SERMON XIV
5î«r l'Annonciation de la Vierge.
Dixit autem Maria ail Angelum : licce aiicilla Doiniiii, liât inilii seciiniJuin voib>ini uuini.
Alors Marie dit à l'Ange : Je suis la servante du Siigiicur , qu'il me svil (ail selon voire parole (S. i-îd' ,
Sire, c'est de celle réponse de Marie que dcpcndail l'atcumplisscmcnt du glorieux myi*
{2i.'5 OnATEi;i\S SACRES. nOURDAI-OUE. lârs
lèn^ q!ie nous rélébrons. Ce conscntctnnit paiticipalinn de ro myslèrc , cl poiii l'ôlovcr
était, dans l'onlrc des di'-crels cliTiicls du à la inaltTiiité divine. Les uns prétendent
Dieu, une des conditions rei|uis(s pour l'iii- que re fut par son liumililé profonde, par son
carnation du Verbe; cl voilà , mes ciiers au- obéissance iiéroïque , par sa parfaite sou-
dileurs , rc^iseiilielie obligation que nous mission aux ordres de Dieu , quelle trouva
avons à ci'tte reine des vierges, puis(]ail est grâce devant Dieu. Les autics attribuent
de la foi que c'est par elle que Jésus-Cllri^t cette grâce ou, p(uir micuv dire, celte gloire
nous a été donné, et à elle que nous sommes qu'cl'e reçut de Dieu, à sa pureté angélique,
redevables de ce Dieu Sauveur. Car si le par où elle était déjà , connue \'iL'rge , l'e-
Fils même de Dieu descend de sa gloire, si, pouse de Dieu. Joignons , cbréliens , l un et
dans le> cliastc s entrailles de Marie, il vient, l'autre ensemble ; et disons, avec saint Ber-
pour le salut des bomincs , se faire bommc, riard, que cette \'ierge inconiparable conçut
c'est au moment qu'elle a dit, et parce le Verbe de Dieu , et par son liumililé et par
qu'elle a dit : Je suis la servante <lu S:i- sa virginité ; Virninilate plaçait, liumiUlatc
gncur, iiu'il me soil fait selon voire parole : coiicepU {llcrn.). C'csl à celte pensée que je
£cce ancillii Dainini, fiai mihi sccundtiiii ver- m'attacbc, avec d'aulanl plus de raison,
biim tuum. Ne sépaions donc point dans ce (|uelle me paraît foiulée sur les paroles de
discours la mèie du fils el le fils de la mère ; mon Icxle, puisqu'il est const mt (jui- la dis-
ne séparons point l'éloge de Marie du position la plus prochaine qu'apporta Mari ;
mystère adorable et incompréliensiblo de à ■'Incarnalion de Jésus - Cbrisl fullecon-
l'Houime-Dicu ; mais tâchons à lirer de l'un seulement qu'elle donna à la parole de l'an-
et de l'autre de ((uoi nous inslruire el de ge, eu lui disant : Je suis la servante du
quoi nous édifier. Saint Augustin disait que, Seigneur, qu'il me soil fait scion volrc pa-
pour parler diguemcnl el utilement du\'erbc rôle. Or, ce consenlcment fut, tout à la fois,
incarné dans le sein de la Vierge , il f.illail et une proteslalion sincère de son humilité,
(|ue la parole de Dieu s'incarnâl eu quelque el une solennelle |>rofession de sa virginité,
sorte tout de nouveau dans la bouche des Car, eu se reconnaissant la servante du Sei-
prédicaleurs, cl que le ministre de l'Evangile gncur, elle s'Iiuiuilia ; el , en ni- voulant ac-
devait avoir le même zèle que saint Paul, ceplcr l'iionacur de la maternité divine (]u'à
pour pou\oir dire a ses auditeurs , comme condiliou (jue tout s'accompliniil s lou la
cet apôlre : FUiali mci , qiios itcrum partu- parole de l'ange, c'esl-à-diri' par l'opéraliou
rio, doncc furmelur in vobis Clirislus {Galal., du Sainl-Iisprit, elle déclara, non-seulement
cap. lY). .Mes cliers enfants, pour qui je nie qu'elle était vierge, mais qu'elle voulait lou-
sens pressé des mouvements les plus vifs jours l'élre. Ainsi , il e>t vrai de dire (|u'ellc
d'une (endresse toute paternelle, jusqu'à conçut ce Dieu de gloiie, et par riiuiiiilité de
ce que Jésus - Chr ist soit formé en vous, son cœur cl par la pureté de son corps : par
C'est la grâce qui m'est aujouid hui néces- riiumililé de son cœur, qui de la condition
saire. Il faut qu'à l'exemide du docteur des d'une simple fille l'éleva jusqu'à la dignité
nations je travaille à former Jésus-Christ de Mère de Dieu : ce sera la première partie;
dans vos â s. et que vous conceviez spiri- par la piirelé de son corps , qui , comme
luellemenl le Verbe de Dieu , tandis que je (laile saint Ambroisc, cul le pouvoir d'atli-
vais vous annoncer sa conre|ilion subslan- rer sur la terre le Verbe de Dieu : ce sera la
tielle el véritable. Nous avons besoin pour seconde partie. Donnez-moi , s'il vous plaît,
cela des lumières du Saiut-Es|jrit, qui sur- une favorable attention,
vinldans Marie : et c'est i)ar rintei'cession de puKvni'iUE PAnTin:.
cette Vierge toute-puiss iule que nous les d( - Quelque paii'ailes en elles - mêmes que
vons demander. .Icc, Maria. soient bs autres vertus, et quelque mérite
C'est le sentiment de tous les Pères de l'E- d'ailleurs qu'elles puissent avoir, c'est l'iui-
glise, que Marie, sans avoir pu propreinenl milité, ilil saint Augustin, qui, de la part de
mériter que le Verbe divin s'incarnâl , a pu l'Iiomme, doit être la première cl essentielle
néanmoins, par sa correspondance aux des- disposition aux communications de Dieu, lîl
seins de Dieu, servira raccomplisseinenl de la raison qu'en apporte ce saint docteur me
ce mystère inelTablc. Car, au moment qu'il paraît aussi convaincante qu'idlo est nalu-
ful sur le point de s'accomplir, elle s'y trou- relie : parce qu'il est évident, ajoute-t-il, que
va préparée par des sentiments intérieurs et pour recevoir les grâces et les faveurs de
par des vertus qui la rendirent, non-seule- Dieu il faut au moins être vide de soi-même,
menl digne , mais la plus digue el la seule Dieu, tout Dieu qu'il est, si j'ose m'exprimer
(ligne d'être la mère du Rédempteur. C'est de la sorte , ne trouvant plus de place dans
pour cela que Dieu l'avait comblée de tant de un cœur plein de lui-même, c'est-à-dire dans
urâces, pour cela qu'il l'avait préservée de un cœur infecté de l'amour et de la vaine is-
tout péché, pour cela que, dès ses plus tcn- lime de soi-même. Or, l'eflet propre de l'hu-
dres années, elle s'était sé|)arée du monde; milité est de faire en nous ce vide mystérieux
pour cela (|ii'en se présentant dans le tem- cl salutaire , qui consiste dans l'oubli de
pic, elle s'était elle-même consacrée à Dieu, nous-mêmes, dans le délaclicuicnt de nous -
parce qu'elle était dés lors dcslinée à être le mêmes, dans le renoncement à nous-mêmes;
lompic vivant et le sanrtu.iire de Dieu. Le el, par conséqueni, c'estriinmililé qui nous
point est de savoir quelles furent en particu- rend capables de posséder Dieu , d'être des
lier ces dispositions de Marie, cl à ciuoi Dieu vases d'élection |iropres à contenir les dons
cul surtout égard jiour la faire entrer en de Dieu , en un mot, de servir de sujets aux
.\;\STF.1.KS. SKUMON XIV. SLU l.'ANNUISClAilUN Di: LA VlF.nr.lv
(•paiichi'iiiciils iiu'n'al)U's des grâces et Ji- 1 l'ispril (le Dieu : luiiuipc sur UmiiicI csl lundi" le iiijslèrc dt' i~o jour. C;\v \ oici, mes rlii'rs auditeurs, l'applii allou que j'en lais. Oie» \oulail se coniiiiuniiiuiM" à riidinuic , mais (I une inanièrc étdiinanlc, cl (jui devait nièuie surpasser riutelligeiife do l'Iiouime; sa\oir, par la voie iiudinpréliensilde de rjiicarnatiou de sou ^'erhe. l'arloii.s plus siiipleuient l't plus elaireiuent. Dieu voulait que ce \'erlie, que ce Fils du Très-llaiil vînt au uioude revêtu de iioire chair ; (juil lut iiouime comme nous, et, à l'exclusion du péché, parf.iilemciit seiiihiabie à nous, l'our cela il ( herchait une vierge qui i)û(, en qualité de mère , coopérer à racconi|)lissemeut de ce grand dessein ; une vierge selon son cœur, et en (jui il Irinivàl ce fond d'îiumililé indispensab'.enienl re<iuis pour en l'aire le temple \ivanl où devait hahiter neuf mois entiers la iilenilude de la diiinile. .Vu moment (ju'il fallut venir à l'exéculion de l'ouv rage ([u'il s'élall proposé, il jeta les yeux sur Marie; et Maiie seule, ( iitrc les femmes, lui parut ilans l'élat de celle humililé parfaite ([u'il demandiil. C'est pour cela , ilit saint Augustin, (jn'il la choisit piéféraldement à loiiles les autres, et cju'il l'honora de la plus eminente de toutes les grâces, (jui était celle de conceioir un Dieu , parce (ju'elle était , •ans contestation et sans exception, la plus liumhlc des servantes de Dieu.\'oilà, dis-je, en deux mots, le mv stère (|ue nous celéhroiis. Mais , pour votre édilicalion et pour l.i mienne, perincllez - moi de vous le développer.
Non , chrétiens, quand Dieu ch .isit Marie ])0ur l'élever là la maternité di\inc, il ne considéra en elle, ni la grandeur de sa naissance, ni les talenls de son esprit, ni les perfections de son corps, ni tous les autres avantages dont il l'avait , comme Créateur , si libéralement pourvue. Il csl vrai , Marie, même selon le monde, était la plus accomplie de toutes les créatures. Issue de David et de tant d'autres rois (ju'elle comptait parmi ses ancêtres, elle avait hérité de toute leur gloire : douée des qualités naturelles qu'elle avait reçues de Dieu , elle était, comme parle saint Bernard, le chef-d'œuvre de tous les siècles, et nulle des filles d'Israël ne lui fui jamais comparable dans le merveilleux assemblage de ces grâces extérieures el éclatantes dont elle se trouvait enrichie : car c'est d'elle, à la lettre, qu'on Ijouvait bien dire : Miillie filiœ con</rc(javcrunt divitins, lu supergnssa csi iiniversas. (Prov., XXXIX.) Mais rien de tout cela précisément n'engagea Dieu au chois qu'il lit d'elle pour être la Mère du Messie, el pour donner au monde le Rédempteur. Je dis plus, et ceci est encore jilus digne de vos rcflesions : ce qui décida en faveur de Marie, ce qui détermina Dieu à lui donner la préférence de celle auguste maternité, ce ne fui pas même absolument ni en général le mérite de sa sainteté. Je m'explique. Marie, pour être Mère de Dieu , devait être sainte ; mais toute espèce de sainlelé n'aurail
|ias suffi ; il fallait [inui- c( l.i une sainteté d'un caractère iiarticulier, (]ui disposât Marie à être la Alère d'un Dieu incarné, c'està-dire la Mère d'un Dieu qui s'anéantissait en devenant son Fils el se faisant homme. Or, ce caractère ne pouvait êlre (lue l'iiumimiliié, et si l'humilité n'avait [las été la verlu prédominante de cette A'ierge , quand ello eùl eu d'ailleurs Ions les mérites et loule la sainteté des anges, Dieu ne l'aurait pas choisie. Par où tlone, entre toutes les vierges, s<! distingua-t-elie devant ce Dieu de majesté? C'est elle-même qui nous l'apprend : par la connaissance qu'elle eut de sa bassesse cl par l'aveu ([u'elle en fit. Or, cel aveu de sa l)assesse ne fui qu'une expression vive el affectueuse de l'humilité de son cœur : Qitin respcxtl hwnililalcm ancillw mtw {Luc. , 1). Oui, dit-elle dans ce sacré canli(iue,(|ui, selon la penséi! de saint Ambroise , lut conune l'extase de son humililé , mais de son humilité glorifiéi' , on m'appellera bienheureuse, il je le suis en elTel ; car le Tout Puissant a f lit en moi de grandes choses : et pourquoi les a-l-il faites? parce qu'il n'a pas dédaigné la bassessede sa servante, etciu'il a eu égard ausentimenlqu'ellcenavait:L'cfcf«i'Hi ex hoc {Hiid.). (lela seul m'a attiré, non-seulement ses bénédictions el ses grâces, mais sa personne et sa divinilé même; el je \cu\ bien le jiuhlier hautement , afin que toutes les âmesjusl's, profitant de la confession que j'en fais, sachent qu'il n'y a que l'humilité à (lui Dieu se conununique, ni qui puisse l'approcher de nous et nous approcher de lui. il ne faut pas s'clonncr, chréliens, que Dieu en use de la sorte à l'égard de Marie. Car, comme raisonne saint Bernard, un Dieu qui lui-même était sur le point de s'humilier jusqu'à l'excès, en se revêtant de notre chair, devait avoir des complaisances infinies pour riiumililé. Puisque, dans l'étal même de sa gloire, il a tanl d'égards pour celle vertu, et que , par la seule raison qu'il est grand , toutes ses inclinations sont pour les petits et pour les humbles : Quonium exrchns DuuUnus, et humilia respicil (Ps. CXXX\'IIJ; que fallait-il attendre de lui dans la dis|)ositi(in prochaine où il se trouvait de devenir uu Dieu humble , sinon qu'il se fit encore un honneur d'êlre conçu par la plus humble de toutes les créatures , et qu'agissant conséquemmcnt, il voulût entrer dans le monde par l'hunulilé , qui fut son principal et son souverain attrait?
Mais , enfin, qu'y eut-il donc de si singulier el de si rare dans l'humililé de Marie, el on quoi l'humilité de Marie lui iiarul-elle alors si digne de lui? ah 1 chrétiens, Dieu trouva dans Mario une humilité qui ne s'était jamais vue sur la terre, el qui ne s'y verra jamais ; je veux dire une humililé jointe à la plénitude du mérite, première circonstance : car, être humble sans mérite, dit saint Chrysostome , c'est une nécessité ; être humble avec quelque mérite , c'est une louange; mais être humble dans l'aeluella possession de tous les mérites , c'est un miracle, el il fallait ce miracle pour l'Incarna-
ORATEURS SACRES. DOURDALOUE.
tJon. Or, c'ost ce miiMcle qui parnit visiiilcmeiit dans la personne de Marie. Car prenez ganle.s'il vous plail : on la salue comme pleine'dc grâce: Ave, gidtia plena {Luc, I); et elle prolosfc qu'elle est la servante du Seigneur : lîcce ancilla Domini [Ibid.]. Si elle'n'eûl été que servante, ou si elle n'eût été que pleine de prâce, elle n'aurait jamais été Mère de Dieu ; c'est l'excellente réflexion de saint Clirysosloine : mais, parce qu'elle est l'un et l'aulre tout ensemble; parce qu'élant pleine de p;râce , elle ne laisse pas de s'appeler humble servante du Seigneur, par un effet de l'opération divine, de servante elle devient mère. Voici quelque chose de plus : une humililédans le comble de l'honneur; autre circonstance. Etre humble, poursuit saint Chrysoslome, dans l'humiliation , être humble dans l'obscurité d'une condition vile et abjecte, ce n'est tout au plus qu'une vertu commune cl populaire ; mais être humble , comme l'a été Marie , dans le plus haut degré d'éiévalion , c'est une vertu héroïque , et par où Marie mérita l'ailmiralion , non pas simplement des hommes ri des anges , mais pour ainsi dire de Dieu même. Car pourquoi ne parlcrais-je pas ainsi , et pourquoi craindrais-je de dire que celui qui admira la foi du ccntcnier et de la femme chananéenne, dut encore bien plus admirer l'humilité de cette vierge? entrons dans le détail. Un ange est député à Marie : tout ange qu'il est, il ne lui parle qu'avec respect. Il lui déclare qu'elle est bénie entre toutes les femmes , qu'elle a trouvé grâce aux yeux du Seigneur, qu'elle concevra un Fils, à qui elle donnera le nom de Jésus , qu'elle sera remplie du Sainl-Ksprit, que le fruit qui naîtra d'elle sera saint par excellence, qu'il sera Fils de Dieu, qu'il rétablira le trône de David, qu'il régnera élernellement , et que c'est par elle , enfin , que toul cela doit être fait. Que pouvait-on lui annoncer de plus grand? quel droit ne semblait-elle pas alors avoir de se former de hautes idées d'elle-même, surloul lorsqu'elle savait que ce n'étaient point là des llaltcries , puisqu'elle recevait tous ces éloges , et de la bouche d'un ange, et de la pari de Dieu? Cependant, chrétiens , à tous ces éloges elle ne fait qu'une seule réponse : mais elle la fait avec autant de sincérité, qu'une âme vaine et peu solide aurait pu la faire avec dissimulation et avec affectation : Ecce ancilla Domini : Je suis, dit-elle, la servante du Seigneur. Vous me parlez d'être sa mère, et ce serait pour moi un titre de supériorité: mais jo m'en tiens à celui de ma dépendance, à celui de l'entière soumission et de la servitude que je lui ai vouée , et dont je ne me départirai jamais : Ecce ancilla.
Or voilà, mes chers auditeurs, encore une fois , ce qui ravit le ciel. Voilà , souQ'rez que je m'explique ainsi , ce qui achève de déterminer le Verbe de Dieu à sortir du sein de son Père , et à descendre du trône de sa gloire jusque dans la profondeur de notre néant. Car c'est bien ici que s'est vérifiée la parulo du prophète royal , qu'un abîme at-
tire un autre abîme ; Abyssits abyssum invocat [Ps. XLl). Tandis que Marie s'humilie devant Dieu , le Verbe de Dieu s'anéantit en elle : cet abîme de l'humilité d'une Vierge attire un second abîme encore plus grand, qui est celui de l'anéanlissemcnl d'un Dieu. Car c'est le terme, et le terme unique par où saint Paul a cru pouvoir dignement exprimer le mystère d'un Dieu-Homme : Qui cum in forma Dei cssri , exinanivil semclipsiim , formam servi accipiens {Pliiiipp., II) : Ce Jésus-Christ que je vous prêche , disait-il aux Corinthiens, est celui qui, étant Dieu, et n'estimanl point que ce fûl pour lui une usurpation d'être égal à Dieu , s'est anéanti lui-même, prenant la forme de serviteur, et se rendant semblable aux hommes. E!n effet, qu'un Dieu se fasse homme , c'est , par rapport à Dieu , ce qui surpasse tous les degrés d'abaisscmenl que notre imagination se figure, et qu'elle peut se figurer. Il faut, pour aller jusque-là , que la révélalion divine vienne à son secours; et que, fortifiée des plus vives lumières de la foi, elle nous élève au-dessus de nous-mêmes, pour nous faire comprendre ce que c'est (ju'un JJieu dans cet état. Or, comment le comprenonsnous ? par ce seul mol , qui signifie plus que loul ce que les théologiens et les Pères se sonl efforcés de nous en dire: aussi est-ce le Saint-Esprit qui l'a dicté. Il s'est fait homme, c'est-à-dire, de Dieu qu'il était, sans préjudice de la soiiver.iinelé de son être , il s'est réduit à une espèce de néant : Exinanivit semeiipsum {Ibid.).
C'est donc de ce néant divin, pour parler ainsi, que nous avons été formés; et c'est parla vertu miraculeuse de cet anéanlissenienl d'un Dieu, que nous sommes , vous et moi , tout ce que nous sommes dans l'ordre de la grâce. Comme le premier néant, que j'appelle le néant de la création , a été le principe et l'origine de tous les êtres qui sont dans la nature, il a fallu que, de ce second néant, qui est le néant de l'humiliaion et de l'Incarnation du Verbe , Dieu tirât tous les êtres qui sont de l'ordre surnilurcl , c'est-à-dire toutes les grâces, toutes les vertus, tous les mérites, toutes les lumières, toutes les inspirations, tous les dons célestes qui doivent contribuer au salut et à la justification des hommes. C'est sur ce néant d'un Dieu fait chair, que la miséricorde a travaillé pour faire des saints , des prédestinés, des élus; comme la toute-puissance avait travaillé sur le premier néant, pour créer des cieux et des astres. Sans ci'la nous serions demeurés dans le néant éternel de notre misère et de notre péché : il n'y avait qu'un Dieu qui pût nous en faite sortir, cl il n'a point trouvé d'autre moyen que l'anéantissement de son adorable personne : Exinanivit scntelipsuw. Anéantissement de mon Dieu, s'écrie saint Birnard, plusavanlageux pour moi que sa grandeur même et que sa puissance même , ou plutôt, anéantissement de mon Dieu, sans lequel sa puissance et sa grandeur même n'auraient eu rien d'avantageux pour moi; anéantissement plus féeood,
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MYSiERES. SERMON XIV. SUR L'ANNONCIATION W. LA VIERGE.
plus riclie, pIiH abonJ.iiit qui' los trésors tii<*m('s (le Diru, puisciuo toin les trésors de la bonté rt ilc la tli.irilé de Dieu y sont rcnreriiiés, cl que de là me sont venus tous les biens (]ue j'ai reçus de Dieu et que j'en recevrai jamais; anéantissement en vertu duquel je subsiste , et auquel je suis redevable (le tiiul mon bonbcur; anéantissement qui, me rcprésenlaiil mon Dicn dans eel abîme (i'Iiuniilialionoù je le conlen)ple aujoiird'luii, me le rend encore plus admirable et plus aimable que lorsiiueje le considérais dans la splendeur des .saints , et dans le cenire glori"ux de sa pure divinité : Qunnfo pro me vilior, lanto mihi carior { Bern. ). Telles étaient les pensées de saint Bernard , en vude ce mystère , qu'il méditait , et dont il éiait jénélré.
Mais allons plus avant: et pour nous rendre ce mystère encore plus utile, faisons un retour sur nous-mêmes. Entrons dans les sentiments de Jésus - Christ, entrons dans ceux de Marie : je veux dire mettons-nous , selon la maxime du grand Apôtre, dans les mêmes dispositions où se ireu» èrenl Jésus- Christ et Marie au moment de l'Incarnation : JIoc cniin senlitr in vobis, quud et in Clirislo Jcnu {Philipp., II). Car voici, mes chers auditeurs , ce que le mystère de l'Incarnation nous prêche, l'esprit d'humilité, la pratique de riiuinililé, rétudeclia science éminenlede l'humilité, le mérite de l'humilité. Les pa'iens, disait saint Jérôme, n'ont été humbles et n'uni pu l'être que par raison : mais pour nous (jui sommes fidèles, nous devons l'être Il par raison , et par religion. Les Juifs n'avaient besoin d'humilité que pour^obéirà un Dieu qui leur |)araissait toujours grand , etde\ant (pii ils devaient trembler; mais, en qualité de chrétiens, nous avons besoin «l'humilité pour servir un Dieu qui s'est fait petit, et à qui nous devons nous conformer. Comme l'abîme do l'humilité de Marie a attiré un second abîme, qui est celui des humiliations du Fils de Dieu , il faut que celui (les humiliations du Fils de Dieu en attire un troisième dans nous ; et qu'en nou3 snnctifiant par l'exercice de l'humilité chrétienne, nous joignions rancantisseinent volontaire de nous-mêmes à cet anéantissement prodigieux du Verbe; afin que de l'un et de l'autre il se fasse un tout, sans lequel la fui nous enseigne qu'il n'y a point de salut pour nous, puis<|u'il est de la foi que l'anéantissement du Verbe incarné re!ève le mérite du nôtre , et (juc le nôtre doit être l'effet et comrue le supplément et la consommation de celui du Verbe incarné. Parlons sans figure, et réduisons ceci à des termes plus simples.
On vous a cent fois entretenus des désordres de l'orgueil, de cette passion malheureuse, que l'on peut bien appeler le péché originel de l'homme, puis(|u'au moins en at-elle été la cause, et qu'elle est encore aujourd'hui le principe le plus général de tous les dérèglements du monde. On vous en a fait des discours entiers , et peut-être plus d'une fois avez-vous été convaincus que, di; s'y laisser dominer, c'était une des marques
les plus visibles d'un sens réprouvé. ALiis chrétiens , on ne vous en a rien dit d'essentiel, si vous le comparez à ce que je vous en dis aujourd'hui. Oubliez donc tous les autres niotifs dont on s'est servi [lour vous donner horreur de ce péché : comptez pour rien tout ce qu'on vous a fait entendre rie l'injustice de l'orgueil, de son indignité, de sa vanité , de ses extravagances pitoyables , de ses honteux emporicments , de ses aveuglements grossiers , de ses insupportables présampti'ins, de ses ridicules fiertés, de ses basses et odieuses jalousies. C'étaient des raisons foites cl pressantes, mais encore trop humaines : il en fallait une prise de la sainteté môme du christianisme, et dont nous ne pussions nous défendre sans renoncer à notre foi. Or, celte raison était attachée à l'auguste mystère de l'incarnation. Car u« Dieu tel qu'on nous le propose dans le mystère de ce jour , un Dieu volontairement et par choix revêtu de la forme de serviteur; un Dieu , pour sauver et pour réformer l'homme, couvert di's misères de l'homme ; un Dieu fait chair, pour guérir, dit saint Augustin, les enllures crimineibs de noire esprit, c'est ce qui confondra éternellement le vice que je coiabats , ce qui le confondra sans réplique; ce qui le confondra dans tous les états du christianisme, ce qui le confondra en nous convaincant d'une conlradiclion presque aussi incompréhensible que le mystère même qui l'a fait naître. Car la plus monstrueuse conlradiclion, n'esl-ce pas d'inv querceDieu sauveur, que nous savons ne nous aiiparlenir comme Sauveur que par son humilité, cl en l'invoquant d'être actuellement possédés d'un secret orgueil; de lui rendre grâce de s'être abaissé pour nous, et de ne penser qu'à nous élever nous-mêmes; d'établir toute notre confiance sur ce qu'il s'est anéanti pour nous racheter, et de ne travailler qu'a devenir quelque chose, et , s'il était possible, toutes choses Selon le monde'? N'est-ce pas là, dis-je, insulter en quelque manière à son Incarnalioa divine?
Il faut être humble, chiéliens. Je ne vous dis point que sans cela il ne peut y avoir de solide vertu ; je ne vous dis point que l'humilité est, de l'aveu du monde même, le fondement du véritable mérite ; je ne vous dis ]ioint que, si vous n'êtes humbles , c'est eu vain même que vous espérez de parvenir à ci'lle prétendue gloire mondaine que vous cherchez; je ne vous dis point que sans l'humilité vous ne trouverez jamais la paix ni le repos de vos gaines. Autant vous en dirait un philosophe; et, quelque convaincante sur ce point cjue fût sa morale, je doute qu'on y déférât beaucoup. Mais je vous dis qu'il faut être humble pour être chrétien; et (]ue, sans l'humilité, il n'y a ni religion, ni christianisme, puisque, sans l'humilité, il n'y aurait pas même eu d'Incarnation, ni d'Homme-Dieu. S'il vous reste encore de la foi , pouvez- vous n'être pas touchés de celle vérité? Je sais néanmoins que celle vérité, t jul cditianle qu'elle est, ne sera pas du goût
ORATEURS SACRES. BOURDALOUF..
i!i' ct!;i\ ipii nrù(Ou(rnl ; cl ji^ sais , quoique ;i\cc douleur, que l'Iiuinililé que je prèrlie ici est cette sagesse cachée que saint l'aul a cru bien définir. (|uand il a dit que celait reilc que nul des princes de ce monde n'avait connue : SiipinilUini in mysterio, quœ iibscondild exi , qwnn ncnw principum 'nijus s(rci!/tco9»i.or/7(U.'o/-.,!Il). Mais c'est pour cela DièiiK' que je vous la prêche, afin que, maigre le dieu du siècle, elle soit hautement révélée, là où clic est plus grossièrement ignorée et |)lus ouvertement combattue; afin qu'il ne soit plus vrai que nul des princes du monde no l'a connue ; afin que, jusque dans la cour, elle reçoive un témoignage ou qui sanctifie ceux qui la croient, ou qui serve à justifier Dieu contre ceux qui ne la croient pas. Car, de l'une ou de l'autre manière , il faut, chrétiens, que cette sagesse triomphe de vos erreurs. Et je vous rends grâce, Ô mon Dieu! de ce qu'il y a encore des âmes dans qui elle en triomphe pleinement; de ce que votre main n'est [>as raccourcie; de ce que, parmi les grands à qui je parle, il se trouve encore des humbles de cœur à qui vous découvrez vos voies : ce sont vos élus. Seigneur, et à vous seul en apparlienl le discernement. S'ils sont en petit nombre, c'est celle profondeur de vos conseils que nous ré\ér()ns; mais, quoi qu'il en soil, l'ai toujours droit de rsie consoler aujourd'hui de ce (jue la proposition de votre Apôtre n'est (dus si absolue ni si générale; et, tout indigne que je suis de mon ministère, j'ai le bonheur de prêcher avec plus d'avantage que lui cette sagesse de vos humiliations, pui^iue je la prêche devant des puissants du siècle, non-seulement qui la connaissent, mais qui l'adorent et qui conviennent avec moi de l'obligalion indispensable où ils sont de la ]irali(]uer.
\'ons me direz, chrétiens ; Mais peul-on être humble et grand tout à la fois? car voilà le prétexte que l'espiit du monde a op|)Osé <le tout temiis à celte vérité. Et moi je vous réponds : En peul-on douter, après la preuve anl!ienti(iue et le modèle admirable ijue Dieu nous en a donné dans l'Incarnation de son Fils? vous me demandez si l'on peut être humble et grand tout à la lois : et le Fils de Dieu a bien pu devenir humble en demeurant Dieu ; et Marie a bien pu être la plus humble (le toutes les créatures, en devenant la iSlére d'un Dieu. Ouoi donc! reprend saint Chrysoslome, les grandeurs humaines onl-elies quel- (juc chose de plus éclatant que la malernilé lie Dieu, et qui' la divinité même ; et [misque la divinité et la maternité de Dieu se sont si bien accordées avec l'humilité dans Jésus- Christ et dans Marie, oserons-nous dire qu'il y ait rien de grand sur la terre avec (luoi l'humilité puisse être incompatible ? Oui , chrélUMis, on peut-être grand et humble tout ensemble; c'est-à-dire on peut être humble dans la grandeur, comme on peut être superbe dans la bassesse. On ne peut pas être humble et ambitionner d'être grand, et se plaire à être grand, et faire toutes choses pour élre grand ; mais on peut être humble
cl élre grand, parce qu'on peut ^trc grand par l'ordre de Dieu, et que l'ordre de Dieu n'.i rien qui ne contribue à maintenir l'humilité. Et voilà, mes chers auditeurs, ce (lue jappclle la grâce de votre élal. Vous qui tenez dans le monde des rangs honorables, et (jue la Providence a élevés au-dessus du commun des hommes, voilà, si vous voulez le reconnaître, l'avantage que vous possédez, de trouver, dans l'Iiumililé que ce mystère vous inspire, de quoi sanrlifier votre condition, et de trouver dans voire condition d> quoi rendre votre humilité plus sainte et plus précieuse devant Dieu ; voilà en quoi Dieu vous a privilégiés, de vous avoir donné le moyen d'être humbles avec mérite, et d'être grands sans risque et sans péril. Concevez bien , s'il vous plaît, ce secret de sa misériconh. Si Dieu vous avait laissés dans la corruption du péché, livrés à vos propres désirs, cette grandeur dont vous êtes re^élus serait une grandeur funeste qui vous perdrait, qui vous aveuglerait, qui serait pour vous une source de crimes, et qui n'aboutirait, enfin, (ju'à votre damnation : ou si , par un changement d'état. Dieu, au contraire, vous avait fiit naître dans la poussière et dans les plus viles conditions du monde, l'humilité dont vous auriez fait profession n'eût été souvent qu'une Iiumililé naturelle, (ju'une impuissance (le vous élever plus haut, ou même qu'une bassesse de cœur, i:idigne du nom d'humilité. Qu'a fait Dieu? par une prnidencc toute singulière, il vous a préser\és de ces deux écueils : il vous a donné de la naissance, des emplois, des rangs, afin que, si vous étiez humbles et chrétiens , vous le fussiez par vertu; et il vous a pourvus de riiumilitc chrétienne, afin que cette naissance, ces emplois, ces rangs, ne dégénérassent point d.ins une grandeur profane et abominable à ses jeux. La grandeur toute seule aurait dû vous faire trembler : l'humilité toute seule, dans le sens que je viens de le dire, n'aurait pas dû vous assurer : l'une vous aurait exposés à des tentations presque invincibles ; l'autre, sous l'apparence même du bien, aurait été douteuse et équivoque. J/aliiance des deux est ce qui doit faire votre consolation ; car l'humilité, à l'épreuve de la grandeur, est le plus infaillible ouvrage de la grâce, et le mérile le plus pur sur lequel vous puissiez compter ; cl la grandeur, sanctifiée par l'humilité , non-seulement n'est plus un piège , mais devient ellemême salutaire. (Juel hommage, chrétiens , n'en pouvez-vous pas faire à Dieu? à combien de saintes œuvres ne peut-elle pas vous servir pour les intérêts de Dieu? dans quelle nécessité ne vous met-elle pas d'être sur la terre, chacun à proportion de votre pouvoir, les nnnistres et les hommes de Dieu ? Cette grandeur soumise à Dieu, employée pour Dieu, anéantie, par rhumililé de la religion, en présence de Dieu, quel tribut de gloire iifi lui rapportc-t-el!e pas, et quelle facilité ne vous donnc-t-elle pas à vous-mêmes, sans cesser d'être ce que vous êtes, d'être encore des saints? H est vrai, disait saint Pierre,
MYSTERES. SEUMON XIV. SDR L'ANNONCI.\TION DE I.A VIERGE
lîolro Dipu ost un jii;:c (Miuit;iblo , qui ne i-i'ir.iri!o point la (iiialitc, ol (lui ne fail nulle (lilTércnce ilos condiiions des hommes : Non est pciKonnrinn ncceptur Deus (Act., X). Mais il faut pourtant convenir qu'a{;issanl même en juge éiiuilable , Dieu se tient en quelque sorte l'ius lionoré de la piélé des grands, que lie crile des hommes du rommnn : pourquoi? parce que la piélé dans les gr,;nds, pour èlre sincère et vériliible, supimsc un plus grand fonds d'Immilité. Or Dieu, à jiropremcnl parler, ne nous considère que par le plus ou le moins dhumililé qui e.st en nous ; et si nos vertus, par rapport à nous , ont devant lui quelque disliiiction, c"est uui- (jupment par là qu'il les mesure. C'e>l par cela mèmi' aussi, vous disais-je il y a quei(|ue lenq)s, (lue Dieu vous a faits ce .que vous êles, et c'ol enfin ce qui vous doit faire aimer Ihumililé. Noii , vous ne la devez point regarder comme une vertu odieuse qui vous dispute vos droits et vos rangs, mais <i)mme une vertu précieuse qui sanctifie la grandeur même, l't <iui la rend mériloiic devant Dieu, et plus \cnérab'.e devant les honuiics. Sainte liumililé, c'est vous qui avez conçu le Verbe de Dieu; ou pUilôl c'est par \ous que Marie l'a conçu dans i^on sein, cl que nous le devons conce^oir dans nous-mêmes. Voyons encore comment Marie contribue par sa virginité ù celte divine coucepliou : c'est la seconde partie.
SECONDE PAUTIE.
Dieu l'avait dit, chréliens, et le plus authentique de tous les signes qu'il avait promis au monde pour marquer l'accomplissement du grand iii\slère de notre rédem|ilion, c'était, selon le rapport d'isaïe, qu'une vierge, demeurant vierge, concevrait un fiis, et que ce fils serait Dieu; non pas un Dieu séparé de nous, ni élevé comme Dieu au-dessus do nous, mais un Dieu abaissé jusqu'à nous, cl entretenant , quoique Dieu , un commerce intime avec nous. Car voilà, ajoute l'évangéliste, ce que signifiait l'augusie nom d'Emmanuel : JJcce vinjo in utero hahcbit , cl jniriet filium, et vocahunt nomcn rjns Emmanuel, (juod est inlerpretalum Nobiscum Dcus {Mattli., l). Ce prodige, je l'avoue, surpassait toutes les lois de la nature; mais, après tout, il no laissait pas d'être dans un sens parfailement nalurel. Car, comme raisonne saint Bernard, si un Dieu se faisant homme devait avoir une mère, il était de sa dignité, et par là d'une espèce de nécessité que celle mère fût vierge ; et si une vierge, par le plus inouï de tous les miracles, de\aii, sans cesser d'être vierge, a\oir un fils, il était pour elle d'une bienséance absolue et comme indispensable que ce fils fût Dieu : Nequc cnim (lut parlas alius virginrin, aut Deum decuit parlas aller [Bern.]. 11 fallait que le Verbe de Dieu, par un excès de son amour et de sa charité, sorlît hors du sein de Dieu, et, si je puis ainsi dire, hors de lui-même, pour se niellre en étal d'être conçu selon la chair; mais, supposé celle sortie, qui est proprement ce que nous appelons incarnation, le Verbe de Dieu ne pouvait êlie autrement Ou.vTnus SAcr.F.s. X!V
conçu selon la cliair que pnr la \()ie miraculeuse de la virginité. Pourquoi? parce que toute autre conception que celle-là aurait obscurci l'éclat et la gloire de sa divinilé. (A'ile i)ensée de saint Bernard a je ne sais quoi de sublime, et, pour peu détendue •lu'on lui donnât, elle remplirait vos es])rils des plus hautes idées de la religion. Mais, sans rien rabattre de la sublimité de celte pensée, il faut encore quelque chose de plus sensible et de plus propre à l'édification de vos mœurs. Or, c'est à quoi le Saint-Esprit me paraît avoir ailmirableir.ent pourvu par la conduite qu'il a leiiue dans l'exéculiou de ce mystère, conduite, si vous l'examinez bien, capable de vous inspirer toute la vénération, tout le respect, tout l'amour dus à l'excellcnlc vertu dont je dois présentement vous parler, et qui est la purclé chrélicnne. Car en voici, mes cliers auditeurs, la plus solide et la plus touclianie b'çon ; éludiez-la dans la suite de notre évangile.
Dieu, par un mouvement de son infinie miséricorde, envoii' un ange sur la terre, non-seulement peur annoncer, mais pour négocier la divine alliance qu'il est sur le point de faire avec les hommes. Et à qui eiivoie-l-il cet ange? à une vierge : M issus est nngelus a Dco ad virçiincm [Luc., Ij. Or, vous savez (belle réllexion de saint Bernard sur ces trois noms, ou idulot sur ces trois personnes, un ange, un Dieu, une vierge), vous savez que Dieu, qui est le plus pur de lous les esprils et la source de toute i>urelé. engendre éternellemenl son Fils par la plus pure el la plus sainte de toutes les générations. D'où vient que saint Grégoire de Nazianze, en parlant du Père céleste, l'appelle vierge par excellence el le premier des vierges. Vous savez que les anges sont de purs esprils dégagés de la matière, et que ceux qui ont persévéré dans la justice et dans la sainteté originelle où Dieu les avait créés, j'entends les anges bienheureux, ont encore l'avanlagc d'être spécialement purs et sans tache devant Dieu. El vous savez enfin que les vierges, quoique dans un corps mortel, par la profession qu'elles font d'une sainte virginité, sont comme les anges de la terre : EruiU sictit angcli Dei {Matth., XXII). Dieu qui députe, lange qui est député, Marie à qui la députalion est faile, autant de caractères différents de la plus parfaite pureté, selon la différence des sujets qui concourent à ce myslère:yln(/f/i/.« a Deo ad virginem. Que. >eux-je conclure de là? ce que le Saint-Esprit semble avoir prétendu par là nous déclarer, savoir, que Dieu étant par lui-même la pureté essentielle, il fallait, ou une pureté angélique, ou une pureté virginale; disons mieux, qu'il fallait l'un et l'autre ensemble pour concerter entre Dieu et l'hcmme celle ineffable et adorable union qui s'est accomplie dans le Verbe fait chair. Mais encore, reprend saint Bernard, laquelle de ces deux sortes de pureté, l'angélique et la virginale, a eu plus de part à ce mystère? et pour laquelleDicu paraît-il avoir cuphisde considé- •Uion?Ah! répond ce saint docteur, en peul- {Trcntc-ncuf.}
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ORATEURS SACRRS. BOURDaOUE.
on douter, après l'excinple que ce Dieu de gloire nous en donne aujouril'liui lui-même, c'est-à-dire après la haute préférence qu'il donne aujourd'hui à la pureté virginale sur la pureté angélique? Vous nie demandez en quoi consiste celle préférence, le voici : le Verbe de Dieu, dans le dessein de s'incarner, choisit une vierge pour mère, et il lui dépulc un ange, qui n'est auprès d'elle que son ambassadeur. Elle est donc, en verlu de ce myslère, aussi élevée, comme vierge, au-dessus de l'ange, que le nom de mère qu'elle reçoit surpasse celui de ministre et de serviteur : Tanlo meiior ainjelis, pourrais-je dire ici en me servant des termes de saint Paul, quanto (Uffercnlius prœ illis noinen hœreditarit {llcbr., I).
Dieu, prêt à se faire homme, obligea l'ange à s'humilier devant cette vierge; et lui-même, tout Dieu qu'il est, par un honneur anticipé qu'il veut bien lui faire, comme à sa future mère, il commence en quelque sorte à déjiendre d'elle, puisque, dans la plus importante négociation, il demande son consentement. Ne vous en étonnez pas, poursuit saint Bernard : c'est qu'en effet la pureté de cette vierge était d'un mérite qui la rendait bien plus précieuse et plus estimable devant Dieu que celle des anges. L'ange qui saluait Marie était pur, il est vrai, mais comment"? par nature et par un privilège de béalilude et de gloire; mais Marie était vierge par choix, |)ar vœu, par esprit de religion. La virginité de Marii- était donc comme un sacrifice continuel qu'elle faisait à Dieu, une oblation de son corps qu'elle immolait comme une hostie vivante et agréable aux yeux de Dieu, une consécration de sa personne, qui devait être le sanctuaire et la demeure de son Dieu. Voyez avec quelle prudence et quelle circonspection elle conserve le trésor de sa virginité. Admirez la constance et la fermeté qu'elle témoigne pour ne le pas perdre. Deux devoirs des vierges chrétiennes, dont Dieu veut que Marie soit aujourd'hui le modèle. Ecoulez-moi et instruisez-vous. Un ange se présente à elle, et elle se trouble. A peine a-l-il commencé à lui parler, que la crainte la saisit et qu'elle parait surprise et inquiète, qu'elle se sent intérieurement combattue de mille pensées : Turbala est el cogilabat quaUs esset isla saiulatio {Luc, I). Si Marie eût été de ces personnes mondaines qui ne sont vierges que de corps, sans l'être d'esprit, cette visite qu'elle recevait n'aurait eu rien pour elle de si surprenant, et les louanges qu'on lui donnait, au lieu de l'étonner, l'auraient agréablement llattée. Mais la profession qu'elle a toujours faite de n'avoii-, comme vierge, d'entretien particulier qu'avec Dieu; la loi qu'elle s'est prescrite et qu'elle a gardée, de fuir tout autre commerce et de renoncer aux mœurs et aux usages du siècle profane; son exacte et sévère régularité, son attention à ne se relâcher jamais sur les moindres bienséances, la possession où elle est d'une conduite irrépréhensible et à l'épreuve de la plus rigide censure, la pudeur Cl la modestie qui lui sont plus que natu-
relles; l'oiinion dont elle est prévenue, que les louanges données à son sexe et favorablement reçues, que les louanges même souffertes et écoutées tranquillement sont le poison le plus contagieux et le plus mortel : tout cela lui cause un trouble qu'elle n'a pas honte défaire paraître, parce qu'être troublée de la sorte, c'est le véritable caractère d'une vierge fidèle à Dieu. Voilà sa prudence cl sa vigilance, ajoutez-y sa constance et sa fermrté. On déclare à Marie qu'elle doit être la mère d'un fils qui sera éternellement Roi, qui sera le Saint des saints, qui sera le Fils du Très-Haut, qui sera le Sauveur de tout le monde; et elle demande comment cela se l)ourra faire, parcequ'ellerst vierge, etvierge par un engagement auquel ni la qualité de Mère de Dieu, ni celle de reine du ciel et de la terre, ne la feront jamais renoncer : Quoinodo fiel istiul, quvniam tiritm non cognosco {Ibid.)'l Ah! Marie, s'écrie là-dessus saint Augustin, c'est pour cela même que la chose se pourra faire et qu'elle s- fera, parce que vous ne comprenez pas comment elle est possible. Car, si vous le compreniez de la manière que toute autre l'aurait compris, dès-ià vous seriez incapable d'être à Dieu ce que Dieu veut que vous lui soyez. Il a fallu (jue votre virginité partît en ce moment-là vous rendre comme incrédule; il a fallu que l.i proposition qu'on vous faisait d'être la mère de votre Dieu vous alarmât d'abord et vous troublât, afin que vous fussiez digne de l'être. En effet, ce refus de la maternité divine, plutôt que de cesser d'être vierge, ce vœu de virginité dans lequel elle demeura ferme et immobile jusqu'à n'être pas ébranlée par la parole même d'un ange qui lui promettait un Dieu pour fils: Immobile virginilatis propositum , quod nec angelo filium Dcum promillcnle aliijiiatenus tilubavit {Hier.) ; voilà, dit saint Jérôme, ce que Dieu a considéré dans Marie, et par où Marie, entre toutes les autres vierges, a eu la préférence de l'estime et du choix de Dieu. Or, qu'est-il arrivé de là? une chose, chrétiens, aussi consolante pour vous, qu'elle vous paraîtra merveilleuse. Vous savez quelle fut la cause de ce déluge universel qui inonda toute la (erre. Dieu, dans sa colère, voyant la corruption du genre humain, avait juré que son esprit ne demeurerait jamais dans l'homme, parce que l'homme était devenu tout charnel: Non pcrmanebit spiritus yneus in œternum in ho' mine, quia caro est {Gènes., VI). Mais aujourd'hui, réflexion admirable de saint Augustin, Dieu révoque, pour ainsi dire, cet arrêt ; el, par un autre serment tout contraire en apparence, mais qui néanmoins s'accorde parfaitement avec le premier, il assure que son esprit demeurera dans Marie, ctquede Mario il se répandra dans tous les hommes, pourquoi"? parce que dans la personne de Marie, l'homme a cessé d'être charnel ; c'est-à dire parce que Marie est vierge, et vierge par une profession qui, l'élevant au-dessus da l'homme, la rend c.ipable des plus hautes faveurs de Dieu et de la plénitude même de l'Esprit de Dieu:5p("rî7i(s sanctus supentniet