ToM. m
deux mots, mes chers auditeurs, vous ah> l'apprendre : un habit usé et un bréviaire, voilà tout l'appareil de sa marcliect toutes les richesses qu'il porte avec soi. Peut-être, lorsqu'il s'agira d'entrer dans le champ du Seigneur, et que de Lisbonne il faudra passer dans les Indes, penscra-t-il à se pourvoir ? Que dis- je .' il se croirai oujours abondamment pourvu de toutes choses tant qu'il mettra sa confiance en Dieu, et qu'il s'abandonnera aux soins de sa providence; tout autre secours, il le refusera, se tenant plus riche de sa pauvreté que de tous les biens du monde.
C'est avec le signe de cette sainte pauviclé qu'il arrive à Mozambique, qu'il se fait voir à Jlélinde, à Socotora, à Goa; qu'il va mouiller à la côte de la Pêcherie, qu'il parcourt le royaume de Travancor; qu'il visite les îles de Manar, d'Amboine, de Ceylan, les Moluques; vivant de ce qu'il a soin de mendier, et, du reste, aussi peu attentif à sa nourriture, à sa demeure, à son vêtement, que s'il n'avait point de corps à soutenir. Mais quoi! nétait-ce pas avilir son caractère ? n'était-ce pas tenter Dieu ? Non, chrétiens, ce n'était ni l'un ni l'autre ; car, d'une part, les dignités ecclésiastiques n'en deviendraient que plus vénérables, et ne seraient, en effet, que plus respectées et plus révérées, si la pauvreté de Jésus-Christ et la simplicité de l'Evangile en bannissaient l'abondance, le luxe et le faste; et d'ailleurs, Xavier n'ignorait pas que Dieu ne manque jamais à ses ministres, dès qu'ils ne cherchent que lui-même et que sa gloire, et qu'il fait même servir leur pauvreté au succès de leur ministère : aussi, combien fut efficace le désintéressement de notre apôtre auprès de ces infidèles, qui en furent tout à In lois et les témoins et les admirateurs ! Pourquoi, disaient-ils, et comment un homme si réglé et si sage dans toute sa conduite a-t-il quille sa pairie, traversé tant de mers, essuyé tant de périls, pour venir ici mener une vie pauvre el misérable ? est-ce la nature, est-ce l'amour de soi-même qui inspire un tel dessein? Il liuit donc qu'il y ait dans son entrepri.se qnelcjue chose de |)arliculier, et au-dessus de nos connaissances; il faut que ce soit un Dieu qui l'ait envoyé, et que la loi qu'il nous annonce ait une vertu supérieure et toute céleste, qui nous est cachée. Ce raisonnement était connue le préli- Ujinaiie de leur conversion, et bientôl la giàce achevait, |)armi ces Indiens, ce que la pauvreté volontaire de Xavier avait commencé.
El par quelle voie pénétra-t-il jusque dans la capitale du Japon? 0 providenre de mon Dieu ! que vous êtes admirable et adorable,
POUR LA FÊTE DE SAINT FRANCHIS-XAVIER
lorsque vous employez ainsi la faiblesse même, la bassesse môme, l'humilité même, et l'humililc la plus prol'onde, à souuieltre les forts, les puissanis, les grands! Oui, glorieux apôtre, c'est sur le fondement de votre humilité, comme sur la pierre ferme, que Dieu étaljlit celte Eglise du Japon, si célèbre par ses combats pour la foi de Jésus-Christ, et plus célèbre encore par ses triomphes. Le Sauveur des hommes, descendant sur la terie, s'humilia pour nous, dit saint Paul, et pour notre rédemption, jusqu'à prendre la forme d'esclave ■.Semetipsiimexinanivit fonriiim servi accipiens^. Permettez-moi, mes chers auditeurs, d'en dire par proportion autant de François-Xavier, lorsque, pour entrer dans Méaco, le siège de ce grand empire OÙ Dieu l'appelait, et dont il voyait les avenues fermées, il voulut bien, par le plus prodigieux abaissement, se réduire à la condition d'un vil serviteur; que dans cette vue, il se donna à un cavalier, qu'il se chargea de son équipage, qu'il le suivit durant près d'une journée par des chemins raboteux et semés d'épines qui lui déchiiaieiit les pieds; et que, malgré toutes ces dilficullés qu'il eut à surmonter, malgré l'extrême délaillance où le firent tomber tant de fatigues, il parvint enfin au terme d'une course si humiliante et si pénible : Semetipmm, exinanivil formam servi accipiens. Le voilà donc selon ses vœux, mais, du reste, seul et sans autre escorte que deux compagnons qu'il s'est associés; le voilà, dis-je, au milieu d'une terre ennemie; et que prétend-il? la concpiérir tout entière, c'est-à-dire la purger de ses anciennes erreurs, l'instruire et la sanclifier. Et de quelles armes veut-il pour cela se servir? point d'autres armes que celles dont usèrent avant lui les apôtres, les armes des vertus. Mais encore de quelles vertus ? non point tant de ces vertus éclatantes qui frappent les yeux et qui brillent devant les hommes, que des vertus les plus obscures, ce semble, et les plus capables de le dégrader, de le rabaisser, de l'anéantir ; d'un amour du mépris qui lui fait aimer el rechercher les opprobres et les ignominies ; d'une patience inaltérable, qui lui fait supporter, sans se plaindre, les plus sensibles affronts et les injures les plus sanglantes; d'une constance inébranlable au milieu des plus cruelles persécutions que l'enfer lui suscite ; d'une condescendance infatigable qui le fait descendre; tout, prenant soin lui-même de l'instruction des enfants, parcourant les rues la clochette à la main pour les rassembler, et se faisant comme enfant avec
• Philip. ,u.7-
eux pour en faire des enfants de Dieu. Combien d'esprits profanes et imbus des maximes du monde le méprisèrent, et combien encore le mépriseraient, en le voyant au milieu de ces enfants qui le suivaient en foule, et qu'il recevait avec une bonté de père ! Mais, chose admirable, et que nous devons regarder comme le plus visible témoignage de la présence et de l'opération miraculeuse de l'Esprit divin qui présidait à ces saintes assemblées ! c'est de ces enfants mômes que Xavier formait des troupes auxiliaires, plus terribles à l'enfer que toutes les puissances de la terre; c'est de ces enfants mômes qu'il faisait des apôtres; c'est à ces enfants qu'il donnait des missions, qu'il communiquait le pouvoir de guérir les malades, de chasser les démons, de prêcher la foi. Conpteor tibi, Pater, Domine cœli et terrœ, quia ahscondisti hœc a sapieutibus... et revelasti eaparvulis '. 0 mon Dieu, disait ce saint homme dans un de ses épîtres, j'adore votre providence éternelle, d'avoir attaché à de si faibles moyens un de vos plus grands ouvrages! Mais je ne m'en étonne point, Seigneur ; car vous ne voulez pas que le prix de votre mort soit anéanti : or, si l'éloquence des hommes pouvait exécuter cette entreprise, l'humilité de la croix serait inutile et sans effet : Non in sapientia verhi.ut non evacuetur crux Chrisli 2. Ensuite, s'adressant à Ignace, à qui, par une confiance filiale, il déclarait tous les mouvements de son cœur : Plût à Dieu, poursuivait-il, que tels et tels que nous avons connus dans l'uiiiversitô de Paris, lemplis de science et des plus belles qualités de l'esprit, fussent ici pour admirer avec moi la force de la parole de Dieu, quand elle n'est point déguisée par l'artifice, ni corrompue par l'iutention 1 Ils oublieiaient tout ce qu'ils savent, pour ne savoir plus que Jésus-Christ crucifié; et au lieu de ces discours qu'ils préparent avec tant d'étude et qu'ils débitent avec si peu de fruit, ils se réduiraient à l'état des enfants, afin de devenir les pères des peuples. Ainsi parlait Xa\ier, et de là cette belle leçon qu'il faisait à un de ses plus illustres compagnons, recteur du nouveau collège de Goa : Barzée, lui disait-il, que le soin du catéchisme soit le premier soin de votre charge. C'a été l'emploi des apôtres, el c'est le plus important de notre compagnie. Ne croyez pas avoir rien fait, si vous le négligez ; et couq)tez sur tout le reste, tandis que l'on s'acquittera avec fidélité d'un exercice si utile et si nécessaire. Or, ce (jue Xavier conseillait là-dessus aux autres, c'est ce qu'il pratiquait lui-même
' MattU., XI, •». — M Cor., i, IT.
POUR LA FÊTE DE SAINT Fr,ANCni--XAVIER.
avec d'aillant plus de zèle, qu'il y trouvait tout ensemble et de quoi s'humilier, et de quoi avancer plus sûrement et plus efficacement la gloire de Dieu.
Vous me direz qu'il s'est vu comblé d'honneurs dans les cours des rois, qu'ils l'ont reçu avec distinction dans leurs pal.ds, qu'ils l'ont invité à leurs tables, qu'ils l'ont admis dans leurs entretiens les plus familiers et les plus ititinies. Je le sais ; mais c'est en cela même que nous découvrons la conduite de Dieu, qui è\è\e les petits, qui donne à leurs paroles un attrait dont les lànies les plus hautaines et les plus indociles se sentent touchées, et qui, tout méprisables qu'ils paraissent selon le monde, leur lait trouver grâce auprès des princes et des monarques. Vous me direz qu'il faisait i! miracles, et que ces miracles si surprenants et. Nments prévenaient les peuples en sa faveur, c> '^ndaient célèbre dans l'Inde etdans le Japon, .l'en conviens ; mais pourquoi Dieu lui mit-il de la sorte son pouvoir dans les malus? parce que c'était un homme qui, sans se confier jauiais en lui-même, ne se confiait qu'en Dieu ; un homme qui, sans jamais s'attribuer rien ;"» lui-méuie, référait tout à Dieu ; un homme qui, ennemi de sa propre gloire et de lui-même , ne cherchait pour lui-même dans tous ses travaux que le travail, et ne pensait qu'à faire adorer et aimer Dieu ; enfin, un homme qui, daus le déniimont enlier et le parlait dépouillement où il s'était réduit, donnait à connaître que tout ce qu'il opérait de plus merveilleux et de plus grand n'était l'effet ni de la prudence, ni de l'opulence, ni de la puissance hiunaine, mais uniipiemeut et incontestablement l'ouvrage de Dieu.
N'en disons pas davantage, mes cliers auditeurs; car je n'ai pas le temps de m'élendre ici plus au long, et il faut finir. Mais soit que nous considérions le succès de François-Xavier dans le cours de sa mission, soit que nous ayons égard aux moyens qu'il y a fait servir, nous pouvons conclure que depuis saiut Paul, le docteur des n.itions, jamais hoimne n'a pu due avec plus de vérité ni plus de sujet que Xavier : Existimo niliil me minus fecisse amagnis apostoHs^. Je crois n'en avoir pas moins fait que les plus gi-ands apôtres. Quand saiut Paul parlait de la sorte, c'était sans préjudice de son humilité, puisque dans le fond il se regardait counne le dernier des apôtres : Ego eiiim sum minimus apostolorum 2. Et quandje mets ce glorieux témoignage dans la bouche de Xavier, ce n'est pas pour exprimer ce qu'il pensait de lui uicme,
} H Cor., II, 6. — ' 1 Cor., xt, 9.
mais ce que nous en devons penser. Une chose lui a manqué, c'est de verser son sang comme les apôtres, et de joindre h la gloire de l'apostolat la couronne du martyre. Mais, mon Dieu, vous savez quels furent sur cela les sentiments et les dispositions de son cœur. Vous savez quel sacrifice il eut à vous faire, et il vous fit, sur ce rivage où il plut à vntre providence de l'arrêter et de terminer sa course. Si le désir peut devant vous suppléer à l'effet, ah ! Seigneur, sonhaitat-il rien plus ardemment que de sacrifier pour vous sa vie? Et même ne la sacrilia-t-il pas; et unevie volontaireuient exposée, pour l'honneur de votre nom et pour la propagation de votre Eglise, à tant de fatigues sur la terre, h tant d'orages sur la mer, à tant de traverses de la part de vos ennemis, à tant de souffrances et de misères, ne fut-ce pas une mort continuelle et un martyre ?
Quoi qu'il en soit, mes frères, voilà le modèle que cette sainte solennité nous met aujourd'hui devant les jeux ; et quand je dis mes frères, j'enl nds ceux que Dieu a choisis pour les mêmes emplois et le même ministère que François-Xavier, ceux qu'il a destinés à la conduite des âmes, à la prédication de l'Evangile, à toutes les fonctions du sacerdoce, tels qu'il s'en trouve ici plusieurs, séculiers et religieux, de tous les états et de tous les ordres. C'est, dis-je, à vous, mes frères, que je m'adresse présentement, à vous qui êtes les coopérateurs du salut des hommes, qui êtes établis pour la sanctification des peuples. 11 ne m'appartient pas de vous apprendre vos devoirs; mais encore est-il bon que nous nous instruisions quehpicfois les uns les autres ; et puisque nous honorons en ce jour la sainteté d'un prêtre, d'un missionnaire, d'un prédicateur, d'un confesseur, d'un directeur des consciences, et que nous participons à toutes ces qualités, n'est-il pas convenable que nous fassions quclqui retour sur nous-mêmes, jjour voir comment nous les soutenons? Dieu a fait des prodiges par le ministère de saint François-Xavier, et souvent il ne fait rien ou presque rien par le nôtre. D'où vient celte dilférence ? Il est bien juste que nous en recherchions la cause, et que nous examinions si notre zèle a les mêmes caractères que celui de Xavier ; s'il est aussi pur, s'il est aussi désintéressi', s'il nous détache aussi parfaitement du mouile et de nousmêmes; car vous le savez mieux que moi, mes frères, toute sorte de zèle n'est pas le véritable zèle de la charité, et il n'y a rien qui deman-'c plusdediscerueuient que le vrai zèle, parce nu'il n'y a rien en général de plus sujet que le zèle
POUR LA FÊTE DE SAINT THOMAS. APOTRE
à l'illusion et à la passion. On a quelquefois trop de zèle, (lisait le grand évêque de Genève, saint François de Sales, et en même temps, ajoutaitil, l'on n'en a pas assez. On en a trop d'apparent, et l'on n'en a pas assez de solide ; on en a trop pour les créatures, et l'on n'en a pas assez pour Dieu ; on en a tiop pour les autres, et l'on n'en a pas assez pour soi-même ; on en a trop pour les riches et pour les grands, et l'on n'en a pas assez pour les pauvres et pour les petits : or tout cela, ce sont des fantômes de zèle.
Mais le point important, mes frères, c'est ce que j'ai dit, et ce que Xavier nous a si bien appris, savoir, que nous ne serons jamais des i struments dignes de Dieu et propres à l'avancement de sa gloire, si nous ne mourons à nous-mêmes, et si nous n'entrons dans cet esprit d'anéantissement, qui fut l'esprit du Sauveur des hommes et l'esprit de tous les apôtres. Voilà de quoi nous devons être persuadés comme d'un principe de foi : avec cela, Dieu se servira de nons ; sans cela, Dieu n'agréera jamais nos soins. Nous pourrons bien fai re desaclions éclatantes, mais nous ne gagnerons point d'âmes à Jésus- Christ ; le monde nous applaudira , mais le monde ne se convertira pas; nous établirons notre réputation, mais Dieu n'en sera pas plus glorifié : et pourquoi voudrait-on que les choses allassent autrement ? sur quoi l'espéreraiton? Dieu a prétendu sauver le monde par l'humilité : le sauverons-nous par la recherche d'une vaine estime et d'un faux honneur ? le Fils de Dieu s'est anéanti lui-même pour opérer le salut des pécheurs : y coopérerons-nous en nous élevant et en nous faisant valoir ? Non, non, mes frères, cela ne sera jamais : Dieu n'a point pris cette voie et il ne la prendra jamais. Les apôtres ont converti le monde par l'opprobre de la croix, et c'est par là que nous le devons convertir.
De là vient que, quand je vois les ouvriers
évangéliques dans l'élévation et dans l'éclat, favorisés, honorés, approuvés du monde, je tremble, et je me défie de ces avantages trompeurs ; pourquoi ? parce que je dis : Ce n'est point de la sorte que le monde a été sanctifié. Au contraire, quand je les vois en butte à la censure et à la malignité du monde, dans l'abjection, dans la persécution , dans le mépris et la haine du monde, j'en augure bien : car je sais que ce sont là les moyens dont Jésus-Christ et les premiers ministres de son Eglise se sont servis. Pardonnez-moi, mes frères, si je vous explique ainsi mes sentiments ; je le fais plus pour ma propre instruction que pour la vôtre.
Pour vous, mes chers auditeurs, qui n'êtes point appelés de Dieu à ces fonctions apostoliques, to" ce que j'ai à vous demander, c'est que V', soyez les apôtres de vous-mêmes, et qu' .jayez pour votre âme, chacun en pariicuiier, le môme zèle que François-Xavier a eu pour celle des autres. Est-ce trop exiger devons? Tout ce que j'ai à vous demander, c'est que vous soyez les apôtres de vos familles, et que vous fassiez au moins servir Dieu dans vos maisons et par vos domesti(|ues, par vos proches, par vos enfants, comme François-Xavier l'a fait servir dans des terres étrangères, et par des sauvages et des barbares. Cela n'est-il pas raisonnable ? Ah ! chrétiens, si nous venons à nous perdre, et si nous négligeons le salut de quelques âmes qui nous sont confiées, qu'aurons-nous à répondre, quand Dieu nous mettra devant les yeux des apôtres, qui, non contents de se sauver eux-mêmes, ont encore sauvé avec eux des nations entières ? Prévenons un si terrible reproche, et, par une ferveur toute nouvelle, mettons-nous en état de parvenir un jour à cette souveraine béatitude que la foi nous propose comme le plus précieux de tous les bieus, et que je vous souhaite, etc.
SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT THOMAS. APOTRE
MJET. Ne soyex pas incrédule, mais soyez fidèle.
Dans l'exemple de saint Thomas, nous voyon» tout ensemble le désordre de l'intrédulité et le mérite de la fol.
Division. On peut bien appliquera ce saint apôtre ces pjioles du psaume cent tren!e-huitième : .S'i'cu! Icnehrœ ejus. Ha et lumen ejus: Sa lumière est comme ses ténèbres, et ses ténèbres comme sa lumière. C'est-à-dire que son inii lélito i;t >:i foi, considérées par rapport à nous, nous peuvent être également utiles et salu;aires. Sun incrédulité sert à la juililieatioiid'î notre foi: première partie. Sa foi est le remèJo de notre iiicré lulité: deuxii^ne ,jarlie Un apiitre iii-i-' lu'", q'ii pirson iu'réjuliié mcine BOUS apprend à être fidèles ; un apôtre plein de foi, qui par la confession de sa foi nous empêche d'être incrédules.
POUR LA FI-TF DK SAINT THOMAS, APOTRE. 325
Première PARTIE. L'incrédulité de saint Thomas sert à la justification de notre foi. Justifier la foi parTinfidélité même c'est opposer les égarements et les désordres de rinfidélité à la sagesse et aux autres avantnges du la foi. Or, voilà à quoi nous s-i'l l'incrédulité de saint Thomas. Nous y remar(|Uons quatre désordres opposés à quatre avantages de la foi, savoir : l'esprit de singularité, opposé à l'esprit universel delà foi; la préoccupation du jugement, opposée à lespiii droit de la loi; l'opiniitre:!', opposée à l'esprit docile de la foi; enfin, la petitesse d'un génie borné qui ne croit que ce qu'il voit, opposée à i'csprit supi^ricir Je la foi.
1° Esprit de singularité. Saint Thomas se trouva séparé des autres disciples, lorsque Jésus-Christ se fit voir k eux le huitième jour après sa résuirettion: Non erat cum eisquando venit Jésus. Voilà le principe le plusordinaire de l'incrédulité' on veut se distinguer. Mais si dans tout autre sujet la singularité doit être suspecte, combien plus lorsqu'il s'agit de la foi, laquelle est le sacré lien i|ui doit unir tous les hommes dans le cuite d'un même Dieu et d'un même Seigneur ? Le premier avantage donc que nous avons en croyant comme fidèles, c'est de croire ce que croit avec nous toute l'Eglise de Dieu.
2° Préoccupation du jugement. Saint Thomas, prévenu de sa pensée, sans rien examiner davantage, conclut d'abord qu'il ne croirait pas : Non crcdam. Autre principe de l'incrédulité : on se prévient contre la foi. Dieu veut bien qu'en matière nièmede foi nous nous instruisions des choses ; mais il veut aussi que nous fassions cete.xanien sans prévention ; et voilà le second avantage de la foi, de nous dégager, par une sage simplicité, de tous préjugés.
3° Opiniâtreté. Tout portail saint Thomas à croire la résurrection de Jésus-Christ ; mais il s'obstina dans son erreur. Troisième principe de l'incrédulité: on se fait une fausse gloire de ne point revenir de son sentiment. Force d'esprit mal entendue. Le Adèle, par un Iroisième avantage, trouve dans sa docilité la vraie force, qui consiste à se soumettre et à se captiver.
4° Petitesse d'un génie borné qui ne croit que ce qu'il voit. Saint Thomas dit: Si je ne vois les marques des clous dont le^ mains de Jésus-Christ ont été percées, je ne croirai point qu'il soit ressuscité : iVisi videra, non credam. Quatrième principe de l'incrédulité: on veut juger de tout par les sens, comme si les sens étaient juges compétents des mystères de Dieu, et qu'ils n; fussent pas sujets à mille illusions. Mais la foi nous élève au-dessus dos sens, et nous fait ainsi pénétrer jusque dans les secret; de Dieu les plus cachés: quatrième et dernier avantage. Beati qui nonviderunt, et credidemni.
Deuxième partie. La foi de saint Thomas est le remède de notre incrédulité. Distinguons trois états oii la foi de cet apntn^ peut être considérée: le premier, oii il l'a professée hautement; le second, où il l'a prêchée apostoliquement; le troisième, ou il l'a consommée saintement. Or, dans ces trois états, la foi de ce grand saint sert à guérir notre infidélité.
1° Il la professée hautement, lors(|u'il reconnut Jésus-Christ pour son Seigneur et son Dieu. Or, puisque saint Thomas a cru nous devons croire. Car ce n'est point par faiblesse qu'il a cru, ce n'est point par légèreté, ce n'est point par une aveugle déférence au sentiment et au rapport des autres. Il ne fut que trop éloigné de telles dispositions. C'est donc par la seule évidence de la vérité; et qui ne croirait pas au témoignage d'un homme obligé de se rendre à la force de la vérité qu'il combattait Ainsi saint Paul convainquait-il les juifs par son propre exemple. Mais non-seulmient la foi de saint Thomas est un argument qui nous convainc; c'est encore une leçon qui nous instruit : de quoi ?du pointle plus essentiel de la religion, qui est la divinité de Jésus-Christ. Vous êtes, lui dit-il, mon Seigneur et mon Dieu : Dotninus meus et Deus meus.
2° Il l'a prêchée apostoliquement, jusque dans la région la plus intérieure de l'Inde, où il a soumis à l'Evangile des millions d'infidèles. Or, ce succès de l'Evangile a toujours été considéré des Pères comme une des plus incontestables preuves de notre foi. Du reste, nous croyons les mêmes vérités qu'il prêchait : heureux si nous en faisons les règles de notre vie I
3° Il l'a saintement consommée par son martyre. Il a signé de son sang le témoignage qu'il rendait en faveur de la foi. Quelle conviction pour nous I mais en même temps quelle instruction ! Est-ce ainsi que nous sommes disposés <i défendre notre foi ' Du moins l'honorons-nous et la soutenons-nous par notre vie?
Notiess>incTeduius,,edfiMi,. jj^^tj^j, . comme la M Hoiis ."^aiive, l'incrédulité
Ne soyez point incrédule, ma soyez fidilc. (Sain/ Jean, chap. nOlIS pei'd. C'est dollC Un abrégé de tOlltO la
"' ^''^ morale chrétienne, que ce que dit Jésus-Christ à
saint Thomas : Koli esse incretlitlus, sed fidelis. Ce sont les deux points d'instruction que le C'est aussi ce que j'entreprends de vousmonirer Fils de Dieu nous propose dans l'Evangile de ce dans ce discours, où, sans m'arrèler à faire le pajour, et qui renferment, en deux mois, ce qu'il y négyrique du glorieux apijtre dons nous céléade plus important dans la vie chrétienne et brons la fête, je veux, en vous appliquant son dans la voie du salut éternel. Ne soyez point in- exemple, vous instruire premièrement du désorcrédules, voilà l'éciieil que nous avons à éviter , dre de l'incrédulilé, et en second lieu du mérite soyez fidèle , voilà l'heureux terme où nous de- de la foi : dudésordrede l'incrédulité, pour vous vons parvenir. En effet, si nous étions vraiment en donner de l'horreur; du mérite (le la foi, fidèles, nous serions justes, nous serions saints, pour vous engager à l'acquérir. Ainsi, mes nous serions parfaits ; et nous ne sommes coin- chers auditeurs, n'attendez point de moi d'autre mum'iiient vicieux, impies, corrompus, que moralité que celle qui regarde la pratique et parce que nous sommes incrédules. La foi, telle l'usage île la foi ; car c'est à cela que je m'atque la veut saint Paul, nous inspirerait la fer- tache uniquement . Dansions les autres enlieveur, le zèle, la piété ; et l'incrédidité ne pro- tiens de cet Avent, je me suis servi des règles duit dans nos esprits et dans nos cœurs que relà- essentielles de la foi, pourréformer vos mœurs; cheinent, qu'aveuglement, qu'endurcissement, aujourd'hui je veux me servir des règles inèiiies Gomme la foi, selon le concile de Trente, est le de vos mœurs pour perfectionner votre foi. Deprincipe et la racine de notre justification, fin- mandons les lumières du Saint-Esprit par l'uicréduitlé est l'origine et la source de notre répro- tercession de Marie. Ave, Maria.
POrm LA FËTK DE SAINT THOMAS APOTRE.
C'est vne propriété de l'être de Dieu, que le prophète royal a remarquée, et dont il a prétendu faire un sujet d'éloge, quand il a dit que les ténèbres où Dieu se dérobe à nos yeux, et qui nous le cachent dans cette vie, ne sont pas moins admirables que sa lumière même, et ]ue tout ce que nous découvrons d'éclatant et de lumineux dans ses perfections adorables n'est pas plus glorieux pour lui, ni plus vénéral)le pour nous, que ce qui nous y parait enveloppé de nuages, et couvert du voile d'une mystérieuse obscurité : car c'est ainsi que saint Ambroise a expliqué ce passage du psaume : SiiiU tenehrœ ejus, ita et lumen ejus ' ;Sa lunvère est comme ses ténèbres, et ses ténèbres ont quelque chose d'aussi divin que sa lumière. Permettez-moi, chrétiens, en gardant toutes les mesures nécessaires, et sans vouloir en aucune sorte comparer la créature avec Dieu, d'appliquer ces paroles ;\ l'apôtre saint Thomas, dont la conduite el l'exemple nous doit servir ici de leçon. L'Evangile nous le représente en doux étals bien contraires ; savoir, dans les léii'bresde l'infidélité, et dans les lumières d'une foi vive et ardente ; dans les ténèbres de l'infidclité, lorsqu'il doute de la résurrection de Jésus- Christ, et qu'il refuse de la croire ; dans les lumières d'une foi vive et ardente, lorsque, pleinement persuadé de cette résurrection, il reconnaît Jésus-Christ pour son Seigneur et son Dieu. Or, je prétends que dansées deux états saint Thomas participe en quelque façon à cette merveilleuse propriété que David attribuait à Dieu, et qu'on peut très-bien dire de lui, quoique dans un sens tout différent : Sicut teiiebrœ ejus, ita et lumen ejus. Comment cela ? parce que les lumières de sa foi et les ténèbres de son infidélité, sans les considérer par rapport à lui-même, ont été également utiles et salutaires pour nous. Les ténèbres de son infidélité nous font connaître le désordre de la nôtre ; et les lumières de sa foi ont une vertu particulière pour affermir et pour animer notre foi : Sicut tenebrœ ejus, ita et lumen ejus. Aussi est-ce une question entre les Pères, si l'iiglise a moins profité de l'infidélité de saint Thomas, que de sa loi; ou si la foi de saint Thomas a été plus utile h l'Eglise, que son infidélité ; et tous conviennent que la foi de cet apôtre, sans son incrédulité, ne nous aurait pas suffi ; que son incrédulité, sans sa loi, nous aurait été pernicieuse ; mais que son incréduhté suivie de sa foi, ou plutôt que sa foi précédée de sonincrédulilé, a été pour nous une source de grâces. Or, mon dessein est de vous
= F8aI.,cxiXViii, 12.
les découvrir, ces grâces ; et pour y observci quelque ordre, j'avance deux propositions : car je dis que l'incrédulité de saint Thomas, par une conduite de Dieu bien surprenanle, sert h la justification de notre foi ; voilà l'avaulage que nous tirons de ces téiièbres, et ce sera la première partie : j'ajoule que la foi de saint Thomas, par une vertu particulière, est le remède de notre infidélité; voilà en quoi nous profitons de ses lumières, el ce sera la seconde partie : Sicut tenebrœ ejus, ita et lumen ejus. Un apôlre incrédule, qui, par son incrédulité même, nous apprend à être fidèles ; un apôlre plein de foi, qui, par la confession de sa foi, nous empêche d'èlre incrédules : c'est tout le sujet de votre atlenlion.