‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 106 sur 132 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Il était juste que la chair de Jésus-Christ fût honorée et que Jésus-Christ IravaiUât lui-même à lui faire rendre les hommages qui lui sont dus. Deux grandes r;iisons l'y oliligeaienî. Premièrement, l'honneur qu'il avait fait i celte chair de contracter une si étroite alliance avec elle et de l'unir à sa personne divine dans l'incarnaiion ; et seconiieiiicnt, les humiliations extrêmes à quoi il l'avait réduite dans sa passion. Avez-vous jamais pris garde, chrétiens, à une belle parole de saint Jean, pour exprimer le grand mystère de l'incarnation du ^'crbe'.' 11 ne dit pas que le Verbe s'esl fait homme, il ne dit pas qu'il s'est allié à une nalnre inlelligente et spirituelle comme les anges , il ne dit pas qu'il a pris une âme telle que la nôtre, mais il dit simplemcrît que le \'erbe s'esl fait chair: Et Vcrbuin caro [nctiim est {Joan., I ). Eh quoi ! reprend saint Augustin , la chair de riiommc est ce qu'il y a dans l'homme de plus impariait, c'est en (luoi 1 homme est semblable aux bêtes; pourquoi donc rappor-

ter à la chair seule cet étonnant niys'èrc de l'union qui s'esl faite entre l'homme et Dieu? Ah! réjiond ce saint docteur, cesl pour vous apprendre ce que Dieu a lait pour nous, te (ju'il a \oulu être pour nous, jusqu'à quel point il s'est anéanti pour nous, puis<iui' , étant Dieu, il a bien daigné se faire ( hair. il est vrai, cliréliens ; mais c'est par !à niêmi! aussi que le Saint-l''spril nous a fait comprendre ce qu'il était important que nous sussions, quelle est la dignité i\r. la chair do Jésus-Cluisl, puisqu'cu conséquence de ces di\ ines paroles : Et Verbtim euro faclum est. on iieul dire, selon tous les principes de la lliéolo'.;ii" et de la foi, que la chair de Jésus- Christ a été la chair d'un Dieu, qu'elle a subsislé de la substance d'un Dieu , qu'elle a fait p irlieti'un tout qui était Dieu; et (jue, comme le \'erbe en s'inearnanl est devenu chair : L't Vrrbitm Cdio faclum est , ainsi la chair de l'homuie, par l'incarnaiion , est devenue la chair d'un Dieu. De là concluons qu'il n'y a donc point de gloire, point de culte qu'on ne doive à la chair de Jésus-Chii-t; et que Jésus-Christ même, ajrès une si noble alliance, n'en pouvait trop faire pour honorer sa chair.

D'autant plus qu'il la réduisit dans sa passion aux diTuières humiliations. Car c'i'st celle chair vénérable qui fut comblée pour nous d'ignominies et d'opprobres ; c'est elle qui fui déchirée de fouets; c'e?t elle qui fut profanée par les mains des bourreaux; et, pour tout dire en un mot , c'est elle, si j'ose user ici de celle manière de |)arler, qui fit tous les frais de notre rédemption. Ce ne fut point l'àme de Jésus-I^hrist qui servit de victime i)our nolri' salut , ce fut s(U> corps , ce fut sa chair vit gin.ile. l'.e lui elle qu'il inunol.i sur l'autel de la cnux ; elle êlait saiiile et il en fit un analhème et un sujet de malédiction; l'Ile elait digne de tous les respects des hommes et il permit qu'elle lût exposée à toutes leurs insultes. 11 fallait donc qu'il la récompensât et qu'il l'honorât autanl qu'elle avait été humiliée, ou plulot autant qu'il l'avait lui-même humiliée. <)r, c'est justement ce que Jésus-Chiisl a l'ail dans la divine eucharistie; voilà la lin qu'il s'est proposée dans l'insiilulion de ce mystère, et voilà aussi pourquoi nous célébrons aujourd'hui la féto de son corps.

En eflet , chrétiens , l'eucharistie seule fait plus d'honneur à la chair de Jésus-Christ que tous les antres nij stères glorieux de cet Homme-Dieu ; et, quand il sortit du tombeau, la gloire qu'il communiqua à son corps ne fut point coiufwirable à celle qu'il lui avait donnée el qu'il lui donne encore tous les jours dans son saint sacrement. Celle proposition vous paraît nouvelle; mais écoutez-moi , eu voici la démonslration. J'avoue, uu>s frères, que Jésus-Christ, sortant du tombeau, donna à sa chair d'admirables qualités , impassibilité, subtilité, agiliié, lumière et splendeur; mais après tout, ces qualités n'ont rien qui surpasse l'ordre de la créalure ; an lieu (lu'ici, c'est-à-dire dans l'adorable eucharistie , la chair du Sauveur est c:c\ce à un ordre tout

1!V9 • OR iTi: LUS SAniF.S. DOURDALOUE. ilSO

divin, cUo v promî un ôlre . eili! y arquicrl n niip la chair li'un Diou qui puisse opérer île

(Ifs projiripté*;, l'Ile y fait ce que Uiou si'ul l'allés merveilles ; el, Dieu prenant une chair,

jj'iil faire. Et liuoi? il faudrai! un discours en- ne pouvait plus llioïKirer qu'en lui donnant

tii'r pour vous l'exidiquer. Je ui'arrèlo à ce la force et la vertu de les produire. Or, tout

j]\i'\\ y a de plus essentiel et à ce qui doit le cela convient à la chair de Jésus-Christ dans

iilns vou-^ tiiiilier. Je ne vous dis point que l'eucharistie, et c'est ce que l'Eglise exprime

cette chair bienheureuse possède une e'^pèce en un niol , lorsqu'elle nous la présente par

d'iumiensiîéilans l'au^ustesacrenienldi! l'au- la main di's prêtres : Cor/ji/s Uomivi nnatii

tel, puisqu'il est certain qu'elle n'y est liornée Jrsu C/nisli custodint ariimam luam in vitam

par aucun espace et qu'en vcriu de ce inys- (cfcrnam .-Reçois, chrétien, nous dit-el'e,

tè;e elle peut être tout à la fuis dans tous les reçois le corps de ton Seigneur et de ton Dieu:

jieux du monde; qualité propre de Dieu. Je et pour(|uoi? alin qu'il conserve ton âme pour

lie vous dis point qu'elle y devient toute spi- la vie éternelle. A'oyez-vous, mes chers au-

rituelle , mais bien autrement tine dans sa ditenrs , l'inestimable prérogative du corps

re-uriectioii, puisque la chair de Jésus Christ de Jésus-Christ? Dans l'ordre de la nature,

est dans l'hostie à lu manière des esprits, c'est à l'âme de conserver le corps; mais,

toute en tout, et toute en ch.ique partie; au- dans l'ordre delà grâce, c'est le corps de Jé-

tre qualité miraculeuse. Je lais-c ce qu'a re- sus-Christ qui conserve notre âme; et cet

marqué l'abbé Rupert , qu'elle est comme ordre , qui est un ordre de grâce pour nous,

éternelle et incorruptible dans ce sacrement, est pour le corps de Jésus-Christ un ordre de

parce qu'elle y sera jusqu'à la consommation ghiirc, mais de la gloire la plus éuiincnte et

des siècles; ou plutôt , chrétiens, qu'elle y Ki pins sublime.

meurt tous les jours , mais d'une mort mille Après cela, faut-il s'étonner que Dieu ,

fois plus merveilleuse que l'imniortalilé par une conduite pleine de sagesse, et par

même dont elle jouit dans le ciel, puisque une disposition de sa providence, nous ait

c'est pour y renaître continuellement par 1rs proposé ce corps à adorer dans nos temples ?

paroles de la consécration. Tout cela, autant A qui rendrons-nous plus jusleioenl le culte

ileffets de la toute-puissance divine, pour de l'adoration qu'à une chair qui est le prin-

lioiiorcr le corps du Sauveur. cipe de notie v ie et de notre immortalité ; et

Mais le grand miracle, et celui qui coin- où l'adorerons-nous avec plus de raison (jue

prend tous les autres, et celui que Jésus- d.uis son sacrement, puisque c'est là que

Christ nousa marquéplusexpressément dans Dieu l'a rendue toute-puissante, pour nous

l'Evangile, et celui à quoi les hommes font animer de la vie de la grâce, et nous vivifier

inoins de réllexion et celui qui devrait être selon l'esprit ? Oui, mes frères, dit saint Am-

pliis médité et celui que je trouve incontesta- broise, nous adorons encore aujourd'hui la

hiement le plus glorieux à la chair du Fils chairde noire Uéilempleur, et nous l'adorons

<le Dieu, je lai dit, et il faut le développer dans les mystères qu'il a institues lui-même,

«lavanlage : c'est que la chair de Jésus-Christ et qui se célèbrent tous les jours sur nos au-

<lans 1 eucharistie est l'aliment de nos âmes. tels. \'oilà. chrétiens, des paroles bien pres-

«Juoiqu'elle ne soit qu'une substance terres- saules contre nos hérétiques, et qui de tout

!re et mitérielle , elle a la vertu de vivifier temps les ont jetés dans un étrange embar-

i;os esprits. Au lien que nalurellcmeiit c'est ras. Cette ch.iir de Jésus-tJlhrisl , contiiiui!

l'esprit qui doit vivifier la chair, ici c'est la saint Ambroise , a été formée de la terre

cliair qui , par un prodige bien surprenant , aussi bien que la nôtre, et la terre est appe-

vivifie l'esprit et qui le soutient et qui l'anime lée d.ins l'Ecriture l'escabeau des pieds rie

et qui lui sert de nourriture pour le conser- Dieu ; mais cet escibeau, considéré dans l.i

ver. Car, prenez gaide, je vous prie, c'est la personne du Sauveur et dans le sacrement

réllexion de saint Ambroise : quand le Fils de de sa ch.iir, est plus vénérable que tous les

Dieu parlait aux Juifs de ce sacrement, il ne trônes des rois, et c'est pour cela que nous

leur disait [>:is : Ego sum r^T/io- ; Je suis la ladorons. Je ne savais pas, ajoute saint Au-

viande ; mais il leur disait : Cnro îwea rece fs< gustin , ce (lue Dieu voulait dire par son

ci7/i(s ; Ma chair est la viande dont il faut que prophète, quand il nous ordonne d'adorer

vous soyez spirituellement nourris. Ce n'est l'escabeau de ses pieds, qui est la terre : Adu-

jioint l'âme, ce n'est point la divinité de Je- l'utc scnbelliim pcdiim fjus [Ps. LV'll); et je

yu'-Chrisl qui fait notre aliment spirituel dans ne comprenais pas comment cela se pouvait

l'eucharistie , c'est sa ch.iir : Cnro mci/. Si la faire sans impiété : mais j'en ai trouvé le

divinité et l'âme s'y trouvent, c'eil, comme secret et le mysière dans le sacrement de Je-

parle recule , par concomitance; ce qui nous sus-Christ. Car c'est ce que »ous faisons

nourrit, et ce qui nous est directement donné tous les jours, lorsque nous mangeons sa

en qualité de nourriture , c'est la chair de cet chair, et qu'avant que de la manger nous

homme-Dieu dont notre âme est sustentée et l'adorons , non-seulement sans superstition,

fortifiée, et , pour me servir du mot de Ter- mais /ivec tout le mérite de la foi ; parce que

tullien, engraissée. Or, quel honneur pour cette cliair étant un aliment de salut, quoi-

iine chair, que ce soit elle qui nous rende qu'elle soit de terre et l'escabeau même des

tout spirituels, elle qui nous communique la pieds de Dieu, il faut l'adorer ; et, bien loin

grâce et qui nous fasse vivre de la vie de (|ue nous péi liions en l'adorant, ce serait un

'e Dieu mémel Oui , chrétiens, je le répète , crime de ne l'adorer pas : El quia ilhnn cnr-

f e miracle seul élève la ch.iir du Sauveur du nnn manducandam nohis ad inilulcm drdit uiouJcàuii ordre surnaturel cl di\ in. Car iln'v ncino atilcm illuin inuiuhical ni^i ]>riits udui'u

fISI MYSTRUES. SERMON XII. SUR LE TiiES-SAINT SACHES NT. Î1S2

mit : sic inccnltim est, queinadmndum nrlo- ordonimnl à Ions Ic^ fnlèlos de (l.'cliir le

relur laie scalielhtm prdiim Domini , ut ni^n genou ilcvant lui ol A' lui présonler Irurs

solum non peccrmus (ulorando, scd peccemus respects cl leurs fuloralioiis II y a plus • elle.

nnnudorandu (.\nd>r.). le porte, ajoute le Meiilieureux évéïjue (îe

C'est pour cela, cliiéliens , que l'Eglise a ("icnève , pour lui l'aire »ine répnr;ilinn au-

in^tiUié celle fêle qiiMious soli-nnisons sous llicntique de tous les opprobres (lu'il soiif-

10 lilrc et à l'honneur du c irps de Jé^us- fril dans les rues de Jérus.ilem , lorsqu'il fnt Cliiisl. Eilea voulu se conr)rnier aux senli- traîné de consistoire en consisloire , <'t de tnents et à l'exemple de Jésus-Christ nièine. Iriliunal en tribunal. L'Kglise veut lui taire Jésus-Christ a prétendu honorer sa chair satisfaction de cette injure, et, dans celte dans l'eucharistie; et l'Eglise honore l'eu- vue. elle le porte publiquement, elle le fait charislie pour honorer celte même chair, suivre do tout le peuple, avec des acclama- ^ous me demandez sur quoi est fondée celle lions et des chants d'allégresse. Enfin, pourcérémonie de porter en pompe le corps du quoi le porle-t-elle? Voici, chrétiens , la Fils de Dieu? Sur les raisons les plu^ solides raison ciidt !le. Elle le porte , dit le grand elles plus louclianles : éooutez-les. On le cardinal du Perron, pour lui faire honneur, porte, remarque un savant Ihéologien, prc- mais un lioiineur solennel, de toutes les vicmièrcmcnt, en mémoire de ce qu'il se porta loires qu'il a remporlées sur l'hérésie et sur lui-même, quand il distribua à ses apôtres l'inlidélilé. dans le sacrement de son corps. s ) chair 1 1 son sang. Car alors, dit sainl-Au- Ne jjcrdez pas, s'il vous plaît , cette rcmarguslin, il esl évident (ju'il portait son propre (lue : nos héréliques nous reprochent que carps ; et que ce que lEcriluic disait de Da- ces processions sont des nou\eantés, qui vid, dans un sens ngnré. savoir qu'il se pur- n'oni jamais été en usage dans les premiers l.iit lui-même ilans ses mains, s'accomplit à siéi les de lEglisc; et nous leur répondons 1,1 IcMrc dans la personne du Sauveur : ce qu'il faul bien que ce soient des nouveautés, sont les termes exprès de saint Augustin, puisqu'elles ne se font ([n'en signe de leurs j\îais qu(> fit celHomme-Dieu,quanil il sepor- nou\elles erreurs , déiruitis et confondues

11 ain<i lui-méaie? Il se fil comme un Iriom- i)ar la vérité de l'eucharislie. On ne portail phe à soi-même ; car il ne pouvait être plus point de la sorte autrefois le corps du Fils dliouorahlimenlporté(]uep.irsiii-mêmeetdans Dieu, parce qu'il nj avait point encore eu ses propres mains. Or, c'est le mvslère que d'erreurs dont il eût triomphé; mais, depuis l'Eglise nous représente aujourd'hui, faisant qu'il s'est élevé des liérésiar(]ues pour le con;porter ce corps vénérable dans les mains des battre, depuis qu'il y a eu des liomtncs conprêtres, qui sont comme les propres mains jurés contre sa présence réelle dans le sacrcdu Fils tic Dieu. Mais pourquoi le porter ment, et que, par la force de sa parole, il les hors des temples , pourquoi dans les rues et a fouilroycs et terrassés , l'Eglise s'est crus dans les [laces publi(iues ? C'est , répond obligée de lui en ordonner un triomphe. Tel'e l'auteur quej'ai cité, en actions de grâces de est l'origine de ces processi()ns. Ainsi parlait ce qu'il allait lui-même autrefois parcoii- le savant prélat dont nous venons de rapiiorrant les villes et les bourgades , faisan! le ter la pensée.

tour de la Judée et de la Galilée , cl guéris- Mais ajoutons un point qui doit encore sant les malades partout où il passait : Cir- plus servir à notre instruction : disons que cuibat omncs civitates et caslcllu (.]Icitth.,y]. par ces processions l'Eglise prétend réparer Voilà pourquoi l'Eglise le fait encore porter tant d'outrages qu'ont faites au Sauveur du par toute la chrétienté; espérant du reste monde, et (|ue lui font sans cesse les mauqu'il opérera parmi nous les mêmes merveil- vais chrétiens dans l'eucharistie. Oui, mes les qu'il opérait parmi les Juifs. Carne dou- chers auditeurs, c'est pour nous-mêmes que lez pas, mes cbers auditeurs, que ce Sam eur, l'Eglise a établi cette fêle en forme d'amende pas>anl aujourd'hui de\ant vos maisons, ne honorable; c'est pour toutes nos profanales ait sanctifiées par sa présence ; ne doutez lions, c'est pour tous nos sacrilèges, c'est pas qu'il n'ait répandu dans toutes les places pour toutes nos irrévérences devant les aupuldi(iues des bénédictions particulières , et leis ;îe Jésus-Christ et dans son sanctuaire ; qu'on n'ait pu dire de lui : Peitrnnsiit bfne- c'est pour tous les scandales que nous y do!ifacicndo {Act., X). Il a passé, et il a laissé nous, pour loules les commur.ions indignes sur tout son [)assage des effets de sa libéra- de tant de pécheurs hypocrit''s, pour toutes lité. C'est ce que Dieu semble avoir voulu les messes célébrées par des prêtres vicieux, nouj mar(iuer d;ins une des plus belles figu- pour toutes no-, froideurs en appioeh int de res de EAncien Testament. L'Ecriture dit la sainte table, pour toutes les négligences que, parce que Joseph avait pourvu dt^ pain même qu'y apportent les âmes justes ; c'est loule l'Egypte, flans le temps de la sténlilé pour les \ôlres, cbiélieu'*, et pour les mienci de la fioiine, le roi Pharaon le fit monter nés, depuis tant d'années que nous fréquensur un cbar, et le fil conduire par toutes les tous ce mystère d'amour ; c'est pour vocs provinces de son royaume, avec ordre à cha- et pour moi que ces processions sont ordoncun (le l'adorer et de se prosterner devant nées, afin que l'honneur qui y esl rendu à lui. Ainsi, parce que le Fils de Dieu nous a la chair de notre Dieu, la dédommage en donné ce pain céleste qui esl son corps, l'E- quelque sorte de toutes les insultes qu'elle glise le l'ait paraître comme sur un trône et a reçues jusqu'à présent de nous, et (lu'elie sous le dais, et dans cet élat , elle le cou- eu reçoit tous les jours; Permelteznioi de dui! duiii lou5 les lieux du monde clirélien, vous dire une chose (lui duit vous coiifoudrt-»

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Ol'.ATEURS SACUtS. TOURDALOUE.

et que vous ne pouvez p'ciircr trop amèreinciil. Que faiSDiis-uous, (]u;iiiil nous tnan- <|uons(le respect envers la sainte eucharistie? Voici une pensée c;ipal)Ie, ce nie sriiible, de touiller l<'S cœurs les p!us insensibles. Nous faisons que l'eucliarislie, instituée essentiellement pour honorer la chair du Sauveur, devient pour cette niônie chair un mystère d'humiliation, un niys'ère de confusion et de honte, un mystère d'ignominie. Pesez bien ce qui' je dis. Oui, la chair du Sauveur souffre mille fois plus de notre part dans l'eucharistie, (lu'elle n'a jamais souffert des Juifs dans sa paî.sion ; car dans sa passion elle ne soiilTrit (]ue pour un temps, mais ici elle est c\po^èe à soutVrir ju-^qu'à la fin des siècles : dans sa passion elle ne; souffrait qu'autant (jue Jésus-Christ le voulait, et que pa;ce (|u'il le \oulait, mais ici elle soulîre, pour ainsi dire, par force et par \iolence ; si elle soulîi il dans sa passion, c'était dans l'état d'une nature passible et morleile, mais ici elle souffre dans l'élal uicmc de l'inipassibiliié ; ce qu'elle souffrit dans sa passion, était f>lorieux à Dieu et salutaire aux hoaimes, mais ici ce qu'elle souffre est pernicieux aux hommes et injurieux à Dieu. Ahl chrélicns, les puissants motifs pour réiciller et pour exciter toute votre religion à l'égardde ce grand mystère!

Quelle doit donc être l'occupation d'une âme chrétienne pendant les saints jours de cette octave'? Ecoutez, mesdames, écoulez tous, mes frères, voici de quoi entretenir votre piété. L'occu|iation d'une âme chrétienne en ce saint temps doit être d'entrer dans les sentiments de l'Eglise, el d'honorer avec elle la chair du Rédempteur. Voilà à quoi elle doit s'employer. Qu'est ce à dire honorer la chair du lîédempteur'? c'est-àdire lui l'endre tout le culte qu'elle peut recevoir de nous dans le s.icreincnt de l'autel ; imiter Madeleine, qui eut un zèle tout particulier pour celte saiiile chair, l'arrosant de ses larmes, l'essuyant de ses cheveux, et répandant sur elle des parfums. Exercice, dit saint Thomas, dont le Fils de Dieu la loua, tout éloigné qu'il était des délices de la vie : pourquoi? parci' qu'il aimait à voir (jue sa chair fût honorée. De même, nous prosterner souvent en la présence de ce sacré «•oips, et là lui offiir mille sacriiîces de louanges, mille adorations intérieures, mille hommages et mille actions de grâces. Lui dire quelquefois, mais avec une foi vive, mais a\ec une dévotion ardente : Corps divin, corps bienheureux, vous avez été le prix de mon salut : iiue ne dois-je donc pas taire pour vous glorifier? mais puisque vous vous êtes mis dans ce sacremeni pour y recevoir le tribut de gloiie qui vous appartient, comnu'nt y a-t-il des chréliens assez impies piur venir vous y profaner? Du moins j'irai, m li, vous présenter mon encens ; et je voudrais y conduire avec moi tout ce qu'il y a d'hommes sur la terre. Tels sont, dis je, les sentiments <]ue nous devons prendre : et et parce que le corps de Jésus-Christ doit élrc aujouid liui f oi té en ccréuionie et avec

appareil, notre devoir est de contribuer à cet afipareil et à cette cérémonie dans toute l'étendue de notre pouvoir. Vous surtout, mesdames, si curieuses de mille superfluilés qui ne servent qu'à votre luxe et à votre vanité, c'est là que vous les pouvez sanctiOer, les consacrant au corps de votre Dieu, les ciiiployanl à enrichir les vases qui le contiennent, à embellir les tabernacles où il est renfermé, à parer les oratoires où il doit reposer. Vous êtes si soigneuses d'orner vos corps, vous usez pour cela de tant d'artifices, vous faites pour cela tant de dépenses, vous prenez pour cela tant de mesures et tant de soins : mais vos corps, ces corps infectes de la corruption du péché, ces corps sujets à la pourriture, et qui bientôt ne seront (jue poussière et cendre, vous doivent-ils être plus chers que le corps de Jésus-Christ ? Enfin, parce que le corps du Fils de Dieu est enlevé hors de ses temples, et [lorlé eu triomphe, que fait l'âme chrétienne? elle le suit dans ce triomphe, c'est-à-dire elle l'accompagne dans ces processions, et lui fait escorte de sa propre personne. Et c'est, mes chers auditeurs, ce que l'esprit de Dieu nous a (li\ inement exprimé dans l'épouse des Cantiques : ce passage convient admirablement à mon sujet, et l'application que j'en fais vous paraîtra bien naturelle. L'épouse d,t qu'elle a cherché son bien-aimé dans le lieu ordinaire où il a accoutumé de prendre sou repos, mais qu'elle ne l'a pas trouvé : Quwsivi quem dUigll anima mea, qiia'slvi illum, et non inveni [Cant., 11); que là-dessus elle a pris la résolution de sortir, de faire le tour de la ville, d'aller dans les rues et dans les places chercher celui qu'elle aime : Siirgaiu, et circuibo civilalcm; per vicos et plateeis quœram quem diliijit anima mea [Ibid.). EII<ï ajoute que les gardes et les officiers de la ville l'ont rencontrée : Invenerunt me viqiles qui caslodiunt cieilatem (Ibid.); qu'elle leur a demandé s'ils n'avaient point vu son époux, et qu'immédiatement après elle l'a aperi^ru au milieu d'eux : Paulalum cum pertransissrm eos, ineeni quem diliqil anima mea (Ibid.) ; qu'elle a couru à lui, qu'elle ne l'a point quit'é jusqu'à ce qu'elle l'eût conduit dans la maison de sa mère : Tenai illum, nec dimittam, donec inlroducam illum in domum ma- Iris mew [Ibid.]. Que veut dire tout cela, chréliens? vous prévenez déjà ma pensée. Celte épouse est l'âme fidèle; elle cherchi! aujourd'hui le Sauveur du monde dans le sanctuaire de l'eucharistie, qui est comme son lit mystérieux, et elle ne l'y trouve pas; elle s'en va donc par les rues, et dans les places publiques, pour voir s'il y sera. C'est là en effet qu'elle le rencontre, environné de gardes, entouré de ses ministres qui le portent avec honneur, et de tout le peuple qui lui fait une cour nombreuse ; elle se jette à ses pieds, elle l'adore, elle le suit des yeux, et elle ne l'abandonne point qu'il ne soit rentré dans le (emple d'où il était parti, et qui est proprement la maison de notre mère, puisque c'est la maison de l'Iiglise : y a-t-il rien de plus juste que cette figure ? mais ry-

MYSTEKES. SERMON \!1. Sl'U LE TRF.S-SAINT SACHEMENT.

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prenons. F, .1 gloire du eorpsdcJé'iiis ClM■islc^l d'avoir élé donné à l'Eglise dans le sacrciuenl de l'aulel ; el la gloire aussi de l'Kglisc est d'avoir reru el de posséder li' corps de Jésus- Chrisl dans ce sacrement. Uenouvolcz, >"il vous plaîl, voire aUenlion pour toile seconde parlie.

SECONDE PARTIE

Si le Fils de Dieu élait intéressé à honorer sa chair, il ne l'était pas moins à honorer son corps mjsti(]ue, qui csl l'Eglise. Nous ne faisons tous qu'un même corps avec Jésus-Christ, dit saint Paul : Vos esiis co//;».* Chrisli, el membra de incmbro fl Cor., XII). Ko qualité de Sau\cur,Jésus-C>lirisl est notrichel', el m qualité de justes, nous sommes ses membres; et comme il est de l'honneur des membres d'a\oir un chef couronné de gloire, aussi est-il de l'honneur du chef do répandre sur ses membres toute la gloire dont ils sont capables. Or, c'est ce qucJé^us- Clirisl a l'ail dans l'institution de la divin ; eucharistie, que nous pouvons pro()r<'mrnt encore appeler la fêle de l'Eglise, ou la fêle du corps mystique de Jésus-Christ : Festttm corporia Clirisli : pourquoi cela '? parce (]uo ce mystère est celui dont l'Eglise se tiiMil plus honorée, et qui la rend plus glorieuse devant Dieu.

Non, chrétiens, le Sauveur du monde, avec toute sa magnificence, ne pouvait rien faire de plus honorable pour son Eglise ; ni do plus grand, que de lui laisser le sacrement de son corps ; c'était le comble de toute la gloire qu'il lui pouvait procurer; et l'on pi'ul bien dire après cela que cet llonimcl)icu avait pleinement accompli le dessein qu'il s'était formé, d'avoir, cojnme parle l'Apôtre, une Eglise illustre, éclatante, enrichie des plus beaux oiiieinents du ciel: Ut exliibcrelsibi ijluriosam JEcclesium {Eplics.,\), p:irce qu'en effet la possession du corps et du sang do Jésus-Christ donne à l'Eglise tous ces avantages el toutes ces qualités. Vous voulez savoir conimonf? Ah! mes chers auditeurs, la ticlie matièie à vos réilexious ! Autrefois les Juifs se préféraient à toutes les nations du monde, et se glorifiaient d'un ]>icu qui ne dédaignait pas de dinieurcr au milieu d'eux cl de marcher avec eux. Non, disait .Moïse, il n'y a point de peuple qui ail des dieux si proches de soi, el par consé- (luenl il n'y a point de peuple sur la terre si honore que nous : Ncc est alia nnlio lam (jratidis, f/uœ habeat dcos (ippropi/ujuanles sibi {Detit., IV). Mais de quelle manière Dieu denicurait-il avec les Juifs'? par celle arche d'alliance où il rendait des oracles, et à laquelle il avait attaché sa protection. Cette arche élail-elle le vrai Dieu d'Israël"? elle n'en était que la figure, que le tabernacle ; el cependant, parce qu'elle élait placée au milieu des douze tribus, qu'elle les accomp ignait dans toutes leurs marches, el qu'ils la portaient dans leurs camps et dans leurs armées, ils se vantaient que leur Dieu les suivait partout, el que partout il leur élait présent. .Mais qu'est-ce que cela, chrétiens, s: flous le comparons avec l'honneur que l'E-

glise reçoit el que nous recevons connue elle dans l'eucharistie ? L'n Dieu lui-même dans sa propre substance, el avec toute la plénitude de sa divinité, demeure corporeliement cl réellement parmi nous : il réside dans nos temples, il vient jusque dans nos maisons; il se laisse non-seulement approilior, mais toucher, mais manger; et c'est birn à nous désormais de dire : Nec est aliu nnlio tniii grandis, t/uœ luibeat deos apprupiiii/wiiiirs sibi. Ezéciiicl nous parle d'une cité mystérieuse dont il décrit les richesses cl la grandeur, et qui n'avait point d'autre nom que celui-ci : c'est le séjour de Dicu.el Dieu y e>t : Et nomin eirilalis, Domiiius ibidem (Ezevli., XLVIII). .Mais cotte cité ne pouvait être (lue l'Eulisc chrétienne, dont Dieu représcnlait déjà l'excellence à ce prophète : car quel nom plus propre peut-on donnera lEghse'? Viniiinus ibidem : C'est là que Dieu lialiile ; c'est là que, par un engagemonl irrévocable, il s'est obligé de demeurer j{is(|u'à la con— somin.ition des siècles; et par quel engagement'? par l'euch.iristie, qui le lient comme a'iaehé à son Eglise, sans qu'il (misse jamais s'en séparer : El itomcii eivitutis, bornions ibidem.

Cependant est-ce en cela seul que consiste (oui l'honneur qui revient à l'Eglise, de ce sacrement ? non, chréliens, il y a quelque chose de plus impoilanl : écoutez-le. Etre honoré de la présence d'un Dieu, cela est grand ; mais être honoré de ses entretiens, mais être honoré de sa familiarité la plu> intime, c'est bien encore une autre gloire. Or, tel est l'avantage de l'Eglise dans le sacrement du corps de Jésus-Christ. Que fait Jésus-Christ dans ce mystère, demande l'abl/é Rupert"? Il y converse avec les hommes, il y visite les hommes, et il y est visité dos hommes ; il y écoute les plaintes des honmics, il y reçoillcs requêtes qui; lui présentent les liommcs, il y accorde les diiTérends des hommes, il y instruit, il y console les hommes. Parce (juc les liommes sont les membres de son Egliso, c'est à son Eglise qu'il défère loul cet honneur. Sur (|Uoi.mes frères, il hk; souvient d une remarque qu'a faite Guillaume de Paris, expliquant l.i prophétie do Daniel. Ouanil le roi do Bahylono consulta les d. \ ins sur la vision qu'il avait eue , et qu'il les obligea de lui dire le songe qui l'avait occupé pendant son sommeil, ils lui répondirent qu'il n'y avait point d'homme mortel qui le pûl faire; que cela n'appartenait qu'aux dieux, parce que les dieux n'avaient point do com:iicrce avoc les hommes : A'ecrepcrielur quistjniim qui indicel illum, exce])tis diis, quorum non est cum Uominibus convcrsatio {Dan., II). Celte parole, dit l'Ecriture, l'irrita, el il rocoiinul quo toute la sagesse des devins n'était qu'erreur et (|ue mensonge: pourquoi'? Ah ! répond Guillaume de Paris, il y cul en ceci du mystère. Ils présupposaient que les dieux du ciel ne s'abaissaient pas jusqu'à s'entretenir avec les liommes; et en cela ils firent paraître, san.s y penser, leur ignorance, parce qu'il y avait un Dieu, le Dieu des chrétiens, oui devail

ORATEUnS SACRES. BOERDALOIJE.

honorer un jour les liomnies de sn couversilion, pt qui tnollrait là ses plus tliores il6lices : Deliciœ nirœ esse cam filiU liominum {P/-ot;., VllI). Voilà, dis-je, la [irérogalivc do l'Eglise de Jésus-Ciirist, de pouvoir traiter fainilièrement avec son Dieu ; et par là, reprend saint Chrysosloine, nous avons en ô,uelque sorte, sur la terre, le même avanta-^e que les bienheureux, dans le ciel; car lu bo*iiheur dj ciel est de posséder Dieu ; et ne le possédons-nous pas tout entier dans la divine eucharistie? Jé?us-Christ, ajoute saint Chrysostome, se trouvait partagé entre lEglise tiiomphanle et l'Eglise militante ; elles disputaient à qui aurait son corps adorable, et l'une et l'autre y prétemiaient; ni,.is ce nouveau Salomon a fait ce que le premier, avec toute sa sagesse, ne put lairo. Sans diviser son corps, il l'a donné à l'une et à l'autre : à l'Eglise triomphante, il l'a donné sans voile et à découvert; à la militante, il l'a donné sous les espèces de son sacrement.

Peut-on, chrétiens, enchérir sur ces pensées'? oui, on le peut; et voici des avantages encore mille fois plus grands : eh quoi ? souffrez que je les ramasse en abrégé, et que je vous en propose seulement l'idée, capable de ravir "d'admiration les anges et les hommes. C'est que le sacrement de l'eucharistie est pour nous, et pour tous les fidèles cjui le reçoivent, une extension continuelle et perpétuelle du mystère do l'Incarnation. Ainsi parlent les Pères. Vous savez à quel point d'honneur fut élevée l'humanilé de Jésus-("lirist, dans ce bienheureux momenl qui l'unit au Verbe divin. Or, je dis que Jésns-Cinist, se donnant à nous par le sacrement (ie l'autel, a fait entrer tous les membres de S(Mi Eglise en communication de la même gloire, puisqu'il vient en nous, qu'il s'unit à nous, qu'il ne fait, pour ainsi dire, qu'un avec nous. El c'est de là, selon la doctrine de saint Cyrille, fondée sur la parole du Fils de Dieu, que ce sacrement s'ajipelle communion : Qui mnnducal mcani carnein et bibit mewii snnguiiiem, in me manet, et eijo in to [Joan., VI). D'où il s'ensuit même encore que , dans une certaine propriété de termes, le Sauveur du monde est à tous moments comme incarné de nouveau entre les mains des prêtres, qui sont ses ministres ; O vcneranda sacerdotum dignitas, in (quorum manibus Filius Dei jjerpeluo incanutlur {Aug ), s'écrie saint Augustin ! 0 vénérable et sacré caractère des prêtres, puisque Jésus-Christ, puisque le Fils du Père éternel, puisque notre Dieu, qui ne s'est incarné ([u'une fois dans le sein de Marie, s'incarne s. ms cesse dans leurs mains ! Jugez, chrétiens, de cet honneur, par celui que Dieu fit à Marie, quand il la choisit pour sa mère. Nous rendons à celte Vierge un culte singulier de religion , parce que c'est en elle que le Verbe s'est fait chair ; et que devonsnous iicnser des prêtres qui ont le pouvoir (le le foiDier dans leurs propres mains, do le [iriiduire par l'elficace do leur parole, de le faire rejiOiCr dans leur sein, non pas une

fois, n)ais autant de fois qu'ils célèbrent les saints mystères ?

Mais pourquoi entrer dans les secrets di la divine eucharistie, pour connaître les privilèges de gloire que l'Eglise y trouve ? Arrêtons-nous à ce qui se présente d'abord dans ce mystère, à ce qui en fait toute la substance, à ce que nous voyons, à ce qui frappe nos sens : car c'est là que Jésus-Chiisl pour honorer son Eglise, la repaît de son corps, lui donne son sang pour breuvage et sa chair pour aliment , c'est-à-dire, la chair d'un Dieu, le sang d'un Dieu, le corps d'un Dieu. Ah ! chrétiens, que dirons-nous après cela? pouvons-nous jamais cxpriuierco qui est au-dessusde louleexpression, au-dessus de toutes nos pensées, et même de tous les souhaits de noire cœur? Etre nourri de la chair d'un Dieu, c'était à l'Eglise, comme à la fille de Sion, (omnie à l'épouse du roi de gloire, et particulièrement connue au corps mys;i(jne de Jésus-Christ, qu'un tel honneur était réservé : car il faut que l'épouse soit nourrie confoiméincnt à la grandeur de sou époux, la fille par rapport à la noblesse de son père, et les membres du corps selon la dignité du chef. Or, pour l'épouse d'un Dieu, pour la fille d'uu Dieu, pour le corps mysti- (jne d'un Dieu, ii n'y avait que la chair d'un Dieu qui pût être une viande sortable. Pour les Juifs, qui furent les esclaves de Dieu, c'était assez, dit saint Jérôme, de manger la manne, appelée dans l'Ecriture le pain des anges ; mais à nous que Dieu a ennoblis jusqu'à nous taire ses enfants d'adoption ; mais à l'Kglise qui a été engendrée du sang de Jèsus-Christ, le pain des anges ne suffit pas ; il faut ie pain de Uicu, et c e.-l pour cela que Jésus-Christ nous le donne dans l'eucharistie.

De tout ce que j'ai dit, chrétiens, remportons deux senliinenls ((ui sont les conséquences naturelles de ce discours, l'un de respect et de vénération pour l'Eglise, et l'autre de zèle pour riniioceuce et la pureté de nos corps. Respect et vénération pour l'Iiglise, qui est le corps mystique do Jèsu.--- Chi ist : car pouvons-nous l'honorer assez, après que Jésus - Christ lui-niénie l'a tant honorée? C'est par elle qu'il nous donne sa chair et son sang; c'est àelle ([u'il veut que nous en soyons redevables, puisqu'il l'en a lait la dépositaire; et, si nous recevions ce sang et cette chair di>iue par d'autres mains que par les siennes, la chair et le sang d' Jésus- Christ, non seulement ne nous seraient plus salutaires, mais devieiidiaieut pour nous la poison le plus mortel. H est vrai, c'est M;.rie , mère de Jésus , qui d'abord nous I a donné, ce sacré corps ; mais M ^rie, après tout, ne nous l'a donné qu'une fois, el 1 Eglise nous le donne tous les jours ; mais Marie nous l'a doniié à tous en général, et l'Kglise nous le donne à chacun en particulier ; mais Marie nous l'a donné comme un S<!uveur qui devait régner sur nous, et l'Eglise nous le lionne comiiie une viande (jui s'unit à nous. D'où ii nous est toujours aisé de ( ondurc te que nous devous a cette épouse du

J'8'J MYSTKRF.S. SF.RMON XII. SLU LE TRKS-S.MNT SAr,i;:.\ii;Nr. ll'M

Fils (le Di« u, ;iM'i' «incUo fitlolilé nous devons corps M!yslii;iic du Héilcmplour, cl que c'esl lui deiiiourt'i- atlaciiés, avec quelle ardeur de nous comme de l'I^^ilisc (]ne ^ainl l>.!iil a nous devons dél'en<lrc ses intérêts, avec iWi : Vos cslis corpus Clirisli {l Cor., X!i) : (liielle docilité nous devons recevoir ses or- Vous éles le corps de Jésus-Christ. Quilque (1res, avec quelle piété et quelle soumission vils que soient nos corps par eux-mêmes, nous devons les exécuter. Cependant, à nous devons néanmoins avoir pour eux un (|uels combats et à quelles insultes ne s'est- certain respect que la foi de l'eucharislie elle pas vue exposée, eu nous faisant le don nous doit inspirer, et que la piété doit entrele plus précieux, et même parce (lu'elle nous tenir : pounitioi ? non plus seuler-.ent par( u le faisait et nous le conservait ? Car vous sa- que nos corps sont les temples du Saint-Esvez combien de fois les hérétiques sowl en- prit, selon l'Kcriture ; cela dit beaucoup, très dans ses temples pour le lui arracher : mais cela ne dit pas encore assez : non plus vous savez quels excès ils y or.t commis, seulement parce qu'ils sont les sanctuaires comment ils ont souillé son sanctuaire, reu- vivaiiis où le corps de Jésus-Christ repose; versé ses autels, brisé ses tabernacles, en- c'est enc;)re trop peu; mais parce qu'en verlevé ses vases s.icrés ; cou)ment ilsont porte tu de la communion, ils deviennent les njcinleurs nia'ns sacriléf;is et parriciji s jusque lues de Jésus-Christ même, ainsi que l'Aposur ses enfants, jusque sur ses ministres, tre uou^ l'enseigne : Ncscitis quoniam corjusqne sur sou époux et sou redoutable sa- para vistra mnnbru siini Cliri.':li (I Cor., Vij ? crement. Attentats dont le souvenir nous Ne savez vous pas, disait-il aux Corinthiens, saisit encore d horreur. Mais, chrétiens , ce que vos corps sont les membres de Jésusqu'il y a de plus déplorable, c'est que cette Christ, et [i.ir conséiiuent que vous n'êtes mère des fidèles, ainsi outragée par ses enne- ])lus maîtres d'en disposer, mais qu'ils apparinis, nçoivc de nous tous les jours les n)è- tieiint iil à Jésus-Christ, qu'ils sont affectés à mes outraj;es; et n'est-cepas pour cela qu'elle Jésus-Chri>t, qu'ils sont du corps de Jésuspcut bien dire, dans l'amerlume de sa dou- Christ : lit non estis rcilri [Hiiil.). Ahl dircleur : Filios cnntrivi et exaUnvi, ijisi aulem tiens, la grande vérité et le grand motif pour aprererunt me [hni.. l]. J'ai formé des en- conserver vos corps innocents et [iiirs 1 voilà fants, je les ai élevés dans mon sein, je les l'importante morale sur kniuelle insistait ai nourris du lait de la plus saine doetrine, continuellement saint Paul dans les instrucje leur ai donné un aliment tout divin et ils lions (ju'il faisait aux chrétiens: il avait du m'ont méprisée? Car, prenez garde, mes zèle pour la sanclificaticjn de leurs âmes ; chers auditeurs, et du moins faisons-y quel- mais il avait encore un zèle spécial jiour la (|uc réflexion ; les hérétiques l'ont méprisée sanctification de li urs corps, parce qu'il les en profanant ses t>'m[)les , et, par tant de considérait comme les membres de Jésu:.scandaleuses irrévérences , n'eu sommes- Christ. \'oilà sur quoi il s'expliquait dans nous pas les profanateurs'/ les héréli(iucs les termes les plus éneigi(]ues et les plus forts, l'ont méprisée en stMullant son sanctuaire, Ouelle indignité, mes frère s, et (luelle horen renversant ses auti Is, en brisant ses la- reur I ces nu inbres de Jésus-Christ, les |irobernacles ; et combien peut-être, dans ce faner, les souiller, les livrer aux sales dés rs même sanctuaire, à la face de ces mêmes au- d'une prostituée ! Plût au ciel, mon cher autels, devant ces mêmes tabernacles, tout dilcur, qucje n'eusse pas plus lieu que l'Asanctifiés qu'ils sont par la présence réelle de |iôtre de vous faire le même reproche I mais Jésus-Christ, avez-» ous formé de criminels à quoi ne vous a pas porté la corruption du desseins, et entretenu de honteuses passions? siècle, à quels débordemenis cl à (luellcs pro- Les hérétiques l'ont méprisée en se jouant fanations ? je dis à quelles profanations : car de ses mystères cl eu déshonorant son ado- ne vous croyez pas seulement profanateur rable sacrement ; et n'est-ce pas le désho- du corps de Jésus-(>hrist, (juand vous le re norer, ce même sacrement, que de le rece- ceviz dans l'état de votre péché, mais vou.s voir d.ins l'état de votre péché ? n'est-ce pas l'êtes encore: comment? par ces volufdés vous jouer de ces divins mystères, que d'y brutales et cis plaisirs infâmes où vous ploriassister avec aussi i)eu d'atteulion, avec aussi ge la i)as.->iou, et qui déshonorent le rorps du pi'U de respect et de retenue, qu'aux assem- Sauveur en (léshonoranl le vôtre, 'l'cllenieiit blées les plus mondaines? (Juand les héreti- (jue je puis alors i>rononcer contre vous le ques l'ont méprisée, c'étaient ses ennemis même anallième que saint Paul a pronom é déclarés et ses persécuteurs ; et dès-là leurs contre les chrétiens sacrilèges: Rnts eiit mépris lui devenaient beaucoup moins seu- corporis et fonguinis Doiniiti, non dijudicous siblcs; mais les nôtres la doivent toueher corpus Domini (ï Cor., XI) : Parce que vous d'autant plus ((ue nous sommcsson troupeau, n'.ivrz pas l'ait dans vous-même le juste disque nous souuncs ses disciples, cpje nous ceruement (ju'il fallait faiie du corps du S isommes ses enfants : Filios enulrivi et exal- gneur, vous êtes coupable devant Uieu de ce tari ; ipsi aulem spreverunt me. corps et de ee sang précieux. N'attirons p s Je dis de plus que nous devons remporter sur non-, mes cliers auditeurs, ce ttriiliie un sentiment de zèle pour l'innocence et la arrêt; ne renversons pas 1rs f.ivorabics despureté <le nos corps. Oui, mes chers audi- seins de Jesus-Christ. Honorons sur la lerr-3 leurs, loul uiéprisabics d'ailleurs que nous par la sainteté de nos corps , la s.ilniiio pouvons être, nous devons, si je l'ose dire, du corps de cet Homme-Dieu, afin da\oir uons honorer nous-mêmo- , puiscjue nous part à sa gloire d::ns le ciel, où nous .'juparticipons tous à celte [glorieuse qualité de diiisf, etc.

3iyi 0R\Ti:ir.s sacues. boiudaloue.

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