‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 112 sur 132 · SERMON XV · texte numérisé non relu

SERMON XV

Sur V Annonciation de la Vierge.

Verljum caro faclnm csl, et liabilavil in nobis.

Le Verbe s'est fait cliuir, el il a demeuré parmi }ious (S. Jeiiti, cil. I).

Sire, c'est le grand mystère que nous célébrons aujourd'hui, et sur quoi csl fondée toute la religion chrétienne. Mystère que l'apôtre saint Paul exprimait en termes si relevés, et qu'il appelait le mystère par excellence de la bonté et de la charité de Dieu envers les hommes : Magnum pielalis sacrameiilum, nuinifeslnlmn in carne (I Tim., 111). Le Verbe s'est fait chair : voilà , dil saint Augustin, ce qui paraissait incroyable. Mais il y avait encore, ajoute-t-il, quelque chose (le plus incroyable, savoir, que ce mystère, tout incroyable qu'il était, fût cru néanmoins dans le monde; cl c'( si ce qui est arrivé. De ces deux choses incroyables , celle qui l'était le plus, a cessé de l'être et est devenue, non-seulement croyable, mais évidente. Car il est évident que le mystère d'un Dieu incarné a été prêché aux nations, et que le monde s'est soumis à ce point de foi : Magnum pielatis sacramentum, prœdicatum gentibus, credilum in mundo (Ibid.). (Juand saint l'aul en parlait ainsi, ce n'était (lu'une prédiction qui dès lors commençait à se vérifier» mais nous voyons la prédiction ideinemenl

MYSTEllES. SERMON XV. SUR L'ANNONCIATION.

accomplie. 1.0 iiidnilo, (Icvomi cl)rclien, croil un Dieu f;iit chair; et voilà le miracle qu'a opéré le Seigneur et qui paraît à nos yeux : ^4 Domino fnctum rst isludyrl est mirabilc iii oculis nosliis [Ps. CX\'1I). Or, convaineus, comme nous le sommes du plus incroyable, pourquoi aurions-nous de la peine à croire ce qui Test moins"? c'était le raisonnement (le saint Augustin. Mais ce n'est pas assez : le Verbe fait chair a demeuré parmi nous : L't habilavit in nubis {Joan., 1) : pourquoi cela? pour nous instruire par ses exemples, cl pour nous sanrtifier par sadottriu''. Voilà, dit saint Paul, par rapport à nous, une des principales fins de l'incarna tion : Appariât erudicns nos {TH., II). lîcoulez-le donc, mes chers auditeurs, ce Verbe incréé, mais incarné : c'est par moi qu'il vous doit aujourd'hui parler, c'est moi qui lui dois servir d'organe; et, pour m'acquitler dignement d'un si saint ministère, j'ai besoin des lumières et des grâces du mèine esprit dont Marie reçut la plénitude. Demandons-les par l'intercession de celle mère de Dieu, et disons-lui avec l'Ange : Ave. Maria.

Ce n'est pas sans un dessein particulier que l'évangéliste, pour mais donner une idée juste du mystère de ce jour, l'a renfermé dans ces trois divines paroles, que nous ne devons jamais prononcer qu'avec respect : le Verbe s'est l'ail chair : icrbum cnru factum est [Joan., 1). Autrefois saint Paul défendait aux ministres de l'I^giise chargés de l'inslruclion des fidèles , d'entretenir leurs auditeurs de ce qui regardait les généalogies et les alliances, prétendant (juc c'étaient des questions inutiles (jui ne servaient qu'à exciter des di'^iuites, et qui ne contribuaient en rien à l'édificition <1(S mœurs. Aiesi l'ordonnait-il à Timothéc. Il n'en est pas de même, chrétiens, des alliances du Verbe avec la chair, et de la chair avec le Verbe, dont j'enlreprends ici de vous parler: car ce sont des alliances toutes saintes, qu'il vous est importaut de bien connaître , et qu'il ne vous est pas permis d'ignorer ; des alliances qui doivent être le sujet de vos réflexions , comme elles sont l'objet de votre foi ; des alliances qui vous découvrent les plus admirables principes que vous puissiez vous appliquer pour la rétormation de votre vie. Or, j'en trouve trois de ce caractère dans le mystère adorable de l'incarnation , et les voici. Alliance du Verbe avec la chair, par rapport à Jé.-.us-Christ;.illianee<!u Verbe avec la chair, par rapport à Marie, sa mère : alliance du Verbe avec la chair, par rapport à nous qui sommes ses frères ; alliances, disje, que je vous propose comme infiniment [iropres a vous loucher, à vous convertir, à vous sanctifier, à vous rendre de parfaits chrétiens, si vous en savez profiler. Et, afin que vous en puissiez mieux faire le discernemeul, je dislingue dans ces trois alliâmes autant de degrés qui élèvent la chair de I honmie, dans la iiersonne de Jé=us-Christ, jusqu'à la souveraineté de l'être de Dieu ; dans la personne de Marie , jusqu'au rang sublime do la maternité de Dieu ; et, dans

nos personnes, jusqu'à la dignité d'enfanls de Dieu. Ainsi, gardant les proportions convenables entre Jésus-Chrisl cl Marie, et entre Marie cl nous, ce seul mystère du Verbe incarné nous fait voir aujourd'hui trois grands miracles. Dans Jésus-Chrisl un Homme-Dieu : ce sera la première partie; dans Marie une mère de Dieu : ce sera la seconde ; dans nous, qui que nous soyons, mais surtout si nous sommes en élal do grâce, de légitimes enfants do Dieu : c'est la troisième. Vous verrez, chrétiens, les trois conséquences pratiques (jue je tirerai de là, non-seulement pour vous alTermir dans la foi, mais pour vous ap[)rendre à remplir dignement les plus saints devoirs du christianisme.

riU:Mll\lŒ PAUTIE.

Il est donc vrai, cbréliens, que la chair de riionime a été élevée dans Jésus-Christ jusqu'à la souveraineté de l'être de Dieu; et c'est ce que le Saint-Esprit a prétendu d'abord nous marquer par ces paroles : Verbitm caro fiietum est: Le ^'erbe s'est fait chair. Demander comment et pourquoi s'est accompli ce prodige , ce serait le détruire, dit saint Augustin , en voulant le connaître , puiscju'il est certain que ce mystère de l'incarnation du Verbe ne serait [ilus par excellence l'cEuvre de Dieu , si l'on en pouvait rendre raison, et qu'il n'aurait plus l'avantage de se distinguer par sa singularité, si, dans l'ordre de la nature ou de l.i grâce, ou en pouvait trouver un seul exemple : llic,si ratio ijuœritur, non erit mirabile ; si excmpluni, non eril sinçiulare (Aitg.). J'avoue que Marie, au moment que l'ange lui en fil la déclaration, ne laissa pas de dire : Qnomodo pet isiml? Comment cela se fera-l il? Mais saint Clirysostome remarque très-bien (jue cette demande fut alors l'eliet d'une profondi; et respectueuse admiration, et non pas d'une présomptueuse et vaine curiosité; et que, si Marie voulut savoir de quelle manière se vérifierait ce qui lui était annoncé A? la pari du ciel, ce ne fut point par incrédulité, mais par un pur zèle et par un sincère amour d • la virginité qu'elle avait vouée.

Ouoi qu'il en soit, chrétiens, voilà le miracle qui nous est proposé dans cette fêle, cl que je dois vous expliquer. Car je serais prévaricateur, et je ne m'acquitterais pas do mon ministère, si, préférablemenl à toul le reste, je ne m'attachais aujourd'hui à vous développer c;t article essentiel de votre foi. Voilà, dis-je, le miracle que la foi nous révèle, un Dieu incarné, un Dieu-Homme, jusqu'à pouvoir dire, dans le sens propre et naturel , qu'il s'est fait chair : Verbum caro factum est. D'où il s'ensuit, par une conséquence nécessaire , que la chair do l'homme , considérée dans la personne du Rédempteur, est donc vérilablemenl la chair d'un Dieu, que, dans l'instant bienheureux où fut conçue cette chair virginale, clic se trouva donc, toute chair qu'elle était, pénétrée, comme dit saint Paul, do l'onction de Dieu, inséparablement unie au Verbe do Dieu; n'ayant, selon le langage des théologiens, point d'autre subslance que celle du

ORATtURS SACRtS. BOURDALOUE.

Verbe de Dieu, qu'en recevant l'être, elle cuira donc d'abord en possession de toute la gloire qui appartient à Dieu, et que le Fils de Dieu la reconnaîtra dans toute réternilc iiour une cbair qu'il s'est appropriée, qu'il a consacrée, qu'il a déi(iéc;car c'est ainsi qu'en ont parié tous les Pères, dans des termes que la tradition n)ême de l'Eglise aurait eu peine <i autoriser, s'ils n'étaient encore au-dessous d^^ l'énergie et de la force de ceux-ci : le Verbe s'est fait chair : l'une in utero vir/jo concepit, et Verbnm caro faclum est, ut caro ficrct Dens [Ambr.) : Ce fut alors, dit saint Ainbroisc, qu'une vierge conçut niiracnleuscnienl, cl que le Verbe fut fait chair, afin que la chair devînt Dieu. Ce Père pouvait-il s'en expliquer d'une manière ])Ius expresse? et, parce qu'une vérité aussi importante (jue celle-là ne peut être appuyée sur trop de témoignages, ajoutons celui de saint Augustin : Talisfuit ista susceplio, quœ Deinn hominem faceret , et hoininem Dcum {Aug.]. Oui, mes frères, disait ce saint docteur, l'effet de cette incarnation a été tel, que l'homme s'est vu dans Jésus-Christ élevé jusqu'à Dieu, et que Dieu, dans ce même Jésus-Christ s'est vu réduit à la f jrme d'un homme. Expressions, je le répète, qui ilemandent toute la soumission de la foi, et qui nous pai-aîtraient avoir je ne sais quoi de dur, si elles n'étaient évidemment fondées sur ce principe incontestable : Verbum caro fa et uni est .

De là vient, mes chers auditeurs (appliquez-vous à ceci, et ne pensez pas que la grandeur de mon sujet m'emporte trop loin, i)uisque, autant qu'il est relevé, autant me suis-je étudié à le traiter exactement ); de là vient que, dans Jésus-Christ, entre la chair et le Verbe, il n'y a rien eu de divisé; et que ce qui était vrai de l'un, par une communication d'attributs, l'est encore de l'autre. .Ain.M, parce que la chair de Jé-^us- Christa été passible et mortelle, nous disons, sans craindre d'éire accusés de blasphème, que le Verbe de Dieu a souffert et est mort pouf nous : et d'ailleurs, parce que le Verbe de Dieu est égal à Dieu, nous ne craignons point la censure, en disant que la cliair de Jésus-Christ est assise à la droite de Dieu. El, quoiqu'il n'y ail point d'extrémités plus opposées que la croix et le trône de Dieu, MOUS ne faisons pas plus de difficulté d'allrihuer à citte chair du Fils de l'homme, qui a été crucifiée, la prééminence du trône de Dieu, (|ue d'attribuer au Verbe de Dieu, qui est la spleiuleur de la gloire du Père, rhuiuilialioueU'ignominiede la croix. Pour- «luoi? parce que tout cela n'est qu'une suite lie ce que nous professons par ces paroles : Verbum caro factum csl.

Il est vrai, et je suis toujours obligé de le reconnaître, ce mystère est difficile à croire, et c'est là que nous devons captiver nos esprits. Mais, pui^qu'un Dieu veut bien anéantir pour nous dans ce mystère sa souveraine majesté, nerefusonspasau moins de lui soumettre notre raison. Soumission nét:«<siiire : car, comme disait salut Alhanase,

je ne puis savoir comment le Verbe s'est incarné ; mais il ne m'est pas permis d'ignorer qu'il se soit incarné, et qu'il ait pris une chair semblable à la mienne. Au lieu donc de ni'cngager dans une recherche inutile et qui passe toutes mes vues; au lieu do vouloir pénétrer dans ces ineffables secrets de l'incarnation divine, lorsque je ne nie connais pas moi-même, ce que j'ai surtout à faire, c'est de bénir mille fois la raisériconle infinie de mon Dieu, non-seulement parce qu'il est descendu de sa gloire pour moi, et qu'il s'est fait homme comme moi, mais parce qu'il m'a révélé et qu'il m'a fait annoncer ce mystère de mon salut. Car, si je puis être sauvé sans la science de l'incurnation, je ne puis l'être sans la foi de rincarnation ; c'cita-dire, si je puis être sauvé sans savoir par tiuelle vertu et de quelle manière le Verbe de Dieu a élevé la chair de l'homme à une si noble alliance, je ne puis l'être sans savoir que celle merveilleuse alliance s'est faite dans la personne de Jésus-Christ, en sorte que, dans la personne de Jésus Christ, il y a eu tout à la fois, et un vrai Dieu, et un vrai homme : Verbnm caro fictum est.

C'est de quoi tanl d'Iiéiétiques n'ont pas voulu convenir, et c'est pour mieux affermir la créance de ce mystère que Dieu a permis qu'elle fiit altaciuée par tant d'endroils. Les uns onl combattu la divinité de Jésus-Christ, ne considérant pas qu'il est aujourd'hui formé dans le sein de Marie par la seule opération de l'Esprit divin : Spirilus sanctus superveniel in te {Luc. I );que l'auge l'appelle absolument saint, et la sainteté même : Saiïctum vocabitur ( Luc. 1 ) ; qu'il est conçu par une mère vierge et demeurant toujours vierge, quoique mère; enfin, qu'il vient dans lemondepourêtrele Sauveur du monde; principes d'où il s'ensuit incontestablement qu'il est Dieu. Car, comme raisonnent saiut Ambroise, saint Augustin, saint Cyrille et saint Bernard, il n'appartient qu'a un Dieu d'être saint par lui-même et la source de toute sainteté; qu'à un Dieu d'être fils d'une vierge, sans que celte vierge y perde rien de sa virginité; qu'à un Dieu de sauver le moude après qu'il l'a créé.

D'autres onl refusé, par une erreur toute contraire, de reconnaître l'humanité de Jésus-Christ, tantôt ne lui attribuant qu'un corps imaginaire et fantastique, tantôt lui accordant un vrai corps, mais sans âme et sans intelligence; tantôt lui donnant un corps parfaii, mais formé d'une matière toute céleste, et non de la substance de Marie : dogmes insoutenables, à quoi les docteurs de l'Eglise, et entre autres Tertullien, saint Athanase et saint Léon pape, onl opposé toutes les écritures et les plus solides raisons. Car, disaient-ils, si Jésus-Christ n'a eu qu'un corps imaginaire, commenl nous a-t-il rachcies de son sang ? s'il n'a eu qu'un corps sans âme, comment a-t-on pu l'apijcler homme'/ et, s'il n'était pas homme, comment a-t-il satisfait pour les hommes? si son corps a seulement été forjué dans le sein de Marie, et nou de la substance de Marie,

M\STi:UES. SEIUÎON XV. SUT. L'ANNONCIATION

coininonlElisabclli rappol.i-l-clU' la mère de son Soigneur? iMaler Domini mei [Luc. I),<'t comnient l'Ange luidit-il quorilonimc-Dii u, qu'elle devait porter dans ses cliii.slcs 11.. nos, naîtrait d'elle : Nascetur ex le. {IbiJ.}.

Enfin, conclut saint Ansfustin, plusieurs se sont trompés tout à la fois, cl à l'égard de la divinité (le Jésus-Christ, et à l'égard de son humanité, non pas en niant ni l'une ni l'autre, mais l'union de l'une et de l'autre, telle que le Saint-Esprit l'a faite et telle qu'elle subsistera toujours. Car, ils reconnaissaient en Jésus-Christ, et une vraie divinilc , et une ^raie humanité. Mais, comme le propre de l'hérésie est de donner dans toutes les extrémités, ou bien, d'une part, ils prétendaient que Dieu et l'homme, dans l'incarnation, avaient élé seulement unis de volonté, unis de sentiments et d'intérêts, unis paradoption, par affcclion, par communication de gloire, et non point d'une union réelle et substantielle : ou bien, d'autre part, ils conl'onilaient tellement ensemble la divinité et l'humanilé, qu'outre l'unilé de personne, ils établissaient encore dans l'Hoiinne-Dieu une unité de nature. Erreurs foudroyées par l'Eglise dans ces fameux conciles dont les célèbres décisions nous servent de règles, et qui nous apprennent qu'en vertu de l'Incarnation le Verbe divin s'est réellement et substantiellement uni à notre chair; que, par cette union, le Verbe incarné s'est ren.du propres toutes les misères dcrhonime,et que l'homme est entré en participation de toutes les grandeurs de Dieu; qu'il y a néanmoins entre les deux natures qui composent celte adorable personne, la nature divine et la nature humaine, une distinction essentielle, sans qu'elles aient été confondues, et que l'une, comme parlaient quelques hérétiques, ait absorbé l'autre. Tel est, chrétiens, le précis de la doctrine orthodoxe touchant le mystère d'un Dieu fait homme; et c'est de quoi il fallait d'abord vous instruire : Vei-bum caro facluin est.

N'en demeurons pas là ; mais, réduisant à la pratique et nus mœurs celte première vérité, profilons de la fête de ce jour pour nous disposer à la solennité de Pâques qui approche, et faisons-nous du mystère de l'incarnation une préparation solidcàraccomplissement du grand mystère de la communion. Car voilà sur quoi est fondée cette loi si sainte, qui nous oblige à nous éprouver nous-mêmes avant que de recevoir le corps de Jésus-Christ, et à n'y participer jamais (ju'avec une conscience pure et dans un état où, sans être absolument assurés que nous sommes dignes d'amour, nous puissions toutefois, quoique pécheurs, dire avec humilité, conuiie saint Paul ; Niltil mihi conscius sum (I Cur., IV); ma conscience ne me reproche rien, du moins rien de capital et d(! grief. On deiiian<le pourquoi saint Paul a fait un crime si atroce de ce qu'il appelle communion indigne; cl l'on s'étonne que, animé du zè'e apostolitiue dont il était rempli, il ail fulminé de si terribles anathèines contre tt'ux ijui, dans un état de morl, osent mau-

gor le pain de vie ; qu'il leur ail déclaré que c'est alors leur jugement qu'ils mangent it leur condamnation ; qu'il les ait traités de profanateurs et de sacrilèges, et que, sur sa parole, malgré la corruption du siècle, la seule pensée de communier indignement fasse encore horreur aux chrétiens les plus imparfaits et même les plus mondains. Non, non, nies cliers auditeurs, il ne faut point eu être surpris. Supposé ce que je viens de vous dire et ce que la foi nous enseigne de l'incarnai ion du Verbe, il n'y a rien en tout cela qui ne soit facile à comprendre ; et, quand une fois j'ai conçu que ce pain dont parle saint Paul esi le corps du Seigneur et le Seigneur iiiême, je souscris sans peine à tous les analbèmrs qu'il prononce contre ceux. qui prennent sans discernement cette nourriture céleste. Quel(|uc formidables ([u'ils soient, je n'ai, pour les trouver équitables, qu'à m'appliquer personnellement le mystère du Verbe fait chair, en me disant à nioi-;i,ème : cette chair que je mange dans le sacrement esl la chair d'un I>ieu, cl je la profane quand je la mange dans l'élat du péché. Par l'iiuan.alion, elle est unie à une personne divine; cl, par l'indigne communion que je fais, je l'unis, toute sainte (lu'ello est, à une âme criminelle et ennemie de Dieu. Cela seul me f.iit sentir la raison qu'a eue saint Paul, de condamner si sévèrement ces sacrilèges qui se présentent à la table du Sauveur sans avoir la robe de noce, qui est la grâce ; et il n'y a point ensuite de châtiment (jui ne me paraisse ( ncore au-dessous d'une telle profanation.

Que faudrait-il donc dire à un chrétien qui se trouve sur le point de célébrer la pâque et de prendre part au sacrement de Jésus-Christ ■? Ecoutez -moi, hommes du siècle, et n'oubliez jamais cette instruction. Il faudrait lui dire à peu près, et avec la proportion qui doit être ici gardée , ce que l'ange dit à Marie : hleoque et quod nnscfiitr ex te sanctwn, vocabitur Filius Dei. Prenez garde, mon frère ; ce qui est caché sous les symboles de ce pain, c'est le Saint des saints et le Fils de Dieu, le même qui est ne d'une vierge, le môme dont l'ange fit à cette vierge un si magnifique éloge. Voilà celui que vous allez recevoir. Ainsi, rentrez en vous-même; et , vous mesurant sur l'exemple de Marie, puisque vous êtes destiné à porter dans votre sein le même Dieu, voyez si vous êtes dans les mêmes dispositions, voyez si vous avez reçu comme elle l'esprit divin, voyez si l'esprit corrompu du monde ne règne pas encore dans vous. Car il ne s'agit pas moins pour vous que d'être, aussi bien que Marie, le temple vivant où un Dieu fait chair doit et veut faire sa demeure : Verbwn caro fuclwn est, elhabilavit in nobis.

Ah ! chrétiens, quelle épreuve Marie ne fit-elle pas d'elle-même, avant que de consentir à ce que Tange lui proposait ! El quand elle apprit que l'heure était venue où le Verbe, avec toute la plénitude de sa divinité, devait s'incarner en elle, avec quelle foi et quelle humilité ue répondit-elle pas à l'hon-

i23D OHATEUnS SACRES. DOURDALOUrù i'iiJl

lUMir que Dieu lui f.us.iil, cl aux miséricor- rond , qui nous l'eia voir dans une vioif>i;

des dont il la coinblail! avi c quelle inirelé, une mère de IJieu : c'cbt le suiel de lasccond"

avec quelle obéissance, avec quelle eon- partie.

fiance, avec quel amour ne conçut-elle pas deuxième rAr.TiE.

ce Dieu- Homme dans son chaste sein? par II fallait, chrétiens, pour mettre au monce

combien île vertus liérouiues ne se mit-elle un Dieu-Homme et fait chair, qu'il y eût

pas en état de coopeier à cet incITable nijs- une créature prédestinée en qualité de mère

1ère'? Or, tel est, mes chers auditeurs, l'ex- de Dieu selon la chair : et voilà ce que j'ap-

cellent modèle sur quoi nous devons aujour- pelle la seconde alliance de la chair avec le

d'hui nous former. .Marie était sainte dès sa \'erbe dans la personne de Marie. Alliance

conception; depuis sa conception, croissant que l'hérésie n'a pas voulu reconnaître dans

en âge, elle avait toujours crû en sain- celte vier<;c, non plus que celle de la divi-

lelé. Avant que l'ange la saluât, elle était nilé et de l'humanité dans Jésus-Christ. Mais

déjà pleine de grâce : mais cela ne suffisait alliance que les vrais fidèles ont hautement

pas. Il fallut que le Saint-Esprit lui-même, et constamment soutenue. Appliquez-vous

selon l'expression de l'Evangile, survînt en d'abord, mes chers auditeurs, à en compren-

elle, et qu'il la sanctifiât tout de nouveau dre le dogme : nous verrons ensuite la gloire

l)nr des grâces plus abondantes. Encore, ([ui en revient à Marie, et le fruit que nous

après cette nouvelle sanctification, saint Am- en pouvons retirer.

broise ne croit point ofl'enscr Marie, quand Une vierge mère de Dieu, et mère de Dieu il dit au Sauveur du monde : Ta ad liberan- selon la chair, c'est ce i]ui choqua autrefois ditm susccplurus liomincm, non horruisli vir- la fausse piété des hérétiques, sui tout de ce rjinis uteram [Ainkv.) : Ah! Seigneur, pour fameux Ne^torius, patriarche de Constanlisauver l'homme, vous qui êtes la sainteté nople. Cet homme, emporté par l'esprit d'ormême, n'avez point eu horreur de vous rcn- gueil, et abusant du iiou\oirquc lui donfermer dans le sein d'une vierge! Appro- nait son caractère, osa (iis|iuter à ftlarie s.i chons, chrétiens, de la communion, préve- qualité de mère de Dieu ; et, dans cette vue, nus de ce sentiment, e! nous n'en approche- y eut-il artifice qu'il n'employât, et déguiserons !]ilus av( c tant de lâcheté et tant de né- ment dont il n'usât, pour couvrir ou pour gligence; nous ne nous y présenterons plus adoucir la malignité de son erreur '? Car, suiavec une indévotion et une tiédeur dont nous vaut le rappoi t des Pères, tout ce qu'on peut ne pouvons trop gémir; nous n'en sortirons d'ailleurs imaginer de titres spécieux et hoplus aussi froids, aussi indifl'érents, et, ce tiorables, il b s accorda à Marie, hors celui «jui est encore plus déplorable, aussi impar- dont il était uni(iucment question. 11 confeslaits que si nous n'y étions jamais venus, sa qu'elle était la mère du Saint des saints. Nous préparer à ce sacrement, ce sera la qu'elle était la mère du llédcnipleur des homplus grande et la plus sérieuse occupation mes; il convint qu'elle avait reçu et porté le de notre vie : en profiter, ce sera le plus ar- ^'erbe de Dieu dans ses chastes entrailles ; il «lent de nos désirs : en abuser, ce sera la plus se relâcha même jusqu'à dire qu'elle était la mortelle de nos craintes. Nous irons à la mère d'un hotnme, qui, dans un sens, avait sainte table avec des cœurs embrasés d'à- été Dieu, parce ([u'il avait été si)é(ialement inour : conmie des lions, dit saint Chrysos- uni à Dieu. .Mais qu'elle fût absolument et tome, rcsjjirant le feu de la charité ; comme sans restrii tion mère de Diej, c'est sur (|uoi des aigles, ajoute saint Augustin, élevés au- l'on ne put lléehir cet cs()rit incrédule et <iessus de la terre par des pensées toutes opiniâtre. Oue fit l'Eglise"? elle rejeta toutes célestes : nous y recevrons ce Dieu de gloire, ses subtilités ; et, plus Nestoijus s'obstinait dans le même es[irit que Marie le coiunil, et à combattre ce titre de mère .le Dieu, plus son exemple nous servira de règle. Du resli', elle s'intéressa à le maintenir. 11 ne s'agistirer de là des conséquences spécieuses, sait en apparence (;ue d'un seul nuit, et ce mais qui, sous une fausse apparence de res- seul mot grec, diOTo/o,-, (|ui signifie mère de pect, nous éloigneraient pour jamais du Dieu, était le sujet de toutes les contestacorps de Jésust^luist ; faire consister les lioiis, Mais, parce (ju'il est vrai, coiiinie l'a dispositions nécessaires dans des degrés de, sagement remarque saint Léon, pai^e, que sainteté où p'ersonne ne peut atteindre, de- lechemin (jui conduit à la vie est un chemin mander pour ce sacrement un état aussi par- étroit, non seulement pour l'observation des fait qu(^ celui de .Marii' ; en un mol, de lo- [iréceptes, mais encore plus i)our la souniisbligalion d'imiter Marie, se faire, contre sion aux vérités orthodoxes: Non in sola rinlention de Jésus-Christ même, un obsia- maïuhiturain obscrtdHlia, scd in rcclo trnmile cle insurmontable à la communion, c'est à fidei, arc.td via est </iiœ ducil ad vilain ( Lro), (luoi porte le raffinement dulibertinage, mais l'Eglise prit la défense de ce seul mot avec c'est le piège grossier dont votre |)iélé, aussi toute la force et toute l'ardeur de .'■on zèle, prudente qu'éclairée, saura bien se garan- Elle assembla des conciles, elle fulmina des lir. Au contraire, d(! la nécessité de coni- anathèmes, elle censura des évéques, elle munier, conclure celle de se sanctifier; y n'épargna pas ceux (jui tenaient les premiers tiavailler en eiTel, et y donner tous ses soins, langs, elle les excommunia, elle les dégrac'est par là que nous honorons le mystère ila : |>our(iuoi? [)arce que dans ce seul titre 'ie Dieu incarné. Alliance de notre chair avec de mère de Dieu était renfermé tout le mysle Verbe, premier miracle (|ue nous avons tère de l'incarnation du \'erbe. Car c'est vu dans uu liommc Dieu, l'assans au se i our cela qu'un se (it comu'.e un capital, c!

I2il MYSTÈRLS. SERMON XV. SUR L'ANNONCIATION. 4242

un point csscMilit'l (le ruligion, de croire iiue v.iiil Dieu, d'avoir été singulii^ronicnt ô!ae

Marie él;iil, dans le sens le plus naturel, de Dieu.

mère do Dieu. Non pas que celle créance fût Cependant , sans élever Marie jus(iu'à nouvelle, puisque, selon saint Cyrille, toute Dieu, est-il, du reste, une graniloiir coinpala tradition l'autorisait, et que déjà depuis rable à celle de cette Mère de Dieu? Tâchons, longtemps Julien l'apostat l'avait reprochée mes cliers auditeurs, à nous en former (luelauK chr(;l\cns : Vos, christiani. Mai iam nnin- que idée; mais souvenons-nous d'abord de <iuam ccssaslis rocare Dei y cnilriccm; mais oi\ ce qu'a dit saint Bernard, que Marie ellevoulut que celle créance , aussi ancienne même n'eût pu la comprendre dans toute <(ue l'Eglise, fût désormais comme un sjiu- son étendue, ni l'expliquer : Audnctcr dico, bnle de foi; et l'on arrêta, dans le concile quod ncc ipsa plane Maria jiotitit explid'Ephèse, que le titre de mère de Dieu serait carc {Bcrn.). Après cela, vous ne serez pas un terme consacré contre l'iiérésie neslo- surpris si ce que j'ai à vous dire se trouve rienne, comme celui du consubstanliel l'avait encore inniiiment au-dessous démon sujet. o!é dans le concile de Nicée contre l'hérésie Je considère Marie sous deux rapports • arienne. l'un à Dieu, et l'autre aux hommes. Marie \'oilà, mes frères, ce que nous croyons : devient mère de Dieu : c'est le premier rapot c'est sur ce dogme ainsi établi que sont port; et Marie, mère de Dieu, devient par fonilés tous les honneurs que nous rendons là même la niédialrice cl coimne la mère à Marie ; c'est, dis-jc, sur sa maternité di- des honmies : c'est le second- Or, voyons, vine, qui, dans l'ordre des secrets di; Dieu, autant (juil nous est possible, quelle gloire l'-t élevée au-dessus de tout ce qui n'est pas doit revenir à celle vierge, de l'un et de l'au- Dieu. Nous n'en faisons pas pour cela une ire, et ((uelles grandeurs y sont renfeimées. divinité. Ecoulez ceci, vous qui, réunis à Marie, mère de Dieu. Ecoute, () homme I l'Eglise, avez besoin d'être instruits à l'on I s'écrie la-dessus saint Anselme, contemple de sa doctrine, et achevez de vous délrom- et admire : Inlendat mens ltiimni}<i, conlempcr des fausses idées que vous aviez conçurs pleher et slitpeul (AnseL). Le l'ère céleste du culte de la .Mère de Dieu. Nous n'en l'ai- avait un Fils unique et consubstanliel : mais sons pas une divinité; et je pourrais appli- il n'a pas voulu que ce Fils n'appartînt qu'à quer ici ce que le grand saini Augustin, dans lui seul; il en a fait part à Marie, et elle est un semblable sujet, répondait aux mani- véritablement sa mère sur la terre, comme chéens, qui. malicieusement et injustemenl, il est son Père dans le ci<l -.Non est passas accusaient les callioli(iues de rendre aux manere suiuii, sri( eum ipsum volait esse Maniarlyrs un culte superstitieux et idolâtre. ?iœ unieam {Idem), l'enséc sublime, mais Voici ce qu'il leur disait en s'adressant à (jui, dans sa sublimité, n'exprime rien dont Fauste : Il est vrai que nous nous assem- notre mystère ne nous fasse \oir l'enlier acblons pour célébrer les fêles d( s martyrs: couiplissemenl. Ah! mes lièies, disait saint mais nous n'avons jamais eu la jiensée d'ol- Paul, je fiéchis le genou devant le Père de frir, par exemple, le sacrifice à aucun des Jésus-Christ, mon maître, pai ce que c'est du martyrs. Nous savons (juc tel honneur n'est lui que proiède loulc paternité, soit dans le dû qu'à Dieu seul, et c'est aussi à Dieu seul ciel, soit sur la terre. Ainsi parlait le grani que nous le rendons. Car où est l'évêque, où apôtre ; et ne puis-je pas ajouter que je me est le prêtre qui ait jamais dit étant à l'au- prosterne en la iiresence de ce Père tout- Ici : C'est à vous, Pierre, c'est à vous, Paul, puissant, pour le reconnaître, non plus seuc'est à vous, Cyprien, que nous offrons et lemcnt comme auteur de toute paternité, qu.' nous immolons l'Agneau sans tache "? mais comme principe de celle maternité di- Nous l'immolons à Dieu, qui a couronné les vine ([ue j'honore dans .^larie! Car quel promartyrs; et nous ne loffrons, en mémoire dige, chrétiensl et (juel aulre que Dieu des martyrs, que pour participer à leurs me- même a pu opérer ce miracle'? la virginité rites, et pour obtenir le secours de leur in- et la fécondité jointes ensemble : une vierge lerccssion. Ainsi parlait saint Augustin, et qui conçoit dans le temps le mênie Fils (jue je dis le même de Marie. Nous célébrons Dieu, avant tous les siècles, a produit dans avec solennité le j(jur bienheureux où l'ange rélernilé; une mère, dit saint Augustin, delui annonça le choix (]ue Dieu faisait d'elle: venue mère par la seule obéissance de sou mais à Dieu ne plaise iiu'en lui rendant nos esprit, de mémo que le Père, dans l'adorable hommages, parce qu'elle a conçu le ^'crbe Trinité, est l'ère par la seule connaissance de Dieu, nous la confondions avec Dieu ; c'est de ses infinies perfections. Qui jamais, avant d'e quoi nous ne craignons pas qu'on puisse ]\larie, entendit rien de pareil, et si la foi soupçonner notre foi. Car, pour me ser- ne nous l'apprenait pas , qui jamais l'eût vir du même raisonnement, où est le pré- cru (lu'une créature dût un jour donner eu Ire qui dans les saints mystères ail jamais (juclque manière l'éti e à son Créateur , < l dit : C'est à vous, Marie, que nous sacrifions'? que le Créateur |)ût de\enir en quel- Nous sacrifions à celui qui a prédestiné Ma- que sorte l'ouvrage et la production de .^a rie, qui a sanctifié !\Iarie, qui a glorifié .Ma- créature? Qui l'eût cru, que Marie dût rie : mais (|uoiqu'elle soit incontestablement donner à un Dieu ce qu'il n'avait pas auraèro de Dieu, nous ne la regardons et paravanl, et qu'un Dieu en dût recevoir nous ne l'honorons que comme une pure une vie toute nouvelle! Qui l'eût cru, ((uo créature dont tout le bonheur est d'avoir le Verbe, par qui tout a clé fait, dût cire été fidèle à Dieu, d'avoir été huaible do- formé lui uicuie pur une vierge, cl qu«

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ORATEURS SACRES. DOURDALOUE.

p.'ir lâ Crilc vierge s'acquillàt, pour ainsi dire, envers lui, du bienfait de la création? Pcrmeltcz-moi, chrétiens, d'user de toutes ces expressions. Les l'ères avant moi s'en sont servis, et ce serait une délicatesse mal entendue d'avoir peine à parler conunc eux, et d'omeltre ces magnifiques éloges que la piété leur inspirait, et que la même piété nous doit rendre vénérables.

Ce qui me paraît plus surprenant, reprend l'archevêque de Ravenne, c'est que le Verbe divin, qui, dans le ciel, ne dépend point du l'ère dont il est produit, ait voulu dépendre sur la terre de la mère en qui il s'est incarné : Que dis-je, mes chers auditeurs? le Verbe dépendant, cela peut-il s'accorder avec la majesté de Dieu? Il faut bien le dire, puisque c'est une suite de la maternité de fllarie. Dès là que je la reconnais pour mère de Dieu, non-seulement je puis, mais je dois reconnaître que ce Dicu-Hoinine a voulu dépendre d'elle ; qu'il lui a rendu des honneurs et une obéissance légitime; qu'il s'est soumis à son pouvoir; et c'est aussi ce que riivangilenous a expressément marqué dans ces courtes paroles : El erat subdilits illis { Luc, H ). Paroles à quoi se réduit presque tout ce que nous savons de la vie mortelle du Sauveur jusqu'au temps de sa prédication. M.iis encore, demande saint Bernard , de qui parlait l'Evangéliste ? est-ce Dieu, t'St-cu l'homme qui obéissait à Marie? Dieu et l'homme tout ensemble, répond ce Père. Or, voyez, poursuit-il, lequel des deux est plus digne de votre admiration, ou la soumission du fils, ou l'emiiire delà mère? JF/ir/e ntnim mireris, nul filii bineficenlissimam di- (jnalionem, ont matris exceltenlissimnm diijnituiein {Bi'rn.). Car voici tout à la fois deux grands prodiges : prodige d'huniililé, que Dieu soit dépendant d'une femme; et prodige de grandeur, qu'une femme commande à Dieu : (JlrunKjuc miraciiluin, et quod Deus fcminœ obtempère!, humiUtas sine exemplo, et quod Deo femina prœcipiat, sublimitas sitte sovio ( Idem ).

De là, ne nous étonnons plus qu'un ange descende aujourd'hui du ciel poursalucrMarie, qu'il s'Iiumilie en sa présence, qu'il l'appelle pleine de grâce, qu'il l'élève au-dessus de tiiutes les femmes. Ne nous étonnons plus d'entendre dire à saint Augustin, que rien après Dieu, et parmi tous les cires créés, n'est égal à Marie, et n'est même comparable à Marie. Mais surtout ne doutons plus du pouvoir de Marie, ni de sa tendre affeetion pour nous; et, sans considérer davantage Sun auguste maternité par rapporta Dieu, regardons-la maintenant par rapport .Tux hommes, et tâchons d'en tirer tous les av.inlages qu'elle nous promet.

Car, je dis que Marie, devenue mère de Dieu, devient, par là même, la mèredesliommes,la protecirice des hommes, la coopéra triée du salutdeshommes : et «ne mère, unepruietlrice, une coopérai rue MU te-puissan le pou ries hommes. Prenez garde, s'il vous plaît. Mère des lioiijiues, puisque tous les honunes sont, non- Éculcaicnt les frères, lu^is les mcuibres de

ce Dieu-Homme qu'elle porte dans son seiii. Protectrice des hommes, puisque c'est c'\ faveur des hommes qu'elle est cbeisic , cl, qu'en ce sens, elle doit aux hommes son élévation. Coopératrice du salut des hommes, puisqu'elle sert à former le Sauveur qui vient racheter les hommes, et qu'elle donne le sang qui doit être le prix de cette rédemption et de ce salut. Mais j'ajoute , mère toutepuissante, protecirice toute-puissante, coopératrice toute-puissante : pourquoi? parce qu'en qualité de mère de Dieu, elle a singulièrement trouvé grâce auprès de Dieu.

C'est donc aujourd'hui que Marie nous tend les bras, pour nous admeUre au nombre de ses enfants; et c'est dans cette pensée que nous devons imiter le zèle et la piété que témoignèrent les chrétiens d'Ephèse, lorsqu'ils reçurent le jugement de l'Eglise universelle, à la gloire de celte vierge en qui ils avaient mis leur confiance. Le fait est remarquable, et je voudrais que les hérétiques de notre siècle y fissent toute l'attention nécessaire, et qu'ils apprissent quels étaient, il y a plus de douze cents ans, les sentiments des fidèles à l'égard de Marie, et quels doivent être encore les nôtres. L'histoire nous apprend que le jour où l'on devait conclure sur la divine maternité de Marie, tout le peuple parut dans les rues, remplit les places publiques, se tint autour de ce fameux temple dédié au culte de la Vierge, el où les Pères du concile étaient assemblés ; qu'au moment que la décision fut publiée, et qu'on entendit que Marie était maintenue dans la juste possession du titre de mère de Dieu, toute la ville retentit il'acclaniations et de cris de joie; que les Pères, sortant pour se séparer, furent comblés de bénédictions, et conduits en triomphe; que l'air fut éclairé de Icux, enfin, que rien ne manqua à la pompe de cette réjouissance commune, ni àl'éclatdela glorieusevietoire queMarie avait remportée. Ah ! chrétiens, il est vrai, ce peui>le fidèle était sensibleaux intérêtsde Marie, etagissait en cela parun esprit de religion ;mais, en s'inléressant pour Marie , il s'intéressait pour lui-même; car il comptait sur le secours de cette mère de Dieu, et il savait ce qu'il en devait attendre. Prenons les mêmes sentiments, et tenons la même conduite. Dans ce grand jour où Marie esl déclarée mère de Dieu, rendons-lui les lionuiiages qu'elle mérite, et allons aux pieds des autels lui jurer une fidélité inviolaljle, et lui renouveler les saintes protestations du plus re~peclueus et du plus parfait dévouement. Mais ne nous oublions pas nous-mêmes ; et , pour l'engager à nous faire sentir les effets de sa médialion , représentons -lui l'élroite alliance qui l'unit à nous, et qui nous unit à elle. Disons-lui, d'une part, comme les habitants de Béthulie disaient à Judith : Tu gluria Jérusalem, lu lœliliii Israël, tu honortpeentia pojnili nosiri [Judith., \V ) : Oui, Vierge sainte, vous êles l'ornement (le Jérusalem, le bonheur d'Israël, la gloire de notre [le^ple; c'est-à-dire l'ornement, la gloire, le bonheur de l'F.g'ise. Quia cvnfoi lalum at car

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