SUR LA NATIVITÉ DE JÉ>US-CIIRIST
DELXIF.ME l'ARTIE.
Non, chréliens, à en jnsier par l'expérience etnarl'événement, jamais Dieu, loul Dieu qu'il esl, n'a donné aux hommes de signe plus efficace, ni d'une plus surprenante vertu, que celui qu'il nous donne dans la naissance de son Fils. Car, malgré les oppositions et les contradictions du monde, ce signe a sanctifié le monde et tons les élats du monde. Miracle dont je ne veux point d'autre preuve que l'étable de Bethléem, puisque c'est là que, malgré l'infidélité du monde, ce signe de l'enfance de Jésus-Christ a rempli les ignorants et les simples de la science de Dieu, et a captivé les sages et les savants sous l'obéissance de la foi; là que, malgré la cupidité du monde, ce signe de la pauvreté de Jésus- Christ a fait aimer aux pauvres leur misère et a détaché les riches de leurs richesses; là que, malgré l'orgueil du monde, ce signe des abaissements de Jésus-Christ a élevé dans l'ordre de la grâce de vils sujets, et a persuadé aux grands et aux puissants du siècle de se faire petils et humbles devant Dieu. Donnons jour à ces pensées. Qu'avez-vous compris, quand j'ai dit le monde sanctifié et sanctifié dans tous ses états, sinon ces changements loul divins, ces effets surnaturelsqu'a opérés la naissance du Fils de Dieu dans toutes les conditions qui partagent le monde, c'est-à-dire !a simplicité éclairée, et la prudence humaineohligéederenonceràscs propres vues ; la pauvreté reconnre pour béatitude, et l'opulence consacrée à la piété et à la religion; la bassesse rendue capable de servir à Dieu d'inslriunent pour les plus grandes choses, et la grandeur soumise à Dieu par la grâce de l'Evanaiile et dévouée au culte de Dieu ? Car ce sont là les merveilles que l'étable de Bethléem nous découvre sensiblement, d'une part dans les piisteurs, et de l'autre dans les mages ; et c'est aussi ce que j'appelle le miracle de la sanctification du monde. Dansles pasteurs, nous vojons des hommes grossiers devenus spirituels et intelligents, et dans les mages, des lioinmes intelligents et spirituels devenus dociles et fidèles; dans les pasteurs, des pauvres glorifiant Dieu et s'i stimant riches, et dans les mages, des riches pauvres de cœur et se dépouillant sans peine de leurs trésors ; dans les pasteurs, des sujets méprisables selon le monde, choisis pour être les premiers apôlres do Jésus-Christ, et dans les mages, des grands de la terre humiliés et prosternés au pied de ce nouveau Messie. Miracle subsistant, qui, de l'étable de Bethléem, s'est répandu par un autre miracle dans tout le monde
chrétien. Miracle qui va vous faire voir la vertu toute-puissante de ce signe paroù l'ange aunoiice aujoui-d'hui la veiuie du Sauveur : Natus est vohis hodte Salvator..,et hocvobis sianum '. Appliquez-vous, mes chers auditeurs ; tout ceci renferme pour nous des inslrucliuns bien solides et biei! importantes.
Des simples et des ignorants (car puisque Jésus-Christ dans le mystère de ce jour leur a donné la préférence eulesuppelaullespiemicrs à son berceau, il est juste de commencer par eux), des simples éclairés de Dieu, des pauvres glorifiant Dieu, et dans leur condition s'estimant riches, c'est ce qui paraît dans les pasteurs, et ce que le signe de la pauvreté de Jésus-Christ opéra divinement dans leurs personnes. Ils passaient la nuit, dit l'évangéliste, à garder leurs troupeaux, lorsque tout à coup ils se trouvent investis d'une lumière céleste qui les fiappe : Et durilas Dei circiimfuhit illos 2. Pénétrés decelte lumière, et intérieurement émus, ils se disent l'un à l'autre : Allons, voyons ce qui est arrivé, et insiraisons-nous deceque le Seigneur veutici nous faire connaître. Ils viennent à Bethléem, ils entrent dans l'é'able, ils aperçoivent l'enfant dans la crèche; et, à la vue de ce signe, ils comprennent que c'est le Verbe de Dieu, ce Verbe incréé, mais fait homme pour sauver les hom. mes : Vldentes cognoverunt de Verbo qtiod dktum eralillts de pueroJioc *. Prenez garde, s'il vous plait : ce figue de la crèche ne les trouble point, ne les rebute point, ne les scandalise point ; au contraire, c'est par là qu'ils discernent le donde Dieu ; c'est par ce signe qu'ils se sentent excités à bénir le Ciel. Car ils regardent ce Dieu naissant, non-ieulement comme leur consolation, mais comme leur gloire ; ils se tiennent honorés de lui être semblables, et ils découvrent en lui leur bonheur et les péiogativcs infinies de leur condition. Touchés donc de ce signe, ils adorent dans Jésus-Christ la pauvreté, qui jusque-là avait été le sujet de leurs chagrins et de leurs ijluintes. Ils s'en retournent comblés de joie, contents dece qu'ils sont, déplorant le sort des riches de Jérusalem, bien loin de l'envier ; heureux en qualité de pauvres d'être les élus d'un Dieu pauvre comme eux, et les prémices de sa rédemption : Et rerersi siait (jlorificantes et Ittudnntes Deiim *. Ce n'est point encore assez pour eux de l'avoir connu, ce Dieu pauvre ; ils l'annoncent de toutes parts ; ils publient les merveilles de sa naissance, et tous ceux qui les écoutent en sont surpris et ravis : El omîtes qui
> Luc, 11. It, 12. — ' IbU., 9. — i Ibid , 17. — < Ibld., 30.