POUU LE JOUR DE NOËL
Sur la Naiivilé de Jésus-Christ.
Et siilieii fiict.i esl ciiiiiaiigp|r)miilliUuloniiljli;e ercleslis, l:ii)(l:'iiliiiiii lleiiin, el iliceidiuiu : Gloria m allissiiiiis Deo, et in li'iTa pax hniiiimiius.
An même insUml (/iic l'ange annonça aux puslenrs la nuissiiiice (le Jé:iii!i-('liri>.t. tmc Ironjie ite la niilicc céleste se ioiijnila lui, et se mil a lo::er Dieu, en diawil : Glone à Dieu un plus haut des cieux, el iniix aux Iwmmcs sur la terre (S. Luc, cliap. 11).
En deux paroles, voilà les deux fruits de la naissance du Sauveur, la gloire à Dieu, et la paix aux hommes. La gloire à Dieu, à qui elle est due par jiislice; et la paix aux hotnmcs, à qui Dieu la donne par grâce. La gloire à Dieu, qui la possède comme un bien propre; et la paix aux hommes, qui la désirent comme le plus digne objet de leurs vœux. La gloire à Dieu, qui seul la mérite , parce qu'il est seul grand par lui-même; et la paix aux hommes, qui doivent se mettre (U état de l'obleiiir , jusqu'à sacrifier toiU
Plir.MlKll AVKNT. SliUMCi^ Yl. S'Jii \A NATIVIIL Dli i.-C.
pour l\n !>ir. C'est, dil s.iinl Bornnnl, le p;iri;ij;e le plus r;ii.si)iiu;ilile cl nièiiie pour les liouitnos le plus t'avor.ihie qui IVil jamais.
Cepenilanl, ajoute ce l't^re, on voit dans le inoiidi! lies hommes (jui ont peine à le goûlcr, et tel est rauibilieux cl le superbe. Kn ellet, parce qu'il est superbe et anibilieux, ce parlai;e fait par les anges, quoicpic favorable I o;ir lui, ne le contente pas : jYoh place! ei cngriica (listril)utii>,da>ts (jloriaiii Deo, et pu- (fin honiinibuf: {Hcrn.). C'est-à-iiire, qu'a- MUgié d'un injuste oésir de s'élever audessus des autres , il ne se conlcnle pas d'avoir la paix, mais qu'il veut eccore :\\r.\v la gloire; cl quoiciue Dieu , dans l'Iù-riture , se soit si haulenient déclaré , qu'il ne donnera sa gloire à personne : (îloiiam nuam alleri non dubo {!$., XLII) ; il es! assez lémérairc pour répondre à Dieu dan'< sm cœur : VA moi , sans attendre que vous me la donniez, je me i'atiribucrai , et je l'usurperai : Et ego, inqtiit s)tperbus, mihi illum, licel non dcderis, usurpabu (llcrn.).
Ayons, mes chers auditeurs, ce sentiment en horreur. Mieux instruits de nos véritables intérêts, tenons-nous-en au partage qui nous est offert dans l'Iùangile. Il nous est Irop avantigeux pour en soiiliailer un autre. Disons à Dieu connue Da\id : Mon nobis. Domine, non nabis, scd nomini luo do gloiium (Ps. CXIII) : ne nous donnez pas la gloire, Seigneur; la gloire ne nous aiipartient pas. Uéservez-la pour \ous tout entière, parce qu'elle est tout entière pour vous et pour votre saint nom. Mais donnez-nous cette paix salutaire que vos anges nous font espérer et que Jésus-Christ votre Fils vient lui-même nous apporter. Parlant de la sorte, nous parlerons en chrétiens. Ainsi, l'auguste mystère que nous célébrons, élanl pour nous, dans le dessein de Dieu, le mjsière de la paix , considérons-le uniquement sous celle idée, llappoilons là toutes nos \ues, et attachons-nous aux divines instructions que nous fournil sur ce point iui|)ortant la naissance d'un Dieu fait homme. Mais d'abord, rendons nos devoirs à la plus pure des vierges; à celle vieige incomparable, ijni, par un prodige inoui, toujours vicigo , est devenue la mère de son Dieu , et félicilons-!a avec l'Eglise de celte glorieuse maternilé, qui a été le principe de notre salut : Ave, Maria.
Un enfant nous est né, disait Isaïe, parlant on prophète et annonçant par avance ce qui devait arriver dans la plénitude des temps: J'nrvulns nains est nohis ( hdi., IX ). \l{ cet cnfanl, ajoutait le proj>hèle, sera appelé l'admirable, le Dieu fort, le Père du siècle futur, mais surtout le prince de la paix : Et vocabiliir admirabilis, Dcus forlis, pater futuri fœcidi, piinceps paris {Ibid.). C'est aujourd'hui, chrétiens, que nous voyons à la lettre l'oracle accompli. C'est aujourd'hui que l'enfant Jésus a vérifié dans sa personne celte prédiction, qui ne pouvait convenir qu'à lui, et que dès son berceau il a fail voir qu'il était souverainement et par excellence le prince de la paix : Prinrcps pacis. Comment tcla? parce que, dans le mystère de ce jour .
il a commencé à faire l'olTice de médiati ur et d'arbitre de la paix ; qu'il a paru dans le iTionde, pour y établir les vrais principes de la jiaix ; qu'il s'est servi du mini>;tèrc des esprits célestes, pour annoncer à ses élus ri'vangile de la paix: car, selon la parole de l'Apôtre, la paix a été le bienheureux terme et la fin principale de sa mission : \'eniens erangrlizarit paccm ( Eplies., II).
Comme il n.ii^sait pour faire régner la paix ( appliquez-vous à cette pensée ; elle elle est de saint Chrysoslome, et ell(> va éclaircir ma [proposition ) ; comme il naissait pour faire régner la paix, tout devait concourir A son dessein ; et en elTet, par une singulière providciice, toul y concourul. Et voilà pourquoi cedi\in enfant voulut naître sous le règne d'Auguste, (jui fut de tons les règnes le plus tranquille ; tout l'univers , c'est-à-dire, tout l'empire Kotn.iin se trouvant par une espèi e de miracle dans une paix profonde, pour confirmer p ir cette circonstance ce qui était écrit du Messie, que l'abondance de la |»aix naîlrait avec lui : Orielur in diebns ejns jiislilia et obiuidanlia pueis {l>s.h\\\).
Mais après tout, chrétiens, cette paix exlérieure et temporelle dont le monde jouissait alors, n'était encore (jne pour servir de disposition à une autre paix bien plus avanlagense et bien jdiis sainte, (jue le Fils un'qu« de Dieu nous aiqiorlait du ciel ; et c'est ici que j'entre dans le fond de notre rnyslère , et que je vous prie d'y entrer avec moi. Je m'explique. Maintenir la paix des nations, éteindre le feu des guerres et des dissensions qui les consument, pacifier les royaumes et les états, celait, il est vrai, l'ouvrage <!<• celle Providence générale qui préside au gouvernement du monde. Mais rétablir la paix entre l'homme cl Dieu, mais enseigner à rhonune le secret de conserver la paix avec soi-même, mais donner à l'homme des moyens sûrs et infaillibles pour entretenir une paix éternelle avec le prochain, c'était el ce devait être l'cflel particulier, l'elTct miraculeux de la sagesse de Dieu incarnée, je veux dire , de la naissance de Jésus-Christ et de sa venue au mondi-.
C'est donc lui, mes chers auditeurs, (|ui, par sa sainte nativité et par toutes les circonstances qui l'accompagnent, nous procure aujourd'hui la paix avec Dieu, la paix avec nous-mêmes, et la paix avec nos frères. La paix avec Dieu par la pénitence qu'il fait déjà pour nous dans l'étable de Bethléem ; c'est la [iremière partie. La paix avec nousmêmes par l'humilité et par le détachement des biens de la terre, qu'il nous prêche déjà si hautement, en choisissant une crèche pour son berceau : c'est la seconde partie. La paix avec nos frères par la douceur, ou, pour mieux dire, par la tendre charité donl il est lui-même, en naissant, une leçon vivante et si louchante, et dont il nous donne le plus parfait modèle : ce sera la conclusion : Venicns evangelizavit pacem. Venant au monde il nous a annoncé la paix, mais avec qui'.' jo le répète : avec Pieu, en se faisant notre v^c-
oratfa:rs sacres. dol'Rdai.oue.
lime [i.'ir la réju'ir.ilion ciiliùi'c du péché; nvcc iious-niciDes, en détruisnnl les deux primi- ]U'S (le tous nos troiihlcs inférieurs, l'ort^neil et I.i cupidité; avec nos frères, en amolli'isant la dureté qui nous est si naturelle, ou du moins si ordinaire à leur é^ard, et en nous inspirant, à son exemple, la bénignité: Eiangrlizavit paccm. Oui, il a élé, dés son entrée au monde, l'évangélisle et le prédicateur de cette triple paix, si désirable et si nécessaire pour nous ; de la paix avec Dieu, '-n nous apprenant à apaiser Dieu ; de la paix avec nous-mêmes, en nous apprenant à être humbles et pauvres de cœur ; de la paix avec le pmchain, en nous apprenant ;\ élrc doux et humains ; c'est tout le sujet et le partage de ce discours. Je vous demande une favorable attention.
PREMIÈRE PiRTIE.
C'est un principe de religion qui ne peut être contesté, et dont tout le monde convient: comme pécheurs, nous étions enfants de colère, et en celte qualité, non-si'ulement ennemis de Dieu, mais incapables, par nousmêmes, de nous réconcilier avec Dieu, il nous fallait donc un médiateur qui, venant au monde avec un pouvoir légitime, négociât et conclût, entre Dieu et nous, cette iml'orlantc réconciliation : c'est-à-dire qu'il nous fallait un médiateur qui, tout ensenihlc zélé pour nos intérêts et chargé des intérêts de Dieu, accordât l'homme et Dieu dans sa personne : un médiateur en qui Dieu trouvât la plénitude de la satisfaction qui lui était due, et eu qui l'homme trouvât la plénitude de la rémission et de la miséricorde dont nous avions besoin ; un médiateur qui , réunissant ces deux choses, pacinât, comme dit saint Paul, le ciel et la terre; et qui, aux dépens <le lui-même, sans aucun préjudice des droits de Dieu, nous remît en grâce a»ee Dieu. Or voilà, chrétiens, ce que la foi nous decou\ re et ce qui s'est heureusement .accompli dans ie mystère de ce jour. Car, (lue voyons-nous dans retable de liétliléem? comjirenez bien celte vérité, sur quoi roule toute notre religion. Nous y voyons dans la personne d'un enfant-Dieu, la miséricorde de Dieu incarnée et humanisée; et en même temps, par le plus surprenant de tous les miracl<'s, la justice de Dieu salisf.iite dans la rigueur et aulhentiquemcnt vengée. Misérieord<' de Dieu, justice de Dieu : deux attributs dont la parfaite alliance devait produire la paix en- Ire Dieu et l'homme ; mais qui ne pouvaiint être unis de la manière intime dont ils l'ont clé, que dans le Verbe fait chair, l'xoulezmoi, et vous en allez être convaincus.
Nous voyons, dis-je, dans cet enfant, la miséricorde de Dieu incarnée et humanisée. C'est Cl! qui nous |)araîl d'abord dans son adorable naissance, dont saint Paul C(unprend en un mot tout le mystère, quand il tlit que ce fut alors que se fil la première apparition de la grâce du Dieu Sauveur ; et (jue la grâce ilu Dieu Sauveur, qui, aupaïavanl, était quchiue cluse d'impéiiéirablo et
d'incompréhensible se rendit palpable et sensible : Appariât gralia Dei Salvaloris riostri (Ttt.,\\ ). Prenez garde, mes frères, dit saint Chrysostome, ex[diquant ce passago de l'Apôtre ; il y avait des siècles entiers qne Dieu, quoique offen>^é, las d'être en guerro avec les hommes, méditait de faire avec eux un traité de paix, pour lequel il avait réservé tous les trésors de sa miséricorde et de sa grâce. Il y avait des siècles entiers que ce Dieu de gloire disait aux hommes par un de ses prophètes : E(jo cngito super vos cogilutioiies pacis, et rionafpictionis [Jcr., XXIXT ; j'ai sur vous des pensées de paix, et non c'e odère et de vengeance. Mais ces pensées de paix, dit saint Chrysostome, étaient alors toutes renfermées dans le cœur de Dieu. Ce n'étaient que des pensées, des vues, des projets qui, ne sortant point hors de Dieu, demeuraient sans exécution. Dieu était plein de ces pensées ; mais le temps n'élail pas encore venu, où il avait résolu de les manifester et de les produire. Comme Dieu de miséricorde, il avait des pensées de paix ; et cependant on ne voyait partout que des effets de sa justice, et d'une justice rigoureuse. Aujourd'hui ces pensées de paix, suspendues depuis tant de siècles, etcachées dans le sein de Dieu, commencent à éclater aux yeux des hommes : pourquoi ? parce que Jésus-Christ Dieu et homme, c'est-à-dire la grâce même et la miséricorde môme, se fait voira eux : Àpparuit qrada Dei. Ce ne sont plus des pensées de |iaix, mais des chefs-d'œuvre consommés, mais des miracles, mais des prodiges de paix ; et Dieu ne dit plus simplement, je conçois, je médite: Ego cogiln; maisj'acconiplis, j'exécute ce qne j'avais promis aux pécheurs. Ainsi nous l'a-t-ii fait entendre, quand il a fait paraître dans le mystère que célèbre aujourd'hui l'Eglise, son ^'erbe revêtu de notre chair, et quand il a donné au monde un rédempleur.
Mais, en le donnant au monde ce rédempteur. Dieu n'a-t-il point oublié ses propres intérêts ? En choisissant un moyen si extraordinaire et si étonnant, pour mettre au jour ces pensées de paix qu'il availéternellemenlconçues, n'a-l-il point faii avecnous une paix dé'îavantageuse et peu honorable pour lui ? Ah 1 chrétiens, voiiàceque nous ne pouvons assez admirer; et c'est ici qu'il est juste qu'éclairés comme nous le sommes des luniièii'S de la foi, nous rendions hommage à la sagesse de notre Dieu. Non, poursuit saint Chrysostome, Dieu, en choisissant ce moyen, n'a point oublié ce qu'il se devait à lui-même, et la preuve en est évidente. Car, tandis que je vois dans le divin enfant qui vient de naître la miséricorde de Dieu incarnée el huma-, nisée,je vois, dans la même personne de cet enfant, la justice de Dieu pleinement vengée. Tandis que j'y vois la grâce cl la rémission du péché offerle à l'homme, j'y vois une victime de propiliation offerte à Dieu pour l'expiation du péché. Commele péché eslla seule cause de la guerre qui met entre Dieu et nous un(> si fatale division, je vois dans la crêcho un Sauveur, dé.à sacrifié comme une hosliu
PUEMlEr. AVENT. SERMON VI. SUR LA NATIVITE DE J.-C.
viv.Tiifo pour .iliolirlc péché qui nous n séparés lio Dieu. Comme la péiiiloncc est le capital cl le plus essentiel article de notre paix avec Dieu, j'y vois un Homme-Dieu coniniençant déjà à faire pénitence pour nous, cl nous apprenant à la faire nous-mêmes pour nous-mêmes.
Mystère adorable de paix, que David, par un esprit de prophétie, avait prétendu nous marquer quand il avait dit : Misericordia et icriUis ohvidvci-uiit sibi (/'s. XIV) : la miséricorde et la vérité, c'est-à-dire, dans le sens littéral du psaume, la miséricorde et la justice se sont rencontrées; cl où, demandait saint Bernard, se sont-elles rencontrées? dans retable où est né Jésus-Christ; disons plutôt, dans Jésus-Christ. Jusque-là elles avaient tenu des routes toutes différentes et tout opposées, et rien n'était plus éloif;né di' la miséricorde que la justice. Aujourd'hui elles se rapprochent, et l'une vient heureusement à la rencontre de l'autre : Olivinvcrunt sibi. Jusque-là l'une avait paru absolument contraire à l'autre; car le propre de la juslice était de punir, et le propre de la miséricorde de pardonner. Ici, le pardon et la punition se join;nent ensemble : la punition qui tombe sur l'innorent, les souffrances de Jésus-Christ dans la crèche méritant le pardon au.x hommes coupables; et le pardon qu'obtiennent les hommes coupables n'étant fondé, conformément aux dériels éternels de Dieu, que sur les souffrances de Jésus-Christ, et sur la punition que subit l'innocent et à laquelle il veut bien se soiijuctlre. D'où il s'ensuit, ce qu'ajoute le texte sacré, dans une autre expression encore plus forte, que la justice et la paix se sont mutuellement baisées, ronimo doux sœurs : Juslilia et par osnthiiw siint {Ibid.). l'jiroles que le même saint Bernard appliquait, et avec raison, à la naissance du Fils de Dieu, puisqu'il est certain que le fondement de notre paix avec Dieu a été celte justice vindicative que Dieu, usant de tous ses droits, a exercée contre le péché, en livrant son Fils poumons. Or, n'est-ce pas dès ce jour qu'il a commencé à le livrer, et pouvait-il le livrer d'une manière plus sensible qu'ion le faisant naître dans l'élat où la crèche nous le représente '?
Quelle est donc l'idée naturelle que nous devons avoir de ce mystère? La voici, mes chers auditeurs, telle que l'a eue le grand .\pôtre, et dans les mêmes termes qu'il l'exprimait : DcHs cral in Clirislo, mundum rcconcilians sibi (Il Cor., V) : Jésus-Christ était dans la crèche, et Dieu était dms Jésus- Christ, réconciliant le monde avec soi. Pensée sublime, digne de saint Paul, et qui, pour être bien développée, demanderait un discours entier. Dieu était dans Jésus-Chri-;!, réconciliant le monde avec soi, et se réconliliant lui-même avec le monde. C'est-àdire Dieu était dans Jésus-Christ, recevant les satisfactions que Jésus-Christ lui laisait de tous les crimes du monde; et, en vue de ces satisfactions qu'il recevait de Jésus-Christ, oubliant, pardonnant, effiç.inl, abolissant tous les crimes du monde. Mcli-
tons ces paroles : Deus cral in Christo, mundum reconcili<in.<! sibi. Jésus-Chrisl élail dans la crèche, ofl'rant à Dieu, comme souverain prêtre de la loi de grâce, le sacrifice de son humanité sainte ; et Dieu élail dans Jésus- Chrisl, acceptant ce sacrifice pour réparation de toutes les impiétés, de tous les blasphèmes, de tous les sacrilèges, de tous les scandales, de toutes les profanations qui devaient se commettre dans le monde, à la honte du nom chrétien : Deus eral in Clirislo. Jésus-Christ était dans la crèche, humilié et anéanti : et Dieu était dans Jésus-Christ, se dédommageant par là de tous les attentats que l'orgueil des hommes avait formés ou devait former contre sa gloire ; de tout ce que leur ambition démesurée , de tout ce que leur csiravaganle vanité, de tout ce que leur maligne jalousie devait produire dans lo monde d'injustices et de désordres : Deus crat in 67im«o. Jésus-Christ était dans la crèche, rendant à son Père les premiers hommages de cette obéissance sans bornes qui devait bientôt s'étendre jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix : et Dieu était dans Jésus-Chrisl, vengé parla, mais hautement, de tous les mépris que les hommes devaient faire de sa loi ; de tout ee que l'esprit d'indépendance, de tout ce que l'insolence du libertinage, de tout ce que la présomption du relâchement devait leur inspirer contre ses ordres, et au préjudice de la soumission qui lui est due : Deus crat in Christo. Jésus- Christ était dans la crèche, immolant sa chair virginale par les misères d'une extrême pauvreté : et Dieu était dans Jésus- Chrisl, se faisant justice par là de tout ce que la sensualité et la mollesse, de tout ce que l'excès du luxe, de tout ce que l'amour (lu plaisir, de tout ce que l'abus des conunodilés et des délices de la vie devaient causer de dérèglement et de corruption dans les mœurs; je veux dire, de toutes les impudicités, de tous ces vices abominables que saint Paul défend de nommer, de tous ces monstres de péchés qui déshonorent l'homme, et qui le dégradent jusqu'à le mettre au rang des bêles : Deus cral inChristo. En un mol, Jésus- Christ était dans la crèche, faisant pénitence pour nous; et Dieu était dans Jésus-Christ, agréant celte pénitence, mais en même tenips nous la proposant pour modèle, comme s'il nous eût dit à tous : Voyez, et faites de même : lnspice,et fac secundum excmplar{Es. XXV).
Crest, dis-je, à celte condition que Dieu était dans Jésus-Christ, nous réconciliant avec soi; et par un effet réciproque de son amour, se réconciliant avec nous : Deus crat in Chrislo, mundum rcconejlians sibi. Car tout irriié qu'il était par la grièvclé de nos offenses, comment aurait-il pu, reprend saint Bernard, n'être pas fléchi par la pénitence de ce Fils bicn-aiiué, dont il put bien dire dès lors ce qu'il devait déclarer solennellement dans la suite: Hic est Filius meus dilectns, in qno milii complacui (Mallh., Vil!) ; de ce Fils qui, quoique' naissant avec l'apparence de pécheur, était non-seulement le saint des saints, mais la sainteté riiêine; dA
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ORATEURS SACnF.!>. BuURDALOUE.