PREMIÈRE PARTIE
Il n'y a qu'un Seigneur, dit saint Paul : Vnus Dumiiuis {Eplua., IV) ; et Dieu seul a droit de prendre absolument cette qualité à l'egaid de I homme. Quand on dit, en parlant des granils de la terre, que les hommes qu'ils ont élevés cl dont ils ont fait la (brlunc sont leurs créatures , c'est une flatterie que l'usage a intioduile , mais que la religion, bien foin de l'approuver, contredira toujours. En (lîel , les grands peuvent bien avoir des serviteurs, ils peuvent bien avoir des sujets, ils i:eu\enl bien même avoir des esclaves; mais il ne convient qu'à Dieu d'avoir des créatures, qui, dans le fond de leur être , soient à lui et de|)ei!drnt de lui; el c'est en quoi je f.'.is consister l'essence de ce souverain domaine qu'il a sur nous. Or de là, chrétiens , il s'ensuit d'abord, que, de tous les tributs que nous devons à Dieu, celui [lar où nous distinguons Dieu cou.me Dieu , et l'unique même par où Dieu prétend être reconnu de nous pour ce <iu'i! est, c'est celle oblalion de nous-mêmes dont j'ai entrepris de vous insiruire ici. Carde tout le resle , dit excellemenl saint Augustin, nous en pouvons êlre redevables aux hommes ; nous pouvons leur devoir nos assiduités el nos soins ; nous pouvons leur devoir nos biens , el quelquefois leur devoir nos vies; mais jamais nous ne pouvons nous devoir nous-mêmes à eux. Ce fonds de nous-mêmes est quelque chose que Dieu s'esl réservé singulièrement, et dont il exige que nous lui lassions honneur. Telle est , reprend saint Augustin , la nature de l'homme; et voilà, mes chers auditeurs, le granil mjsière que Jesus-Christ, cet homme par excelUnce , cet homme prédestiné pour êlre l'exemplaire et le modèle de tous les autres hommes, cet homme choisi et cnvo3e au monde pour v faire connaître la supériorité infinie du doïiiaine de Dieu, voilà, dis-je , le grand mystère qu'il nous découvre dans la solennité de ce jour.
D sait que le domaine de Dieu, son Père, a êlé\iolé;ils'est cliargéd'en réparer la gloire, et il enireprend de la rétablir parmi les hommes. Mais comment"? sera-ce par le sacriUcu des animaux et par le sang des victimes'/ serace par l'encens qu'il fera brûler sur les autels du Seigneur, ou en lui présentant des liuit-; de la terre '.'non, mes chers audileurs.