui suscitant pour rivaux des dieux de bois et de pierre, tuais des idoles de chair : Et in sculptilibus suis ad œmiddtionem eum provocaventnt 1. Profanes idoles, objels corrupteurs et indignes de nous, qui nous perdeni, qui nous damnent, et dont nous nous taisons néanmoins de prétendues divinités, ou qui nous réduisent à n'avoir plus et à ne plus reconnaître de divinité ! Ah ! mon Dieu, est-il possible que mon iniquité soit allée jusque-li ? Et moi qui ne voudrais pas (^u'on entreprit sur le moindre de mes droits ; moi qui ne pourrais sonll'iir qu'on violât à mon égard certains devoirs ; moi. Seigneur, qui crois pouvoir exiger de vous, parce que vous êtes mon Dieu, que vous étendiez sur moi les soins de votre providence, comment vous ai-je rendu jusques à présent si peu de justice, et comment ai-je pu vivre ainsi dans un désordre continuel, par rapport à vous et à la plus essentielle de mes obligations ? Mais enfin jusqu'à quand ce désordre durera-t-il ? jusqu'à quand celle passion régnera-t-elle dans mon cœur ? en serai-je toujours esclave, et ne lomprai-je jamais mes liens, poiu' vous offrir ce beau sacrilice de louange dont a parlé voire Prophète, et qui consiste à m'immoier moi-même, et à vous honorer par là, selon la parole du Sainl-Esprit, de ma propre substance ? Si nous le faisons, chrétiens, ce sacrifn e, non-sculcmeiit nous nous acquitterons de ce que nous devons au souverain domaine de Dieu, mais nous engagerons Dieu à nous C( un hier de ses grâces ; il nous accordera les secours les plus

'Psal., Lxitvii,58

Srîl LA rriUFICATION

puissnnfs [loiir seconder iircsi péiiércuïeeiiîrcprise , c( pour mais soiifenir dniis l'cxéculion; il nous aflerniiia le bras pour porter le coup avec |iliisd'assuraiice, et pour lui Miciilier cette \ictiiiie qu'il nous demande ; il versera sur nous ses jilus abondantes bcncdiclions, et uicine ses plus douces consolatioris ; et nous serons surpris (le liouver tout aise, là où tout devait, ce seiid^le, nous coûter si ctier.

Mais vous me direz : Ce qu'il y a dans nion cœur de jilus précieux pour moi, ce qu'il y a de plus inlimc, csl souvent ce qui me rend plus criminel ; car c'est un engagement tendre, un amour illégitime et corrompu : or ce qui me rend criiuiuel, et ce qui est criminel en soi, connuent peut-il être ofierl à Dieu, et comment peut- il entrer dans ce sacrifice de moi même par où je dois lionorcr Dieu? Appliquez-vous, chrélii-ns, ù ma pensée; je vais, dans une esj)èce de pira.loxe, vous découvrir une des plus grandes et des plus c. nsolantes vérilcs du cli"islianismc. En ciï'et, voilà le miracle de la grâce, que ce qui nous rundait criminels scr\e à nous sanclilicr par le sacrifice que nous en faisons à Dieu ; et que ce qu'il y avait dans nous de plus abominable aux yeux de Dieu, [lar mi changement merveilleux, soit ceque nous avons à lui présenior lie , lus digne de lui ; c'est-à-dire que noire Dieu veuille bien se tenir honoré de notre péché même, et que non-seulement il ne refuse pas de l'ecevoir ce péché en holocauste, mais que de tous lesholocausles qu'il atleud de nous, il n'y eu ait pas un qu'il estime davantage, et qui liù jilaise plus que celui-là. Oi-, c'est de quoi nous ne [louvons douter, après la déclaration expresse que nous en lait saint Paul, en nous obligeant à iaire servir nos propres désordres à la |)iéié et à la justice. Et voilà, chrétiens, le moyen de concilier deux choses infiniment utiles pour notre insiruclion et pour notre édilication. Plaise au Ciel que vous les goûtiez, et que vous en profiliez ! Car la loi nous aijprend, d'une part, que nous devons nous offrir à Dieu dans un état où nous lui puissions être agréables, c'est-à-dire dans un état de sainteté conforuie à ce que nous souunes et à ce qu'd est ; et cepend;int la même foi nous enseigne d'ailleurs que Dieu, tout juste et tout saint qu il est, ne dédaigne pas les pécheurs. Nous savons que cojume Jésus-Christ présente aujourd'hui dans sa personne une victime pure, innocente, exempte détache, il faut que nous paiaissious, autant qu'il est possible, devant Dieu dans les mêmes dispositions; que nousa\oiis un corps, et qu'il laut que nous

lui présentions ce corps comme une Iioslîe vîvaiue, sainte, capable de lui plaire : Ut exhiheatis corpora veslra Iwstiam viveiiUnn, sandam, I>eo phicenlem ' , qu'il nous a doni'é une âme, et qu'il iàut que cette âme soil s 'iiclifiée par la chanté et par toutes les vorliis clnéliennes, i)our mérite» de lui être offerie ; en un mot, qu'il faut, [)arce qu'il est saint, que nous le soyons aussi : SancH estole, (juin ego sanctus sum 2. Voilà ce que nous savons ; mais nous savons en mê netemps que les pubiicains n'ont pas laissé d'entrer dans le temple dec^ Dieu de sainteté, poin- se présentera lui, et que n'ayant rien qui fût digne de lui, ils ont cru iKnoir au moins lui oITrir leur i: dignité. (Juoi donc! veux-je par là vous engager à offrira Dieu dos corps impurs, des esprits su|)erbes et orgueil • leux, des âmes attachées à la terre, des cœurs infeciés de la contagion du péché ! A Dieu ne plaise, mes chers auditeurs, que je sois dans ce senlimeut, et que je ne l'aie pas en horreur I Mais pour n'être pas encore sainis et irrépréhensibles devant Dieu, ne pouvez-vous plus aussi jamais vous présentera Dieu? Eu parlant de la sorte, je vous réduirais h un funesîe déscspoii-, et i)e.it-être donnerais-je à l'iiiïpiéié tout l'avantage qu'elle désire. Non, non, chrétiens, je ne dis ni l'un ni l'autre : mais réunissant ces deux vérités, je dis, pour détruire tous les prétextes qui pourraient vous éloigner de Dieu, qu'il faut, ou que vous soyez saints pour vous oflrir à Dieu, ou qu'en vous offrant à Dieu vous commenciez à être sainis. Je dis qu'il faut que vous trouviez dans vous-mêmes celle victime innocente que demande l'Apôtre ; ou, si vous ne l'y trouvez pas, que vous l'y (orniiez : et coinmenl ? par l'oblation même de vos pi^rsonnes ; car, <pielque corrompus que vous puissiez être par le péché, je prétonds que celte oiilation seule, de la manière que je l'enlemls, vous sanciitiera; et que comme notre divin Sauveur, en se présentant à son Père, a sanclilié par celte seule action tous les jusies qui sont et qui seront jamais : Uiia ohlatione consuminavit in sempilernum sancdficatos ^, ainsi, vous qui m'écoutez, par celte oblalion parlicidièie que vous ferez de vous-mêmes, pourvu qu'elle soit sincère, de pécheurs, de mondains, d'indignes de Dieu que vous êtes, vous deviendriez sainis, parfaits, digues de Dieu : pourquoi ? parce que, selon les principes de la théologie et dos Pères, s'olhir à Dieu sincèrement et de bonne l'oi^ c'est se sanctifier : Saiictiun Domino i'ocabitur *.

' Kora., AU, 1. — ' Levit., xi, 44. — ' Hebr., x, 14. — ' Luc,

SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE

Car s'offrir à Dieu sincèrement et| de bonno foi, c'est siiiccreineut et de bonne foi vouloir être à Dieu : or vouloir être ainsi à Dieu, c'est renoncer de bonne foi et sincèrement à tout ce qui nous éloigne de Dieu ; et voilà ladétestation du péclièet la conversion du cœur. Vouloir être à Dieu, et le Touloir bien, c'est vouloir détruire dans nous tout ce qui nous a sénarés de Dieu, et qui pourrait encore nous e:i séparer; et voilà l'expiation du péché el lasalis(;iclion de la pénitence. Vouloir être à Dieu, c'est vouloir être ami de Dieu, lui obéir, le servir ; et voilà l'exercice des vertus chréUennes, et la pratique de toutes les bonnes œuvres •.Sanctinn Domino vocabilur. Une oblation de nous-mêmes, véritable, solide, cillcace, com|)rend tout cela, sinon dans l'exécution actuelle, au moins dans le désir, dans le seuliment, dans larésolulion ; et que faut-il davantage pour nous réconcilier ave • Dieu, et pour nous remettre dans sa grâce 1 Sunctum Domino vocabitur.

Grande et essentielle différence que vous de- ■vez ici remarquer entre les devoirs de la religion que nous rendons à Dieu, ot les offres même sincères de service que nous faisons aux hommes : car, quand je me donne, par e>.emple, quand je m'offre à un grand de la terre, je ne deviens pas pour cela digne de lui; je puis êti'e à lai, el retenir toute mon indignité, parce que je puis être à lui et n'en êlre pas meilleur ; il ne dépend pas de moi de lui plaire, et il peut arriver que l'empressement même et l'ardeur que je témoignerai pour lui plaire fera que je lui déplairai. Mais il en va tout an contraire à i'égird de Dieu : si je veux être à lui, je suis à lui; si je veux lui plaire, je lui plais ; si je veux mériter son amour, je commence à le mériter ; si je veux devenir saint, dès là je commence à le devenir : Suiictum Domino vocabitur. A quel autre maître dois-je donc plutôt me con.sacrer ? et dans la consécration que je ferai de nioi-môme à mon Dieu, quel regret plus vif dois-je ressentir que d'avoir quelque tem|is délibéré sur une obligation si i'idis[)ensable? car, puisque vous cics mon Dieu, Seigneur, puisque vous èles le Dieu de mon cœur, il est bien juste que vous le possédiez; et que ne puis-je vous le rendre tel que vous l'avez formé ! Mais, tout corrompu qu'il est, vous l'agréerez <]uanu je vous 1 offrirai : de celte vicliiue d'iniquité, vous ferez une victime de propilidliou et de sanclificalion ; vous la purilierez par le feu de votre amour ; et, puriliée de la sorte, elle servira à votre gloire. Les maîtres du siècle, si j'allais me piésenlerà

eux, après leur avoir été aussi infidèle qu'à vous, me rebuteraient, et refuseraient de m'en- Rendre ;mais. Seigneur, vous voulez bien encore vous tenir honore de l'offrande que 'je viens vous faire, et c'est ce qui m encourage à la faire. Domaine de Dieu, domaine essentiel que nous devons reconnaître, comme Jésus-Chri«t, par une oblaliou sincère de nous-mêmes; et domaine universel que nous devons reconnaître, comme Jésus-Christ, par une entière oblation de nous-mêmes : c'est la seconde partie.

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