TROISIÈME PARTIE
Il ne faut pas s'étonner si l'Apôtre, instrui-^ sant les premiers fidèles, entre les autres maxi-» mes de religion qu'il leur proposait, s'atlachait particulièrement à celle-ci, que nul de nous ne vit pour soi-même, et que nul de nous ne meurt pour soi-même ; mais que, soit que nous vivions,
• Parai., ixlx, 11. — Ubid., U, 12. — ' Ibid., 17. — 'Ibid., 14,
SUR i.A PURIFICATION DE LA VIEilGE.
soil c|Ufi nous mourions, c'est pour le Seigneur que nous devons vivre et niourii", puisque vivant et mourant nous sommes à lui : Sive srgo vivimiis, sire morimur, Dumini siimusK II parlait ainsi, (lit saint Chrysoslosne, parce qu'il savait que le domaine de Dieu est un do naine éternel, et qu'en consi5qiience de celle éternité de domaine, il n'y a pas un momcnl de noire vie qui lui puisse être disputé. Eu sorte que, dès que nous commençons d'être, nous commenrons à dépendre, ne sortant du néant que pour entrer dans la possession de Dieu, c'est-t>-dire dans un état où nous appartenons à Dieu, et où nous ne pouvons être justement possédés d'aucun autre que de Dieu. C'est sur ce principe q'ie l'auge de l'école, saint Thomas, a établi cette opinion si raisonnable, q le l'homne, dès le premier instant qu'il connût Dieu, est obligé de l'aiuier, et de s'élève rvers lui; et que le premier péclié que nous commeltons dans le moment que notre raison se développe et que nous pouvons user de notre liberté,- est de ne pas faire ;'i Dieu ce sacrifice de nous-mêmes, que l'Ecriture appidle le sacrifice du matin : Hulocaustum matutiniim'^. Opinion, dis-je, quel([ui' apparence qu'elle ait de sévérité, la plus conforme h l;i lumière même naturelle. Car, selon le raisonnement d'un savant cardiual, expliquant là-dessus la pensée et la doctrine de saint Thouias, pourquoi l'homme, au sortir de l'enfauce et (orsqu'd commence à ouvrir les yeux, ne les tourner.i-t-il pas vers son souverain auteur ? pourquoi différera-t-il un moment à le reconnaître, el pourcpioi aurait-il droit de ne lui pas offrir les prémices de cet être qu'il n'a regu et qu'il n'a pu recevoir que pour lui en faire hommage ?
C'e.>i daus cette vue que saint Augustin, touché d'une douleuramère et repassant devaut ûienles années de sa vie, s'écriait : Beauté plus ancienne que le monde, c'est trop tard que je vous ai aimée ! Sto te amavi .pukhvitudo tam antùiual^ Prenez gaide : il ne s'arrêtait point à tous les autres motifs que la pénitence cluétienue aurait pu lui fournir, pour pleurer ces délais criminels qu'il avait apportés à sa conversion ; mais il mesurait le temps de sa conversion à celui de ses obligations; el, comparant l'un à l'autre, il se confondait d'avoir si mal rempli i e!ui-ci, par l'abus qu'il avait fait de celui-là. Car quelle honte pour moi, disait ce saint pénitent, que Dieu m'ait aimé pendant des siècles infinis, et que le monde, ma passion, d'indignes objets et une aveugle cupidité, lui aient enlevé la meilleure partie de ce petit nombre de jours que
' Rom., Aiv, 8. — J ly Reg., xvi, 16.
j'a\ais pour répondre à son amour ! quel désordre, que Dieu ayant toujours été mon Dieu, je me sois soumis et donné si tard à lui, commc> sa créatm-e ! Voilà quel était le sujet de son repentir et de ses regrets : Sera te amavi, pulckritudo tam antiqua !
Aussi est-ce par cette règle que les prophètes, qui furent les oracles de l'ancienne loi, ne ilemandaient pas moins à Ihoinme qu'une éternité de culte et d'adoration, pour honorer cette éternité de domaine qui est l'un des plus nobles attributs de Dieu. Et comme la vie de l'honiine, prise dans toute sa durée, est une es()èce d'é'ernilé pour lui ; comme Moïse, en parlant de Dieu el usant d'une expression divine el myslérieuse, assurailque le Seigneur régnerail éternellement, et au delà de l'éternité même : Dominas regiiahit in œtermim et ultra ' ; ainsi le prophète Miellée ne craignait itoint de s'engager Irop , quand il promelljiit à Dieu de lui rendre un hommage élcrnel et plus qu'éternel : Amlnilubimus in nomine Domini Dei nostri in œtermin: et uUi a "^ ; comme s'il n'eût pas voulu, remarque saint Jérôme, que le domaine de Dieu sur sa personne l'emportât sur le zèle de sa piété, et que, par une sainte émulation, il eiM ambitionné d'être aussi longtemps et aussitôt à Dieu que Dieu avait été à lui.
Mais, chréliens, sans chercher d'autres exemples, arrêtons-nous à celui que nous présente dans ce mystère le Sauveur de nos âmes : car voilà l'imporlant devoir qu'il prétend encore aujourd'hui nous enseigner. C'est un Dieu enfant, un Dieu qui vient de naitre ; et quarante jours à |)eine se sord écoulés depuis sa naissance, que déjà il vent être porté à l'autel du Seigneur, et là se sacrifier à son Père. D'une si belle vie qu'il doil mener sur la terre, il ne vent pas qu'il y ait un âge qui ne serve à la gloire de Dieu; et l'engagement qu'il contracte par celte oblalion de lui-même, ne regarde pas seulement ses pramières années et le temps présent, mais tonte la suite de ses années et tout l'avenir ; tellement que le sacrifice de sa croix et de sa mort ne sera point un antre sacrifice que celui-ci, mais le dernier acte de celui-ci, la perfection et la consomniali >n de celui-ci. El quand, la veille de sa passion, il dira à son Père : J'ai achevé l'ouvrage pour lequel vous m'avez envoyé et que vous m'avez confié; Opus consum-tu.-i quod dedisti mihi i , quand sur la croix, pic •■emetire son âme entre les mains de son Père, . ''criera ; Tout est consommé ; Consum nalum lâ- * ,•
Eiod.xv, 18. — ■ Micli., IV, ô.
xis, 30
' Joan , XVII, 4, — Ibid.
SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE
ÎI ne parlora point d'un autre ouvrage que de celui luèiiie qu'il coniuience dans le temple et dans sa sainte présentation.
Figurons-nous donc, meschers auditeurs, qne Jésus-Christ, dans celle fête que nous solennisons, s'adres?ant à nous, et nous animant par son exemple, nous dit à chacun en particulier ce qu'il dit depuis à ses apcMres : Ecce ascendimusJerosolymajn, et Films hominis tradetur • ; Nous voici enlin àJt5rusalera, et l'heure est venue OÙ le Fils de l'homme doit être livré ; ne différons point, et ne faisons pas perdre à Dieu un moment de cette gloire qu'il attend de moi et de vous, et que nous pouvons lui procurer par une oblation prompte denous-m.èmes. Quand le Fils de Dieu tint ce langage à ses disciiles, l'évangélisle remarque qu'ils n'y comprirent rien, quoique ces paroles fussent néanmoins très-intelligibles : Et ipsi nihil horum inleUexerunt 2. Voilà, chrétiens, l'état de notre mîscje, et à quoi nous en sommes réduits. Notre divin iMattre nous prêche aujourd'hui, par son exemple, qu'il faut nous donner proniptementàDieu, etqu'autrement nous ne pouvons bien reconnaître le domaine cleruol queLiieu a sur nous : vcrilé incoiileslable ; mais, malgré toute son évidence, vérité que l'esprit du siècle, cet esprit aveugle et grossier, nous rend obscure ; en sorte que nous ne voulons jamais la comprendre : Et erat verbiim istud ctbsconditumab eis^. Car nous voulons être à Dieu , mais quand ? toujours pour l'avenir, et jamais pour le jour présent. Ecoutezmoi, et lâchez à découvrir sur cela toute la perversité du CQ'ur de l'homme, pour en concevoir toute l'horreur qu'elle mérite, el, s'il était possible, toute l'horreur que Dieu en conçoit. T' voulons être à Dieu quand nous n'aurons plus rien qui nous attire ailleurs, ni qui puisse nous y retenir : être à Dieu quand il ne nous restera rien autre chose dans la vie, ni engagement à former, ni ambition à contenter, ni rang où aspirer, ni prétention à soutenir, ni fortune ni figure à faire ; que nous nous trouverons, pour ainsi dire, abandonnés à nous-mêmes, et qu'en nous présentant au Seigneur, nous ne lui présenterons qu'une vie désormais usée, caduque et inutile : être à Dieu quand nous aurons donné à nos passions tout le loisir et tous les moyens de se satisfaire ; que nous leur aurons mille lois sacrifié tous ses intércls ; qu'aux dépens de sa gloire et de sa loi. nous aurons aveuglément suivi tous nos désirs, et brutalement assouvi toutes nos cupidilés : être à Dieu quand il nous plaira, et non point quand il lui
.' Mattb., XX, 18. — ' Luc, XTiii, 34. — ' Ibid.
plaît; quand la seule raison nous y engagera, et non point quand lareligion nous y appelle; quand ce sera la dernière et l'unique ressource que nous aurons ou pour faire parler de nous dans le monde, ou pour charmer l'ennui de la vie, et non point quand le devoir nous y oblige et que la piété nous l'inspire : enfin, être à Dieu quand il n'y aura plus à reculer, plus à remettre, et que, surclwiges, accablés de det'es, il faudra par une pénitence précipitée, apaiser sa justice, ou, par un affreux déses[ioir, consentir à notre éternelle réprobation. Tel est le plan de conduite que nous nous traçons à l'égard de Dieu ; tel est, dans le partage de nos années, le temps que nous lui assignons.
Mais est-ce là, mon cher auditeur, honorer Dieu, ou n'est-ce pas l'outrager? est-ce reconnaître sa souveraineté, que de lui prescrire ainsi le temps qu'U nous plaîl ?est-ce rendre hommage à son domaine, que de lui assigner dans ce temps les dernières années de la vie, des années sur quoi nous ne pouvons compter, et qui ne vieudror.t peut-être jamais pour nous, parce que la mort nous enlèvera avant qu'elles viennent? Quoi! Dieu, traité de la sorte, nous attendra' il se contentera de ce partage? c'està-dire, il se contentera que nous lui présentions ce que le monde avant lui aura longtemps possédé et mille fois profané? que nous lui présentions ce que le monde méprisera et rebutera ; et que nous le lui présentions, parce que le raon' ommencera à le mépriser et à le rebdl^ i nous lui présentions ce que nous ne
, plus lui refuser, sans attirer s:u- nous . .;et de condamnation d'autant plus iuéviiuole, qu'il sera prêt à le lancer sur nos têtes ? Ah ! mon Dieu, seriez-vous ce que vous êtes, si vous étiez obligé de nous recevoir à de telles conditions ; et serions-nous ce que nous sommes, s'il nous était permisde vous les imposer? Non, non, chrétiens, il n'en ira pas ainsi ; et Dieu, pour ce qu'il se doit à lui-même, a bien su établir, dans l'ordre de la prédestination des hommes, des lois rigoureuses qui le garantissen de cet outrage. Car, si nous l'en croyons (etqu en croirons-nous mieux que lui, puisqiie toute ses paroles sont infaillibles et qu'il est la vérit même), si, dis-je, nous l'en croyons, après qu nous l'aurons si indignement traité, il nous frappera de son mépris : et quels seront les terribles effets de ce mépris de Dieu? Comprenezle. Ce ne sera point d'être insensible à nos vœux, si nos vœux sont sincères et qu'ils partent du cœur ; ce ne sera point de se tenir éloigné de nous, si c'est de bonne foi que nous nous tour-
SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE
nons vers lui, et que nous le cherchons; ce ne sera poini tle nous rejeler, si, par une vraie et soHile oblatioii de nous-mêmes, noiis nous présentons à lui. Il a dit qu'à quelque temps que le pécheur voulut revenir à lui, il le recevrait ; qu'à quelque leini)s que nous fussions bien résolus d'èlreà lui ilagrcerait le don que nous lui Icrions. Mais prenez garde : ce retour véritable, celte resolution ferme, celte bonne volonté dépend de Dieu etdesa grâce ; et que fera lUeu en vous méprisant, après (jue vous l'aurez méprisé? C'est qu'il vous privera de cette grâce, je dis de cette grâce efficace et forte, decellegrâced'autanlplus néci'ssairc que vous serez plus faible, et que vous aurez plus d'efforts et plus de chemin à faire , après de longs égarements, pour le retrouver : il la retirera, et alors vous ne voudrez plus être à lui ; vous ne serez plus même guère en état de le vouloir, parce que vous ne l'aui-cz pas voulu lorsque vous en aviez le pouvoir. Ces années que vous lui de.-^tinicz, vous voudrez encore les donner au monde; du jour présent, vous remetlrcz toujours au lendemain, et de ce lendemain à un autre, jusqu'à ce que vous soyez enfin arrivéà cedernier jour qui n'aura plus de lendemain [lour vous. Ou s'il vient un âge avancé, et un teuips auquel il semble que vous vouliez vous donner à Dieu, vous ne Je voudrez qu'im|)arfaitemefit, vors ne le voudrez qu'à demi; vous croirez le vouloir, et vous ne le voudrez pas. Et c'est en ce sens qu'il faut entendre celte menace qu'il a si souvent réitérée dans l'Ecriture, et exprimée en tant de manières ditlVi entes : Alors ils m'invoqueront, et je serai sourd et insen>ible à leurs prières; ils me chercheront et je me déroberai à leur vue, en sorlc qu'ils ne me trouveront pas; ils frapperont à la porte, et ils me crieront : Seigneur, Seigneur ! mais moi, sans leur ouvrir, je leur ré|)on(h'ai que je ne les connais point ; et je les renverrai à ces fairx dieux qu'ils m'auront préféré-, et à qui ils auront consacré leurs plus beaux jours.
Terrible mais juste châtiment, auquel vous vous exposez, mon cher auditeur, et dont vous n'auiez pas lieu devons plaindre, puisqu'il n'aura I ion de si rigoureux que vous n'ayez sans doulc bien mérité. Vous me direz que cela doit donc désespérei' ceux de mes auditeurs qui, jusqu'à |)iéseiit, er)gagésdans le monde et dans es intrigues criminelles du monde, ont passé de kngues années sans se donner à Dieu, et voudraient maiulenant rentrer dans le devoir et le servir. N'y a-t-il plus de retour pour eux, et ne peuvent-ils plus iaire à Dieu uu sacrifice
d'eux-mêmes qui lui soit agréable? Je n'ai garde, chréliens, de le penser et de le dire de la sorte : ils ne m'appartient pas de marquer ainsi des bornes à la miséricorde de nolie Dieu. Je sais qu'il va eu des pénitents de tous les âges, c'est-à-dn-e des hommes qui, rebelles à Dieu e! à ses grâces, avaient consumé presque foute leur vie dans une révolte et dans un désordre continuel, et qui néanmoins ont enfin ouvert les yeux, ont reconnu leur injustice et l'ont réparée, en se soumeltanl au légitime em[tire du Maître dont rien n'eût dû jamais les séparer; des femmes qui, idolàtresdu siècle, et plus idolàfrcs encore d'elles-mêmes s'éiaient fait ime divinité de leurs corps, et avaient consacié à cette divinité prétendue, non-seulement tout le cours d'une florissante jeunesse, mais tout ce qu'elles avaient reçu de jours au delà, et qui tout à coup ont reuoncéà leurs anciennes habitudes, ont pris le parti de la piélé eld'une piété solide, se sontenfin rendues, si je puis ainsi parler, au souverain Seigneur à qui elles s'étaient dérobées,et lui ont offei t dans leurs personnes autant de victimes, qu'il a bien voulu accepter; voilà ce que je sais, et de quoi je suis obligé deconvenir.Maisanssi convenez avec moi que ces exem[)les où notre Dieu faitpaiaitre les richesses de sa miséricorde sont moins communs quenousne le pouvons penser, et qu'il y en a mille autres contraires, où il exerce tonte la sévérité de sa justice: et de là concluez deux choses très-importantes, et dignes de toute votre réflexion. Car, de ces deux sortes d'exem[>les, lesi:ns de miséiicorde, et les autres de justice, je vous propose les premiers pour soutenir encore votre confiance, si vous êtes de ceux à qui la conscience reproche de s'être dep,uislonglemi)s soustraits au domaine de Dieu, et d'avoir vieilli dans le service du monde et dans l'esclavage de leurs passions ; et je vous propose les seconds pour vous inspirer une crainte salutaire et bien fondée, cl pour vous engager fortement à consacrer à Dieu les prémices de votre vie, si vous êtes de ceux qui se trouvent dans l'heureux état de le pouvoir faire. Développons ceci, et expliquons-nous.
Je parle d'abord à vous, mon cher auditeur, à vous, dis-je, qui, sur le retour de l'àgc, commencez à comprendre le devoir capital de la religion que nous professons, qui est de nous donner à Dieu de bonne heure, et d'honorer, par cette prompte oblation de nous-mêmes; l'éternité de son domaine : vérité londamentale que vous reconnaissez, mais que vous craignez de roconnaitre trop tard. Justement et
SUR LA PrRIFfrATION H" L^ VP-ROP.
frayé dus menaces du Seigneur que je viens de vous faire entendre, el pressé par le remords de votre cœur, il vous semble qu'elles doivent s'accomplir en vous ; et celte pensée vous décourage, comme s'il n'était plus temps de vous réduire sous la loi de Dieu, et de lui offrir une victime qu'il rebuterait. Sîais h Dieu ne plaise que ce discours serv ; à ralentir la ferveurdevos résolutions, et àrendreinuliles les efforts de la grâce ! Non, mon cher frère, ces menaces divines qui vous troublent, ne sont point si générales qu'elles ne puissent avoir et qu'elles n'aient eu leurs exceptions : elles ne sont point si décisives m si précises, que d'autres que vous n'en aient appelé, et que vous ne puissiez en appeler comm eux à la miséiii.o de du Maître qui les a prononcées. Or, pourquoi ne serez- vous pas de ce nombre, et pourquoi ne prendrez-vous pas toutes les mesures nécessaires pour eu cire ? vous le pouvez, et c'est à vous en particulier que je l'aniionce; à vous qui in'écoutez, et que Dieu appelle tout de nouveau par ma voix; à vous en qui ce discours excite certains sentiments qui sont les iffets d'une grâce spéciale ; à vous à qui Dieu ouvre les voies du retour par ces pensées et ces désirs secrets qu'il vous inspire ; à vous qu'il a conservé pour cela jusqu'à ce piécieux moment, qui peut-être est le dernier, mais qui peut devenir le principe de votre éternelle prédestination. 11 est vrai, vous n'aurez plus l'avant igc de vous être donné au Seigneur de bonne heure, et c'est de quoi vous gémirez en sa présence ; mais du moins aurezvous désormais l'avantage d'être à lui constamment, d'être à lui jusqu'au dernier soupir de votre \ie, el de réparer, pai- votre persévérance, \06 révoltes passées'; c'est ainsi, dis-je, que je vous parle : mais voici ce que j'ajoute pour les autres.
Car de compter aussi, mon cher auditeur, qu'il sera toujours temps de rej)rendre le joug du Seigneur après l'avoir secoué, et sur ce principe vous livrer au monde dès vos premières années, et ne réservci- à Dieu qu'un reste de vie ; de se promettre que Dieu sera toujours également prêt à vous prévenir, et à faire toutes les avances pour vous rechercher ; de s'attendre que le trésor de ses miséricordes vous sera toujours ouvert, et que vous y trouverez au besoin tous les secours et tous les moyens sur quoi vous faites fond, c'est une conliaLice présomptueuse à laquell ■ j'oppose les exemples de tant de mondains et de mondaines qui y ont été trompés avant vous, etaprès qui je n'ai que trop lieu de craiudre que vous ne le soyez vous-même.
Quelle raison avez-vous d'espérer, qu'ils n'eussent pas comme vous ? et si d'affreuses suites leur ont fait voir combien leurs espérances étaient fausses, qui vous assure que de semblables épreuves ne vous convaincront pas un jour, mais à votre ruine éternelle, que vos prétentions n'étaient pas mieux établies ? Ah ! chrétiens, ne nous exposons pas à un danger dont les conséquences sont si terribles. Ne remettons point à une autre occasion ce que nous pouvons faire dans les conjonctures présentes; elles ne seront jamais plus glorieuses pour Dieu, ni phis salutaires pour nous. Autant de moments que nous refusons à Dieu, ce sont autant de moments perdus, non-seulement pour lui, mais pour nous-mêmes: encore s'ils étaient seulement perdus ! mais parce qu'ils auront été perdus, ce seront contre nous autant de sujets de condaumaliou. Offrons-nous, comme Jésus- Christ, dès que nous le pouvons, dès que nous nous y sentons attirés, dès que Dieu nous y invita et par lu i-même et par ses minisires ; mais surtout offrons-nous co:«me Jésus-Christ, par qui ? par Marie : car c'est par Marie qu'il veut être offert, par Marie qu'il veut être porté dans le temple, par Marie qu'il veut être mis entre les mains du grand prêtre ; et si nous pensons à faire à Dieu le sacrifice de nous-mêmes, faisonsle par la M ère de Dieu, que ce sacrificede nousmêmes soit comme la cousommation du saciifice qu'elle fait aujourd'hui de son Fils. Avec la médiation de cette Vierge toute-puissante, il n'est rien que le Ciel n'agrée, et c'est ainsi que nous honorerons le domaine de Dieu, ce domaine essentiel, ce domaine uuiveisel, ce domaine éternel.
Celte morale, Sire, est pour les rois aussi bien que pour les autres hommes ; et je le dis avic d'autant plus d'assurance et plus de consolation en présence de Voire Majesté, qu'entre tous les autres monarques, il n'en est point qui rende an souverain .Uailre du monde de plus éclalants témoignigi's d'une soumission vraiment chrétienne. Nous vous voyons. Sire, au comble de la grantleur hinn due : tout ce (jui peut relever un roi, et lui donner dans le monde un grand nom, le Ciel l'a réuni dans votre personne sacrée ; l'éclat de la majesté, l'éteudue de la puissauce, la sagesse des conseils, le succès des entreprises, la yloire des armes : voilà ce que nous admirons : voilà ce que toute l'Europe, attentive à vous considérer, est forcée de reconnaître ellemême, el à quoi elle ne peut refuser des éloges d'autant pius glorieux, qu'elle aurait plus d'intérêt à les diminuer et à les obscurcir. Màh,
SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE
Sire, dans ce haut degré d'élévalion, ce qu'il y a de plus digne de nos admirations et de plus grand, c'est que Votre Majesté ne se laisse point éblouir par sa grandeur ; c'est que, dans la splendeur de sa puissance, elle n'oublie point qu'il y a au-dessus de toutes les puissances I mortelles un Tout-Puissant ; c'est que, prévenue des sentiments d'une religion pure et sincère, elle se souvient, comme Saloinon, ce prince si sage et le sage même par excellence, qu'il y a au plus haut des cieux un plus grand qu'elle, le Créateur de tous les hommes et le Roi des rois. C'est dans cet esprit, Sire, que vous vous êtes aujourd'hui prosterné devant l'autel de ce Dieu de gloire et de ce suprême dominateur de l'univers. Nous avons vu Votre Majesté, humiliée en sa présence, lui faire hommage de tout ce que vous êtes ; nous vous avons vu, au milieu de la plus florissante cour, lui présenter, en vous présentant ù lui, ce qu'il y a sur la terre, et selon le monde, de plus vénérable et de plus auguste. Qu'il est beau. Sire, après avoir paru sur le trône en souverain, pour imposer au peuple la loi ; après avoir tant de lois paru à la tôle des armées en conquérant, pour soutenir les droits de votre empiie, et pour abat-
he l'orgueil et confondre les projets de tant de nations ennemies, de paraître ensuite aux pieds du Seigneur en suppliant, pour honorer son domaine, supérieur à toute domination, ou plutôt le principe et l'appui de toute domination ; pour lui faire une protestation solennelle de la plus religieuse et de la plus humble dépendance ; pour lui soumettre, par l'oblation lu plus parfaite, tout ce qu'il vous a soumis ! Qu'il y a là de fermeté d'âme et de noblesse, qu'il y a d'équité et de droiture, qu'il y a de solide piété, et par conséquent de véritable grandeur ! 11 est, si je l'ose dire, de l'intérêt et de l'honneur de Dieu, de maintenir Votre Majesté dans ce même lustre qui lui attire les regards du monde entier , puisque, plus vous serez grand, plus Dieu tirera de gloire des hommages que vous lui rendez. Il aura. Sire, dans votre personne royale, aussi bien que dans la personne de David, un roi selon son cœur, fidèle à sa loi, zélé pour sa loi protecteur et vengeur de sa loi. Mais ce ne sera pas sans retour dosa part, ni sans récompense : après vous avou" couronné si glorieusement sur la tene, il vous i)répare dans le ciel une couronne immortelle, que je vous souhaite au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.