PREMIÈRE PARTIE
Cmq choses, chrétiens, sont nécessaires à quiconque est choisi pour témoin, et en doit faire l'oflice : la fidélité et le désintéressement dans le témoignage qu'il porte, l'exacte connaissance du sujet dont il porte témoignage, l'évidence des preuves sur quoi il appuie son témoignage, le zèle pour la vérité en faveur de la(jueile il rend témoignage, enfin la constance et la fermeté pour soutenir son témoignage : orje trouve que saint Jean a eu dans le degré le plus éminentces cinq quahtés; car il a été pour le Sauveur du monde un témoin fidèle et désintéresse, un témoin instruit et pleinement éclairé, un témoin sûr et irréprochable , un témoin zélé et ardent, un témon constant et ferme. D'où je conclus qu'il a donc parfaitement répondu au dessein de Dieu sur lui, et que rien ne lui a manqué pour vérifier dans toute leur étendue ces paroles de mon texte .• JIic venu in lestimonium. Ecoutez-moi, je ne
dirai rien qui ne soit tiré de l'Evangile même. Je prétends d'abord que Jean-Baptiste a fai à l'égard de Jésus-Christ l'office d'un témoin fidèle et désintéressé. La preuve en est incontestable ; car voici, selon l'évangéliste, le témoignage que rendit cet homme de Dieu, lorsque les juifs lui députèrent des prêtres et des lévites, pour lui demander qui il était : Et hoc est testimoiiium Joannis '. Que fit-il ? il ne délibéra point, il confessa de bonne foi et il protesta non-seulement sans peine, mais avec joie, qu'il n'était point le Christ : Et confessus est et non negavit, et confessus est : Quia non sum ego Cliristus 2. lis le pressèrent : Quoi donc I èles-vous Elle ? et il leur dit : Je ne le suis point : Non sum 3. Etos-vous pro[diète? il répondit ; Non : Etrespondit : Non '*. Mais qui êtes-vous ? répliquèrent-ils, afin que nous puissions en rendre compte à ceux qui nous ont envoyés ; que dites-vous de vous-même ? — et c'est alors qu'il leur fit cette humble, mais héroïque déclaration : Ego vox clamantis '= ; Je ne suis qu'une simple voix qui crie et qui annonce au monde la venue du Seigneur. Ah ! chrétiens, quelle fidélité ! en vit-on jamais un [ilus bel exemple ? Prenez garde, s'il vous plaît : les juifs étaient disposés, si saint Jean l'eût voulu, à le reconnaître pour leur Messie, c'est-à-dire pour leur libérateur et pour leur roi ; et Jean, avec une droiture d'âme qui les étonne, renonce à cette dignité pour la conserver à Jésus-Christ : il n'avait qu'à dire une parole, il n'avait qu'à donner son consentement, et toute la synagogue serait venue en foule lui rendre hommage; mais il sait trop bien ce qu'il est, et à qui il est. Non, leur dit-il, mes frères, je ne suis point ce Messie que vous aîtondez ; vous Lu faites tort, et vous vous faites tort à vous-mêmes de le confondre avec moi : ce n'est point moi ; c'est un autre plus grand, plus fort, plus puissant que moi ; un antre à qui je ne suis pas digne de rendre les plus vils services ; c'est celui-là, mes frères, qui est votre Ciirist et votre roi ; ne le cherchez |)oint dans ce désert, il est au milieu de vous, et vous ne le connaissez pas : je n'en ai m le mérite, ni la sainteté, je suis un homme pécheur; et l'erreur la plus pernicieuse et la plus grossière où vous puissiez tomber est de m'athibuer cette qualité de Messie, qui est infiniment au-dessus de moi, et de tous les dons de grâce que je puis posséder. Encore une fois, y eut-il jamais un témoignage plus désintéressé et plus fidèle ?
' Joan., 1, 19. — ' Ibid., 20. — J Ibid., 20.— * lbid.,21. — 'Ibid.,
POUR LA FÊTE DÉ §XWT JT^Sf^-BAPTISTE.
Concevez-le encore mieux par la réflexion que fait ici sainl Chrysostome, et dont sans doute vous serez touchés ; la voici : Saint Jean, par une heureuse conformité de caractère, se trouvait si semhlable à Jésus-Christ, qu'on le prenait souvent pour Jésus-Christ ; et Jésus- Christ, par la même raison, quoique Fils unique de Dieu, était si semblable à saint Jean, qu'au rapport de l'Evangile, on le prenait aussi souvent pour saint Jean. Car de là vient qu'Hérode, apprenant les miracles que cet Hoinme- Dieu faisait dans la Judée, disait que c'était Jean- Baptiste qui était ressuscité : et de là vient que les pharisiens, voyant la vie toute céleste que Jean menait dans le désert, ne doutaient point qu'il ne fût le Christ, jusqu'à lui envoyer une ambassade pom- le saluer comme Christ. Peuton riendu-e de plus glorieux à l'avantage de ce grand saint ? oui, chrétiens; et quoi ? c'est que Jean-Baptiste, étant pris pour le Christ et passant pour l'être, déclara hautement qu'il ne l'était pas, et refusa, sans balancer, l'honneur qu'on voulait lui faire, pour avoir celui d'être fidèle à son Dieu ; car la fidélité de ce témoignage valut mieux pour lui que toute la gloire et tous les honneurs qu'il eût pu recevoir de la synagogue. Mais admirez, chrétiens, les autres marques de cette fidélité : C'est pour cela, disent les Pères, que saint Jean, jusqu'à l'âge de trente ans, se tint caché dans le désert, sans vouloir converser avec les hommes, de peur que les hommes, déjà trop prévenus en sa faveur, ne s'attachassent à lui, au préjudice du souverain attachement qu'ils devaient avoir et qu'il voulait leur inspirer pour Jésus-Christ. C'est pour cela que, encore que la main du Seigneur fût avec lui, par une disposition particuhère de la Providence, il ne fit jamais de miracles, de peur d'autoriser l'erreur où étaient les juifs, qui le regardaient comme le Messie promis de Dieu : car s'ils étaient prêts, sans lui avoir vu faire aucun miracle, à le reconnaître pour le Messie, qu'auraient-ils fait s'ils l'avaient vu ressusciter les morts, et commander aux vents et à la mer ? C'est pour cela qu'il ne parlait jamais de Jésus- Christ que dans les termes les plus magnifiques el les plus sublimes, et de soi-même, au contraire, qu'avec les sentiments de la plus profon • de et de la plus parfaite humihté , prenant plaisir à s'abaisser pour exalter Jésus-Christ, disant de Jésus-Clnist : 11 faut qu'il croisse; et de soi-même ; 11 faut que je diminue; témoignant que le comble de sa joie et l'accomplissement de ses désirs, était de voir Jésus-Christ COQQU et adoré dans le monde. Ceux de mes
auditeurs qui m'écoutent avec un esprit et un cœur chrétien, comprennent et goûtent ce que je dis. Mais enfin, si saint Jean, fidèle à son Dieu, refusa, comme il était juste, les honneurs dus au seul Messie, que n'acceptait-il ceux au moins qui lui convenaient, et que les juifs, sans le flatter, ni se tromper, lui déféraient ? que n'avouait-il qu'il était prophète, puisqu'il l'était en effet ? que ne confessait-il qu'il était Elle, puisqu'il en avait l'esprit, et que c'était personnellement de lui que le Sauveur disait : Elias ven'a 1 ; Elie est venu ; c'est-à-dire Jean-Baptiste, en qui Dieu fait revivre l'esprit d'Elie? Non, chrétiens, il ne consent à rien de tout cela ; il ne veut être ni Elie, ni prophète, ni docteur, ni maître ; il se contente d'être la voix de celui qui crie : Préparez les voies du Seigneur ; Ego vox ; pourquoi ? parce qu'il veut être tout au Seigneur, et rien à hii-même ; parce que,' comme la voix n'a point d'autre usage que d'exprimer la pensée et de la rendre sensible, aussi Jean-Baptiste n'a-t-il point d'autre vue ni d'autre fin que de faire connaître le Verbe de Dieu, en rendant témoignage à l'Homme-Dieu : Hicvenitut testimonium perhiheret de lumine. J'ai dit de plus que ce saint précurseur avait été, à l'égard du Sauveur du monde, un témoin pleinement instruit : car tout ce que nous savons de Jésus-Christ, et tout ce que nous devons en savoir, tout ce que la foi nous en révèle d'important et de nécessaire au salut, c'est Jean-Bapliste qui nous l'a enseigné le premier, par les différents témoignages quil a rendus à ce Dieu Sauveur ; et, en effet, c'est lui qui nous a fait connaître Jésus-Christ en qualité de Dieu- Homme, en qualité de rédempteur, en qualité de sanctificateur des âmes, en qualité d'auteur de la grâce et des sacrements à quoi la grâce' est attachée, en qualité de juste juge, qui récompense et qui punit ; en un mot, dans toutes les qualités qui en ont fait un médiateur accompU : l'induction en sera sensible, et n'aura rien pour vous de fatigant. 11 nous a fait connaitre Jésus-Christ comme Dieu-Homme, quand il disait de lui : Post me venit vir qui ante me factus est, quia prior me erat 2; Celui qui est venu après moi était avant moi. Car, pour raisonner avec saint Augustin, si Jésus-Christ était avant saint Jean, ce ne pouvait être qu'en vertu de sa divinité; il était donc Dieu : s'il était après saint Jean, cène pouvait être qu'en vertu de son humanité; il était donc homme ; s'il était tout ensemble avant et après saint Jean, ce ne pouvait être que selon les deux natures qui sub-
' Mmc, U, 12. — ' Joaa., i, 30.,
LA FÊTE Dfi SAINT JEAN-BAPTISTG.
sistaient enlui; il était donc en même temps Dieu et homme. C'est ainsi que concluaient les Pères contre les ariens, les nestoriens et les eutycliiens ; ce témoignage seul de Jean-Baptiste, Post me venit vir qui ante mefadus est >, ayant dès les premiers siècles de l'Eglise confondu tous les hérétiques qui combattaient le mystère del'incarnation. Il nousl'a fait connaître comme Rédempteur, quand il le montrait à ses disciples, en leur disant : Ecce Agmis Dei; Voilà l'Agneau de Dieu qui doit être immolé comme une victime pour le salut des hommes : Ecce quitol!itpecc.alummundi^;\o\\hcéïin qui efface les péchés du monde : ce qu'il ajoutait, remarque saint Augustin, pour désabuser les juifs de la fausse idée où ils étaient que ce Sauveur, si longtemps attendu et si ardemment désiré, devait seulement venir pour les délivrer de leurs misères temporelles, et pour les affranchir de la domination des Romains ; au lieu qu'il venait pour les dégager de la tyrannie du démon el de la servitude du péché, et qu'il n'était Sauveur que pour cela. Il nous l'a fait connaître comme sanctificateur des âmes, quand il allait prêchant partout que c'est de la plénitude de Jésus-Christ que nous avons tous reçu les dons célestes : Et de plenitudine ejus nos omnes accepi- 7?!us 3. Il nous l'a fait connaître comme auteur de la grâce et des sacrements, à quoi la grâce est attachée, quand il apprenait aux juifs que Jésus-Christ avait établi un baptême bien plus salutaire et plus efficace que le sien, un baptême qui ne consistait pas simplement dans la cérémonie de l'eau, mais qui, par le feu de la charité et par l'opération du Saint-Esprit, puriliait tout l'homme pour en faire un sujet digue de Dieu : Ipse vos baptizabit in Spiritu Sancto et iijni ^. Il nous l'a fait connaître comme juste juge, comme souverain rémunérateur, quand il assurait que Jésus-Christ viendra à la fin des siècles, avec le van à la main, pour séparer le bon grain d'avec la paille, Cujus ventilabrum in manu ejus ^ ; c'est-à-dire pour séparer les élus des réprouvés, et pour rendre à chacun selon ses œuvres. Voilà en substance toute la théologie, qui se propose pour objet la personne sacrée lie Jésus-Christ ; et cette théologie, comme vous le voyez, est contenue dans les témoignages de saint Jean. Ah! grand saint, de quoi ne vous sommes-nous pas* redevables, après que vous nous avez révélé de si hauts naystèros ; et que ne vous doit pas l'Eglise, puisque c'est par vous qu'elle est entrée dans les trésors de la grâce
IbiJ., 16. — < Luc, iii, 16. —
surémiiiente et de la gloire de son divin Epoux ! Mais le témoignage que saint Jean rendit au Fils de Dieu fut-il aussi convaincant el au.ssi irréprochable qu'il était vrai? Oui, chréliens'! était convaincant et irréprochable, et jamais, les juifs opiniâtres, qui sont demeurés dans leur incrédulité, n'auront de légitime excuse, ni même de prétexte pour s'en défendre : car que pouvaient-ils répondre aux reproches que leur faisait le Sauveur du monde? Jean-Baptiste est venu, leur disait-il ; vous avez eu de la vénération pour lui, vous l'avez respecté comme un prophète, comme un homme envoyé de Dieu ; et cependant, lorsqu'il a rendu témoignage de moi, vous ne l'avez pas écouté. S'il s'était luimême déclaré votre roi et votre Messie, vous l'auriezcru; car vous étiez déterminés àlerccomiaitrc pour tel : et maintenant, parce qu'il vous a dit que c'est moi qui suis ce Messie promis dans la loi, vous ne le croyez pas. Un homme est-il moins digne de créance, quand il parle en laveur d'un autre, que quand il parle pour soi-même? Vous l'auriez cru dans sa propre cause, et vous ne le croyez pas dans la mienne : comment pouvez-vous soutenir une telle contradiction? Ce reproche, dis-je, fermait la bouche aux ennemis du Sauveur. Et quand il ajoutait, dans une juste indignation : Au reste, sachez que les femmes prostituées et les publicains ont été en ceci plus sages que vous : car, malgré la corruption de leurs mœurs, ils se sont soumis à la parole de Jean-Baptiste ; et vous qui cherchez tant à vous parer d'une fausse justice, vous vous obstinez à ne pas recevoir son témoignage : or, c'est pour cela que ces péclieurs et ces pécheresses vous devanceront dans le royaume de Dieu. Quand il parlait ainsi aux pharisiens, il les confondait : pourquoi ? [)arce qu'il lem* opposait uu téinoignage qui les condamnait par eux-mêmes, savoir, le témoignage de saint Jean. En effet, ceux des juifs qui lurent fidèles à la grâce et qui crurent en Jésus-Christ, n'y crurent d'abord que sur le témoignage de son incomparable précurseur ; ce témoignage faisait tant d'impression sur leurs esprits, qu'ils ne pouvaient y résister. Il est vrai, saint Jean leur disait de Jésus-Christ des choses prodigieuses et inouïes : il leur disait que celui qui passait parmi eux pour le lilsd'un artisan, était Fils de Dieu et égal à Dieu ; qu'étant Dieu il s'était fait chair, et que, sans cesser d'être Dieu, il était devenu homme sujet à la mort : tout cela devait naturcUemeul révolter leurs esprits ; mais parce que saint Jean s'en faisait le garant, ils croyaient tout sur sa patois,
POUR LA FETE DE SAINT JEAN-BAPTISTE
et ils aimaient mieux, dit saint Chrysostonie, captiver leur enlenilement, jusqu'à reconnaître qu'un Dieu s'était humilie, s'était fait esclave, s'était anéanti, que de penser en aucune sorte que Jeau-Baptiste se fût trompé; estimant l'un plus impossible que l'autre, c'està-dire se tenant plus sûrs que Jean-Dnpiiste ne se trompait pas dans le témoignage qu'il rendait, qu'il ne leur semblait incroyable qu'un Dieu en lût venu jusqu'à cet excès d'humiliation et d'abaissement. Y eut-il jamais sur la terre un tel don de persuader et de convaincre? Je vais encore plus loin, chrétiens; il faut qu'un témoin ait de l'ardeur et du zèle pour la véiité dont il rend témoiguage. Ce zèle a-t-il manqué à saint Jean? vous le savez, et en vain m'étendrais-je sur ce point, puisqu'il est évident que tout le soin du divin précurseur a été de faire connaître Jésus-Christ, de le faire adorer, de le faire aimer, de lui procurer dans le monde l'honneur et le culte qui lui est dû, et d'apprendre aux licmmcs à le recevoir d'une manière convenable à sa digtiité, mais surtout à sa sainteté. Or, pour cela, il ne se contentait pas de montrer aux juifs cet Agneau de Dieu comme l'espérance et le salut d'Israël; mais il faisait retentir sa voix dans tout le désert, pour le prêcher hautement; mais, par un succès merveilleux que Dieu donnait à sa parole, il attirait les bourgades, les villes entières, cl es convertissait à Jésus-Christ ; mais quand il trouvait des esprits rebelles et indociles, ne pouvant contenir son zèle, et animé d'un saint courroux, il s'élevait contre eux, il les traitait de serpents et de race de vipères, il les menaçait de la colère du Ciel : Genimina viperarum i. Quel était donc le grand exercice et l'unique occupation de Jean- Baptiste? De disposer les peuples à la venue de Ïésus-Christ, de les exhorter à la pénitence, parce que la pénitence est la voie qui doit nous conduire à Jésus-Christ; de leur recommander surtout l'humilité, parce que c'est l'humilité qui nous rend capables de participer à la rédemption de Jésus-Christ. Panite viam Domini 2 : Mes frères, leur répétait-il sans cesse, préparez les voies du Seigneur. Voici votre Dieu qui vient à vous dans l'éial d'une humilité profonde ; ne paraissez pas devant lui comme des collines et des montagnes, c'est-àdire comme des hommes superbes el orgueilleux. Pour rendre ces voies du Seigneur droites et unies, soyez petits à vos yeux, sojez humbles, et défaites-vous de cette propre estime et de cet amour-propre qui vous enflent. Ainsi
» tue., m, T. — « Ibid., 4.
leur parlait-il, faisant l'office de témoin, mais le taisant en apôtre. Voilà pourquoi ce grand saint n'eut point de désir plus ardent que de gagner des disciples à Jésus-Christ; voilà pourquoi, non content de lut en former de nouveaux, il lui donnait même les siens. Allez, leur disait-il, mes chers enfants, je ne suis plus votre maitre; le grand maitre est venu ; c'est le vôtre et c'est le mien ; ne pensez plus désormais à moi. C'est à celui-là qu'il faut vous attacher : il a les paroles de la vie éternelle. Allez le trouver, demandez -lui s'il n'est pas ce Désiré de toutes les nations que nous attendons depuis si longtemps, et vous verrez comme il vous répondra par ses miracles. Quel zèle, chrétiens, pour la gloire de Jésus-Christ! Voulez-vous un abrégé de toute la vie de saint Jean? en deux mots, le voici: IIestvenu,ditsaintLuc, commeun second Elle ; et, avec une ardeur infatigable, il a travaillé à la conversion des cœurs ; il a réuni les pères avec les enfants; il a rappelé les désobéis^ sants et les incrédules à la prudencedesjustes : et pourquoi tout cela? pour préparera Jésus-Christ un peuple parfait : Parare Domino ylehem perfectum '. Voilà ce que j'appelle un témoin zélé. Enfin, ce fut un témoin constant, puisque, depuis sa conception jusqu'à sa mort, il n'a point cessé de remplir son ministère : car ne pensez pas qu'il ait attendu jusqu'au temps de sa prédication pour rendre témoignage au Sauveur du monde : dès le sein de sa mère il avait déjà commencé. Ce tressaillement que ressentit Elisabeth trois mois avant la naissance de ce fils si cher et donné de Dieu, cette joie dont il fut saisi et qu'il fit sensiblement paraiire, ce furent les premiers témoignages qu'il rendit à son Dieu. Fervens mincius, s'écrie saint Pierre Chrysologue, qui ante cœjiit nuntiare Clirisiumy quam vivere ! 0 le fervent témoin ! dit ce Père, qui eut l'avantage d'annoncer Jésus-Christ avant que de vivre ! Slais ce témoignage précoce, pour ainsi dire, n'était qu'un essai de tous les autres témoignages que saint Jean-Baptiste devait porter en faveur du Fils de Dieu ; ce qu'il avait commencé miraculeusement avant sa naissance, il le continua pendant tout le cours de sa vie; et comme il avait vécu en témoin de Jésus- Christ, il voulut mourir de même : car mourir pour la justice et pour la vérité, mourir en reprochant aux grands du monde leur iniquité, mourir en instruisant Ilcrode de ses devoirs, mourir en faisant respecter jusque dans la cour la sainte liberté d'un prophète qui parle pour la cause de Dieu, n'est-ce pas mourir en témoin
> Luc, I, 17.
POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE
de Jésus-Christ ? Ainsi Jean-Bapliste a-t-il été constant dans son témoignage, puisqu'il l'a rendu dès son entrée au monde, puisqu'il l'a rendu jusqu'au dernier moment de sa\ie, puisqu'il l'a rendu par ses paroles, puis(iu'il l'a rendu par ses actions, puisqu'il l'a rendu par ses souffrances, puisqu'il l'a rendu par son martyre et par sa mort, et que partout il a vérifié ce qui était écrit de lui : Hic venit in testinwnium, ut testimoniumperhiberet âehimine.
Excellent modèle que Dieu nous présente aujourd'hui, et qui doit faire le sujet de nos plus sérieuses réflexions. Je m'explique : nous tous qui faisons profession du christianisme, nous devons servir de témoins à Jésus-Christ; voilà à quoi nous engage noire religion. Qu'estce qu'un chrétien? Un homme député de Dieu, un homme autorisé de Dieu, un homme qui a reçu de Dieu un c:raclère particulier, pour être le témoin de Jésus-Christ : Et erUis mihi testes '. De sorte que, si nous ne participons à cette glorieuse qualité du précurseur saint Jean, nous pouvons dire avec confusion et avec douleur qu'il n'y a point en nous de christianisme, ni par conséquent de salut pour nous. En effet, dit saint Augustin, depuis que Jésus-Christ est venu au monde et qu'il a racheté le monde. Dieu, dans le conseil éternel de sa sagesse, a tellement disposé les choses, qu'il n'y aura jamais d'homme sauvé que celui qui, selon la mesure de la grâce attachée à son état, aura rendu témoignage à ce divin Sauveur. Tous les saints qui sont dans le ciel, n'y sont qu'en verlu de ce titre; lesapôtres n'ysoni assis sur des trônes de gloire, que parce qu'ils ont rendu au Fils de Dieu le témoignage de la parole, en préchant son nom ; les martyrs n'y sont couronnés, que parce qu'ils lui ont rendu le témoignage de leur sang, en souffrant et en mourant pour lui; et les confesseurs n'y portent, comme confesseurs, des palmes en leurs mains, que parce qu'ils lui ont rendu témoignage de leur sainte vie en pratiquant son Evangile : or c'est à nous, mes chers auditeurs, de nous former sur leur exemple. Il y en a peu parmi vous qui soient destinés au ministère aposlolique. Nous ne sommes plus au temps des peiséculions, où la grâce du martyre était une grâce commune; mais il faut qu'avec l'esprit de la foi nous confessions tous Jesus-Christ par l'innocence de nos mœurs, par l'édiflcation de notre vie, par la ferveur de nos honnes œuvres : car voilà pourquoi il nous a choisis. Il a apiiorté du ciel une loi sainte et toute divine, et il veut que
) Aet. 1, s
nous en convainquions le monde. Or, le monde ne recevra jamais noh'e témoignage sur la sainteté de cette loi, tandis qu'il nous verra dans le désordre et dans la corruption du vice. Pour être de légitimes témoins de la loi de Jésus- Christ, il faut que nous nous conformions à elle, et que nous pratiquions fidèlement ce que nous confessons de houche : sans cela, notre témoignage est vain. Que devons-nous donc faire ? ah ! chrétiens, l'importante instruction pour vous et pour moi! Ce que nous devons faire, c'est de centrer souvent dans nous-mêmes, et de nous examiner de bonne foi devant Dieu, en nous demandant à nous-mêmes : Hé bien ! la vie que je mène esl-clle un témoignage recevable en faveur de Jésus-Christ et de sa loi ? Si l'on en jugeait par mes actions et par ma conduite, quelle idée le monde aurait-il du christianisme que je professe? Ce pernicieux attachement aux biens de la terre, ce désir insatiable d'en avoir, celte crainte excessive d'en manquer, qui endurcit mon cœur, quel témoignage pour un Dieu qui a béatifié la pauvreté, et qui l'a consacrée dans sa personne ! cette mollesse de vie dont je me fais une habitude et même une fausse conscience, ce soin extrême de ma santé, cette recherche conlinuelle de tout ce qui flatte mes sens, quel témoignage pour un Dieu mort sur la croix ! cette ambition à laquelle je me livre, ces mouvements que je me donne pour me pousser, pour m'élever, pour ne travailler qu'à l'accroissement de ma fortune, quel témoignage pour un Dieu qui s'est anéanti! Ah! Seigneur, doit dire un mondain dans l'amerlume de son âme, pour peu qu'il ait encore de foi, je le reconnais : ce sont là connne autant de faux témoignages que j'ai portés contre vous. Car il n'y a point de témoignage plus faux que celui qu'on rend à un Dieu souffrant, par une vie toute sensuelle ; que celui qu'on rend à un Dieu iiauvre, par une vie employée à satisfaire l'avarice et la cupidité. Et voilà ce qui me fait trembler : si c'est un crime de porter faux témoignage contre un honnne, que sera-ce, ô divin Sauveur, de l'avoir porté mille fois contre vous, qui êtes mon Dieu? Telle est, dis-je, chrétiens, la première Icjo;; que nous devons nous faire à nous-mêmes : il faut que nous servions de tcir.oins à Jésus-Christ; mais il faut encore qu'àrexemide de saint Jean nous soyons pour Jésus-Christ des témoins fidèles, des témoins zélés, des témoins irréprochables, des témoins constants. Ne perdez rien de toute cette morale : des témoins fidèles qui ne nous cherchions pas nous-mêmes ; qui, sous
POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE
ombre de l'iionorar, ne nous allirions pas l'honiicur; (|iii ne tendions pas, eu le glorifiant, aux fins secrètes de notre aniour-i>ropre; qui, par unratllnement de piété, je dis de piété mercenaire, n'affections pas, en le servant, la gloire même de le servir ; au contraire, qui nous fassions un devoir de nous renoncer, de nous sacrifier, (Je nous immoler pour lui : car si le monde, tout perverti qu'il est, produit bien des hommes de ce caractère, c'est-à-dire s'il se trouve des ministres qui se distinguent par là, qui sont tout à leurs maîtres, et rien à euxmêmes; si nous en voyons des exemples, quel sentiment la foi ne doit-elle pas là-dessus nous inspirer? Est-ce trop pour le Dieu qui nous a sauvés et à qui nous appartenons, que nous soyons tout à lui? la fidélité dont nous lui sonmies redevables, doit-elle être d'une moindre étendue que celle dont on se pique envers les souverains de la terre? faut-il que le monde nous apprenne sur cela notre devoir? faut-il que Dieu ait en nous des sujets moins dévoués que nous ne les voudrions pour nous-mêmes ? Cependant voilà notre désordre, jusque dans le culte que nous renflons à notre Dieu : nous ne regardons souvent que nous-mêmes, nous rapportons tout à nous-mêmes, nous ne pouvons nous défaire de nous-mêmes, et nous n'agissons jamais sur ce grand principe de saint Paul, que nous ne sommes plus à nous-mêmes, mais à celui qui nous a raclietés. Des témoins zélés, pour soutenir, en mille occasions qui se présentent, la cause de Jésus-Christ; et la soutenir, contre qui? contre l'impiété, contre le libertinage, conire le vice, qui sont proprement ces races de vipères à la malignité desquelles la force et l'crficacc de notre zèle doit s'opposer ; étant, comme nous devons l'être, bien persuadés que, parmi les mauvais chrétiens, cet lionime-Dicu n'a pas des ennemis moins dangereux qu'il eu avait parmi les juifs; et que c'est à nous, comme héritiers du zèle de saint Jean- Baptiste, de comballre ses ennenns, de les réprimer cl de les confondre. Que si en cela nous sommes lâches, si le respect humain nous terme la bouche, si la crainte de déplaire au monde nous rend timides ; si, à force de vouloir être prudents, nous devenons prévaricateurs ; si, au lieu de nous élever contre le scandale, nous nous contenions d'en gémir; si, ])ar nos méuagcmenls et nos tolérances, nous le fomentons; si nous nous taisons où il faudrait parler, et si nous dissimulons où il faudrait agir; dès là nous sommes indignes d'être à Jésus-Christ, et .lésus-Chr'j! ncno'isreconnaitplus. Des témoii'.s
irréprochables, qui ne détruisions pas d'une partce que nous prétendons établir de l'autre, qui soyons à l'épreuve de la censure, et qui, par certains endroits, n'affaiblissions pas le témoignage que Jésus-Christ d'ailleurs reçoit de nous, nous souvenant de l'avis de saint Bernard, que le monde est trop éclairé pour que nous puissions aisément lui imposer; que, quelque soin que nous prenions de nous cacher, il découvrira notre iàible, et qu'il ne manquera pas de nous l'objecler; qu'un seul point qui le scandalisera dans nous, empêchera à son égard tout l'effet des vertus les plus exemplaires que nous pourrions pratiquer; et, qu'à moins d'être irrépréhensibles, dans le sens que l'entend saint Paul, nous sonnnes incapables d'être les témoins de Jésus-Christ. Enfin, des témoins constants, pour tenir ferme et pour ne point relâcher dans les persécutions que l'enfer nous suscitera ;poui" supporter avec patience les contradictions des hommes, pour résister à nos propres faiblesses et pour vivre et mourir, selon l'exemple de saint Jean, en rendant témoignage à ce Seigneur, qui veut spécialement être honoré par notre persévérance. Voilà, mes chers auditeurs, ce que nous devons être. Mais c'est à vous, ô mon Dieu, de faire, par votre grâce toutepuissante, que nous' soyons tels, comme c'est à nous de coopérer à celle grâce pour arriver à cette perfection : c'est à vous à nous imprimer ces caractères, et à nous de vous présenter des cœurs qui en soient susceptibles. Vous avez vu, chréliciis, le témoignage de saint Jean en faveur de Jésus-Christ; voyez le témoignage de Jésus-Christ en faveur de saint Jean ; c'est le sujet de la seconde partie.
DEUXIÈME P.\RTIE.
C'est une question qui se présente naturellement à l'esprit, savoir lequel des deux fut plus avantageux à Jcaa-Bapliste , ou de ce qu'il servit de témoin au Fils de Dieu, ou de ce que le Fils de Dieu lui servit lui-même de témoin ; et je prétends qu'on peut bien ai>piiqaer ici ce que disait saint Augustin, lorsque, faisant le parallèle des deux apôtres de Jésus-Clulst, saint Pierre et saint Jean l'évangéliste, il demandait qui des deux avait eu une destinée plus souhaitable et plus digne d'envie : ou saint Pierre, qui, selon le rapport de l'Evangile, semblait avoir aimé son Maître plus ardemment ; ou saint Jean, qui, comme disciple favori, en avait éié plus tendrement aimé : car ce saint docteur répondait qu'à juger de l'un et de l'autre par les règles de la religion, il y avait
POUR LA FÊTE Dis SAINT lEAN-BAPTISTE.
en plus de mérite à aimer comme saint Pierre, mais qu'il y avait eu plus de bonheur et plus de laveur à être aimé comme saint Jean ; et qu'ainsi la comparaison ne pouvait être qu'à l'avantage des deux, parce que, si saint Jean avait eu au-dessus de saint Pierre la préférence de la tendresse et la prédilection de Jésus-Christ, saint Pierre l'avait emporté sur saint Jean par la ferveur et le zèle qu'il avait témoignés pour lésus-Christ. Il m'a paru, dis-je, que cette déeision de saint Augustin convenait parfaitement \ la question que je me suis proposée touchant e divin précurseur saint Jean-Baptiste ; car jn voici la juste apphcation : avoir servi de témoin au Fils de Dieu, c'est ce qui a fait le mérite de ce grand saint ; mais avoir eu pour témoin le Fils de Dieu même, c'est ce qui a fait son bonheur et sa gloire : et je vais vous montrer que cette gloire a été la récompense et le couronnement de son mérite, comme il est vrai que son mérite, a été le fondement et le principe de celle gloire. Ecoutez-moi ; il n'y aura rien en tout ceci qui ne vous instruise et qui ne vous édifie-
Ne vous étonnez pas, chrétiens, que le Sauveur du monde, par une espèce de reconnaissance, ait bien voulu rendre témoignage à saint Jean, et servir de témoin à son témoin même ; c'était, dit saint Chrysologue, pour vérifier dès lors, et pour accomplir par avance cette promesse si solennelle et si authentique : Qui confitebitiir me coram hominibus, confitebor et ego emn coram Pâtre meo^ : Quiconque me confessera et me reconnaîtra devant les hommes, je le reconnaifrai devant mon Père et devant les anges, au jour de mon dernier avènement; ainsi l'assurait le Fils de Dieu, parlant des justes en général : mais ù l'égard de Jean-Baptiste, il a encore plus fait ; ca r sans attendre la lin dv:i; siècles, il lui a servi de témoin dès celte vie, il l'a reconnu, il l'a glorifié en toutes les manières. Je m'explique : qu'a fait le Sauveur du monde pour honorer son précurseur ? il a rendu témoignage à la grandeur de sa personne, il a rendu témoignage à la dignité de son ministère, il a rendu témoignage à rexecllence de 5a prédication, il a rendu témoignage à refficacc de son baptême, il a rendu témoignage ù la sainteté de sa vie et Ji l'austérilé de sa pénitence: tout cela, autant d'éloges sortis de la bouche du FilsdeDieu même, en faveur de saint Jean : pesez-les, mes chers auditeurs, et admiroz-les.
Non, jamais homme ne s'est attiré et n'a reçu tout à la fois tant d'honorables témoignages que saint Joan-Baptisle. C'est ce que nous
1 MaUh., X, 3i.
apprend l'Evangile de ce jour ; car nous y voyons les anges et les hommes, par une espèce de concert, occupés à l'exalter. Des hommes, au premier bruit de sa naissance, en sont déjà dans le ravissement, et manquent, ce semble, de termes pour exprimer les hautes idées qu'ils conçoivent de sa personne ; ils se demantlent les uns aux autres : Quis, i)utas,pueriste erit ' ? Que pensez-vous que seraun jour cet enlant? comme s'il disaient : Voici un enfant en qui la nature et la grâce ont déployé tous leurs trésors, un enfant de bénédiction, un enfant de prodiges et de miracles. Déjà, tout enfant qu'il est, la main du Seigneur, c'est-à-dire la puissance et la force de Dieu, est avec lui; déjà il a délié la langue de son père Zacharie ; déjà il a rendu féconde la stérilité de sa mère Elisabeth ; mais s'il a fait en naissant tant de merveilles, que fera-t-il dans le progrès de sa vie? s'il est si grand dès sou berceau, que sera-ce quand, avec l'âge, il aura atteint la perfection d'une vertu consommée ? c'est un secret, ajoutent-ils, que nous nous contentons de révérer, et qu'il ne nous est pas possible de pénétrer : Et posuerunt omnes qui amlierant, in corde sito, dicentes : Quis, piitas, puer iste erit"^ ? Après avoir entendu toutes ces merveilles, ils les conservent dans leur cœur, et ils d-cmeurent dans le silence, parce qu'ils ne croient pas pouvoir s'en expliquer assez dignement. Mais voici un ange qui vient suppléer à leur défaut, un ange député de Dieu : c'est Gabriel qui vient résoudre leur doute, et leur apprendre clairement et distinctement ce qu ils doivent penser de la personne de Jean. Vous êtes en peine de savoir ce que sera un jour cet enfant; et moi, dit l'ange, je vous déclare qu'il sera grand devant le Seigneur : Erit magnns coram Domino 3. Témoignage, chrétiens, qui suffisait pour canoniser le précurseur de Jésus- Christ : car être grand devant les hommes, ce n'est rien ; être grand devant les princes et les rois, qui sont les dieux de la terre, c'est peu, puisque ces dieux de la terre sont eux-mêmes très-petits ; mais être grand dc\ ant le Seigneur, comme Jean-Baptiste, c'est être vraiment grand, c'est être solidement grand, c'est être absolument grand, parce que c'est être grand devant Celui qui est non-seulement la grandeur môme, mais la source et la mesure de toutes les grandeurs : Erit matjnus coram Domino. En effet, tout est petit devant Dieu, et les plus hautes puissances de l'univers ne sont, en présence de cette Majesté divine, que des atomes et des néants : Etsubstantiamea (anquam nihilumanle
< Luc, I, — = Ibid. — ' Ibid., 16.
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te 1. Mais pour saint Jean, il est quelque chose, et quelque chose de grand devant DIlu même : iïagnus coram Domino. Concluez de !à quel est donc le caractère de sa personne, el le degré de sa grandeur. Je nie trompe, chn tiens, ne le concluez pas encore de là ; c'est d'un autre témoin, c'est de Jésus-Christ qu'il laut que vous l'appreniez : car il n'appartenait qu'à lui de nous donner une juste idée de la personne de Jean-Baptiste. Les hommes n'en ont pu rien diie; l'ange, quoique ministre du Seigneur, n'en a pas dit assez ; mais le Fils de Dieu couronnera tout par son témoignage Et que dirat-il ? une parole qui renferme ou plutôt qui surpasse tous les éloges. Amen dico vohis, non surrexitinter natos mttlierum major Joanne D:iptistn 2 : Oui, je vous dis en vérité, qu'entre tous les enfants des hommes, il n'y en a point de plus grand que Jean-Baptiste. Voilà, mes chers auditeurs, le comhie de la grandeur : car èlre grand même devant Dieu, c'était, après tout, une louange qui convenait à plusieurs autres saints; mais être si grand qu'entre tous les enfants des hommes il n'y en ait point eu de plus grand, c'est la louange particulière et l'avantage de saint Jean. Sur cela les Pères et les interprètes sont partagés : les uns veulent que Jean n'ait été le plus grand qu'entre les saints de l'ancienne loi ; et les autres, qu'il n'y en ait point eu de plus grand que lui, même entre les saints de la loi de grâce. Quoi qu'il en soit, c'est de lui, et de lui seul, que le Sauveur a dit : ]\on siirrexit inter natos muUerum major. Voilà l'oracle de la vérité, à quoi, sans rien examiner de plus, nous devons nous en tenir, et voilà le premier témoignage que le Fils de Dieu rendit à la personne de saint Jean.
J'ai dit qu'il en avait rendu un autre à la dignité de son ministère : comment cela ? le voici. L'office important et le ministère essentiel de Jean-Bapti.^e, fut d'être le précurseur de Jésus- Christ; mais cet office de précurseur était sirelevé au-dessus de tous les autres ministères où les hommes jusque-là avaient été employési que, sans le témoignage de Jésus-Christ, nous ne l'aurions jamais compris. Prenez garde, s'il •vous plaît. Les juifs reconnaissaient saint Jean pour un prophète, el ils en jugaient bien, car il l'était ; mais ils le croyaient simplement prophète, et en cela ils se trompaient ; car il était quelque chose de plus : Etiam dico vobis, et plus quam prophetam 3. Oui, leur disait le Fils de Dieu, il est prophète, et plus que prophète. Pourquoi, demande saint Jérôme, plus que
{ fskl., X2SV1U, 6. — ^ Malth., xt, 11, — > Matth., xi, 9.
prophète ? parce que les prophètes n'avaient annoncé le Messie que dans l'avenir, au lieu que Jean- Baptiste annonçait qu'il était venu ; parce que les prophètes n'avaient vu les choses que de loin et dans l'obscurité, au lieu que saint Jean les voyait clairement et en elles-mêmes. Sans autre raison que celle-là, on avait droit de le mettre au-dessus de tous les prophètes, et de l'appeler plus que prophète ; mais la prééminence de son ministère était fondée sur un titre encore plus digne de nos réflexions : Etiam dico vobis, et plus quam prophetam. Hic est enim de quo scriptum est : Ecce ego millo angelum 7neJtm... qui prœparabit viam tuam ante te ^■, 11 est plus que prophète, ajoutait !e Sauveur du monde, parce que c'est celui dont le Père éternel a dit à son Fils : Voici mon ange, que j'enverrai devant vous pour vous préparer la voie. En effet, préparer la voie à un Dieu et être le précurseur d'un Dieu, c'était faire l'office d'un ange, et les anges du premier ordre se seraient tenus honorés de celte commission; mais cette commission est réservée à Jean, et il était proprement l'ange de Jésus-Christ. Or, être l'ange de Jésus-Christ, c'était quelque chose sans doute de plus honorable que d'être un ange du commun : car les anges du commun, quoique ambassadeurs de Dieu, n'ont point d'autre ministère que de veiller à la conduite des hommes; mais le ministère de Jean-Baptiste regardait immédiatement la personne de Jésus-Christ, puisqu'il n'était envoyé au monde que pour Jésus-Christ : Ecce ego mitlo angelum meum ante faciem tuam 2. Ah! chrétiens, est-il rien de plus sublime, et qui doive nous insijircr plus de vénération pour ce grand saint? c'était l'ange de notre Dieu ; il a fait dans le mystère de l'incarnation le même office que l'ange envojé à Marie de la part de Dieu ; et eu vertu de sa mission, il a rendu à Jésus-Christ, comme précurseur, des services plus importants et plus nécessaires que jamais les anges n'en ont pu rendre à cet Homme-Dieu. Encore une fois, ministère tout angélique, ou plutôt ministère tout divin, que Jésus-Christ a voulu honorer de son témoignage. Ajoutez-y ce qui doit en être la conséquence natiiiclle, je veux dire le témoignage que le Sauveur du monde rendit à la prédication de saint Jean. Vous le .savez : toute rexcellence de la prédication consiste en deux points, à éclairer et à toucher, à instruire et à émouvoir ; mais il est rare de trouver l'un et l'autre ensemble : car il arrive tous les jours qu'entre ceux qui sont destinés, et qui ont même reçu des
1 Matth., XI, 9, lu. — : Ibid<
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falrnts <lu ciel pour être les dispensateurs de la parole île Dieu, les plus fervents et les plus zélés ne sont pas les mieux pourvus de science et de lumières ; et que les plus inlelligents elles plus habiles ne sont pas ordinairement ceux qui ont le plus de zèle et d'ardeur. Les uns éclairent, mais ne louclient pas ; les autres touchent, mais n'instruisent pas ; au lieu que Jean-Baptiste, selon le témoignage de ,lcsus-Christ, excellait également dans tous les deux : Ille erat lucerna ardens et lucens i. Vous l'avez vu, disait aux juifs ce Dieu Sauveur, et vous l'avez admiié. Celait un flambeau qui cclaiiait toute la Judée; mais c'était un tlamboau ardent et luisant : luisant, pour dissiper toutes les ténèbres de l'inlidélité du siècle, et ardi'ut, pour embraser tous les cœurs du divin amour. Il a prêché parmi vous avec tout l'esprit et toute la vertu d'Elie : In spii'itu et virlute Elias 2. L'esprit sans la vertu, ou la vertu sans l'esprit, n'auraient pas sulli ; mais ayant possédé éminemment l'un et l'autre, c'a élé un prédicateur parfait. Que restait-il, chrétiens, après des témoignages si iUustres ? Encore un moment de votre attention ; je n'en abuserai pas.
Il s'agissait d'autoriser le baptême de saint Jean ; et c'est ce qu'a fait Jésus-Christ par un quatrième témoignage, qui ne mérite pas moins que les autres d'entrer dans l'éloge de ce glorieux précurseur. Jean baptisait dans le Jourdain tous ceux qui venaient à lui; mais comme ce baptême était nouveau, les pharisiens et les partisans de la synagogue en jugeaient diversement. Quelques-uns l'approuvaient, d'autres le blâmaient ; ceux-ci l'eslimaient bon et profitable, ceux-là le rejetaient comme supcrslilieux et inutile. Ou demandait à saint Jean en vertu de quoi il s'attribuait la puiss.uice de baptiser, puisqu'il n'était pas le Christ : Quid ergo baptiz-as, si tu non es Christus 3 ? Mais pour montrer que cette puissance lui convenait, le Sauveur des hommes rend hautement témoignage de la validité et de l'efficace du b iptême de .'eati : et quel témoignage ? le plus éclatant, mais aussi de la part d'un Dieu le plus surprenant ; car tout Dieu qu'il est, il reçoit ce baptême de la pénitence, qui disposait alors les hommes à la rémission despéchésetau baptême de la loi de grâce. C'est dans ce dessein qu'il vient de la Galilée au Jourdain, et qu'il se présente à saint Jean pour être baptisé ; c'est, disje, afin de convaincre par là tous les osi)ritsque le baptême de Jean est donc un baplèmc salutaire ; qu'il est saint, et qu'il est de Dieu, puis-
) Joan., V, 36. — î Luc, I, IT. — 3 Joan., i, 26.
que lui, qui est Fils de Dieu, en veut bien user. Mais, Seigneur, que faites-vous? s'écrie Jean- Baptiste, touché et confus d'une humilité si profonde; que faites-vous, et avez-vous oublié ce que vous êtes, et ce que je suis ? c'est moi qui aois èlre baptisé par vous, et vous venes à moi ! Ne craignez-vous point, en vous abaissant jusque-là, d'obscurcir votre gloire, et qu'on n'en tire des conséquenc:es au préjudice de votre sainteté? Sine modo, lui répond le Fils de Dieu, sic enim decet nos implere omnem justitiam i; Laissez-moi faire pour celte heure, car c'est ainsi qu'il faut que nous accomplissions toute justice. Vous m'avez reudu témoignage, je vaiis vous le rendre à mon tour ; et pour apprendre à tout le monde que votre baptême vient du ciel, moi qui suis descendu du ciel, j'en veux bien faire l'épreuve dans ma, personne. Quoique ce soit le baptême de la pénitence, moi qui suis l'innocence même, je veux bien m'y soumettre ; et quoique en m'y soumettant je paraisse inférieur à vous sans l'être, je ne dédaigne point de le paraître, pourvu que je persuade aux hommes que la pénitence à laquelle ce baptême les engage, est la seule voie qui peut les conduire au salut et à la véritable rédemption. N'est-il pas vrai, mes chers auditeurs, qu'il n'appartient qu'à Dieu de savoir honorer ses saints ?
Finissons par le dernier, mais le plus esseatiel de tous les témoignages que Jésus-Christ ait rendus à son précurseur, en publiant la sainteté de Jean, l'innocence de ses mœurs et l'austérité de sa pénitence. Où le trouvons-nous, ce témoignage ? Au chapitre onzième de sainj i\!althieu. Car c'est là qu'il est dit que notre adorable Sauveur, s'cidretenant avec le peuple et instruisant les juifs qui l'écoutaient, leur (i.irlait ainsi : Qu'êtez-vous allés voir dans le désert ? Quid existis in desertum videre 2? Vous y avez vu Jean-Baptiste; hé bien ! qu'en dites-vous ? avezvous cru voir en lui un roseau agité du veut, c'est-à-dire un esprit léger et sans consistance, qui suit le mouvement de ses passions, qui plie sous l'adversité, qui s'évanouit dans la prospérité, qui succombe à la crainte, que la vue de plaire ou que l'intérêt ébraide ; qui cède à tout et qui ne résiste à rien : Arundinem venlo iiçji' /a(rt?îi 3? Nuw, Jean n'est point un homme de cette trempe, c'est un cœur ferme et inébranlable dans le parti de Dieu ; c'est une âme solide et à l'épreuve de toutes les tentations du monde; c'est un esprit supérieur à tout ce que la faiblesse humaine peut former d'obstacles dans
1 Matth., m, 61. — ' ibid., 21, 1, — > Ibid.
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l'accomplissement des devoirs les plus difficiles, et qui denKiiident une vertu plus héroïque : en voilà le caraclcre. Mais encore, qu'avez-vous vu dans le désert? y avez-vous trouvé un homme vêtu avec mollesse, un homme voluptueux, attaché h ses commodités, aimant les douceurs de la vie, esclave de son corps et de ses sens : Sed quid existis vidtre ? hominem moUibus vestitum ' ? Au contraire, vous avez vu un homme crucifié pour le monde, un homme mort à tous les plaisirs du monde, un homme ennemi de son corps, un homme épuisé d'abstinences et de jeûnes, un homme couvert d'un rude ciliée : telle est la forme de vie dont Jean-Baptiste est venu servir de modèle. Qui pai'le ainsi, chrétiens ? Le Fils de Dieu, lequel rend témoignage de la sainteté de son précurseur, et qui n'allègue pour cela ni les révélalions, ni les extases, ni le don des miracles et des guérisons, ni l'esprit de prophétie, ni toutes les autres grâces éclatantes dont saint Jean était rempli ; mais qui fait consister cette sainteté dans une vie pénitente et morliliée, dans la haine de soi-même, dans le crucifiement de la chair, surtout dans la constance et la fermeté.
Arrêtons-nous là, mes chers auditeurs; voilà ce que je vous laisse à méditer, et ce qui doit être pour vous et pour moi le fruit de ce discours. Je vous l'ai dit, et je vous le dis encore, que si Jésus-Christ ne nous reconaait devant son Père, et ne rend téuioignage en notre faveur, comme il l'a rendu en faveur de Jean-Baptiste, nous ne serons jamais du nombre de ses prédestinés et de ses élus. 11 faut, pour être justes dans cette vie, que nous ayons le témoignage de Dieu en nous : Qui crédit... habettestimonium Dei in se 2; et j'ajoute que, pour être gloriùés dans l'autre, il faut que nous ayons le témoignage de Jésus-Christ pour nous. Or, jamais Jésus-Christ ne nous rendra ce témoignage favorable dont dépend notre salut éternel, si nous ne sommes fermes comme saint Jean dans l'observation de la loi de Dieu, et si nous n'entrons dans cette sainte voie de la pénitence et de la morlihcalion où a marché le saint précurseur. Pourquoi cela '/ parce que Jésus-Christ ne rendra témoignage qu en faveur de ceux qui auront eu soin de se conformer à lui. Or, nous ne pouvons nous conformer à Jésus-Christ, que par cet esprit de pénitence, accompagné et soutenu d'une inviolable persévérance ; par conséquent le témoignage de cet Homme-Dieu nous est indisfieiisablement nécessaire. 11 le donne aujourd'hui au plus saint
iMU\ii., X, 8 » U Jgan., v, 10,
des hommes, qui est Jean-Baptiste ; mais il ne le donne que fondé sur ces deux chefs, de l'austérité de sa vie, et de la solidité de sa vertu. Il n'est pas croyable que nous l'obtenions à des conditions plus douces, ni qu'il ait pour nous des lois de providence moins sévères et plus commodes. Savez-vous donc, chrétiens, ce que nous avons à craindre ? c'est que Jésus-Christ, dans le jugement dernier, au lieu de rendre témoignage pour nous, ne le rende contre nous ; et qu'au Ueu que son témoignage, s'il nous était favorable, mettrait le sceau à notre jusliticalion et à notre prédestination, il ne fasse noire con- ^ damnation et notre réprobation. Si jamais cet affreux malheur nous arrivait, par où Jésus- Christ fortifiera-t-il son témoignage contre nous? par l'exemple de saint Jean, par la pénitence de saint Jean, par la retraite de saint Jean, en un mot, par l'énorme et monstrueuse opposition qui paraîtra entre la conduite de la plupart des chrétiens et celle de saint Jean.
Car comment nous sauverons-nous de cette contradiction, et qu'aurons-nous à y répondre? Jean, remi)li du Saint-Esprit et sanclilié même avant sa naissance, n'a pas laissé d'embrasser une vie austère et pénitente; et moi qui suis pécheur, chargé devant Dieu du poids de mes iniquités, je veux mener une vie aisée et douce. Jean, dans la plus parfaite innocence, n'a pas laissé de mater sa chair par le jeûne et le cilice ; et moi j'épargne la mienne, qui est une chair de péché. Jean, à l'épreuve de toutes les tentations du inonde, n'a pas laissé de fuir le monde, et moi qui suis la faiblesse même, je m'expose à tous les dangers du monde. Voilà, dis-je, mes cliers auditeurs, ce que saint Jean nous reprochera au tribunal de Dieu : car, après avoir été le témoin de Jésus-Christ dans le premier avènement de ce Dieu Sauveur, il viendra encore dans le second, et sera appelé en témoignage contre les lâches chrétiens : Hic venit in testiinonium '. Oui, il viendra, non plus pour servir de témoin à la Uimière, mais pour servir de témoin contre l'iniquité. Ce sacré clicf que vous conservez coniir.e un précieux dépôt ; ce chef dont la vue confondit l'impie Hérode, et le fit trembler jusque sur le trône; ce cliednuet main tenant, depuis qu'une mort sanglante lui a ôté l'usage de la voix, mais alors rappelé à la vie et plus éloquent que jamais, fera sortir de sa bouche des paroles foudroyantes qui altéreront les pécheurs. Ah! grand saint, parlerez-vous donc conlre ce peuple qui vous est spécialement dévoué? il vous honore et il vous invoque comme son protec-
! Joan., I, 7.
POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE
teur ; en deviendrez- vous l'accusateur et le juge? Obtenez-lui ces grâces de conversion, ces grâces de sanctification qui le remettront dans la voie du salut que vous nous avez enseignée ; surtout faites-lui bien comprendre ce fameux oracle, que, depuis le temps où vous avez vécu sur la terre, le royaume du ciel ne s'emporte que par violence : A diebus Joaunis Baptistœ... regnum cœlorum vim patitur '.
Du reste, chrétiens, parlant devant un prélat que je considère ici, non-seulement comme l'évéque et le pasteur de vos âmes, mais comme un des maîtres de l'éloquence de la chaire où tant de fois il s'est distingué, j'aurais eu besoin, dans tout ce discours, des dons excellents qu'il a reçus du ciel, et qu'il a su si dignement et si saintement employer. Du moins, Monsf igneur, ai-je eu l'avantage de trouver en vou.« de quoi persuader à votre troupeau les saintes vérités que je viens de lui annoncer, et Je quoi les lui rendre sensibles : car, en faisant l'éloge du précurseur de Jésus-Christ, je n'ai pu m'empêcher de bénir le Ciel, qui, pour ma consolation, me fait voir encore aujourd'hui, dans votre personne, un prélat rempli de l'esprit de Jean-Baptiste et imitateur de ses vertus ; je veux dire un ])rélat aussi éclairé que zélé, aussi fervent que vigilant, et si j'ose m'exprimcr de la sorte, aussi aimable que vénérable ; un prélat plein de \igueur et de force pour faire observer la discipline, mais en même temps
plein d'onction et de douceur pour la faire aimer ; un prélat qui, comme Jean-Baptiste, a édifié la cour, et que la cour a respecté ; que le plus grand des rois a honoré de son estime; qui, prêchant aux grands du siècle avec une liberté tout évangéiique, mais aussi avec une égale sagesse, les a instruits de leurs devoirs, et n'a pas craint de leur reprocher leurs désordres ; un prélat dont la saine doclrine, la solide piété, la vie édifiante lui ont mérité l'auguste rang (jifil tient ; et qui, sans cesse occupé de ses fonctions, n'a en vue que la gloire de Dieu, que les intérêts de Dieu, que l'accroissement du culte de Dieu; enfin, un prélat qui, dévoué aux travaux apostoliques et, selon l'expression de saint Paul, n'estimant pas sa vie plus précieuse que lui-même, sacrifie tous les jours sa saule aux exercices de son ministère, à consacrer de dignes sujets, et à les former pour servir utilement à son Eglise, ;\ visiter les ouailles que la Providence lui a confiées, à sanctifier son peuple et à le conduire dans le chemin de la perfection chrétienne : Parure Domino plebemperfcctam '. Voilà, Monseigneur, les exemples que \oiis donnez, et qui, plus efficaces que mes paroles, sont, pour toute cette assemblée, autant d'exhortations pressantes et touchantes. Plaise au Ciel que vous en suiviez, chrétiens, toute l'impression, et que par là vous arriviez un jour à la vie éternelle, que je vous souhaite, etc.
1 Luc, I, 17.