SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CIIRIST
aiiiUcnint, mvalisunt '. Qn'cst-ce que tout cola? demaiiJe sainl Clirjsostome ; par où ces bergers (hius tin nioinenl sont-ils (leveiuissi intelligents et si spirituels? d'où leur esl venu ce don de pcuélralion, cette science ue Dieu dont ils sont remplis? coniment l'ont-ils si lût acquise» et où onl-ils appris le secret de la communiquer si aisément et si parfaitement aux autres? Ah! mes Iriires, reconnaissons ici la Providence, et rendons-lui, avec des cœurs dociles, les liomma^ics de notre loi : tout cela est le merveilleux effet de la crèche du Sauveur, et voici comment : com(»ri>ncz et goûtez cette nioralilé, si essentielle au chrislianisme que vous protessez.
La pau\reté, dit saint Bernard, abondait sur la terre; ::ais on n'en sav;iit pas le pri>i ; et c'était de là ncanmoins que dépendait le salut de la plus grande partie du monde, puisque, dans l'ordre des conseils de Dieu, la pins grande partie du monde devait avoir la pauvreté pour partage. Que lait Jésus-Christ? il vient apprendre au monde à l'estimer : cette pauvreté était un trésor caché que chacun possédait sans le connaître, ou, pour mieux dire, que les hommes tout mondains et tout charnels possédaient malgré eux et sans Je vouloir ; il vient leur en donner une juste idée, et leur en montrer la valeur. Et, en effet, à peine a-t-il paru avec les marques précieuses de la pauvreté, que voilà des hounues, (|uoique charnels, persuadés du prix inestimable de ce Irésor, ravis de l'avoir trouvé, prêts à lout quitter pour s'en assurer la possession, louant Dieu d'y être parvenus : Glorificanleset laudcnites Veum 2. Parlons plus clairement. La pauvreté abondait sur la terre, niais, comme ajoute saint Dernard, ce n'était pas celle qui devait béalilier les hommes, ci si-rvir de titre pour riiérilage du royainne de Lieu. Car qu'élail-ce que la pauvreté qui régnait sur la terre? Une pauvreté dont on gém.issait, dont on rougissait, dont on murmurait ; el celle |)ar où l'oii devait entrer dans le royaume de Dieu était au moins une pauvreté acceptée avec soinnission, soufferte avec résignation, converlie par un saint usage en bénédiction : or voilà celle dont le Fils de Dieu lève aujourd'hui l'étendard, eu proposant le signe de sa crèche ; et vous savezavec quelle ardeur et quel zèle cet étendard a été suivi. Donnons encore à ceci un nouvel éclaircissement. Avant Jésiis-Cinisl, on voyait des (lauvres dans le monde ; mais des pauvies, rei'reudsaiid Bernard, qui s'eslimaient malheureux de l'être; des pauvres qui, soiifl'iaut toutes les incommodités de la pauvreté, n'en
I Luc , II, 13. — ï Ibiil., II, 20.
avaientni la vertu ni le mérite, et qui, n'ayant pas les avantages des richesses, en avaient toute la corruption et tout le désonlre ; des pauvres sans humilité, sans piété, souvent sans conscience et sans religion ; des pauvres dont l'indigence et la misère n'empêchaient pas le hbv^'rtinage desmœurs, et qu'ellerendaitau contraire plus vicieux el plus dissolus ; en un mot, (ies pauvres réprouvés de Dieu par l'abus qu'ils faisaient de la pauvreté même. Voilà de quoi le monde était plein ; et il fallait, pour sanctifier le monde, des pauvres d'un caiactère tout différeid ; c'est-à dire des pauvres aimant leur pauvreté, profitant delenr pauvreté, honorant Dieu, et remerciant Dieu dans leur pauvreté ;des pauvres en qui la pauvreté fût le fond d'une vie pure et iunocenle ; des pauvres appliqués à leurs devoirs, vigilanls, fervents, laborieux ; des pauvres dont la religion lit respecter la condition, et dont la condition fût un état avantageux pour la religion. Or,gràccs à celui dont nous célébrons la naissance, c'est par la vertu de sa crèche oiie le monde a vu de semblables pauvres ; et l'on peut dire que par là ce signe de la crèche a changé la face du monde, puisque partout où il a été reconnu, la pauvreté, changeant de nai;u'e et de qualilé, a rempli le monde de justes, de saints, de prédeslinés ; au lieu qu'aupara\ant elle le remplissait d'hommes inutiles, d'honiiiies vagabonds, et souvent de scélérats.
Sortons de l'étable de Bethléem,; et par ;ine aulre preuve encore plus touchante, convainquons-noti-s de celte vérité. Qui a fait dans l'iiglise de Dieu tant de pauvres volontaires, dont la sainteté, au.ssi bien que la profession, est encore de nos Jours roruement du chrislianisme? La vue de la crèche de Jésus-Christ : voilà ce qui a peuplé le monde chrétien de ces i)auvres évangéliques, qui, par un esprit de foi, se sont tint un bonheur et un mérite de quiller tout et de se dépouiller de tout. Le monde profane les a traités de fous et d'insensés; mais en vue de cette crèche, ils ont tenu à honneur d'êlrc réputés fous et insensés dans l'idée du monde proiane, pourvu qu'ils eussent l'avantage d'être en cela même pins conformes à ce Dieu naissant. Des millions de fidèles, d'opulenis qu'ils étaient, ont renoncé, pour le suivre, à toute la fortune du siècle; des hommes comblés de biens ont, à l'exemple de Moïse, préféré les misères de ce Dieu Sauveur et celles de son peu [île, à toutes les richesses de l'Egypte ; des vierges illustres |)ar leur sang, ont sacrifié, pour devenir ses épouses, les plus grandes espérances ; des princesses, pour se rendre dans sa maison d'huui-
SUn T,A NATIVITÉ DE JftSrS-Cfîflî.ST.
blés scrvanles, ont abandonné toutes leurs pi tit'^rrtioiis et tous leurs dro'ts. Tel est le miracle dont nous sommes témoins, et, malgré l'iniquité du monde, ce miracle subsistera jusqu'à la fin des siècles ; c'est-à-dire jusqu'à la fia des siècles il y aura des pauvres parfaits, des pauvres héritiers du royaume céleste, et cohéritiers du Dieu pauvre qui est venu leur en tracer le chemin et les y appeler.
Peuples qui m'écoutez, voilà ce qui doit vous remplir d'une confiance chrétienne et vous consoler : vous professez une religion qui relève voire bassesse, qui honore votre pauvreté, qui bci;lifie vos misères , et qui vous en découvre les avantages dans la personne de voire Dieu. Vous êtes peu de chose selon le moule; mais c'est par là même qu'il ne tient qu'à vous d'èti'e les sujets les plus propres an royaume de Dieu, puisque Dieu se plaît à répandre sur vous les richesses de sa grâce. Si vous connaissiez le don précieux que vous possédez et qui est en vous, si vous saviez estimer votre pauvreté ce qu'elle vanl, vous ne penseriez qu'à bénir le Cie! ; et, vous félicitant vous-mêmes de la conformité de votie étal avec l'état Jésus-Christ, vous goûteriez sensiblement ce que votre infidélité a tantdepeineà comprendre et peut- être à croire, je veux dire le bonheur et le prix de votre condition.
Au contraire, grands du monde, sages du monde, riches et puissants du monde, voilà votre huniilialion, et ce qui doit vous faire marcher dans voie de la Dieu avec crainte et avec tremblement. Vous adorez un Dieu qui , se faisant homme, n'a rien voulu être de ce que vous êtes ; et qui, par un dessein particulier, a atïceté d'être tout ce que vous n'êtes pas ; un Dieu qui, venant au monde, a méprisé toute la gi.iiiueur et toute la prospérité humaine, les rogMi dent comuie des obslacles à la fin de sa mission ; un Dieu qui dans celle vue a appelé les (liiuvres et les petits préférablement à vous, et qui par là (oserais-je me servir de ce terme, si je n'avais de quoi vous l'adoucir ? ), qui, disje, par là semblerait presque vous avoii dédaignés ; car , en qualité de prédicateurs de l'i^^vaugile, nous ne pouvons, mes frères, disait sain! Cj|irien, quelque zèle et même quelque respei t (|tie nou» ayons pour vos personnes, vous (lissiuuder cette \éritô allligcante ; mais écoulez-moi, et comprenez-en bii^n l'adoucissement. Car il n'est point absoliunent vrai que ce Dieu pauvre ait en effet rebuté ni dédaigné la grandeui- du monde ; et j'avance même que, bien loin de la déd ligner, il a eu dans sa nais-
sance des égards mur elle, jusqu'à la rechercher et à se l'attirer; mais c'est ici que je connais encoie la vertu miraculeusa du signe de la crèche, et que j'adove les couseils de Dieu. Comme la vertu de ce signe a para dans b^s petits, en les élevant aux iilus hautùs fonctions de l'apostolat; dans les simples, en les éclairant des plis vives lumières de la foi ; dans les pauvres, en li s enrichissant des plus ju'écieux dons de la grâce : aussi, par un antre prodige, ce mime signe de la crèche a-t-il fait paraître sa ^crln dans les grands, en les réduisant à s'abaisser devant Jésus-Cbrisl; dans les sages, en les souîneftani à la simplicité de la foi; dans les riches, en les détachant de leurs richesses, et les rcnda nt pauvres de cœur. Ces! de quoi nous avons la -preuve dans rexemjjle des mages, mais une preuve à laquelle je délie les cœurs les plus endurci-; de résister, s'ils s'appliquent à en sentir toute la force. Car Jésus-GIn-ist naît dans la Judée; et des mages, c'est-à-dire des hommes savants, des puissants, des opulents du siècle, du rois môme viennent des extrémités de l'orient pour le chercher. Après avoir abandonné pour cela leurs Etals, après avoir supporté les fatigues d'un long voyage, après avoir essuyé mille dangers, ils arrivent à Bethléem, ils entrent dans l'élable, et là q;ie li'ouvent-ils ? Un enfant couché dans une crèche. Mais cet enfant, est-ce donc le Dieu qu'ilssont venusrcconnaitre? Oui, chrétiens, c'est lui-même; et c'est justement à ce signe de la crèche qu'ils le reconnaissent. Sans délibérer, sans examiner, dès qu'ils l'aperçoivent, ils se prosterner.t devant lui ; et non contents de lui sacrifierleurs trésors en les lui oflrant, ils luisaciilicnt leur raison en l'adorant.
Ah ! chrétiens, achevons de nous instruire dans cet excellent modèle que Dieu nous propose. 11 est vrai, les mages ne voient qu'une crèche et qu'un enfant; mais c'est la merveille de Dieu, que ce signe de l'etif mce et de l,i crèche de Jésus-Cin-ist ail assez de pouvoir sur leurs esprits pour leur faire adorer dans cet enfant ce qui semble moins digne de leurs adorations, qu'il fas-e assez d'impression sur leurs cœurs pour en arracher dans un moment les passions les plus vives et les plus eniacinées, et qu'il soit assez effi. cace pourles humilier souslejougde la foi. Après cela, ilouterons-nousquece signene soit le signe du Dieu Sauveur ? Je prétends que ce seul miracle de la conversion des mages en est un témoignage plus éclatant que tout ce q.ie Jésus-Christ fera jamais ; et que les aveugljs-nés guéris, que les morts de quatre jours ressuscites, ne seront point des signes i^l - ttidîuviliques de sa divinité
SUR TA nativît:'; de Jésus -cur.isT.
et de sa mission que ce qui paraît dans l'claMe de Betlilcem, c'est-à-dire que des grands du monde, que des riclies du monde, que des saçjes du monde, soumis à l'empire de Dieu. C'est un grand miracle que des hommes simples et ignoiants, comme les pasteurs, parviennent tout à coup à la connaissance des plus hauts mystères, et soient remplis des lumières divines; mais un miracle sans contredit encore plus grand, c'est que des hommes versés dans les sciences humaines et adorateurs de leur fausse prudence y renoncent -ym- ne plus suivre que les vues obscures de la foi. Car enlre la sagesse du monde et l'obéissance de la foi, il y a bien plus d'oppofition qu'entre la simplicité de l'espril et les lumières du Ciel, puisque Dieu prend plaisir à secommuniquer aux simples : Et ciim simplicihus sern.ocinutw cjus^. Quand donc je vois des bergers éclairés de Dieu, connaissant le Verbe fait chair, et l'annonçant, le glorifiant, j'en suis moins surpris, parce que ce sont là les voies ordinaires de la Providence ; mais au contraire, la sagesse du monde étant si opposée aux révélations de Dieu, voulant raisonner sur tout, voulant avoir l'évidence de tout, voulant décider de tout selon ses vues, ce qui m'étonne, c'est de la voir si docile dans les mages et si souple. Frappé de ce changement, j'étends, s'il m'est permis, la proposition de Jésus-Christ, lors(|u'il disait à son Père : Coufiteor tibi, Pater... quia abscondisti hœc a saiiientibus et prudentibus, et revelasti ea parvulis 2 ; Je vous bénis, mon Père, de ce que vous avez cadié toutes ces choses aux sages et aux prudents du siècle, pour les révéler aux petits. Car je dis à L)ieu : Soyez éternellement béni. Seigneur, de les avoir révélées aux savants et aux sages ' et quand je le dis ainsi, je ne détruis en aucune manière la parole du Fils de Dieu, puiscpi'il a fallu, pour recevoir celle foi et pour croire ces ineffables mystères, que lessavanlset les sagi'S soient devenus [)etits comme les enfants : Et revelnsli ea parvulis.
C'est un grand miracle que des pauvres, tels qu'étaient les pasteurs, apprennent à estimer la pauvreté, jusqu'à s'en faire un bonheur et uu sujet d'action de grâces ; mais un miracle sans doute encore plus grand, c'est que des riches se détachent de leurs richesses, et deviennent pauvres de cœur : car il est bien plus diilicile d'allier ensemble l'opulence et la pauvreté de cœur, que cette même pauvreté de cœur et une pauvreté réelle et véritable. Que des bergers donc, nés dans la disette, accoutumés à vivre dans l'indigence et à manquer des conunodilés de la vie,
I Proï. m, 3J, — ' Matlh., x', 26.
se bornent àleur état et en soient contents, c'est ce que j'ai moins de peine à comprendre ; mais la possession des richesses étant un poison si subtil pour corrompre le cœur, et une amorce si puissante pour le surprendre et pour l'attacher, que les mages, je veux dire, que des riches éteignent dans eux toute affection à ces biens trompeurs et enchanteurs; qu'ils déposent leurs trésors aux pieds de Jésus-Christ pour l'en rendre maître, et qu'ils consentent à n'avoir plus désormais, s'il le faut, d'autre héritage sur ia terre que sa pauvreté; qu'au moins dans leur estime ils la piéfèrenl, cette pauvreté chrétienne, à toute la fortune du monde; c'est ce que je ne puis assez admirer. Touché de ce prodige, je m'adresse à vous, riches, et je ne vous dis plus, comme saint Jacques : Tremblez, gémissez, déplurezie malheur de votre état : Açiito nunc, divites; plorate ululantes in miu^eriis vatris ' ; mais je vous dis : Prenez conliance, el consolez- vous; car Jésus-Christ est venuappetei et sauver les riches aussi bien que les pauvr*:s Mais du reste, quels riches ? observez-le bien, ^' voilà en quoi ce que je dis s'accorde parfaitement avec ce que dit ce saint apôtre. Car ces richesque Jésus-Christ reçoit à sa suite, et à qui il destine sa gloire, ce sont des riches détrompés du vain éclat des richesses, des riches prêts à iui sacrifier toutes leurs richesses, des riches pauvres de volonté et en esprit, et disposés, qu-tud il lui plaira, à l'être pour lui et comme lui, réellement et en effet.
C'est un grand miracle que, malgré la bassesse de leur condition. Dieu ait suscité les pasteurs pour être comme les premiers apôtres dK Messie, et pour publier dans le monde sa venue; mais un miracle encore bien plus grand, c'est que, malgré l'orgueil presque inséparable de la puissauce humaine. Dieu dans les mages ait inspiré aux puissants du siècle tous les sentiments de la vraie liumilité; car l'humilité dans la grandeur est le chef-d'œuvre de la grâce. Ainsi, sans me contenter de vous dire, avec Tapùtre saint Paul, que Dieu a choisi les faibles pour confondre les forts, et les petits pour humilier les grands : Infirma mundi elegit Deus ut confuH'lat furtia 2; je puis ajouter qu'il a pareillement choisi les forts pour instruire les laioles, et les grands pom' servir de modèle aux petits. Mais du reste, quels grands ? prenez garde ; voici l'éclaircissement de ma pensée, et par où elle convient avec celle du maître des gentils : des grauds descendus volontairement, et par leur choix, au rang des petits ; des grands
'Jac, v.J.— ICor.. i, 27.
Sun LA NATIVITÉ D''. ! ! US-CIilliST.
nrévcnusd'un saint mépris pour toute la pompe qui les environne, et plii'^ petits ;i leurs yeux qu'ils ne sont grands devant les homniis; des grands qui ne prisent leur grandeur qu'autant qu'elle peut servir à s'abaisser plus profondément aux pieds de l'Hommc-Dieu; des grands jaloux, non de leur gloiri-, mais de la gloire de Dieu; préparés à tout entreprendre, non pour dominer, mais pour obéir à Dieu ; non pour se laire lionorer et craindre, mais pour (aire honorer et craindr-i Dieu , non pour se cherclier eux-mêmes et leurs propres avantages, mais pour maintenir les droits et les intérêts de Dieu. Voilà, mes cliers auditeurs, ce qu'a pu opérer le signe de la crèche, et ce qu'il doit encore opérer dans chacun de vous, si vous voulez que ce soit s>our vous un signe de salut : il laut qu'il corrige toutes vos erreurs, et qu'il vous fasse prendre Jes maximes toutes contraires à la sagesse du monde; il faut qu'il amortisse le feu de cette avare convoitise qui vous consume, et qu'il vous dégage de toute attache aux biens périssubl.s du monde; il faut qu'il réprime vos ambitieux désirs, et qu'il bannisse de votre cœur toutes les vanités et tout le faste du niQude. Autrenieut, craignez la vertu de ce signe, bien loin d'y mettre voire confiance; car ce signe de salut, pour les autres, ne pourrait être pour vous qu'un signe de réprobation : signe vénérable et tout divin, en quoi consiste le cHVactçre propre du clu isiianisme, et par où d'abord il s'est lait connaître. Mais grâces soient rendues au Dieu immortel qui nous fait voir encore aujourd'hui, pour notre consolation, ce signe respecté, révéré, adoré par le premier roi du monde ; je veux dire qui nous l'ait voit le premier roi du monde fidèle à Jésus-Christ, déclaré pour Jésus-Christ, saintement occupé à étendre la gloire de Jésus -Christ, et à combattre les ennemis de son Eglise et de sa foi. L'hérésie abattue, l'impiété réprimée, le duel aboli, le sacrilège recherché et hautement, vengé, tant d'autres monstres dont Votre Majesté, Sire, a purgé la France, et qu'elle a bannis de sa cour, en seront dëlcrnelles preuves. Le dirai-je néanmoins? et pourquoi ne le dirai-je |)as, puisqu'il y va des intérêts du Seigneur, et que je parle devant un roi à qui les intérêts du Seigneur sont si chers? de ces monstres que Votre Majesté poursuit, et contre qui elle a déjà si heureusement employé son autorité royale, il eu reste
encore. Sire, qui demandent votre zèle et tout olre zèle. L'Ecritiu'c me défend de les nommer; mais il mo suffit que Votre Majesté les connaisse et qu'elle les déteste. Elle peut tout, et la seule horreur qu'elle en a conçue sera plus efficace que toutes les lois pour en arrêter le cours. Ils ne soutiendront pas sa disgrâce, ni le ' poids de son inliguation ; et qu and elle voudra, ces vices honteux au nom chrétien cesseront d'outrager Dieu et de scandaliser les hommes. C'est pour cela. Sire, que le Ciel vous a placé sur le trône ; c'est pour cela qu'il a versé si abondamment sur votre personne sacrée les dons de force, de sagesse, de piété, qui vous distinguent entre tous les monarques de l'uni vers ; mais c'est par là même aussi que Votre Majesté attirera sur elle toutes les bénédiciTons dont Dieu récompensa autrefois la religion de David : car je le protégerai, dit le Seigneur, parlant de ce saint roi, je l'appuierai; ma main s'étendra pour le secourir, et mon bras le lorlifiera; j'exteraiinerai ses ennemis de devant ses yeux, toutes ses entreprises réussiront, enfin j'en ferai mon fils aine, et je relèverai audessus de tous les rois de la terre : Et ego primogenitum jwnam illun, excelsum prœ regibus terrtz i ; oracle accompli dans Votre Majesté, encore plus visiblement que dans le religieux prince en faveur du.piel il fut d'abord prononcé. Nous n'en doutons point, Sire : voilà d'où sont venus et d'où viennent sans interruption ces prospérités et ces succès qui ont étonné toute l'Europe, et doiit le bruit s'est répandu jusques aux extrémités de la terre. A ces succès, ô mon Dieu, à ces prospérités passées, vous en ajouterez de nouvelles : vous bénirez toujours un roi dont le premier soin est de vous honorer et de vous servir, dont le souhait le plus ardent est de faire de sa cour une cour chrétienne, de son royaume un royaume chrétien, et du monde même, s'il en était mdtre, un monde chiêiien. Ainsi pourrez-vous. Sire, attendre tout d'un Dieu à qui vous donnez tous les joui-s des marijues si sensibles de votre piélé, et qui tous les jours vous domie des marques si éclatantes de sa protection. Il n'en demeurera pas là; l'avenir répondra au [)assé, et l'éternité bienheureuse mettra le comble à de longues et glorieuses années, c'est ce que je vous souhaite, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
> r&ïlm., LxxxTui, 28.
SUR LA CmCOIVGISION DE JÉSUS-CHRIST. 15
SERJiON SUR LA CIRCONCISION DE JESUS-CfllilST
• ANALYSE
SuJST. Lorsque le huitième jour fat arrivé où l'enfant démit être circoncis, on le nomma Jésus, ainsi que l'ange l'avait marqué avant qu'il eût été conçu dans le sein de Marie, sa altère.
Pourquoi aiteml-on que l'enlaQt soit circoncis pour lui donner le nom de Jésus, c'esl-à-dire de Sauveur ? et quel rapport le nom de Sauveur peut-il avoir avec la circoncision du Fils de Dieu ? Importante question qui servira de fond à ce discours-
Division. Il fallait que Jésus-Christ, pour être parlaileuient Sauveur, noa-seuleinent va fît lui-même la fonction, mais qq'jl nous apprit quelle devait être, p ur l'accomplissement de ce grand ouvrage, notre cooptrallou. Or, dans ce mystère, il s'est admirablement acquiilé de ces deux devoirs. Il a commencé à nous sauver pir l'ubi issaiiie qu'il a rendue à !a loi de l'ancienne circoncision, qui était la circoncision de la chair : première partie ; et il nous a donné un moyen sur pour nous aider nous-mêmes à nous sauver, par la loi qu'il a établie de la circoncision nouvelle, qui est la circoncision du cœup , deuxième partie.
Première PARTIE. Jésus- Christ <1 commencé à nous sauver par l'obéissance qu'il a rendue il la loi de l'ancienne circoncision : car au moment où il fut circoncis, 1° il se trouva dans la disposilion prochaine et nécessaire pour pouvoir être la victime du péché ; 2° il offrit à Dieu les prémices de son sang adorable, qui devait être le remède du péché ; 3° il s'engagea à répandre ce même sang plus abondamment sur la croix, pour la réparation entière du péché.
1° Au moment qu'il fut circoncis, il se trouva dans la disposition prochaine et nécessaire pour pouvoir être la victime du péché, et par conséquent pour être parfaitemiMit Sauveur : car, pour sauver des péoheiirs et des coupables, il fallait un juste' mnis un juste, dit saint Augustin, qui pût satis iiire à Dieu dans toute la rigueur de sa justice, et pour cela même un juste sur qui pût tomber la malédiction que traîne après soi le péché, et le châtiment qui lui est dû. Ce juste, c'était Jésus-Christ. Il ne devait pas être pécheur : comme pécueur, il eût été rejeté de Dieu. Il ne suflisait pas qu'il fût juste : comme juste, il n'aurait pu être l'objet des vengeances de Oieu. Mais en qualité Je médiateur, il devait, quoique exempt du péché et impeccable même, tenir une espèce de milieu entre l'innooenoe et le picbé ; et ce milieu enlre l'innocence et le péché, ajoute saint Augustin, c'était qu il eût la maniue du péché. Or, oiia-t-il pris li marque du péché ? dans sa circoncision.
2" Au moment qu'il .ut oircuncis, il offrit il Dieu les prémices de son sang aJorable, qui devait être le remède du péché. La moiodre action du Fils de Dieu pouvait suffire pour nous racheter ; mais dans l'ordre des décrets divins, et de cette rigide salisfeclion il laquelle il s'était soumis, il fallait qu'il lui en coûtât du sang, et c'est aujourd'hui qu'il commence à acco mplir celle condition. Bien diirércut des prêtres de Raal, qui, pour honorer leur dieu, se faisaient de douloureuses incisions, jusqu'à ce qu'ils fussent tout couverts de sang, c'est pour sauver son peuple que, tout Dieu qu'il est, il endure une sanglante opération.
3° Au moment qu'il fut circoncis, il s'engagea \ répandre son sang plus abondamment sur la croix, pour la réparation entière du péché. Car, selon saint Paul, tout houime qui se faisait circoncire se chargeait d'accomplir toute la loi. Or, l'accomplissement de la loi, dit saint Jérôme, par rapport ii Jésus-Christ, c'était la mort de Jésus-Christ même ; puisqu'il était la fin de la loi, et qu'il n'en dev.dt être la tin que par la ivinsoinination du sacrifice de son humanité sainte.
Ce n'est dom- (las sans raison que le nom de Jésus lui est donné dans ce mystère ; et le sang qu'il verse pour nous sauver nous fait bien voir de quel prix est notre salut, et quelle estime nous en devons faire.
Deuxième partie. Jésus-Christ nous a donué un moyen sur pour nous aider nous-mêmes à nous sauver, par la loi qu'il ^ élaidie de la circoncision nouvelle. Cette nouvelle circoncision est la circoncision du cœur : 1" il nous en fait une loi, 2° il nous en explique le précepte, 3° il nousen facilite l'usage.
1° Il nous propose la circoncision du cœur, et il nous en fait une loi : car il n'abolit l'ancienne circoncision, ou plutôt l'ancienne circoncision ne Unit en lui, que parce qu'il établit la nouvelle. Circoncision du cœur, c'est-à-diie retiancbenicnts de tous les désirs eriuiiuels et de toutes les passions déréglées. Circoncision nécessaire pour le salut, puisque la source de tous nos péchés, ce sont nos désuset nos passions. Circoncision entière, qui s'étend à tout ei qui n'excepte rien : il ne faut qu'une passion pour nous damner.
2" Il nous explique le précepte de celte circoncision nouvelle ; comment ? par son exemple : car dans sa circoncision nous trou\ons les quatre passions les plus dominantes et les plus difliciks ii vaincre, parlaiteiiienl sanctifiées et soumises à Dieu : celle de la liberté, par l'obéissance qu'il rend à une loi qui ne l'obligeait point ; celle Je l'intérêt, par le dépuuilleineut et le dénjmeni 011 il veut paraître ; celle de l'honneur, parce caractère ignominieux du péché, dont il consent ii subir toute la home ; et celle du plaisir, par cette opération douloureuse qu'il soulfre. Voilii surtout les quatre passions que nous devons nous mêmes déraciner de notre cœur.
3" il nous facilite I usage de cette nouvelle circoncision, par où ? par la vertu même du sang qu'il commence à répandre. 08 sang divin porte avec soi une double grâce : grâce intérieure, qui est celle du Sauveur ; grâce extérieure, qui est celle de l'exemple. Prolitons-en, et entrons ainsi dans cette aoaée, qui sera peut-être la dernière àa aoire vie.
sur. i.A cip.coycisioN de jésus-cîirîst.
Poslqwmconsummalisml dki oc'o. ut .nrcuMcidenUr ry-'. «-o- 'r" tum «( noni'n eius Jésus, quod vocatum est aà angelo jinxi^uam ulerc concipeiclur.
Lorsque le huitième jour fut arrivé: ou Venf.mt devait être circoncis, on le nomma Jésus, ainsi que l'ange l'avait ma/qué avant qu'il eût éfj conçu dans le sein de Marie, sa mère. (Sainl Luc cliap. 11,21.)
L'ange n'était que le ministre choisi de Dieu pour apjiorlcr du ciel ce nom de Jésus ; mais Dieu morne en était fauteur, et il n'appartenait qu'à Dieu de le pouvoir ètie. C'est-à-dire que Dieu seul pouvait donner à l'enfant qui venait de naître le nom de Sauveur, non-seulement pirce qu'il fallait pour cela une autorité supérieure à celle des anges et des hommes, mais parce qu'il n'y avait que Dieu qui pût parfaitement comprendre tout le sens et toute l'étendue de ce sainl nom : nom divin, -qui ne peut être prononcé avec respect que par un mouvement piu liculicr du Saint-Esprit : Nemo polesl dicere DominnsJesus, nisi in Spiritusando i ; nom vénérable qui lait fléchir tout genou et qui humilie loiite grandeur : In nomine Jcsu omne gani ftectalur ' ; nom sacré que ï'eiifer redoute, et qui suffit pour mettre en fuile les dénions : In nomine meo tlœmonia ejicient'^ ; nom plein de force, et en vertu duquel se sont faits les plus authentiques et les plus éclatants miracles : In nomine Jesu Christi surge et ambula^; nom salutaire de-t les sacrements de la loi nouvelle tirent toute leur efficace : His auditis baptizati siint in nomine Domini Jesu'^ ; nom tout-puissant auprès de Dieu, et dont le mérite infini engage le Père céleste à exaucer les prières des hommes : si quul petierilis Patrem in nom.ine meo, dava vobis G; ncn glorieux que le zèle aposlollquea porté au,\ gentils et aux rois de la terre : Vaselectionis est mihi iste, utportet nomen meum cornm gentibus'' ; nom pour la confession duquel les saints se sont fait et un honneur et un bonheur de souffrir les plus sanglants affi-onts et d'être exposés à tousles outrages : Ibant gaudentes... qnoviam digni habili snnt pro nomine Jesu contumeiiam pati^ ; enfin nom incoaiparable et unique, puisqu'il n'y en a point d'autre sous le ciel par qui nous puissions être sauvés : JV<'t' enim uliud nomen est sub cœlo datum hominibus, in quo oporteat nos salvos fieri^ ; tel est le nom, mes chers auditeurs, que reçoit aujourd'hui le Fils de Marie : Vocatum est nomen ejus Jésus. Mais pourquoi, demande sainl Bernard, ce noui si auguste est-il attaché à la circoncision, car il semble que la circoncision convienne plutôt à celui qui doit être sauvé, qu'au
' I Cor. ,XN, 3. — = Philip., :i, 10. — ' Marc, xv , 17, — ' Act «I, 6. — ' Act., X1.V, 5. — ' Joan., xvi, la. — ' Act. ix, 18. — • Act., V, 41. — » Act., iv, 12.
Sauveur même : Circumcisio qiiippe magis s;ilvandi quam Sakatoris esse videtur. Quelle haison y a-t-il donc entre ces deux mystères? Pourquoi altend-on que l'enfant soit circoncis pour lui donner le nom de Sauveur, et quel rapport le nom du Sauveur peut-il avoir avec la circoncision de l'enlant ? C'est l'importante question que j'entreprends Je résoudre, et qui servira de fond à ce discours, où j'ai à vous instruire des vérités du cliristianisme les plus esseulielies. J'ai besoin pour cela du secours d'enhaul, et je ne puis mieux l'obtenir que par l'intercession de celle qui a reçu la plénitude delà grâce. Ave, Maria.
Pour vous faire d'abord concevoir le mystère que nous célébrons, et pour vous en donner une juste idée, je me représente aujourd'hui le Fils de Dieu sous deux qualités différentes que l'Ecriture lui attribue, et qui, réunies dans sa personne, ont fait, si j'ose in'exprimer de la sorte, tout le i)lau de sa religion. Car je le considère, avec saint Paul, comme consommateur de l'ancienne loi, et comme fondateur et instituteur de la loi nouvelle : comme cou.sommatcur de l'ancienne loi, il obéit à la loi ; et connue fondateur de la loi nouvelle, il établit et il impose laloi . comme consommateur de l'ancienne loi, il accomplit la circoncision des juifs; et comme fondateur de la loi nouvelle, il vient publier une autre circoncision bien plus parfaite, et qui est celle des vrais chrétiens : en un mot, comme consommateur de l'ancienne loi, il est lui-même circoncis selon la chair ; et comme fondateur de la loi nouvelle, il nous apprend et il nous oblige à être circoncis d'esprit et de cœur. Voilà, mes chers auditeurs, à quoi se réduit tout le mystère de ce jour; mais voilà au même temps par où je réponds à la difficulté de saint Bernard, et en quoi je découvre le rapport qu'il y a entre la circoncision et le nom de Jésus. Comprenez-le bien, s'il vous plait : Circumciditur puer, et vocatur Jésus ; On circoncit l'enfant, et on le nomme Jésus, c'est-à-dire Sauveur. Pourquoi Sauveur au moment qu'il est circoncis? Parce qu'il est certain que Jésus- Christ, en se soumettant à la circoncision judaïque, commença dès lors à faire de sa part iout ce qu'un Dieu-Homme pouvait faire pour nous sauver , c'est ma première proposition ; et parce qu'il n'est pas moins vrai qu'en établissant la circoncision évangélique, il nous a en^eigné, comme législateur et comme maître, tout ce que nous devons faire de notre part pour mériter nous-inêaies d'être sauvés , c'est ma seconde