‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 99 sur 132 · IÔ · texte numérisé non relu

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'lans le délail. Une vie aussi inutile et aussi vide de bonnes œuvres que celle d'un lionune du monde , d'une l'enime du inoiuie r régulier d'ailleurs el d'une conduite, selon le monde, irréprochable, est-ce la vie d'un cliiélien , gagé, selon la parabole de l'Evangile , pour mériter une récompense immorlellt! "? Voyons ces mercenaires , qui , pressés par le besoin, donnent leur peine pour un salaire temporel : ces hommes à qui le Fils de Dieu nous compare si souvent , cl à qui il veut , en quelque état que nous puissions être , que nous nous conformions. Les imitons-nous?

sommes-nous attachés comme eux à un travail constant et assidu? renonçons-nous comme eux à la mollesse et à la douceur du repos? avons-nous , comme eux , des jours pleins par une pratique entière de nos devoirs ? Si , malgré cette inutilité de vie , Ton gagnait le cit 1 , le ciel scraii-il ce royaume de conquête qu'il faut emporter par violence et acheter si chèrement? Doit-il suffire à des chrétiens , pour être récompensés de Dieu, de se trouver exempts de crime ; et la maxime sur laquelle on s'appuie jusqu'à s'en faire une conscience , que tout le mérile du salut se réduit à ne point faire de mal , n'est-ce pas une erreur dont il faut aujourd'hui vous détronipiT? Méritc-t-on des récompenses en ne faisant rien ? le monde en juge-t-il de la sorte? récompense-t-il l'oisiveté, quoique d'ailleurs innocente? n'exige-t-il pas des services réels ? et pourquoi croirons- nous que Dieu nous en tiendra quittes, à moins de frais? vivant dans celte erreur grossière, que je sais être le désordre le plus ordinaiie de ceux qui m'écoulenl , puis-je , mes chers auditeurs, vous dire, à la vue de Jésus-Christ montant au ciel : Gaiidele et exultate { Multh., V) : llejouissezvous , et tressaillez de joie : pour(iuoi ? Quoniam mcrces vesira copiusa est in cœlis ( /6id. ): Parce que vous aurez la méu;c récompense (jue ce Dieu glorifié, une récompense abondante. Ne dois-je pas vous dire plutôt ; Pleurez et gémissez : pourtiuoi ? parce que, travaillant si peu, il faut que votre récompense soit bien petite; pleurez : pourquoi? parce qu'il est même plus vraisemblable que Cette récompense des élus n'est point pour vous ; pleurez : pourquoi ? parce que ces mérites dont vous voulez vous prévaloir, el à qui le mond(î donne de vains éloges, sont des mérites périssables, dont vous avez déjà reçu la récompense, et dont vous ne la recevrez jamais. Voilà, dans cette sainte solennité , et malgré la joie de l'Eglise , ce qui doit f lire le sujet de votre douleur.

Enfants des hommes , concluait le prophète royal , jusqu'à quand aimerez-vous la vanité et ehercherez-vous le mensonge ? Usqitequo cliligilis vanilntem , et (/uœi ilis mendacium [Ps. XI]"! 11 leur en demandait la raison : usquequo? et il n'en attendait pas la réponse, remarque saint Augustin, parce qu'il savait bien qu'ils n'en avaient point à lui faire. Souffrez que je vous fasse le rnêiiu' reproeh(>. Enfants des hommes, jusqu'à tiuand vous fatigucr(2 vous à chcicher des

tir

récompenses coiruptihîes , dont la poursuiti- Mius cause tant J'inquielU'ies, doiil le relaidemenl vous remplit de t.inl de chagrins dont vous n'êtes jamais contents, el i]ui ju; servent qu'à vous jeter dans un plus profond oubli de Dieu ? Aussi ardents que vous l'êtes pour ces biens de fortune qui emportent toutes vos rcllesions et tons vos soins . el dont la mort vous dépouillera bientôl ; jusqu'à quand négligerez - vous ces vrais' biens el cette couronne, que votre médiateur cl votre chef vous propose conime l'objet le jilus digne de vos vœux ? Ecoutez-le parler lui-même , car c'est lui-tnême qui, du haut de sa gloire, s'adresse à nous en ce jour, el nous dit : Usquequo diliijiiis vanitatem el quœrilis mendacium? Hommes terrestres et sensuels, jusqu'à quand n;é|iriserezvous mes promesses pour celles du monde? Puisque vous êtes si intéressés el si avides , que ne vous attachez-vous du moins aii maître qui vous offre davant.';g.' ? Le monde a-l-il des récompenses aussi solides et même aussi présentes que les miennes? le monde, quand \ous vous êtes livrés à lui , vous a-l-iî jimais rendus heureux , el Irouve-t-on le centuple en le servant? Voilà, chrétiens auditeurs , à quoi il faul que vous répondiez, mais à quoi vous ne pouvez bien répondre que par la réformation de vos mœurs et par un parfait changement de vie. Que ce soil donc là désormais l'exercice de votre foi : Thesuurizntc vobis thesaurosin caio {Multh., VI). Amassez des trésors pour le c el. Au lieu dé ces vertus mondaines dont vous vous parez, el qui ne sont devant Dieu de nul mérite; au' lieu de celle prudence de la chair, de celt.( politiiiue , de cette force païenne, entrez dans la pratique de ces vertus chrétiennes, qui seront pour vous des sources fécondes de béatitude et de gloire. Appliquez-vous, non-seulement à vous assurer, mais à augmenter votre récompense par vos bonnes œuvres. C'est à quoi jusquesà présent vous n'avez point pensé; mais il est encore temps d'y pourvoir , car vous pouvez encore réparer par votre ferveur toutes vos pertes. Vous pouvez encore racheter ces jours malheureux où vous n'avez rien fait, ni pour Dieu, ni pour votre âme. Vous pouvez même, à l'exemple des ouvriers de l'Evangile , coninienç,'înt tard et à la dernière heure du jour, être aussi bien récompensés que ceux qui sont venus dès le malin , et qui ont travaillé toute la journée. Or, si vous le pouvez , êtes-vous excus ibles de ne le pas faire. Ré-^ compense du ciel , récompense qu'il faut mériter comme Jésus-Christ : c'est ce que vous avez vu; mais, pour la mériter comme Jésus -Christ, j'ajoute (luil faut souffrir comme Jésus-Christ : vous l'allez voir dans la seconde partie.

SFCONDE PARTIE.

C'est un ordre établi de Dieu, et le monde même , lout perverti qu'il est dans ses maximes, est obligé de s'y soumettre et de le reconnaiire : on n'arrive point à la gloire par le plaisir; mais il faut renoncer au plaisir, quand on se propose d'acquérir la véri-

ORATEURS SAC.aKS. BOL'RMLOLUv

lable gloire. Car le plaisir ne conduil à rien, je dis à rien de solide, ni à rien de grand. Jamais ce qui s'appelle vie de plaisir n'a produit une vertu, n'a inspiré de sentiments nobles, n'a élivé l'Iiomnie au-dessus de luimême. Soit donc par la nature des choses , soit par un effet de la corruption du péché, le plaisir et la gloire dans celte vie sont incompalibles ; cl quiconque présume qu'il pourra les accorder, se llatte et se Irouipe , séduit par les lausses idées qu'il a de l'un ou de l'autre. En un mot, où règne l'aniourdu plaisir, il faut que le désir de la gloire cesse ; cl où le désir de la gloire est sincère, il faut que le plaisir soit sacrilié. C'est ainsi que le concevaient les sages même du paganisme; et ils le concevaicntbien.Or, si cela est vrai de la gloire en général, et même en particulier de celle gloire profane que l'ambilioi des hommi's recherche , quel jugement devons-nmis faire de la gloire du ciel; de celle gloire pour laquelle nous avons tous été créés, mais sur quoi nous avons perdu nos dmils, en perdant la grâce de l'innocence, eloù il n'y a plus de retour pour nous quefiar les œuvres de la pénitence ; de celte gloire où nous ne pouvons prétendre que par la crois de Jésus- Chrisl.et qu'il ne nous est p;is même permis d'cspénr, si nous ne sommes, comme dit saint r.iul, cnlés sur Jésus-Christ , et sur Jésussouffrant et mourant : Si complnnlali facii minus simililiidini mords ejus , simiil et resiirrectionis erimus ( Rom., Vi ) ? Non , mes chers auditi'urs,je le répèle, jamais les plaisirs de la vie ne nous feront parvenir à celle gloire. 11 faut y aller par la voie des souffrances: première vérité, qui confondra éternellement la mollesse et la délicatesse des mondains. Mais d'ailleurs toules sorles de souffrances ne conduisent pas à celle gloire : autre vérité, qui doit déiromper une infmilé de chrétiens que nous voyons souffrir dans le monde, mais qui ne souffrent pas en chrétiens. Deux importantes leçons que j'ai entore à développer, et que je regarde comme Icsdeux pointsles plus essentielsde la morale cvangélique.

Il faut, comme Jésus-Christ, aller à la gloire céleste par la croix et par les souffrances. Heureux si par là nous en trouvons le chemin ; mais malheur à nous si nous nous figurons qu'on y arrive par une voie plus douce et plus commode, et qu'il y ait pour cela des conditions et des élals privilégiés. Oue n'ai-je le zèle de saint Paul, pour graver profondément dans vos cœurs ce grand |)rincipe ! C'est ce que le Sauveur du monde (il entendre aux enfants de Zébédée, qui passaient néanmoins pour ses disciples favoris , ([uand il réprima, par la dureté apparente de SI réponse , la vanité de leur prétenlion. \"ous me demandez, leur dil-il , d'être assis cl honorablement placés dans mon royaume, et moi je vous demande si vous pouvez boire le calice que je boirai moi-même avant vous? Comme s'il leur eût dit : Favoris el disciples lant qu'il vous plaira , si vous ne parlicipcz à ce calice dont je vous parle, à ce calice d'amerlumc el de douleur, il n'y a pour vous

ilZC

dans mon royaume ni place ni rang; cl quicon(iue refuse d'acce[>ter celle condilion , et n'a pas le courage de |>asser par celle épreuve, doit renoncer à ma gloire, et compter qu'il en est exclu. C'est ce que le même Sauv(:ur nonsa fiit voirdanssa propre personne, et ce qu'il déclara à ses apôlres sur le point (ju'il élait de retourner à ce royaume céleste (]u'il avait quille pour descendi-e sur la terre : Nonne liœc oporluil pâli Clnisium, it inliare in iiloiiam suam {Luc.y XXIV)? Vous vous élonnez de ce que le Christ a souffert, et voire loi en est troublée: mais ignorez-vous les divines Ecritures, et n'avail-il pas élé dit qu'il souff'rirait de la sorte, el qu'il entrerait ainsi dans la gloire? Or, s'il le fallait pour le Christ, Oporluit, ne le faut-il pas pour nous; el qui peut se plaindre d'une loi que le Fils même de Dieu a voulu el a dû subir ? Aussi les saints, au moins ceux de la loi de grâce, non-seulement se sont consolés, mais se sont réjouis, mais se sont glorifiés dans les aflliclions deccllevie, parce qu'ils les ont toujours regardées comme la route sûre et infaillible qu'ilsdevaienl suivre pourparvenirau terme de leur bonheur. Au lieu que Daviil , par un mouvement de confiance,niais d'une confiance encore judaïque, c'est-à-dire d'une confiance qui se proposait encore quelque chose de terrestre il de charnel , el qui ne s'élevait pas aussi parfaitement que la nôtre aux biens spirituels el célestes ; au lieu , dis-je, que David , pour chercher du soulagement dans ses maux, faisait à Dieu celle prière, et lui disait : Ednces de Iribululione animant 7neam {Ps. CXLII) : Délivrez-moi , Seigneur, des tribulations qui m'accablent; les saints de la loi nouvelle, par un esprit tout opposé, mais bien plus épuré et plus éclairé, ont cru di'voirdire:Non, Seigneur, ne nouscndéiivrez pas. Ce sont des tribulations, il est vr.ai, mais des tribulations salalaircs, dont, malgré li s révoltes de la nature, nous nous glorifions el nous nous félicitons : Gloriamur in tribulationibus nosiris {Rom., V). Ce sont des maux qui nous aballent; mais qui, par un effet loul divin, au même temps qu'ils non* aballent aux yeux des hommes, nous détachent de nous-mêmes, el nous éèvent à vous ; (les maux ((ui sont les gages précieux de ce véritable, de cet unique, de ce souverain bien que nous attendons. Et à quoi nous rcduiriez-vous. Seigneur, reprenait, au nom de tous les autres, sainl Grégoire, pape, pénétré de celle vérité, à quoi, mon Dieu, nous réduiriez -vous, si, par une miséricorde qui nous |)erdrail, vous veniez à nous délivrer de ces maux que nous endurons , puisque vous nous assurez, dans toules vos Ecritures, que la soulTiance doit faire tmit le mérite de noire espérance; et par conséqiienl qu'elle en doil élre le plus ferme et le plus solide ajijiui? Où en serions-nous, si, nelaiit plus dans le monde, ni atlligés, ni humiliés, ni inorlifiés, ni persécutés, nous n'avions plus ce qui est, selon le témoignage de voire Apôtre, le caractère le plus visible el le p'.m ccrliin de vos prédestinés? Ne nous écoulez donc point, Seigneur, si jamais nous sou-

n:.7 MYSTKIŒS. SEUMON IX. SI II L'ASCEiNSlOIN DE J. 0. il58

haii ions d'avoir sur la terre un sort plus Iran- deva'K'nl entrer dans le royaume de Dieu •

iiuille; et rejet.'z noire prkVe.si nous étions Con/iimunlcs animas f/(sc(>'»/onim, et exhor-

assez insellse^ pour vous demander une telle tailles ut pcrnwncrcnt in /?(/(•, vt (jiinniam per

gràre. Donnez-nous t!es srcours puissants iiiiilliis Iriliiilaliunrs opoilft nos intrare in

pour nous soutenir, et un foml de patience reijnum Dei [Act., Xl\ ). poursoulïiir .me soumission ; mais ne nous Telle est la loi que Dieu , d.ins le conseil

punissez pas, Seif^nour, jusiiu'à nous traiter de sa pro\idince, a porlée, et ((u'il ne than-

dans la vie plus lavorablemenl que vous ne tî^'ra pas pour nous. Cependant, au m6|>ris

l'avez été, et ju-qn'à élui^nier de nous ee de celle loi , on veut Cire heureux ilans le

qui doit nous donner une sainte ressem- monde, et quoique les soulTranees soient la

bl.inee avec vous. Ainsi, dis-je, ont parlé les nianiue la plus certaine des élus de Dieu ,

saints, et ce laiii;aj;e qui, selon la prudence par une inlidélilé dont on ne t':iit nul srra-

de la chair, paraît folie, était dans eus. la plus pule, et qu on ne se reprodie jamais, on con-

éminente sagesse. seul à n'avoir point celle mar(iue spécialede

C'est cela niL'uie qui a donné à ces grands prédestination pour le ciel, pourvu que l'on

hommes cl à ces fidèles serviteurs de Dieu, soit, si je puis ainsi parler, des piédcslinés

sur le sujet des ju-ospérilés temporelles, de la terre. A quelque pris que le pnissi!

des senlimentssi conlradiiloircMient oppo- èlre, on veut, autant qu'il est possible, ecar-

sés à la cupidilé et à l'amour-propre ; c'est ter tout ee qui fait de la peine cl qui iiicom-

ce qui les a l'ait tre:!ibler , quand ils se sont moile; et , s.'us balancer, on renonce, au

vus dans des états dont le inonde leur ap- moins dans la prali(iue et par les œuvres ,

plaudissait, cl où eousiiteen effet la félicité aux béatitudes de .lésus-Cbrisl , pour jouir

«les enfanis du sièele; mais dont ils crai- des béatitudes du siècle. (Jue cet adorable

(înaientles suites funestes, p,ir rapporta cette Sauveur, que les saints après lui soient ar-

félicilé qu'espèrent les enfants de Dieu : c'est rivés à la gloire par la croix et par les Iribu-

ce qui les a convaincus , aussi bien que lalions, on prétend y arriver par la joie cl

saint Angnslin. qu'une prospérité complète , par le plaisir : c.;r, au mémo lem|is qu'on ne

s'il y en avait une dans le temps présent, veut rien s(uilîrir, on veut néanmoins d'ail-

scrait une réprobation commencée : cl qu'un leurs, par un secret inconnu à Jésus-Chri t

honuiic sur l.i terre, parfaitement heureux même, et par une contradiction quclessaintà

s'il raisonnait bien, devrait , ou se croire n'ont jamais accordée , se sauver dans le

perdu, ou se condanmer pour toute sa vie à monde; c'esl-à-diic qu'on veut se sauver

pleurer cl à gémir : pourquoi ? parce qu'il dans le monde, tandis (ju'on n'y respire que

ny aurait point de moment où il ne dût être le plaisir, qu'on y rapporte tout au plaisir,

louché cl alarmé de cette pensée : Je ne suis qu'on y clierelie avec soin et en tout le plai»

pas dans la voie de Dieu ; ce n'est point par sir, el ([u'on n'y connaît point d'autre bie*^

là que Dieu a conduit ses élus. Comblé de que le plaisir. Mais, que fait Dieu,clirélienSi

biens, comme je le suis , et souffrant aussi remarquez ces deux traits île sa miséricorde,

peu que je soulTre, s'il y a une éternité bien- cl reconnaissez ledésordre de votre conduite,

iicureuse , je n'ai nul lieu de croire qu'elle Alin que les plaisirs du monde ne vous cor-

soil pour moi , et j'ai d'affreuses présomp- rompent pas, <t ((iie ce no soient pas des ob-

lions qu'( Ile n'est pas jiour (uoi. Pensée dé- stades à votre bonheur éternel, Dien , qui

solante pour un chrétien 1 C'est dans cette veut en quel(]uesorte, malgré vous-mêmes,

vue que Jésus-Christ a prononcé ces fameux vous sauver, mêle ces plaisirs d'amertume ,

anatlièmes , à quoi le monde ne sous- vous y fait trouver des dégoûts , vous les

crira jamais, mais qui subsisteront malgré rends fades et insipides. C'est ce que vous

le monde, cl qui, malgré le monde, éprouvez à toute heure ; et vous qui, contre

auront leur effet ; analhème contre les tous les d 'sseins de Dieu, voulez vous per-

riches voluptueux : Vœ vobis divitibus dre, malgré toutes les amertumes qui s'y

(f.«c., V'I) ; analhème contre ceux à qui rien rencontrent, vous êtes avides de ces plaisirs,

ne manque, el qui vivent selon les désirs de vous les désirez anlenunent, vous vous y al-

leur cœur : Vœ vobis qui ridetis, qui salurati tachez opiniatiément, et, tout insipidesqn'i!;

eslis (Ibid.) ; c'est-à-dire anatlième contre sont, vous les préférez ans délices pures de

ceux que le monde a toujours élé en posses- celle gloire, dont la seule espérance serait

sion de béatifier et de canoniser. Et c'est déjà pour vous une félieilé anticipée. Sem-

par la même raison que ce divin maître a blables à i'infoi luné Es lù, qui, |iourconten-

érigé en béatitude ce (lue le monde ilélcste , ter seulement une fois la faim qui le pressait,

et ce qu'il a le plus en horreur : bienhcu- vendit son droit d'aînesse, el fut par là fru-

reuxles pauvres : Beali paupercs lDIattli.,Y); stré de la bénédiction deson père, vous sacri-

bienheureux cens qui pleurent :/?(■«/( r/ia' fiez à de vaines douceurs el à quelques mo-

lufjcnC (Ibid.) ; l)ieMlieureux ceux qui souf- nuMits d'une volupté passagère le saint héri-

frent perséculion : /îpwu' (/!(! perseculioncin tage qui vous était acquis. patiuntur {Jbid.}. Enfin, c'est ce que les apô- Ce n'est pas assez : Dieu vous envoie des

très Paul et îiarnabé prêciiaient avec tant de souffrances, et, par une bonté paternelle, il

zèle, quand ils allaient , dit saint Luc , visi- les atlache à voire condition, à vos emplois,

lant les églises chrétiennes, fortifiant le aux engagements que vous avez dans le

courage des disciples , les exhortant à per- monde. Car , quchjues mesures (juc l'on

sévcrer dans la foi, et leur remontrant tinc prenne, on ne peut être en eouunerce avec le

c'était par les ainiçlions et les peines qu'ils n:ondc sans y trouver sans cesse des suj' Is

fl39 OIÎATEURS SACRES. DOLUDALOUE.

ilo mortificnlion et de cliaprrin. Si vous coii-

n.iissiez le don de Dieu, vous ne penseriez i[u'à le bénir d'en avoir ainsi ordonné, et vous n'auriez que des aciions de grâces à lui rendre de vous avoir pourvus d'un si [inissanl préservalif conire les dangers et les rcueils de votre élal. Quelque avantageuse, .selon le monde, que pût élre votre destinée, vous ne vous croiriez pas abandonnés du ciel, ni réprou\és, puisque vous auriez encore part au calire du salut. Mais quel usage f.irles-vous d'un si précieux talent"/ A ce désir insatiable des plaisirs du monde que je viens de vous reprocher vous joignez l'abus des souffrancrs par où Dieu voulait vous snnclifier; et, comme vous vous pervcriissez p.ir les plaisirs mêmes que vous ne goûtez pas et qui ne vous satisfont pas, ainsi vous pervertissez-vous par les croix mêmes que \ous portez, mais dont vous ne profilez pas, car lout 'S sortes de souffrances ne conduisent pas à la gloire que Dieu nous découvre dans le mystère de ce jour. Si cela était, l'enfer ne serait plus enfer. Il faut que ce soient des souffrances pour la justice, parce qu'il n'y en a point d'autres ((ue Dieu puisse couronner, ni qui puissent avoir de la proportion avec celte vie bienheureuse où Jésus- Christ après lui nous appelle. Souffrir parce (ju'on a le coeur déchiré de mille passions, souffrir parce qu'on est dévoré par une ambition que rien ne peut satisf.iire, soulTrir parce qu'on est possédé d'une envie secrète, s'juffrir parce qu'on a dans l'âme la haine et 1' fiel, c'est souffrir plus que n'ont souffert les pénitents les plus austères, et plus que ne souffrent ces malheureux condamnés par la justice et la rigueur des lois à traîner leurs chaînes dans un esclavage dur et honteux. Mais c'est souffrir comme les démons pour i'iniijuité, et il répugne à la sainteté de Dieu lie tenir compte aux hommes de ce qu'ils souffr?nt pour de si indignes sujets. Si donc l'on prétend au royaume de Dieu, il faut souffrir pour la cause de Dieu, il faut souffrir P'uir la charité, souffrir pour la vérité, soufliir pour la pais, souffrir pour l'obéissance; rar tout cela est renfermé dans cette justice ( hrélienne dont parl.iit le Fils de Dieu quand j| disait : Bculi qui pcisecudonem paliunlur propicr juflitidDU quoinam ipaoriim est rc- (inain cœloruiu {Matlh.,Y). Souffrir plutôt que de se venger et de repousser une injure en rendant le mal pour le mal, c'est ce (pie j'app'ile souffrir pour la charité; souffrir plutôt que de trah r sa conscience, plutôt que de manquera son devoir, pluiôtque d'approuver le vice, c'est ce que j'apptlle souffrir jiour la vérité; souffrir plutôt que de causer du trouble en voulant se défendre et se justifier, c'est ce que j'appelle souffrir pour la paix; souffrir plutôt que de murmurer et lie se plaindre, plutôt que de résister aux puissances légitimes, c'est ce que j'appelle ^ouffrir pour l'obéissance. Voilà les souffrances que Dieu accepte et qu'il récomiiense dans son royaume. Mais ma douleur v.nI, chrétiens, que les vô'res ne sont pas ci'iiiuiuuement de te caractère ; ma douleur

est, qu'au lieu que les saints disaient, en s'adressant à Dieu : Propter te mortificamur tota die {Rom., 'VIII); c'est pour vous. Seigneur, que nous sommes persécutés et que nous voulons l'être; c'est pour vous que nous nous persécutons en quelque manière nous-mêmes, et ((ue nous nous mortifions; peut-être ceux qui m'éconlent et à qui je parle pourraient dire au monde : C'est jour toi que je me mortifie, monde dont je me suis fait l'esclave ; c'est pour loi que je me captive, c'est pour toi que je me f<iis violen( e, c'est pour toi que je souffre tout ce que \ s serviteurs de Dieu ont souffert pour Dieu. Or, qu'arrive-t-il de là'? ce qui nie paraît et qui doit voiis paraître, mes chers auditeurs, le comble de tous les malheurs de l'homme : vous allez à la perdition et à la mort par où les justes et les vrais chrétiens vont au salut et à la vie. Car les souffrances mènent à l'un et à l'autre ; et ce n'est point, je le répète, précisément par les souffrances que Dieu fait le discernement des élus et des reprouvés; c'est par la qualité, c'est parle moiiC, c'est par le principe et la fin des souffrances. Cependant, j'en reviens toujours à la proposition générale que, pour entrer dans cette patrie dont les portes aujourd'hui vous sont ouvertes, et pour mériter d'y être reçu, il faut souffrir.

Cette parole, chrétiens, vous paraît dure ; mais j'ose dire qu'elle ne doit point l'être pour vous, et en voici la raison, à laquelle je vous défie de répliquer. Car, que ne souffrez-vuus pas tous les jours, et que n'étesvouspas déterminés à souffrir pour lemonde? Que ne souffrez-vous pas pour vous établir et pour vous pousser dans le monde? ce désir d'acquérir de la gloire, que ne vous fait-il pas entreprendre"? cette ambition devons élever, que ne vous fait-elle pas prendre sur vous? S'il s'agit de votre fortune, épargnezvous votre santé, ménagez-vous votre repos, vous plaignez-vous qu'il vous en coûte de l'assujetlissement et du travail? Avec quelle patience ne supportez-vous pas tout C" qui se présente de plus fâcheux et de plus pénible? Avec quelle ardeur et quel courage ne passez-vous pas par-dessus toutes les dilficultés?Pour peu que vous ayez de bonheur et que les choses vous succèdent, que né trouvezvous pas aisé? Faut-il vous exciter et vous animer? avez-vous besoin pour cela de remontrances? ne vous les faites-vous pas à vous-mêmes, et ne vous en dites-vous pas plus que je ne vous en dirai jamais? Or. souffrez pour Dieu ce que vous souffrez pour le monde, je ne vous en demande pas davantage. Vous en faut-il un motif pressant, touchant, convaincant? Ne l'avez-vous pas dans celte gloire qui vous est proposée comme le terme de votre espérance? y a t-il un antre bien plus précieux pour vous, que cette gloire où vous n'aurez plus rien à désirer, plus rien à demander, plus rien à rechercher, parce qu'elle comblera toute la capacité de votre cœur; que celte gloire durable cl éternellement assurée, que jamais rien ne vous ciiKMcra, que jamais rien iic

MYSTEUF.S. SERMON X. rOl'U I,A FF.TF. Hi: l.\ PENTECOTE.

Iiuublrra, qur j.imnis rion ne bornora ; qi:n ii'IU' gloire, apio< laquelle les sainlsonl tant soupiré, vers laquelle ils élevaient sans eessc leur esprit, ils lournaienl sans cesse leurs regards, et dont la seule vue, quoique obscure et encore imparfaite, dont le seul avantgoùl sur la terre les ravissait, les transportait, et, pour ni'e\primcr ainsi, les enivrait ; que cette gloire, où le Fils de Dieu souhaitait si ardemtnent de retourner, dont il parlait si souvent à ses disciples, surtout de- |)uis qu^il fui ressuscité et qu'il se vil sur le |i()inl d'aller rcce»oir la couronne que son l'ére lui avait préparée ? C'est là qu'il nous précède, chrétiens : nous sommes ses membres et il est notre chef; [larloul où le chef rntrc il faut que les membres le suivent, et (la'ils y soient placés avec lui. C'est là qu'il traîne avec soi comme en triomphe, et ((u'il introduit lanl d'àmes justes, tant de patriar- I hes, de propliùtes, de prédestinés de l'aii- ( ienne loi, qui depuis si longtemps attendaient ce libérateur. Joignons-nous d'esfirit ri de cœur à celle troupe glorieuse, et disposons-nous à la grossir un jour nous-mêmes, < l à partager avec eus la même gloire. M.;is, du reste, n'oublions jamais (car c'est bi toujours qu'il s'en f.iul tenir, et ce qu'il faut poser pour principe nécessaire et incoi'.testahle) que c'est une réconiiiense ; qu'elle l'a été pour eux, et qu'elle le doit être pour nous; qu'ils l'ont aciiuise par la sainteté de leurs œuvres, par la ferveur de leur piété, surtout par leur patience inaltérable et leur constance à souffrir, et que c'est ainsi que nous la devons mériter. Défions-nous de notre faiblesse ; mais ne craignons point toutefois que les forces nous manquent, puisque Jésus- Christ est à la droite de son Père comme notre raédi.iteur, comme notre pontife, pour faire descendre sur nous ses grâces les plus puissantes. Allons à son trône, à ce trône de gloire et de miséricorde tout ensemble, lui présenter nos hommages, lui ofl'rir nos prières, lui proposer nos bei-oins, l'adorer et l'invoquer jusiju'à ce que nous puissions, dans l'éternilé, le voir et le posséder. G'csl ce que je vous souhaite, etc.

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