‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 116 sur 132 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

C'est un [irincipe de foi, que la loi de Dieu (]ueU]ue parfaite qu'elle puisse être, nonseulement n'est point impossible, mais qu'elle n'est [las même lellemeul élevée au-dessus (le nous, que nous ayons droit de nous plaindre de sa dilficulté, et de nous en faire un prétexte pour justifier nos lâ( hetés et nos infidélités : Mandalum hoc, quod ego pnvcipio lihl lto(Uc,nnn supra Iccst, ncc procul ponituin, 'lire in cœlo filum ulpossisdiccre :QHisno.'^tnii)i ridct in vœlam iisccndcre ul dv ferai illud ad nos [Dent. XXX.)? Le commandement que je vous fais, disait Dieu aux Israélites, n'est, t'ii au-dessus de vos forces, ni hors de l'étendue de vos conditions ; en sorte que vous puissiez din? : Qui de nous arrivera là ? et l)our le garder, il ue faut ni passer 1 s mers, ni se retirer dans les déserts el dans les solitudes, comme s'il était bii'n éloigné de vous : Nec transmare positum, ni causeris et dicas: Quis noslrnm poleril lransfrelare[lbid.)'! Car c'estun commandement, ajoutaitle Seigneur, <iue j'ai mis dans vos mains, dans votre bouche et dans votre C(rur ; dans votre cœur, en vous le rendant aimable ; dans voire bouche, en vous faisant avouer qu'il est souverainement juste; et, dans vos mains, en vous <lonnant de puissanis secours pour l'areoiipliravec iacWWii : Sed juxln le est , in ore ttio, et in corde luoul facias ilhid[Deut. XXX). Ainsi parlait le Dieu d'Israël par l'organe de Moï^e, en pu!)lianl une loi (]ui néanujoins, comme nous le savons, était une loi de crainte, une loi de rigueur el de servilude. Ou'aurail-il tlit, c'est l'excellente réflexion de saint Au-

gustin, et que n'aurail-il pas pu dire, s'il avait été question de publier la loi évangélique, quiesl une loi degiâee, une loi d'amour et de liberté?

Cependant, chrétiens, nous établissons un principe (ont contraire ; et pour avoir de (]U()i nous défendre de toutes les accusations (juc cette sainte et adorable loi formera contre nous un jour, ou qu'elle forme déjà devant Dieu, nous l'accusons elle-même de n'être pas assez proportionnée à notre faiblesse ; nous nous la (iguronsdans un degré de sé\érilé où nous prétendons que nul de nous ne peut atteindre; et par une pusillanimité dont nous voudrions la rendre responsable, nous disons sans cesse comme l'Israélite prévaricateur : Qais in cœlum ascendcl ? Et ([ui csl riionune (]ui pourra jamais parvenir à un point de sainlelé si sublime? lîn un mot, nous nous persuadons que celte loi , pour exiger tiop de nous, est absolument au-dessus de nous; et pourquoi ? appli(iuez-vous à ceci : parce qu'elle nous engage, disons-nous, à nous dépouiller en mille occasions de ce que nous avons de plus cher ; parce qu'elle contredit certaines affcetions tendres de notre cœur, cl (ju'elle nous oblige à les étouffer ; parce qu'elle nous pri\e de certaines joies et de certaines douceurs de la vie, à quoi nous sommes allachés ; parce qu'elle nous ordonne de renoncer à un certain honneur mondain dont nous nous piquons, et que souvent elle nous réduit à paraître devant les honuiics dans des élals très-liumiliants. Car voilà ce que nous concevons di; plus rigoureux dans la loi chrétienne, el où \()lon!iers nous supposerions que notre faiblesse, secourue même de la grâce, ne peut s'élever. Mais envisageons aujourd'hui Marie ; et témoins de sa fermeté et de sa constance, instruisons-nous et confondons-nous. Car voici les importauti s leçons que nous pouvons tirer de la conduite de celle Vierge, et que nous devons opposer aux sentiments lâches qui nous arrêtent : le(;,ons que nous rendent sensibles les trois principales circonstances de ce mystère, c'est-à-dire, le sacrifice qui" fait Marie du bien le plus précieux pour elle et le plus cher qui est son Fils ; le sacrifice qu'elle fait de toutes les douceurs de la vie, en acccptanl le glaive de douleur dont Siméon lui prédit que son âme sera percée ; surtout le sacrifice qu'elle fait de son honneur, en voulant paraître, comme les autres femmes, impure et pécheresse, elle qui élait l'innocence el la pureté même. Ah ! clirélicns, que n'ai-je le zélé des apôtres, pour vous faire sentir, mais efficacement, mais vivemeiil, toute la force d'un si grand exemple 1

Première leçon : Marie n'a qu'un Fils, et, pour obéir à la loi, elle se résout à le sacrifier. Ce Fils qu'elle aimail de l'amour le plus tendre, ce Fils qu'elle avait conçu par miracle, ce Fils en qui elle possédait tous les trésors, elle l'olTre dans le temple de Jérusalem ; mais elle l'offre de la manière la plus héroïque, sans condition cl sans réserve, sachant les ordres rigoureux ([ue le ciel a portés , et

«2fi3 MYSTKUES. SEIUION XVI. SllU l.\ PI RIUCATION. jofiG

»]iii doivent tin jour s'exécuter dans la per- comme un démon riiii s'es( empnré de nous

sonne do ee divin cnfinl; conscnl.iiil déjà el qui, m,ilf;ré nous, nous f.iit trotnerdans

iiu'il soil la vieliine el le prix de la rédemp- nous- mêmes une esiièee d'enfer. Or, cela

lu)u des lioiiimes; ieiu)inanl pour cela à lous élanl, quelle plainte» aums-nous droit de

Um senlimenls de son cœur; el , par un der- l'oriiser contre la loi de Dieu? el quand

i>;er elTorl de la plus généreuse el de la plus il nous dit: Toile; délivre -toi , chrétien ,

rigoureuse oliéissance. ioulant liieii que ce de cet enfer, sors de cet esclavage, arraelie

Fils ne soit plus à elle, qu'avec le triste, celte passion de ton cœur, pouvons-nous

mais l'indi-pensalilc engagement de le voir iiii répondre:Seigneur, vous m'en demandez

dans la suite des années imnn>lé sur la croix ; trop?

Miil.i ce qu'il en a coûté à Marie pour accom- Ah I mes frères, reprend saint Chrysosto-

plir la loi. Or, est-ce là, mes chersaudileurs, nie, si Uicu en usait avec nous dans toute

ce (|u'il nous in doit coulera nous-mêmes? l'éleiuluc de sa imissance, et que, sans nul

Il est vrai, pour obéir à la loi de Dieu, il égard au plus et au moins île ce (ju'il nous

nous en doit quelquefois coûter le sacrifice en peut coûter, mesurant les choses par la

de ee que nous avons de i)lus cher; mais, seuli- règle de ce (jui lui est dû, il nous coni-

ronfessons le de bonne foi, et ne nous dégui- mandai de lui sacrifier nos iiudinalions mé-

sons rien à nous-mêmes : ce que nous a>ons me les plus innocentes et les plus légitimes,

alors (le plus cher est-il ass( z considérable S'il disait à l'un : Descends de cet élat do

pour le faire l.tnt valoir à Dieu? quel(|ue cher graiuleur qui te distinsue dans le monde ; à

(|u"il nous soit, du moment qu'il répugne à l'autre : Depouillc-toi de ces biens que tu as

la loi de Dieu, n'est-ce pas ce qui ikuis Irou- justement acquis; à c(;!ui-ci : Oublie cet en-

ble? n'est-ce pas ce qui noirs dérègle? n'est- tant qui es! l'espérance de ta maison; à cidui-

ce pas ce qui luius conompl? n'csl-cc pas ce là: Uomps ce commerce, (juoique honnéle ,

pas ce qui nous décrii;? el er.fiu n'est-ce pas (juc tu entretiens avec cet ami, et qui fait

ce qui nous damne? SI la loi de Dieu nous re- la douceur de ta vie; si Dieu, dis-je, nous

tranche unmalaussi pernicieux que celui là, i)nrlail de la sorte, nous n'aurions rien à ré-

avoMs-nous sujc t lie nous en plaindre ; et la pli(|uer ; et, p(Uir le seul respect de sa loi,

sainte violence ([u'ille nous fait , en nous nous de\ rions élre disposés à toul. Amitié,

oMigeint à un renoncement si salutaire , grandeur, iniérêts, famille, il faudrait aban-

doit-elle passer pour un excès de rigueur? donner tout ; poureiiioi ? paice qu'en malière

l'renez garde, s'il vous plaît; ceci mérite une de loi, dit Teriullieu, mais particulièrement

réflexion particulière. Dans cette sainte so- de la loi divin(\ l'autorité de celui (lui coin-

lennité. Dieu nous dit comme à Marie, ou, si mande ne doit point être mise en comparai-

vous voulez, comme à Abraham : Toile uni- son avec l'utilité de celui qui obéit. Mais

(jcnitum titumqnrmdiliijh, étoffer illum mihi Dieu, mes chers auditeurs, tient à notre

in holocinislam [Gcncs., XXll) : Sacri(ie-inoi égard une conduite bien dilïérente; et, par

et' premier-né, c'est-à-dire, celte passion 'do- une (onde scendance digue de lui, il ne nous

minante qui est dans ton cœur. Cela nous l'ail point de loi qui ne nous soit avantageuse,

semble dur ; mais en même temps, faisant un Que nous dit-il ? Sacrifie-moi , chrélien, ce

retour sur nous, nous sommes contrainis qui te nuit, ce qui le perd, ce qui te damnc;

d'avouer que celle passion dominante est, car, tout le reste je le laisse à ton pouvoir,

p.ar exemple, un attachement honteux ([ui possède ces biens dont je t'ai [jourvu, mais

nous déshonore, un esclavage des sens (jui défais-toi de cet amour criminel, qui serait

nous abrutit, une loi de péché qui nous cap- le principe de ta ré()r(d),ilion ; mels-toi au-

live et qui nous tyrrannise ; mais en même dessus de cet ennemi que lu nourris dans

temps nous sommes forcés de re( onnaîlrc ton sein, el qui l'eloignerail de la voie du

que cet attachement dont nous nous faisons salut ; quitte ce péché dont lu l'es fait une

une passion, n'esl qu'une fascin.iliou des- habilude, et (|ui, par les dégoûts el les amer-

prit, qu'un ensorcellement de cœur, (ju'une tûmes dont 11 est mêlé, le fait bien payer par

source d'égarements dans noire conduile cl avance les faux plaisirs que tu y goûtes.

de dérèglements dans nos alTeclions et d.ins ^'oilà comment Dieu nous Iraite pliitêil (n

nos actions; mais en même temps l'experienciî père qu'i n souverain el en législateur: et

nous monire (|uc celle passion dont nous ne sommes-nous pas inexcusables si, pour

sommes possédés n'a point d'effet plus pré- autoriser nos lâchetés, nous osons encore

sent ni plus ordinaire que de remplir notre alléguer que le joug de sa loi est dur et

âme de chagrins, de jalousies , de remords , pesant?

de désespoiis ; que , tandis que celte passion II est dur de renoncer à ce qu'on a de plus

nous dominera, nous n'aurons jamais de paix cher ; mais moi je soutiens (|uecela n'csl duf

ni avec Dieu, ni avec nous-mêmes; que no- que parce qu'il ne nous plaît pas de nous

Ire conscience, notre raison , notn; foi s'élè- l'adoucir par les grands el puissants molils

veront toujours contre elle ; «lu'elle nous ex- que Jlarie se proposa dans la présentation

posera même à la censure du monde, et du Sauveur. Car, comme remarque saint Bcr-

(ju'ainsi le monde , tout corrompu qu'il est , nard, ce qui rendit à Marie l'accomplissc-

piéviendra par son jugement le jugement ment de celle loi, je ne dis |ias supportable ,

terrible de Dieu que nous avons à craindre ; mais aimable, ce fut la vue ([u'elle eut qu'en

en un mot, nous sentons bien que celle pas- présentant son fils, elle le sacrifiait à Dieu ,

soin, avec ses prétendus charmes, du mo- elle néchissail la (olère el la justice de Dieu,

ment que nous nous y sommes livres , est elle s'acciuiUait elle-même des obligations

ORATEURS SACRES. LÎOURDALOUE.

infinies qu'elle avait à Dieu, elle attirait sur elle et sur nous les faveurs de Dieu; voilà ce qui l'anima, et ce qui lui fil surmonter cette tendresse maternelle qui s'opposait^ à son sacrifice. Or, à qui ticnt-i! que nous n'agissions dans les mêmes vues ; et que, dans ia néccssilé où nous nous trouvons quelquefois d'accomplir un précepte qui combat la nature et à quoi elle répugne, nous ne nous soutenions par ces pensées : Il est vrai que ce qu'on me demande, et ce qu'il faut que je sacrifie, c'est ce que j'aime uniquement; mais par là je donnerai à Dieu, ce qu'il attend de moi ; mais par là je montrerai à Dieu que je veux reconnaître ses dons et les grâces qu'il a répandues sur moi ; mais par là j'apaiserai Dieu justement courroucé contre moi; mais par là, tout pécheur que je suis, j'engagerai Dieu à avoir compassion de moi ; mais par là je me rendrai Dieu propice, je le mettrai dans mes intérêts, je le porterai à user de miséricorde envers moi. Au lieu que cette passion a fait jusques à présent tout mon désordre, du moment que je la sacrifierai, elle sera devant Dieu tout mon mérite ? Si nous avions ces motifs présents à l'esprit, quel précepte nous paraîtrait rigoureux ? et si, pour ne nous pas aider de ces motifs, la loi nous devient pénible, devons-nous nous en prendre à d'autres qu'à nous mêmes ? Il est dur de sacrifier sans condition et sans réserve le que l'on aime: mais moi je prétends qu'on le fait bien tous les jours pour obéir aux lois du monde. Car, pour sali^faire à certaines lois du monde, que n'abandonne-t-on pas, et de quoi ne se prive-t-on pas? Vous me direz que les lois du monde ne vont pas jusqu'au sacrifice du cœur : et n'est-ce pas pour cela même, répond saint Ambroise, qu'elles sont plus dures, en nous obligeant à sacrifier tout, tandis que le cœur n'y consent pas et qu'il y contredit; au lieu que la loi de Dieu ne nous oblige à rien à quoi elle ne dispose notre cœur jusqu'à nous en faire aimer la difficulté.

Seconde leçon : pour garder la loi de Dieu , il y a des douceurs dans la vie, dont il faut se passer ; et c'est encore ce qui effraie notre amour propre. Car, quelque disposition que l'on ait à vivre dans l'ordre , on se propose toujours, en vivant ainsi un certain état de douceur; et souvent mên>e c'est cette douceur que l'on cherche, en se réduisant à l'ordre : et un des faibles les plus ordinaires de la piété, est de se rebuter de l'ordre, dès qu'on n'y trouve pas cette douceur. Mais Marie nous apprend bien aujourd'hui à nous préserver de cet écueil : pour accomplir la loi du Seigneur, cette Vierge incomparable sacrifie toutes les joies de son àme. Je m'explique. Elle sait liicn que ce qu'elle va faire, en présentant Jésus-(]hrist, doit être pour elle une source de douleur; elle voit déjà Siméon, qui lui montre le glaive dont elle sera percée ; elle entend l'oracle du ciel qui lui est annoncé par ce saint vieillard, et elle n'ignore pas que la prédiction qu'il lui fait est le commencement de son martyre. Jl n'imoorle : le zèle de la foi la presse ; elle

entre dans le temple, elle parait devant Siméon , elle lui met son fils entre les bras ; et par ces paroles prophétiques : Tuam ipmts nnimam perlratisihit (/Indius ( Luc, II ) , elle reçoit de lui le coup mortel. Car ne pensez pas qu'elle n'en ait senti l'effet qu'au Calvaire, lorsqu'elle assista au crucifiement de son Fils. Tout ce qu'elle doit souffrir alors, elle le souffre dès aujourd'hui. et dès aujourd'hui elle peut dire qu'elle est attachée à la cri)ix. Mais pourquoi faut-il qu'en obéissant à la loi, elle endure ce martyre douloureux ?Ah! chrétiens, parce qu'elle était prédestinée pour nous enseigner cette grande vérité, que là où il s'agit de la loi do Dieu, il n'y a ni plaisir, ni douceur de la vie à ménager. Or, en voici la preuve authentique : car, si des joies aussi saintes et aussi pures que If s siennes ont dii être sacrifiées, il n'est pas juste, dit saint Bi'rnard, que nous épargnions les nôtres , qui sont vaines, qui sont toutes profanes, qui nous dissipent, et qui nous font perdre l'esprit de Dieu. Et si la Mère de Dieu, qui, par exrellrnce entre toutes les femmes', était bienheureuse , .1 néanmoins consenti, en se soumettant à la loi, d'être la plus affligée, nous ne devons pas si aisément nous rebutor de cette divine loi, pour quelques peines qu'il y a à supporter en l'observant. Mais le moyen, direzvous,de mener une vie insipideet ennuyeuse? car voilà le spécieux prétexte dont se couvre la lâcheté de tant d'âmes mondaines, qunnd on leur parle d'une soumission parfaite à la loi de Dieu; le moyeu de soutenir cet état ? Mais, mon cher auditeur, comment le soutenez-vous tous les jours, dans les engagements malheureux que vous avez avec le monde? comment le soutenez-vous dans la dépendance servile oii vous vous réduisez pour suivre toutes les vulontés et tous les caprices d'un homme dont vous recherchez la faveur? comment le soutenez-vous, qu.md votre ambition ou votre cupidité vous le commande? Si vous agissiez par l'esprit do la foi, je vous dirais que la grâce , qui est toute-puissante, saura bien vous adoucir cet ennui que vous craignez. Si vous connaissiez le don de Dieu, vous confesseriez que ces joies courtes et passagères auxquelbs on renonce pour Dieu, sont abondamment compensées par des consolations bien plus solides et bien plus propres à remplir la capacité de votre cœur. Et si, au défaut de toute autre considération, vous vouliez vous souvenir des désordres ou vous avez vécu, vous vous estimeriez heureux de trouver dans cet ennui et dans cet éloignement des fausses joies du monde, de quoi faire pénitence ; et cette pénitence, quoique secrète et cachée, surpasserait en mérite toutes ces pénitences et ces réformes d'éclat, que la vanité quelquefois soutient plus que la religion. Ouoi qu'il en soit, je vous dis qu'il est indigne que, sur un devoir aussi important que l'observation de la loi de Dieu, vous apportiez une excuse aussi frivole que l'est cet ennui prétendu qui vous y pnraît attaché

Troisième et dernière leçon : Marie, pour

MYSTtRES. SICUMON XVI. SUR LA PURIFICATION.

oltvir à la loi, sacrifu' jiisuH'à son pioprc honneur, piiisun'en se purlfLint elle paiait ne même coiuliiinn que li's auires l'cmmi's. Ainsi réclal de sa viii;inilc est Dbscuici : de telle virginité donl elle avait été si jalonne dans le mystère de llncarnatidn ; de celte virginité dont la gloire est de briller au dehors, et de ne pas laisser Aoir la nioindie taehe. Klle consent à en perdre la réputation et le nom ; et, de toutes les humiliations, \oilà, j'ose le dire, la plus difficile à soutenir: d'être pure devant Dieu comme le soleil, et de |)araître impure ans veu\ des h.onuncs : tel est néanmoins le sacrifice que fail la plus sainte de toutes les vierges: pourquoi ? afin de ne pas manquer à la loi. Or, «■ette loi de Dieu, mes chers auditeurs, n»; nous oblige à rien de si humiliant. Elle veut que nous paraissions ce que nous sommes ; qu'étant essentiellemcnl soumis au souverain domaine de Dieu, nous ne rougissions point des services qn'W exige de nous, et des hommages que nous devons lui rendre ; surtout, qu'étant vcriiablement im|)urs et pécheurs, nous n'ayons pas honte des pratiques de la pénitence, (jui doivent servir à nous laver, à nous réconcilier, à nous acquitter auprès de la justice divine. Jlais que faisons-nous"? par le plus étrange renversement, nous voulons être pécheurs et paraître justes. .Marie abandonne les apparences pourvu qu'elle soit du reste assurée de ((tuserver le trésor de sa virginité: et vous, souvent peu en peine de la chose même, vous ne cherchez qu'à sauver les apparences. Du moins, n'est-ce pas précisément alors le faux honneur du monde qui vous fait garder la loi de Dieu'? Mais en combien d'autres occasions cette adorable loi cst-eVe sacrifiée ? parce qu'on veut s'élever et tenir un certain rang, on viole toutes les lois de l'équité et de la justice, on opprime le faible, on, trompe le simple, on forme mille intrigues contre des égaux et des concurrents ; on emploie contre eux le crédit, l'artifice, la médisance, la calomnie, et sur leur ruine on établit sa l'ortune et les foinlemenls de sa grandeur. Parce qu'one^tpréienu de cette danmable maxime, (ju'en matière d'injure, il faut avoir raison de tout, et qu'aulrement on est sans honneur, malgié la loi la plus authentique et la plus expresse, (iiii nous ordoiuie de pardonner, quels ressentiments ne conserve-t-on pas?<iuels desseins ne conçoit-on pas? à quelles extrémités et à (luelles vengeances ne se porte-l-on pas ? On ne veut point entendre parler d'accommodement, on exige pour une offense assez légère, mais dont on se fait un monstre, des satisfactions infinii s; ou, pourmieux dire, on ne sera jamais salislait (ju'on n'ait vu périr cet homme de qui l'on se croit oiTcnsé , et (ju'on ne l'ail perdu. Parce qu'on craint la raillerie, et (ju'on s'y exposerait en se distinguant des autres, tout instruit qu'on est de la loi, tout disposéqu'on est à l'observer, on se laisse aller au torrent, engager par l'exemple, dominer par le respect humain; et, au lieu de mettre sa gloire à servir Dieu, on la met à le déshonorer cl à

l'outrager. Ali ! mon Dieu, l'.unlra-t il donc (pie, pour un l'anK^me d'iKUinenr qui nous séduit, tous vos droits vous soient refuses , qu'on trahisse tous vos intérêts, qu'on renverse tous vos desseins, (ju'on s'oppose à toutes vos volonlés, qu'on méprise et qu'on foule aux pieds toutes vos lois ? Et vous , 6 hommes 1 ne comprendrez-vous jamais eu quoi consiste voire véritabie grand-ur? que c'est à dépendre du premier do tous les maîtres, à vous attacher inviolablen eut à lui, à vous approcher continuellement de lui, à combattre généreusement pour lui, à vous rendre grands devant lui, à vous attirer son estime, cl à mériter ses faveurs : tout cela [lar où? par l'accomplissement de sa loi '?

C'est, Sire, ce que Voire Majesté a si bien compris ; c'est de celle loi de Dieu que vous vous faites gloire d'être le défenseur et le vengeur. Avoir fait des prodiges dans la guerre, vous être rendu l'arbitre de la paix, l'avoir donnée à toute l'Europe aux conditions qu'il vous a plu, avoir h>rcé, par la seule crainte de votre nom, toutes les puissances à la recevoir, vous être surmonté vous-même en arrêianl le cours de vos conquêtes ; ce sont. Sire, des éloges à quoi la flatterie n'a point de part, que l'envie même ne peut vous disputer, que vos ennemis, malgré eus, ont publiés aussi liautement que nous, et dont votre modestie commence à être fatiguée. 11 y a, Sire, une autre gloire, d'autant plus solide, que l'objet en est plus saint : une gloire qu'un roi très-chrétien ne peut acquérir que par son zèle pour la loi du Seigneur, et c'est ce que Dieu vous réservait pour mettre le comble à voire auguste destinée. Ces saintes ordonnances contre le duel, que Votre Majesté vient de renouveler, et pour l'exécution desquelles vous vous êtes fail une religion, si j'ose ainsi m'exprimer, de n'être presque plus maître de vos grâces : ces déclarations qui sortent chaque jour de votre conseil, si avantageuses à l'Eglise, et si sages pour conleiiir l'hérésie dans les bornes que les êdits de vos ancêtres lui ont presciiles ; ces tribunaux érigés pour exterminer le liberlinage et le vice, ce sont autant de preuves, et de preuves aulhenliques, du zèle qui vous anime. 11 y avait dans la Erance des monstres cachés, et Votre Majesté est le héros que Dieu a suscité pour les étouffer et les écraser. Le sacrilège, l'impiété, l'homicide, suites funestes, mais infaillibles, de la débauche et de la licence des mœurs, se répandaient dans le monde ; et c'est à vous. Sire, que le monde sera redevable d'en être purgé. Il fallait un monarque aussi puissant, aussi éclairé, aussi religieux que vous, pour prendre ainsi la cause de Dieu en niain : pour faire de la loi de Dieu votre propre loi, et pour être le restaurateur du bon ordre et de la sûreté publique. A'uus soutiendrez,Sire, votre ouvrage; vous y emploierez toute Votre autorité, el, par votre autorité royale, vous y mettrez la dernière perfection. Autrefois l'irréligion , la profanalion des choses saintes, les jurements, les blasphèmes remuaient à la cour; mais ils .y

1271 OUATICLUS SACUKS. BOUilOALOUE.

sont devenus drs noms odieux, parce que Votre Majesté les a proscrits. Que ne peut- »>lle point encore contre d'autres désordres ? et que doit-elle omettre de tout ce qu'elle peut pour les abolir? Voilà, sire, comnient vous serez fiiièle à la loi du souverain Maître qui vous a placé sur le irône, et fait part de son pouvoir pour la défendre : voilà ce qu'elle attend de vous. Mais, autant que vous serez lidèlc à la loi de Dieu, autant celte sainte loi vous sera-t-elle, selon l'exjiression du Sage, fidèle elle-iuéme : Et lex un fidelis {Eccics., XXXlil). Elle conduira vos pas, elle dirifrera vos conseils, elle réglera vos entreprises, elle attirera sur votre oersonne sacrée toutes les bénédictions du ciel, et elle vous fera enfin mériter la couronne iuiniortelle, que je vous soubaite, etc.

SERMON XVil.

Sur la purification de la Vierye.

Poslquam iiiiploti sunt dirs inirgnlionis ejtis socunduni Ipgem Moyiijlul, ruiil illum iii Jérusalem, ut bislureiileimi Duniiiio.

Le 'emps (je tu purification de Mûrie él mt accompli selon la Ini de il/oisr, ils purlcrcnl t'cnjaid à Jérusalem, pour le pu'senler au Seigneur [S. Luc, cit. II).

Sire, ce sont les deux mystères que célèbre l'Eglise, et qui partagent, pour ainsi dire, C( tle auguste solennité;, la purification de Marie et la présentation de Jésus-Christ ; mystères vénérables où nous découvrons ce qu'il y a dans noire religion, non-seulement de plus sublime et de plus divin, mais de plus édifiant et de plus touchant. Un Homme-Dieu offert à Dieu, le Saint des saints consacré au Seigneur, le souverain Prêtre de la nouvelle alliance dans un état de victime, le Rédempteur du monde racheté luimême, ui.c \ ierge purifiée et une mère enfin immolant son fils: quels prodiges dans l'ordre de la grâce! Voilà ce que le prophète avait prédit, ou plulot voilà ce que le Dieu d'Israël, parla bouche de sou prophète, avait promis aux Juifs, lorsqu'il leur disait : J'enverrai devant moi mon ambassadeur (c'était Jean-Baptiste, le précurseur de Jésus-Christ); il me préparera la voie, il vous annoncera ma venue ; aussilôt le Messie que vous attendez, cet Ange du Nouveau Testament, et ce Sauveur (jue vous demandez depuis si longtemps et avec tant d'instance, entrera dans son temple, et y sera présenté connue le pris et le gage de voire rédemption : L't statim venict in Icwplum suuin JJominator ijucm vos guœrilis, et Anyclus Tealamcnli (juem vos indlis (Malach., lil). Il y entre en «ITet, chréliens, il y est aujourd'hui |)orté, il y est sacrifié, et c'est à nous à profiler de son exempli! pour notre instruction et pour la réformalion de nos ma>urs. Car ce n'est j)oint seulement à la letlre (jue nous devons nous en tenir, comme les Juils, mais il faut passer jus(iu'à l'esprit; ce n'est point inutilement ni ilans une vide spéculation que nous devons coiihidércr ces grands niystères, mais

en chréliens, et avec tous les fruits de sainlelé qu'ils |ieu\ent produire dans nos cœurs. Implorons pour cela le secours du ciel par l'inlercesbion de Marie : Ace, Maria.

Ce n'est pas sans sujet, chrétiens, que le saint pontife Siméon, prenant aujourd'hui le Sau\eur entre ses bras , l'appelle la lumière du monde et l'adore comme le Messie destiné à éclairer toutes les nations de la terre : Lumen ad revelationem (jenlium (Luc, II). Car je puis dire (ju'une des grâces particulières du mystère de ce jour est de répandre la lumière dans nos esprits et de nous donner deux connaissances qui font l'une et l'autre toute la science des saints. Je m'expli(iue, et je prétends que, dans la présentation de Jésus-Christ, nous apprenions tout à la fois et à connaître Dieu et à nous connaître nousmêmes ; deux choses souverainement nécessaires; deux choses dans l'ignorance desquelles te monde avait toujours vécu; deux choses d'où dépendait la perfection , le salut et le bonheur des hommes; mais deu^ choses que l'Homme-Dicu pouvait seul parfaitement nous enseigner. Que je me connaisse, Seigneur, disait saint Augustin, et que je vous connaisse; queje vous connaisse pour vous aimer , et que je me connaisse pour me ha'ir; avec cela je renonce Ji toute autre connaissance, et, sans rien savoir de plus, je crois tout savoir : Domine, noverim te, noverim me {Aug.). Or, il me semble, chrétiens, que c'est surtout au mystère que nous célébrons , qu'étaient attachées ces deux connaissances. Car, pour vous expliquer mon dessein, je vais vous montrer, dans les deux parties de ce discours, que nul autre mystère n'est plus propre à nous faire comprendre tout à la fois et ce que c'est que Dieu, et ce que c'est que l'homme; ce que c'est que Dieu et ce qui lui est dû, ce que c'est que l'homme et ce qu'il se doit à lui-même. Cet enfant que Marie offre dans le temiilc et dont Siméon fait l'éloge, nous apprend également l'un et l'autre, et s'il est exposé à la vue de tous les peuples : Ante fdciem omnium populorum {Luc, II), ce n'est (|ue pour instruire tous les peuples de ces deux points essentiels , et sur quoi roule toute la religion. Tâchons à les bien concevoir, et fortifiés des lumières abondantes dont le bienheureux Siméon se Irouva conuïie investi, (|Uand il vil l'auteur et le réparateur de stin s.ilul, remplissons-nous de la science de Dieu et de la science de nous-mêmes. Jesus-Christ dévoué et consacié au Seigneur nous donnera la science de Dieu , ce sera la pieniière partie. Jésus-Christ ofIVrt et immolé pour nous, nous donnera la science de nous-mêmes, ce sera la seconde partie.

\'ous voyez l'iinporlance du sujet; commenç<ins.

l'UL.MltlîlC PARTIE.

Coni'.aître Dieu dans lui-même, c'est le privilège de la gloire et de l'élat des bienheureux ; le connaître dans ses œuvres et par l'.ipport à nous, c'est l'avantage de la foi et ce (jui sanclilie les hommes sur la terre. Connaître Dieu comme souverain Seigneur,

1273 MYSTERES. SERMON XYll. SUR LA PLIUFICATION. {274

coiiinie premier priiicipo el doniière fin , scnlôs. Il n'y avait que Jésus-Ciirisl, qui, comme l'iHie par t-xcrllciifo de qui rclè- tilTcrl par Marie cl s'otTraiil liii-mêmo, pût >eiil Ions les élrps , et (le (jui ils dépcndenl di^iiemenl el pirf.iiicun'iil i emplir la mesure rssenliellC"U-!it ; ie oonuaîUc comme source de ce devoir, pouniuoi? Saiiil Jcaii Chiysosdc tous Us bien-; couKiie celui , dit l'iù'ri- lome en aiiporle deux exci'lleuk'S raisons: liiie, qui prolèf,'(", qui sauve, qui vivifie el Premièreineiil, parce qu'i-u conséquence de d'où |)roréde loute grâce et loul don parl'ail ; sa prédeslinalion ('lernel!e, il 6lait le prèle connaîlreconime veiij^eurdu péché, comme riiier-néde toutes les crealures; auguste el Saint des sainU, «lui sait punir le péché au- émincnte prérogative que lui attribue saint lant que le péché est punissable ; en un mol, l'.iul : Primo (jeu il us omnis crraturœ (Col. I). le connaîlre dans l'élendue de ces trois al- Serondeitienl, parce qn'élanl Dieu el homme tributs que nous dislinguons, mais qui s^mt tout à la lois, la présent, iliun de sa pcrsoiMie eu eux-mêmes indivisibles, savoir dans l'e- était un hommage, non-seuleinenl digne de tendue de sa grandeur, de sa bonté et de sa Dieu, mais pro|)oitionné et égal à la majesté justice. Voilà, dit l'ange de l'école , saint de Dieu : Non roitinam arbiiratus est esse se Thomas, ce qui s'appelle pour nous dans cr//ualcin Dec [l'Itilip, , II). Je m'ex|)lique. I.i vie, la science de Dieu, cl ce que l'homoKi Dieu voulait que dati^ cliaciue lamille, le prechrétien doit continuellement étudier , s'il mier-né lui lût voué, pour lui répondre do veut s'acquitter envers Dieu des trois plus tous les autres, et pour être comme un ôlag(î importants devoirs que la religion lui im- de la dépendance où devaient vivre tous les pose. Devoir de dépendance, devoir de rccon- autres, représentés par celui-ci (jui était leur naissance el, supposé que Dieu soit olTensé, chef. ]\lais chacun de es premiers-nés n'édevoir de pénitence. Or, ce sont justement, tant cbef que de sa maison, et la loi dont je mes cliers auditeurs, les trois idées que le parle n'obligeant (jue les < niants d'Israël, il Sauveur du monde a voulu imprimer dans n'en pou\ail revenir à Dieu (|n'un honneur nos esprits, en nousmellanl devant les yeus borné et limité. Que fait Dieu'.'Il choisit dans l'oblalion adorable de sa personne dans le la plénilude des temps un homme, chel'cle temple de Jérusalem. Ceci mérite loulc votre Ions les hommes, dont l'olilalion lui est allenlion. comme un tribut universel pour toutes les C'est Jésus-Christ, fils de Marie, qui est nations et pour lous les jieuples ; un homme présenté à Dieu, et pivurquoi ? Pour honorer qui nous représenle lous cl i\u\ taisant à nnla souveraineté inlinie de Dieu : Sonctifica Ire égard loUice d'aîné, répond à Dieu de lui mihi oninc priinogcnilum, lam de hominibus, el de nous, à moins que nous n'ayons l'auquam de jnineiilts ; mai eniin stitil omnia (lace de le désavouer et (juc^ n. us ne soyons (É'xo</.,XllI) :Quechaquepremier-né mesoit assez aveugles pour nous détacher de lui ; offert, disait Dieu au législateur Moïse, dans un homme, dit le grand A|)ôtre, dans (|ui le chapitre treizième de l'iixode. Pesez, s'il lous les êtres réunis rendent aujourd hui à vous plaît, ces paroles qui font le sujet prin- Dieu le devoir de leur soumission, et qui [lar cipal de cette fèlc et (jui (ontienucnt en sub- sou obéissance, remet sous l'empire de Dieu stance l'iiislruclion solide et touchante que tout ce que le péché en avait soustrait. Car j'en vais tirer : Que chaque premier-né me c'i st ce (jue le Sainl-Lspril a voulu nous exsoil offert, parce que toules choses m'appar- paimer dans ces admirables paroles de retiennent el que, saiis exceplion, je suis le pîtie aux Ephésiens : Inslaurure omnia in Seigneur absolu do toules les créatures. Chrislo [Ephes., 1); et c'est aussi sur (juoi Ainsi Dieu, usant de ses droits et se faisant est fonde te dioil d'aînesse que Jésus-Chiisl connaîlre pour ce qu'il était, l'ordonnait- il di vait avoir au-dessus de toule créature : aux Israélites. Telle était la fin de la loi. J'riinoijenilus omnis crealurœ [Coloss. 1). G'éla:t pour cela que les mères portaient à Je dis plus : toutes les créatures , prises l'autel ce qu'elles avaient de [dus cher, leurs même enseiisbie , n'ayant nulle pro[inriion aînés et le premier fruit de leur fécondilê. avec l'êlre de Dieu, et, comme parle Isaïe, C'est par là qu'elles rendaient hommage à toutes les nalions n'étant devant Dieu qu'une ce suprême empire que Dieu exerce et qu'il goultc d'eau, ou qu'un atome et (]u'nn :'.éanl, ne convient qu'à lui seul d'exercer dans quehjue clïorl qu'elles fissent pour témoigner Van'wcTS : Ego Dominas, eln<)ncstalias([sai, à Dieu leur dépendance , Dieu ne pouvait XLV) : C'est moi(iui suis le Seigneur, et il n'y être pleinement honoré par elles; et, (buis en a point d'autre (jue moi. Tid était, dis-je, le culte qu'il en receviiit, il restait toujours l'esprit de celte s.iiiite et divine loi (lueMoïse un vide infini, que tous les sacrifices du avait publiée, el qui se terminait à |)rolesler, ii'.onde n'étaient pas capables de remplir. Il par une cérémonie solennelle, que tout était à fallait un sujet aussi grand que Dieu, el qui. Dieu, de Dieu, et pour Dieu : à Dieu, en par le plus étonnant de lous les miracles , qualité de souverain : de Dieu, en qualité possédant d'un côté la sou\eraim lé de lêlrc, de principe; el [)Our Dieu, en quaillc de el (b; l'.iutre se mettant en élal d'être imfin dernière : Mca cnim sunl omnia. Mais il mole, pût dire , mais dans la rigueur, ('(U'il fallait (jue la loi de grâce relevât encore oll'rait à Dieu un sacrifici; aussi excellent celte cérémonie, et iui donnât toute sa pcr- que Dieu même, el qu'il soumetlail dans sa feclion : il fallait, pour honorer cet empire jiersonne, non point de viles créatures, non de Dieu aulant qu'il devait l'êlre, un premier- point des esclaves, mais le Créateur et le né d un ordieetd'dn mérite su|)érieur à Seigneur même. Or, c'est ce (juc fait aujourlous ccuï (iui jusiju'alors avaienl été pré- d'hui le Fils de Dieu Sacrificiam cl obialiw

nr.ATKURS SACHES. nOLlIlDAl.OLE.

netn noluisti,holoraHsliim ri pro prccnln non pnstulns!i : lune di.ri : Eccc renio { l'snlin. XXXIX) : Vous n'.ivoz plus voulu, 6 mon Dieu! d'oblalion ni fl'liostic; les sacrifices di; raiifienne loi ont crs^é de vous .'.^réer; c'e.st "pourquoi j'ai dit : Me voici, je viens, je me ■, 'téseiile à vous. C;ir c'est à la personne (In Sauveur que conviennent lilléralement ces paroles du prophète royal, et c'est dans le temple de Jérusalem qu'elles furent autlieiitiquement vétidées, puisque ce fut là que Cet Homme-Dieu, abolissant les anciens holocaustes pour en établir un nouveau, vint lui-môme s'offrir à son Père, se consacra, se dévoua soiennellemeni , entra dans le sanctuaire, niin plus, dit l'Apôtre, avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre sanç; ; c'est-à-dire, honora Dieu, non plus par des sujets étrangers, mais par luimême et aux dépens de lui-même ; et, par cette unique oblalion, donna pour jamais à ceux qui devaient être sanctifiés, une idée parfaite du vrai culte qui est dû au Dieu vivant : Uiin ohlatione ransummnvit in scmpiftrniim sanctiftcnlos [llehr., X). Voilà donc, mes chers auditeurs, ce que nous inspire le mystère de ce jour; un sentiment profond et respectueux de la souveraineté de Dieu ; un attachement inviolable à ce premier devoir de religion, qui est l'obéissance et la soumission à Dieu ; une disposition à se sacrifier, et, s'il était possible, à s'anéantir pour reconnaître, comme Jésus-Christ, l'empire deDieu. Or, de là même concluez et jugez quel est le désordre de l'honime qui, par une propriété inséparable de son élre, de quelque condi!ion d'ail eurs qu'il soit, étant né sujet de Dieu, vit néanmoins, à l'égard de Dieu , dans une espèce d'indépendance «l'autant plus criminelle que, bien loin d'en rougir, il semble encore souvent s'en glorifier. Indépendance de Dieu, péché capital des grands du monde, dont le caractère le plus commun est de vivre comme s'ils n'étaient nés que jour eux-inênies, et qui, par un renversctiient de principes, usant du monde, ou plutôt en jouissant , comme si le monde ne subsistait (|ne pour eux, rapportent tout à eux, au li( u (jue tout doit être rapporté à Dieu. IndépendaïKC de Dieu , d'où il .•irri»e que, dans leurs entreprises. Dieu n'est pas rnême consiillé; que sa loi n'est jamais un obstacle à leurs injustes desseins ; que leur politique est la seule règle de leurs plus importantes actions, pendant que la conscience n'est écoulée et ne décide que sur les moindres; que ce qui s'appelle leur inlérél n'est jamais pesé dans l;i balance de ce jugement redoutable , ou eux-mêmes néanmoins doivent l'êire un jour, comme si leurs intérêts éiaient quelque chose de plus privilégié (lu'eux-mcmes, conime si leur politi(|uc pouvait prescrire contre la loi de Diiu qui est éternelle, comme si la conscience n'était un lien que pour les âmes vulgaires, comme s'il y avait des hommes affranchis, par leur étal, de la suprême domination du Seigneur de toutes choses. I.'dépendance de Dieu, souvent sccumii.ignée tJ';ilusion et d'erreur ; en s( rtc

que ces esprits mondains professant au dehors la religion , ne laissent pas d'en êtie secrètement les déserteurs: ne s'y assujettissent qu'autant qu'il leur plaît, rinlcrprètent selon leur sens, l'accommodent à leurs passions; et, au lieu de régler par elle leur ambition, leurs désirs, leurs vues, la font toujours servir à leurs vues, à leurs désirs, à leur ambition. Indépendance de Dieu , (pii vient, dans les uns, d'un oubli t'énéral de leurs devoirs; dans les autres, d'un excès d'.imour-prop"e; dans ceux-ci , d'un esprit d'orgueil ; dans ceux-là , d'un fond de lil)ertin.ige et d'impiété : quatre sources du désordre que je combats. Oubli général de leurs devoirs, lorsque, dissipés et emportés par le torrent du siècle, enflés de leurs suclès et plongés dans le plaisir, ils ne se souviennent plus enfin qu'ils ont un maître, un législateur, un juge ; tellement que le respect et la crainte de Dieu s'effacent à mesure (]ue le monde les pos-éde , et qu'il ne leur reste plus (ju'une foi morte, incapable de les toucher, beaucoup moins de les contenirdans l'ordre d'une obéissanceexacteelfidèle. Kxcès d'an)our-propre, lorsqu'à force de s'aimer, de se flatter, dese reehercheret de se satisfaire, ils se font d'eux-mêmes leurs idoles ; qu'ils se regardent eux-mêmes comme leur fin, etque, dans l'usage de la vie, toujours occupés d'eux-mêmes, toujours pleins deux-mêmes toujours attachés et bornés à eux-mêmes, ils deviennent insensibles, non-seulement pour tout ce qui est hors d'eux-mêmes, mais pour le Dieu ijui les a créés, et dont la supériorité leur paraît gênante et inconunode. Esprit d'orgueil , lorsqu'à l'exemple de ce roi infidèle dont parle l'Ecriture, ils disent au moins dans leur cœur : Qiiis est Domimis ut au- (liam voccm ejus {lixod. , V)? Et quel est ce Seigneur dont on me menace sans cesse'/ qu'ils méprisent sa voix, qu'ils rejettent ses grâces et ses inspirations; qu'ils violent avec impunité ses commandements et ses lois ; (]u'ils lui résistent en face, et qu'ils portent l'obstination et l'endurcissement jusqu'à lui pouvoir être rebelles sans cesser d'être Iran- (juilles. Fonds de libertinage et d'impiélé, lorsque , livrés à leurs erreurs et au sens réprouvé qui les ;\\ eugle, ils passent jusqu'au raisonnement de l'insensé. Y a-l-il un Dieu"? s'il y en a un, est-il tel qu'on nous le ligure'.' connaîl-il toutes choses? y prend-il un intérêt si grand? a-l-il une providence aussi exacte et aussi sévère <|ue celle dont on veut que nous dépendions ? Et ili.rerunt : Qiin- VKiilo scil Deits, et si est scirntia in ExceLso (Ps. LXXIIj? (;ar voilà, chrétiens, où conduit peu à peu l'esprit du monde.

Or, à tout cela. Dieu a voulu, par son infinie miséricorde, opposer, d.ins la personne de son Fils un exemple sensilile, un exemple convaincant, et à quoi nous n'eussions rien à répli(iuer. Car si dans l'onlre des décrets di>ins qui se développent aujourd'hui à nos yeux , un Homme-Dieu ne paraît devant Dieu que sous la forme et dans la posture de serviteur, avec quel front pouvonsnous suutcnir l'indépcudaucc ciiimérique

MYSTIIKES. SEUMON XVII. SUU LA PUUIFICATION.

et prétenilue que nous affectons? Je le répèle, cl)réliens, ce que nous prêche cette auguste solennilé , el le premier fruii que nous en devons retirer, c'e^l une dépendance entière de Dieu. Je ne suis pas à moi, mais à Dieu ; donc je ne dois pas vivre pour moi , mais pour Dieu; donc toutes mes vues doivent avoir Dieu pour terme; donc je dois mettre Dieu à la lète de tous mes conseils ; donc il faut que Dieu soit la régie de toutes mes entreprises ; donc je ne dois rien désirer que d.ins les born'S, quoique étroites, de l'inflexible équité de Dieu ; donc je ne dois rien résoudre, ni former aucun [irojet, qu'après l'avoir mis à l'épreuve de la loi de Dieu ; donc je dois être prêt à me départir de tout ce ((u'uiie licence criminelle ou une prudence humaine m'aurait engagé à faire contre les ordres de Dieu; car c'est là dans la pratique ce que nous appelons dépendre de Dieu. Je dois vivre pour Dieu ; donc il ne m'est pas permis d'avoir d'établissement, de fortune, de dignité, de rang, de grandeur que pour Dieu. Une grandeur pour moimême , un établissement pour moi-même, une élévation , une fortune pour moi-niênic serait un monstre dans la nature, et comme une idolâtrie subsistante au milieu de moimême, dont la jalousie de mon Dieu se trouverait piquée , et qui ui'allirerait infailliblement ses vengeances. J'appartiens à Dieu, et je ne suis ce que je suis que pour dépendre de lui ; donc je dois être sincèrement , efûcacement , continuellement disposé à m'immoliT pour lui ; donc, en mille occasions qui se présenlent, je dois me renoncer, et, selon l'expression de l'Evangile, me perdre moi-même pour lui ; donc je ne dois ménager ni réputation, ni crédit, ni faveur, ni biens , quand il s'agit de me déclarer pour lui ; car voilà ce que c'est quL' sacrifice, et je ne puis anlremenl lénioigner à Dieu ([ue je suis sa créature. Malheur à moi, si, pour tout autre que pour Dieu, j'étais disposé de la sorte : pourquoi ? parce ()u'il ne peut y avoir que Dieu de qui je dépende de celle dépendance absolue dont le sacrifice est la marque. Malheur à quiconque voudrait être ainsi dévoué à un homme mortel , parce qu'il n'y a point d'homme mortel à qui ce dévouement pui'-se être dû, ou plutôt à l'égard de qui ce dévouement ne fût un crime. Aux hommes , dit le Sainl-Esprit , le Iribut, l'honneur, le service; mais à Dieu seul le sacrifice de tout ce qui est en nous et de nousmêmes , puisqu'il est le Seigneur par essence et que nous dépendons de lui jusque dans le fond de noire être.

C'est dans cel esprit que tout chrétien a dû se présenter aujourd'hui devant les autels. Si, dans l'obligation que nous avons faite à Dieu de nos personnes, il y a eu quelque chose d'esceplé , Dieu ne s'est point tenu honoré de notre culle, et nous ne l'avons point connu pour ce qu'il est. Car, autant que nous le pouvions, nous avons osé lim ter ce droit d'empire uni\erscl et inaliénable sur quoi était appuyée la loi de la préscnla'.ion : Mca enim sunl omnin [Exod..

XI!I); et, démentant sa p.irole, nous lui avons dit, non de bouche, mais nar l'effet que toutes choses ne lui ap|)arten,uent pas. Un seul inléiét réservé, une seule p;ission épargnée , une seule attache que le cu'ur n'a pas encore rompue, c'est assez pour faire à notre Dieu un tel outrage; par là notre oblalion , quelque fervente qu'elle nous ait paru d'ailleurs, a été non-seulement vicieuse et iiiiparfaile , mais odieuse ; par là nous avons commis ce larcin si déleslé de Dieu et si dislinctenienl marciué dans l'Errilure : Quia cyo Dontinus diligens judicium, et odiu hnbcns rapinam in hoiocausto {Isai,, LXI). Oui, mes chers auditeurs, ce larcin dans l'holocauste, c'est l'exception dont je parle , c'esl l'injuste ré>erve que nous faisons d'une chose que Dieu nous demande comme Seigneur, el qui devrait être la matière du sacrifice qu'il attend de nous ; d'une chose (]ue nous niellons à pari el que nous reiraïuhons du nombre de celles dont nous voulons bien ([u'il soit maîlie. Désordre dont nous avons dû, vous et moi, nous garantir, en présentant à Dieu, comme Marie, ce véritable, quoiijue mystérieux premierné, figuré dans la lui ancienne, je veux dire ce que nous aimons plus follement et plus leiulremenl , celle passion dominanle , cet objet à quoi nous sommes si étroitement liés, el que je puis bien nommer le premierné de notre cœur, puisqu'il en a tous les premiers mouvements. \<a\ le sacrifiant à Dieu , nous pourrions dire que nous lui avons tout sacrifié, el qu'il ue tienl plus à nous que Dieu ne soit en possession de toute la gloire dont il élail si jaloux, quand il disait à son peuple : Sanclifica milii oinne primugenilum ; mea enitn sunt umnia [Exod., XIII). Et c'est ainsi, hommes du monde, que vous entrerez d;ins les senlimeiits de Jésus- Christ, el que, vous conformaiil à son exemple, vous connaîtrez Dieu comme votre souverain.

Mais voici une seconde qualité dont il ne se glorifie pas moins et qu'il vous importe encore plus di; bien connaître. Les Juifs offraient à Dieu leurs premieis-nes en mémoire du bienfait signalé qu'ils avaient reçu, lorsque Dieu, pour les délivrer de l'esclavage de Pharaon, avait fait jiérir dans une seule nuit tous les premiers-nés de l'Egypte: Ex qiio pcrcussi primocjcnilos in terra Mgiipli , sanctijicavi mihi quidquid priinuin nascilur in Israël {Numer., 111}. Ce fui, selon le témoignage de Dieu même, le motif principal pourquoi cette cérémomie fut instituée, et Jésus-Chrisl, qui était la fin et le consommateur de la loi, est aujourd'hui offert comme premier-né de loul le genre humain, en actions de grâces des obligations infinies, personnelles et singulières que nous avons à Dieu ; mais que nul de nous n'élail en pouvoir de reconnaître, si, par .'On adorable présentation, cel Homme-Dieu ne nous en eût fourni le moyen. Prenez garde, s'il vous plaîl.cliréliens :Dicu voulait être connu de son peuple, nonseuleiiient comme anleur des biens >piriluels cl surnaturels qui

ORATEURS SACRES. DOLiRDALOUE.

reptaidcnt le salut; mais comme aultur dis prospérités cl des grâces lemporelles iiiii lu^ laissent pas, q'.roique d'un ordre in'erieui', d'iîlrc du ressort de sa providence. Il voulait que son peuple les lînt de lui , en usât comme venant de lui , ne les rcganlût que comme d -s grâces d'en hnut et des dons (jui partaient de lui. Car do là vient, dit saint Jérôme , que presque autant de l'ois que .Oieu donnait aux Héhreux quchiue iiiariiiie éclatante de sa protection, soit en les tirant de captivité, soit en les faisant triompher de leurs ennemis, il ordonnait une fêle pour en conserver le souvenir : afin, dit ce saiiit diicteur, qu'à proportion ((u'ils devenaient lieureux, ils se vissent dans la nécii^silé d'être religieux; et que. de siècle en siècle, de génération en génération, les pères apprissent à leurs enfants que c'élait le Dieu d Israël qui les avait sauvés , qui les avait protégés, qui les avait élevés; et que, comme une source de bonheur pour eux était do !e publier et d'en convenir, aussi le plus grand de tous les malheurs qu'ils avaient à craindre était de l'ignorer ou de l'oublier. Pourquoi ee soin d'entretenir cette pensée dans leurs esprits '? Ne vous imaginez pas, mes chers auditeurs, qu'en cela Dieu agit par intérêt ou comme un maître, sévère exacleur de ses droiis et déterminé à ne rien pL'rdre de ce qui lui est dû. Mais reprend saint Jérôme, il exigeait d'cMx ce devoir, parce qu'il prévoyait que sans cela les biens même qu'ils recevaient de lui, leur seraient préjudiciables; que sans cela les prospérités dont il les comblait ne serviraient qu'à les pervertir; qu'il n'y aurait que ce devoir de reconnaissance qui pût les préserver d'une entière corrui>tion; que, du moment qu'ils le négligeraient , leurs mœurs aussi bii-n que leur foi commenceraient à se dérégler ; et qu'ils ne seraient jamais ingrats , sans être, par une suite nécessaire , insolenls , impies, réprouvés. Dans cette vue, poursuit saint Jérôme , Dieu leur fit observer des solennités , leur ordonna des sacrifices , leur prescrivit des cérémonies et des lois, et c'est dans cette même vue qu'il nous propose à nousmêmes le médiateur et le Sauveur des hommes , comme le modèle, comme le supplément, comme la perfection de notre reconnaissance. Trois choses que je vous prie de bien observer. Comme le modèle de notre reconnaissance; car c'est ici que Jésus-Christ nous dit : Inspire, et fac secundum exciitplitr (l'^xod.WV) : Veux'tu, chrétien , n'être pas ingrat envers Dieu, regarde-moi, et imite-moi. Offre-loi de même que je me suis oITcrI, et sacrifie-toi dans le même esprit que je me suis sacrifié. Comme le supplément de notre reconnaissance; car tout ce qu'il y a de déleclueux dans les actions de grâces que nous rendons à Dieu, est amplement et abondamment supplée par l'oblation d'un Dieu. Comme la perfection de notre reconnaissance, puisqu'un Dieu a pu seul rendre sufllsamment, cl, pour ainsi dire, avec une juste proportion, l'iut ce ([ue nous devions à Dieu. .\rrêlons-nouslà, mes cliers auditeurs, cl là' lions

à profiter de ces divines leçons.

A quoi se réduisent-elles? à confondre en nous cet esprit d'ingratitude, qui fait que, bien loin de reconnaître les bienfaits de Dieu, on ne convient pas même avec Dii u que ce soient ses bienlails ; que, bien loin de loi en rapporter la gloire, on ne veut pas lui en tenir compte , qu'on se les attribue à soi-même ; qu'on s'en fuit des armes contre lui ; qu'on en devient plus fier, plus vain, plus orgueilleux, et par conséquent plus emporté dans ses passions et plus vicieux; car que voyons-nous dans le inonde de plus ordinaire, que des hommes ainsi dénaturés, sans néanmoins passer pour l'être , et sans faire réilcxion qu'ils le sont; des hommes, non-seulement enflés , mais corrompus par les prospérités dont Dieu les comble ; des hommes qui semblent ne mépriser Dieu, que parce que Dieu les a distingués, et dont on peut bien dire qu'ils ne sont méchanis que |)arce qu'ils sont heureux? Combien en voyons-nous qui, au lieu d'aller au principe des succès et d(S avantages qu'ils ont dans la vie, croient avoir droit de s'en applaudir, et se disent secrètement à eux-mêmes : Maviis nostra excclsa , et non Dominus fecit liivc omina ( Dcut. XXXI! ) (Test moi (jui me suis fait ce que je suis, c'est moi qui ai eiabli ma niaison. c'est p.ir mon industrie et i::on travail que je suis parvenu là; tout cela l'st l'ouvrage de mes mains ? Où est aujourd'hui le riche mondain à qui l'on ne puisse faire avec douleur et avec indignation le même reproche que Moïse faisait aux Juifs : Incrassatits est dUectiu , et recalcitravil ; incrassatus , impingiuilits, dilalalns, dereliquit Dciim fitclorem suum , el recessil a Deo salutitri sno (Ibid.) : Il s'c t engraissé des biens de Dieu, et c'est pour cela qu'il a été rebelle à Dieu, qu'il a quitté Dieu, l'auteur de son être et le réparateur de son sahtt. .\bus que Dieu déteste souverainement, et que nous ne pouvons assez délester nous-mêmes. Selon toutes les lois de la justice, plus un homme est coml)!édebiens, plus il devraiiêtre fidèle, fervent, iitlachè au culte de Dieu, et, par un elïet tout contraire, plus on est comblé de biens, plus on est froid et indilïérent pour Dieu; disons mieux, plus on est impie et ennemi de Dieu.

Ah 1 mes frères, s'écriait saint Rernird, heureux l'homme qui est toujours en crainte, et qui n'appréhende pas moins d'être accablé des bienfaits et des grâces qu'il reçoit, <iue des péchés qu'il commet ! licatus liomo (jui scmprr est jici'idus, nec minori angitnr sdilicitudine, ne obrnalur bencficiis quam pco cutis {Ilcrn.)\ Pourquoi cette crainte et cette inquiétude touchant les bienfaits de Dieu ? Apprenez-le : parce qu'il est certain que les bienfaits reçus de Dieu seront aussi bien pour nous un sujet de damnation au dernier jugemeni, que les péchés commis contre i)ieu ; et, parce qu'il est vrai (ju'au lieu que les péchés commis peuvent au moins nous humilier, et par là servir à notre conversion elà notre prédeslination, les bienfailsde Dieu méconnus ne servent (]u'à nous aveugler, qu'à nous endurcir, qu'à fonsenter notre iui.

UiSI MVSTKULS. SLin:O.N Wll. SLU LA l'IKIKiC \TION. f^vj

[H^'iiilnico. No \oiis oloiinez ilonc p.issi j"iii- clu (l<'\oir de la [xiiiloiicp. Au coiilrairo, cllo sisle sur celle morale : peul-êlre Dieu aie doil vous y exciier et vnus y enga;,'or plus ra-l-il iiispiié(; coiuiiie la |)!us propre à f 'rleiiuiil, en vous faisant voir jusqu'à quel vous loucher, et pcul-èlrc a-l-il prévu que ce point Dieu hait le péché, cl jusqu'à quri sérail colle à quoi vous résisleriez moins. poiul il iloil être haï et puni. Je dis haï par Comhien a-t-on \u de pccîicurs insensibles nous-mêmes, cl puni j)ar nous-mêmes. Car, à tous les fhâlimcnts divins dont on les me- ne nous y trompons pas : il est vrai que 1 • Il içail, se laisser attendrii- par le motif de la Fils di' Dieu, eu se présentant pour nous à reconnaissance? Ainsi Dieu en usa-t-il à l'é- snn Père, lui a présenté dans son adorahle gard de David : au lieu délai représenter personne des mérites infinis : mais pourquoi ? lenorniité de son crime, il lui remit devant alin que l'excellence de ses mérites relevai les yeux le nombre de grâces dont il l'avait les nôtres, et non pas afin d'exclure absoluprévenu : c'est moi, lui dit-il par la bouche ment les noires, et de nous décharger du lie son Prophète, (]ui vous ai sacré roi d'is- soin de les acquérir. Les nôtres sans les raël, c'est moi qui ai aiïernii votre trône, siens ne seraient rien ; nos satisfactions sans c'est moi qui vous ai délivré des mains de celles de cet Homme-Dieu , ofl'ert à Dieu Saiil; et si lous ces b'cnfaits vous paraissent seraient inutiles: mais aussi les siennes, peu de chose, j'y en ajouterai encore de plus (junique abondinles el surabondantes, maup:rands : El si purra sunt istu, mijiciam libi queraienl sans les nôtres, d'un accompagne- •nmllo majora (II licg., XII). David fut ému ment nécessaire pour nous les rendre prolide ces paroles ; il ne put soutenir l'aimable libles , el pour nous les appliquer. Il faut re|iroche que Dieu lui faisait: de pécheur donc que les noires soient jointes aux sienliu'il élait, il devint en ce momenl un juste, nés. Car c'est ainsi ((ue Dieu l'a ordonné ; el un saint, un homme s don le cœur de Dieu. ii est bien juste (jue, comme Dieu ju"-e et je ne vous en dis pas davanla!j;e, chrétiens : vengeur, il exige de l'honune criminel toute Dieu vous a donné, aussi bien (ju'à David, la réjiaralion dont l'homme est capable, des âmes nobles ; el p(Hir(iuoi le souvenir Mais nous , mes chers auiliteurs, nous en de tant de biens, dont le Seigneur vous a jugeons et nous en vouion-. juger tout aulrecomblés, ne ferait-il pas sur vous les mêmes ment. Sans êlrc héréliques ijc profession, impressions"? nous le somnu's de pratique el d'effet. Je Knfin,Dicu se fait aujourd'hui connaître Tn'exp'.icjue. Une des erreurs de l'hérésie des comme vengeur du péché, puisque Jésus- liernieis siècles, esl de ne vouloir point re- Christ parait dans le temple de Jérusalem, conuiître la nccessilé des bonnes œuvres, comme la victime destinée pour l'expiation surtout desœuvres [lénales et salisfa(loiris ; du péché, et pour la réparation qui en était cl, si nous renonçons à ce dogme dans la due à la justice el à la sainteté de Dieu. lié- spéi'ulation , du reste nous le suivons dans paraliou que Dieu allendait depuis tant de lonic la conduite de la vie. Nous exaltons siècles, el ((ue Jésus-Christ seul devait com- volontiers le prix de celte divine oITrande, mencer dans la so'ennité présente. Dieu, ijui a été faile à Di'U dans le leiiiplc de Jédis-je . l'allendail , celle réparation. Car il rusalem par les mains de Marie, el nous nous fiilait qu'il lût vengé; et, tout miséricor- en tenons là , comme si nous étions persua- (lieux (juil est, il ne dev;iit j.imais pardon- dés (jue tout ce que nous pouvons y ajouter ner à l'homme pécheur, si sa colère n'élait n'est qu'une pure sur érogalion. Non-sculeapaiiée par niie hostie, (jui du moins [)ûl au- ment on vil sans pénitence, mais on cherche tant le glorifier que le péché l'avait désh' - l'u tout ses aises cl ses commodités ; mais noré. Or, nul autre (]ue Jésus-Christ ne on \ eut èlre de toutes les jiarlies déplaisir, pouvait ainsi réparer la gloiie de son Père : el entrer dae.s lous les jeux et tous les diet voilà pourquoi il s'est offert. En < ffit, verlissemeuls du monde ; mais on se ren I c'est ic, aussi bien que dans sa circoncision, idolâlie de son corps, et l'on ne refuse qu'il paraît S'Us la forme de pét iieur, ou rien à ses sens de tout ce qni les peut (lat- (ju'il se sulislilue en la place des pécheurs. 1er. lisl-ce là l'exemple (jne Jésus-Christ Marie et Siméon, en le présentant, le livrent, nous donne dans sa présentation '? sonl-re pour parler de la sorti', à la justice divine. là les bçons qu'il nius fait; et par quel Comme s'ils disaient à Dieu : vengez-vous, injuste |)ar tage prétendons-nous lui laisser Seigneur , votre gloire le demande ; et voici loule la peine de notre rédemption, et en rede quoi vous rendre loule celle qui vous a tenir lous les avantages pour nous? Non, été ravie. Frappez, et lavez dans le sang non, chrétiens, c'est ne pas connaître Dieu, d'un Dcu lous les outrages que vous aviz ce Dieu des vengeances, que d'espérer en reçus. Si le temps n'ist pas encore venu de être quilles auprès de lui à si peu de frais el porter le coup, la viLlime est toujours entre sans qu'il nous en coûte. Or il ne tient néan- ^os mains, et ce sera pour le înoment que moins qu'à nous de le counatlre dans ce mjsvolre sagesse a marqué et qu'il vous |d.;ira 1ère, comme il ne lient encore qu'à nous de fairecclaler vos vengeances. Or, chréliens, d'apprendriw'i nous connaître nous-mêmes, ou vous l'a dit cent fois, el moi-même je ne et ce (]ue nous i;ous devons à nous-mêmes : puis trop de fois \ous le redire, ni vous im- vous l'allez voir dans la seconde partie, [irimer trop avant dans l'espril une si impor- secondiî partie. tante vérilé : (juoique celle oblalion de Je- C'était un princi|)e établi , même parmi les sos-Christ ait suffi pour elTacer tous les païens, et dont ils ont fait comme le point péchés du m'inde, elle ns vous dispense pas capital de leur morale, que de se connaiti e

12S3 OIÎATEURS SACRES. DOIROALOUE. 1284

rsl l'ahrégé de t<mto la sngosso et df toule l'autre sensible, et à l'exemple du grand la perfection. Connaissez-vous vons-iné- saint Léon, réveiller par là votre foi, en mes, disaient ces sages du momie, (lépoiir- vous disant : Connaissez, ô hommes! coque vus du don de la foi, mais dont les maximes vous valez, cl connaissez ce que vous êtes. ne laisseront pas de servir un jour à la ron- Deux choses à quoi se réduit toute la sciendamnalion des chrétiens : connaissez-vous ce. je dis la science pratique et saluLiirc de vous nième-i , et vous serez humbles. Or, vous-mêmes : deux choses qu'il faudrait étuélanl humbles, nous vous répondons do vous dicr tous les jours de noire vie : ce que nous el, sûrs de celte seule vertu, nous vous ga- valons, et ce que nous sommes. Ce que nous rantissons toutcsies autres. Connaissez-vous valons dans re>lime île Dieu, el ce que nous vous-mêmes, ajoutaient ils ; el, quel(]ue fi- sommes par la vocation et la prédestination gure que vous fassiez dans le monde, vous de Dieu ; ce que nous valons, quoique pé- .ivouercz que vous cics peu de chose ; que cheurs.etce que nous sommes, comme chrépcu de chose vous enfle, et que peu de chose tiens. Or, pour l'apprendre, il suffit de convous abat ,• connaissez-vous', et vous décou- sidérer ce qui se p.isse aujourd'hui dans le vrirez dans vous des misères qui vous con- temple de Jérusalem, et c'est ici que j'ai cnfondront, des vices qui vous clTraieronl, des core besoin de toute votre attention, faiblesses d'esprit dont vous rougirez, des Ce que nous valons dans l'esliaie de Dieu, bassesses de cœurdont la seule vue réprimera pouvons-nous l'ignorer, chrétiens, en voyant tout votre orgueil el tout votre amour propre; Jésus-Christ offt^rt pour nous, Jésus-Christ connaissez-vous, et vous trouverez dans livré pour nous. Jésus-Christ accepté pour vous une raison pleine d'erreurs, une volonté nous, c'cst-àdirc, Jésus-Christ offert, livré, fragile el inconstante, des passions insensées, accepté comme le prix de notre rédemption ? et souvent les plus lâches et les plus bon- Dans l'estime des hommes, cette règle pourleux désirs. Tout cela vous humiliera, tout rail n'être pas sûre, parce que les hommes, cela vous détrompera des vaincs idées que ne connaissent pas toujours la valeur des vous avez de vous-n;êmes ; mais c'est par là choses, cl qu'ils se trompent souvent, en «iuo vous parviendrez au mérite des vertus donnant beaucoup pour avoir peu; mais, solides; c'est par là que vous serez justes, dans celle de Dieu, qui est infaillible, le rainiodérés, doux, charitables ; en un mot, ion- sonnemcut de saint Augustin est vrai et connaissez votre néant, et vous deviendrez d's vaincant, lorsqu'il nous dit : Voulez vous liommcs parfaits. Ainsi raisonnaient ces iufi- savoir rcxcellence et le mérite de ce que Jedèb's, el c'était sur ce fondement (luc le sa- sus Christ a racheté ? voyez à quel prix et à vant Cassiodore, chrétien de profession et quelle comlilion il l'a racheté : or, ce qu'il a de religion, croyait avoir droit de conclure racheté, c'est voire âme, c'est votre salut, que la véritable grandeur est de bien com- c'est vous même, et il l'a racheté au prix de prendre sa petitesse : A'/;)(m nuuinitudo est son sang, au prix de sa vie, au prix de sa sui intclligcreparvitalein(Cass.). El mo\, mes personne même. Il y a donc de la proporchcrs auditeurs, prenant la chose dans un tionenirc votre salut et le sang d'un Dieu, ensenlmicnt, ce semble, opposé, mais éga- tre votre âme el la vie d'un Dieu, entre vous lement propre à nous instruire el à nous même et la personne d'un Dieu. Peut-être ne édifier, je prétends que la petitesse dont nous l'aviez- vous jamais compris; mais voilà avons plus à nous confondre, el que nous néanmoins la grande leçon que vous fait le devons plusscuivent nous reprocher, c'e^de Rédempteur des honuues, en se présentant ne pas connaître assez notre véritable gran- dans le temple. Qu'est-ce que le salut de deur. Je souliens que l'homme étanl aussi l'homme ? un bien pour lequel Dieu, agissant grand dans les idées de Dieu, qu'il est petit selon l.s lois de sa sagesse, n'a pas épargné dans lui-même, sa |ierfeclion cl son bonheur son propre Fils ; un bien qui, mis dans la est de se regardir toujours dans Di;u, el ja- balance, mais la balance du sanctuaire, l'a mais dans lui-n)ême, de s'élever continuel- emporté par-d-ssus tous les mér. les d'une lement à Dieu, et de ne faire nul retour sur vie divine, puisqu'il est vrai qu'une vie dilui-même, de se confier, de se glorifier en viue avec toutes ses perfections et tous ses Dieu, et, s'il était possible, de s'oublier éler- mérites, lui est aujourd'hui sacrifiée, nellement lui-u;ême : pourquoi"? parce que la Voilà, homme du monde, ce que vous avez vuedclui-même,(lélachcedecelledeDieu, ne coûté à Dieu et ce que vaut, dans l'idée de peut queledéses|iérer et ledésoler et qu'il est Dieu, votre salut. Prenez garde, s'il vous question de le fortifier el de l'encourager. plaît : quand on nous dit qu'en comparaison .Mon dessein n'est donc pas maintenant de de ce salut, tous les biens de la terre, (juc cous inspirer ces pensées basses de vous- nous prisons tant, ne sont que des ombres mêmes, m de vous représcuterce fonds d'hu- el des f.intômes ; que ce salut est l'unique milialion, qui, comme parle un prophète, nécessaire dont nous puissions compter laccsl au milieu de vous ; mais je VI u\ au con- quisilion et la possession pour un gain, cl traire, sans préjudice de 1 humilité chré- que tou't ce qui ne s'y rapporte pas doit êlre tienne, et pour vous attacher à vos plus im- censé comme une perte selon l'Apôtre : reportants devoirs , vous mettre devant les rumlamcn hœc omnia delrimcnhnn fcci {Pliiycijx votre excellence cl votre dignité : ex- lipp., 111) ; qu'il ny a qu ■ ce salut qui subcellcnce que vous avez jusqu'à présent igno- sisle et qui s.c.il éternel, au lieu que tout le ree, dignité dont vous avez été nulle fois les reste est pa-ssager ; que notre cœur inquiet profanateurs. Je veux vous rendre l'tin et tl volage ne peut trouver de repos que dans

re sailli, et que rien de visible ne le peut fixer, hrauconp moins le roniplii ni le rassasier. Quand on nous prèilieces vérités, nous en convenons malgré nous ; cl, quelque préoccupés que nous soyons en faveur du monde , nous nous disons inlérieurenient qu'il n'y a en effet que le salut qui soit di- 5,Mie de liolre eslime, et qui mérite absolument nos soins. Or, (oui cela, pour parler avec Terlullien, cesonlles lémoignagcs d'une âme nalurellemenl clirelieiinc : et c'est assez pour en ,iug;er de la sorte, de n'être pas deraisonnables ; puisque les philosophes, prévenus du sentiment de leur immortalité, en ont ainsi ju^é eux-mêmes, et qu'ils s'en sont l'ail honneur. Mais, quand à ces tcuioignagcs de la iialure, la foi ajoute les siens ; et que, nous proposant un Dieu oITert pour nous en sacrilice, elle nous fait comprendre que notre salut n'a pas pu être mis à un moindre prix que celui-là ; que tout autre que ce l)icu de g'oire, reçu, si j'o>e user de ces expressions, en paiement et consigne >ur l'autel comme iiolie rançon, n'aur.iil pas sulli pour racheter le plus vil de tous les pécheurs ; qu'il a fallu qu'il s'y employai lout entier ; que c'est en considération de ce myslère, que David, par un esprit de prophelie, appelait ce Dieu qui le devait sauver, non plus le Dieu du ciel et de la terre, mais le Dieu de son salut : Domine, Dcus salulis tneœ [Ps., XXXV'1|) : comme si l'on pouvait dire sans blasphème que toute la divinilé est aujourd'hui reslreitUe à l'ouvrage de la rédemption de l'homme ; et que ce Dieu de niajeslé n'est plus ce qu'il est que pour l'homme et pour son salut, puisque c'est pour le salut de l'homme qu'il est non-seulement dotiné, mais donné reprend saint Augustin, jusqu'à devoir élre un jour détruit, et en quelque sorte anéanti (tellement que cet incomparable docteur, peneiré delà pensée du prophète, s'écrie encore avec lui : £l /()f<!«.s- est mihi insalulem [P^., CXA'li) : Oui, mon Dieu, je suis voire créature, et, en celle qualité, j'ai été fait pour vous ; mais lorsque je vous vois revêtu d'un corps, et entre les bras de iMarie, dans votre adorable Présenlalion, il me semble (jue tout Dieu que vous êtes, vous avez été fait pour moi, et je ne nie trompe pas : Et factus est mihi in salulem) ; quand la foi, dis-je, venant au secours de notre raison, remplit nos esprits de ces vérités importantes et convaincantes, ah I chrétiens, pour peu que nous ayons de christianisme, que devons-nous penser de ce salut, dont l'excellence et la prééminence audessus de tous les autres biens nous est si au- Ihenliquement révélée '?

Mais, si cela est, comme nous n'en pouvons douter, où en sommes-nous, et que devons-nous penser de nous-mêmes , en voyant l'affreuse coalradiction qu'il y a sur ce point entreuotrc vie et notre fui'? Car enfin, comment accorder une telle foi avec cette inilifférence pour le salut, avec cet oubli du salut, avec ce mépris du salut, avec cet abandon volonlaire du salut où nous vivons'? esl-il r;-eu do plus négligé dans le munde '? N'ous dc-

MVSTliUES. SERMON Wll. SLilt LA l'Ur.lFItlATIO.N.

mandiez autrefois, Seigneur, ce que l'Iiommc pourrait donner en eclianj/e pour son àme, et par où il pourrait se r.iclieter s'il >enaiî jamais à se perdre : Aut qumn dabil hnmo cominulalinnein pvo anima sua [Matth,, X\')? et je ne suis point surpris que >ous en ayez ainsi parlé ; car après vous être donné pour l'Iiomme, ne l'avicz-vous pas réduit dans l'impossilulité d'imaginer jamais un échange qui le dédommageai d.' la perte de son salut ? ne devail-il p;is êlrc le premier à se dire ua million de fois:(>artw dabit liomo commul<tlio~ nem pvo anima sua? Depuis que ton Dieu t'a racheté à ses propres dépens, pouriiuel avantage et quelle espérance du siècle, malheureux, le commettras-tu désormais, el lexposeras-lu à périr'? .Mais, hélas ! ne faiil-il p.is ici changer la proposilion ; et, saisi d'un prodige aussi oulrageus pour vous, Seigneur, qu'il nous est funeste, ne puis-je pas demander pour quel sujet , fùl-ce le plus fri\ole , 1 homme mondain n est-il pas prêl à tout moment de donner son âme, de la vendre, de la prostituer? Ksl-il un inlérêt qui ne ra>eiigle? est-il un caprice qui ne l'emporte ? est-il une chimère d'honneur dont il ne s'enlêlc ? esl-il un attrait de volupté qui ne le charme el ne le corrompe jusqu'à vouloir bien se damner? A en juger par ses actions et sa conduite, ce salut si prisé do Dieu ne paraît-il pas avoir dans son estime le dernier rang; et tous les jours, par la plus insigne folie el le renversement le plus monsli ueux, à quoi ne le saérific-t-il pas ? comme s'il avait entrepris de vérifier la proposition contradictoire à celle de Jésus-Christ :Quimi non dabit commulatiunem pro anima suaY Combien de chrétiens plus maudits el plus reprouvés qu'Ksaù, vivent tranquilles, après avoir renoncé, pour un vain plaisir, à leur droit d'aînesse et à l'herilage des enfants de Dieu ? Combien de pécheurs, aussi sacrilèges que Judas, font encore sans frémir, le pacle exécrable que fit cet infortuné disciple, et vendent comme lui, à un vil prix, le s.ing du juste, c'est-à-dire, leur salut, qui a coulé le sang d'un Dieu ? En cela même d'aulant plus sacrilèges que Judas, qu'au moins ce traître se reconnul, délestason crime en témoigna de rhorreur,aulieu que ceux-ci sont insensibles. Or c'est ce pr()digieux aveuglemenl que Jésus- Christ comme la lumière du monde, est \cnu guérir; et voici l'excellent remède qu'il y a apporté. Car, pour ne point sortir de notre mystère et pour faire toujours rouler celle divine morale sur la présentation du Sauveur, voici par où mon salut m'est devenu précieux. Je l'abandonnais, ce sa'.ut; et l'abandonnanl, je m'avilissais moi-même, je me livrais à ma passion, je servais en esclave la créature , j'obéissais aux sens et à la chair, et par là, selon la parole sainte, je me dégradais jusqu'à me rendre semblable aux bêles. Mais , viens, me dit aujourd'hui cet Homme-Dieu , viens, et à la faveur di's lumières dont le temple est éclairé, profitant de l'état où tu mo vois et du sacrifice , quoique non sanglant, que je présente pour toi, commence enfin à le :onniiilie. Me voilà sur l'aulel comme la

ilàl

ORATEUus SAcnr:s. iîclt.daluuf:.

viclimc et lo pri\ do ton âme : iTgnnic. ot par le prix auquel je railiî'lc, rnmprcinls ce que lu perds en la perdant. C'est l,),dis-je, cequ'il ni)us fuit entendre, et niallieiir à nous, si par lendureissement de notre cœur et par une indorililé criinincHe , nous n'écoulons jias sa voix; si jamais nous perdons le souvenir de noire cxcellenre cl de ce que nous valons ; et de plus, si nous ne soutenons pas enrore, par la sainteté de nos mœurs, notre din;nilé et ce que nous sommes.

Car, en conséquence de celte rédemption que le Sauveur des hommes vient de commencer en se présenlani pour nous à Dieu, nous sommes spécialemer.t l'héritage de Dieu, la conquête de Dieu, le peuple de Dieu. Il est vrai, comm'i créatures formées des mains de D^eu, nous appartenions déjà à Dieu; mais, comme rachetés d'un Dieu, nous lui appartenons encore par un droit lout nouveau, et nous lui sommes consacrés d'une façon toute spéciale ; or, voilà ce que j'appelle' noire dignilé. Car, remarquez ici une différence cssenli.l'e enlrc Dieu d les hommes; appart -nir aux hommes, c'est un esclavage qui nous humilie cl nous rabaisse; mais appartenir à Dieu et éUe à Dieu, c'esl, selon l'Ecriture, un élat de liberté qui nous relève et qui nous honore, en nous dégagc mt de la plus honteuse servitude, qui est celle du monde et de l'enfer. C'était la belle leçon que faisait saint l'aulaiix premiers fidèles, quand il leur disait : Mci frères, vous n'êtes plus à vous : Non eslis vestri (I Cor., VI ) ; mais vous clés à Dieu; et appartenir à un si grand maîlrc, c'esl votre gloire. Kl sur quel principe l'Apôtre appuyait-il cette consolante vérité, qu'ils n'élaient plus à eux, mais à Dieu ? sur ce qu'ils avaient élé rachetés de Jésus-Chrisl, et rachetés à un très-grand prix : Empli cnim eslis prelio iiuigno [Ibid.]. Ce n'est pas assez; mais parce «lu'eu qualité de ehréiiens, nous avons beaucoup plusdc part à celte rédi'mplion, d'ailleurs universelle et commune : c'est surtout comme chrélicns que nous sommes à Dieu, surtout «omme chrétiens que nous appartenons à Dieu ; et, par consécjuent, surtout comme ehréiiens que nous avons été honorés du saint el glorieux caractère d'enfants de Dieu.

D'où le même apô're, instiuisant lonji>urs les mêmes fidèles, concluait deux choses que je vous prie, mes chers auditeurs, de n'oublier jamais, et qui vous doivent servir de règles dans toute la conduile de votre vie. JCmjili eslis prclin nuKjno ; Vous avez élé aciielés à un grand prix, glorifiez donc Dieu, el porli'z-le dans \olre corps; première consé- (luenee : GInrificiite et portnte Deuiit in cor- ]iurr vrstro ( Ibid.). C'est-à-dire, (|ii'il nesuf- (il pas qu'on verlu de celle rédemption. Dieu règne dans nos e-prils, mais qu'il faut (jue nos corps participent à la grâce de ce mjslèrc, et que, par l'exercice d'une conlinencc exacte, ils paraissent, aussi bien que nos âmes, rachetés de Jésus-Christ, el purifiés de lout ce qui les pourrait souiller. Or, pour cela, ils doivent être révolus de la morlificalion du Seigneur Jésus, cl c'est ce i]v.c

r.\pftlre entend quand il nous exhorte à porter Dieu dans nos corps : Empli eslis pretio mofjno ; Vous avez c!é achetés à un grand prix ; ne vous engagez donc pas dans la SiTMlud.; (les hommes. Seconde conséquence : iVo/i'/c fvri servi hominum ( 1 Cor., VII) , Car il y a une servitude des hommes incompatible avec le bienheureux élat de celle rédcmpliou parfaite où nous entrons aujourd'hui; uno servitude des hommes essenliellement oj)poséc à 1.1 liberlé que Jésus-Christ nous a acquise; une servitude des hommes redouiable à tous les serviteurs de Dieu. Mais à (|ui le prédicateur de l'Evangile en doii-il donner plus d'horreur, qu'à ceux (|ui mènent la vie de la cour? et où les eiïets que produit celle damnablc servitude sont-ils plus l'uiiest 'S et plus pernicieux qu'à la cour? Servitude des hommes, engagement comme nécessaire à l'iniquilé, disposition prochaine à l'injuslicc , assujelliscement aux erreurs d'aulrui, aux caprices d'aulrui, aux passions d'aulrui; servitude des hommes dont o:i sent lout le pouls, dont on voit toute l'indignilé, dont on connaît les dangereuses suites , dont on gémit dans le cœur, dont on voudrait être délivré, et dont on n'a pas le courage de secouer le joug; servitude des hommes qui vous fait entrer dans toules leurs intrigues et tous leurs desseins, quelque criminels qu'ils soient ; qui vous fait acheter leur faveur aux dépens de tous les inlérêls de Dieu, aux dépens de tous les intérêts de la conscience cl du salut, aux dépens de vous-mêmes et de votre iune. Ahl mes frères, cles-vuus hommes, et surtout étes-vous chrétiens, pour servir de la sorte. Prenez garde : je dis pour servir de la sorh . Car à Dieu ne plaise que je fasse d'ailleurs consister la liberlé clirelienne à s'aiïranchir du juste devoir qui nous soumet aux puissances légitimes. Je reconnais avec l'/^pôlre, el selon l'ordre sagement établi de Dieu, qu'il y a des hommes qui doivent être obéis par d'autres hommes el servis par d'autres hommes. Je puis même ajouter que jamais ils ne sont mieux obéis ni mieux servis que par des hommes vraiment chrétiens, parce que l'esprit du chri>lianismc est un esprit de subordination et de soumission. Mais du resle cette dépendance que nous inspire la religion a ses bornes, el j'en reviens toujours à la maxime de saint Paul : Nolite fieri servi hominum. Non, vous ne devez pas servir les hommes jusqu'à en faire vos divinités, jusqu'à les subslilucr en la place du premier et sou\ er.iiti maître à ((ui vous apparlencz, jusqu'à leur vendre sa loi, à leur vi udre voire innocence, à leur vendre voire élernilé, en vous rendant fauteurs de leurs \iccs, com|ilices de leurs desordres, compagnons de leurs deb.uiehes, approbateurs perpétuels de tout ce que leur suggère la ciipidilé, le plaisir, l'ambilicin, l'envie, la haine, la vengeance, le libertinage et l'impiété. ^'oilà ce que j'appelle , non plus une obéissance raisonnable, mais une servitude, et la plus vile servitude : voilà de quoi un Dieu san> eur a prétendu nous dégager.

MYSTEP.r.S. SEUMdN XYi!l. SUU LA rCKiFir.ATION.

l-2fO

Prenons donc ilos soiiliinoiils ilif^ncs do lui vl dl'^nv» (le nous, liosi^eclons dans nousniénirs lo droit de Oicii, et ne prol'anons pas ce qui lui vient d'èlre scdcniielleniont dévoué |)ar l'oblalioi. de IHoinnie-Uieu. Car je puis bien vous appliquer cette parole que nous avons vue dans IKvangile de ce jour ; et, selon le sens qu'elle exprime, dire de diacun de vous (ju'il est le saint du Seiijncur : SanclHin Domino vocabilur [ Luc, Il ) ; le saint du Seii;neur. parce que dans la personne de Jésus-Christ il a été oITert au Seigneur ; le saint du Seigneur, parce qu'il ne doit ser\ir et qu'il n'est destiné (|u'à procurer la gloire du Seigneur; le saint du Seigneur, parce qu'il en est la demeure, qu'il en csl le leni|)le vi\anl, et que c'est en lui que l'esprit du Seigneur est venu liahiler pour en prendre possession : Sunctum Domino vocabilur. Tellement que, sans rien diminuer en nous des senliinenls de riiumililé chrétienne, nous pouvons nous regarder devant Dieu comme quelque chose de sacré; et (]ue dans cette vue nous devons en tout nous comporter avec la même attention et la même circonspection qu'on traite les choses saintes. Or, ce (jui est saint ne doit être employé que pour Dieu , ne doit élre rapporlé <|u'à Dieu ; aulrcmenl ce serait le méconnaître et nous méconnaître nous-mêmes : Sunctum Domino rocabilu)'.

C'est, sire, cette inlenlion droite, cette vue de Dieu, (jui consacre et qui relève les grandes actions de Votre Majesté. A en juger seulement selon les principes de la sagesse humaine , nous y trouvons tout ce (jui peut faire un grand roi selon le monde, c'est-àdire, un roi puissant, absolu, régnant par lui-même, magnifniue dans la jiaix, invincible dans la guerre , impénétrable dans ses conseils, infaillible dans ses entreprises, vénérable à ses sujets, fidèle à ses alliés, redoutable à s<'s ennemis, donnant la loi aux souverains, tenant dans ses mains la destinée et le sort de l'Europe, au-dessus de la llatterie et de l'envie par son élévation, et au-dessus de sa propre gloire par sa modéralion. Mais, sire,Votie Majesté est trop chrétienne cl trop instruite des saintes maximes de lEvanpile , pour ne pas voir l'inutilité et le néant de tout ce qui brille aux yeux des hommes, s'il n'est consacré au Seigneur, et si l'on n'en peut dire : Sanclum Domino rocahilur. De cet éclat qui vous environne, de ce nom qui a retenti dans toutes les parties de la terre, de celle réputation qui a passé jusqu'aux ex- Irémilcs du monde, et qui vivra dans la plus longue postérité ; de ces batailles gagnées, de ces victoires remportées, de tant de faits mémorables, rien ne resteradevanl Dieu , que ce qui se trouvera marqué de son sceau; cela seul subsistera , cela seul sera pour vous le fond? d'une gloire solide et d'un mérite éternel. Vous vous êtes aujourd'hui présente, sire, à ce suprême Seigneur de toutes choses, non-soulement comme le premier-né di; la plus auguste famille qui soit sous le ciel, mais comme le fils aîné de l'Eglise. De tous temps nos rois se sont glorifiés de celte <iua- Oi'.ATiaus sicuts. XIV.

lité;mais \'otre Majesté s'en isl l'ait un engagement aux plus éclatantes et aux plus héroïques vertus. Elle ne s'esl pas contentée du titre de fils aîné de l'Eglise, mais elle a voulu le remplir et ie soutenir d'une manière dont les siècles passés ont vu peu d'exemples, et qui pourra servir de modèle aux siècles futurs. Comme fils aîné de l'Eglise , elle a écouté les ministres dcIésus-Christ, elle s'est rendue à leurs remontrances, elle a secondé ou plutôt prévenu, excité, fortifié leur zèle ; et, puis(jue c'est ainsi qu'elli'-mème s'en expliciue, elle a consenli à la diminution de ses droits, pour contribuer au retablissemenl de la discipline et à la conservation de la pureté île la foi ; n'ayant compté pour rien ses intérêts, parce qu'il s'agissait des intérêts de. l'Eglise; et , sans consulter une fausse prudence, ayant fait céder à sa religion , nonsculenienl ses prélenlions , mais ce qui lui était déjà tout acquis par une longue possession. C'est de quoi cette déclaration que Votre Majesté vient de donner, si authentique, si sensée , si pleine de l'esprit chrétien , si propre à concilier le sacerdoce et la royauté, sera le précieux monument. La postérité la lira et, en la lisant, ((inlessera que Louis le Crand n'a pas été moins grand par son in- \iolabIe attachement à l'Egiise, que par toutes les vertus politiques et militaires. A'oilà . sire, ce ((ui est marqué dans li- livre de vie avec des caractères inelTac iblcs. On oubliera enfin tout le reste; cl, quehiue immortalité (pie le monde lui promette, le inonde périra lui-même, et to'utc grandeur humaine périra a^ccle monde. Ce que Votre M.ijeslé fait pour l'Eglise ne s'oubliera ni ne mourra jamais ; l'Eglise le publiera; et, comme elle ne doit point avoir de (in, sa reconnaissance n'aura l'oint de terme, non plus que la récompense qui vous est réservée dans l'éternité bienheureuse, où nous conduise, etc.

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