‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 111 sur 132 · MYSTEUES. SERMON XIV. SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

MYSTEUES. SERMON XIV. SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE

tn te (Luc. I). Au lieu que, dans la créalioii, l'Esprit de Dieu élail simplement venu pour 8c communiquer à l'homme en vue de son innocence, cl parce que l'homme n'avait point encore péché ; au moment de l'incarnation, ce même Esprit, selon la parole sacrée, survint dans >Iarie, et comment "? avec un surcroît, avec une surabondanci' , avec un épanchement de dons et de grâces sans nx'sure, en vue de sa pureté et parce <iu'el!c était vierge : Supen-enii:l in te.

Ce n'est pas assez ; non-seuicmeiit Dieu veut que Marie, en conséquence de ce qu'elle est viiTge, soit remplie de son Esprit ; mais parce qu'elle a fait, comme vierge, un éternel divorce avec la chair et le sang, c'est par elle que lui-même, qui est un pur esprit, veut faire une éternelle alliance avec notre chair ; disons mieux, c'est par elle que luimême veut être fait chair. Car voilà le terme qu'a emplové l'Evangéliste, pour exprimer le miracle de ce Verbe de Dieu incarné et fait homme : Et Verbum caro faclum est (Joan. I). Saint Jean n'a pas cru qu'il sulTit de dire que le \'crbe de Dieu s'était fait homme, de dire qu'il s'était allié à une nature raisonnable, de dire qu'il avait pris une âme immortelle et spirituelle ; mais il a réduit en quehiue sorte tout ce mystère à la bienheureuse adoption que le Verbe a faite de notre chair dans le scinde Marie: Ht Verbum caro faclum est. 0 mon Dieu! est-il possible que la virginité ait eu ce pouvoir sur vous ; et qu'un Dieu aussi grand, aussi saint, aussi parfait que vous, en soit venu jusqu'à se faire chair 1 Oui, chrétiens, c'est ce que la foi nous révèle: ce Dieu-Homme, par son incarnation, a ennobli dans sa personne tout l'homme, mais il a particulièrement ennobli la chair de l'homme par les merveilleux rapports que son incarnation a fondés entre lui et nous. Car c'est selon la chair que cet Homme-Dieu est notre frère, c'est selon la chair que nous ne faisons qu'un corps avec lui, c'est selon la chair qu'il est notre chef, et que nous sommes ses uiembrcs : Xescilis

?'Uoniam corpora vestra meinbra sunt Chrisli Cor. Vlj"? Ne savez-vous pas, mes frères, disait saint Paul, et pouvez-vous l'ignorer, que, depuis qu'un Dieua bien daigné prendre un corps semblable au nôtre, nus corps, par un merveilleux changement, ont cessé, pour ainsi dire, d'être nos corps, et qu'ils sont devenus le corps de Jésus-Christ? N'est-ce pas une des premières leçons qu'on vous a f.iitcs dans le christianisme, que vous êtes incorporés à Jésus - Christ, ou plutôt, que vous êtes le corps de Jésus-Christ même '? Vos estis corpus Christi, et memhra de memhro (I Cor. XII). Après cela, faul-il s'étonner que le même apôtre ait cru avoir droit d'exiger des chrétiens , comme chrétiens , une pureté de mœurs si inviolable, et que, de toutes les choses qu'il leur recommandait, celle qu'il a paru avoir plus à cœur ait été qu'ils sanctifiassent leur corps ? Supposé ces lirincipes de la foi, que je viens do vous expliquer, pouvait-il trop insister sur ce devoir? A^ant les liaisons iiuc nousavonsavcc

Jésus-Christ, serons-nous jamais aussi purs et aussi saints que nous devons l'être? Notre chair étant la chair de Jésus-Christ, oseronsnous nous plaindre des soins et de l'exacte régularité à quoi nous assujettit ce point de notre religion, comme si c'était un exrès do perfection? Voulons nous qu'il ne nous eu coûte rien , d'êlre non-seulement les frères, mais les membres et le corps d'un Homme- Dieu? et cette alliance sacrée que nous avons conlraclée avec lui n'aurait-elie en nous point d'autre effet (jiie de nous avoir élevés à un si hautrang d honneur, pour en êlre éternellement indignes? Après cela même, devons-nous trouver étrange que les l'ères de l'Eglise, parlant de l'impureté qui corrompt aujourd'hui le christianisme, en aient témoigné tant d'horreur, puisqu'il est certain que ce péché, déshonorant nos corps, déshonore le corps de Jésus-Christ ? Devonsnous être surpris que ce péché, parla seule raison que le Verbe s'est fait chair, leur ait paru d'une lout autre grièvelé, que s il \'\o lait sim[ilemenl la loi de Dieu, et que Eglise des premiers siècles ait élé pour cela si rigoureuse et si sévère à le punir, persuadée (lu'elle élail qu'en le punissant, elle v esigeait l'alTront personnel qu'en recevait son époux? (Jue la chairde l'homme, dis.iitéloiuenmient Tcrtullien, que la chair de l'homme , avant l'incarnalion de Jésus-Chrisl, ait été corrompue et souillée de crimes , ses déréglemenis pouvaient êlre alors plus pardonnables. Elle n'avail pas encore la gloire d'êlre entrée dans l'alliance d'un Dieu; elle n'était pas encore incor[)oiée au Verbe de Dieu; elle n'avait pas encore reçu cette onction de grâce en vertu de laquelle elle devait être h) postaliquement unie à Dieu. Mais depuis que le Eils de Dieu l'a ennoblie, et que, par le plus grand de tous les miracles, il eu a lait sa |iropre chair; depuis que celte chair a coaimencé à lui appartenir ; depuis qu'elle a changé dans sa personne de coiuiiliou et d'état, ah! mes frères, concluait-il, ne traitons plus ses désordres de simple faiblesse, et, toute chair qu'elle est, ne l'excusons plus par sa fragilité , puisque sa faiblesse et sa fragilité est l'opprobre de rincarnation de notre Dieu. Non, chrétiens , je n'ai pas de peineà comprendre pourquoi Tertullicn parlait ainsi. Il outrait quelquefois la morale du christianisme, et il abondait en son sens; mais , sur le point que nous traitons, il n'a rien dit qui ne soit encore au-dessous de la vérité, puisqu'il n'a rien dit qui approche de la parole de saint Paul. Car ce grand apôtre, après avoir supposé i)ue, parle mjstère de l'incarnation, tous les hommes, sans en excepter aucun, sont devenus les membres de Jésus-Christ , n'a plus hésité à tirer de là celte affreuse conséquence, dont il n'y a point d'impudique qui ne doive trembler : ToUens ergo membra Christi, faciam membra merctricis (I Cor. VI)? Si celait un autre que saint Paul qui se fût expliqué de la sorte, nous no pourrions entendre ces termes ; et la pudeur que nous affectons , malgré la licence et le débordement des mœurs où nous vivons,

ORATEURS SACRES. COURDALOUE.

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nous ferait rcbtilcf une instruction si nécessaire el si essentielle : mais si c'est l'cspril (le la foi quinous anime el qui nous conduit, quel effet cette conséquence ne doit-elle pas produire en nous?iiuelle horreur ne doit-elle pas nous inspirer pour le péché que je combats? el si nous en sommes esclaves, quelle indignation nedoil elle pas nous faire concevoir contre nous-mêmes? Tollcns ergo mrmhra Christi, facimn mcnibra mcrclricia ? Cela seul bien médité ne doil-il pas être pour nous plus convaincant que toutes les prédications, et, pour peu qu'il nous reste de reliijion, en faut-il davantage pour nous préserver de l'emportemenl des passions impures?

Vous me direz : Mais il s'ensuit donc que le Fils de Dieu , s'incarnanl et se faisant homme, a rendu le péché de l'homme plus abominable el plus irrémissible qu'il ne le serait de lui-même? Oui, reprend saint Chrysoslome , cela s'ensuit et doit s'ensuivre nécessairement. Mais nous sommes donc , on conséquence de ce mystère, plus criminels que nous ne l'aurions été, si nous étions demeurés dans l'état de notre première corruption? rien de plus incontestable et de plus vrai. Mais l'incarnation de Jésus-Christ nous devient donc préjudiciable, quand nous nous abandonnons à notre incontinence?

c'est ce que toutes les Ecritures vous prêchent. Ah! chrétiens, peut-éire y en a-t-il parmi vous d'assez ingrats et d'assez insensibles aux bienfaits de Dieu, pour souhaiter que Dieu ne les eût point tant honorés; peutêtre leur infidélilé va-l-clle jusque-là, el, s'il était dans leur chois de prendre l'un ou l'autre des deux partis, peut-être renonceraient-ils à la gloire d'appartenir à Jésus- Christ, pourvu qu'il leur fût permis de satisfaire impunémeul leurs désirs déréglés , cl qu'ils se trouvassent par là décharges de l'obligalion que ce mystère leur impose, de vivre dans l'ordre. Mais il ne dépend (dus ni d'eux ni de nous que cela soil ainsi , et il ne dépend plus de Jésus -Christ même qu'il cesse d'être ce qu'il nous est. Soyons libertins tant que nous voudrons , nous serons toujours ses frères selon la chair : jusque dans les enfers, si nous sommes jamais réjirouvésde Dieu, nous en porterons le caractère , el CCS désordres de la chair tireront éternellement de lui , malgré que nous en ayons un sujet particulier , ou un surcroît de condamnation.

l'eul-étrc, mes chers auditeurs, ces désordres ont - ils déjà éteint les plus vives lumières de votre foi, el pcut-circ ceux à qui je parle ne croient-ils plus que faiblement le mystère de l'incarnation d'un Dieu: car le moyen de le croire et de vivre dans l'habitude de ce péché? Mais croyons-le, ou ne le croyons pas : si nous vivons dans le désordre de ce péché , nous nous faisons de ce mystère, qui par excellence est le mystère du salut, un mystère de réprobation. Si nous ne le croyons pas, notre arrêt est déjà porté, et dès-là nous voilà juges : Qui non crcdil, iam judicalus est ( Joan., ill ) ; si nous le croyons , nous nous jugeons et nous nous

condamnons nous-mêmes. Si nous ne le croyons pas, il n'y a point de Sauveur pour nous, et si nous le croyons, il y en a un, mais pour notre confusion. Car souvenonsnous, chrétiens , que ce Dieu fait homme est en même temps, selon l'oracle du saint pontife Siméon , pour la ruine des uns et pour la résurrection des autres : Posilns est in ruinam et in resurrcclioncm mullorum [Lue. H). Il s'est incarné pour nous sauver; mais il pourra bien arriver, par l'abus que nous faisons de ses grâces, qu'il se soit incarné pour nous perdre. Or, s'il doit jamais contribuer à la perle de quelques pécheurs, comme l'Evangile nous l'assure, sur qui doit -on présumer (jue tomberont ses anathèmes, si ce n'est pas en particulier sur ces chrétiens sensuels, sur ces voluptueux impénitcrits et obstinés dans leur péché? Ahl Seigneui', ne permettez pas qu'une si funeste prédiction se vériGe jamais en nous, et que les mérites de votre vie mortelle, qui, dans les vues de voire infinie miséricorde, doivent servir à notre salut , par un châtiment de votre redoutable justice, servent à notre malheur éternel. Et vous, Vierge sainte et toute pure , puissante mêdialrice des hommes el leur mère, puisque vous êtes la mère d'un Dieu-llommc, en nous d(mnant ce Sauveur que vous portez dans votre sein virginal, et qui vient nous racheter, aiilez-nous à recueillir les fruits d'une si abondante rédemption, afin que , par les grâces dont volrc Fils adorable est la source, et dont vous êtes la dispensatrice , nous puissions parvenir à la bienheureuse éternité, où nous conduise etc

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