‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 119 sur 132 · MYSTERES. SEUMON XVIII. SUR L.\ rilUEICATION. I^gj · texte numérisé non relu

MYSTERES. SEUMON XVIII. SUR L.\ rilUEICATION. I^gj

f(Mie scrail poinl là s'offrir lui-ind'me , cl nous lui aiipailcuious , sans lu vouhiir, p.-ir

louie aiilre vit lime que lui-niciue ne pour- la néccssile inséparable de noire ôlre; el il

lail (ligncnicnl honorer ce sn|ir(J!ne domaine, esl vrai ((uc nous sommes encore à nous-

ilonl il veut rehausser l'éclat, el auquel il mêmes par l'exercice de ce franc arbitru

vient rendre l'hominage nui lui esl dû. C'est (lontDieu nous a laissé ladisposilion,(|uoi(iuo

dans cel esprit qu'il paraît aujourd'hui de- nous n'y soyons plus par cet engagement de

vaut la niajeste divine, |)our lui reiulre un justice qui nous assujettit à lui en vertu de

culte (ju'il pouvait seul lui rendre. Car ne notre création. Or, voilà, mes frères, dit

coul'i)ndons l'Oint cet eof,L;nt et ce premier-né saint Chrysostome, sur quoi est fondé co

avec les autres aînés d'Israël. Sous le voile piéceple naturel el divin ([ui iu)us oblige à

de celle humanité dont il est re^ét^, ce n'est nous consacrer et à nous dévouer à Dieu,

pas seulement un homme qu'il oITre à Dieu Car, si nous appartenions lellement à Dieu

en s'offranl lui-même , mais un Dieu , puis- que nous n'eussions plus aucun domaine sui"

qu'en cITet il esl Dieu lui-même, el que, tout n<!us-mémes , nous serions incapables de

Dieu qu'il esl, il se soumet; que tout Dieu faire celle escellenicobialionde nous-mêmes,

(]u'il est, il s'anéantit; que tout Dieu ((u'il esl, en quoi consiste le principal mérite de notre

< l même parte qu'il est Dieu , il se présente, religion ; et, si nous étions lellenienl à nous-

afin (juc le mérite de sa personne relève le mêmes que Dieu n'eûl |ilus aucun domaiuc

mérite el le prix de son sacrifice. sur nous, Dieu ne pourrait plus exiger de

Arrêtons-nous là, chrétiens : il n'en faut nous que nous nous donnassions à lui. Mais

pas davantage pour notre inslruetion. Voilà étant nécessaiiemenl à lui d'une façon et

le précis de celte ohialion essentielle à (juoi pouvant n'y étio pas de l'antre, en consê-

se léduit , non-sculemenl le principal desoir qu(>nce de l'un. Dieu est en droit de prétendre

de riionunc, mais, pour parler avec le sage, l'autre ; cl parce que nous sommes à lui par

tout l'homme : //oc cnï enim omnis Iwmo néiessilé, il nous l'ail ce cummandemeut si

(t'ccles., XII). Voilà l'imporlanle leçon ([ui^ légitime d'êire eut ore à lui par élection et

nous fait le Sauveur du monde, et l'exemple par volonté, l'euton rien concevoir de plus

qu'il nous propose pour nous servir de mo- juste?

déle. Nous n'avons rien qui soit plus à nous, Ouellc clail donc l'intention de Dieu dans

ni tout ensemble ijui soit plus à Dieu, ijue celle loi de la présentation des enfants, et

nous-mêmes : c'est donc de nous-mêmes que (juel est encore sur nous le dessein de sa

nous devons tirer ce tribut qu'il exige de providence dans le mystère <iue célèbre au-

nous, et qui lui est inconteslahlemenl el né- jourd'liui l'Eglise? le voici, chrétiens: il veut

cessairement affecté, comme au premier (]ue , par une oblalion libre et volonlairc de

maître. Pour mieux entendre ma pensée, nos personnes, nous lui cédions ce domaine

prenez garde à deux propositions que j'a- (pie nous avons sur nous-mêmes : domaine ,

vance, el dont l'apparente coniradietion va rem.ir(]uez ceci, je vous prie, domaine qui

nu'tlre dans tout son jour ce j)oinl fonila- ne nous peut être avantageux que i>ar la

mental (jue je Iraile. En qualiié de créatures, cession que nous lui en faisons; domaine

nous ap|iarlenons essentiellcnu'nt à Dieu: par nous le plus préjudiciable el le plus fu-

c'esl le premier principe que je pose, l'rin- nesie, si luius nousle réservons. Dieu, dis-je,

cipe que toute la théologie reconnaît et ((ue veut <iue nous lui cédions ce domaine , ptnir

la nature même el la raison nous enseignent, eu rehausser, el s'il m'est permis de parler

Car à «lui l'ouvrage peut-il plus justement ainsi, pour en accroilre le sien : afin qu'il

a[iparlenir (ju'à l'ouvrier qui l'a Ibrmé? Je soit vrai que nous lui appartenons dans

dis néanmoins d'ailleurs, cl c'est une véri:é toutes les manières dont nous pouvons lui

(lui nous esl marquée en mille endroits de appartenir. Justjue-là, pardonnez-moi, mou

l'Ecriture, qu'il dépend de nous, ou d'appar- Dieu, si je nie sers de celte expression, jus-

lenir à Dieu, ou de ne lui pas appartenir; et ((ue-là il n'est notre Dieu qu'à demi; et

qu'il y a certains temps et certains états où pourquoi ne parlcrais-je pas de la sorte,

en effet nous ne lui appartenons plus. Ainsi puistiue , selon le lextc sacré, sans cela ou

Dieu le déclarail-il lui-iuéme aux Israélites dirait même qu'il ne l'est point du tout : Vos

[lar le prophèle Osée , quand il leur disait : nonpoj)ulusmcus,ctef/ononcrovester(Os.,\].

.!e ne suis plus votre Dieu, et vous n'êtes Mais par là il le devient pleinement, et

plus mon peuple, et quoique l'Apolre, en son domaine reçoit comme sa dernière per-

consé()uence du bienlait de la rédemption, feclion. En un mot, chrétiens. Dieu veut

nous ail dit : Vous n'êtes plus à vous, l'ex- nous avoir , mais il ne veut point de nous

périeuce toutefois nous ajiprend (ju'il faut malgré nous : et c'est là, dit saint Augustin,

bien (jue nous soyons encore à nous, puisque ce qui fait sa gloire et la nôtre. Sa gloire,

nous disposons tous les jours de nous- parce qu'il n'y a rien pour lui de plus ho-

mémes, non-seulement au préjudice de Dieu, norable que d'avoir des créatures qui veulent

mais de nous-mêmes, jusqu'à nous perdre bien être à lui, qui aiment à dépendre de

(là nous damner. Comment aceoider cela? lui, qui se fassent une béatitude de s'attacher

un peu d'attention, chrétiens, el \ous l'allez à lui ; et la nôtre, parce qu'à proportion que

voir, c'est tout le secret de l'alliance da do- nous sommes à Dieu, nous nous élevons au-

maine de Dieu avec la liberté de l'homme. dessus de notre bassesse naturelle. D'où vient ,

Il est vrai, nous pouvons ne pas appar- (jue les grands, les souverains, les rois do la »

tenir à Dieu par le ciiois injuste el criminel terre, sont ceux qui par leur état oui uno

l'e notre volonté, ((uoitiu'au mêaie t<.ni[is dépendance plus prochaine de Dieu ; en bOilJ

que rpUfitlpiieailinc;' fail Kir.- véritable p;rnn- (!eiir,ct qii(> l"ol)Iip;.ilii)n spérialo qu'ils oui (l'être soumis à Dieu plus que le commun ries hommes est justement ee qui les relève au-dessus de tous les hommes.

},U\\i revenons. 11 est donc question d'obéir à ce premier précepte de la loi de grâce, en nous offrant nous-mêmes à Dieu : et qu'estce que nous-mèmi's'? qn'cntendons-nous par nous offrir nous-mè'ncs'? Ah! chrétiens, voilà le mystère que nous n'avons peut-être jamais bien compris, clou nous nous sommes laissé si souvent tromper par notre amour-propro. Il n'est rien de plus aisé que de dire à Dieu : Je m'offre à vous, je me consacre à vous, je veux être à vous; mais il faut enfin s'expliquer cl développer, en la présence de Dieu, ce mystère de nous-mêmes. Or, nous avons une rè^le inlaillible pour le connaître : car il Y a dans nous un prcmier-né, qui est notre cœur , à quoi tout le reste se réduit; et c'est ce premier-né qui doit être présenté par l'homme chrétien dans la loi évangéliquc , comme les premiers-nés d'Israël l'étaient dans la loi de Moïse. Ce creurases passions, ses attachements , ses intérêts , ses plaisirs , ses cupidités; et tout cela c'est ce qui s'appelle nous-mêmes : mais nous sommes sûrs de tout cela et de nous-mêmes , quand ce cœur est une fois à Dieu. Il est vrai que ce cœur est un abîme impénétrable, mais enfin, tout impénétrable qu'il peut être , nous savons bien à qui il est et à qui nous l'avons donné : si c'est Dieu qui en est le maître, ou la créature. Car c'est un oracle de la vérité éternelle, qu'il ne peut être à l'un et cà l'antre tout à la fois; et l'erreur du monde la plus pernicieuse est de croire (lue nous pouvons partager ce cœur entre la créature et Dieu , entre notre passion et Dieu, puisque à peine lo pouvons-nous partager entre deux passiims et deux objets créés. Disons à Dieu que nous ne voulons pas être à lui , et que nous avons disposé de ce cœur en faveur d'un autre, c'est un outrage que nous lui ferons; mais au moins y aurat-il dans cet outrage une espèce de bonne foi , et peut-être la honte que nous aurons de lui faire cette confession, nous rappcllera-t-elle à nous. Mais de dire à Dieu que nous sommes à lui, pen-^ dant qu'un autre objet nous possède et qu'il oicupe notre cœur, c'est ajouter crime sur crime, et mentir au Saint-Esprit. Ce cœur, qui est la plus délicate portion de nousmêm(\s, et, comme parle saint Augustin, l'abrégé et le centre de nous-mêmes, voilà ce que Dieu s'est réservé dans nous. Sans cela ,nous aurons beau lui offrirnos biens : il n'a que faire de nos biens, dit le prophète royal , et , s'il se tient honoré de l'offre que nous lui en faisons, ce n'est (]ue par le rapport qu'ils ont à notre cœur; mais si en lui donnant ces biens nous retenons ce cœur, notre sacrifice est le sacrifice de Caïn. S uis tela nous avons beau lui protester que nos vies, que. nos fortunes sont entre ses mains ; jl faut bien que nous parlions ainsi : mais toutes ces protestations sont dos paroles, doat il appellera toujours à notre cœur, cl

OUATraT.S SACRES. BOURD.VLOUE,

contre lesquelles ce cœur récIamciM ton • jours, tant qu'il se sentira dominé par la créature.

Dieu veut donc notre cœur, chrétiens, et- il le vent de telle sorte qu'il en c4 jaloux ; et celle jalousie est si peu indigne do lui , qu'il s'en fait même honneur dans l'Ecriture, puisqu'une des qualités dont il se glorifie davantage est celle d'un Dieu jaloux : Dominu:^ zclolcf: nomi'ii ejua {ExoiL, XXXH"). Il n'est point jaloux de nos grandeurs, il n'est point jaloux de nos prospérités : outre que nos prospérités et nos grandeurs sont trop peu de chose pour exciter sa jalousie, il n'a garde de nous les envier, lui qui en est l'auteur. Il veut bien que nous soyons rirhe<:, que nous soyons grands, que nous soyons puissants dans le monde , pourvu que noire cœur soit à lui. C'est pour cela qu'il a fait des prodiges d'amour, qu'il a tout entrepris, qu'il a tout souffert; et saint Ambroise, surpris avec raison qu'il ait voulu tout souffrir de la sorte et tout faire, ne croit point manquer au respect qui lui est dû, en s'écriant : O Deum, si pis est dicere , prodigum ttii prœ (Icsidcrio hominis (Ambr.) ! O Dieul si je l'ose dire, prodigue de vous-même et de votre divinité, par un désir excessif du cœur do l'homme !

Après cola, serons-nous encore assez injustes pour lui refuser un cœur qui lui appartient par tant de titres, ou plutôt serons-nous encore assez infidèles pour lui ôler la possession d'un cœur que nous lui avons offert tant de fois? Car enfin, chrétiens auditeurs, cent fois nous l'avons dit; et le langage lo plus ordinaire que nous avons tenu à Dieu, lorsque nous étions aux pieds de ses autels, c'élait que nous lui donnions noire cœur; et si nous ne voulons prononcer ce jugement contre nous-mêmi's, que nous parlions alors en hypocrites et même en impies, nous sommes obligés de convenir que, de notre propre consentement, ce cœur n'est plus à nous. Et voilà, dit saint Grégoire, pape, ce qui fait la malice du péché; mais surtnut de ce péché par où notre cœur s'attache et se livre à uno créature mortelle. Car c'est attenter sur le domaine de Dieu, ou, pour mieux dire, c'est ruiner dans nous ce tlom.iinc volontaire que Dieu s'était acquis sur nous ; c'est révoquer la donation que nous lui avons faite de nousmêmes, et, par une usurpation sacrilège, lu-i arracher ci' cœur ([ni s'élait consacré à lui ; c'est commettre dans l'holocausle un larcin ; ce qu'il a toujours eu en horreur, comme il le témoigne si expressément par sou prophète ; c'est nous dérober nous-mêmes à lui, après nous être présentés, et piquer sa jalousie, non plus en adorant, à l'exemple des Israélistes, et en lui suscitant pour rivaux des dieux do bois et de pierre, mais des idoles de chair : l'^l In scaiplilibns suis nd œmulationcm eum provocnventnt {Ps. LXXVH).

Profanes idoles , objets corrupteurs et indignes de nous, qui nous perdent, qui nous damnent , et dont nous nous faisons néanmoins de prétendu 'S divinités , ou qui uoilî réduisent à n'avoir plus et à ne plus recoa-

MYSTERES. SEI\MON XYIII. SUU L\ PURIFICATION.

naître de diviiiilo. Ah ! mon Dieu, est-il pos- .siLilv que mon iniijuitc soil alli'o juS(]uo-là; ol moi qui ne voudrais pas qu'on entreprît sur le moindre tic mes droits; moi qui ne pourrais souiïrir qu'eu violât à mou égard certains devoirs ; moi , Seigneur, qui crois pouvoir exiger de vous, parce que vous èles mon Dieu , ()ue vous étendiez sur moi les soins de voire providciici", coujuienl vous ai-je rendu jusqu'à présent si peu de justice, et comment ai-je pu vivre aiuNi , dans un désordre caulinuel, par rapport à vous et à la plus essentielle de nu-s obligations? Mais enfin jusqu'à quand ce désordre durera-l-il? jusqu'à quand cette passion régncra-t-clle dans mon cœur? eu serai-jc toujours esclave, cl ne romprai je jamais mes liens, pour vous offrir ce beau sacrifice de louanges dont a parlé voire Prophète, et qui consiste à m'iniiiu)ler moi-même et à vous honorer par là, selon la parole du Saint-Esprit, de ma propre substance? Si nous le faisons , chrétiens , ce saci'ifice, non-seulement nous nous acquitterons de ce que nous devons au souverain domaine de Dieu, mais nous engagerons Dieu à nous combler de ses grâces; il nous accordera les secours les plus puissants, pour seconder une si généreuse entreprise , et pour nous soutenir dans l'exécution ; il nous aiïermira le bras pour porter le coup avec idus d'assurance, et pour lui sacrifier cette victime qu'il nous deuiauile ; il versera sur nous ses plus abondantes bénédictions et même ses plus douces consolations; et nous serons surpris de trouver tout aisé là où tout devait, ce semble, nous couler si chei'. Mais vous me direz : Ce qu'il y a dans mou cœur de plus précieux pour moi, ce (juil y a de plus intime, est souvent ce qui nie rend plus criminel ; car c'est un engagement tendre, un amour illégilinic et corrompu ; or, ce qui me rend criminel et ce qui est criminel en soi, comment peut-il èire offert à Dieu, et comment peut-il entrer d.ins ce sacrifice de moi-même par où je dois honorer Dieu ? Appliquez-vous, chrétiens, à mi pi^nsée ; je vais, dans une espèce de paradoxe, vous découvrir une des plus grandes et des [dus consolantes vérités du christianisme, lïii effél, voilà le miracle de la grâce, que ce qui nous rendait criminels serve à nous sanctifier par le sacrifice que nous eu faisons à Dieu ; et (jue ce qu'il y avait dans nous de plus abominable aux yeux de Dieu, par un changement merveilleux , soit ce que nous avons à lui jiréscnter de plus digne de lui ; c'est-à-dire (]ue notre Dieu veuille bien se tenir honoré de notre péché înéme, et que non-seulement il ne refuse pas de recevoir ce péché en holocauste, mais que, de tous les holocaustes qu'il attend de nous , il n'y en ait pas un cju'il estime davantage et qui lui plaise plus que celui-là. Or c'est de ([uoi nous ne pou- \ons douter, après la déclaration expresse <iue nous en a faite s.iinl Paul, eu nous obligeant à faire servir nos propres désordres à la |)iéié et à la justice, l-^l voilà, chrétiens, le iimjeu de concilier deux ihoscs infiniment ulik'Ê pour noire In^lrLitlioii cl [mur notre

édification. Plaise au ciel que vous les goûtiez et que vous en i)rofitiez! Car la foi nous a(iprend d'une part , que nous de^ons nous oÎTiir à Dieu dans un état où nous lui puissions être agréables, c'est-à-dire dans un état de sainteté conforme à ce que nous sommes et à ce qu'il est : et cependant la même foi nous enseigne d'ailleurs (jue Dieu, tout juste et tout saint qu'il est, ne dédaigne |)as les pécheurs. Nous savons que comme Jésus- Clirisl présente aujourd'hui dans sa |)ersonnc une victime pure, innocente, exein[)te de tache, il faut que nous paraissions, autant qu'il est possible , devant Dieu dans les mêmes dispositions ; que nous avons un corps, et qu'il faut que u lUS lui présentions ce corps conune une hoslie vivante, sainte, capable de lui plaire : L'I cxhihcatis corporu vcstra liostiam viveiitcm, s<incUim, Deo placcnlcm {Rom., XII); qu'il nous a donné une âme, et qu'il faut (jue cette âme soit sanctifiée par la charité et [lar toutes les >erlus cliré- Itennes, pour mériter de lui être offerte; eu un mot, qu'il faut, parce qu'il est saint, que nous le soyons aussi : Snurli rstolr, </iiia C(/o sanclus sum {Leril., XI). N'oiià ce ([ue nous savons, mais nous sa>ons eu même teni|:s que les |)ublicains n'ont pas laissé d'entrer dans le temple de ce jlieu de sainteté, pour se présenter à lui, et que, n'ayant rien qui fût digne de lui, ils ont i ru devoir au moins lui ofirir leur indignité. Ouoi donc ! veux-je par là vous engager à ofirir à Dieu des corps impurs, des es[)rits superbes et orgueilleux, des âmes attachées à la terre, des coMirs infectés de la contagion du péché? A Dieu uc plaise, mes cliers auditeurs, que je sois dans ce sentiment, et que je ne l'aie pas en horreur. Mais, |)our n'être pas encore saints et irrépréhensibles devant Dieu, ne pourrezvous plus aussi jamais vous présenter à Dieu ? Kn pai lant de la sorte , je vous réduirais à un funeste désespoir, cl peut-être don ■ nerais-je à l'impiété tout l'avantage qu'elle désire. Non, non, chrétiens, je ne dis ni l'un ni l'autre; mais, réunissant ces deux vérités, je dis, pour détruire tous les |)rétexlt«s qui |)Ourraienl \ous éloigner de Dieu, qu'il faut, ou que vous soyez saints pour vous offrir à Dieu, ou qu'en vous offrant à Dieu vous commenciez à être saints. Je dis qu'il faut que vous trouviez dans vous-mêmes celle victime innorenle que demande l'Apôtre; ou, si vous ne l'y trouvez pas, que vous l'y Ibrmiez : et comment ? par l'oblation même do vo» personnes ; car quelque corrompus que vous [luissicz être par le péché, je prétends ([ue celte oblatiun seule, de la minière que je l'entends, vous sanctifiera; el, ([ue comme notre divin S.iuveur, en se présentant à sou l'ère, a sanctifié par cette seule action tous les justes qui sont et qui seront jamais : Una obUilione conswnmavil in scinpilcrnnm ftnirlifuatos{l{chr.,\), ainsi, vous qui m'écoulez, par celte oblation particulière que vous ferez de vous-mêmes, pourvu qu'elle soit sincère; de pécheurs, de mondains, d'indignes de Dieu (|ue vous êtes, vous. deviendrez saints, parfaits, dignes de Dieu ; pourquoi? parce que,

selon les principos d.- la lIiéo!o;,'iL' et des Pères, s'offrir ;i Dini sincèrcinciit el de bonne loi, c'est se saiuliiier : Smictum Domino vocabitur [Luc, II). Car s'offrir à Dieu sincèrement et de bonne foi, c'est sincèrement et de lionne foi vouloir être à Dieu : or, vouloir être ainsi à Dieu, c'est renoncer de bonne foi et sincèrement ;\ tout ce qui nous éloigne de Dieu; et voilà la déleslalion du péché et la conversion du cœur. Voulnjr cire à Dieu, et le vouloir bien, c'est vouloir détruire dans nous tout ce qui nous a séparés de Dieu, et qui pourrait encore nous en sép.irer : et voilà l'expiation du péché el la sanctification de la pénitence. Vouloir élre A Dieu, c'est vouloir être ami de Dieu , lui obéir et le servir, et voilà l'exercice des vertus chrétiennes, el la pratique de toutes les bonnes œuvres : Sanclum Domino vocabitur. Une oblalion de nous-mêmes, véritable, solide, efficace', comprend tout cela , sinon dans l'cxéculion actuelle , au moins dans le désir, dans le sentiment, dans la résolution; et que faut-il ilavanlage pour nous réconcilier .ivec Dieu , el pour nous remettre dans sa grâce ? Sanclum Domino vocabitur.

Grande et essentielle diîYérencc qne voas devez ici remarquer entre les devoirs de la religion que nous rendons à Dieu, cl les offres même sincères de service (lue nous faisons aux hommes ; cir quand je me donne , par exemple, quand j > m'offre à un grand de la terre, je ne d;vieus pas pour cela digne de lui ; je puis êlre à lui , et retenir toute mon indignité, parce que je puis êlre à lui el n'en être pas meilleur; il ne dépend p;is <le moi de lui plaire, et il peut arriver que l'empressement iiièmc el l'ardeur que je léïooignerai pour lui plaire fera que je lui déplairai. ]\Iais il en va tout au conlraire à l'égard de Dieu : si je veux être à lui, je suis à lui ; si je veux lui plaire, je lui plais ; si je veux mériler son amour, je commence à le mériler ; el si je veux devenir saint , dès là je commence à le de\enir : Suncttim Domino vocnbilnr. A quel autre maître doisje donc plutôt me consacrer? el, dans la consécration (]ue je ferai de moi-même à luiin Dieu, quel regret plus vif doi^-jc ressentir que d'avoir (luelque temps délibéré sur une obligation si ir.dispens ible ? Car , puis(iue vous êtes mon Dieu, Seigneur, puisiiU" vuiis êles le Dieu di; mon cceur, il est bien juste que vous le possédiez, cl que ne puis-je mius le rendre tel que vous l'avez formé! Mais, tout corrompu qu'il est , vous l'agréerez quand je vous l'offrirai-; de celle victime d'iiiiquilé, vous ferez une viclinie de propitiation et de sanclilication ; vous la [)urifierez par le feu do votre amour; et, purifiée de la sorte, (die servira à voire gloire. Les maîtres du siècle, si j'allais me présenlcr à eux, après leur avoir été aussi infidèle «m'a vous, me rebuleraienl el refuseraient de m'enlendre; mais. Seigneur, vous voulez bien encore vous tenir honoré de l'cdTraiide (|ue je viens vous faire, el c'est ce qui m'eiicour.ige à la faire- Domaine de Dieu, domaine essentiel ([ue nnus devons reconnaître , coimue

OîtATiaiitS SACRES. BOURD.\LOUE. lôOO

Jésus-Christ , jinr une oblalion sincère de nous-mêmes; cl domaine universel que nous devons reconnaître, comme Jésus-Christ, par une entière oblalion de nous-mêmes : c'est la seconde partie.

SECONDE PARTIE

C'est une réllexion bien judicieuse que fait saint Ambroise, lorsque , parlant de la vertu de religion, qui est le lien de la dépeiulaiice et de la subordination parf.iile qu'il doit y avoir entre Dieu et l'homme , il dit que le devciir el le méiite <ie celte vertu ne consistent pas à s'offrir simplement à Dieu ; et la raison qui! en apporte c^t convaincanle ; car il n'y a point d'homme , ajoute-l-il, pour lâche ou pour pécheur qu'il puisse êlre, qui, dans le relàebemenl même, ou dans le désordre de sa conduile, ne vou!ût être à Dieu à certaines conditions , ne fût |)rès de se donnera lui jusqu'à un certain |ioinl d'engagement, et ne lui (si sans [leine le sacri- (ice de sa personne avec certaines réserves. Le mérite donc de la religion , conclut ce saint docteur, c'est de faire à Dieu l'oblation de soi-même dans une éle;!diieprf»pGriit)i!-rM'-'e à celle du dfiiuair.e de Dieu. Or, pour bien reconiKHÎré 1 étendue du doniaine de Dieu , la condition tnilispensablc doit être de s'offrir à Di'u sans condition ; le terme de notre engagement, de s'engager sans aucun Icrme; et la juste iuesure de notre sacrifice, de se sacrifier sans mesure. Pourquoi? Je vous l'ai dit, clirétions; parce (jue Dieu étant absolument ce q6il est, el son domaine étanl infini aussi bien ((ue son être, loul ce qui est borné du côté de la créalure n<' peut plus avoir, eu qualité d'homniage et de tribut , la proportion re(|uise pour l'honorer. Il faut dans le cœur de l'bouime, si j'ose m'exprimer ainsi , (luelque chose d'aussi vaste el d'aussi immense que ce domaine même qui est en Dieu, afin que Dieu puisse élre content , c'esl-,'idiie, il faut (jue l'homme veuille cire aussi uniiersellement à Dieu , que l'empire de Dieu s'étend uuivei^elleioenl sur lui. Oc, c.; caractère d'univeis liité d.ins l'acte de religion dont n:ius parlons, c'est ce qui en f ail le difficile el riiéroïque ; el \oilà néanmoins la seconde leçon (jue nous devons tirer de noire mystère.

Car, prenez g.irde, chrétiens, Jésus-Christ ne se contente pas d'être présenté dans l(! temple, mais il se présente liii-inéme a\ec une connaissance ilislincle de tout ce qui lui arrivera en conséi|uence de celle présent.ition ; je veux dire avec une vue acluclle d(! tous les ordres rigoureux ijui seront un jour exécutés sur sa chair innocente et sur sa divine personne ; il s'offre à Dieu pour être la victime du genre humain ; il s'eiig.ige jusqu'à vouloir bien acconi|)lir loul ce <]ui est prédit de lui, jusqu'à vouloir bien renoncer aux droits les plus inaliénables de su gloire, jusqu'à vouloir bien se dépouiller de sa liberté, eu prenant la forme d'un esclave, jusqu'à vouloir être rassasié d'op[)robres , être un homme de douleurs, être regardé comme un \ er de terre , êlre analhèmc et malédiction, élre couvert de la tache du vé-

i:OI MYSTERES, SERMON XYIH. SUR LA rURliriCATlON. jjOg»

elle el trailé comme pécheur ; en un mol , et de (ont l'Iiommo; et (]ue, snns une disposi-

jusqu'à celte ulTrcuse extréniilé de mourir, lion du coeur qui comprenne (ont rt'ki il est

et de mourir par les luains des iiommes, et inutile de nous offrir à Dieu, le dirui-je?

de mourir entre deux criminels, et de mou- tout fidèles que nous sommes , nous ne pout

rir sur la croix : Usqiic ad mortcm , mortcm vous goûter celte morale; elle nous paraî.

rm/oncrKCfs (/'/(////)., Il), Car, sans cela, tout outrée, el nous la traitons d'exagération-

Siuveur et tout Dieu qu'il est, il ne s'acquit- Mais d'où vient notre erreur sur ce point ?

tcrait pas envers Dieu de ce qu'il lui doit ; de ne nous pas appliquer assez à bien con-

et si de toutes ces épreuves il en eût excepté naître, et le domaine de Dieu d'une part, et

une seule, Dieu n'aurait pas été plcincnient de l'autre la tjrannic du monde. Ne perdez

satisfait de lui. 11 fallait tout cela pour ho- pas ceci, je vous prie : je dis d'une part le

norer Dieu selon toute l'étendue de son do- domaine de Dieu; car .••i j'avais une fois bien

inaine. compris ce que c'est que Dieu , et par com-

Ahl mes frères, s'écrie saint Bernard , à bien de titres je lui appartiens, quelque considérer cette oblalion telle qu'elle se fait épreuve qu'il voulût faire de moi el de ma dansle temple, et par rapport à l'heure pré- liiléiilé, ma raison u'aurail rien à répliquer, sente; à l'examiner seulement en ellc-iiéme, Ce seul nom d'un Dieu maître de l'univers,' el sans égard à ses suites , elle parait assez s'autorisaîil de ce su;)rêiMe domaine pour, douce et bien facile. On porte Jésus-Christ à porter ses lois, ne les fondant sur rien autre l'autel, on le consacre au Seigneur de toutes chose, sinon qu'il est le Seii;neur: E(jo Dochoses, on le met pour cela dans les mains minus [Lr vit., \\\)\ t.\\i\\ Dieu à qui nous <lu prétie , on le rachète avec deux tourte- souuiies redevables de '.oui, parce (jUi! nousrelies, et aussiiôt on le rapporte dans la mai- avons tout reçu de lui; d'un Dieu de (]i:i son de Joseph : Oldatio i.'<ta >:atis delicata ri- nous avons une indépendance si universelle, ctflur, tibi tanlum sistitur Domino , l'cdimi- que nous ne pouvons rien sans lui et que (ur aribus, el illico reportdlnr [Ucrn.). par lui ; ce nom seul, j<! le répèle, pris dans Mais n'en jugez pas par la simplicité de cette toute l'étendue de sa signiliealion, réponcéièmonie ; car le jour viendra où ce di\in drail à toutes les difliculles (]ue la prudenic enfanl sera offert, non plus dans le tem|)le, humaint' pourrait foraier au préjudice de ses mais au Calvaire; non [ilus entre les bras droits. A <iuoi que ce soit cju'il lui plût de de Siméon, mais entre les Iras de la croix ; les étendre, je conclurais qu'ils vont bien non plus par le ministère de Alarie, mais par au d<là, el que tous les hommages que jiv le ministère des bourreaux : Yeniet quando lui rends ne sont encore <]ue eomnie d(! non in icmplu offcrelur, ncc intcr br(u-hiuSi~ faibles essais de ceux queje lui dois. Surtout vieonis, sed extra civitalem inter brachia cru- je le conclurais de la sorte, en considérant c(4- (/(/cm). Ce qui se fait aujourd'hui n'est d'aulre part la tyrannie du monde; car jo que le prélude de ce qui se fera alors; ou n'ai qu'à nie souvenir comment le moiulo plulôt, ce qui se fera alors ne sera que la ^eutét^e servi, comment il veut qu'on soit consommation et l'acctimplissemeiit de ce à lui, pour apprendre ce que Dieu demande qui Se fait aujourd'hui. Car cet Honuue-Dicu de moi, et ce que je ne puis sans injusticii ne sera persécuté, ne sera moqué et insulté, lui refuser. En cfl'« l, le monde csl-il content ne sera meurtri de coups et déchiré defouils, qu'on ne se donne à lui (ju'à demi ? et que ne sera crucifié, que parce qu'il l'aura voulu, réservez-vous, que croyez-vous pouvoir ré- Or, c'est aujourd'hui qu'il se déclare solen- server, (juand il s'agit de niariiuer votre nellcment vouloir tout cela ; el il se tient atlachemcnl à ces maîtres mortels dont la obligé de le vouloir, parce qu'il se présente nécessité ou le devoir \ous font dépendre '.' à Dieu ; nous apprenant , par son exemple , ^'oil;i , chrétiens , une conviction sensible, qu'à proportion de ce que nous sommes , il palpable, et à laquelle je ne vois pas que nous en doit autant coûter pour nous mettre vous puissiez jamais répondre ; voilà le sujet dans l'ordre de cette dépendance entière et de voire confusion : si vous n'y pensez pas, parfaite où nous devons vivre à l'égard de il est bon de vous y faire penser. Dieu, et que, pour peu que nous prétendions Vous le savez jusqu'où le inonde souvent composer avec Dieu , l'oblalion que nous lui fait aller ses prétentions à l'égard de ceux faisons de nous-mêmes n'est ni complète ni qu'il lient sous son empire. Délibérer et barecevablc. lancer quand il est question de son service,

Voilà, mes frère-, dit saint Léon, ce qui ne se pas livrer en aveugle à toutes ses vouons justifie sensiblement l'excellence de lontés, se prescrire là-dessus certaines borcelle loi divine que nous avons embrassée, nés, et ne pas vouloir passer plus avant,' et qu'une infidélité serrèle qui nous aveugle c'est assez pour le refroidir, assez pour le ose quelquefois condamner d'excès. Quand piquer contre vous, assez pour lui rendre on nous dit que la loi chrétienne porte l'as- votre fidélité suspecte, et pour vous attirer sujellissement el le dévouement de la créa- sa disgrâce. Vous vous êtes mille fois sacriturc à Dieu, jusqu'à la haine de soi-même, fié pour lui ; vous avez eu pour lui toutes les ius<iu'au crucifiement de la chair, jusqu'à déférences; vous lui avez rendu toutes les

humiliation de l'esprit, jusqu'à la mort des assiduités qui pouvaient lui faire voir voire

plus vives el des plus dominantes passions , zèle; vous lui en avez donné raille preuves,

jusqu'au retranchement des stiuples désirs, et tous les jours vous lui en donnez encore

jusqu'au pardon des injures, justju'à l'oubli de nouvelles : cela est vrai; mais parce que

ic l'iulérét, jusqu'au sacrifice de l'homuic daus une occasion vous n'avez pas fait pa-

OKATEimS SACRKS. BOURDALOUF.

raîlrc la mcnic r.nlnir; parce qu'il ne vous a pas trouvé ciialemoiil vil', également prompt , également déterminé à seconder lous ses désirs, il n'en faut pas davantage pour vous détruire dans son esprit, et pour répandr(! un nuage sur lous vos mérites passés. Dieu dit autrefois à Aliraham, lorsque ce saint patriarche consentit à immoler Isaac, son fiis unique et son l)ien-aimé : Quia feciali liane rem [Gcnes., XXII) ; parce que vous m'avez obéi en telle rencontre, pour celte seule cliuse que vous avez faite, je vous bénirai, je vous comblerai de gloire, je vous donnerai une longue et heureuse postérité, je verserai sur vous mes grâces les plus abondantes. Mais, s'il m'est [lermis de faire cette opposition, je puis bien dire, au contraire : parce qu'il y a eu un point et tel point où le monde attendait de vous un plein dévouementde vous-mêmes, et où vous vous êtes épargnés, celasulfil; sans égard à tout ce qu'il a d'ailleurs reçu de ^ous, le monde vous méprisera, le monde vous oubliera, le monde vous frappera de ses anathémcs et vous réprouvera : telle est la conduite du monde, telle en est la loi ; et, ce qui m'étonne encore plus, c'est de vous voir si soumis à celte loi. Quels sacrifices ne fait-on pas aux hommes pour mériler leurs bonnes grjiccs et pour s'insinuer dans leur faveur'?lc sacrifice de ses biens : on s'épuise pour eux en frais et en dépenses excessives, rien ne coûte, pourvu qu'on parvienne à leur plaire, et l'on ne compte pour rien le désordre de ses affaires et la ruine entière de sa famille; le sacrifice de son repos : que de réflexions, que d'assiduités, (pic de veilles, que de courses, que de faligues 1 le sacrifice de sa santé : ou se consume de travaux et encore plus de fhagrins ipii en sont inséparables; le sacrifice de sa vie : on s'expose à tous les orages de la nier, à tous les périls des armes, et l'on devient prodigue de son propre sang; le sacrifiée même de son àinc : on se rend complice des injustes entreprises d'un grand ou compagnon de ses débauches. Uis-jc rien dont vous ne sojez témoins et dont nous ne «levions gémir"? Prenez garde, s'il vous idaît: je ne prétends point ralentir l'ardeur (ju'on a et que nous devons avoir pour ces maiires que le ciel a placés sur nos télés, et qu'il a revêtus de son autorité. Sojons dé\oués à leurs personnes, dévoués .i" leurs inlérêls; vt, hors l'inlérêt de Di<u et celui de notre conscience, ne ménageons rien do tout le reste, et soyons-leur fidèles jus(iu'à la mort : non-seulement j'y consens , mais c'est un devoir que je vous prêche, et à quoi je no liuis trop fortement vous porter. L'unique chose que je veux vous faire comprendre et que je déplore, c'est votre injustice, lorsque vous usez de tant de réserve à l'égard du plus {,'rand de tous les maîtres, et que vous faites gloire de vous immoler pour les autres.

(>ar voici le désordre, chrétiens, et, pour peu que vous vous appliquiez à découvrir les senliments de votre cœur, vous aurez bii'utôt reconnu que c'est le votre. On veut i'tre à Dieu, muis toujours avec cerluines

exceptions. Qu'il demande tout ce qu'il lui plaira, tout lui est présenté, pourvu qu'il fasse grâce à cette passion, pourvu qu'il ne condamne pas celte inclination, pourvu que ce point d'honneur soit à couvert, pourvu qu'on ne soit pas obligé de renoncer à ee jeu, pourvu qu'on puisse toujours entretenir cette société et se trouver à ces assemblées. Voilà le plan qu'on se forme d'une conduite chrélienne; voilà le traité qu'on voudrait faire avec Dieu : et moi je dis que ce plan est chimérique, et que ce traité ne peut subsister : pourquoi ? parce que c'est vouloir vous partager entre Dieu et le monde, entre Dieu et vous-mêmes; et que Dieu ne peut souffrir de partage; parce que c'est vouloir lin)itcr le domaine de Dieu, et que son do ■ mairie n'a point de limites.

Hn effet, chrétiens, avez-vous jamais bien pénétré le sens de ces paroles que Dieu dit à 5Ioïse,et stirquoi cstfondéela cérémonie de ce jouv.Measiint o»i»u'«(£' o'oc/., XIII) :Toules choses sont à moi? Paroles courtes, mais qui, dans leurs brièveté, comprennent les devoirs les plus essentiels de l'homme envers Dieu, en nous donnant la plus juste idée du domaine de Dieu sur l'homme. Mea stint oinju'a : Tout est à moi : c'est-à-dire, comme nous l'ei seigne le disciple bien-aimé , que tout dans ce vaste univers a élé fait par lui , et que rien de tout ce qui a été fait ne l'a été sans lui : par cnnsénuent, (juc l'hommo en particulier n'a rien qu'il n'ait reçu de lui ; et, par une conséquence non moins nceessaire, que l'homn.e n'a rien qui ne doive remonter vers lui comme à sa source, et lui être rapporté: Measunl itmniu : Tout est à moi; c'est-à-dire (|ue, comme il est l'auteur de tout, il en est le conservateur; en sorte, dit l'Apôtre, que nous n'agissons que par lui, et qu'il n'y a pas une pensée dans notre esprit, pas un sentiment de notre cœur, pas une onction (jui ne dépende actuellement de lui : d'où il s'ensuit que toutes les pensées de notre esprit, que tous les sentiments de notre cœur, que toutes nos actions doivent êire pour lui : il/en sunl omnia : Tout est à moi ; c'est-à-dire, selon la parole du Saintl'^S|)rlt, ([u'il peut disposer de tout à son gré el suivant les absolus et sages conseils de sa l'r(i\ idence : (ju'il a dans ses mains les biens et les maux, la richesses la pauvreté, la f.irlunc et l'adversité, la maladie et la santé; qu'il les dislriliuc coiiime il lui plaît, et parliiut où il lui plaît; (iu(! c'est lui qui blesse et lui qui guérit, lui qui dépouille et lui cpii curichil, lui (jni abaisse et lui (jui élève, lui qui alllige et lui qui console : car toutes les Keritures sont pleines de ces expressions; et de là que faul-il conclure? que, quelque dis|)Osilion qu'il fasse de nous, (luen quelque état qu'il nous place, nous n'avons donc ni ne pouvons avoir aueuii droit de nous détacher de lui.

Ah ! chrétiens, quel fonds de morale I reprenons-le , el lâchons à nous instruire, lîien dans nous (]ui n'appartienne à Dieu ; et rependant que lui donnons-nous de tout ce qui' nous soiujucs ? Dans ce partage que

I3fl:> MYSTF.RES. SERMON XVIII. SUU LA l'UUIFICATION. 130a

nous f;iisnns do noiis-inoinos, si Dieu ii'csl vres. grands on polils, s.iiiis nu ni,i!,ul<>s,c()n-

pas absolument oublie, du reste que ne ré- soles ou «flligês, ne soniincs-noiis p.is loii-

servons-nous jias pour iicilre v;inilé, pour jours des eréaturcs foriiiées de sa in.iiîr.' el

notre ambition, pour notre plaisir, pour nos la dilTerence de nos eondilions, qui ne eliange

commodités et nos aises, pour noire intérêt rien à te caraelère ineff.ieable de crcatun s

el notre avare cu[)idité ? Ce qu'il y a de plus que nous portons, tliange-l-elle qmlque

déplorable, et ce qui rend notre erreur plus chose à ce droit inviol ible cju'il a sur nous,

ilangereuse, c'est que nous nous conduisons et à ce caractère de niaîtic qui lui est propre'?

on cela même par principes, mais principes Si donc nous voulons être à Dieu comme

qui nous trompent, ou pane que n -tre nous le devons, si nous voulons rendre à son

amour-propre nous les fait porter trop loin , domaine l'Iiooimaj^e qui lui est dû, il faut

ou parce qu'il nous les l'ait mal entendre. que ce soit par une soumission sans bornes

Car il faut être à Dieu, disons-nous, mais y et par un plein abandon de nous-mêmes à

être d'une manière convenable à notre étal ; toutes ses volontés. Ou'il nous fasse monter

il faut être à Dieu , mais aussi, dans mon aux jiîus hauts rangs, ou qu'il nous en fasse

état, ne dois-je pas abandonner tout le soin descendre ; ((u'il nous appelle à d( s emplois

de mon établissement selon le monde; il faut éclatants, ou qu'il nous destine à ce qu'il y

être à Dieu, mais aussi, dans mon état, ne a de plus commun et même de plus inépri-

dois-je pas me distinguer ])ar des singula- sable; qu'il seconde nos desseins, el que,

rites, ni manquer à toutes les bienséances par une « oiiduite particulière de sa sagesse,

du monde; il faut être à Dieu, mais aussi, nos desseins échouent ; dans la paix ou dans

dans mon état, ne dois-je pas me priver de la guerre, dans la gloiredu triomphe ou dans

tout divertissement et de tout relâche; il faut l'huinilialion de la défaite, dans l'autorité ou

être à Dieu, mais aussi, dans mon étal, faut- dans la sujétion, dans la. faveur ou dans la

il me maintenir; et si je ne pense pas à moi- disgrâce, dans le repos ou dans le travail ,

même el à mes affaires temporelles, qui y dans l'ofiulence on dans la disette, parloul

pensera et qui y pourvoira '/ Spécieux rai- il fiut nous souvenir, comme le grand -

sonnements, qui, pris dans un sens chrétien, prêtre Héli , qu'il est le maître ; Dominus at

peuvent être vrais, el alors ne nous font rien (I /?<■.'/, HI); que c'est à lui d'ordonner sans

dérober à Dieu de tout ce que nous lui de- nous rendre raison de ses ordres, et à nous

vons; mais qui, de la manière que nous les d'obéir sans murnun'eret sans nous plaindre;

entendons, n'aboutissent qu'à nous fiire en- que c'esl attenter à ses droits que de pré-

lièrement quitter Dieu pour le monde, ou du tendre nous mar(iuer nous-mêmes la route que

moins qu'à nous justifier l'indigne réserve nousdevons prendre, etchoisirl'étatoùilnous

que nous faisons de la meilleure parlde nous- plaît de nous pousser; que lui appartenant

mêmes, pour la donner au monde. Allons dans tous les états, il n'y en a point, quel

plus avant : rien dans nous, non-seulement qu'il soit, qui puisse nous dispenser de lui

qui n'appartienne à Dieu, mais qui n'ait une être simèrenienl et totalement dévoués,

dépendance actuelle de Dieu pour subsister, C'est là, dis-je , de quoi je dois me sou-

ni qui puisse agir sans Dieu. .Mais voici lin- venir. Ainsi, tant que je voudrai mettre à ce

jure la plus sensible (jue puisse recevoir de tlevoir capital et général des exceptions ;

nous ce premier moteur qui concourt à toutes lant que je ne serai pas disposé à bénir Diiu,

nos pensées, à tous nos sentiments, à toutes ou , comme le grand-prêlre Heli , lorsqu'on

nos actions, par un secours continuel et (ou- m'annoncera de la part de Dieu les ordres

jours présent : c est qu'à peine nous occu- les plus rigoureux; ou, comme Marie, lors-

pons nous quelques-moments de lui, qu'à cpion me dira au nom de Dieu que j'ai l'âme

peine tournons-nous quelquefois notre cœur percée d'un glaive de douleur, ou, comme,

vers lui ; que, de tant d'actions qui compo- Jésus-Christ, lorsque , par l'arrêt de Dieu ,

sent notre vie, à peine en peut-il compier je me verrai condamné à la croix , c'est-à-

quclques-unes qui soient pour lui. Je dis dire aux adversités el aux souffrances de la

plus encore, commeDieuesIsouverain auteur vie; tant (jue j'entreprendrai île me conduire

de nos êtres, il est maître de nos destinées : moi-même et de m'ingénr où il me plaira,

car, selon le raisonnement de l'Apôtre, l'on- où mon ambition me portera, où mon inlé-

>rier ne peut-il pas faire tout ce qu'il rêl m'engagera , où mon plaisir m'attirera ,

veut de son ou\rage'? le placer comme un sans égard aux vues de Dieu , el sans exa-

\ase d'honneur sur le buffet, ou l'employer miner quels desseins il aura formés sur moi ;

aux plus vils ministères'? le conserver où le tant que je m'élèverai contre Dieu, dès qu'il

briser? et, quoi qu'il en fasse, n'est-ce pas ne condescendra pas à mes désirs, et qu'il

'oujours son ouvrage? C'est-à-dire, Dieu qui permettra que je sois humilié, délaissé, per-

nous a créés indépendamment de n<ius et séculé, ruiné; tant que je dirai : Si j'étais

sans nous, ne peut-il pas, sai\s nous et indé- en telle ou telle situation , je scr\ irais Dieu,

[lendamment de nous, décider de notre sort? je me donnerais à Dieu ; mais présentement

» I de quelque manière que sa providence eu je ne puis rien faire pour Dieu. Enfin , lant

décide, soit pour nous faire briller dans lé- que j'oserai compter aiec Dieu, et que je ne

clat, ou pour nous laisser dans l'obscurité; lui ferai pas, sans restriction , conune un

soit peur nous combler des biens de la vie, îrans|)orl universel de tout ce que j'ai et de

ou pour nous en priver; soit pour nous ren- tout ce que je puis avoir, de tout oc quejo

dre heureux selon le monde, ou pour nous suis et de tout ce que je puis dtMcnir, il no

refuser ce prétendu lonheur; riches ou i>au- se tiendra 'amais suliisawuicnl hiiioié (le

moi, ni jamais je n'aurai rien à atlendre de lui. Car, pour aller jusqu'au principe, vouloir retenir quelque chose et le refuser à Dieu , c'est préférer à Dieu même ce que vous retenez et ce que vous lui refusez : par con!>c((uent ce n'esl plus avoir pouv Dieu tel amour de préférence qui le met à la léle de loul ; et ne le pas aimer de la sorte , c'est se rendre indigne de sa grâce, c'est mériter se haine, et s'attirer ses plus rigoureux ihàliments.

Et voilà , mes chers auditeurs, comprenez bien ceci ; c'est une remarque bien vraie et bien importante : voilà ce qui arrête tous les jours tant de conversions, ce qui fait évaiiouir tant de bons desseins , ce qui raient jusqu'à la mort tant de pécheurs dans un affreux éloignement de Dieu , et ce qui les damne. Je ne veux que vous-mêmes pour vous convaincre de ce que je vais vous dire, et voire seule expérience en sera ia preuve la plus fcnsible. Combien de mondains .--e sentent quelquefois touclics de la grâce? Pécheurs d'habilude , et plongés depuis de longues années dans tous les désordres , ils voient l'Iiorreur de leur étal : la raison qui les éclaire , la foi qu'ils n'onl pas encore perdue, la conscience qui les pique au fond de l'âme , loul leur fait connaître le dérèglement (le leur conduite , la nécessité de revenir a Dieu, les conséquences de ce retour, le prix infini du salut : ils voudraient y penser, que dis-je? ils semblent même en effet le vouloir. Mais , dès qu'il en faut venir à l'cxéculion, coqui déconcerte le projet qu'ils ont formé, ce n'esl souvent qu'un seul point : à cet ecueil toutes leurs résolutions échouent. Que Dieu voulût leur passer cet article, ils seraient prêts à lui sacrifler loul le reste : que , sur cela seul , le confesseur , ministre de Dieu et vengeur de ses droits , se relâchât et leur fit grâce, il n'y a rien d'ailleurs à quoi ils ne fussent en disposition de se souniettre. Mais, au moment qu'on leur parle d'Iminoler cet Isaac , au moment qu'on veut appliiiuer le ciseau sur cet endroit vif, toute la nature se révolte , toute leur constance se dément. Ils étaient en voie de devenir des saints, sans cet obstacle qui s'est présenté cl qu'ils n'onl pas le courage de lever; et parce qu'ils ne veulent pas faire ce dernier effoit, parce qu'ils craignent de rompre ce lien qui les attache , au lieu d

cher de Dieu et de rentrer en grâce avec lui, ils s'en éloignent plus que jamais , ils se rengagent dans leurs habitudes criminelles , ils ne gardent nulles mesures et se laissent emporler à tout ce que leur cœur corrompu leur inspire. Car ils sentent bien qu'ils ne peuvent être à Dieu, s'ils n'y sont pleinement , et qu'après lui avoir immolé mille autres victimes, s'ils é|)argnenl ce.le qu'il leur demande , il ne peut être content. D'où ils concluent que, ne voulant pas f.iire à Dieu ce sacrifice, ils n'ont donc plus rien à ménager sur tout le reste , et qu'autant vaut se perdre en satisfaisant toutes leurs passions , •lu'en n'en satisfaisant qu'une seule. Damna ble raibonucmcut ^ dont les suites sont a

OP.ATEURS S.iCHES. BOUP.DALOL'E. 430S

frcuscs. De là jdus de frein qi;i les arrête , plus de crainte de Dieu , plus de soin du salut ; et ce qui met le comble à leur malheur, c'est que les années , bii-n loin de défendre leur cœur de ce qu'ils ont aimé jusqu'à ne pouvoir se rés(judre d'y renoncer pour Dieu, ne servent au contraire qu'à les y attacher davantage. Jusqucs à la mort ils en sont idolâtres ; Us emportent avec eus celte victime d"ini(iuilé, ou ils ne la laissent que pour passer en la quittant dans les mains de la justice divine , et pour en ressentir les plus redoutables vengeances. Combien de réprouvés souffrent dans l'enfer, et y souffriront élernellement 1 pourquoi '? une seule attache les a perdus. Sur toute autre chose ils étaient les mieux disposés du monde; ils avaient des principes de probité et d'honneur , ils avaient un fonds de chiislianisme et de religion ; mais ia religion s'élend à tout, et ils ont voulu la restreindre ; ils ont voulu composer avec Dieu , et Dieu ne veut point de composition ; il les a abandonnés , et ils se sont abandonnés eux-mêmes.

Si donc, chrétiens, nous nous sentons aujourd'hui touchés de qucbiue désir d'être à Dieu, suivons-le; mais entrons dans le sentiment du prophète. Cet exemple cstd'autai'.t plus propre pour vous et pour cette cour, que c'est l'exemple d'un grand j oi et d'un saint roi. David, hiuniliê devant Dieu, lui disait : Seigiit'Ur, tout est à vous, et tout vieiit de V(jus, la grandeur, la puissance, la gloire : Jiia csl , Domine , mivjiiificentia , et piitentia, et (jloria (I. Parai. , XXIX) ; rien dans le ciel et sur la terre qui ne vous appartienne et qui ne soit soumis à votre empire : Cuncla quœ in cœlo sitnl cl in terra , tua sunt ; tu duminaris omnium [Ibid. ). De là, que concluait il? Ah 1 Seigneur, c'est donc avec joie, et dans la simplicité de mon cœur, que je vous offrirai toutes choses : avec joie, parce que je sais que je n'en puis f.iire un usage ni plus glorieux pour vous , ni plus salutaire pour moi ; dans la sim|dicité de mon cœur, sans user d'aucun détour et sans vous en dérober la moindre partie : Unde et c(jo in simplicilute côrdis mei lœius obluli univcrsa ( 76^/. ). Voyez- vous , mes chers auditeurs, comment, de l'universalité du domaine de Dieu, si je puis encore user de ce terme, il lirait comme une conséquence nécessaire l'universalité de roblati(>n que nous devons l'aire de nous-mêmes à Dieu? El bien loin qu'il comptât pour beaucoup un tel sacrifice, et qu'il crût faire par là quelque chose de grand, il s'étonnait au contraire que Dieu voulût bien l'accepter de sa main ; car qui suis-je , Seigneur, ajoutait-il, et qu'est-ce que ce peuple dont vous m'avez donné la conduite, pour que nous osions vous offrir cela , et que vous daigniez le rece^oir de nous? ne sont-ce pas vos dons que je vous rends, et ne sonl-ce pas vos biens que je vous présente? Quis crjo, et rjuis po=pulus meus , ul possimus liœc libi u)nrersa promillcrc? tua sunt omnia : et quœ de manu tua accrpimus , dcdimus libi [Ibid.]. .\insi parlait un roi , un roi victorieux et conqué-

je se rappro-

r)00 MYSTERES. SERMON XVHI. SUR LA PLIUFICATION. l'io

rant; ainsi , dans l'ctlat qui l'environnait , version à coiiii do ses obligaTons , cl , comel au milieu de toute la pon)pe du siècle, se parant Tun à l'autre, il se confondait d'avoir sonveiiait-il qu'il y a au-dessus de tous les si mal rempli celui ci, par l'abus qu'il avait rois, et par conséquent au-dessus de tous fait de celui-là ; car quelle honte pour mol , les hommes, un souverain maître dont le disait ce saint pénitent , ((ue Dieu m ait aimé domaine essentiel demande une sincère obia- pendant des siècles infinis, et ()ue le monde, tiou de nous-mêmes , dont le domaine uni- ma passion, d"indi;;nes objets et une avcuj;le vcrsel demande une entière oblation de nous- cupidité , lui aient cnle\é la meilleure partie mêmes, et dont le domaine éternel demande de ce petit nombre de jours (|ue j'a\ais pour enfin une prompte oblation de nous-mêmes ; répondre à son amour 1 quel désordre (lue c'est la troisième partie. Dieu ajant toujours été mon Dieu, je me sois TROISIÈME PARTIE. souiiiis et doHue si tard à lui , comme sa créa- Il ne faut pas s'étonner si l'Apôtre, instrui- turel ^■oilà quel était le sujet de son repentir saut les premiers fidèles, entre les autres et de ses regrets : .Se/o /e a»i(Ui', pi(/c/(C(7i((/o maximes de religion qu'il leur proposait, tam anluiua.

s'atlaejiait parlieulièrement à celle-ci , (juc Aussi est-ce par celte règle que les propliènul de nous ne vit pour soi-même, et que tes, qui furent les oracles de l'aneienne loi , nul de nous ne meurt pour soi-même; mais ne demandaient pas moins à l'homme qu'une que, soit que nous vi\ ions , soit que nous éternité de culte et d'adoration , pour hoiiomourions , c'est pour le Seigneur (jue nous rer cette éternité de domaine qui est l'un des devons vivre et mourir, puisque, \ivanl cl plus nobles attributs de Dieu. El comme la mourant, nous sommes à lui : Sive crqo ri- vie de l'homme , prise dans toute sa durée, rimus , sicc moriiuur, Dumini sumus {Rom., est une espèce d'élernilé pour lui; coiiime XIV). Il parlait ainsi , dit saint Chrjsosloine, Moïse, en parlant de Dieu , et usant d'une parce qu'il sa>aitque le domaine de Dieu ex[)ression divine et mystérieuse, assurait est un douiaiiie éternel, et qu'en conséquence que le Seigneur régnerait éternellement et de celte éternité de domaine, il n'y a pas uu au di là de réternilé même : Duminns régnamoment de notre \iti (jui lui puisse être dis- bil in itterniim et ttllra [ExoiL.W) ; ainsi le puté. Eu sorte que, dès que nous comoien- prophète Midiée ne craignait point de s encans d'être, nous commençons à dépendre, gager trop, (juand il promettait à Dieu de lui ne sortant du néant que pour entrer dans la rendre uu JKinunage éternel et plus qn'éterpossessiou de Dieu, ce>t-à dire dans un état nel : Ambalabinius in nuininc Du)nini Dei nnsoù nous appartenons à Dieu, et où nous ne tri in wlcrnum el itllra [Mich., 1\') ; comme pouvons être justement possédés d'aucun s'il n'eût pas voulu, remarque saint Jérôme, autre (lue de Dieu. C'est sur ce piincipe que que le domaine de Dieu sur sa personne l'cml'ange de l'école, saint Thomas, a établi cette portât sur le zèle de sa piété, cl que, par une opinion si raisonnable, (lue l'honuiie, dès le sainte émulation , il eût ambitionné d être preiuier instant qu'il connaît Dieu, est obligé aussi longtemps el ausîilôl à Dieu (jue Dieu de l'aimer et de s'élever vers lui , el que le avait été à lui.

premier péché que nous commettons dans Mais , chrétiens , sans chercher d'autres

le moment que notre raison se développe, exemples, arrêtons-nous à celui que nous

cl que nous pouvons user de notre liberté, présente dans ce mystère le Sauveur de nos

est de ne pas faire à Dieu ce sacrifice de âmes. Car voilà l'important devoir qu'il pré-

nous-mêmi s, que lEeriture appelle le sacri- li nd encore aujourd'hui nous enseigner. C'est

fice du malin : Ilolocausium matulinum (IV un Dieu enfant , un Dieu qui \\c\\\ de naître;

lleg., W\ ). Opinion, dis-je, quelque appa- cl quarante jours à peine se sont écoulés de-

rence qu'elle ait de sévérité, la plus conforme puis sa naissance, que déjà il veut être porte

à la lumière même naturelle; car, selon le à l'autel du Seigneur, cl là se sacrifiera sou

raisonnement d'un savant cardinal, expli- Père. D'une si belle vie qu'il doit mener sur

quant là-dessus la pensée et la doctrine de la terre , il ne veut pas (ju'il y ait un âge qui

saint Thomas , pourquoi l'homme, au sortir ne serve à la gloire de Dieu ; el rengagement

de l'enfance, et lorsqu'il commence à ouvrir qu'il contracte par cette oblation de lui-même

les ycus, ne les tournora-t-il pas vers son ne regarde pas seulement ses premières an-

souvirain auteur? pourquoi diffèrcra-t-il nées et le temps piésent , mais toute la suite

un moment à le reconnaître, et pourquoi de ses années el loul l'avenir ; tellement que

aurait-il droil de ne lui pas oiïrir les pré- le sacrifice de sa croix cl de sa mort ne sera

niiccs de cet être qu'il n'a reçu cl qu'il n'a point un autre sacrifice que celui-ci , mais le

pu recevoir que pour lui en faire hommage? dernier acte de celui-ci , la perlection et la

C'est dans cette vue (]ue saint Augustin, consommation de celui-ci. Et quand, la veille

touché d'une douleur amère , cl repassant de sa passion , il dira à son Père '.J'ai achevé

devant Dieu les années de sa vie , s'écriait . l'ouvrage pour lequel vous m'avez envoyé

Beauté plus ancienne que le monde, c'est et que vous m'avez confié : 0/*)i< co».-!"»'""!''

trop tard que je vous ai aimée : Scro le quod dcdisti mihi [Joan., XVII ); qoand sur

,amavi, pulchriludo tam antit/ua {Aug.}. Pre- la croix , prêt à remettre son âme entre les

nez garde: il ne s'arrêtait point à tous les mains de son Père, il s'écriera : Tout est con-

aulres motifs que la pénitence chrétienne sommé : Cunsiimmulum est ( Joh»., XIX ); il

aurait pu lui fournir, pour pleurer ces délais ne parlera point d'un autre ouvrage que dis

criminels qu'il avait apportés à sa couver- celui incme qu'il commence dans le Icmpl' et

Sion ; mais il mesurait le temps de sa cou- dans sa sainte présciilalion.

CRATEUliS SACRKS. DOL'RD ^LOLT.

■Figurons-nous ilono, mes cIkts nudiicurs, que Jésus-Christ, dans celte fêle que nous solennisons , s'iidressant à nous et nous animant par son exemple, nous dit à chacun en particulier ce qu'il dit depuis à sesapOlres : Ecce asccndimus Jcrosolijmam, et Fitiiis lioviinis tradetur {Mattli., XX) : Nous voici enfin à Jérusalem, et i'heurecst venue où le Fils de l'homme doit êlre livré; ne différons point et ne faisons pas perdre à Dieu un moment de celle gloire qu'il attend de moi et de vous, et que nous pouvons lui procurer par une oblation prompte de nous-mêmes. Quand le Fils de Dieu tint ce langage à ses disciples, l'évangéliste remarque qu'ils n'y comprirent rien, quoique ces paroles fussent néanmoins trés-inlelligibles : Et ipsi niliil horum intcllexeriint [Luc, XVIU ). Voilà, chrétiens, l'état de notre misère et à quoi nous en sommes réduits. Noire divin maîlrc nous prêche aujourd'hui, par son exemple, qu'il faut nous donner promplement ù Dieu, et qu'autrement nous ne pouvons bien reconnaître le domaine élernel que Dieu a sur nous; vérité incontestable ; mais malgré toute son évidence, vérité que l'esprit du siècle, cet esprit aveugle et grossier, nous rend obscure ; en sorte que nous ne la comprenons jamais , parce que nous ne voulons jamais la comprendre : lit erat verbuin istud abscondititm ab vis {Ibid.). Car nous voulons être à Dieu; mais quand? louj»mrs pour l'aMMiir et jamais pour le jour présent, lîcoulez-moi et lâchez à déco«vrir sur cela toute la perversité du ca^ar de riiomme pour en concevoir toute l'horreur qu'elle mérite , et, s'il était possible, toute l'horreur que Dieu en conçoit. Nous voulons être à Dieu , quand nous n'aurons plus rien qui nous attire ailleurs, ni qui puisse nous y retenir; êlre à Dieu quand il ne nous restera rien autre chose dans la vie, ni engagement à former, ni ambition à contenter, ni rang où aspirer, ni prétentions à foulenir, ni fortune, ni figure à faire; que nous nous irouvcrons , pour ainsi dire , abandonnés à nous-mêmes, et qu'en nous présentant au Seigneur, nous ne lui préscnlerons qu'une vie désormais usée, caduque et inutile; êlre à Dieu quand nous aurons donné à nos passions tout le loisir et tous les nujyens de se satisfaire; que nous leur aurons niille fois sacrifié tous ses intérêts ; qu'aux dépens de sa gloire et de sa loi, nous aurons aveuglément suivi tous nos désirs, et brutalement .•issouvi toutes noscupidilés;élreàDit'U(iuand il nous plaira, et non point quand il lui plaît ; quand la seule raison nous y engagera, et non point quand la religion nous y appelle; quand ce sera la dernière et l'unique ressource que nous aurons , ou pour faire parler d(! nous dans le monde, ou pour charmer l'eniiui de la vie, et non point quand le devoir nous y oblige et que la piété nous l'inspire; enfin, élrt à Dieu(iuand il n'y aura jjIus à reculer, plus à I émettre, et que, surchargés et accablés de dettes, il faudra par une pénitence précipitée, apaiser sa justice ou , par un alTreuv désespoir, consentir à notre élernelle réprobation. Tel est le iilan de conduite que nous

nous traçons à l'égard de Dieu; tel est, dans le partage de nos années , le temps que nous lui assignons.

Mais est-ce là, mon cher auditeur, honorer Dieu, ou n'est-ce pas l'outrager? est-ce reconnaître sa souveraineté que de lui prescrire ainsi le temps qu'il nous plaît? est-ce rendre hommage à son domaine que de lui assigner dans ce temps les dernières années de la vie ; des années sur quoi nous ne pouvons compter et qui ne viendront peut-être jamais pour nous, parce que la mort nous enlèvera avant qu'elles viennent? Quoi 1 Dieu traité de la sorte nous attendra ! il se contentera de ce partage! c'est-à-dire il se contentera que nous lui présentions ce que le monde avant lui aura longtemps possédé cl mille fois profané! que nous lui présentions ce que le monde méprisera et rebutera ; et que nous le lui présentions parce que le monde commencera à le mépriser cl à le rebuter! que nous lui présentions ce que nous ne pourrons plus lui refuser sans attirer sur nous un arrêt de condamnation d'autant plus inévitable, qu'il sera prêt à le lancer sur nos têtes! Ah! mon Dieu, seriez-vous ce que vous êtes, si vous étiez obligé de nous recevoir à de telles conditions, cl serions-nous ce que nous sommes, s'il nous était permis de vous les imposer? Non, non , chrétiens, il n'en ira pas ainsi, et Dieu, pour ce qu'il se doit à luimême, a bien su établir, dans l'ordre de la prédestination des hommes , des lois rigoureuses qui le garantissent de cet outrage. Car, si imus l'en croyons (et qui en croirons-nous mieux que lui, puisque toutes ses paroles sont infaillibles et qu'il est la vérité même?); si , dis-je , nous l'en croyons, après que nous l'aurons si indignement traité, il nous frappera de son mépris , et quels seront les terribles effets de ce mépris di; Dieu? comprenez-le. Ce ne sera point d'être insensible à nos vœux, si nos vœux sont sincères et qu'ils partent du ca'ur ; ce ne sera point de se tenir éloigné de nous , si c'est de bonne foi que nous nous tournons vers lui et que nous le cherchons; ce ne sera point de nous rejeter, si, par une vraie el solide oblation de nousmêmes, nous nous présentons à lui. Il a dit (juà quelque temps que le pécheur voulût revenir à lui, il le recevrait, qu'à qudque temps que nous fussions bien résolus d'être à lui, il agréerait le don que nous lui ferions. Jlais prenez garde; ce retour véritable, cette résolution ferme, cette bonne volonté dépend de Dieu et de sa grâce; et que fera Dieu en vous méprisant, après que vous l'aurez méprisé? c'est qu'il vous privera de cette grâce, je dis de cette grâce efficace et forte, de celle grâce d'autant plus nécessaire, que vous serez plus faible et que vous aurez plus d'cITorts et plus de chemin à faire, après de longs égarements, pour le retrouver ; il la retirera, et alors vous ne voudrez plus êlre à lui ; vous ne serez plus même guère en étal de le vouloir, parce ([ue vous ne l'aurez pas voulu lorsque vous en aviez le pouvoir. Ces années que vous lui destiniez ,.v<uis voudrez encore les donner ;ui monde ; du jour préseul vous remettrez

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MYSTERES. SERMON XVIII. SUR I,A PURlFICATiON.

Iniijoiirs au Iciulenain , et do ce leiulenmiii à un autre, jtisiin'à ce que vous soyez eiilin arrivé à ce dernier jour, qui n'aura plus de lendemain pour vous. Ou s'il vient un âge avancé et un temps auquel il semble que vous vouliez vous donner à Dieu, vous ne le voudrez (ju'imparfaitemoni , vous ne le voudrez qu'à demi, vous croirez le vouloir, et vous ne le voudrez pas. 1{| c'est en ce sens qu'il faut entendre celle menace (lu'il a si souvent réitérée dans riicriture et exprimée en tant de manières difl'érentes : Alors ils ni'iuvoriueront, et je serai sourd et insensible à leurs prières ; ils me chercheront, et je me déroberai à leur vue, en sorte qu'ils ne me Irouvcronl pas; ils frapperont à la porte et ils me crieront : Seigneur, Seigneur ; mais moi , sans leur ouvrir, je leur répondrai que je ne les connais point; je les renverrai ci ces faux dieux qu'ils m'auront préférés et à qui ils auront consacré leurs plus beaux jours.

Terrible, mais juste châlinientà quoi vous vous exposez , mon cher auditeur, et dont vous n'aurez pas lieu de vous plaindre, puisqu'il n'aura rien de si rigoureux (|ue vous n'ayez sans doute bien mérité. \'ous me direz que cela doit donc désespérer ceux de mes auditeurs qui, jusquesà présent, engagés dans le monde et dans les inirigues criminelles (lu monde, ont passé de longues années sans se donner à Dieu et voudraient mainti'nant rentrer dans le devoir et le servir. N'y a-t-il plus de retour pour eux, et ne peuvent-ils plus faire à Dieu un sacrifice d'eux-mêmes qui lui soit agréable? Je n'ai g.'irde, chrétiens , de le penser et de le dire de la sorte; il ne m'appartient pas de marquer ainsi des bornes à la miséricorde de noire Dieu. Je sais qu'il y a eu des pénitents de tous les âges, c'esl-à-dire des liummes qui, rebelles à Dieu et à ses grâces, avaient consumé presque toute leur vie dans une révolte et dans un désordre continuel, et qui néanmoins ont enfin ouvert les yeux et reconnu leur injustice et l'ont réparée, en se .••oumettant au légitime empire du maître dont rien n'eût dû jamais les séparer ; des Hmmes qui, idolâtres du siècle et plus idolâtres encore d'elles-mêmes, s'étaient fait une divinité de leur corps et avaient consacré à celte divinité prétendue, non-seulement tout le cours d'une florissante jeunesse, mais tout ce qu'elles avaient reçu de jours au delà, et qui tout à coup ont renoncé à leurs anciennes habitudes,ont pris le parti delà piété et d'une piété solide , se sont enfin rendues, si je puis ainsi parler, au souverain Seigneur à qui elles s'étaient dérobées, et lui ont offert dans leurs personnes autant de victimes qu'il a bien voulu accepter; voilà ce que je sais et de quoi je suis obligé de convenir. Mais aussi convenez avec moi que ces exemples où notre Dieu fait paraître les richesses de sa miséricorde , sont moins communs que nous no le pouvons penser, et qu'il y en a mille autres contraires où il exerce toute la sévérité de sa justice; et de là concluez deux choses trèsimportantes et dignes detoute voire réilesion. Car de ces deax sartcs d'exemple-., les uns

de miséricorde, cl les autres de jusiice, je vous propose les premiers pour soutenir' encore votre confiance, si vous êtes de ceux à qni la conscience reproche de s'élre de|iuis longtemps soustraits au domaine de Dieu et d'avoir vieilli dans le service du monde et dans l'esclavage de leurs passions; el je vous propose les seconds pour vous inspirer une crainle salutaire et bien fondée, et pour vous engager fortement à consacrera Dieu les prémices de votre vie, si vous êtes de ceux qui se trouvent dans l'heureux état de le pouvoir faire. Développons ceci et expliquons-nous.

Je parle d'abord à vous, mon cher auditeur, à vous, dis-je, qui, sur le retour de l'âge , commencez à comprendre le devoir capital de la religion que nous professons , qui est de nous donner â Dieu de bonne heure et d'honorer par cette prompte oblaiion de nous mêmes, l'éternité de son domaine; vérité fondamentale que vous reconnaissez , mais i|ue vous craignez de reconnaître trop lard. Justement effrayé des menaces du Seigneur,queje viens de vous faire entendre, et pressé par le remords de votre cœur, il vous semble qu'elles doivent s'accomplir en vous; et cette pensée vous décourage; comme s'il n'était plus temps de vous réduire sous la lui de Dieu et de lui offrir une victime qu'il rebuterait. Mais à Dieu ne plaise que ce discours serve à ralentir l,i ferveur de vos résolutions el à rendre inutiles les elTorls de la grâce. Non, mon cher frère, ces menaces divines qui vous troublent, ne sont point si générales qu'elles ne puissent avoir et qu'elles n'aient eu leurs exceptions; elles ne sont point si décisives ni si |)réciscs, que d'autres que vous n'en aient appelé, et que vous no puissiez en appeler comme eux à la miséricorde du maître qui les a prononcées. Or, pounjuoi ne seriez-vous pas de ce nombre, et pourquoi ne prcndriez-vous pas toules les mesures nécessaires pour en être"? vous le pouvez, et c'est avons en particulier que je l'annonce; à vous qui m'écoutez el que Dieu appelle tout do nouveau par ma voix ; à vous en <iui ce discours excite certains sentimenis qui sont les effets d'une grâce spéciale ; à vous à qui Dieu ouvre les voies du retour par ces pensées etces désirs secrets qu'il vous inspire; à vous qu'il a conservé pour cela jusqu'à ce précieux moment, qui peut-être esl le dernier, mais qui peut devenir le principe de votreélernelle prédestination. Il est vrai, vous n'aurez plus l'avantage de vous être donné au Seigneur de bonne heure, et c'est de quoi vous gémirez en sa présence ; mais du moins aurez-vous désormais l'avantage d'étreà lui constamment, d'être à lui jusqu'au dernier soupir de votre vie, et de réparer par votre persévérance, vos révoltes passées; c'est ainsi, dis-je, que je vous parle: mais voici ce que j'ajoute pour les autres.

Car décompter aussi , mon cher auditeur, qu'il ser.'i toujours temps de reprendre le joug du Seigneur, après l'avoir secoué, et sur ce principe vous livrer au monde dès vos premières années , et no réserver à Dieu qu'un reste de vie : de se promettre que

Dieu

OU.VÏKI RS SACHES. UOL'RDALOLE.

é=-ak'm(^nl rirêi a vous

tZiG

sora toiijoarj cgau-mf^ni prei prévenir, cl à faire loulcs les avances pour lous rocl.ercl.er ; do s^iUciulre que le trésor (le ses miséricordes vous sera toujours «uverl cl que vous y trouverez au besoin tous 'les secours cl tous les moyens sur nuoi vous faites fond , c est une confiance présomptueuse , à laquelle j'oppose les exemples de tant de mondains et de mondaines, tn:i y ont élé trompes avant vous , et après nui je n'ai que trop lieu de craindre que vous ne le soyez vous-mêmes Quelle raison avcz-vous d'espérer, qu'ils n eussent pas coimnc vous ? et si d'alfreu^es suites leur ont fait voir combien leurs espérances élaicnl fausses , qui vous assure que de semblables épreuves ne vous convaincront pas un jour, mais à votre ruine élernclle , que vos prélentions n'étaient pas mieux établies? Ah ! chrétiens , ne nous exposons pas à un danger dont les conséquences sont si terribles! Neremeltons point à une autre occasion ce que nous pouvons faire dans les conjonclurcs présentes ; elles ne seronl jamais plus glorieuses poar Dieu , m plus salutaires pour nous. Autant de moments <|ue nous relusons à Dieu , ce sont autant de moments perdus , non-seulement pour lui , mais pour nous-mêmes : encore s'ils étaient seulement perdus ; mais parce qu'ils auront été perdus, ce seront contre nous autant de sujets de condamnation. Offronsnous , comme Jésus-Christ , dès que nous le pouvons , dès que nous nous y sentons attires , dès que Dieu nous y invite , et par luimême , et par ses ministres ; mais surtout oITrons-nons comme Jésus-Christ : par qui ? par .Marie : car c'est par Marie qu'il veut être offert , par Marie qu'il veut être porté dans le temple , par Marie qu'il veut être mis entre les mains du grand prêtre ; et , si nous pensons à faire à Dieu le sacrifice de nous-mêmes , faisons-le par la Mère de Dieu ; que ce sacrifice de nous-mêmes soit comme la conbommation du sacrifice qu'elle fait aujourd'hui de son fils. Avec la médiation de celte vierge toute-puissante , il n'est rien que le ciel n'agrée ; cl c'est ainsi que nous honorerons le domaine de Dieu , ce domaine essentiel , ce domaine universel , ce domaine élernel.

Cette morale , Sire , est pour les rois aussi bien que pour les autres hommes ; et je le dis a^cc d'autant plus d'assurance et plus de consolation en présence de Votre .Majesté , qu'entre tous les autres monarques, il n'en est point qui rende au souverain .Maître du inonde de plus éclatants témoignages d'une soumission vraiment chrétienne. Nous vous voyons. Sire, au comble de la grandeur humaine ; tout ce qui peut relever un roi , et lui donner dans le monde un grand nom , le ciel l'a réuni dans votre personne sacrée : l'éclat de la majesté , l'étendue de la puissance , la sagesse de> conseils . le succès des entreprises , la gloire des armes. Voilà ( c que nous admirons ; voilà ce que toute l'Europe , allentive à vous considérer, est forcoj de reconnaiUe cllo-inême, et à (luoi elle ne

peut refuser des éloges d'autant plus glorieux , qu'elle aurait pins d'intérêt à les diminuer et à les obscurcir. Mais, Sire, dans ce haut degré d'élévation , ce qu'il y a de : p!us digne de nos admirations et de plus grand , c'est que Votre Majesté ne se laisse point éblouir par sa grandeur même ; c'est que , dans la spienrieur de sa puissance, elle n'oublie point qu'il y a au-dessus de toutes les puissances morlelles un Tout-Puissant ; c'est que , prévenue des sentiments d'une religion pure et sincère , e^le se souvient , comme Salomon , ce prince si sage , et le sage même par excellence , qu'il y a au plus haut des cieux un plus grand qu'elle , ie Créateur de tous les hommes , et le roi des rois. C'est dans cet esprit. Sire, que vous vous êtes aujourd'hui prosterné devant l'au- . tel de ce Dieu de gloire et de ce suprême dominateur de l'univers. Nous avons vu Votre Majesté , humiliée en sa présence , lui faire hommage de tout ce que vous êtes ; nous vous a\ons vu , au milieu de la plus florissante cour, lui présenter, en vous présentant à lui , ce qu'il y a sur la terre, et selon le monde , de plus vénérable et de plus auguste. Qu'il est beau, Sire, après avoir paru sur le troue en souverain, pour imposer aux peuples la loi ; après avoir tant de fois paru à la tête des armées en conquérant, pour soutenir les droits de votre empire, et pour abattre l'orgueil et confondre les projets de tant de nations ennemies , de paraître ensuile aux pieds du Seigneur eu suppliant, pour honorer son domaine , supérieur à toute domination , ou plutôt le principe et l'appui de toute domination ; pour lui faire une protestation solennelle de la plus religieuse et de la plus humble dépendance , pour lui soumeltre , par l'oblation la plus parfaite , tout ce qu'il vous a soumis ! qu'il y a là de fermeté d'âme et de noblesse, qu'il y a d'équité et de droiture , qu'il y a de solide piété , et par conséquent de véritable grandeur ! 11 est , si je l'ose dire , de l'intérêt cl de l'honneur de Dieu , de maintenir Votre -Majesté dans ce même lustre qui lui attire les regards du monde entier , jiuisque, plus vous serez grand , plus Dieu tirera gloire des hommages que vous lui rendez. 11 aura , Sire , dans votre personne royale , aussi bien que dans la personne de David , un roi selon son cœur, fidèle à sa loi , zélé pour sa loi , protecteur et vengi ur de sa loi. Mais ce ne sera pas sans retour de sa part , ni sans récompense : après vous avoir couronné si glorieusement sur la terre , il vous préparc dans le ciel une couronne immortelle , que je vous souhaite au nom du Père , et du Fils , et du Sainl-Espril.

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