‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 100 sur 132 · SERMON X · texte numérisé non relu

SERMON X

Pour la fêle de la Pentecôte.

Rc|leli sunt omnes Spirilu Sancto.

Ils furent tous rem;)lis duSaint-Espril [Actes, cit. 11).

Madame (1), C'est le grand mystère qui s'est accompli pour la première fois dans les apôtres, et qui doit s'accomplir en nous, si nous sommes disposés , ainsi qu'ils l'étaient, à recevoir ce (Ion céleste de l'Esprit de Dieu; car Jésus- (-hrisl, par sa mort, la mérité pour nous aussi bien que pour les apôtres; il le demanda pour nous à son Père, en le demandant pour les ajiôlres ; et la solennité que nous célébrons n'est point , comme les autres fêtes de l'année, une simple commémoration, mais le mystère même de la descente du Saint-Esprit. Mystère toujours subsistant,

ttj La reine tl'An;leii,rrf .

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et qui, jusqu'à la fin des siècles, subsistera dans l'Eglise de Dieu , tandis qu'il y aur.i des fidèles en état d'y participer, et c|ui se mellronl en devoir de le remnneler dans leurs cœurs. Or, il ne lient (ju'à ikius, chrétiens,d'être de ce nombre, puisqu'il est vrai, et même de la foi, que, par les sacrements de la loi de grâce , nous pouvons tous bs jours recevoir le Saint-Esprit ; et qu'en veilii des promesses du Sauveur, le même Esprit qui descendit visiblement sur les disciples assemblés dans Jérusalem , descend encore aitaellement et véritablement sur nous, non pas ave: le même éclat ni avec les mêmes prodiges, mais avec les mêuies effets <le conversion et de sanctification, quand il trouve nos àmrs bien préparées, et que nous prenons soin de les lui ouvrir. 11 est donc, mes ( liers auditeurs, d'un intérêt infini pour vous et pour moi de bien comprendre quel est cet esprit que le Fils de Dieu nous a promis, et donl la mission ineffable doit opérer en nous ce qu'elle opéra dans les apôtres. Car malheur à nous si, par notre infidélité , nous y apportons quelque obstacle ; malheur, pour me servir de l'expression de saint P.iul , si nous contristons le Saint-Esprit, et si nous négligeons d'entrer dans les dispositions où nous devons être pour avoir part à ses grâces. Divin Esprit, source féconde d'où procède toute grâce excellente et tout don parfait, répandez sur moi un rayon de celte lumière dont les disciples de Jésus-Christ furent pénétrés quand vous reposâtes sur eux. Donnez-moi une de ces langues de feu qui parurent sur leurs lêtes , lorsque, inlérieurement éclairés, an'més, fortifiés, ils commencèrent à parler. Dans l'obligation où je suis d'annoncer à mes auditeurs les vérités du salut, votre secours m'est nécessaire , et je vous le demande par l'intercession de Marie. Ave Maria.

Le monde, dans l'état malbeureux où l'a réduit le péché, no peut recetoir le Saint- Esprit. C'est la plus sensible marque et la plus funeste que Jésus-Christ nous ait donnée, de la réprobation du monde; et, en prononçant contre lui cet anatbème, il n'en a point apporté d'autre raison, sinon que le momie, dans l'excès de son aveuglement, ne sait pas même ce que c'est que l'espril de Dieu : Spiriium veritatis quem mundus non polesl accipcre, quia non videt eutn, nec scit cwn !Joan., XiV). 11 est donc, concluait saint Chrysoslome, du devoir des prédicateurs de l'Evangile, de faire connaître au monde ce di\in esprit. Et c'est ce que j'entreprends dans ce discours, où j'ai à vous exposer le mystère de notre religion, non-seulement le plus sublime, mais le plus édifiant et le plus louchant. Quand saintPaul, venant à Epbèsc, demanda aux disciples qu il y trouva, si, depuis qu'ils avaient reçu la foi, ils avaient reçu le Saint-Esprit : Si Spiritum sanclum accepistis credenles{Act., XlX)?surpris d une telle demande, et confus, ils lui répondirent ingénument qu'ils n'avaient pas nême oui dire qu'il y eût un Saint-Esprit : Sed nequn si Sj)iiitus Siinctus est audiviinus [Ibid.].

î i 13 OR \TEURS SACRES. BOURDALOLE. 1 f ■ j

Coniliien de chrt'lirns, disons mieux, com- effets de sa s;iinlo présence, que Dieu nnus

!)l(»ii de moiidniiis, à la lioiiie du cliiistia- déc(jn\n' en ce grand jour, el qui voul faire

nismc qu'ils prolessciit, vivent auJDuni'liui loul le sujel de votre allenlion.

dans la mèine igiinramc, et pciil-ctre dans première partie

une iiîiioraiicc encore p'us criminelle ? car Ensei;;ii(T la vérité, c'est une chose qui

il ne sullil pas, pour le salul, de savoir que peut convenir à riioniuie, et qui n'est point

le Saint-Ksj.rit est la Iroisième personne de au-dessus de la portée de l'homme. Mais cn-

l'adorablc Triiiile, qu il est con>ubslanliel seigner sans exception toute vérité, mais

au Père et au Fi!s. qu'il procède clernelle- l'enseigner sans dislinclion à toute sorte de

ment de l'un el de l'autre; ce sont des points sujets, mais pouvoir l'enseigner en loulis

de créance qui nous apprennent ce (|ue le manières, c'est ce qui n'appartient qu'à

S.iint-I^prit est en lui-même, et par rapport Dieu, cl de quoi tout autre esprit que ceiui

à lui-même. Al.iis de plus, mes chers auJi- de Dieu est absolument incapable. Aussi esl-

teurs, il faut savoir ce qu'il est par rapport celé caractère le plus essentiel et le plus

à nous, ce qu'il doit produire eu nous, pour- divin que Jésus-Christ, dans l'Evangile, ait

quoi il nous est envoyé, ce que nous devons attribué au Saint-Esprit : Cum nutcin vcneril

faire pour !e recevoir, et par où nous pou- itle, docebitvos omneinvcritatem[Juan. ,Wl)i

vonsjugiTsi nous l'avons reçu. Or, combien et c'est ce même caractère qui me sembio

de lài lies chrétiens, uniquement occupés du d'abord avoir paru plus sensiblement en co

inonde, ne se sont jamais mis eu peine de jour solennel où cet esprit de vérité descen-

s'inslruire sur tout cela, et, pius conilamna- dit sur les apôtres et sur tous les disciples

blés que les disciples d'Ephcse, pourraient assemblés. En voici la preuve, que je vous

faire encore aujourd'hui cet aveu honteux : prie d'écouter.

Sed nequfi si Spirilus Sanctus est (iinliviiinix : Non, dit saint Augustin, pesant ces paroles :

Com:):ent aurions-nous reçu le Saint-F.sprit, Omnemterilalem,\\ n'appartient qu'a l'esprit

puisque nous ignorons même ce (|ue c'est de Dieu d'enseigner et de persuader lonle

que le Sainl-E^prit?Quoi qu'il en so.l, voici, vérité. Car il y a des vérités que la chair et

mes l'ières, l'idée que je viens vous en don- le sang ne ré\èient point, des vérités qui

ner, el (lue je lire du mystère que nous ce- choquent et qui ré\olteiil la raison humaine,

lébrons. Cet es; rit dont les ajiôtres reçuicnl des vérités dont la nature s'elTraie, des véri-

les prémices et la plénitude fut pour eux, ( t tés humiliantes, gênantes, mortifiantes, mais

est par proportion |iour nous, un esprit dû qui sont parla même des vérités salutaires

vérité, un esprit de sainteté et au esprit de et nécessaires; en un mot, des vérités que

force. Applitiuez-vous à ces trois pensées, l'homme, selon le terme de l'Evangile, no

C'est un esprit de vérité, parce qu'en nous saurait porter, beaucoup moins goûter ni

remplissant de ses lumières, il nous enseigne aimer. S'il arrive donc (ju'il vienne à en être

toute vérité : ce sera la première partie, sincèrement el elfieacement persuadé, ce no

C'est un esprit de sainteté, parce qu'en su- peut être que l'eftel d'un esprit supérieur

nissanl à nous, il détruit en nous tout ce qui agit en lui et qui l'élève au-dessus de

qu'il y trouve, non-seulement d'impur cl de lui. Or il n'y a ((ue l'esprit de Dieu qui ait

charnel, mais d'imparfait et de terrestre, ce pouvoir. L'esprit de l'homme, dit saint

opposé à la vraie sainteté : ce Sera la se- Chrysoslome, apprend à l'homme et lui per-

coiide iiarlie. El c'est un esprit de force, su:ide ce qui satislait l'amour-propre, ce qui

parce qu'il nous rend capables de lu\ faire fl iite la vanité, ce qui excite la ruriosité, ce

<l de loul supporter pour Dieu, eu nous (jui favorise la cupdilé : voilà ce qui est de

iiisjiiiant une vertu surnaturelle el un cou- sou ressort. Mais cecjui combat nos pnssions,

rage au-dessus de toute diffiiullé : ce sera la el ce qui est contradietoiremeiit opposé à

ciuiclusion. Qualités du Silnt-Esprit , qui toutes les inclinations de l'homme, ne pon-

nous sont sensiblement r<'piéj( ntées par ce vintpas venir du finds de l'homme, et d'ail-

leii ii'.jsiérieux et miraciiieux, sous le sy.'n- leurs étant vérité, il faut nécessairement que

!)'>!e d'iquel il fut donné aux a|!Ôlre-;. Car le ce soit l'tsprit de Dieu qui nous l'enseigne

feu, qui, de tous les éléuKnls, ( si le [ilus ' ' ' ■ -^ • - -• -

et qui nous le persuade. De même, c'est une marque sûre el infaillible de l'esprit de Dieu, d'enseigner la vérité à toute sorte do

d'eihaulTer. Or, ce sont justement à notre „ „ . --

égard les trois propriétés de l'es()rit de D.eu. sujets; et la raison en est évidente : parce Comme esprit de vérité il nous éclaire, qu il se trouve dans le monde des sujets si îonime esprit de sainteté il n:ius purifie, et niai disposés, soit à comprendre la vérité, roinme esprit de force il nous anime. Comme soit à s'y soumettre et à la croire, quand >piil de \érilé il nous delronipc de nos er- même ils la comprennent, qu'il n'y a que le /. uis, comuic es|Jiit de sainteté il nous dé- Dieu de la vérité qui puisse les en rendre l;:che de nos engagements criminels, et ca|iables. En effet, donnez au docteur le plus c; niaie esprit de force il nous fait triompher coiisonimé, cl au plus habile homme de la de nos faiblesses. Comme esprit de vérité il terre, certains esprits grossiers à instruire; é ève et perfectionne nos esprits, comme avec toutes ses lumières, il ne les éclairera esprit de sainteté 11 réi'.irme et change nos pas. Donnez-lui à persuader certains esprits Cd-iirs, cl comme esprit de force il remue obstinés el entêtés ; avec toutes ses démonstoutes nos puissances par le zèle qu'il excite Irations, ilne les persuadera pas. Mais ijuand en nous, quanil il veut (]uo nous agissions l'esprit de Dieu s'en reml le maître, ni l'enl'our la ^^loire <'l les iutéic's de Dieu. Trois létenicul de ceux-ci, ni la stupidité de ceux-

fH5 MYSTl'RES. SERMON \. POUR \.\ FETE DE E\ Î-EXTECOTE. [)r>

lA. n'ost lin obsl.u-lc nux impressions lontcs- rollo (laclriiic nMosIe qu'il 6l:ii! vi^in ol, liir iniiss.iiiUs do la vc-rilé : pourquoi? parce sur la lerri-. Out-lque soin (lu'il cùl piisrie que ri't ispril , qui osl souvciaineineiil ot leur en doiiuor une intelliucncfi pirf.iilc, par oxci'll ■ncc Tcspril de vérilé, eu se tom- après Irois années d instrucliou , lont ee ((ui muiiiquaiit à nous, sunuonle ou plulôl dé- rt^;ardail sa divine persouue leur ét.iil en- Iruil dans nous lous ces obstacles, c'csi-à- core caché: sou liuniililé les clioqu iit , sa dire, parce qu'un deselîrls de saprcsence esl croix était pour eux un sramiale, ils \n' coude corriger lous les défauts de nos csj>rits; cevaient rien à ses promesses; au lieu de la et qu'ajant lui-même lormé lous les esprits, vraie rédemplion qu'ils devaient attendre de il sait leur donner le tempérament qu'il lui lui, ils s'en figuraient une chimérique, c'eslpliiît. Ainsi, (le grossiers qu'ils étaient, il les à-dire, une rédeuiption temporelle, ilont la rend, (]uand il veut agir en eux, spirituels vaine espérance les séduisait; et quand ce et iutelligeuls; et, de rebelles à la vérité, Dieu-Hoimne leur parlait de la nécessité des souples et humides pour lui obéir. Les autres soulTrances, des avantages delà pauvreté, luaitrcs cherchent des disciples dociles, et du bonheur des persécutions, de l'obligiliou qui par eux-n)émes aient déjà des disposi- de panlonner les injures, jusques à aimer lions pour eulemlre les vérités qu'on se pro- ses ennemis, c'étaient, dil l'Iicrilure, autant pose de leur enseigner. Mais l'esprit de Dieu d'énigmes où ils ne conqirenaient rien : Et n'a pas besoin de ce choix : toutes sortes de ijjsi niliil horwn inlrllcxcnint, et erat verbum disciples, indodies, pesants, incrédules, opi- ialudahscondilumab eis{ljtc., XVIll) : pouruiàtres , prévenus, lui peuveni couvenir, dit quoi '.' parce qu'ils n'avaient pas cncori' reçu saint Chrysoslome, parce qu'il sait faire de l'esprit de Dieu, et que toutes ces vérilés tous autaùl['de sujets propres à élre instruits; étaient de celles que le seul esprit de Dieu et c'i si la merveille (jue les prophètes nous peut enseigner. Mais, dans l'instant même ont distinctement marciuèe : L'fl sa iptuni in que le Saint-Esprit leur est donné, ces vériprophclis : El crunt oiiuiea ducibilcs Dci tés qui leur avaient paru si incroyables se (Joan., VI). développent à eux. Ils en comprennent le Cnlîn, c'est l'ouvrage de l'homme d'en>ei- se<rel, ils en découvrent les principes, ils eu gner la vérilé d'une manière bornée cl limi- voient clairement les r(mséquences. Kenonlé'; je veux dire de l'enseigner à force de cer à soi-même et porter sa croix, ce n'est leçons et de préceptes, et de la faire entrer plus dans leur idée une folie, puisqu'ils dans les esprits jusques à un certain point font consister en cela loule leur sagesse, de persuasion el de conviction. Ainsi les Aimer sis ennemis et pardonner les injures philosophes du paganisme imprimaient-ils les plus atroces, ce n'est plus, dans leur peu à peu dans l'esprit de leurs auditeurs les estime, ni faiblesse, ni bassesse, puisque vérités bumaines qu'ils leur enseignaient, y c'est par là qu'ils mesurent la grandeur el la employant de longs discours et bien des force de l'esprit chrétien. Ils ne comptent paroles. Mais enseigner dans un instant les plus pour un bien les richesses de la terre, mérités les jjIus profondes cl les plus iucom- puisqu'ils se font une bé ititude d'être paupréheiisibles de la religion; mais les ciisci- vres et de manciucr de tout. Ils ne regardent giier sans qu'il en coûte, pour les apprendre, plus la persécution comme un mal, puisqu'ils ni élude ni trav.:il ; mais les enseigner el les triomphent de joie iTen avoir été trouvés persuader jusqu'à déterminer les hommes à dignes. Je ne fais <iue rapporter ce que nous mourir el à se sacrifier pour elles, c'est les lisons dans le livre des .Vcics; et voilà les enseigner en Dieu, cl d'une manière qui jus- saintes et admirables leçons que fil aux apôlifie parfaitement l'clficace cl l'opération de 1res ce divin maître, el dont il les rendit cal'espril de Dieu. Or voilà, mes cliers audi- pables lorsqu'il descendit sur eux. Or, quand leurs, ce qui s'est ace >mpli à la lettre d;iiis je dis que le Saint-Esprit les rendit capables la personne des apôtres, et ce que je remar- di' tout cela, je prétends, mes chers auditeurs, que comme un des plus giands miracles ((ui vous faire conclure avec moi que c'est donc aient jamais paru snus le citd, comme le un espril qui enseigne toute vérilé. Car, que miracle qui a le plus contribué à rétablisse- ne peut pas enseigner et persuader celui qui nient de noire foi, el dont nous devons pour enseigne cl qui persuade le détachement de cela conserver un éternel souvenir. soi-même, l'oubli de soi-même, la haine de

Car ne fut-ce pas un prodige bien élon- soi-même?

nant de voir les apôtres, au moment qu'ils Mais encore, quels hommes pensez-vous

reçurent le Saint-Esprit, aussi pénétrés des qu'étaient les apôtres avant que le Saint-

liim:ères de Dieu, et aussi consommés dans Esprit vînt leur enseigner ces vérités ? Ali !

la science du royaume de Dieu, (|u'ils avaient chiélieiis, quelle mer\eille! des hommes

été pisque là ignorants et remplis d'erreurs? rem|)lis de dclauls; des hommes, selon le

Ne lut-ce pas un changement de la main du reproche de Jésus-Christ, insensés, et lenis

Très-Haut de les voir dans Jérusalem pré- à croire : S(u/a', et lardi corde ad crcdcndum

( h.int des vérilés qu'ils avaient fait profcs- {Luc., W\V); des hommes charnels, el ne

sioii, non-seuicmcul de ne pas croire, mais voulant inger des choses de Dieu que par les

de cmtredire? Tandis qu'ils n'avaient eu sens : jVi'^i vidcin, non crcdam (Jocn., \) ;

pour maître que Jésus-Chrisl (ô mystère des hommes intéressés, qui ne reconnais-

adm-able et impénétrable!), vous le savez, saient pour vérilé que ce qui était conforme

JésusClir.st, tout Dieu (lu'il était, n'avait pis à burs désirs; des hommes que le Sau-.cur

suffi, ce semble, pi;Ui h ur l'aire entendre lui-iiièuie a\ail eu peine à iupporter, el à

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