‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 115 sur 132 · M\STEI\ES. SERMON XVI. SUR LA PURIFICATION · texte numérisé non relu

M\STEI\ES. SERMON XVI. SUR LA PURIFICATION

l'importante nialii^ro que me fournit la solennité tte (•<> jour. Divin Esprit, vous qui sanctiliàtes Marie par la pratique et l'obsc rvation île la loi, el qui la condiiisilcs dans le tein|ile pour y oflrir son sacrifice, coninie il étoit ordonné dans la loi, remplissez-nous (les mêmes sentiments dont son âme bienheureuse fut alors péncirée ; donnez-nous comme à elle une haute idée de cette sainte et adorable loi du Seigneur ; faites-nous bien comprendre que, sans cette loi, il n'y a dans nous que coiruption et que désordre ; en sorte que, du moment que nous sortons hors des bornes de cette loi, nous devenons incapables de tout bien, et déterminés à tout mal. Tant de crimes qui se conuneltent tous les jours, et que je puis appeler les abominations et les horreurs de notre siècle , en sont une preuve visible; mais peut-être l'endurcissement de nos cœurs ferait-il perdre à cette preuve toute sa force, si les lumières de votre grâce ne venaient au secours de nos réflexions. Je parle devant le [jlus grand roi du monde ; el, sûr que je suis de sa religion, je ne crains point de parler avec trop de liberté, tandis que je parle pour les intérêts de la loi de Dieu. Je ne vous demande pas même, ô mon Dieu 1 comme la vertueuse Estlier, que mes paroles lui plaisent ; parce que je me promets de sa piété, qu'en lui parlant de l'excellence et de la prééminence de votre loi, non-seulement je lui plairai, mais je le persuaderai et le toucherai. J'ai besoin néanmoins. Seigneur, de votre -ecours ; et , pour l'obtenir, je m'adresse à Marie, en lui disant : Ave, Maria.

C'est le propre de l'esprit de l'homme, de n'avoir rien d'uniforme dans ses sentiments, d'être souvent contraire à lui-même , el d(; donner, selon les situations diverses où il se trouve, dans des extrémités tout opposées. Cela se vérifie en mille sujets , mais particulièrement en celui que j'ai entrepris de traiter, qui est l'obéissance et la soumission due à la loi de Dieu. Car je découvre deux principes différenis , qui forment dans l'homme une double opposiiion à celte obéissance : tellemcnl que nous pouvons dire aussi bien que l'Apôtre : Je sens dans moimême une loi secrète qui répugne à la loi de mon Dieu, et qui me captive sous la loi du péché. Ces deux principes , suivant la belle réflexion de saint Ambroise, sont l'orgueil de l'homme et sa lâcheté: l'orgueil de l'homme , qui lui fait oublier ce qu'il doit à Dieu , et sa lâcheté, qui l'empêche de voir ce qu'il peut et de quoi il est capable avec le secours de Dieu; l'orgueil de l'homme, qui le rend insolent et libertin, et sa lâcheté, qui le rend faible et pusillanime; l'orgueil de l'homme , qui , à l'égard de Dieu même , lui inspire de la hauteur, et sa lâcheté , qui, à l'égard de ses devoirs , le jette dans l'abattement: l'un et l'autre , pour lui faire violer cette souveraine et divine loi que Dieu lui a imposée, mais dont la servitude, (luoiquc aimable , du moment qu'il se pervertit , commenro à lui déplaire et à lui devenir odieuse, ©r, je veux, chrétiens, combattre

aujourd'hui ces deux désordres, et parce (jue l'accomplissement de la loi consiste à éviter également ces deux extrémités danger(>iises , soit en se soumettant avec hu:nilité à ce ((ue la loi commande, soit en s'efforçant avec courage de surmonter ce qu'il y a dans la loi de dillkile , mon dessein est de graver bien avant dans vos esprits el ilans vos cœurs ces deux obligations , cl de vous mettre pour cela devant les yeux l'obéissance que pratique aujourd'hui Marie : car, sans sortir de mon mjslère , vous verrez, dans la personne de celte vierge clTranl son Fils en sacrifice , le modèle d'une obéissance solidement humble et d'une obéissance courageuse et héroïijue ; d'une obéissance solidement humble , qui confond noire oigueil , cl d'une obéissance héroïque, qui condamne notre lâcheté. Prenez garde : >larie, dans la cérémonie de ce jour, accomplit la loi du Seigneur; et celte loi, comme l'Evangile nous le fait assez entendre, est infiniment rigoureuse pour elle. En ce qu'elle obéit à la loi , je trouve la confusion de noire orgueil : et ce sera la première partie ; en ce qu'elle surmonte toutes les diincuKés de la loi , je trouve la condamnation de notre lâcheté : ce sera la seconde partie : deux points ((ue j'ai à développer, et qui vont faire le partage de ce discours et le sujet do votre attention.

PnEMiÈRE PARTIE.

Nous nous élevons au-dessus de la loi de Dieu; el cela , chrétiens, nous arrive en deux manières : l'une, que j'appelle révolte de cœur, lorsque, sans nous expliquer aulrement que par nos œuvres, nous disons inlérieuremcnl comme l'ange rebelle : Non scrviam {Jrrein. II) : Il m'en coûterait trop pour vivre dans celle servitude : que Dieu ordonne loulcequ'il lui plaira, je ne me soumellrai point à sa loi ; l'autre , que je considère comme la plus pernicieuse erreur de noire esprit , lors(iue , nous trompani nousmêmes, nous cherchons des prétextes, et nous nous formons des consciences pour nous dispenser des obligations de la loi. Or , le mystère que nous célébrons confond hautement ces deux entreprises de noire orgueil ; et c'est , comme vous l'allez voir, ce qui paraît d'abord dans la présentation de Jésus-Christ et dans la purification de Marie.

Quoique nés dépendants et sujets de Dieu, nous avons , mes frères , un penchant à nous révolter contre la loi de Dieu , qui nous domine ; voilà l'origine de toute la corruption de l'homme. Prenant l'homme en particulier, et selon la dilTérence des conditions qui partagent le monde, voilà le péché capital des grands du siècle, qui, de leur élat, se font un principe d'indépendance, comme si la loi de Dieu n'était pas faite pour eux ; comme si Dieu, en la portant , avait dû les excepter; comme s'il n'était pas au contraire de l'empire de Dieu qu'il y eût pour eux un législateur et une loi ; afin, disait le prophète royal ,. de leur apprendre qu'ils sont hommes : Cinslilue Icgislatorem super cos , ul sciant quonium homines sunl

I2r,5 Or.ATKURS SACUES. BOrnOAI.OUE i2S€

IPs. IX). Donnons à celle morale toute son verrez la maxime ronlrairc soiiilcmenl étsetciidue. Voilà , dis je , en céiiéial , le péché blic, et, pour peu que vous vous appli(|uiez ries impies et dès libertins, "qui. jusque dans à considérer le mystère de ce jour, vous l'obscurité des plus médiocres fortunes, ont conclurez que lej lois divines vous regarsouvenl, à lézard de Dieu, des cœurs aussi dent encore j lus parliculiùremcnt que le indociles que'' ceus qui tiennent dans le reste des hommes, quoiqu'elles soient pour monde les premiers ranjîs ; la licence et l'im- tous sans exception. Àous me deman— iiiélc faisant dans les uns ce que l'abus de dez sur quoi est fondée celte conséquence : la "randeur et de l'élévation fait dans les au- sur trois raisons que vous devez méditer (res. Mais Marie obéissant à la loi de Moïse, tous les jours de votre vie. Première raison, et se purifiant dans le lemple , confond bien c'est que, plus vous avez dans le monde , ou là-dessus, malgré nous, notre conduite, de naissance ou de pouvoir, plus vous èli s Car enfin, elle était reine, elle était mère capables de rendre à Dieu l'hommage qui de Dieu ; elle était , comme mère de Dieu, lui est dû en qualité de souverain législateur; en possession d'une autorité légitime sur comme il est vrai de dire que Jésus-Ciirist, l'auteur même de la loi , et par conséquent en se réduisant sous la loi, a eu seuM'avanellc avait tous les titres d'indépendance que lage d'honorer la souveraineté de Dieu aupeut avoir au-dessous de Dieu une pure tant qu'elle mérite de l'èlre. Motif admirable créature. Il est vrai : mais c'est justement pour vous engager, tout élevés et tout puispour cela que Dieu veut qu'elle s'assujettisse sauts que vous êtes, à une obéissance à la loi ; afin de détruire par son exemple exacte. Dieu trouve en vous, quand vous acl'indépendance criminelle que nous affec- complisscz sa loi , une gloire particulière ; tons , et de condamner notre libertinage par et il ne tient qu'à vous de la lui procurer , une preuve convaincante et sans réplique, cette gloire, qui plus que loulc autre conlri- Car si , dans l'ordre de la rédemption, dont bue à sanctifier son nom, et don I par là même le secret adorable se développe aujourd'hui il est jaloux. Secomle raison, c'est que Di u à nos yeux , une mère de Dieu , toute mère ne vous a distingués dans le monile que pour de Dieu qu'elle est, n'est pas exempte d'obéir: le glorifier de la sorte : car ne croyez pas , de quel froni pouvons-nous soutenir devant chrétiens, qu'il y ait des hommes . ou revê- Dieu l'injustice et la témérité de nos déso- tus d'honneurs, ou pourvus de biens, pour béissances '? Marie fait quelque chose encore être plus en droit que les antns de faire de plus : et quoi '? non-seulement elle se sou- leurs volontés, et de vivre selon leurs luis, met à la loi , mais elle y snumcl son fils , ce Cela ne peut être, et Dieu, dont la toute-puisfils qui , plus grand , plus libre, plus absolu sancc est inséparable de sa sagisse et de s.i qu'elle, cl néannioiiis voulant bien cire sou- sainteté, n'a pu, linns l'inégaliié des condiniis par elle , fournit encore à Dieu contre lions humaines , se proposer une telle fin; nous une raison mille fois plus touchante les rois mêmes, qui , selon l'expression du pour réprouver et pour confondre cel esprit Saint-Esprit, son! comme les divinités de la d'orgueil qui nous rend prévaricateurs. C'est- terre, ne régnent que pour servirleSei- .i-dire : Marie soumet à la loi la grandeur ç^neur : Et rrgcs iit scrrùint Domino [Ps. Cl^. même , à la loi la puissance même , à la loi Voilà l'ordre de la Providence et même de l'indépendance et la souvcra'iieté même. Car la création, selon lequel ce qui approche le voilà le double miracle que le ciel nous dé- plus de Dieu n'est défini que par une serv icouvrc dans cette fête , une reine sujette et tude plus immédiate et une plus grande déassujeltissant un Dieu; un Dieu obéissant et pend ince de Dieu. Et pourquoi cet ordre ne présenté par une mère obéissante : pour- subsisterait-il p;is , puisque Jésus-Christ , quoi? Ah! mes cliers auditeurs, comprenez- qui est leehefdes prédestinés, n'a éléprédesle bien. Vous qui tenez dans le monde les tiné lui-même que pour y être soumis '? En liremiers rangs, et vous ijui vous trouvez quoi consiste tuul le myslère de son humaréduits aux derniers ; vous que vos condi- nité '? Saint Paul nous l'enseigne en deux lions distinguent, cl vous qu'elles ne dis- mots, dont nous voyons aujouro'hui l'aclinguenl pas; grands et pelils , riches et pau- complissement : Misil Dcns Filiiiin sunm vrcs , car je suis redevable à idus. écoulez- farlum ex mulicre, faclum sub lcfjc(Galiil.l\). moi : c'est ici que l'intelligence d'une des Un Dieu formé dune femme pour être assuplus imporlanles vérités vous est donnée , et jetli à la loi. A'oilà l'idée que nous en donne c'est |)ar la comparaison même de vos étals PApôlre ; voilà pounjuoi ce Fils de Dieu a que je vais vous la rendre sensible. été envoyé : hors de là ce A'erbe divin ne se Pourquoi un Homme-Dieu sujet à la loi ? serait jamais fait chair, et sans cela, il n'y pour vous faire entendre, grands du monde, aurait point eu de Dieu-Homnie. Sorez-vous l'obligation spéciale où vous êtes de vivre donc surpris, ou divez-vous l'être , quand dans un parlait assujctlissenient aux lois de j'ajoute que sans cela il n'y aurait dans le Dieu. \'ous ne l'avez peut-être jamais bien monde ni (lualilé. ni dignité, ni rang, niforconçue, et, par un renversement de raison tune, mais que Dieu vous aurait laissésdans et de religion , vous vous llaltez que la ri- le néant; et que, s'il vous en a tirés, c'est gucur dis lo's divines n'est pas pour vous afin que sa loi eût en vous des observateurs comme pour le resie des hommes : mais dé- fidèles et de zélés défenseurs. Je dis plus , et troiniiez-vous aujourd'hui de cette fausse c'est la Iroisième et dernière raison : Dieu , préventiou , el pour cela entrez en esprit en vous plaçant au-dessus du commun des dans le lemple de Jérusalcui : car vous y hommes , a prétendu vous proposer au

MYSTKRES. SKRMON XVI. SiiU !.\ riHaKICATlON.

uionile cominp h' moilMo do. la saiiile tlépcii- (taiico qiio j<' viiiis proche ; île ino ne que .'6stis-Chrisl l'I Mario n'ont paru tiaiis le leriiplc du Seigneur (]ue pour èlre rcxemple d une inviolable fidélilé et d'iino paifaile soumission à sa loi. C'est-à-dire , selon saint Grégoire, pape, que Dieu prétend que les petits apprennent des (grands à lui obéir, et (fioles grands se considèrent sur ce point comme la règle à quoi les petits ne manquent jamais de se conlDruuT.

Ceci niedonne lieu de parler mainlenaut à vous, mes frères, à vous dont le salut lu;' doit être d'autant |ilus cher cl les âmes phis précieuses, qu'avant moins de paît at:\ avantages du siècle, \()us pailiciiiez moins à SCS désordres et à sa corruption; à vous (]ue Dieu a fait uaîlic dans des conditions plus obscures, et dont il semble que la destinée, ou, pour mieux dire, la vocation se termine à dépendre et à obéir, l'ourciuoi une mère d(t Dieu, cl, par son minislèrc, un llomjiic- Dieu soumis à lu loi? pour trois autres raisons qui vous regardent, et que je vous prie de n'oublier jamais, l'our vous consoler, pour vous instruire et pour vous confondre. l'our vous consoler de l'état oîi vous êtes, et qui vous réduit à n'avoir pour partage que l'obéissance : c'est l'élat que Jesus-Clirist a choisi, ayant mieux aimé prendre la forme de serviteur (|uo celle de m,iître, et se soumettre à la loi que de donner la loi; pour vous forlifier par celte pensée, que ceux qui sont plus éle\és que vous dans le monde, sont sujets comme vousà la loi do Dieu, seront jugés aussi bien (iue vous selon la loi de Dieu, n'éviteront pas plus que vous le tribunal où tout doit élre décidé par la loi de Dieu : voilà votre consolation. Pour vous instruire de la manière dont vous devez obéir, je veux dire aux hommes pour Dieu, et à Dieu dans les hommes ; en sorte que voire obéissance ne s'arrêle pas à l'homme, mais qu'elle s'élève à Dieu comme à sa fin et à son principal objet : SiciU Domino, et non liuminibus {Coloss. 1!I); que vous regardiez ces hommes de qui vous dépendez, comme les images de Dieu ; (jue vous respectiez leurs lois comme des écoulements de la loi de Dieu; que \ous receviez leurs commandements, comme des déclarations expresses de la volonté de Dieu: vous souvenant que, sans cela l'obéissance que vous leur rendez n'est <iu'une obéissance servile, qu'une obéissance païenne, qu'une obéissance réprouvée, dont Dieu ne vous tiendra jamais nul compte, et dont vous perdez tout le fruit, parce que vous ne la pratiquez pas selon ce divin exemplaire qui nous est aujourd'hui proposé dans la présentation d'un Dieu Sauveur, et dans la puriHeation d'une Mère vierge : voilà votre instruction. Maissurlout pourvous confondre de l'extrême et de l'injuste opposition que vous avez à dépendre de Dieu et à porterie joug de sa loi, lorstiue avec tant de docilité vous vous faites un mérite, du moins une [lolilique, de dépendre des hommes. Car, en vous comparant vous - mêmes avec vousméuics, voici, mes frères, le sUjCt di; rua dou- Orateirs sacrés. XIV.

ieiir, et ce qui me f.iil gémir, ^'ous n'osez désobéir aux honunes, el vous désobéissez à Dieu; vous êtes souples devant les hommes, et orgueilleux devant Dieu ; les lois des hommes vous contiennent dans le devoir, et vous violez impunément celles deDicu. Saint Paul disait aux Ephésiens : Obedile domitih caniaUbus sicul Cliris(o {Eplws. VI) : Obéissez à vos maîtres selon la chair, avec crainte el avec respect, comme à Dieu même: mais, s'il m'élait permis de changer la proposition (le saint Paul, peu(-étre vous dirais-je volontiers : Obéissez à votre Dieu comme vous obéissez à vos maîtres selon la chair; et c'est là ce que j'appelle ^o;re confusion. Car. ([u'elle indignité, que je me Irouve obligé de souhaiter pour vous, (ju'au moins les choses ici fussent égales, et de me contenter que vous eussiez pour votre Dieu une obéissaïue aussi piompte, au>si humble, aussi (idèie que celle qu'exigent de vous les hommes , el que vous lear rendez si exactement 1

.!(; sais, mon (lier auditeur, que cet assujetlissemt nt aux lois de Dieu vous paraît gênant et humiliant; je sais que vous vous a\euglcz justiu'à croire qu'il répugne à celle liberté naturelle donlvous êtes jaloux, et que voui ne distinguez pas d'un amour déréglé de l'indépendance et d'un esprit de libertinage. Mais votre ignorance là-dessus vient encore de n'avoir pas bien pénétré le mystère de Jésus-Christ cl di; Marie obéissant à la loi du Seigneur. Car, si je vous disais que l'obéissance à celle sainte loi, bien loin d'humilier l'homme , fait sa véritable gloire ; que. plus ou csl sujet à celle loi, plus on est heureux, pins on est libre, plus ou est maître desoi-même; qu'en celaconsislela différiuici^ de celte loi et des lois humaines ; qu'au lieu qui! l'aiîranchissemenl des lois humaiiies passe pour un privilège, le grand privilège de la grâce, selon saint Augustin , est d'êlri; incapable de s'émanciper de celle loi; que David, tout roi qu'il était, instruit d'ua secret si important, envisageait comme uni; béatitude l'allachemenl à cette loi, faisait son occupation la plus ordinaire de méditer celle loi, ne trouvai! point de repos que dans l'observation de cille loi : Pax inulla dUigenlibas lc[)cmtuain{Ps.C\lU), ce sonliMilnul de vérités dont la raison el la foi vous feraient . malgré vous, convenir. Mais ne fais-jc pas, pour vous en convaincre quelque chose de plus, quand je vous propose le Saint des saints sanctifié p;!r l'obéissance qu'il rend a celte loi, ce premier-né de toutes les créatures qui s'assujettit à cette loi, ce Rédempteur par excelleuie, qui veut être lui-même racheté selon les termes de celle loi; quand je vous représente Marie avec loute sa grandeur el son auguste maternité, remplie d'une, sainte joie, parce qu'à l'exemple de son Fils elle se conforme à celle loi? n'est-ce pas , dis-je, ce qui doit l'.iire plus d'impression sur vos esprits el sur vos cœurs, que si ji! rapportais tous les raisonnements de la théologie?

Après cela, chrélietis, laissez-vous entoro [Quiirantc.)

♦iVJ OUATEUKS SACHES. IJUl RDALOUE. 1260

«Mliiire pu- les Tinsses ninximos <Iu sit^ilc , <^lt>s, vous avez .ibandonné I.i loi ilc \olro pI iiiplto/ !<■ lionluMir (le In vie il lus mu'iii.il- Dk'ii, ol c'est ce qui vous .'i perdus. M.iis hcivuse possession de ne dépemlie d'.iu- p niant .'lujourd'hui à des grands du monde, rnnr loi, dans une licence criminelle de tout je leur fais un reproche encore plus terrible; entreprendre au préjudice de la loi , dans un je leur dis , avec le prophète Malachie : Vos oubli de vos dr\oirs qui aille, ou à méeoii- niitcm scandalisaslis plarimos in le(/e {Ma' naître voire Dieu, ou à vous le figurer comme hir. 11) : Non-seulement vous avez abandoiino un Dieu fauteur de vos désordres. A le nié- la loi de voire Dieu; mais vous la lailes conn.iilre en disant avec limiiie Pharaon : abandonner à je ne sais combien d antres (Jais est Duininiis , nt audiain vncem cjus «jiie vous scandalisez , et qui ne sont pas à {Kxod. V) ? Kl qui est-il ce Dieu dont 1 épreuve de voire exemple. Mais celte penon me nicnace sans ce^se, et dont ou ni'op- sée m'emporterait trop ioin: revenons à nopose la loi? <|ui esl-il peur m'obligcr à me tre sujet.

contraindre dans mes p.issions , dans mes Outre (|ue imus nous élevons au-dessus de ilé-irs, d.iiis mes desseins? A vous le Hgurer la loi de Dieu par um- révolte de cœur, nous comme un Dieu fauteur de vos desordres, en lombnns enc<jre d.ins ce désoriire par un disant avec l'insensé : S'il y a un Dieu, est-il a» euglenienl d'esprit; c'est-à-dire, que nous tel qu'on nous le dépeint? connaît-il loul(>s nous laissons préoccuper de certaines crl'hoses? y prend-il un si grand intérêt? s'of- reurs, que nous cberehons des excuses et )'ense-t-il si aisément? a-l-il une jn>.lice si des prétextrs pour nous décharger du farsévère? est-il si leriibledans ses vengeances? deau île la loi de Dieu ; que, raisonnant se- £t dixcrunt : Quomodo scit Deus , rt si est Ion noire sens, et nous faisant des principes .■çff/wO'a ù( /:'Jc/<o (/'i. LXXIl)? Car voila le ta notre gré, nous adoucissons la sévéri'é langage du pécheur ennemi de la loi , et c'est delà loi île Dieu ; que, pour parvenir à nos oiî conduit enfin l'esprit du monde. On n'en lins, nous interprétons comme il nous plaît vienl pis là d'abord; mais, par un progrès les obligations de la loi de Dieu; et que, séiiil'aillible de Ihibilude du |)éché , on s'ac- duils par les artifices de l'amour de iious- I oulume, sinon à parler, du moins à peuser mêmes dont nous sommes prévenus, nous et à vivie ain->i. A force de viob r la loi , la accommodons la loi de Dieu à nos intérêts, à crainte de Dieu s'affaiblit, le libertinage se nos vues, à nos inclinations et à nos paslorlific et prend le dessus. Après bien des sions , an lieu d'accommoder nos inlércis il péchés commis et bien des transgressions nos passions, nos inclinations cl nos vues à léilérées, on se trouve dans l'abominable li rigueur de la loi di' Dieu. Or, voici encore ftal de celui qui disait en insultant à Dieu : Marie et Je^iis-Christ même, qui, par la l'cicnvi , et qaid inihi triste accidil ( Lccles. sainteté de leur excMipIe, nous font évidem- \')?.l'ai péché, et que m'en esl-il arrivé de menl connaître le danger et le dérèglement mal? De là celte Iranquillilé que l'on con- d'une conduite si pernici.use ; comment serve même en jiéchant; de là celle liau- cela? en se soumettant l'un et l'autre à une li'ur et cette fierté avec laquelle on soutient loi dont ils étaient incontestablement excepte vice; de là cet endurcissement quij met le lés ; à une loi qui s'expliquait d'elle-même comble. On rejelle sans distinction toute loi en leur faveur, et qui, dans les termes où elle de Dieu qui est incommode : si l'on en res- était conçue, ne portait rien qui les oblipecle quelqu'une , ce n'est pas parce qu'elle geâl.

est la loi de Dieu, mais parce qu'elle est au- Non, mes frères, dit saint Aiiguîtiu, soit

lorisée des lois du monde, et que les lois du qu'on eût égard à l'cspril de la loi, soil

monde forcent à la gard'^r. Au commencement qu'on la prît à la lettre, ni Marie, ni le Sau-

on sauve les dehors : mais à la fin on lève le veur du monde ne pouvaient y êlre compris,

masque, ou ne se contraint plus en rien, on car il n'y avait rien à purifier dans Marie,

ne ménage plus rien; et Dieu veuille qu'on et le Sauveur des hommes était par lui-

ne fasse pas môme gloire de son impiété et même consacré à Dieu d'une manière plus

de ses excès 1 Voilà ce que les sainls et les excellente qu'il ne pouvait l'être par toutes

serviteurs de Dieu ont tant déploré, et ce les cérémonies du judaïsme, lis n'avaient

qu'ils déplorent tant tous les jours ; voilà ce donc l'un et l'autre qu'à user de leurs droits,

«(ui leura fait répandre tant de larmes : De- puisqu'ils étaient dispensés de la loi de

l'relio tenait me pru peccdtoriljits derelinquen- Moïse. Mais Dieu, ajoute saint Augustin,

//7>ii.< /(f/c/n /(/((//! (Ps.CW 1111: Je suis tombé, (lar une dis|iositiou merveilleuse de sa pro-

disait-ii le prophète royal , dans une espèce vidence , ne voulut pas que notre religion,

de défaillance, quand j'ai vu. Seigneur, dont Jésus et Marie jetaient alors, pour ainsi

jusqu'à quel point votre loi élait profanée ; dire, les premiers fondements, comniençât

quand j'ai vu les pécheurs de la terre la mé- par une dispense, quoique légitime; celle

jiriser avec insolence et bi rejeter. Voilà ce dispense, quelque autorisée qu'elle eût été,

qui obligeait les prophètes à paraître dans les aurait pu, par les fausses conséquences (|ue

cours des princes, pour opposer au torrent nous en aurions tirées, servira nos rclâclie-

de l'impiété le zèle de la loi qui les animait ; ments.el notre amour-propre n'eût pas man-

et me voici, chrétiens, chargé du même mi- (|ué de s'en prévaloir. Ainsi, pour nous ôler

nislère, et envoyé pour la même fin. Quand ce prétexte, le christianisme, qui devait être

je prêche ailleurs la parole de Diiu, il me l'idée Je la plus irrépréhensible sainlcté, a-

suflit de dire à ceux qui m'écoulenl, s'ils ne t-il commencé par une obéissance volon-

vivent pas en chrétiens: Infortunés que vous taire, par une obéiss :nce gratuite, (lar un"

noi

MYSIERFS. SEHMON \VI. SUR L.V PLRIFICATION.

obéissance qui anéantit toul co (|n'tint' v;iine sublililé pont nous suggérer contre les sainii-< lois que la religion nous impose; p.ir une oliéissaneo qui couilainne sans reser\e tant tic dispenses aliiisives que nous nous accorilons, tant de singularités odieuses que nous affectons, tant irexceptions ilu droit coninuin que nous couvrons du \oile d'une prétendue nécessité, tant de raisouiioinent-. frivoles et mal fondes, tant d'opinions h.irdies el trop largis, tant de jirobalnlilés cliinicriques, tant de délours el de ralfinenicnts où nous ailerons la pureté de la loi; en sorte que, liuil étroile qu'elle est, elle ne nous oblige plus qu'autant que nous le voulons, et de la manière que nous le voulons. Car, quelle vertu l'exemple de l'Homme-Dieu et do sa bienlieureuse Mère n'a-t-il pas pour nous dctromper de tout cela, et pour nous en découvrir l'illusion?

De là vient qu'en conséquence de ce mystère, notre divin Maître, instruisant ses disciples, leur dcclarait si souvent ce que son luimililé nous prêche aujourd'hui d'une voiv bien plus forte el plus intelligible : A'y/i veni solrerc leqcm, scd adimplere {Malth., V). Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi. ni pour l'enfreindre. Comme s'il eût craint, r<>niarque saint Chrysostome, que sa qualité de Messie el d'auteur de la nouvelle alliance ne leur donnât lieu de former celle pensée, qu'il savjiil ne leur pouvoir être que préjudiciable. Son veni soivere, scd adimplere : Non, je ne suis pas venu pour la destruction, mais pour l'accomplissemenl de la loi; parole divine, et qui doit pour jamais nous former la bouche. C'est pour cela môme que ce Sauveur adorable était si fidèle cl si attaché à toutes les observances de la loi écrite; qu'il se rendait si régulièrement à Jérusalem pour y célébrer la Pàque, et que, jusqu'à un seul point, il ne laissait rien passer des moindres devoirs sans y salisCiire : JoUi nnum aut unus apex non prœteribit a tcge, donec umnia fiant [Jbid.) Par où il prétendait combattre en nous celle disposition criminelle que nous avons à disputer avec Dieu, quand il s'agit de sa loi ; p.ir où il prétendait nous faire sentir l'injustice de notre procédé, lorsque nous ne rendons à la loi de Dieu qu'une obéissance forcée, qu'une obéissance intéressée, qu'une obéissance imparf.iile, et qui se réduit toute à cette règle; ysuis-je obligé dans la rigueur? est-ce un commandement absolu ? y va-t-il du salut éternel? règle trompeuse, el qui nous expose à une réprobation éternelle, puisqu'il est certain qu'entre l'obligation de la loi et le conseil, il n'y a souvent qu un pas à franchir, et que. nous conduisant de la sorte, nous marchons toujours sur le bord du précipice. Par où il prétendait nous confirmer d;ins celle importante maxime, que nous devons toujours prendre contre nous-mêmes le parti de la loi de Dieu; que, sur le sujet de la loi de Dieu, nous devons toujours craindre de nous tromper el de nous former de fausses consciences; que, pour décider en uiille occasions jusqu'où la loi de Dieu s'é-

tend, nous ne di-voiis point consulter les lois du monde; qu'en ce qui regarde la loi de Dieu, le seul nom de dispense nous doil faire trembler, et que nous devons nous en défen dre avec tout le zèle que peut inspirer uiu" ferme el solide religion. Car, voilà, chrétiens, les saintes leçons que nous font dans ce mystère la présentation d'un Dieu Fils de Dieu, et la purification de la Heine des vierges.

Je sais, encore une fois, que, si chacun de nous veut s'écouter, il n'y aura personnequi ne se croie fondé en raisons pour se dispenser des lois de Dieu les plus indispensables. I''t, pour en venir aux espèces parliculièrcs, je sais, par exemple, que la loi qui défend l'usurpation du bien d'aulrui, et qui en ordonne la restitution, se trouvera anéantie, si l'on vent consulter la politique, qui ne manquera jamais de décider en faveur de l'ambition et de la cupid.lé. Je sais que la loi qui défend de se venger n'aura plus de lieu, si l'on se met en possession de donner aux vengeances les plus déclarées le nom de justice, el si chacun, se faisant droit sur ses propres injures, s'opiniâtre à ne rien rabattre de la satisfaction qu'il se croit due. Je sais que la loi qui fait de l'occasion prochaine du péché recherchée ou entretenue, un péché déjà consommé, ne sera plus qu'un lantôme de loi. si chacun en veut être cru, ou sur ses prétendus engagements qu'il proteste ne pouvoir rompre, ou sur la confiance qu'il a dans ses forces et dans sa disposition présente. Je sais que cette loi de l'abstinence et du jeûne du carême que l'Eglise va bientôt publier, deviendra une loi chimérique si chacun, idolàlredesasanté, ne veut avoir égard qu'à sa délicatesse, ou, pour mieux dire, qu'à sa nndlesse. En un mot. je sais qu'en suivant l'esprit du monde, qui est un esprit de licence, nous secouerons le joug des plus rigoureuses obligations et de nos devoirs les plus essentiels. Mais où va une telle conduite, et qu'en pouvons-nous allcndre?

avons-nous aff.iire à un Dieu qui puisse êlre surpris , et à qui nous puissions imposer? lui quia fait la loi selon les vues de sa sagesse infinie, et qui ne nous a pas appelés à son conseil quand il a voulu l'établir, s'en rapporlera-t-il à nous ? en passera-l-il par nos avis ? s'entiendra-t-il à nosdécisions, quand il viendra pour nous juger? Si Jésus-Christ et Marie avaient raisonné comme nous, ce mystère de leur obéissance que je viens de vous représenter, el qui a tant contribué à notre salut, aurait-il eu son accomplissement ?

Ah 1 Seigneur, s'écriait le prophète royal, el c'est la conclusion que nims devons tirer avec lui, heureux ceuxqui, purs et innocents marchent avec humilité dans la voie de votre sainte loi 1 Beati immaeulati in via, qui ambulant in tege Dotnini {Ps. CX.): Heureux, ceux qui cherchent celte voie avec un cœur droit; et qui, l'ayant une fois trouvée, la suivent avec une invincible persévérance ! car vous l'avez ordonné, mon Dieu, et il était juste que vos lois fussent exacteiriciil

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OIUTI'.URS SACl'.tS. UOL'liliALOUE.

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pnnlécs, autrement elles ue seraient plus vos lois, et elles n'iiuraienl plus ce canatère (le souveraineté qui leuresl propre, s'il nous (■lait permis (rallcnliT sur elles, cl de les in- Icrprc'ler au ^'fé de nos passions. Voulezvous, chrétiens, un abrégé de tout ce que je viens de vous dii-e? le voici dans ces deux pa- Kiles (le saint Augustin, (jui exprinxnt ma iiensée bien plus noblement cl plus l'ortelaiiit ([ue moi : Marbun sttprn legcm fccerat (jraliii, sub Icf/c fecil kuinililds {Aiig.) : La î,'râce, dit ce saint docteur, avait élevé Marie au-dessus de la loi, et l'iiumililé l'a assujettie à la loi ; la grâce de son innocence et de sa nialernilé demandait qu'elle fût libre, et riiumilité desoncœurlui a fait préférerd'êlrc obéissante et dépendante. Au contraire, et la grâce et l'humilité nous inspirent également la soumission: pourquoi? parceque la grâce (jui est en nous n'est autre que la grâce de la péuilence, «t par conséquent de l'humililé même. .Mais notre orgueil s'oppose à l'une et à l'autre; et, tout sujets que nous sommes à la loi, je dis douiïlement sujets, cl comme hommes, et Ci>mme pérlieurs, ilnous ré\(dte c<mlre Dieu. De ce (juc Marie s'est soumise à la loi par une humble obéissance, c'est la confusion do notre orgueil ; et de ce (lu'elle a surmonté toutes Jes clilllcultés de la loi par une obéissance généreuse, c'est la condamnai ion de notre lâcheté, connue nous Talions voir dans la seconde partie.

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