‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 45 sur 139 · PREMIER SERMON SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

PREMIER SERMON SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE

Sujet. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée.

Ce mystère de l'assomption de Marie est par excellence le mystère de sa gloire ; mais si nous savons bien nous l'appliquer et en proSter, il n'est pas moins le mystère de notre espérance.

Dmsicy. Nous donnons communément dans deux erreurs sur le sujet de la gloire de Marie : l'une regarde les moyens par où elle y est prvenue ; et 1 autre, les avantages qui nous en doivent revenir. Or voyons, pour nous garantir de la premier» erreur, quel a été le vrai principe de la béatitude de Marie, première partie ; voyons, pour nous préserver de la seconde, quelle 'est la mesure du. pouvoir de Marie, deuxième partie. Voilà de quoi exciter tout il la fois et régler notre espérance.

Première partie. Quel a été le vrai principe de la oéatitude de Marie, c'est-à-dire pourquoi Marie est-elle aujourd'hui glorifiée dans le ciel? est-ce parce qu'elle a été Mère de Dieu'? Non; mais, 1° parce qu'elle a été obéissante et fidèle à Dieu; 2° parce qu'elle a été humble devant Dieu.

1° Parce qu'elle a été obéissante et (idole à Dieu. C'est ainsi que le Sauveur du monde s'en déclara, lorsque cette femme de l'Evangile lui ayant dit: Bienheurmijc le sein qui vous a porW il lui fit cette réponse : Mais plutôt, heureux ceux qui écow tent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. Par où il donnait à entendre, reprendsaint Augustin, que c'était l'obéissance et la fidélité de Marie qui faisait son bonheur, et non pas la maternité divine. Or, cequi faisait alors lebonheur de Marie, c'est ce qui a fait depuis sa gloire dans le ciel. Avoir été Mère de Dieu, c'est un bonheur qua re^u Marie;; mais avoir été fidèle il Dieu, cest un mérite ; et Dieu, dans sa Mère même, oe couronne que le mérite.

2° Parce qu'elle a été humble. C'est en ce sens que saint Ambroise prend ces paroles de Marie : Quia respexit humilitattm ancillœ suœ; ecceenim ex hoc heatam me diceni omncsgeneraliones; Parce que le Seigneura jeté les yeux sur la bassesse.de sa servante, et qu'il a été touché de l'aveu qu'elle en faisait ; pour cela, et pour cela spécialement, elle serabéaliliée. Les anges, dit saint Bernard, vovant Marie monter au ciel avec tant de pompe, eurent bien lieu de s'écrier comme les compagnesdc l'épouse: Qus eut ista ? Qui est celle-ci 'I mais on eut bien pu leur répondre ce que saint Paul disait du Filsde Dieu-.Quod aulem ascendit, quid est, nisi quia et descendit ? Elle est élevée, parce qu'elle s'est abaissée.

Voilà, encore une fois, ce que le Sauveur du monde a couronné dans Marie, sans considérer en aucune sorte qu'elle était sa Mère: pourquoi'.' parce qu'en la couronnant, il n'agissait ni en fils, ni en homme, mais en Dieu et en juge souverain. Ainsi l'avait-ii déjà traitée par avance aux noces ae Cana et en d'autres occasions. On peut dire néanmoins d'ailleurs que sa maternité a contribué il sa béatitude : comment? en ce qu'elle a eu, comme Mère de Dieu, de plus grandes giùces dont elle a rempli la mesure par sa fidélité; en ce que sa maternilé a rehaussé le prix de son humilité: mais toujours est-il vrai que la cause pro-

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cbaine de la béatitude de Marie n-apomt été sa maternité divine, et que ç-a été seulement sa r.déUté d'une part, et de Vautre

ion tiuniililé. espérance - Marie ne parvient à la gloireque par la mJme chemin qui nous est ouverta

,ous"'""Tour ous in*^; e u^ sai: mé d^de tLt ce qui s'appelle distinction et grandeur dansie monde ; ce n'es, point par Tqu; noSrm "itérons I;, gloire du ciel; 3- pour nous faire mé,i.e peu compter sur certaines grâces, quoique d un ordre sur-

"^lï;^!;,^,;:"::;î^1XttnlTS i:%i:^'î^t^t.'ï;: Z. secourir. I. est certam que nous pouvons sainterr^. .t mnernl invoquer laMere de Dieu; car on s'adressait bien a elle lorsqu'elle était sur la terre, et 1 on employait b.en sa médL"onlp sd Je u !chltpour obtenir de lui des grâces: maintenant quelle est dans le cisi pourquoi le pourra.t-onmomsî t Es -ce quene ne voudrait plus s'intéresser pour nous ? mais dans le ciel sa charité est plus ardente que jama.s.- 2- est-ce cu'cl ne peu plus nous secourir ? mais dans l'étatde sa gloire, serait-elle moins puissante qn elle ne I eUiit parm, nous, et d .« ce li u dexi ? 3? e.t-ce qu'elle ne connaît plus nos besoins et quelle n entend plus nos pneres i mais les anges, a qui Dieu . wn^nosp sonnes, nous entendent bien; 4» est-ce que l'usage de l'invoquer blesse l'honneur de Dieu? erreur pitoyable :c^r Tus révoquons, non comme celle k qui il appartient de donner la grâce, mais comme celle qui peut nous obtenir ftous poumon donc invoque,- Marie, et ce droit de recourir ii elle est un des plus fermes appuis de notre espérance. Nous avon dans ce^te S l" une a'vocate lou e-puissante auprès de son Fils, qui est notre juge ; et quand nous 1 appelons toute-pu.s^^ant. ce n^t r«h^iir» nu'elle soit au-dessus de son Fils, mais qu'elle peut tout obtenir de lui, et par la preummence de sa dignité, et par îe me'dc de sa peisolne ; 2- une mère de i^séricorde pour les pécheurs, puisque c est aux pécheurs mêmesqu oUe est en quelque

"" viilTno'ttesl'éitce " mat q'ut en est l'abus ? c'est que nouso.onsnous promettrede la protection de Marie, 1" des grâces chL unes et m s'iblesTî» des grâces possibles, mais miraculeuses ; 3» des grâces, sM y en avait de telles, -incapables de nou. 'anS et beucoup plus capables\le nous pervertir; 4" des grâces selon notre goût et les désirs corrompus ae notre ^"r. Or', ceSpoint pour cela que la Mère de Dieu est puissante. Espérons en elle, mais que notre espérance soit juste

et réglée.

Pi ift-e :i la Vierge.

Maria optimam jinriem deriil, qix-e nm aujerdur ab et. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point 6tée. (.Saint ttc, cliap X, 42.)

eo tut à Marie, soeur de Marthe, que leFilsde Dieu rendit ce témoignage avantageux : c'est ainsi qu'il se déclara pour elle, et qu'il la félicita de ce qu'elle s'attachait àl'éccuLer, pendant que Marthe se latiguait et s'empressait à le ser- ■vir. Il faut néanmoins convenir que ces paroles de notre Evangile, appliquées à la fête que nous célél)ions, expriment partaitemeuL le caractère de Jiarie, mère de Jésus, puisqu'elle a eu sans conti edit en toutes choses la meilleure part. Je n'aurais, pour voits en convaincre, qu'à parcourir tous les mystères qui se sotit accouiplis dans la personne de cette incomparable vierge, et qu'à vous y faire remarquer les privilèges infinis de grâce et de gloire qui l'ont élevée audessus de touslesjusteset de tous les élus de Dieu. Mais je m'arrête uniquement à l'auguste mystère de sou assomption ; car ce degré de gloire si sublime où elle parait aujourd'imi, celte couronne d'iinmorlahté qu'elle reçoit des mains de son lils, cette béatitude qu'elle possède, etqui doit être la récompense éternelle de ses éminentes vertus, c'est la consommation, non-seulement de toutes les grâces dont elle a été comblée, mais de tous les mérites qu'elle a acquis, et par conséquent ce que nous pouvons dire pour elle, souverainement et par excellence, la îueilleme part, qui ne lui sera point enlevée :

Optimam partem elegil quœ non nuferelur abea.

Heureux partage de Marie, qui doit être le sujet

de nos réflexions, et auquel nous devons tous

nou3 intéresser, si nous avons, comme chrétiens, les sentiments de religion que la vue du triomphe de celte Mère de Dieu doit produire dans nos cœurs ! Ce que nous appelons son assomption est par excellence le mystère de sa gloire: mais si nous savons bien nous l'appliquer et en profiter, il n'est pas moins le mystère de notre espérance ; et voilà ce que j'entreprendrai de vou? l'aire voir, après que j'aurai demandé les lumières du Saint-Esprit, par l'interceesion de sa bienheureuse Epouse. Ave, Maria.

C'est de l'espérance que le juste vit, aussi bien que de la foi ; c'est sur l'espérance, aussi bien que sur la loi, qu'est fondé tout l'édifice de cette perfection chrétienne dont la charité est le comble ; c'est par l'espérance aussi bien que par la loi que nous nous élevons à Dieu, que nous cherchons Dieu, et que nous trouvons le royaume de Dieu. Ain.si, chrétiens, quand j'ai dit que le mystère de ce jour était un des mystères de notre espérance, j'ai prétendu vous en donner l'idée la plus haute, et tout ensemble la plus consolante et la plus édifiante que vous en ayez jamais conçue. Ecoutez-moi et vous en allez convenir. Pour y procéder avec ordre, je ne prétends point pénétrer le fond de la béatitude et de la gloire dont la Reine des anges jouit dans le ciel ; car, comme remarque saint Bernard, si l'œil n'a point vu, et .si le cœur de l'homme n'a jamais compris ce que Dieu prépare au moindre de ses élus, qui pourra comprendre et encore moins expliquer ce qu'il a préparé pour la plus parfaite et la plus sainte de toutes les vierges '? Sans vouloir donc connaître la gloire de Marie en elle-

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même, il me sulTit d'en examiner le principe et ieseffels ; le principe, par rapport ù Miirie qui la possède, et les effets par rapport à nous, qui, comme enfants et serviteurs de Marie, devons y participer : car, envisageant cette gloire dans son prir.cipe, et par rapport à Marie, j'y découvre un des plus puissants motifs de notre espérance; et la considérant dans ses effets et par rapport à nous, j'y trouve un des plus solides appuis de noti'e espérance. AppKquez-vous à nu pensée. 11 est certain que Marie, dans son assomption, a reçu de Dieu comme une double plénitude, je veux dire une plénitude de bonheur et une plénitude de pouvoir ; une plénitude de bonheur pour elle-mèaie et une plénitude de pouvoir pour ceux qui l'invoquent. Or la vue de son bonheur, ou plutôt de ce qui a été la cause el la source de son bonheur, c'est ce.qui doit exciter notre espérance ; et la vue de sou pouvoir auprès de Dieu , c'est ce qui doit affermir notre espérance. Je pourrais m'en tenir là ; mais parce que rien n'est plus sujet à l'illusion que l'espérance, même chrétienne, et que rien n'est plus dangereux dans la vois de Dieu que l'abus de cette vertu, j'ajoute à CCS deux vérités une réflexion qui ma paru bien iinportanle,et queje vous priede faire avec moi : c'est qu'en même temps que le mystère de ce jour excite et affermit notre espérance, il nous apprend encore à la régler, et à n'en pas abuser : instruction à laquelle je réduis tout ce discours, pour conib.Utre deux erreurs grossières où nous tombons communément sur le sujet de la gloire de Marie : l'une qui regarde les moyens par où elle y est parvenue, et l'auh'e les avantages qui nous en doivent revenir. Car ces moyens par où Marie est parvenue au condi'e de la gloire, nous nous les figurons tout différents de ce qu'ils ont été ; et ces avantages qui flOus doivent revenir de la gloire de Marie, nous nous les promettons tout autres qu'ils ne sont en effet : deux erreurs, dis-je, infiniment préjudiciables. Tâchons à nous en présoi'ver, ei jîOLl.r cela rocouuaissons premièrement quel a été le vrai principe de la béatitude de Marie, et voyons ensuite quel est le pouvoir que Dieu lui a donné pour nous secourir : le principe de sa béulitude, bien expliqué, nous garanlira de la première erreur ; et la mesure de son pouvoir, bien entendue, nous mellra à couvert de la seconde. Voilà tout mon dessein, et ce qui demande une favorable attention.

PUEMliiUE PARTIE.

Considérer dans l'assomption de Marie une

vierge triomphante, une reine couronnée, une créature élevée au-dessus de tous les ordres des esprits bienheureux, et placée dans le rang de la gloire le plus éminent ; en un mot, une Mère de Dieu béaUfiée par le Dieu même qu'elle a conçu, et qu'elle a eu l'honneur de porter dans ses chastes entrailles : je l'avoue, chrétiens, c'est quelcpie chose de grand, quelque chose qui surpasse toute expression humaine, el sur quoi l'on pourrait bien s'écrier : 0 altitudo divitiarum i .' 0 abîme des trésors de Dieu ! C'est ce que l'Eglise semble nous proposer d'abord dans celte solennité, et c'est là que nos réflexions sur ce mystère se sont peut êhejusquesà présent terminées ; mais si cela est, et si nous en sommes demeurés là, quelque auguste que nous ait pax-u ce mystère, j'ose dire que ni vous ni moi ne l'avons jamais bien pénétré : car, il est vrai, voilà, mes chers auditeurs, ce qu'il y a dans l'assomplion de Slarie d'éclatant et de magnifique ; mais l'esprit de la loi, qui perce, comme dit saint Paul, jusque dans les secrets les plus intimes, et pour user du terme de cot apôtre, jusque dans tes profondeurs de Dieu : Etiam profunda Dei 2, nous y découvre bien d'autres sujeis d'aJmiration. En voici un, chrétiens, qui vous surprendra, mais qui vous édifiera ; et qui, déhompant vos désirs, excitera dans vos cœurs les sentiments les plus vifs de l'espérance des justes. Appliquezvous, s'il vous plaît.

Qu'est-ce donc que je conçois, ou qu'est-ce que je dois concevoir dans le mystère que nous célébrons? Une Mère de Dieu gloiiliée, non point absolument et précisément parce qu'elle a été mère de Dieu, mais parce qu'elle a été obéissante et fidèle à Dieu, mais parce qu'elle a été humble devant Dieu, mais parce qu'en vertu de ces deux qualités elle a été singulièrement et par excellence la servante de Dieu. Voilà ce queje considère, dans son assomption, comme l'essentiel et le capital à quoi nous devons nous atiacher ; et c'est le précis et le fonds de toute cette première partie. La proposition vous étoirr.C, et vous avez [icine à vous persuader que ce qui a élevé Marie à ceiie gloire incompréhensible dont elle prend possession dans le ciel, ne soit pas l'excellente prérogative qu'elle a eue sur la terre d'être la Mère d'un Dieu. Car, quel titre en apparence plus légitime pouvaitelle avoir, pour être reçue en souveraine dans le royaume de son fils, que d'avoir été sa mère ; et si elle avait à se promettre devant Dieu quelque distinction, d'où devait-elle [dulôt l'attendre que de cette divine maternité ? Cependant ,

1 Eom„ », 33. ~ ' 1 Cor-, II, 10.

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chrétiens, il est de la foi que cette maternité, toute divine qu'elle est, n'est point proprement et dans la rigueur ce qui fait aujourd'hui l'élévation de Marie : car c'est ainsi que le Sauveur lui-même s'en est expliqué dans l'Evangile ; et la déclaration expresse qu'il nous en a fait est une preuve sans réplique. Vous l'avez cent fois entendue, mais peut-être ne l'avez-vous jamais méditée autant qu'il était nécessaire : écoutezla donc, et ne l'oubliez jamais. Vous savez en quels termes cette femme dont parle saint Luc, se sentit unjour inspirée de féliciter Jésus-Christ, lorsqu'elle s'écria que bienheureux était le sein qui l'avait porté, et les mamelles qui l'avaient nourri : Beatus venter qui te jwrtavit, et ubera quœ suxisli i / Elle crut, aussi bien que nous, que la béatitude de Marie consistait à être la Mère de ce Dieu incarné et fait homme : Beatus tenter. Mais vous savez aussi de quelle manière Jésus-Christ la détrompa, et l'étonnante réponse qu'il lui fit. Non, non, reprit cet Homme-Dieu, vous l'entendez mal, et il n'en est pas comme \ous le pensez : Quinimo ; celle que je reconnais pour mère, et dans le sein de laquelle j'ai été formé, n'est point heureuse pour cela. Ce n'est point là ni la mesure, ni la cause immédiate de son bonheur ; mais les bénédictions abondantes dont Dieu l'a déjà prévenue, et dont il achèvera un jour de la combler, procèdent de tout une autre source. Or, prenez garde, chrétiens, que ce qui faisait alors, dans le sens du Fils de Dieu, la béatitude de Marie, c'est ce qui a fait depuis, et ce qui fait encore maintenant sa gloire dans le ciel : car la gloire d'une créature et sa béalitude devant Dieu ne sont qu'une même chose. Marie, dans la pensée de Jésus-Chiist, n'était point heureuse préciséir.ent par la raison qu'elle était sa mère ; ce n'est donc point précisément en vue de sa maternité qu'elle a été glorifiée. La conséquence est évidente, selon tous les prin- ( jpes de la théologie et même de la foi. Pourquoi •'.onc Marie se trouve-t-elle si hautement et si honorablement placée dans le royaume célesle? jpprcnez-le de JéSLis-Cb.rist, qui seul a pu r.ouâ' je révéler ; apprcnez-îe de Marie même, qui en £ senti reuet et l'accomplissement dans sa personne : joignez ensemble ces deux témoignages, et faites-vous en deux leçons pour la conduite de votre vie. Rien ne vous fera mieux goûter ce que j'appelle le don d? l'espérance chrétienne, et ne sera plus propre à voi;s inspirer un zèle ardent pour votre sancl!:'n:ation.

Voicile témoignage de Jésus-Christ. Il déclare, en comprenant Marie dans la réponse générale

l I.UC, XI, 37.

que je viens de vous rapporter, et l'y comprenant d'autant plus qu'elle en était personnellement le sujet, il déclare, dis-je, que la béatitude de Marie vient uniquement de ce qu'elle a été fidèle à Dieu et obéissante à sa parole : Quinimo, beatiqui audiuntverbum Dei, etcustodiuntillud i. Voilà l'oracle de la Sagesse incréée, trop clair pour n'être pas pris à la lettre, et trop avantageux à la Vierge que nous honorons pour n'en pas faire le fonds de son éloge. Avoir écouté et inviolablement pratiqué tout ce qui était pour elle parole de Dieu, ordre de Dieu, bon plaisir de Dieu : c'est-à-dire, avoir suivi tous les mouvements de la grâce qui agissait en elle, sans y apporter jamais la moindre résistance ; avoir répondu exactement et constamment à toutes les inspirations qu'elle recevait de Dieu ; avoir accompU, avec la dernière fidélité, tous les desseins que Dieu avait formés sur elle , n'être jamais sortie des voies de cette providence supérieure qui la gouvernait ; s'être fait une loi des volontésde Dieu les plus parfaites; s'ètredévouéé sans exception à Dieu, dans les plus rigoureux sacrifices qui devaient être et qui ont été les épreuves de sa vertu ; avoir sanctifié sa vie par un continuel exercice de cette obéissance ; avoir rendu toutes ses actions, jusques aux plus petites, précieuses devant Dieu par le mérite de cette soumission, et ne s'être jamais ralentie un seul moment, jamais relâchée de sa première ferveur, toujours attentive à ce que l'Esprit de Dieu lui suggérait, toujours agissante pour Dieu, toujours unie de cœur à Dieu, toujours dépentante de Dieu ; voilà dit saint Augustin, ce que Dieu a couronné et glorifié en elle : Hoc in ea magnificavit Dominus, quia fecitvoluntatem Patris, non quia euro carnem genuit. C'est ainsi qu'en parlait ce saint docteur ; comme s'il eût dit : Ne vous y trompez pas, mes frères, et ne confondez pas les dons de Dieu. Avoir engendré selon la chair le Verbe éternel, et par le plus inouï de tous les miracles être devenue la mère de son Créateur, c'est un honneur que Marie a reçu de Dieu ; mais ce n'est point, à le bien prendre, un mérite que Dieu ait dû, ni qu'il ait pu même, selon les lois de sa justice, récompenser dans Marie. 11 n'a loué dans elle que ce qu'elle a fait pour lui. Or, ce qu'il a trouvé dans elle de louable, est uniquement ce qui a fait sa gloh'e devant lui : Iloc in ea magnificavit, qui a fecit voluntatem Patris, non quia caro carnem genuit. Je me trompe, chrétiens ; la fidélité de Marie n'est pas le seul titre de la béatitude et de la gloire dont Dieu, comme juge équitable, la com-

l Luc, XI, 33.

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bla dans son assomption. Une autre de ses vertus y eut encore part, et la loi nous enseigne que ce fut son humilité. Humilité de Marie, s'écrie saint Ambroise, qui, dans l'incarnation divine, ayant eu la force d'attirer un Dieu sur la terre, eut encore le pouvoir d'élever une pure créature au plus haut des cieux. En effet, .avoir été fidèle à Dieu et obéissante à sa parole, autant que l'avait été Marie, c'était beaucoup ; mais ce n'était rien si elle n'eût été humble, et si, faisant pour Dieu tout ce qu'elle faisait, elle n'y avait ajouté, pour surcroît démérite, de n'avoir jamais bu la moindre vue de s'en rien attribuer à ellemême. Car voilà le fonds que Dieu, juste et suprême rémunérateur, crut devoir enrichir dans la personne de cette vierge incomparable, nonseulement des dons de la grâce, mais des trésors immenses de la gloire dont il la mit en possession. Qui le dit ? Marie ellc-mcmc, qui, pleine de l'Esprit de Dieu, s'en rendit authentiquenient le témoignage : Quia respexithumilitatem anciUœ suœ; ecce enim ex hoc beatam me dicent oiuncs generationes » ; Oui, dit-elle, dans le sacré cantique qui, selon saint Ambroise, fut comme l'extase de son humilité, aussi bien que de sa reconnaissance, voilà pourquoi on nrappellcra bienheureuse, et pourquoi, en effet, je le serai, parce que le Seigneur a jeté les yeux sur ma bassesse. Or elle parlait ainsi, reprend saint Ambroise, ayant déjà été saluée par l'ange comme mère de Dieu, ayant déjà été déclarée reine du ciel et de la terre, ayant déjà été remplie de la divinité du Verbe, qui habitait en elle corporeilement ; et l'aveu qu'elle faisait de sa bassesse n'était qu'une expression vive et affectueuse de l'humilité de son cœur : Quia respexit humilitatem ancillœ suce ; parce que le Seigneur a été touché de l'humilité de sa servante, c'est pour cela, et pour cela spécialement, que je serai béatifiée : Ecce enim ex hoc beatam me dicent ; pour cela que le Tout-Puissant]fera éclater en moi toute sa maguificence ; que Celui qui abaisse l'orgueil des superbes prendra plaisir à m'exalter ; et je veux bien le publier et le faire connaîtit, afin que toutes les âmes justes, profitant de cctle confession, sachent qu'il n'y a que l'humilité qui puisse prétendre à la véritable gloire. Qu'est-ce donc, à proprement parler, que l'assouiplion de Marie ? Ne nous contentons plus de dire que c'est le jour de son couronnement et de son triomphe : disons que c'est le couronnement et le triomphe de son humilité: par là nous exprimerons mieux l'intérieur du mystère que nous célébrons, et par là nous répondrons

Luc., i, i8.

mieux à la question qu'auraient pu nous faire aujourd'hui, non-seuloment les hommes grossiers et terrestres, mais les esprits même célestes, à qui l'assomption de Marie fut un sujet lîe surprise et d'admiration. Car les anges mêmes, disait saint Bernard, furent dans une espèce de ravissement, en voyant Marie mouler au ciel avec tant de pompe ; et charmés de la nouveauté de ce spectacle, ils eurent lieu de s'écrier, aussi bien que les compagnes de l'Epouse : Qvœ est ista quœ ascendit de deserto déliais aflhiciis ? Qui est celle-ci qui s'élève de la terre avec cotte affluence de délices et cet éclat de gloire qui l'environne ? Mais on eiit bien pu leur répondre ce que saint Paul répondait dans un sujet pareil, en parlant de l'ascension ôr Fils de Dieu : Quod autem ascendit, quid eut, nisi quia et descendit pritnum'^ ? Yous èles en peine desavoir qui elle est, et pourquoi elle monte; mais souvenez-vous que c'est elle qui, clant la plus sainte et la plus parfaite de toutes les créatures, ne s'est jamais considérée que comme la dernière des servantes de Dieu ; et sachez qu'elle ne s'élève au-dessus de tous les êtres, que parce qu'elle est descendue par son humilité profonde jusque dans le centre de son néant : Quod autem ascendit, cjuid est, nisi quia et descendit ? N'en cherchez point d'autre raison que celle-là. Cette humilité héroïque, qui a été la vertu prédominante de Marie ; ce détachement d'ellemême, sur lequel elle a fondé tout l'édifice de sa sainteté; ce renoncement à toutes les vanités du siècle, dont elle a fait, dès ses plus tendres années, une si solennelle profession ; cette vie cachée, dans laquelle elle a su se renfermer ; cette horreur sincère qu'elle a eue des louanges mèiue les plus véritables ; ce trouble dont elle fut saisie, en entendant celles que lui donnait un ange de la part Dieu ; cette disposition si admirable qu'elle a témoignée à rechercher en toutes choses son propre abaissement ; à vouloir bien paraître pécheresse, quoiqu'elle fût toute sainte; à vivre dans les rigueurs de la pénitence, quoiqu'elle n'eût jamais perdu l'innocence ; à se purifier comme les autres femmes, quoiqu'elle fût la pureté même ; à se soumettre à la loi, quoiqu'elle fût au-dessus de toute loi ; cette vue de son néant, qui, dans les hautes communications qu'elle avait avec Dieu, était comme le contre-poids des faveurs qu'elle recevait de lui ; ce soin de glorifier le Seigneur, à mesure que le Seigneur opérait en elle de plus grandes merveilles; cette humilité enfin, qui n'avait jamais été vue sur la terre, et dont Marie était

I Epbef., iT, 9.

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l'unique exemple, c'est-à-dire celle humilité jointe h la plénitude de la grâce, jointe à la plénitude du mérite, jointe à la plénitude des honneurs, voilà ce que Dieu a estimé, et ce qui l'a déterminé à placer Marie dans un rang sublime : Quia respexit humilitatem ancillœ suœ; ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes- Mais encore, me direz- vous, le Sauveur du monde, qui, comme parle l'Evangile, avait reçu de son Père le pouvoir de juger, et par conséquent de récompenser, en béatifiant et en couronnant îlarie, ne considéra-t-il en aucune sorte qu'elle était sa mère? ne donna-t-il rien à la tendresse qu'il avait eue et qu'il conseï va toujom's pour elle ?.\on, répondent les Pères ; et la raison qu'ils en appc"*cnt est convaincante : parce qu'il est certain que le Sauveur du monde, en béalifiantet en couronnant Marie, n'agissait pas en fils ni en homme, mais en Dieu et en juge souverain. Or, en tout ce qui était immédiatement de la juridiction et du ressort de la divinité, le grand principe de cet Homme-Dieu fut de n'avoir jamais d'égard à la chair et au sang. De Là vient que, quand Marie le pria de faire un miracle aux noces de Cana, bien loin de marquer qu'il eût en cela pour elle de la déférence, il parut la traiter avec une espèce de rigueur, en lui répondant que, pour ces sortes d'actions absolument et essentiellement divines, comme celle-là, il n'y avait rien de commun entre lui et elle : Quid milti et tibi est, miiUer i ? De là vient qu'à l'âge de douze ans, s' étant séparé d'elle dans le temple, où elle le retrouva trois jours après au milieu des docteurs, bien loin de se montrer sensible à la douleur (pi'elle avait eue de cette séparation, il la reprit en quelque sorte du reproche qu'elle lui en faisait, et sembla même s'en offenser, parce qu'elle devait savoir, lui dit-il, qu'il était alors occupé à ce qui était du service de son Père : Qakl estquod me quœrebatis? nesciebatis quia in his quœ Patris mei sunt, oportet me esss 2? De là vient que Marie elle-même s'étant un jour présentée pour lui parler, pendant qu'il annonçait au peuple le royaume de Dieu, et un des assistanis lui ayant dit : Voilà votre mère, il déclara qu'il ne reconnaissait pour mère et pour ft'ères que ceux qui faisaient la volonté de son Père céleste : Quw est mater men,etquisunl fratres met ?...Quicumque fecerit roliintatem Palris mei qui in cœlisest, ipse meus [rater... et mater est 3. De là vient que, sur la croix où, comme souverain |)ontife, il offrait à Dieu le sacrilice de la rédemption des hommes, voulant recommander à Maiie un de

' Joan., n,4. — ' Luc, ii, 49. — s Matth. .\ii, 43, î""'

ses disciples, il ne l'honora pas du nom de mèrer mais il l'appela simplement Femme : Millier, ecce filius tuus^. Or, s'il en usa de la sorte même durant sa vie mortelle, et pendant qu'il était encore soumis à Marie, beaucoup plus, reprend saint Chrysostome, en dut-il ainsi user lorsque» assis à la droite de son Père, il rendit justice à Marie, et la mit en possession de la gloire qi4 lui était réservée. Car ce fut là, je fe répète, qu'il décida en souverain et en Dieu, et non pas ea homme, et lui-même il s'était expliqué que, comme homme, il ne pouvait rien à ce tril)unal en faveur des siens : Sedere autem ad dexteram meam rel sinistra^n, non est mev.m dure vobisK Il eut donc encore égard aux méiitcs que Marie avait acquis, et non pas aux lities d'honneur qu'elle avait possédés ; et jusque dans !a sentence qu'il prononça à celte reine des vierges, au moment qu'il la couronna, il soutint le glorieux caractère que l'Ecriture lui attribue, de n'avoir fait acception de personne, mais de rendie à chacun selon ses œuvi'es : Non est personarum acceptor ûeus 3. Tel est le raisonnement de saint Chrysostome, fondé sur les maximes éternelle» de la prédestination de Dieu.

Mais voici du reste, mes chers auditeurs, ce qui l'adoucit, et ce qui servira en même temps à confirmer la vérité que je vous prêche. Car j'ajoute que, sans déroger aux lois de cette justice rigoureuse, le Fils de Dieu, agissinU comme souverain et comme Dieu, a néanmoins, dans un autre sens, traité Marie avec toute la distinction qu'elle pouvait attendre de lui en qualité de mère ; et je disque, sans préjudice des divins décrets auquels la prédestination de l'homme est attacbée, l'avantage qu'a eu Marie d'être mère de cet Homme-Dieu n'a pas laissé de contribuer à sa béatitude. Je m'explique. En quoi le FUs de Dieu, agissant comme souverain et comme Dieu, a-t-il considéré Marie, et l'a-t-il distinguée comme sa mère ? en ce qu'il lui a préparé dans cette vue des grâces spéciales, des grâces extraordinaires et abondautes, dont elle a rempli la mesure par sa fidélité, et qui lui ont fait acquérir tant de mérites dont ellfi a reçu la récompense. Et en quoi l'avantage qu'a eu Marie d'être la Mère de Dieu a-t-i! centribué à sa béatitude ? en ce que sa maternité a rehaussé le prix de son humilité, et que son humilité devait être le fondement de son élévation. Cependant la proposition que j'ai avancée subsiste toujours, savoir, que la cause prochaine de la béatitude de Marie n'a point été précisément sa qualité de mère de Dieu, mais sa fidélité d'uae

' Joan., xix,26. — ' Matth., lï, 23. — ' Act., i, Si.

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part, etsonhumililé ilerautre. Vérité si constante (permettez-moi. Vierge sainte, cie taire ici une supposition qui ne peut tourner qu'à votre gloire, puisqu'elle marquera encore mieux et la souveraine équité du jugement de Dieu, en vous plaçant sur le trône au moment de votre assomption, et le mérite inestimable de votre parfaite coopération à la grâce), vérité si constante que si Marie, après avoir conçu le Verbe de Dieu, n'eût pas été obéissante à sa parole, et se lût oubliée jusqu'à se complaire en elle-même et à présumer d'elle-même, quoique mère de Dieu, elle ne jouirait pas de la félicité et de la gloire où elle est parvenue : pourquoi ? parce iju'avcc cette auguste maternité, Dieu n'eût jias trouvé dans elle le caractère de ses élus, qui est la justice et la sainteté. Comme au contraire, si Marie, sans avoir couçu le Verbe de Dieu, eût été ou eût pu être aussi obéissante et aussi humble qu'elle le faî, aussi sainte et aussi tiùèle, aussi consommée en vertu et aussi pleine de mérites, j'ose dire que, sans être mère de Dieu, elle serait aussi élevée qu'elle l'est'dansla gloire et aussi procbc du trône de Dieu.

Or voilîi, clirélions, ce que j'appelle le motif et l'attrait de notre espérance. Car, si Marie n était dans la gloire que parce qu'elle a été la Mère du Rédempteur, ce serait pour nous une raison de l'honorer, de la révérer, et de célébrer avec des sentiments de respect et de religion le jour solennel de son triomphe ; mais en tout cela il n'y aurait rien par où noire espérance put être excitée. Quelque admiration que nous eussions pour celte vierge, la voyant monter au ciel, il ne nous serait pas permis de prétendre y monter après elle ; et les désirs mêmes que nous en formerions seraient aussi chimériques et aussi vains que téméraires et présomptueux. Mais quand je considère qu'elle n'y u)onle que par un chemin qui m'est ouvert aussi bien qu'à elle ; quand je fais réflexion que les mêmes voies qui l'ont conduite à ce souverain bonheur, sont celles que Dieu m'a marquées pour y arriver ; quand je me représente que Marie n'est entrée dans la joie de son Seigneur qu'en vertu de cette parole, qui ne me regarde pas moins qu'elle : Com-age, bon et fidèle serviteur : Eiifje, serve bone et fidelis... intra ingaudium (loinnn tut i ; quand je pense que la loi selon laquelle Dieu, faisant justice à Marie, a relevé les abaissements volontaires de son humilité, n'a point été une loi particulière pour cette vierge, mais une loi universelle pour tous les hommes. Quiconque s'humilie sera exalté :

Malth.. ixT,21.

Omnix... qui se humiliât, exnilahitvr i; quand je me (lis à moi-même que tous les droits qu'eut Marie à cette gloire dont elle est comblée peuvent, par proi)ortion, et doivent me convenir, si je veux profiter de son exemple : ah ! chrétiens, je sens alors mon cœur s'élever au-dessus des choses terrestres, et je commence à découvrir, mais d'une manière sensible, nou-seulement la vanilé de toute la gloire du monde, non-seulement l'inutilité des vertus purement humaines, qui font le mérite et la perfection des sages du monde, mais (ce qu'il m'importait bien plus de savoir) l'insufllsance même de certains dons, quoique d'un ordre surnaturel, dont je pourrais peut être me flatter devant Dieu et sur lesquels j'établirais une fausse confiance en Dieu. Or, en découvrant de la sorte mon aveuglement et mes erreurs, dans un mystère où toutes les lumières de la foi se présentent pour m'éclairer, je m'instruis moi-même, je me redresse moi-même, je m'encourage moi-même, je me reproche mes tiédeurs, je déplore mes relâchements, je renonce à mon orgueil, je m'attache à Thumilité, qui est la vertu des âmes prédestinées ; tout cela par le mouvement de cette espérance chrétienne que m'inspire la solennité de ce jour ; et voit;'', les fruits de bénédiction et de sanctification que l'Esprit de Dieu y a renfermés pour nous. Oui, mes chers auditeurs, animé de cette espérance dont le juste vit, et qui est la ressource du pécheur, j'oublie, selon la maxime de l'Apôfre, les choses de la terre, pour ciiercher uniquement les choses du ciel, où la Reine des vierges est assise, non pas comme Jésus-Christ h la droite de Dieu, mais immédiatement au-dessous de Dieu, et absolument au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu, Animé de cette espéran ce, je goûte les biens éternels, je les désire, je soupire après eux ; et, piqué d'une sainte émulation, je redouble mes efforts pour suivre les traces de Marie, et pour atteindre au même terme. Car voici les leçons que je me fais, en me la proposant comme le modèle sur lequel je me dois former: Je puis, selon la mesure des grâces que je reçois, être fidèle à mon Dieu comme l'a été Marie ; je puis, selon l'étendue des desseins que Dieu a sur moi, accomplir ses ordres comme les a accomplis Marie ; je puis écouter la parole de Dieu qui m'est annoncée, avec le mène esprit et la même docilité que l'a écoutée Jrarie ; je puis obéir à la voix intérieure qui me parle, avec la môme promptitude que Marie. Quoique je ne sois pas destiné à de si grandes choses que

' Luc, XIV, 11.

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Marie, je puis, en l'imitant, sanctifier mes actions, mes occupations, mes afîoclions, en sorte que j'aie droit comme elle de dire au moment (te la mort : Bomim certamen certain i ; J'ai combattu, j'ai rempli ma course, j'ai gardé la foi, et il ne me reste plus que d'attendre la couronne de justice qui m'est réservée : In reliquo reposita est milii coroua justitiœ 2. Dieu ne m'a pas confié autant de talents qu'à Marie ; mais il m'a assuré, dans son Evangile, qu'il me suffirait d'avoir été fidèle en peu de choses, pour recevoir beaucoup -.Quia super pauca fuisti fidelis, svper multa te constituam'^. ie ne puis égaler Marie, ni être aussi riche en mérites, mais je puis m'humilier comme elle ; et, môme en me comparant à elle, mon indignité peut et doit être en moi le fonds d'une plus grande humilité. Je suis pécheur, mais je puis réparer, par la pénitence, les pertes que j'ai faites en pcrdaut l'innocence. Si je ne suis rien dans le monde, je puis aimer, comme Marie, une vie obscure et cachée en Dieu ; et si j'ai dans le monde quelque avantage, je puis, à l'exemple de Marie, ne m'en servir que pour en faiie hommage à Dieu : voilà, dis-je, ce qui soutient mon espérance ; mais ce n'est pas tout.

Car celle même gloire de Marie, fondée sur son humilité et sur sa fidélité à la grâce de Jésus- Christ, m'apprend, par une règle toute contraire, ce que je dois penser et espérer de tout le reste. Et en effet, c'est par là que je conçois un saint mépris pour tout ce qui s'appelle distinction, élévation selon le monde : fausse grandeur que Dieu réprouve, et qu'il conlond tous les jours, parce qu'elle est presque toujours ou le fruit, ou la cause de l'iniquité ; au lieu que celle de Marie a été purement et uniquement la récompense de la sainteté. C'est par là qne je reconnais le faible, ou plutôt le néant de je ne sais combien de vertus mondaines dont les enfants du siècle se glorifient, et qui font la matière de leurs éloges, mais qui ne seront jamais de nul prix pour le salut éternel. C'est par là même que je me détrompe (\e cette erreur si pernicieuse et si commune, de croire que Dieu, dans le discernement et le jugement qu'il fait de ses élus, ait égard à certaines grâces, qui semblent néanmoins d'ailleurs nous devoir être favora lies : par exemple, à l'honneur que j'ai d'ètr chrétien, et en qualité de chrétien, d'être enfan de Dieu. Car, comme raisonne saint Chrysostome, si Dieu, pour glorifier Marie, n'a point considéré qu'elle était la Mère de son Fils, quel fonds dois-je faire sm* ce qu'il est mon Père

> U Tim , IV, 7. — 2 Ibid., 8. — 3 Matlh., xxr, 23.

par adoption, et que je suis du nomnre de ses enfants ? Ce caractère d'enfant de Dieu que j'ai reçu dans le baptême, s'il n'est accompagné e soutenu d'une sainte vie, engagera-t-il Dieu à se relâcher en ma faveur des droits de sa justice, après même que le caractère vénérable de mère de Dieu n'a pas eu ce pouvoir ? et le bonheu que j'ai, comme chrétien, de recevoir Jésus- Christ dans les sacrés mystères, sera-l-ilun titre sur pour lui demander qu'il me donne part à sa gloire, après que l'avantage singulier et le privilège qu'a eu Marie de le recevoir comme mère dans ses chastes entrailles, n'a pu suffire pour la mettre au rang des prédestinés ?

Non, non, nies frères, dit saint Chrysoslome, Dieu n'aura nul égard à tout cela; car toid cela, ce sont des laveurs divines dont il nous demandera compte ; tout cela, ce sont des dons et des grâces dont il nous reprochera le mauvais usage; tout cela, ce sont des fonds d'obligation que nous avons à remplir : mais tout cela précisément, ce ne sont point devant Dieu des mérites dont nous devions nous promettre une récompense. La fidélité et l'humilité, voilà ce qui doit être mis dans la balance où nous serons, un jour pesés : et il était juste, ô mon Dieu, que cela fût ainsi; il était juste que nous ne fussions heureux qu'à proportion que nous vous sommes fidèles, et que nous ne fussions grands devant vous qu'autant que nous sommes humbles. Depuis que vous avez établi deux trônes dans le ciel, l'un pour l'humilité d'un Homme-Dieu, l'autre pour l'humilité d'une vierge mère de Dieu, il était de l'ordre que tous les autres trônes où doivent être assis vos prédestinés eussent le même fondement, et qu'il n'y en eût aucun dont la base principale ne fût une solide, une profonde, une sincère humilité de cœur. Je suis chrétien, doit dire aujourd'hui un homme du monde, persuadé et touché de cette sainte morale : je suis chrétien ; mais c'est pour cela même que Dieu me jugera plus exactement, qu'il me condamnera plus sévèrement, qu'il me punira plus rigoureusement, si, déshonorant ma profession et le nom que je porte, je suis un indigne chrétien. Je suis l'épouse de Jésus-Christ, doit dire une âme religieuse; mais je ne dois point compter pour cela de régner un jour avec celui que j'ai choisi pour mon époux, si je ne joins à cette qualité d'épouse celle d'humble et de fidèle servante : Domine, quis liabitahit in tabernaculotuo, ant quis reqviescet in monte sancto tua ' ? Seigneur, disait le prophète royal, quel est celui qui demeurera dans votre maison, et qui reposera

} Fsalm., XIV, 1,

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dans votre sanctuaire ? Qui ingreditiir sine macula, et operatur fuslitiam ' . Ce sera le juste dont la vie est pure et sans tache ; le juste qui, soumis à voire loi, est irrépréhensible dans sa conduite; le juste qui, détaché du monde, marche dans la voie de vos commandements; le juste qui, tidèle à votre grâce, s'acquitte constamment de ses devoirs et accomplit toute justice- Nulle exception à cette règle. Nous avons vu quel a été le principe de la béatitude de Marie* voyons maintenant quel est le pouvoir que Dieu lui a donné pour nous secourir : c'est le sujet de la seconde nartie.

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