‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 10 sur 132 · SUR LA F.\USSE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

SUR LA F.\USSE CONSCIENCE

mandèrent à Pilalc ; quoiqu'en même temps, s( ru|)uleux et superstitieux, ils refusassent d'entrer chez Pilale même, (larce qu'il était gentil, et qu'ils craignaient de devenir impuis et de se mettre hors d'état de manger la Pàque. Et pir un abus tout semblable et si commun aujourd'hui dans le monde, avec une fausse conscience on avale le chameau et on le di;;ère, tandis qu'on craint d'avaler le moucheron. C'est-à dire avec une fausse conscience, on s'abandonne aux plus violentes et aux plus ardentes passions, on se satisfait, on se venge, on s'empare du bien d'aulrui, on le relienl injustement, on dévore; la veuve et ror|)helin, on dépouille le pauvre et le faible, tandis qu'à l'exemple des pharisiens, on se l'ail des crimes de certains points très-peu importants. On est exact et régulier comme eux, jusqu'au scrupule, sur de légères observances qui ne regardent que les dehors de la religion, pendant que l'on si! moque et (]iic l'on se joue de ce qu'il y a. dans la religion cl dans la loi de Dieu, de plus grand et de plus indispensable, savoir, la justice, la miséricorde cl la foi.

Qu'est-ce que la f.iusse conscience? un al)!ine,dit saint Bernard, inais un abime iné|iuisable l'e [léeliés : Ctinscirtilin quasi nhijssus mult(C (S. Bernard.). Une mer profonde et affreuse, dont on peut bien dire que c'est là où se trouvent des rejitiles sans nombre: Mare magnum ac spatiosuin, illic replilin, quorum non est numerus (Ps. CIII].

Pourquoi des reptiles?Parce que de même, dit ce Père, que le reptile s'insinue et se coule subtilement, aussi le péché se glisse-til comnie inipercepliblement dans une conscience, où la passion et l'erreur lui donnent entrée. Et pourquoi des reptiles sans nombre? Parce (]uc de même (|ue la mer, par une prodigieuse fécondité, est abondante en reptiles, dont elle produit des espèces innombrables, et de chaque espèce un nombre infini ; aussi la conscience erronée est-elle féconde en toutes sortes de péchés, (lui naissent d'elle, et qui se mulli|)lient en elle.

Car c'est là, poursuit saint Bernai d, où s'engendrent lis monstres : Illic replilin. C'est dans la fausse conscience où se couvent les envies, les aversions noires et pleines de venin ; là. où se forment les médisances raffinées, les calomnies enveloppées, les intentions de nuire, les perfidies déguisées, et par une maudite politique arlificieusemenl dissimulée ; là, ou croissent et se nourrissent les désirs charnels, suivis de consentements volontaires, que l'on ne discerne pas; les attachemcnls secrets, mais criminels, dont ou ne se défie pas; les passions naissantes, mais bientôt dominantes, auxquelles on ne résiste pas ; là, où se cache l'orgueil sous le masque de l'humilité, l'Iiypocrisio sous le voile de la piélé, la sensualité la plus dangereuse sous les apparences de l'honnêteté; là, où les vices s'amassent en foule, parce que c'est là qu'ils sont comme dans leur centre et dans leur élément : lllir. rrptilid, quorum non est numerus. A quoi n'csl> 0!i pas exposé, et do quoi n'est on «n" '"■

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ORATEURS SACRES. BOURDALOUE

pabic, on suivant une conscience aveuglée par le péclié?

N'en demouroîis pns là : j'ajoule qu'avec une fausse consciem e, on commet le mal iiardimenl cl lraiH|uillemenl. Hardiment, parce qu'on n'y trouve dans soi-même nulle opposition ; tranquillement, parce qu'on n'en ressent aucun Iroulile ; la conscienCi', (lit saint Augustin, étant alors d'iiitHiRence avec le pécheur, et le pécheur dans cet élal, ayant fait comme un pacte avec sa conscience, qui le met enfin dans la funeste possession tle pécher et d'avoir la paix. Or, la paix dans le péché est le plus grand de Ions ii's maux. Non, chréliens, le péché s.ins la paix n'est point absolument le plus grand mal que nous ayons à craindre ; et la paix hors du péché serait, sans exception, le plus grand bien que nous puissions désirer. Mais l'un et l'autre enscaiblc, c'esl-à-dirc la paix dans le péché, elle péché avec la paix, c'est le souverain mal de celte vie, et ce qu'il y a pour le pécheur de plus approchant de la réprobation.

Or, voilà . mes chers auditeurs , ce que produit la fausse conscience. Prenez gar(fo, s'il vous plaît, à la remarqui' de saint liernard qui cclaircira ma pensée. Il dislingue quatre sortes de consciences : la l)0!ine, tranquille et paisible ; la bonne, gênée et troublée ; la mauvaise, dans l'agiiat^on cl daus le trouble ; la mauvaise, dans le calme cl la paix : et là-dessus écoutez comment il r.;isonne. Une honne conscience, tranqnil'e et paisible ; c'est , dit il , sans contestation , nn paradis anticipé; une bonne conscience gênée el troublée, c'est comme un purgatoire dans celte vie dont Dieu se sert qnehiuel'ois pour éprouver les âmes les plus saintes ; «ne nauvaisc conscience, dans l'agitation et dans le trouble que lui cau'e la vue de SCS crimes, c'est un espèce d'enfer. .Mais il y a encore, ajoule-t-il, quelque (linse de pire que ccl enfer ; et quoi ? une m.iuvaise con- •science dans la paix el daus le calme, el c'est où la fausse conscienceabonlil. Car, d:ns la conscience criminelle, mais troublé • de 1 1 vue de son péché, quelque image qu'elle nous retrace de l'enfer, au moins y a-t-il encore des lumières , el par conséquent au moins y a-l-il encore des principi's de conqioncinn, de contrition, de conversion. Le pécheur se révolte contre Dieu ; mais au moins sail-i! hi<'n qu'il est rebelle ; mais au moins n ssent-il lui-même le manieur cl la pi'inc de SI rébellion. Sa passion le domine et le rend esclave de rini()U'lé ; mais au moins m' l'empêche- 1- elle pas de connaître sis devoirs, ni d'être soumis à la vérité. Donnezmoi le mondain le plus emporté dans son libertinage, tandis qu'il a une conscience d.oile, il n'est pas encore tout à fait hors de la voie de Di'ii ; pouniuoi ? parce que, malgré ses emportements , il voit encore le bien el lo mal. et (]ue cille vue peut le ramener à l'un el le retirer de l'aulrc.

Mais dans une fausse conscience il n'y a (jue léi'.èbres et que ténèbres intérieures, plus funestes mille fuis que ces léiiè-

bres extérieures dont nous parle le Fils de Dieu , puisqu'elles sont la source de l'obstinalion du pécheur et de son cndiircisscnienl. Ténèbres intérieures de la conscience, qui font que le pécheur au milieu de ses désordres est conlenl de lui-même , se tient sûr de Dieu, se rend de secrets témoignages d'une vaine innoci'iice dont il se flatte, pendant que Dieu le réprouve el prononce contre lui les plus sévères arrêts.

ni c'est là , chréliens, ce que j'ai prétendu qu.ind j'ai dit en dernier lieu, qu'avec une fausse conscience on commel le mal sans ressource; car la grande ressource du pé~ chiur, c'est la conscience droite et saine, qui, en commellant même le pérhé, le condamne el le reçoit comme péché. C'est par là que Dieu nous rappelle, par là que Dieu nous presse, par là que Dieu nous force, pour ainsi dire , de rentrer dans l'ordre et dans la soumîjsion el l'obéissance due à sa loi. Ce fut par là que la grâce de Jésiis- Chrisl victorieuse triompha du cœur d'Augustin ; celle rectitude, el, pour ainsi dire, celle intégrité de conscience que sainl Augustin avait conservée jusque dans ses p'us grands dérèglements, fui le remède et la giiérison de ses dérèglements mêmes. Oui, Seigneur, disail-il à Dieu, dans celle humble confessiiin de sa vie que je puis proposer aux âmes pénitentes co^nme un parfait modèle; oui. Seigneur, voilà ce qui m'a sauvé, ce qui m'a relire du profond abîme de mou iniquité ; ma conscience, déclarée pour vous contre moi ; maconscicnce,quoiqu3coupablc, jugi- équitable d'elle-même, voilà ce qui m'a l'ail revenir à vous. Voyez-vous , chrétiens, la conduile de la grâce dans la convcrsinn dAiigtislin? Ce fond de conscience qui élait rrsle en lui cl que le péché n'avait pu déliiiire, fut le foml de toutes les miséricordes que Dieu voulait exercer sur lui ; le trouble de celle conscience criminelle , mais malgré son péché conforme à la loi, fut 1 1 dernière grâce, mais au même temps la plui efficace l'I II plus invincible de toutes les grâces que Dieu s'était réservées pour fléchir el pour amollir la dureté de ce cœur impénitent. Pensée consolante pour un pécheiir inlérieuremrnl agité el livré aux remords de sa couse ciice. Tandis que ma conscience me fait soulîrir celte gêne cruelle, mais salutaire ; tandis qu'elle me reproche mon péché. Dieu ne m'a pas encore abandonné ; sa grâce agit encore sur moi ; il y a encore pour moi de l'espérance, mon saint est encore entre mes mains, el les miséricordes du Seigneur, enfin , ne sont p;is encore épuisées ; ces remords dont je suis eoml'altu m'en sont une preuve el une conviction si'iisible, puisque Dieu me marque par là la voie que je dois suivre pour retourner à lui.

En effet, avec une conscience droite, quelque éloigné de Dieu f|ue l'on puisse être, on revient de tout. C'est ce que l'expérience nous fait voir tous les jours en mille sujets où Dieu, comme dil saint P.iul, se plaît à manifester les richesses de sa grâce ; el qui, après avoir été les scandales du monde par

rUHMlEn AVLNT. SERMON IV. SLR LA FAISSE CONSCIENCE.

Ii'ur >ii' ;iboiiiinal)If, en ikvioMiii'iil, par leur (■«i\M>rsioii , les CM iiipies les plus écla(aiils et IfS plus cdilianls. Au coiilraitc, avec une r.iusso cou^cii'nco, morlcllciiu'ul liicssée, on est ilaus l'inipuissance de guérir ; cui^agé dans les plus grands crimes el dans Us plus longs égarements , on est sans espérance de r. lour. Avec une fausse conscience cm est incorrigible el inconvertible , on sopiniàtre, o'i s'endurcit, on vit et on ii.eurt dans son péclié; d'où il s'ensuit que la fMUs^e conscieiÉCi-, et surtout la paix de la lausse couse icnce, dans l'ordre des jugements de Dieu, doit être regardéedu (lécbeur, non-seuleiiimt comme une punition de Dieu , mais comme une des plus fonniilaliles venge.inces de Dieu, mais comme le conimenccmenl de la réprobation de Dieu.

Rt voilà pourciuoi, dil saint Clirjsoslom ; {n • perdez pas celte réilision ciiii a (|uelqiie chose de touchant, quoiijue lerrible), i|uan(l Isaïc, animé du zèle de la gloire et des inlercls de Dieu, semblait \()uloir porler Dieu à punir les impiétés de son peuple, il n'emplojail point d'autres expressions (|ue celle - <i : Hxcwca cor pojixdi hujus (/.sa., VI) : Aveuglez le cœur de ce peuple, c'e>t-à-dire la consci<'iue de ce peuple. Il ne lui disait pas : Seigneur, humiliez ce peuple, confondez ce peuple, ace.iblez, opprimez, ruinez ce peuple. Tout cela lui parais-ait peu en comparaison de l'aveuglement; et c'est à cet aveuglement de leurs cceurs qu'il réduisait loni : Excœcn cor. Comme s'il eût dit à Di( u : C'est par là. Seigneur, que vous vous vengerez pleinement. Guerres, pestes, famines, «•.ilamilés temporelles, ne seraient pour ces ânes révoltées (jue des dcmi-cliâlimcnts ; niais répanili'Z dans leurs consciences des lenébrcs épaisses, et la mesure de votre coléic , aussi bien que de leur iniquité, sera remplie. Il roi'.cev.iit donc que l'aveugleiiienl de leur fausse conscience él.iit la dernière et la plusafl'reuse pi'ine du peclié.

Mais c'est pour cela même que, par un esprit tout contraire à celui d Isaïe, je fais aujourd'hui une prière tout opposée en disant à Dieu : Ah ! Seigneur I quel(]ue irrité iliie vous sojez, n'aveuglez point le cœur de ce peuple ; n'aveuglez point les consciences de ceux qui m'éconlenl , et que je n'aie pas encore le malheur de servir malgré moi, par r.ibus qu'ils feraient de votre paroleel démon ministère à la consommation et aux tristes suites de leur aveuglement. Déchargez votre lolère sur tout le reslc; mais épargnez leurs consciences. Leurs biens et leurs fortunes sont à vous; faites-leur en sentir la perle, mais ne les privez pas de ces lumièr» s qui <loivent les éclairer dans le chemin de la vertu. Kumitiez-lis, mortiiiez- les , appauvi issez-b s , ane.iiitissez-les selon le monde, mais n'éteignez pas le rayon qui leur reste pour ics conduire. A loutc autre punilion (]u'il v(!iis plaira de les condamner, ils s'y soumettront, mais ne les mettez pas à l'épreuve do cclleri. en leur Atanl la connaissance el la vue le leurs obligations, car ce serait les perire, elles r^'rdre sans ressource ; ce serait

dès cette vie les réprouver, .l'arbève. Faussft conscience aisée à l'ormer, fausse conscieme dangereuse cl pei'uiciense à suivre, c'est ce que je vous ai l'ail voir. Enlin fausse conscience, excuse inutile pour nous justifier devant Dieu : c'est la dernière partie.

TROISIEME PAnTIF,.

11 en faut convenir, rhrétirns : Dieu , qui est niisérieonlieux aussi bien que juste, ne nous ferait [)as des cri'iies de nos erreurs, si c'étaient des erreurs involontaires et de bonne foi , et il n'y aurait jioinl de pécheur qui n'eût droit de se prévaloir de sa fausse conscience , el qui ne put avec raison l'alléguer à Dieu , comme un<; légitime excuse de son péché, si la fausse eonscienre avait ce caractère de sincérité dont je parle. .Mais on demande si elle l'a toujours, ou du moins si elle l'a souvent. Celte quislion est d'une exliénie conséquence , |iarce qu'elle renferme une d;'S règles, et j'ose dire une des [dus ijiiportanles règles, d'où dépendent, dans l'usage el dans la pratuiue. le discernement et le jugement exact que chacun de nous doit faire des actions di? sa vie. 11 s'agit donc de savoir si ce caractère de bonne foi convient ordinairement aux consciences aveugles et eironées des pécheurs du siècle ; eu sorte (IHUiie conscience aveugle el erronée, à l'égard des pécheurs du siècle, puisse communément leur être un litre pour se disculper et se justilier devant Dieu. Ah ! mes chers auditeurs, |)lût à Dieu (jiie cela fût ainsi ! un million de |iéchés cesseraient aujonrdlini d'être péchés; el le monde, sans grâce el s.îus pénitence, se trouverait déchargé d'une intinile de crimes dont le poids a fait gémir de tout temps et fait gémir encore les âmes vertueuses.

Alais si cela était, reprend saint lîernard, piiiiiquoi Daiid, ce saint roi, dans la fervi iir de sa contrition, aurait-il demandé à Dieu, comme une grâce, qu'il oubliât ses ignorances passées : voulant marquer par là celles <iui avaient cau^é le désoiilre de la corruption de sa conscience '? Dclicta jucenluiis mac. cl iijvnruïtiidt: tncasnc mrmincris {Ps. XLlij. N'aurail-il pas dû dire au contraire: Seigneur, souvenez-vous de mes ignorances, el ne les oubliez jamais , car, puisqu'elles me doivent tenir lieu de juslificatioii auprès de vous, il est de mon intérêt que vous en conserviez le souvenir el que vous les ayez toujours présentes. Est-ce ainsi (ju'il parle'? Non. Il dil à Dieu: Oubliez-les, elfacez-lis de ce livre redoutable que vous produirez contre moi, quand vous me jugerez dans toute la rigueur de voire justice. Ne vous souvenez point alors du mal que j'ai fail el que je n'ai pas connu ; puis(iue de ne l'avoir pas connu, dans l'obligalion où j'élais de le connaître, est déjà un crime dont vous seriez en droit de me punir : £t iijnoranliax mrns ne mcmineris. 11 n'est donc pas vrai que l'ignorance, cl par conséquent la fausse lonscieiice, soit toujours une excuse recovable auprès de Dieu.

Il y a plus, et je preiends (lu'elle no l'esî' prrsqiie jamais, el que dans le siècle où nous-

OR MEURS SACRES. BOURDALOUE

vivons (Vit lin dt'S prélexles les plus frivoles. Pourquoi? Par deux raisons invincibles ri snns réplique : l' parce que dans le siècle où nous vivons il y a trop de lumière, pour fM)u\oir supposer ensemble une conscience dans l'erreur et une conscience de bonne foi ; 2" |)arce qu'il n'y a point de fausse conscience que Dieu, dès mainlenanl, ne puisse coiifundre par une autre conscience droite <|iii reste on nous, ou qui, quoique hors de nous, s'élève conire nous nialp;ré nous-mêmes. Encore un moment d'allenUon, et vous «n allez dire persuadés.

Non, chréliens, dans un siècle aussi éclaire que celui où Dieu nous a fait naître, noas lie devons pas présumer qu'il se trouve aisément pariiii les hommes des tonscienccs erronées et au même temps innocentes. Il y en a pou dans le monde de ce caractère; et dans le lieu où je parle, je ne craindrais pas d'avancer qu'il n'y en a absolument point. Car, sans m'clendre on général sur la proposiiioii, si \o'.is, mon cher auditeur, à qui je l'.idresse en particulier, aviez été fidèle ,iu\ lumières de la grâce que Dieu vous avait abondamment communiquées , et si vous aviez Usé des moyens faciles qu'il vous îivait mis en main pour vous éclaircir du fond de vos obligations, jamais ces erreurs, qui ont été la source de tant de désordn s, ne vous auraient aveuglé, ni n'auraient perverti votre conscience. Souffrez que je vi '11110 nu détail. Par exemple, si, avant que d'agir et de décider sur des choses essentielles, ^ ous ■îous éiiez défié (î- vous-méuie ; si vous aviez ou, et (|ut> vous eussiez voulu avoir un ami droit ol chiolien, qui vous eût parlé sincèrement et sans ménagement ; si vous aviez donné un libre accès à ceux dont vous pouviez apprendre la vérité ; si votre délicatesse ou votre répugnance à les écouler ne leur avait pas fermé la bouche; si par là les adulateurs ne s'étaient pas emparés de votre esprit; si, parmi les ministres du Si'igneur, <|ui devaient être pour vous les iiiterprètt s de sa loi, vousa>iez eu recours à ceux qu'il avail^dus libéralement pourvus du don delà science, el que l'on connaissait pour tels; si, au lieu d'en choisir d'intelligents, vous n'en aviez pas cherché d'indulgents et de complaisants ; si, jiisiiue dans le triliunal de la pénitence, vous n'aviez pas préféré ce qui vous ét.Tit commo'le à ce qui vous aurait été salutaire, celle fausse conscience, ([ue nous examinons ici, ne se serait pas formée en vous. l'MIe n'( st donc venue <iue de vos résistances à la grâce et aux vues que Dieu vous donii.iit; elle ne s'est formée que parce que vous ;.y:'z vécu dans une imlilTérence extréii:e à 1 égard de vos devoirs ; que parce que h' dernier de vos soins a été de vous en instruire, que jiarce qu'emporté par le plaisir, occupé des vains amusements du siècle, ou accablé volonlaireraenl et sans nécessité de mille aflaues temporelles, vous vous êtes peu mis ni peine d'étudier votre religion ; que, parce qn'aimant avec excès votre repos, vous avi'Z évité d'approfondir ce qui l'aurait é»idemiiiinij mais inutilemenl troublé. Elle ne s'est

formée que parce que, dans le doute, vous vous en êtes rapporté à votre propre sens ; que parce que vous vous êtes fait une habitude de voire présomption, jusqu'à croire que vous aviez seul plus de lumières que lous les autres hommes ; que pane que vous vous êtes mis en possession d'agir en effet toujours selon vos idées, rejetant de sages conseils, ne pouvant souffrir nul avis, ne voulant jamais être conircdil, faisant gloire de votre indocilité, et, comme dit l'Ecriture, ne voulant rien entendre, ni rien savoir, de pour d'être ol)ligé de faire et de prati((uer: Nnluit in'.eU\(jere itt bene aaeret ' Psalm. XXXV).

C'est ainsi, o'is-je, mon cher auditeur, que suivant li- torrent et le cours du monde, vous vous êtes fait une conscience à votre gré, et vous êtes tombé dans l'aveuglement. Or, nêlos-vous pas le plus injuste des hommes, si vous prétendez qu'une conscience fondée sur de tels principes vous rende excusable devant Dieu ?Cela serait bon pour des âmes païcnups, enveloppées dans les ténèbres de l'infidélité; cela serait bon peut-êlro pour di' certaines âmes abandonnées à la grossièreté de leur esprit, et, par la destinée de leur état, vivant sans éducation et presque sans instruction. Mais pour vous, chrétien, qui vous piquez en tout le reste d'intelligence et de discernement , pour vous que l.i lumière, si je puis ainsi parler, investit do toutes paris , pour vous, à qui il est si facile d'être instruit de la vérité et de la connaUr.j à fond, quel droit avez-vous de dire que c'est l'erreur de votre conscience qui vous a trompé? Abus, mon cher auditeur, excuse vaine, et qui n'a point d'autre effet que de vous rendre encore plus criminel. C'est ce voile de malice dont parle l'Apôtre, et quand vous vous en servez, vous ne faites qu'augmenter voire crime, en rejetant sur Dieu ce que vous devez avec confusion vous imputer à vous-même.

D'.iMlant plus condamnables au tribunal (le Dieu f remarquez bien « eci , s'il vous pl.iît , ciiiétiens : c'est un second titre dont Dieu se servira contre nous) , d'autant plus condamnables, que Dieu, dans le jugement qu'il fera de nous, ne nous jugera pas seulement sur les erreurs de nos consciences, absolument considérées , mais sur les erreurs de nos consciences, comparées à l'intégrité de la conscience des païens , mais sur les erreurs de nos consciences, opposées à mitre exactitude et à notre sévérité même pour les autres, mais sur les erreuis de nos con-ciciices , comparées à la droiture des premières vues et des premières nolions (|ue nous avons eues du bien et du mal, avant que le péché nous eût aveuglés; car tout cela , dit siiint Augustin, ce sont autant de règles pour former en nous une conscience éclairée et pure, ou du moins peur l'y rétablir. Et parce que nous les aurons négligées ces règles, ces règles deviendront eonire nous autant de sujets de condamnation. Ne .-crais-je pas heureux , si je vous persuadais

la rUF.MIER AVENT. SERMON IV. SUR LA FAUSSE CONSCIENCE

«njoiinlliiii de vous les rendre uliles el né-

ffssjiiri'S ?

Dieu se servir.! delà conscience des païens pour condamner les erreurs des chrétiens. Ain^iïcrt^llie^. instruisant les femmes chrétiennes, les confonJail-il sur certains scanil.iles dont quelques-unes, remplies de 1 esprit (lu monde, ne se faisaient nulle conscience, el en particulier, sur celte immodestie dans les habits, sur ces nudités criminelles, si «ontraires à la pudeur. Car n'est-il pas in- (lijine, leur disait-il , qu'il y ail des païennes dans le monde plus régulières là-dessus et plus consciencieuses que vous? N'est-il pas iiiiligne que les femmes arabes, dont nous s ivons les mœurs et les coutumes , bien loin (l'élre suji'ttes à de tels désordres, les aient toujours délestés comme une espèce de proslituiion, el que vous, élevées dans le cliristianisuie, vous prétendiez les justifier par un usage corrompu , dont le monde en vain s'autorise, puisque Dieu l'a en horreur el le réprouve? Or, sachez , ajoutait ce l'ère, ipie •■es païennes el ces infidèles seront vos juges devant Dieu. Kl inoi , chrétiens auditeurs, suivant l.i même pensée, je vous dis : N'eslil pas bien étrange et bien déplorable que nous nous perniellions aujourd'hui impuue- Mienl et sans remords, cenl choses dont nous savons que les païens se sont fait des criuies? (jue dans la justice, par exemple, on ne rou- {jisse point de je ne sais combien de ruses, de détours, de chicanes , qui' la probité de l'aréopage n'aurait pas soufferts? que dans le commerce, on veuille soutenir des usures que toutes les lois romaines ont condanmées? ijue dans le christianisme, on veuille qualifier de divertissements honnêtes , au moins permis , des spectacles qui , selon le rapport de saint Augustin , rendairnl infâmes dans le paganisme ceux qui les représentaient? D'où procédaient ces sentiments , d'où procédait la sévérité de ces lois, sinon de la rectitude naturelle de la conscience? Et c'est cette conscience des païens qui réprouvera la nôtre ; car il est de la foi qu'ils s'élèveront contre nous au jugement dernier , el il est certain que celte comparaison d'eux à nous,el de nous à eux , sera un des plus sensibles reproches de notre aveuglement.

N'allons pas si loin. Nous avons une conscience éclairée, pour qui ? pour les autres, cl aveugle, pour qui ? pour nous-mêmes ; une (onscience exacte pour les auires jusqu'au Scrupule , et indulgente pour nousmêmes jus(iu'au relâchement. Que fera Dieu? ]l confrontera ces deux consciences , pour condamner l'une par l'autre ; car il est encore de la foi que nous serons jugés comme nous aurons jugé les autres , et que Dieu prendra pour nous la même mesure que nous aurons prise pour eux.

Enfin Dieu nous rappellera à ces premières vues, à ces notions si justes et si saines que nous avions du péché , avant que le péché nous eût aveuglés. Quelque renversement qui se soil fait dans notre conscience, nous n'avons pas oublié ce bienheureux étal où l'innoceuce de notre cœur, jointe à l'inlcgrilé

de notre raison, nous dégageait (!es illusions cl des erreurs du siècle. Nous nous souvenons encore de ces idées piimili\cs (jui nous faisaient juger si sainement des choses par rapport à loi de Dieu. Ce péché, que nous traitons maintenant de h.igatelle, nous paraissait un monstre, et c'était la conscience qui nous inspirait ce sentiment. Qu'est devenue celte conscience ? comment s'est-eile si prodigieuseuienl changée? C.'élait le fruit d'une éducation chrétienne : ou l'avait cultivée , ou l'avait perfeclionnée par tant de sages conseils. Que nous disait-elle antrefois? et pourquoi ne ncnis dit-elle plus ce (pi'elle nous disait alors? D'cu'i est venue une corruption si générale el si fatale? On ne nous reconnaii plus, et nous ne nous reiounai>s(>ns plus nous-mêmes. C'est , nous dira Dii'u , que vous avez donné entrée à la passion , et que la passion a éloulîé toutes les semences de vertu que j'avais jetées dans votre âme. Or, vous est-il pardminable de n'avoir pas conservé tant de bor.s principes (|ui devaient vous servir de règles dans tout le cours de votre vie? ^'ous esi-i| pardonnable d'avoir éteint tant de lumières, des lumières si vives, des lumières si pures, et de vouséîre volontairement plongés dans les ténèbres d'une fausse conscience?

C'est donc, mes chers auditeurs, de ce désordre de la fausse conscience que je vous conjure aujourd'hui de vous préserver ou de revenir. Pour cela, souvenez-vous de ces deux maximes ()ui sont d'une éternelle vérité, et sur lesquelles doit rouler toute votre conduite: l'une, que le chemin du ciel est étroit; el l'autre, qu'un chemin étroit ne peut jamais avoir de proportion avec une conscience large. La première esl fondée sur la parole de Jésus-(>hrisl : Arda via esl quœ clucit nfl vitnm {M(itlh.,\l\); vi la seconde esl évidente par elle-méuie. Pour peu que vous soyez chrétiens, il n'en faudra pas davantage pour vous faire prendre le dessein d'une solide et parfaite conversion. Souvenez-vous qu'il est bien en votre pouvoir de former vos consciences comme il vous plaît, mais qu'il ne dépend pas de vous d'élargir la voie du salut. Souvenez-vous que ce n'est pas la voie de Dieu qui doit s'acconmioder à vos consciences, mais que ce sont vos consciences qui doivent s'accommoder à la voix de Dieu. Or, c'est ce qui ne se pourra jamais, tandis que vous les réglerez sur les maximes relâchées du siècle. 11 faut qu'elles se resserrent, ou par une juste crainte, ou par une obéissance fidèle, pour parvenir à ce degré de proportion, sans lequel elles ne peuvent être que des consciences réprouvées. Si, à mesure que vous vous licenciez dans l'observation de vos devoirs, le chemin du ciel devenait plus large et plus spacieux, ah 1 mon frère, s'écrie saint Bernard, bien loin de vous troubler dans la possession de celte vie libre et commode, je vous y confirmerais en quelque sorte moi-même. A la bonne heure , vous dirai-je : puisque vous avez trouvé une route et plus facile e.l aussi sûre pour arriver au terme de votre salut,

♦23 Oi'.AltlRS SACHES. lîOLUDAI.OUf:. jaj

Biiivrz le liar.liinonl ; et si vous le vnu'oz , rond qui sï-miit sur rc |ioinl iMilre les iiova-

u<cz là-dessus de tous vos droits. Mais i) Ulmis cl la soc te q ni leur ctail opposée. Les

n'en va pas ainsi : car l'Ecriture ne iitiiis uns voulaient que l'on admît iuilllTcreinnient

parle point de ce chemin lari;c (|ui conduit à à la pénitence toutes sorles de péclieins; el

la vie. Il n'y a qu'une seule poric pour y les autres prétendaient, au contraire, qu'on

entrer: et l'Evangile nous a|iprend que pour n'y en devait recevoir aucun : ceux-là ccr-

passer par celle porte, il faut laire effort : rompaient la pénitence par un excès de re-

C'onlendilc. Fai-ons-le chrétiens, ce généieux l.'icliement ; et ceux-ci en détruisaient tout à

elTort; nous en serons bien payes par la 'lil l'usage par un excès de sévérité. L'Eglise,

gloire qui nous Cït promise, cl que je vous inspirée du Saint-Esprit, suivant sa conduite

SDuIiaile, etc. oiiiinaire.pritle milieu entre ces deux extré-

SERMON V. u.ilés;etp,irleten)péramcntqu'e!ley apporla,

p.iLR LE QUATRIÈME D[MA.\cnE DE l'avent. ''" uiodéraul la rigueur des uns , el en cor-

Sur la sévérité de la pénitence. "-;''!'\' ';' ''"P ,g''''>"'Jc laeilité des autres, elle

, „ . ; , I r '''"'"isii la pénitence , disons mieux, l'adini-

Fanlfim pslveil)um nomini super JoaiiiiPni Zachaïk-e II- nki.--ii;,A., ,!., o., „„i ,i i - ■.

h,i ,. h. .icserin; n venit in omnem rof,MMn,.m Jordanis, "'"^ rat on du sacrement de la peiiilcnre, aux

piM-dicaiis baplisimim pœiiiteilUa; in remissionem peccalo- .luttes lioriics ou le souverain prêtre Jésus-

linii. Christ avait prétendu la rriifcrmer.

Le Seigneur fit eiticmire sa parole à Jeun, (ils de Zaclia- Or, celle importante question, lanl agitée

,;,', dunsle(lé>^ert: el UniUi (imnjoni le ,ih;;s qui esi le ;.]o,g s'est ensuite renouvelée presque dans

Itinq (lu Jourdain, l'ieelmnl le bnplenie (le peiiilenee pour la (,,,,c. i, ..-.,; ? i„ 11 . -n

mission des péchés (S. Lue, chap. III). '""-^ '^ S siècles ; nous 1 avons vue se réveiller

ilaiis le nôtre, non pas avec le nicuie éclat ni

Ce n'clail pas en vertu du baptême de saint avec des suites si funestes, à Dieu ne plaise !

•lean que les péchés étaient remis : mais le niais toujours avec le même partage de sen-

bapléme de saint Jean était une préparation tiuients et la même diversité de conduite,

iiéressaire pour parvenir à la rémission des Ceux-là ont pris le parti de la sévérité, mais

péchés ; et sans la rémission des péchés , on dune sévéïilé sans mesure; et ceux-ci le

ne pouvait participer à la rédemption de Je- parti de la douceur, mais d'une douceur qui I-

sus-Ciirist, ni profiter do ce bienfait inesti- qtiofnis ilangercuse, soit pour le ministre

niable. (Z'élait par la pénitence qu'il fallait de la pénitence, soit pour le pécheur péni-

se disposer à le recevoir; et celle pénitence, tenl.

depuis rétablissement de la loi chrétienne, Je n'ai garde, chrétiens, de m'engager au-

est communément appelée un second baptême jour.i'liui dans cette controverse, ni d'entro-

comme le baptême, suivant la doctrine des Pè- prendre d' décider un point qui ne vous re-

resélaitaulrefoisappelélapromiôrcpénitonce. garde pas dirictemenl, et qui ne pont servir

Voilà pourquoi le divin précurseur prêche >'' votre édiiicalion. Car il vous serait bien

aujourd'hui le baptême de la pénitence avec inutile desavoir comment et par quelles rè-

tant de zèle : cl puisque nous sommes à la S'i's les prêtres doivent administrer la péni-

\oille de cette grande solennité, où nous de- lenie, penilant que vous ignorez de (luelle

vons célébrer nous-mêmes la naissance du manière vous devez voiis-mêmes la pr.ilii|uei':

Sauveur des hommes, et la venue de ce Mes- et d'ailleuis 1 Vxporience nmis aptuend assez

sio que saint Jean-Baptiste annonçait aux <iuc ces soit.'s de matières traitées dans la

Juifs, je me trouve engagé, mes eîiers audi- chaire, el par là soumises an jugement du

leurs, à vous faire la même prédication. Le public, n'ont point d'antre effet que de divi-

«■aractère de ce baptême, je veux dire de ser les esprits, et de faire que les peuples,

celle pénitence chrétienne dont j'ai à vous qui doivent être jugés par les prêtres dans le

parler, est, selon tous les docteurs de l'E- saint tribunal, devieimonl eux-mêmes les

plise, l'espril de sévérité. Car c'est en cela j''ges des prêtres; car voilà souvent où tout

particulièrement, dit Pacien, évêque de Bar- aboutit.

colone , que la pénitence est différente du loi s'inquièle de ce que les prêtres ne font premier baptême. Matière impoilante , el pas leur devoir dans le sacrement de péniinslructiou nécessaire que je vous prie de ne ler.ce, qui se met très-peu en peine d'y faii (> pas négliger. 11 n'est rien de plus ordinaire le sien. Tel accuse les piètres de faiblesse cl ni rien de plus étranger, que de voir le ridâ- de corruption dans leur morale, qui u'acchement se glisser jusque dans notre péni- com|)lil pas même ce que lui impose la moti'nce même; el c'est ce désordre même ([ue raie la moins étroite. On voudrait en général j'atiaquc dans ce discours ( l «lue j'entre- des prêtres sévères et zélés , tandis qu'en prends de corriger, après que nous aurons particulier on n'a pas le moindre zèle ni la demandé le secours du ciel par rintercession moindre sévérité pour soi-même, vie Marie : ,4rf, ^/rtr/(/. Cependant , chrétiens , c'est surtout dans Il y a longtemps, et ce n'est pas seulement le pécheur (|uc doit être la sévérité de la pede nos jours, (]u'il s'est élevé dans le momie, nilence, puisque c'est dans le pécheur qu'est je dis dans le monde chrétien, des contesta- le désordre du péché. Si les prêtres diuvenl lions touchant la sévérité de la pénitence, avoirde la sévérité, cen'estquepoursuppléer considérée de la pari des prêtres, qui sont à celle qui nous maïKiue. Car que peul séries vicaires de Jésus-Christ et qui ont été vir toute la sévérité des prêties, quelque établis lie Dieu pour eu être les ministres el pure et quelque sainte qu'elle soil, si elle les disp.cnsateurs. Il n'est rien de plus fa- n'est pas précédée ou du muins accompagnée meus dans l'histoire de l'Eglise que le diffé- de la n^'.rc?

125 rilEMlEll AVblM. SKU.MON V. SUU L\ l'KiSnENCc. 426

No pailon» Jonc l'oiiil (lo la sévériU" (le !a siiiincnn nls . (lue je foiiiie do ce |)riiuipe. pénitoiict' par rapport aux ministres que I,'li<mimo dans la pénitence lait l'olliee de |)i(U a rluiisis et qu'il a revêtus de son pou- Dii'u eu se juj^eant lui-nième; il doit donc se \oir. pour èlie dans le sacré tribunal comme jui,'er dans la rigueur. L'homme dans la pèses lieutenants et les défenseurs de ses inté- niîence de\ ienl ju^'O, non pas d'uu autre, rôts. S'il y a dans l'exercice de leur ministère mais de soi-même ; il doit donc dans ses ju quelque abus à réformer, laissons-en le soin gemenis pren.lre !e larli de la sevérilé. Du r.us. prélals et à ceux qui ont autorité dans jugement que l'homme l'aitde lui-même (i.iiis l'i-slise. Mais nous, ne pensons liu'à nous- la pénitence, il y a ap()el a un autre jugement mêmes, puis(iue nous ne devons rê|ioiulre supérieur, ijui est lelui île Uicu ; il doit donc que de nous-mêmes. Or, je dis que le grand y procéder avec une équité inllexible. Ueprincipe qui doit animer et régler uolr(; pé- veloppons ces trois pensées, et sui\eznilcuce, c'est la sévérité, sévérité nécessaire moi.

et sévérité douce. Appliquez- vous et concc- Je le dis, chrétiens, et il est vrai : l'homme

viz mon dessein. Je prétends que la péni- pécheur lient la place de Dieu, quand il se

teuce, prise par rajiporl à nous, doit être iuge lui-même par la pénitence ; cl c'est ce

sévère : c'est de quoi il faut convaincre vos (jue Tertullien nous déclare en termes for-

esprils. et ce que je ferai dans le premier mels. La pénitence, dil-il, est une vertu (jui

point. Mais parie (jue cette sévérité pourrait doit faire en nous la fonction de la jusliic

rebuter vos cirurs, j'ajoute que plus notre de Dieu, et de la coléi cde Dieu : de la ju>tice

pénitence e>t sévère, (ilus dans sa sé\érilé de Dieu, pour nous condamner; et de la co-

même elle devient iloucc : je vous le montre- 1ère de Dieu, pour nous punir ; car c'est là

rai dans le secouii point. Nécessilé d'une le >.us de ces admirables paroles : l'uniun-

pcnilence sévère . douceur d'une pénitence lin Dii iiu{i(jnaliunc fuiK/ilur {T(rli(ll., île

sévère : c'est tout le sujet de votre aden- l'œiiil.): une vertu qui doit prendre contre

lion. nous les intérêts de Dieu;(|ui doit réparer

PUEMifeiiE PARTIE f'' nous les injures faites à Dieu;(|ui, aux

dépens de nos personnes, doit \enger et apai-

Ouclque relâchement que le péché ait in- ser Dieu; qui, à mesure que nous sommes

Ir.uluil dans le chrisliani^me, il est aisé de plus ou moins c(uipab!es, doit nous faire

comprendre , pour peu que l'on connaisse la plus ou moins sentir l'indignation et la haine

nature de la péiiitcucc , qu'elle doit être se- de Dieu : je dis cette haine parfaite qu'il a

vère de la |iarldu pécheur; et la raison qu'eu du ()éché; et cette sainte indigiialion qu'il

apporte saint Augustin est convaincant '. ne peut s'empêcher, jiaree qu'il est Dieu, de

Car, dit ce Père, qu'est-ce que la péniten'C? concevoir contre le pécheur. Si la pénitence

c'est un jugement, mais un jugement doit la tsl eunforme à la droite raison, c'est-à-dire,

1,1 forme a quilque chose lie bien particulier, si elle est ce qu'elle doit être, en voilà le

l'.t en efl'el, si vous me d< mandez quel est vrai caractère. Or, je vous dem.inde : ce ca-

cclui qui y préside en (lu.ililé de juge, je raclèie pcut-il lui convenir.^à moins ((u'eile

vous réponds que c'est celui qui y paraît en ne penche vers la rigueur, et qu'elle ne nous

qualité de criminel, je veux dire le [lécheur in>pire contre nous-uiêmes ce zèle de sé\é-

inêine : Asrevdit liomo ndrcrsum se Irihnntd rite qui lui est si propre'?

menlis suœ (.l'iy. , lih. L II omit.] : l'homme A parler simplemenl, el dans les termes les

s'érige un tribunal dans siui [)ropre cœur; il [dus éloignés de l'amplification, à quoi, dans

se cite devant soi-même, il se fait l'accusa- le sujet que je traite, je fais profession de

leur de soi-même, il rend des témoignages i-enoiieer; dites-moi , chrétiens , une lâche

contre soi-même ; et enfin , animé d'un zè c et molle [)éiiilence a-t-elle quelque chose qui

de, justice, il prononce lui même son arrêt. ressemble à cette indignation de Dieu'' lin-

Voilà la véritable et parfaite idée de la péni- Ire la pénitence d'un homme mondain, et la

lence chrétienne. justice de Dieu vindicative, y a-t-il quelque

Mais, me dircz-vons, saint Augustin, par- |)roportion '.' ou plutêit , dans l'énorme el

laiit ailleurs du jugement de Dieu, dit qu'il monstrueuse opposition qui se trouve entre

n'appartient qu'à Diru d'être juge dans sa rexlrêmc séiérilé de celle-ci elles honteux

pnqire cause. Il est vrai, chrétiens, il n'.ip- relâchenients de celle-là, l'une peui-elie être

particnt qu'à lui de l'être d'une manière in- substituée à l'autre, et, s'il m'est permis de

dépendante, de l'être avec un pouvoir absolu, m'exprimcr de la sorte , devenir l'équivalent

de l'être souveraincinent et sans appel. Or, de l'autre? Ah 1 mes chers auditeurs, osc-

riiomme en se jugeant lui-même par la pé- rions-nous le dire, oserions-nous même le

nitence, est bien éloigné d'avoir ce caraclère penser? Il s'ensuit donc que notre pénitence

lie juridiction. 11 se juge, mais en qualité alors, non-seulement n'est point dans ce de-

seulen;ent de délégué el comme leu int la gré de perfection (]ui eu pourrait relever in-

placc de Dieu. Il se juge, mais en vertu scu- (inimcnl le mérite et la gloire devant Dieu ;

Icmenl do la commission ([ue Dieu lui en a mais qu'à la bien examiner dans ses [innci-

dounée. Il se juge, mais avec toute la dé|ieu- pes , et selon l'exacte mesure qu'elle doit

dance d'un juge inférieur à l'égard d'un juge avoir, elle n'est pas même absolument rece-

souvcrain. Différences bien essentielles, el vable. Poiirijuoi ? parce qu'elle n'a nulle cou

qui servent à établir la vérité que je vous b r.;.ilé à son souverain modèle ; et que la

prêche, savoir, que notre pénitence doit être règle do Tertullien ne peut lui être appli-

cxaclc el rigoureuse. Car, écoulez trois rai- quéc : ranilciUia Dei indiynalione fun/jilur.

ORATEURS SACRES. «OUliDALOUE.

le bon sens,

Oiinnd je ne consulterais que c'est ainsi que je conclurais.

Approfondissons celle pensée; et puisque la fin de la vraie pénitence doit être de condamner 1 1 de punir le péché, imaginons- «lous. mes frères, reprend saint Augusiin, que Dieu a fait un pacte avec nous, et qu'il nous a dit : Il faut, ou que vous vous jugiez vous-mêmes, ou que malgré vous-mêmes vous soyez jugés ; que vous vous jugiez vous-mêmes dans cette vie, ou que, malgré vous, vous soyez jugés à la mort. Je vous en laisse le choix. 11 est impossible que vous éviliez l'un et l'autre, parce que tout péché altirc un jugement après soi; mais l'un ou l'autre me suffira, et je m'en tiendrai également satisfait. Il dépend donc maintenant de vous, ou d'être jugés par moi, ou de ne l'être pas. Car, si vous vous jugez vous-mêmes par la pénitence, dèslà vous n'êti'S plus responsables à ma justice; et tout pécheurs que vous êtes, ma justice n'a plus d'action contre vous. Au contraire, si vous ne vous jugez pas , ou si vous vous jugez mal, le droit que j'ai de vous juger subsiste nécessairement; et comme Dieu , je suis obligé par le devoir île ma [irovideiice à le maintenir dans toute son étendue.

C'est ainsi que Dieu nous parle : et en quel endroit de l'Ecriture nous proposc-t-il une t.-lle condition ? dans tous U'S livres des prophètes ; mais plus expressément dans cet excellent passagede l'Epîlre aux Corinthiens, où saint Paul instruisant les premiers fidèles, leur donnait cet important avis : Quod si nosmriiiisos (lijiuUcnreimis, non uliqne judirtireiiinr ( I Cor., XI ) : sachez, mes frères, que si nous voulions bien nous juger nousmêmes, nous ne serions jamais jugés de Dieu. C'est pour cela que les Pères de l'Eglise ont si hautement exalté le mérite de la pénitence, en disant qu'elle a le pouvoir de nous affr.inchir en quelque sorte de la juridiction de Dieu. Ah I s'écriait saint Bernard, que ce jugement que je fais de moi-même m'est avantageux, puisqu'il me soustrait au jugement de mon Dieu, qui est si terrible 1 Quain bonum pœnitenliœ jiulicinm . ([uod districln Dei jndicio me subdncil ! {Bernard.). Oui, ajoutait cet homme de Dieu, je veux, quoique pécheur, quoique chargé d'iniquités, me présenter devant ce formidable juge : mais je veux m'y présenter déjà tout jugé, afin qu'il ne trouve plus rien à juger en moi; parce que je sais bien, et qu'il m'a lui-mcuie assuré, qu'il ne jugera jamais ce qui aura une fois été jugé : Vulo viiltui inv judicadis prœscnlari, non judicandus; quia bis non judicat in idipsum ( Idem).

Or, cela supposé, chrétiens, n'ai-je pas raison de dire que la sévérité du pécheur envers lui-même est une qualité essentielle à la pénitence? Car que fais-je'f poursuit saint Bernard, et voici ce que chacun de nous doit s'appliquer, pour se mettre dans les dispositions que demande la solennité prochaine; que fais-jo, soit lorsque jo me présente devant Dieu au tribunal de la pénitence, soit lorsque je pratique cette sainte

vertu dans le secret de mon âme? Je fais, ou je dois vouloir faire ce que Dieu fera un jour quand il me jugera : et que fera-t-il alors? Un jugement sévère de ma vie, qui ne pourra ni être obscurci par l'erreur, ni affaibli parla passion, ni corrompu par l'intérêt; un jugement où Dieu, pour être irréprochable dans ses arrêts, emploiera toute la pénétration de son entendement divin, et tonte l'intégrité de sa volonté adorable : Ut vincas cnmjudicaris ( P*. X } ; en un mot, un jugement où Dieu, malgré moi-même, découvrira toute mon iniquité , et ne me fera nulle grâce. Car il est de la foi qu'il me jugera ainsi, il faut donc, si je veux prendre l'esprit de pénitence, que je fasse quelque chose de semblable. Et puisque voici le temps où je dois entrer en jugement avec moi-même , pour me préparer à la naissance de mon Sauveur, il faut, autant qu'il m'est possible , que j'imite les procédures de la justice do Dieu contre moi-même; c'est-à-dire, qne jd commence dès aujourd'hui à bien connaîire l'état de mon âme, à en développer les plis et les replis les plus cachés, à sonder l.i profondeur de mes plaies : que je considère cet examen comme devant être pour moi un supplément de celui de Dieu , et par conséquent comme l'affaire de ma vie la plus imliorl.inte, et celle qui exige de moi une attention plus sérieuse; que pour cela je ramasse toutes les lumières de mon esprit, afin de me juger, s'il se peut, aussi p.irfaitement (lue Dieu me jugera; afin de discerner mes fautes aussi exactement et avec la mêm« éiiuité qu'il les discernera, afin d'exercer sur moi la même censure qu'il exercera; que, pour faire celte action dignement, je sois résolu de n'y consulter ni mon amour-propre, ni la prudence de la chair, ni la politique du monde, ni l'exemple, ni la coutume, ni les i lees du siècle, ni mes préju.gés; mais d'y écouter ma seule conscience, la foi seule, la religion seule; que je prenne la balance eu main, non jias celle des enfants des hommes, qui est une balance trompeuse : Mendace» lilii hominum in staleris { Ps. LXI), mais la balance du sanctuaire, où je dois être pesé , aussi bien que l'infortuné roi de Babylone.

Car si j'y procède autrement, c'est-à-dire si, jusque dans le sacré tribunal, je me flatle moi-mèuie; si j'use de dissimulation avec moi-même , si je suis d'intelligence avec ma passion, si je me prévaux contre Dieu de ma fragilité; si je qualifie nies péchés de la manière qu'il me plaît, adoucissant les uns, déguisant les autres, donnant à ceux-ci l'app.irence d'une droite inlcnlion , couvr.int ceux-là du prétexte d'une malheureuse nécessité ; si je décide toujours en ma faveur ; si, dans les doutes qui naissent sur certaines injustices que je commets , et qui atlirenl après elles des obligations onéreuses , je conclus dans tous mes raisonnements à ma décharge, en sorte que, quelque injure ou quelque dommage qu'ait reçu de moi le prochain, je ne me trouve jamais obligé, seloa mes principes, à nulle réparation ; enfin si, pour ne pas m'cngager dans une diseussior, cl

PUE.MlEPi A VENT. SEUMO.N V. SUT. LA PE.MTKNCE.

iiiif rt'clie.'clK' ((ui mocauscraienl un IroiiMe fàrlieus, iiuiis un (rouble salutaire, m;iis un (rouble nécessaire, je me con(en(e d'une n'vue préci|iilée, cl je m'étourdis sur les dil'licultés de ma conscience, plutôt que je ne les éclaircis; si c'est ainsi que je uie comporte, ah 1 ma pénitence n'est plus qu'une pénitence chimérique e( réprouvée de Dieu. Pourquoi ? parce qu'elle n'est pas, comme cl h; le doit être, conforme au jugement de Dieu. Dieu et nmi, nous avons deux, poids, deux mesures différentes ; et c'est ce que l'Ecriture appelle iniquité et abomination.

En effet, chrétiens, Dieu nous juchera bien autrement : cette lâche et molle procédure que nous observons à notre égard dans la pénitence, n'est point celle que Dieu suivra dans son jugement. Si cela c(ai(, en vain voudrait-on nous le faire craindre; en vain aurait-il fait aux saints, et ferait-il encore aux âmes vertueuses tant de frayeur : car, s'il pouvait s'accorder avec tous nos ménagements, avec tous nos déguisements, avec tous nos adoucissements, qu'aurait-il alors de si terrible ; et comment serait-il vrai que les jugements de Dieu sont si éloignés de ceux des hommes? Mais la foi ni'empéche bien de me flatter d'une si vaine espérance ; car elle me représente sans cesse ces deux vérités essentielles, que le jugement de Dieu est infiniment rigoureux, (jue le jugement de Dieu doit être le modèle et la règle de ma pénitence : d'où elle me fait conclure, malgré moi, que ma pénitence est donc fausse et imaginaire, si elle n'est accompagnée de cet esprit de zèle et de rigueur avec lequel je dois me juger moi-même et me condamner. Et voilà, mes chers auditeurs, ce qui faisait faire à David celte prière si sensée, lorsqu'il demandait à Dieu, comme une grâie particulière, de ne permedre pas que jamais son cœur consentît à ces paroles de malice, c'est-à-dire à ces prétextes que le démon nous suggère pour notre propre justification <'t pour nous servir d'excuses dans nos péchés : Ne déclines cor meum in verba muliliœ ad excusandas excusaliones in pcccaiis. {Ps. CXL.) Et parce que l'expérience lui avait appris que la plupart des hommes donnent dans ce piège, et que le monde est plein de ces faux élus, car c'est ainsi qu'il les appelait, qui, en traitant même avec Dieu, ont toujours raison, ou prélendent toujours l'avoir, ce saint roi protestait à Dieu qu'il ne voulait point de communication ni de société avec eux : Cum hominibus opérant iOus ini(/uilalein et non commnnicabo cum clectis eoriun[lb.) . Mais qui sont ces élus du siècle, demande s.iint Augustin, expliquant ce passage du psaume : Qui sunt isli elecli sœculi ? {August., in Ps. CXL. ) Ce sont, répond ce Père, certains esprits prévenus, aussi bien que le pharisien, d'un orgueil secret, (jui, ne se connaissant pas, jugent toujours favorablement d eux-mêmes, et se tiennent sûrs de leur probité ; qui ne se défient ni de leurs erreurs , ni lie leurs faiblesses; qui de leurs vices se font des vertus; qui, séduits par leurs passions, prennent la vengeance pour un acte

vé-

dc justice, la medi^.mce poui zèle de la rite, l'ambiliou i)our attacliemeiil à leur devoir; qui s'avouent bien en général les plus grands pécheurs du monde, mais ne conviennent jamais en partit ulier d'avoir manqué ; en un mot, qui se justifient sans cesse de-^ vaut Dieu, et se croient irrépréhensibles devant les hommes : car c'est l'idée que nous en donne saint Augustin, par où il nous fait entendre que de tout temps il y a eu des esprits de ce caractère. Elus du siècle, qui, cherchant à autoriser leurs désordres, dès là n'ont nulle disposition à s'en repentir, beaucoiipmoinsày renoncer, en quoi néanmoins consiste la pénitence. L'un, ajoutait le même d.jcteur, impute aux astres le dérèglement de sa vie, comme si la constellation de Mars était la cause de ses violences, ou celle de Venus de ses débauches : i'enus in me odul~ tcrium fecit, sed non eiju ( /^i(/. ). L'autre, imbu de l'erreur des manichéens, soutient que ce n'est pas lui qui pèche, mais la nation des ténèbres qui pèche en lui : Non eijo peccavi, sed yens lenet>rarum ( Ibid. ). Tel était alors le langage des hérétiques, qui, comme remarque saint Augustin, n'allait qu'à fomenter la présomption et l'impéniteiice de Ihomme, et à rendre Dieu même auteur du péché ; et tel est ( ncore aujourdhui, quoique sous d'autres expressions et sous des termes plus simples, le laiigrige des mondains ; j'entends de ces mondiins si indulgents pour eux-mêmes, et si lâches dans la pratique et l'usage de la pénitence.

Car, dites-moi, chréliens, quand un pécheur, aux pieds du minisire de Jésus-Christ, confesse qu'à la vérité il est sujet à tel désordre, mais que ce désordre est un l'.iible qui mérite plus de compassion que de blâme, que c'est l'efTet d'un tempérament, d'une coiiiplexion qui prédomine en lui et dont il n'est pas le maître ; quand il parle de la sor(e, ne tombe l-il pas dans le sentiment de ceu.v qui s'en prenaient à la fatalité de leur étoile et qui disaient : Venits in me adullcrium fe~ cil, sed non ego ? Et quand un autre, pour se disculper de ses crimes, reconnaît d'abord (ju'il les a commis, mais du reste ajoute que dans le monde il y a une certaine corruption dont on ne peut se préserver, que c'est le malheur du monde, et qu'il faudrait n'être pas du monde pour en être exempt : qu'estce que le inonde dans sa pensée, sinon la nation des ténèbres dont parlait le manichéen? Non ego peccavi, sed gens tenebrarum (Ib.). Voilà les prétendues défenses des élus du siècle : Defensiones islw sunt elcclorum sœculi. Défenses, encore une fois, aussi injurieuses à la sainteté de Dieu qu'elles sont propres à entretenir le libertinage de l'hoinine.

Ah 1 mes frères , concluait sainl Augustin, jugeons-nous plutôt dans la rigueur de la pénitence, et par là nous glorifierons Dieu en nous condamnant nous-mêmes. Disons à Dieu comme David , dans l'esprit d'une humilité sincère : Guérissez nionâme. Seigneur; parce que j'ai péché contre vous : Sana animammeam quia peccavi libi [Ps. XL) : oui, j'ai péché, et ce n'est ni mon naturel, ni mou

OnATELRS SACRES. BOURDALOLE.

lJ-2

{cmpéramont que j'en accuse ; il ne lon.iit qu'à moi (ic le régler, et jo savaisassez, quand je voulais, le leiiir dans l'ordre : celle passion qui m'a dominé au préjudice de votre loi , n'a jainaiseusurmoi dempireau préjudicedeincs iiilércls. EUeéliiit soiiplectsoumise k ma raison, quand j'en craignais les conséquences devant les hommes; el elle n'avail ni emporlements, ni saillies queje ne réprimasse, (luand je croyais qu'il y allait de ma réputalion ou de ma fortune. J'ai péché contre vous, peccnrf tîbi ; et j'aurais tort de m'en prendre ai monde, car le monde, tout pernicieus (ju'il est, n'a eu d'asccndanl sur moi qu'autant qu'il m'a plu de lui en donner. El en elTet , cent fois pour me satisfaire moi-même, je l'ai méprisé ; cent fois par vanité et par caprice, je me suis atïranehi de son emiiire et je me suis mis au-dessus de ses coutumes el de ses lois. Si je vous avais aimé, 6 mun Dieu, autant ijuc j'aimais une gloire mondaine, autant que j'aimais des biens périssables , autant que j'aimais la vie, le monde avec toute sa malignité, ne m'aurait j. mais perverti. Je ne serais donc pas de bonae IV.i si je prétendais par là justifier mon infidéliié. Voyezvous , pécheur, dit saint Augustin, comment vous honorez voire Dieu à mesure que vous vous faites justice et une justice sévère en vous resserrant dans les bornes étroites de la pénitence : Vides quomodo sic paient tans Dei, in (jna angustiabaris cum te telles defendcrc [August., ibid.).

Mais est-il rien de plus naturel que de se faire grâce à soi même"? et puis(|ue dans la pénitence où je liens la place de Dieu, je deviens moi-même mon juge, qu'y a-l-il de plus pardonnable que de ne pas agir cont' e moi avec toute la rigueur de la justice ? Ah I chrétiens, je l'avoue, il n'est rien de plus naturel (]uc de s'épargner soi-même. Mais c'est justement de là que je tire une seconde raison pour nous convaincre que la pénitence doit être sévère de notre part; je dis , parte que nous avons tant de penchant , et que nous sommes si fortement portés à nous aimer nous-mêmes et à nous ménager; car il faut que la pénitence surmonte en nous ce fond d'amour-propre, et elle ne le peut faire que par une sainte rigueur. En effet , s'il était question de juger les autres et de prononcer sur les actions du prochain, je n'aurais garde de vous exhorter à la sc\érilé. Je sais qu'alors nous ne sommes que trop exacts cl trop enclins à censurer et à condamner; mais quand il s'agit de nous-mêmes, dont nous sommes idolâtres, et pour qui nous avons, non pas seulement des tendre>ses, mais des délicatesses infinies, quel parti plus raisonnable et plus sur puis-je vous proposer que celui d'une rigueur sage, mais inilexible ?

N'avez-vous pas éprou\é cent fois que les injures les plus légères nous paraissent des outrages, dès qu'elles s"aJres^ent à nous, et (ju'au contraire les outrages les plus réels , quelquefois même les plus sanglants , s'ancanlissent, pour ainsi dire , dans notre estime cl se réduisent à rien, quand ils ne touciient que les autres ? Qui fait cela, sinon cet

amour de nous-mêmes qui nous aveugle dans nos jugements? El le moyen de le combattre que par une pénitence rigoureuse!

Hélas ! mes frères, nous savons si bien co'orer nos défauts ; nous sommes si adroits à les couvrir et à les excuser : ce que Dieu, ce que les hommes condamnent en nous, c'est souvent ce qui nous y plaît davantage et de quoi nous nous applaudissons. Que sera-ce donc de notre pénitence, si nous ne corrigeons pas cet instinct de la nature corrompue par une règle plus droite , quoique moins commode? •\ quelles illusions serons-nous sujets?

bien de péchés laisserons- nous impunis?

combien d'autres ne condamnerons-nous qu'à demi ? Defions-nous de nous-mêmes, ne nous écoutons jamais nous-mêmes. Avec une telle précaution, nous ne serons encore que trop exposés aux pièges et aux artifices de cet amour-propre qui se glisse partout, et dont nous avons tant de peine à nous dèfemlre.

Mais la grande el dernière raison, mes chers auditeurs, celle qui nous engage plus indispensablement à la sévérité de la pénitence, el qui demanderait seule un discours entier , c'est que le jugement que nous portons contre nous-mêmes n'est point un jugement souverain ni définitif, mais un jugement subordonné, un jugement dont il y a appel ; appel, dis-jc , au tribunal de Dieu : un jugement , dont les nullités et les abus doivent servir de matière à un autre jugement supérieur que nous ne pouvons éviter. Car c'est là, chrétiens , c'est à ce redoutable tribunal, où nous comparaîtrons tous, que nous devons être jugés en dernier ressort : c'e>l là que notre Dieu, qui, par sa prééminence et par sa grandeur, est le juge de tous les jugements, réformera un jour les noires : Cum accppero tempus , erjo jnstilias jndicabo [Ps. LXXIV). A quoi surtout satlachera-l-il dans ce dernier jugement , el quelle sera sa principale occupation ? S race de juger nos crimes? Non , répond sainl Chrysoslome ; mais sa première fonction , celle qui marquera davantage la supériorité de son être et sa suprême puissance, sera de juger les jugements que nous aurons rendus conirenos crimes; do rechercher les accusations que nous en aurons faites ; de condamner, pour ainsi dire, n is condamnations ; de nous [)unirde nos punitions; en un mol, de nous l'aire repentir de nos repentirs mêmes ; car voilà proprement le sens de celle parole : Hijo justitias judicabo. Nous nous croyons à couvert et en sûreté sous le voile de ces [)retenilues pénitences; mais ce voi'e n'aura caché que notre confusion et notre honte. Nous regardons ces confessions de nos liéehés, suivies de quelques salisfxlions légères qu'on nous a imposées, comme autant de justices envers Dieu ; mais Dieu nous fera voir que souvent ç'ont été d'énormes injustices, et c'est de ces fausses justices, ou plul('>t de ces injustices véritables qu'il nous demandera compte.

Ah ! chrétiens, que nous servira de nous être tant flatlés et tant épargnés? Que nous servira d'avoir trouvé, etpeut-êîre cherché,

«35 rUEMIER AVENT. SEllMON V. SIR LA PENITENCE

dans Ii'S iiiiiiislros île Josus-Clirisl (1rs li'un-

l)i' dispciis.ili urs

ni

mi'S iiidulijciits et l'.icilcs ?

qu'ils l'iaieiit dos inystèios de I)i( ii, que umus servira d'eu avoir l'ait les couiplices de nolic làchelc? Les condescemiances qu'ils aiiionl eues pour nous, ces pràces iirt-eipilées (itie nous eu aurons obtenues , de i\uf\ ns,;f;e nous seront-elles ? Dieu les ralillera-l-il '.' ce qu'ils auront délié sur la terre, en reiàchant ainsi les droits de Dieu, sera-l-ii délié dans le ciel? le pouvoir des clefs i|ui leur a élé donné va-t-il jusque-là? Non, non, dit l'an^':de l'école , saint Thomas : le Irihunal d,' la pénitence où ils jiresidenl est hien, dans iiu sens, le tribunal de la iniséri<orde , mais le tribunal de la niisériiordo de Dieu , et non de leur miséricorde ni de lanôlre; moins encore de la nôtre. Car si, par un défaut de zèle, leur niisérienrde vit>nt à s'y mêler, ou si, par un aveii^leuient d'esprit , nous y taisions entrer la ni\;re, je le répète, chrétiens , et malheur à moi si je ne vous en averliss.i s pas, comme du l'A] <^tre, ;\ temps ( t à coniretemps ; de ce tribunal de la miséiicorde de Dieu nous devons passer au tribunal de la justice, mais d'une justice sans misérieordr. Voilà le fondement que vous devez poser ; fondement sur I((iuel les premiers lidèles appuyaient cette sévérité de discipline qui s'observait parmi eux : Apttil no.<, disaienlils, an rapport de TertuUien, dislriclc jiidicatur, taïK/iinm npuil certos de dirino jiiilicio (Tcrl.) : Nous nous juji;eons exactement et sévèrement, parce (jue nous savons qu'il y a une justice rigoureuse (jui nous attend, el que nous aïons toujours en vue. Aussi , ajoule saint Chrysostomc, le juge inférieur et swb;llernc doit toujours ju|;er selon la rigueur de la loi : il n'appartiml qu'au souverain de pardonner , et le seul moyen d'ob- •lenir prâcc est de ne se l'accorder pas.

Sévérité raisonnable; car il ne faudrait ici, chrétiens, iiue notre seule r.iison pour nous convaincre. Si ces lieureux siècles lie la première ferveur du clirislianisme duraient encore, où un seul péché, de la nature même de ceux que mitre relâchement a reniliis si communs, était expié par les cxercires les plus labeiieux et tout enscnible les plus humiliants d'une pénitence de plusieuis années, peut-être nous pourrail-il venir dans l'esprit qu'une telle sévérilé passerait les bornes, et ce serait à moi, comme défenseur des intérêts de Dieu, à la justifier; ce serait à moi à vous faire entendre que bien loin qu'il y eût de l'excès dans celte sévérité évangélique,les premiers chrétiens étaient au contraire fortement persuadés que les droiis de Dieu , qu'il s'agit de réparer dans la pénitence, vont encore bien au delà ; que jamais l'Eglise n'a suivi des règles plus sages; et que si dans les derniers temps notre extrême délicatesse l'a forcée en quelque sorte à les mitiger, c'est ce qui relève cis règles même-, je veux dire, d'avoir été dans leur instiiutiou aussi raisonnables que nous avinis depuis cessé de l'être.

Mais nous n'en sommes plus là, mes rhers auditeurs, et je n'ai plus besoin ni de la doci-

lité de votre foi, ni de \olre soumission à I i conduite de ri-'gli'c, jiour vous fiiic approuver ce qu'il y a de plus sévère dans la pénitence. Kncore une l'ois , elle n'a plus riiii d(> sévère (jne ce ijue votre raison même vous prescrit ; ou , pour parler juste , ce (luelle a désormais de |)lus sévère , c'est ce que voire raison nu'Moe vous prescril.

Oui, mes frères, en quoi consiste « l a loiijiMirsconsisIé son essenlielle sévéïitéVC'est d'> nons réduire aux bornes étroites de la raison (jue Dieu lutus a donnée; et quand nous eu sounnes sortis, de nous y faire rentrer, eu nous obligeant à être raisonnables contre nous-mênu'S, et aux dépens de nous-mêmes. Car c'est là ce qui nous coûîe, et ce que nous ti-ouvons de plus difficile dans la pénitence : de nous interdire tout ce que notre propie raison nous fait connaîtie , ou péché, ou cause <lu péché; d'arracher de nos cœurs des an'eclions que nous jugeons nous-mêmes crliiiinelles et source du |iéché ; de renoncer à mille choses agréables, mais (]nc nous savons être pour nous dis engagements au péché ; de nous assujettir de bonne foi à tout ce (|uc nous reconnaissons être des préservalifs nécessaires contre le péché; de répanr par des oMivres toutes conli-aires les malheureux cfl'els du péché, ("est ce que je pourrai traiter avec plus d'étendue une autre l'ois , et c'est en quoi , dis-je , la pénitence nous paraît sévère. Hors de là, on se soumettrait à tout le reste ; et pourvu (ju'on en fût quilt ■ p<Hir ce qui était ordoiiné par bs anciens canons , on consentirait sans peine qu'ils fussent renouvelés, on jeûnerait, on se couvrirait du lilice et de la cendre, on se prosternerait aux pieds des prêtres : mais d'etoufl'er une vengeance dans son rieur, mais de pardonner une injure, mais de rendre un bii u mal acquis , mais de rétablir l'honneur Iléiri par une médisance, mais de sacrifiera sou devoir une passion tendre, mais de rom- |M e un commerce dangereux el de se détacher di' ce qu'on aime . voilà ce qui révolte la nature, et ce qui désole le |)é( henr; voilà ce iiu'on a tant de peine à obtenir de lui, et ce qu'on en obtient si raiement; voilà sur quoi vous vous <lefendez tous les jours contre les ministres de Jésus-Christ , sur quoi votre résistance énerve si souvent leur zèle, ou le rend inutile.

Cependant voilà ce que j'appe'le, souffrez cette exprès ion, et ce qui est en effet, le raisonnable de la pénitence : si raisonnable, que vous êtes les preuiiers à convenir iju'on ne peut pas se dispenser de l'exiger de vous : si raisonnable, que vous seriez voiis-mémes scandalisés si l'on ne l'exigeait pas. Le reste était d'instilutioi! humaine; nrais ce raisonnable est de droit naturel et divin : le reste a pu changer, mais ce raisonnable subsistera toujours , et est . en quelque manière , aussi iniiiiuable que Dieu : le reste dépendait di; l'Eglise, mais ni l'Eglise, ni ses ministres ne peuvent rien s>ir ce raisonnable : il n'y a point d'autorité sur la terre, il n'y en a point dans le ciel qui puisse nous décliargerde l'obligation où nous sommes de l'accomplir.

OnATLtnS SAC.RKS. BOL'RDAl.OUE.

Heureux si nous goûlons nnjourd'hiii ci'llc vérité I lit'ureux si, siiiv.iiil K'S limiiôres de colle diiiile raisDii à InqucUe, nia!;;ré nous, nous soiniiies soumis, nous cuiliinssons !a pénitence dans loule la sc\éiilé de srs devoirs ; si, pour vensor Dieu de nous-uiènies, el pour le bien venger, nous faisons passer d.ins nous-mêmes loule la colère de Dieu 1 Kn sorte que nous puissions lui dire, comme DavitI : In me Iransientnt irœ tiiœ [Psitl. LXXXVll). Seigneur, il s'est fait un transport admirable, cl comme une transfusion bien surprenante. Du moment que j"ai conçu la griévelé de mon péché , et que je l'ai dc- Icslé par la pénitence , loule v otre colère a passé de voire cœur dans le mien : In me transierutit irœ tuœ. Je dis votre colère , Seigneur, car il me fallait la vôtre, et il n'y avait que la colère d'un Dieu aussi grand que vous (;ui pût délruire un mal aussi grand que le péché. La mienne aurait été trop faible; mais la vôtre a toute la force et toute la verlu nécessaire. C'est pour cela que vous l'avez loule répandue dans mon âme, parce que mon péché la méritait tout enlière. Une partie n'aurail pas suffi ; mais il me la fallait dans toute sa plénitude, pour pouvoir haïr et punir l'excès de mes désordres : In me transierunl nvp tuœ. Au reste, mon Dieu, c'est en cela même que je reconnais voire miséricorde : je dis, en ce que vous avez fait sortir \olre colère de voire cœur pour la faire entrer dans le mien; car si elle était demeurée dans vous, à quoi ne vous aurait-elle pas porté contre moi'? Au lieu que, puissant dans moi, elle s'y est, pour ainsi dire, humanisée. Encore, Seigneur, n'avez-vous pas voulu qu'elle passât immédiatement de vous dans moi. Sortant de votre sein, elle aurait élé trop ardente et trop allumée, et je n'aurais pu la supporter; mais pour la tempérer, vous l'avez fait passer premièrement dans le cœur de votre Fils, oîi elle a presque amorti tout son feu par les saintes et innocentes cruautés qu'elle a exercées sur lui. Et parce que le cœur de votre Fils est la source de toutes les grâces, c'est là, c'est dans ce centre de la sainteté et de la miséricorde qu'elle a pris une vertu salutaire pour me sanctifier. C'est ainsi , mon Dieu, qu'elle est venue en moi ; c'est ainsi que je l'ai reçue, et que je la veux conserver : /" me traunierurit irœ liiœ. Elle rendra ma pénitence sévère, et par un heureux retour, plus ma pénitence sera sévère, plus elle me deviendra douce. C'est le sujet de la seconde partie.

SECONDE PARTIE

TerluUicn, parlant de la pénitence, a dit une chose bien glorieuse d'une pari à Dieu . mais de l'autre bien capable de rabattre la présomption et l'orgueil de l'homme. De quoi s'agit-il, mon frère (c'est ainsi qu'il s'adresse à un pécheur) '? vous êtes en peine de savoir si votre pénitence vous sera utile ou non devant Dieu : qu'importe, Dieu vous conmiande delà faire, n'est-ce pas assez pour vous obliger à lui obéir? Quand il n'y aurait que le seul rcspicl dû à son autorité, elle aiérile bien que vous y ayez égard prétérable-

nu-nt â voire utilité : Bonum libi est pœnilere, an vun, qnid revohis? Deus imperat ; prinr est aurtoritas impernulis, quam ulililai servienlis (TertulL. de Pcenil.). Or ce que co Pèredisaiten général de la pénitence, je pourlois le dire en particulier de la sévérité de la pénitence. Quand celle sévérité n'aurail rien que île rebutant pour nous, et qu elle serait telle que notre amour-propre et l'esprit du momie nous la figurent. Dieu l'ordonnant , il n'y aurait point d'autre parti à prendre que celui d'une généreuse sou mission, et il serait juste que notre délicatesse cédât A la nécessité et à la force du précepte : Prior est auclorilasimperantis , qnumutililas servientis. Mais Dieu, chrétiens, n'en veut pas user si abso'ument et si souverainement avec nous ; et par une condescendance digne de sa grandeur, il sait si bien tempérer les choS'"S, que non-seulement le poids ne nous accable pas, mais qu'il nous devient même léger; et s'il veut que nous nous condamnions à toutes les rigueurs de la pénitence, il prend soin en même temps que nous y trouvions toute l'onction qui nous la peut adoucir.

Le même Terlullien ne se trompait donc pas; et, quoiqu'il ait eu du reste sur le sujet de la pénitence des sentiments outrés, il a parlé juste quand il a dit ailleurs que la pénitence était la félicité et la béatitude de l'homme pécheur : Pœnilentia hominis rei /"elicitas [TertulL). \ qui ne connaîtrait pas les effets de cette vertu, ou plutôt, à qui n'en connaîtrait qu'une partie, cette proposition semblerait un paradoxe. Car, qu'y a-t-il en apparence de moins propre à faire le bonheur de l'homme que ce qui mortifie son esprit, que ce qui crucifie sa chair, que ce qui combat ses passions, que ce qui l'oblige se renoncer lui-même? Or ce sont les devoirs essentiels de la pénitence. Il est néanmoins vrai, chrétiens, qu'après l'innocence perdue rien ne peut rendre l'homme heureux, je dis même heureux dès cette vie, que la pénitence; et vous en conviendrez sans peine quand vous m'aurez entendu. Car j'appel'e, avec Terlullien, la félicité du pécheur dès cette vie, ce qui produit en lui la paix et le calme de la conscience ; ce qui le remplit de la joie du Saint-Esprit; ce qui le met dans toute l'assurance oii il peut être contre les jugements de Dieu. Or, voilà les cfft'ts naturels de la pénitence que je vous prêche ; première vérité, vérité incontestable, et qui est de la foi. J'ajoute, qu'il n'y a que la pénitence exacte et sévère qui ait la verlu d'opérer ces divins effets, c'esl-à dire qui produire dans le pécheur cette tranquillité, qui lui fasse goûter celte joie, qui lui donne celle assurance, ou du moins celle confiance chrétienne : seconde vérité, qui s'ensuit infailliblement de l'autre. N'ai-je donc pas droit de conclure que la pénitence, dans sa sévérité même, nous de vient douce et ai niable? Ecoulez moi : ceci vous édifiera plus que tout ce qu'il y a d'effrayant et de terrible ilans la religion. Oui, c'est la véritable pénitence, et par conséquent celle oîi lepécheurseflnlte moins, où il s'épargne inoins, qui produit la paix:

WUlJllhK AVENT. SEUMON V. SLK LA PENITENCE.

cl do là vient que le Fils de Dieu ne sépara point ces deux, grâces, qu'il accorda tout à la l'ois à !a plus -^Y-néreuse et la plus faïueuso pciiituile , Marie- iMadek'ino , lorsqu il lui dit au liiomeiil de sa cuiiversioii : linniUautur tibi pcccata lt(a;vade in puce (Luc, \'il}. Vos péchés vous sont remis ; allez en p.ux. Colle paix de Dieu, comme l'aijpellcsaiul Paul, parce qu'elle est eu eilVi souveraiueiueut et par exCilKnce le don de Dieu, Pnx Dci [Philip., IV]; celle paix que le uionde ne pi'ul donner, parce «ju'e'.le n'est pas de son ressort : Quant iinmdus dure nun pulefl pacctn (Uiat. Eccles.); cette paix qui surpasse ton', autre sentiment, tout autre bien, tout autre plaisir, el sans laquelle même il ne peut y avoir ni plaisir ni bien dans la vie ; l'ajc Uci qu(V casupcrul omnem sensum [Philip. , IX) ; cette paix qui met le repos dans un cœur, qui en l'ail cesser les troubles, qui en apaise les remords; celle paix, dis-je, fut le premier fruit des saintes disposil.ons avec lesquelles Madeleine vint se présenter à Jésus-Christ. Jus(iue-là, rebelle à Dieu el livrée à elle-niéiue, elle avait eu de continuels combats à soutenir. Jusque-là, emportée par sa passion , mais au même temps gênée et bourrelée par sa raison , elle avait senti l'aiguillon du pèche; c'est-à-dire, e'.le en avait senti la contusion, l'auiertume, le repentir, bien plus qu'elle n'eu avait goûté la douceur. Jusque-là, elle avait vécu dans des inquiétudes mortelles, mais elle commença à jouir enlin de la paix dès que par sa pénitence elle eut trouvé giâce dvvant son Dieu; car ce fut alors qu'elle entendit coll.' divine parole, et qu'elle en éprouva l'effet : Vade in puce ; allez en paix. Comme si le Sauveur du monde, usant de l'empire absolu qu'il avait surlecœur de celle peclieresse, lui eûl conimandé, aussi bien qu'aux vents el à la mer, de se calmer : Jmpcravit venlis et mari, et. fada est Iranquillilas nuujna [Matth., Vlll). Quoiqu'il en soit, je prétends, mes cheib auditeurs, qu'autant que nous pratiquons I i pénitence avec cet espi il de ferveur et celte exacte sévérité envers nous-mêmes, autant nous y trouvons de consolation; que ce qu'éprouva Madeleine convertie , Dieu, par sa miséricorde, nous le fait sentir, puisqu'il nous dit eoamie à elle intérieurement , el même sciisibliMiient par la bouche de ses minisires : Utut vous est pardonné : Remittuntur tihi pcccata tua; ne soyez plus en peine : Vade in pace [Luc., Vil).

Mais comment est-il possible qu'une pénitence sévère ((ui, selon la maxime de Tertullicn, fait en nous la foncllon de la jusliee et de la colère de Dieu, nous donne néanmoins la paix? Ah! chrétiens, voilà le mirai le que je vous prie de remarquer : car c'est par sa sévérité même iiu'elle apaise Dieu, qu'elle désarme Dieu, qu'elle nous rend amis de Dieu; que d'un Dieu courroucé et irrité, lequel n'avait pour nous que des rigueurs et qui ne nous préparait que des châtiments, elle le forre, toul Dieu qu'il est, par une s.iinte violence, et par une espèce de conicrsion (jui se fait en lui, à devenir un Dieu

OaiTELT.S SiCUÉS. \IV .

de bonté; un Dieu (ini met sa gloire à nou^ pardonner sans reserve toul ce que nous ne nous pardonnons pas; qui ne se souvient di; nos offenses que pour en faire le sujet et l.i matière de ses grâces; qui n'est noire juge que pour nous montrer encore plus authentiqueuK ut qu'il esl notre père, puisque alors il nous juge en père, au lieu qu'à la lin des siècles il nous jugera en ni.Jlre; enliu un Dieu qui, déposant toutes pensées, tous sentiments de veng<'anee, n'a plus désoriuais, comme il s'en déclare lui-même, que des sentiments de compassion et de charité, que des pensées de récuneilialion et de paix : Dicit Doutinus : etju co(/ito coqitaliones pa~ cis, et non iifllictivnis [Jer.,\\l\).

Voil;i, dis-je, le miracle de la pénitence. Elle fait donc, parce qu'elle est se>èrc (appliquez-vous à cette pensée, qui n'est que la suilede celle de Tertullien ); elle fa;t donc, parce qu'elle est sévère, la fonction de la colère de Dieu; mais elle l,i fail bien plus ellicactmenl que la colère de Dieu nu'ine; ou plutôt elle fait en nous ce que la colère même de Dieutoule seule n'y peut faire. Pourquoi? c'est qu'au lieu que la colère de Dieu punit en nous le péché sans l'effacer, la pénitence l'efface eu le punissant. C'est que la colère de Dieu toute seule, (jnelque satisfaction qu'elle exige et qu'elle tire du pécheur, ne peut jamais faire que Dieu soit satisfait : ce qui se voit dans l'enfer, où l'éternité tout entière des peines que souffrent les réprouvés ne satisfait jamais Dieu ; parce que dans l'enfer, dit saint Bernard, il n'y ;i que la colère de Dieu qui agit. Au lieu que la pénitence, par un heureux mélange de la colère et de la miséricorde divine, de la colère divine dont elle fail l'office, et de la miséricorde divine qu'elle attire, esl la juste el entière satisfaction que Dieu attend du pécheur. Par conséquent, c'est la pénitence sévère qui nous reinel bien avec Dieu, et, par une suite non moins infaillible, qui nous remet bien avec nous-mêmes. Car cominenl serons-nous en paixa>ec nous-mêmes, tandis que nous sommes en guerre avec Dieu? Or, qu'y at-il , que peut-il y avoii pour nous dans la vie de plus avantageux el de plus doux que cette double paix? Quoi qu'il nous en coûte pour lavoir, la pouvonsnous trop acheter? et quelque austère que nous paraisse et que soit même la pénitence, pouvons-nou.s ne la pas aimer, quand il s'agit de ri-nlr.r en g;âce avec le maître de qui dépend tout noire bonheur, el de rétablir dans nous-mêmes une paix qui, sur la terre, est le souverain bien, et ;ui ne peut compatir avec le jiéclié? Avançons.

De celte p lix intérieure naît une sainte joie, autre Iruii de la sévérité de la pénitence, autre don de l'Êspril de Dieu, qui pour cel.i même, est appelé dans 1 licriture, la joie du S.iinl-Ksprit : Gaudiuiii in Spiritn sanclo [r.Din., XlVj. Qui peut l'exprimer, ehréliens, qui peut la connaître sans l'avoir sentie? Qui peut comprendre la coiisolnliini dont est remplie une âme criminelle, mais pénilenle, quand par un généreux effort elle Csl culiii

parvenue a remporler sur elle-inêuio la victoire d'où dépondait sa conversion? (luaiid elle a fait à Dieu li' sacrifice de la passion dont elle élait auparavant esclave; qu jnd elle a eu une fois rompu ses liens, (jumelle coninicnce à respirer la liberté dos onlanls de Dieu et qu'elle peut lui dire comme David : Dirupisti vincida mea , tibi sacrijir.aho hostiam laudis {Ps. CXV) : C'est vous qui avez brisé mes chaînes et qui m'avez tiré de lascrvitude où mon péché m'avait réduite ; je vous bénirai, Seigneur, je vous louerai, je vous rendrai d'éternelles actions de grâes. Elle s'est fait violence pour en venir là, et la résolution qu'elle a prise do rompre ce coiiinicrce qui la perdait, de s'arracher l'œil qui la scandalisait, de sortir de l'occasion où elle se damnait, celte résolution chrétienne, mais si difûcile à prendre, mais encore plus difficile à exécuter, a été pour elle utie espèce d'agonie, et c'est sans doute ce qu'il y a de plus sévère dans la pénitence; mais aussi le coup une fois porté, l'ouvrage une fois achevé, de quelle abondance de joie Dieu ne la comble-t-il pas? C'est un mysière impénétrable pour l'homme charnel et animal.

Comme il n'a là-dessus nulle expérience, il ne m'entend pas; mais c'est justement, dit saint Chrysoslome, parce qu'il n'en a nulle expérience, qu'il ne doit ni s'en croire, ni en cire cru; c'est parce qu'il ne l'a jamais éprouvé, qu'il doit s'en rapporter à ceux qui l'éprouvent.

Or, quelle éprouve n'en font pas ceux qui se convertissent de bonne foi et avec (juel épanclicment do cœur no s'en expliquent-ils pas ? Combien tout à coup, disait saint Augustin, surpris du changement miraculeux que la grâce avait fait en lui et raeonlani, non plus ses misères, mais les miséricordes du Soigneur ; combien tout à coup Irouvaije de plaisir à renoncer aux plaisirs criminels du monde, et combien me fut-il doux de «juillerce que j'avais tant craint de perdre? Car vous, ô mon Dieu! qui êtes le seul vrai et souverain bien capable de remiilir une âme, vous me teniez lieu de tous les |)laisiis ; cl la joie de me voir enfin soumis à \ous, la joie de ni'ètro surmoalé nioi-mcnu', élait pour moi qi»>|(nie chose de plus délicieux que toutes mes délices passées. Ainsi la pénitence de saint Augustin vérifiait-elle la promesse du Fils de Dieu : Mimdus yaïKlebit, vos aulem conlristiibimini ; scd Irislilia vcslra verlclur in (juuJium{Joan., XVI) : le monde sera dans la joie et vous serez dans la tristesse ; mais votre tristesse, c'est-à-dire votre pénitence, «[ui est proprement et uniquement cette tristesse salutaire dont saint Paul félicitait les Corinthiens, votre tristesse se tournera eu joie, et cette joie sera le centuple de toutes les joies du monde, dont vous vous serez privés.

lU'pondez-moi, dit le mondain, de cette douceur de la pénitence, et dès aujourd'hui je me convertirai. Assurez-moi que cette joie ne me man(iuera pas, et je me condamnerai à tout ce que la pénitence a do plus rigoureux. \->us vous trompez, reprend

ORATEURS SACRES. BOCRDALOUE. 14C

saint Bernard, et \ous raisonnez mal. Infidèle cl mondain au point que vous l'èles, j'aurais beau vous en répondre ; ce que j'en dirais ne ferait sur vous nul effet, et rattachement actuel ([ue vous avez à ce qui vous pervertit vous rendrait inutile l'assur.inee que je vous donnerais d'un bien dont \ouî n'auriez qu'une connaissance do spéculation, mais dont vos sens ne seraient [)as touchés. Douceurs pour douceurs, vous vous en tiendriez à celles que vous goûlez, iiane qu'elles sont présenles, et que les autres no seraient encore pour vous qu'on idée et cri espérance. Il faut commencer |iar vous vaincre; car cette joie dunt je vous parle est la manne cachée, (jui n'est réservée qu'au vainqueur : Vinccntt dabo manna abfconditmn {Apocal., Il): Il faut exercer sur vous-mêmes et contre vous-mêmes les rigueurs do la pénitence ; et alors la pratique vous convaincra, et dans un moment vous en découvrira plus que tous les discours. Qu'est-il môme nécessaire d'ailleurs que je parle, et que je renouvelle des promesses que Dieu tant de fois lui-mêiuo vous a faites ? Fiez-vous-en à votre Dieu ; il n'a jamais Iroinpc personne; si vous êtes généreux, il sera fidèle.

.Mais n'en voyons-nous pas qui, jusque dans leur pénilouce, no trouvent que des sécheresses , et ne parviennent jamais à ce centuple bienlieureux d'une joie pure et secrète ? Ne leconfeSseu!-ils pas les premiers et ne se plaignent-ils pas do leur état, comme s'ils reprochaient en qi:e!(iuo sorte à Dieu (ju'il no leur a pas tenu [).iiole? Oui, il y eu a ; mais (jui sont ils c;)uimunéu)ent? Ah ! répond saint Bernard, il n'est point vrai qu'à ceux qui généreuseiiieiit et de bonne foi se sont condamnés aux exercices d'une pénitence sévère, cette joie solide et spiriiuellc ait manqué. S'il y a des âmes dans le monde trompées sur ce point et frustrées de leur attente, grâces à la Proviileiice cl à la justice du Dieu que nous servons, ce ne sont |)as colles qui pratiiiuenl la pénitence dans tuuloson austérité ; mais celles, au contraire, qui la modèrent aut.int (]u'elles peuvent, et p!u>^ qu'elles ne doivent; mais celles qui ne la veulent pratiquer (luo selon leur gré, mais colles (jui lui ù'ciit toul ce qu'elle a de pénible et d'incommode, et ne s'en réservent que la cérémonie el la figure ; mais celles dont la pénitence peu!-clre avec tout son é(lal,el un ci-rtain oxiériour do sévérité, ne laisse pas d'être accompagnée de mille rolâchonionts. Que chacun de nous s'examine, et pour peu (jne uousayons de lumières, nous découvrirons dans nous-mêmes le |)rir;ci|'e du mal el ce i|ui nous empêche de senlir au l'oiid do notre co'ur cette onction de l:i |)énilence chrétienne. Nous reconnaîtrons que nous ne devons souvent nous en prendre (|u'à 'nous-mêmes. Nous nous écrierons avec le Prophète royal • /ks/m.s- rs, Domine, et rectum jiidicium lanm (Ps. CW'III) : Vous êles juste, Seigneur : el il n'est pas sur- |)reuant qu'aussi lâche ijuc je, suis dans l'usage de la péuilenco, je n'y trouve pas ce (pi'y ont trouvé, ce (ju'y trouvent encore

l'RKMlLU AVIiNT. SEll.MOiN V. SLK LA l'EMl LM.K.

tous les jours, t;inl d'àmos fcrviMiles. Dos que ("aurai le même iijur.ii,'e , le iniMie zèle, la pénilciice aura i)uur niui le 11101110 goûl.

C'est donc, cliiétiens, un abus cl un étrange alius, quand m us nous faisons do la son éi lié de la [lénileiue un obNlac'.e à la [jénilenee nuviic;<'t riin des arl;(kis lis plus ordinaires el les [dus dangereux dont se sert l'ennemi de no're salul [jour euiliireir les lioiunies dans le péché, el |iour les délourner des voies de Dieu, csl de kur rejnésenltr la |iéjiilcnce sous des idées aiïieuses qui leur en donnent de Thorreur, et ((ni les rebutent. 11 semble même qu'on prenne plaisir à se la figurer comme telle, pour avoir droit de s'en dispenser : < t parce qu'il se trouve quelquefois entre les minisires de Jésus-Clirisl et les paslcurs de son troupeau, des hommes zélés, mais d'un zèle qui n'est pas selon la scii'uci'; des esprits toujours jiortés aux extrémités qui , pour ne pas rendre la pénitence trop faille, la réduisent à l'impossible; qui n'en parlent jamais que dans des termes capables d'enVayer; qui la proposent crûment, el d'une manièie sèche, sans y mettre jamais ce tempérament d'amour et de conllance qui en doit élic inbéjjaiable , qui croient avoir beaucoup fait quand ils ont non pas redressé, mais embarrassé et troublé une conscience faible, et qui, manquant dans le principe, ne font jamais envisager Dieu au jiécbi'ur que sous une foirne terrible, comme s'ils craignaient qu'il n'y eût, pour ainsi dire, du danger pour Dieu a paraître miséricordieux el aimable, et qu'ils souhaitassent euxmêmes qu'il le fût moins : parce qu'il se trouve, dis-je, des esprils préoccupés de ces sentiments, el encore plus déterminés à les inspircraux autres, qu'arrive-t-ii ? Le libertin en profite, et le faible s'en scandalise : le libertin en proCle , ravi qu'on lui exagère les choses . pour être en quelque manière aulorisé par-là à n'en rien croire ou à n'en rien faire, el qu'on lui en demande trop pour avoir un spécieux préîexlede renoncera tout. C'est-à-iiire, que de ces caractères outrés de la pénitence, tiu'il paraît néanmoins estimer cl a (juoi il donne de faux éloges, il ne tire point d'autre conclusion que de se conflrmer dans son impénilcnce.

("ar voilà, mes chers auditeurs, le raffincmenl du libertinage de noire siècle : on veut une pénitence exliéme, sans adoucisscmeni, sans atlrails, parce qu'on n'en ^eul point du toul. Si je la faisais, dit-on , c'est ainsi que je la voudrais faire : mais on en demeure là, el l'on se sait bon gré de celle disposition prétendue où l'on est de la bien faire, supposé qu'on la fît, quoiqu'on ne la fasse j.imais. Ou tout, ou rien, dil-on; mais bien entendu qu'on s'en rendra toujours au rien , el qu'on n'aura garde de se charger jamais du tout.

Ainsi raisonne le libertin ; et d'ailleurs que conclut le faible? rien autre chose que de se décourager, de s'attrister, de s'abandonner à de secrets désespoirs, de regarder la pénitence conmic impraticable, de se persuader

qu'il ne la soutiendra jamais, (|ii CUe l'accablera d'un ennui inorlel, el qu'il y succombera; (le dire sans cesse comme l'israélit' prévaricateur : (Jais nosinim valel ad cœliim asccndcrc {Dcu(.,W\)'! Elquel est l'Iiomme sur la lene qui puisse espérer de parvenir là et de s'y maintenir? car c'est ainsi que notre làchelé se prévaut des erreurs du monde pour secouer le joug de Dieu.

Mais fauJra-l-il, S, igncur, qu'une illusion aussi grossière que cell -là nous trompe el nous perde, el (pie notre ignorance sur ce point nous tienne toujours lieu d'excuse ? Non, mon Dieu; car tandis que \ous me confierez le ministère de votre sainte parole, je prêcherai ces deux vérités sans les séparer jamais. La première, que vous êtes un Dieu terrible dans vos jugements; et la seconde, que vous éles le père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. Je ne serai jamais assez téméraire pour prêciier votre misériiorde, sans pré» lier votre juslice, parce que je s.is les coii.-,équt'i!Ccs dangereuses qu'en tirerait l'impiété; mais aussi me ferais-jo un crinu' de |)rêclier les rigucuis de \olie justice sans parler en même temps des douceurs de voire miséricorde, parce qui; la foi m'apjirend, et ijuc c'e;.t vous-même qui m>' l'avez lévéle, que \olre miséiicorile sauve les pécheurs, au liiuqne votre jusiice seule n ■ peul(|ue les damner el I sré|iromcr. Je joindrai donc l'un et l'aulic ensemble pour pouvoir toujours dire, comme David : Mtsericordiain el judicium ccmlubo libi, Domine [Ps. C). Seigneur, je chanlirai vos bontés et vos jugements ; et quand les (lécheurs du siècle devraient abuser de cette inépuisable miséricorde que je leur annoncerai ; pour votre justification, Seigneur, je ne cesserai point de la publier hauti ment, afin que vous soyrz reconnu i o;:r ce (jue vous êtes, c'est-à-dire» pour un Dieu également juste el bon ; et qu'à l'égard des impies mêmes, vous soyez à couvert de tout reproche , quand l'excès de leurs désordres vous forcera un jour à les condamner : Vi justificcris in scrmonibus luis, et vincas cum judiciiris {Ps. L). .le dirai à votre peuple que, par le pèche, nous contractons une dette infinie; mais je ne manquerai pas aussitôt de l'avertir que, par le secours de votre grâce, il nous est aisé de nous acquitter, parce que vous nous donnez vous même de (|uoi vous payer. Je lui dirai que la pénitence doil être sévère, afin qu'il ne se perde p.is jiar une malheureuse présomplii n ; mais aus.si, afin qu'il ne tombe pas dans un lu.ieste désespoir, je le consolerai en lui (lisant que la plus sévère péuileiice devient la plus douce par ronction qui y est allacliée ; et vos promessi s, ô mon Dieu, les oracles de votre Ecriliire sont les preuves louch listes el convaincanles que je lui en apporterai. Je lui dirai, pour ne le pas tromper, que cette sévérité de la pénitence est un joug; mais je n'oublierai pa» de lui dire, pour l'animera le porter, que (:'est voire joug, et que vous vous êl'S obligé à le porter vous-même avec nous; que, selon l'expression de votre Apôtre, c'est votre es-

or. VTKURS SACRE

prit qui plcuic en nous, qui s'afflij^c on non», qui l'ail, si j'ose parler ainsi, (n'hitenco ou nnns, parce que r"esl p.ir lui que nous la faisons , el que c'est lui qui, pour nous iiirllre<Mi é'al de la faire, nous élève audosuis (le nous-mêmes.

Gardant res règles, nioii Dieu, je ne craindrai rien; et jusqu'en présence des rois de la terre, je parlerai sans confusion, aussi bien que David, des olilig.ilinns de \ otre loi : Lo- (juebar de tcsliinnniis luis iii rrivfpectu regum, ri non coiifdiulebar {Ps. CWilI). Je parle ici. Seigneur, (levant le picsiicr roi du monde ; et jamais ministre de liv .uigile eut-il l'Iioniieur de porter votre parole à un aussi grand pnîue? Non-seulement c'est le plus grand roi (lu monde; mais ce qui me rend sa personne encore bien plus auguste, c'est le plus eiiréticn des rois , c'e^l le protecteur le plus puissant de votre Eglise; c'est un roi zélé pour sa r(ligion, ennemi de l'impiété, et qui ne souffrira jamais que le libertinage s'élève impunément contre vous : un roi qui aime la vérité et dont je puis bien dire ce que saint Ambroise disait île Théodose, qu'il approuvait plus celui (jui reprend les vices, que celui qui les flatte -.Quiningis urguenlcm prohal , quani adulantem {Ambr.). Eloge qui ne convient qu'aux grandes âmes, el qui les distingue des autres. Tel est le mnrnarque devant qui je parle : mais (|uand je parlerais devant les rois du monde les plus infidèles , el les plus ennemis de voire nom, je leur dirais avec une confiance respectueuse, ce que vous voulez qu'ils sacbent; que vous êtes leur Dieu ; qu'ils doi\ eut se soumettre à vous ; el que puisqu'ils sonl pécheurs comme le reste des hommes, la pénitence est un devoir pour eux aussi bien que pour le reste des hommes : Loquchnr de lalimoniis luis in conspeclu liegtim.

Voilà ce que Jean-Baptiste prêchait dans la Judée, à qui? non-seu'ement au siuijilc peuple , mais aux grands du monde et de la cour, qui venaient l'écouter; et à ceux-ci encore plus qu'aux autres, parce qu'il savait que la pénitence hur était encore plus nécessaire. Comme les grands de la cour , selon le rapport de l'Evangile , l'allaienl chercher dans le désert, il ne sortait point de son désert pour leur annoncer ces vérités. Maintenant que les prédicateurs sonl obligés de (luitter leur solitude, pour venir les faire euleridre à la cour, voilà ce que je vous prêche, mes cbers auditeurs, avec un mérite bien inférieur à celui de Jean-Baptiste, mais de la pari du même Dieu : Pœnitentiam agile, (ippropinquavil eniin rcgnum cœlorum [Malth,, 111) . faites péniten( 1-, parce que le ro}aume du ciel esl prochi'. Il est iiroche, cbrêliens, puisque nous louchons de près au grand mystère de notre rédemption. IM lis dans un autre sens, il esl peul-être encore plu< proche •ine vous ne le peusez. Ee terme de noire vie, l'instant de la mort, le jugmient qui la suil, it'est ce que l'Eerilure en mille endroits veut nous marquer pareille proximitédu royaume de Dieu. Or, à lentendre de la sorte, com- Licn y en a-l-i! dans cette assemliiée pour

S. lioi rdalouf;, \u

qui il est proche, et combien de ceux-niémes (jui s'en croient les plus éloignés? Si Dieu, au moment que je parle, me les désignait en parliculier el que, ni'adress.ml à chacun d'eux, je leur disse de celte chaire: c'est vous, mon cher audileur, qui n'y pensez pas, c'est vous qui devez mettre ordre à votre conscience, car vous mourrez dès demain , et voici le dernier avertissement queDieu vous donne : si je leur parlais ainsi, cl qu'ils fussent certains de la révélation que j'en aurais eue de Dieu, il n'y en aurait pas un qui ne se convertît, pas un qui ne renonçât dès aujourd'hui à tous ses engagements, pas un qui n'acceptai l;i pêuileuce la plus sévère que je [)Ourrais lui imposer. Pourquoi? parce qu'ils seraient assurés que leur (h riiier jour approche et qu'ils ne voudraient pas perdre le temps qui leur resterait. Ah ! chréliens, pourquoi ne faites-vous pas ce que feraient ceux-ci ? el pourquoi ne font-ils pas euxmêmes dès maintenant ce qu'ils feraient alors? Avons-nous une caution contre l'inconstance de la vie et rincertilude de la mort? Ce que nous ne \oulons pas faire présentement, e! ce que nous pouvons néanmoins faire utilement, sommes-nous certains que nous aurons dans la suite le temps de le taire, elles moyens de le bien faire? Qui vous répond de Dieu? qui voiis répond de vous- !i)èmes? Les exemples de lanl d'autres qui oui été surpris, et des exemples présents, (les exemples domestiques , ne doivent-ils pas vous faire trembler? Les avcz-vous déjà oubliés? Pour un [lédieur qui trouve encore à la mort le temps de faire pénitence après l'avoir perdu pendant la vie, ne peui-on pas dire qu'il y en a cent qui ne le trouvent pas? Et de Cent qui l'iuit, n'esl-il pas vrai, el ne puis-je pas ajouter, (juil n'y en a presque pas un qui fasse une bonne péuilence : Pœnitcnliam agite. Faisons-la donc, chrétiens, et faisons-la promplemenl , et faisons-la sans ménagement, afin(iu'clle nous obiienne grâce devant Dieu, el qu'elle nous mérite la gloire que je Mius souhaite, etc.

SEIîMON VL

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