‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 107 sur 132 · SERMON XIII · texte numérisé non relu

SERMON XIII

Stir la concepliun de la Yierije.

Jarob aiilpm Ki!"iiil -Insciili, viriiin Muil;p, île qiia halus est Jésus, qui vucjlui Clinslus.

Jacob (m vère de Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est }ié Jésus, qu'on appelle Jésus-Chiist (S. MuUli., eh. I).

Sire, en peu de paroles , voilà l'éloge le plus accompli de l'illuslre Vierge dont nous célébrons aujourd'hui la l'cle : c'est celle de qui esl né le Sauveur: De qua natus est Jésus. Voilà ce qui rend la conceplion de Marie, r.on-seulenienl si glorieuse, mais si sainlc; cl sur quoi sainl Augustin s'est fondé, quand i! a dit que, pour l'honneur de Jésus-Christ, il exceptait toujours Marie lorscju'il s'agissait du péché, el qu'il ne pouvait pas même souffrir qu'i>n mît en question si elle y avait été sujette : Excepta Virgine Maria, dequa, propler honorem Domini, nullam prorsus, cum de peccato agilnr, habcri volo qiKvslionem {Aug.). La raison qu'il en apporte marque encore mieux sa pensée. (Jar nous savons , ajoute ce sainl docteur, que cette Vierge incomparable a reçu d'autant plus de grâces pour triompher entièrement du péché, que c'est elle qui a mérité de concevoir et de porter dans ses chastes entrailles celui que la foi nous assure avoir été exempt de tout péché, et absolument incapable d'avoir rien de commun avec le péché : Inde enhn scimus, (juod et tanlo plus gratiœ cullatum fuit ad vinccndum omni ex parte peccntum , quia coneipere et parère meruit cum qucm constat nullum habuisse pcccatum [Ibid.]. Témoignage bien authentique en faveur de la sainte Vierge : règle sûre que tout prédicateur de l'Evangile peut suivre encore aujourd'hui, l'uisqu'il y a tant de siècles que saint Augustin, le plus grand docteur de l'Eglise, se la prescrivait lui-même : Excepta Virgine Maria. C'est ce qui déiermina les Pères du concile de Ticnteà déclarer que leur intention n'était pas de comprendre l'immaculée et bienheureuse Mère de Dieu ( car ainsi l'api ellent-ils ) dans le décret où il s'agissait du péché d'origine : Déclarât hcec sancta sijnodus, non esse intcnlionis suœ comprehcnderc in hoc décréta, idii de peccato oriyinali agitur , beatam et immaculatatn Dci Gcnitricem [Concil. Trid.). Or. le saint concile n'ayant pas voulu la'conl'ondre avec le reste des hommes dans la loi générale du jiécbé, qui serait assez téméraire pour l'y envelopper? Tel est aussi le molif pour(]uoi l'Eglise, conduile par l'esprit de Dieu, a institué cette fêle particulière sou^ le litre le la Conception de .Marie. Elle prétend honorer la grâce privilégiée et miraculeuse qui sanctili.i la Mère de Dieu dès le moment qu'elle fut conçue; et c'est à moi, mes chers auditeurs, de contribuera ce dessein de l'Eglise, et de vous faire trouver dans ce mystère, tout slérile qn'W parait pour l'édification des mœurs, un ionds également avantageux , et pour la gloire de Marie, et pour notre propre utilité. Or c'est, connue vous l'allez voir, à l'uui je me suis attaché. Mais il me faut,

Vierge s.iinle, un secours puissant ; il m-; faut des lumières pour m'cclairer, des grâces pour me soutenir, 1 1 c'est par vous que ;c les obtiendrai, en implorant auprès de Dieu votre intercession, etvous disant -.Ave, Maria. J'entre dans mon sujet par une pensée qui m'a paru digne de toutes vos réflexions, et à laciueile j'ai cru devoir m'arréter, paice qu'elle me fournit une ample matière d'iuslruclion et de morale, touchant le mystère que nous solcnnisons. Car je prétends que ce mystère , par la comparaison que nous devons faire, et qu'il nous donne lieu de faire entre Marie et nous, ou plutôt entre la conception de Marie et la nôtre, nous découvre aujourd'hui trois choses en quoi consiste la f-cience la plus solide et la plus salutaire de l'homme chrétien , qui est la connaissance de nous-mêmes : trois choses qu'il nous est surtout important de bien pénétrer, et que nous ne pouvons ignorer, sans ignorer le fond de notre religion : savoir, ce que nous sommes sans la giâce, ce que nous sommes par la grâce , et ce que nous devons à la grâce. Quand je dis la grâc.>, j'entends celle que les théologiens appellent grâce sanctifiante, et qui est en nous le plus précieux de tous les dons de Dieu, puisque c'est par elle que de pécheurs nous devenons justes, et d'ennemis de Dieu enfants de Dieu. J'entends cette grâce habituelle que Dieu répand dans nos âmes, et qui est l'ctTet ou du baptême, que je puis pour cela définir, après sainl Jérôme, le sacrement de notre conception spirituelle et de notre régénération ; ou de la pénilence qui , nous tenant lieu d'un second baptême, est le sacrement de notre justification. Je prétends, dis-je, que le mystère de la conception de Marie, bien m.édilé et bien approfondi, nous fait parfaitement connaître ces trois choses : ce qui» nous sommes sans la grâce, c'est-à-dire la corruption de notre naluro par le péché; ce que nous sommes par la grâce, c'est-à-dire l'excellence de notre sanctification par le baplênic;ce que nous dr\ons à la grâce, c'esl-à-clire la vigilance et le soin avec lequel nous devons la conserver en nous et riiouorer. Comprenez, s'il vous plaît, mon dessein. Marie, par le privilège de sa conception, pleinement victorieuse du péché, nous fait connaître par une règle toute contraire, l'état malheureux où nous a rédnils le péché : ce sera la première partie. Marie , sanctifiée par la grâce de sa conception, nous fuit connaître, avec tonle la pioporlion qu'il peut y a\oir, riienreux état où nous sommes élevés par la grâce de notre adoplion : ce sera la seconde parlie. Marie, fidèle à la grâce de sa conceplion, nous fait conuaîlre par son exemple l'obiigation indispensable que nous avons de ménager el d'honorer la grâce en vertu de la- (juelle nous sommes devant Dieu tout ce <iue nous sommes : ce sera la dernière partie. Or, être instruits de tout cela, c'est avoir une connaissance entière et parfaite de nousinêiues, car c'est connaître tout à la fois et notre véritcible misère, el notre solile bonheur, et n' tre plus important devoir : voiià

mysti:rf.s. sermon xiii. sur la conception de la vierge.

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re que j'appelle l'iiommc, et, selon l'expression de 1,1 Sagesse, liiiil riuuniiie : JJoc est ftiiin ODinis homo {h'ccles., XII i. Notre véritable misère pour en gémir devant Dieu dans lespril d'une sainte eoniponction ; notre solide iiimlieur. pour en bénir Dieu et lui en rendre grâce dans l'esprit d'une humble ronllanrc; et notre plus important devoir, pour l'aecotnplir en mardiant dans la voie île Dieu , selon l'esprit et les règles de la prudence chrétienne : c'est tout le partage de ce discours, et ce qui demande, une atlculion fiarliculicre.

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