SERMON XIX
Sur l'Assomplioji de la Vierge.
Maria opliniam parlein elogit , quse non auferelur ab oa.
Marie a choisi ta meilleure pari, qui il" lui .sera point ôlée
iS. Luc, ch. \).
Ce fut à Marie, sœurde M.alhe, que k Fils
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(le Dieu reiulit ro l;'mi)ign;inc avantageux : ges ? Sans vouloir donc connailro la gloiru c'est ainsi ((u'i! se (iéeiara pour elle, et qu'il de Marie en ello-nièiue, il nie suffit d'en esala l'eîicila decei|u'ellc s'allaeiiailà l'écouler, miner le principe et les elTels : le prineipo, pendant que Jlartlie se fatiguait el s'em- par rapport à Marie (jui la possède ; el les pressait à le ser\ ir. Il faut néanmoins eon- effets par rapport à nous, qui, eoninuM^nfants venir que ces paroles de noire évangile, et serviteurs de .Marie, devons y participer : ai)pliquées à la fête (pie nous célébrons, ex- car, envisageant celle gloire dans son prinprinienl parfaitement le caractère de .Marie, cipe, et par rapport à Marie, j'y découvre un mère de Jésus, puisqu'elle a eu sans contre- des plus puissants molifs de notre espérance; (lit en toutes choses la meilleure part. Je el la considérant dans ses effets et par rapn'aurais, pour vous en convaincre , qu'à port à nous, j'y lrou\e un des plus solides jiarcourir tous les mystères qui se sont ac- appuis de notre espéiancc. App!iquez~vous coiiiplis dans la personne de cette incompa- à ma pensée. Il est certain que Marie, dans rablc vierge, et qu'à vous y faire remarquer son assoniplion, a reçu de Dieu comme une les privilèges infinis de grâce et de gioirequi double plénilnile; je veux dire une plénitude loiil élevée au-dessus de Ions les justes et de de bonlicur el une plénitude de pimvoir : tous les élus de Dieu. Mais je m'airéle uni- une plénitude de boiiiicur poui- elle-même, quemenl à l'augusle mystère de son assomp- et une plénitude île pouvoir pour ceux qui lion; car ce degré de gloire si sublime où l'in\ oquent. Or la \ ue de son bonheur, ou efe par.iil aujonrdhui, cette couronne d'im- plutôt de ce qui a été la cause el la source mortalité qu'elle reçoit des mains de son fils, de sou bonheur, c'est ce qui doit exciter nocetle béatilud.^ qu'elle possède, cliiui doit Ire espérance ; el la vue de son pouvoir anétrela récompense éternelle de ses éuiinciites près de Dieu, c'est ce (pii doit affermir notru vertus, c'est la cansommalion, non-seule- espérance. Je iiourrais m'en tenir là ; mais, ment de toutes les grâces dont clb' a été parce que rien n'est plus sujet à lillusiim (omblée, mais de tous les mérites qu'elle a que l'espérance même chrétienne, cl que i.cquis, cl par consé(iuent ce (jue nous pou- rien n'est plus dangereux dans la voie de \ons dire être pour elle sou\erainement et Dieu (jne l'abus de celte vertu, j'ajoute à ces par excellence la meilleure part, qui ne lui deux vérités une réflexioii qui ma paru bien .••eia point enlevée : 0/j/ù«(i)n partcin elegit, importante, el que je vous prie de faire avec qtuv mm aufcrclur ub en. Heureux partage de moi : c'est qu'en même temps ijue le mystère Alarie, (jui doit être le sujel de nos réflexions de ce jour excite el alîermil notre espérance, el auquel nous de\ous tous nous intéresser, il nous apprend encore à la régler elà n'eu si nous avons, comme chrétiens, les senti- pas abuser; instruction à la(]uelie je réduis luents de religion que lavue du triomphe de tout ce discours, pour combattre deux ercetle mère de Dieu doit produire dans nos reurs grossières où nous tombons cominucd'urs. l^.e (lue nous appelon.s sou assomp- némenl sur le sujel de la gloire de Marie : lion est par excellence le mystère de sa l'une qui regarde les moyens par où elle y gloire; mais, si nous sa\oas bien nous l'ap- e^t parvenue, et l'antre les avantages qui pliquer el eu profiLcr, il n'esl pas moins le nous en doi\eiil revrnir. Car ces moyens par mystère de notre espérance; et voilà ce (jue (u'i "\Iririee>t pu \ .iiUf .ai coîi;ble d ■ la gloire, j'enlreprendrai de vous faire voir, après que nous nous les liginons tout dilTéronls de ce j'au:ai demandé les lumières du Saint-Esprit ([uils oui été ; clces avantages qui nous doipar linlercession desabienlieureuseepousc; vent revenir de la gloiii-^ de -Marie, nous Ave, Miiria. nnus les promettons tout autres (juils ne C'est de l'espérance que le juste vil aussi sont en effet : deux erreurs, dis-je, infinibien ([ue delà foi; c'est sur l'espérance, ment préjudiciables. Tâchons à nous en préaussi bien que sur la foi, (ju'est fonde loul server, el pour «ela reconnaissons premièrel'édifice de cette perfeclion chrétienne, dont ment quel a élé le vrai principi' de la bé.ilila charité est le comble; c'esl par l'espé- lude de Marie, et voyons ensuite quel est le rance, aussi bien que par la foi, que nous pouvoir que Dieu lui a donne pour nous senous élevons à Dieu, que nous cherchons courir : le principe de sa béatitude bien ex- Dieu, et que nous trouvons le royaume de ])liqué nous garantira delà première erreur , Dieu. Ainsi, chrétien?, quand j'ai dit que le et la mesure de son pouvoir bien entendue mystère de ce jour était un des mystères de nous mettra à couvert de la seconde. V^oilà noire espérance, j'ai prétendu vous en don- tout mon dessein, et ce qui demande une ner l'idée la plus haute, et loul ensemble la favorable attention, plus consolante el la plus édifiante que vous première p.4Rtie. en ayez jamais conçue. Ecoulez-moi, et Considérer dans l'assomplion de Marie une vous en allez convi'iiir. Paury procéder avec Vierge triomphante, une Reine couronnée , ordre, je ne prétends point pénétrer le fond une créature élevée au-dessus de lous les orde la béatitude et de la gloire dont la reine dres des esprits bienheureux, el placée dans des anges jouildins le ciel ; car, comme re- le rangdela gloire lepluséminenl; enun mol, marque saint Bernard; si l'œil n'a point vu, une Mère de Dieu béatifiée par le Dieu même el si le cœur de l'homme n'a jamais compris qu'elle a conçu et qu'elle a eu l'honneur de ce que Dieu prépare au moindre de ses élus, porter dans ses chastes entrailles, je l'a-qui pourra comprendre et encore moins voui' . chrétiens , c'est quelque chose de e\j)lu]uer ce qu'il a préparé pour la plus grand, quelque chose qui surpasse toulo parfaite el la plus sainte de toutes les vier- expression liuuiainc, el sur quoi l'on pour •
ORATKURS SACRES. DOUUDALOUr:.
rn\\.h\enf,'ècv>cr : 0 allilv.do diriliarum{nom. XI)! O aliîme des livsors ilo Diou 1 C'est ce que rivalise scmhh- nous proposer il'abord dans celle soleniiiie. et c'esi là que nos réflexions snr ce mystère se sont peut-être jusqu'à présent terminées ; mais si cela est, et si nous en sommes demeurés là. quelque au'^usle que nous ait paru ce mystère, j'o^c dire que ni vous ni moi ne l'avons jamais liien pénétré, car il est vrai : voilà, mes clicrs auditeurs, ce (lu'il y a dans l'assomplion de Marie d'éclalanl et iic magnifique ; mais l'esprit de la foi, qui perce , comme dit saint Paul, jusque dans les secrets les plus intimes et, pour user du terme do cet apôlre, i\is(]ue dans les profondeurs de Dieu : Eliam 'profutxia Dei (I Cor., II). nous y découvre liiiMi d'autres sujets d'admiration. En voici un, chrétiens, qui vous surprendra, mais qui vous édifiera ; et qui, détrompant vos esprits, excitera dans vos cœurs les sentiments les plus vils de l'espérance des justes. Appliquez-vous, s'il vous plaît.
Qu'est-ce donc que je conçois , ou qu'estce que je dois concevoir dans le mystère que nous célébrons'? une ;Mère de Dieu glorifiée non point absolument et précisément parce qu'elle a été Mère de Dieu, mais parce qu'elle a été obéissante et fidèle à Dieu, mais parce qu'elle a été humble devant Dieu, mais parce qu'en vertu de ces deux qualités, elle a été singulièrement et par excellence la servante de Dieu. Voilà ce que je considère dans son assomption , comme l'essentiel et le capital à quoi nous devons nous attacher, et c'est le précis et le fond de toute cette première parlie. La proposition vous étonne, et vous avez peine à vous persuader que ce qui a élevé Marie à cette gloire incompréhensible dont elle prend possession dans le ciel, ne soit pas l'excellente prérogative qu'elle a eue sur la terre d'être la Mère d'un Dieu. Car, quel litre on apparence plus légitime pouvait -elle avoir, pour êlre reçue en souveraine dans le royaume de son Fils, que d'avoir été sa Mère; et si elle avait à se promettre devant Dieu quelque distinction, d'où devaitelle plutôt l'attendre que de celte divine maternité? Cependant, chrétiens, il est de la foi que cette maternité, toute divine qu'elle est, n'est point proprement el dans la rigueur ce qui fait aujourd'hui l'élévation de Marie : car c'est ainsi que le Sauveur lui-même s'en est expliqué dans l'Evangile, et la déclaralion expresse qu'il nous en a faite est une preuve sans réplique. Vous l'avez cent fois enlendue, mais peut-être ne lavez-vous jamais méditée autant qu'il était nécessaire : ccoulcz-la donc, et ne l'oubliez jamais. V^ous savez en quels termes cette femme dont parle saint Luc se sentit un jour inspirée de féliciter Jésus-Christ, lorsqu'elle s'écria qu ■ bienheureux était le sein qui l'avait porté, et les mamelles qui l'avaienl nourii : Bcalas venter qui te porlavit , el ubera qtue suxi^li {Luc. XI). Elle crut, aussi bien que uius, ([ue la béatitude de Marie consistait à êlre la Mère de ce Dieu incarné et fait homme: Bcatus vmtj'r. Mais vous savez aussi de quelle
manière Jésus-Chi isl la détrompa, el l'étonnante réponse qu'il lui fit. Non , non , reprit cet Homme-Dieu, vous l'entendez mal, et il n'en est pas comme vous le pensez Quin immo; celle que je reconnais pour Mère, et dans le scinde laquelle j'ai été formé, n'est point heureuse pour cela. Ce n'esl point là ni la mesure ni la cause immédiate dr son bonheur; mais les bénédictions abondantes dont Dieu l'a déjà prévenu?, et dont il achèvera un jour de la combler , procèdent de, toute une autre source. Or, prenez garde, chrétiens, que ce qui faisait alors, dans le sens du Fils de Dieu , la béatitude de Marie, c'est ce qui a fait depuis et ce (]ui fait encore maintenant sa gloire dans le ciel : car la gloire d'une créature et sa béatitude devant Dieu ne sont qu'une même chose. Marie, dans la pensée de Jésus-Christ , n'était point heureuse précisément par la raison qu'elle était sa Mère; ce n'esl donc point précisément en vue de si maternité qu'elle a été glorifiée. La conséquence est évidente selon tous les principes de la théologie et même de la foi. Pourquoi donc Marie se trouve-l-elle si hautement el si honorablement placée dans le royaume célesle?api)rcncz-le de Jésus-Christ , qui seul a pu nous le révéler; apprenez-le de Marie même, qui en a senti lefiet et l'accomplissement dans sa personne : joignez ensemble ces deux témoignages , et lailcs-vous-en deux leçons pour la conduite de votre vie. Rien ne vous fera mieux goûter ce que j'appelle le don de l'espérance chrétienne, el ne sera plus propre à vous inspirer un zèle ardent pour voirc sanctification.
Voici le témoignage de Jésus-Chrisl. Il déclare, en comprenant Marie dans la réponse générale que je viens de vous rapporter , et l'y comprenant d'autant ])lus, (]u'elle en était personnellement le sujet : il déclare, dis-je, (lue la béatitude de Marie vient uniquement de ce qu'elle a été fidèle à Dieu et obéissante à sa parole : Quinimmo bcali qui andinnt rerijum Dei et cxistodiunt illiid {Luc. XI). Voilà l'oracle de la sagesse incrcêc,trop clair pour n'être pas pris à la lettre, et trop avantageux à la Vierge que nous honorons pour n'en pas faire le fond de son éloge. Avoir écouté et inviolablement pratiqué lout ce qui était pour elle parole de Dieu, ordre de Dieu, bon plaisir de Dieu : c'est-à-dire, avoir suivi tous Its mouvements de la grâce qui agissait en elle, sans y apporter jamais la moindre' résistance ; avoir répondu exactement cl constamment à toutes les inspirations qu'elle recevait de Dieu, avoir accompli avec la dernière fidélité tous les desseins que Dieu avait formés sur elle; n'êlre jamais sortie des voies de celle Providence supérieure qui la gouvernait; s'être fait une loi des volontés de Dieu les plus parfaites; s'être dévouée sans excepliou à Dieu, dans les plus rigoureux sacrifices qui devaient être et qui ont été les épreuves de sa vertu; avoir sanclifié sa vie par un continuel exercice do cette obéissance ; avoir rendu toutes ses actions jus(|ues aux plus petites, précieuses devant Dieu par le mérite
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(le colin soumission; el ne s'êlre jamais ra- ché de l'Iiumililé de sa servante, ccst pour Initie un seul moment, jamais rclâché'e de sa cela, et pour cela spécialement, que je serai protiiière fei-veur, toujours allentive àce que béatifiée : -Ecce enim ex hoc bcalnm me <li~ i'Kspril (le Dieu, lui suggérait, toujours a^is- cent; pour cela que le Tout puissant fera santepDurDicu, toiijoursuniedecœur à Dieu, éclater en moi toute sa magnificence; que toujours (lépeiidanle de Dieu : voilà, dit saint celui qui abaisse l'orgueil des superbes, Augustin, ce que Dieu a couronné et glorifié prendra plaisir à m'exalter, el je veux bien en elle : Il oc in ea mafiiiifieavit Dominus, quia le publier el le faire connaître, afin que toufecil volttnldlem Palris, non quia euro car- tes les âmes justes, profilant de cette confesncm genuil {Aitq.). C'est ainsi qu'en parlait sion, sachent qu'il n'y a que l'humilité qui ce saint docteur; comme s'il eût dit : ne tous puisse prétendre à la >éritab'e gloire. Qu'esty Irompi'z pas, mes frères, et ne confondez ce donc, à proprement parler, que l'assomppas les (loi'.s lie Dieu. Avoir engendré selon lion de Marie? Ne nous conicntons plus de la chair le Verbe éternel, et, ji w le plus dire que c'est le jour de son couronnement inouï de tous les miracles, être devenue l.i et de son triomphe : disons que c'est le cou- Mère de son Créateur, c'est un honneur que ronnement cl le triomphe de son humilité; Marie a reçu de Dieu; mais ce n'est point. par là nous exprimerons mieux l'intérieur à le tiiin prendre, un mérite que Dieu ait ilil du mystère que nous célébrons, et par là ni qu'il ait pu même, selon les lois de sa jus- nous répondrons mieux à la question (|uaulice, récompenser dans Marie. 11 n'a loué raient pu nous faire aujourd'hui, non-seuicdans elle (juc ce (ju'elle a l'ait pour lui. Or, nient les hommes grossiers et lerrcstres, ce qu'il a trouvé dans elle de louable est mais les esprits même célestes, à qui l'asuniquement ce qui a fait sa gloire devant somption deMarie fut un sujet de surju-ise et lui : Hoc inea ntaijnificaril, quia fecit ro/itn- il'admiiation. Car les anges même, dit saint tutem Patris, non (/uia caro carnem ijcnuil. Bernard, furent dans une espèce de ravis- Je me trompe, chrétiens, la fidélité de Ma- sèment, en voyant Marie monter au ciel avec rie n'est pas le seul litre de la béatitude et tant de pompe ; el, charmés de la nouveauté de la gloire dont Dieu, comme juge éqnita- de ce spectac'e, ils eurent lieu de s'écrier ble, la combla dans son assomption. Une fiussi bien que les compagnes de l'Epouse : autre de ses vertus y eut encore part, et la Qu(e est itla quœ ascendit de dcsirto deliciis loi nous enseigne que ce fut son humilité. afflucns? Qui est celle-ci qui s'élève de la Humilité de M irie, s'écrie saint Ambroise, terre avec cette aflluence de délires, el cet qui, dans l'incarnation divine, ayant eu la écl.it de gloire qui l'environne? Mais on eût force d'attirer un Dieu sur la terre, eut en- bien pu leur répondre ce que saint Paul récore le pouvoir d'élever une pure créature pondait dans un sujet pareil, en parlant dtau plus haut des cicux. lin clïet, avoir été l'ascension du Fils de Dieu : Qitud autan at'~ fidèle à Dieu, et obéissante à sa parole, au- cendit, qnideal, nisi quia cl dcfcendil pritant que l'avait été Marie, c'était beaucoup ; mum [Ephex. \\). Vous êtes en peine de samais ce n'était rien si elle n'eût été humble ; voir qui elle est, et pourquoi elle monte; et si, faisant pour Dieu tout ce qu'elle l'ai- mais souvenez-vous que c'est elle qui, étant sait, elle n'y avait ajouté, pour surcroît de la plus saiule cl la plus parfaite de toutes les mérite, de n avoir jamais eu la moindre vue créatures, ne s'est jamais considérée que de s'en rien attribuer à elle-même. Car voilà comme la dernière des servantes de Dieu; et le fond rjue Dieu, juste et suprême rémuiié- sachez qu'elle ne s'élève au-dessus de tous râleur, crut dc\oir enrichir dans la personne les êtres, que parce (ju'rlle est de ccndue par de cette vierge incomparable, non-seulement son humilité profonde jusque dans le centre des dons de la grâce, mais des trésors im- (\(} son i\é:ii\l: Quod autcm ascendit. quid est. uienses de la gloire dont il la mit en posses- nisi quia et descendit ? N'en chercliez point sion. (Jui ledit? Marie elle-même, qui, pleine d'autre raison que celle-là. Celte humilité de l Esprit de Dieu, s'en rendit authentique- héroïque, qui a été la vertu [irédnminante ment le témoignage : Quiu rcspcxil liumili- de Marie; ce détachement delle-mênic, sur talcm uncitlw suœ; ecce enim ex hoc bcatam lequel elle a fondé tout réilifice ;lc sa saintne dicenl onines qeneraliones {Luc. I). Oui, leté ; ce renoncement à tout! s les vanités du dit-elle dans ce sacré cantique, (]ui, selon siècle, dont elle a fait, dô> ses plus tendres saint Ambroise, fut comu)e l'extase de son années, une si solennelle profession ; cette humilité, aussi bien ((ne de sa reconnais- vie cachée dans laquelle elle a su se renfersance, voilà pourquoi on m'appellera bien- mer; cette horreur sincère qu'elle a eue des hrureuse, et pourquoi, en effet, je le serai, louanges même les plus véritables ; ce Irouparce que le Seigneur a jeté les yeux sur ma hic dont elle fut saisie , cnti lulani celles que bassesse. Or elle parlait ainsi, reprend saint lui donnait un ange de la part de Dieu; cette Ambroise, ayant déjà été saluée par l'ange disposition si admirable qu'elle a témoignée comme mère de Dieu, ayant déjà été décla- à rechercher en toulcs choses son propre réo reine du ciel et de la terre, ayant déjà abaissement; à vouloir bien paraître pècheété remplie de la di\inité du Verbe, qui ha- resse, quoiqu'el'c lût toute sainte; à vivre bilait en elle corporellemrnt ; et l'aveu dans les rigueurs de la pénitence, quoiqu'elle qu'elle faisait de sa bassesse n'était qu'une n'eût jamais perdu l'innocence; à se purifier expression vive et affectueuse de l'humilité comme les autres femmes, quoiqu'elle fût la de son cœur : Quia respe.iit huiiiilitaleni an- pureté même ; à se soumettre à la loi, quoicitlw su(e- Parce que le Seigneur a été tou- <iu'elle fût au-d-^ssus de toute loi : celle vue Oratelrs sacrés. XiV. {Quara;Uc-deux.)
ORATEURS SACRES. BOLRDALOUE.
de son néanl, qui, ilai.s les iiaulos cominuiiicalionsquVllo avait avec Dieu, ctail comme le contre-puiils des faveurs qu'elle recevait de lui; ce soin de glorifier le Soigneur à mesure que le Seigneur opérait en elle de plus ffrandes merveilles; celle humililé enfin, qui n'avait jamais clé vue sur la terre, et dont Marie élait l'unique exemple, c'csl-à-dire celle humililé jointe à la plénitude de la crâc; jointe à la pléniluJe du niérile, jointe à la plénilude des honneurs, voilà ce que Dieu a eslimé, et ce qui l'a déterminé à placer Marie dans un rang si sublime : Quia respexit humililatem (incillœ siiœ ; ecce enim ex hoc beatam me dicent nmnes gcnerationes.
Mais encore, me direz-vous, le Sauveur dn monde, qui , comme parle l'Evangile, avait reçu de son Père le pouvoir de juger, et par conséquent de récompenser, en béatifiant et en couronnant Marie, ne considéra-l-il en aucune sorte qu'elle était sa mère'? ne donna-l-il rien à la tendresse qu'il avait eue et qu'il conservatoujours pourelie? Non, répondent les Pères; et la raison qu'ils en apportent est convaincante : parce qu'il est certain que le Sauveur du monde, en béatifiant el en couronnant Marie, n'agissait pas en fils ni en homme, mais en Dieu et en juge souverain. Or, en tout ce qui était immédiatement de la juridiction el du ressort de la divinité, le grand principe de cet Homme - Dieu fut de n'avoir jamais d'égard à la chair et au sang. De là vient que, quand Marie le pria de faire un miracle aux noces de Cana, bien loin do marquer qu'il eût en cela pour elle de la déférence, il parut la traiter avec une espèce de rigueur, en lui répondant que, pour ces sortes d'actions, absolument et essentiellement divines, comme celle-là, il n'y awiit rien de commun entre lui et elle : Qaid nuhi et tibiest, millier [Juan. II)'? De là vient qu'à l'âge de douze ans, s'élant séparé d'elle dans le temple, où elle le retrouva, trois jours après, au milieu des docteurs, bien loin de se monlrer sensible à la douleur qu'elle avait eue de cette séparation, il la reprit en quelque sorte du reproche qu'elle lui en faisait, et sembla même s'en offenser, parce qu'elle devait savoir, lui dit-il, qu'il élait alors occupé à ce qui était du service de son Père : Quid csl quod me quœrebalis ? 7iesciebatis quia in Itis quie Palris mei sunt, oportct me esse ( Luc. 11)'^ De là vient que RIarie elle-même s'élant un jour présentée pour lui parler pendant qu'il annonçait au peuple le royaume de Dieu, et un des assistants lui ayant dit : A'oilà votre mère ; il déclara qu'il ne reconnaissait pour mère et pour frères, que ceux^qui faisaient la volonté do son Père céleste : Quœ esl mater mea, el qui sunt fralres mei? quicumque feceril voluntnlem Palris mei qui ia caeiis est , ipse meus frater et mater e.H {Matih. XU). Do là vient que sur la croix, où, comme souverain pontife, il offrait à Dieu le sacrifice de la rédemption des honmies, voulant recommander à Marie un de ses disciples, il ne l'honora pas du nom de mère, mais il l'appela simplement femme : Mulier, ecce filias tuiis IJuun. XIX).
Or, s'il en usa de la sorte, mémo durant sa vie mortelle, el pendant qu'il élait encore soumis à Marie, beaucoup plus, reprend saint Chrysoslome, en dut-il ainsi user, lorsque, assis à la droite de son Père, il rendil justice à Marie, et la mit en possession de la gloire qui lui était réservée. Car ce fut là, je le répète, qu'il décida en sou\ erain et en Dieu, et non pas en homme; et lui-même il s'était explique que comme homme il ne pouvait rien à ce tribunal en faveur des siens • Sedere autem ad dcxleram meam vel sinistram, non esl meum dure vobis [Mallh. XX). Il eut donc encore égard aux mérites que Marie avait acquis, cl non pas aux titres d'honneur qu'elle avait possédés; et, jusque dans la sentence qu'il prononça à cette reine des Vierges au moment qu'il la couronna, il soutint le glorieux caractère que l'Ecriture lui attribue, de n'avoir fait acception de personne, mais de rendre à chacun selon ses œuvres : Non est personarum acceptor Deus lAct. X). Tel est le raisonnement de saint Chrysoslome, fondé sur les maximes éternelles de la prédestination de Dieu.
Mais voici du reste, mes chers auditeurs, ce qui l'adoucit, et ce qui servira en même temps à confirmer la vérité que je vous prêche. Car j'ajoule que, sans déroger aux lois de celle justice rigoureuse, le Fils de Dieu, agissant comme souverain et comme Dieu, a néanmoins, dans un autre sens, traité Marie avec toute la distinction qu'elle pouvait attendre de lui en qualité de mère ; et je dis que, sans préjudice des divins décrets auxquels la prédestination de l'homme est attachée, l'avantage qu'a eu Marie d'être mère de cet Homme-Dieu n'a pas laissé de contribuer à sa béatitude. Je m'explique. En quoi le Fils de Dieu, agissant comme souverain et comme Dieu, a-t-il considéré Marie, el l'a-l il distinguée comme sa mère ? en ce qu'il lui a préparé dans cette vue des grâces spéciales, des grâces extraordinaires et abondantes, dont elle a rempli la mesure par sa fidélité, et qui lui ont fait acquérir tant de mérites dont elle a reçu la récompense. Et en quoi l'avantage qu'a eu Marie d'être la mère de Dieu, a-t-il contribué à sa béatitude? en ce que sa maternité a rehaussé le prix de son humililé, et que son humililé devait être le fondement de son élévation. Cependant la proposition que j'ai avancée subsiste toujours, savoir, que la cause prochaine de la béalilude de Marie n'a point été précisément sa qualité de mère de Dieu, mais sa fidélité d'une pari, et son humilité de l'autre. Vérité si constante (permettez-moi , Vierge sainte, de faire ici une supposition, qui ne peut tourner qu'à votre gloire, puisqu'elle marquera encore mieux, et la souveraine équité du jugement de Dieu , en vous plaçant sur le trône au moment de votre assomplion, elle mérite inestimable de votre parfaite coopération à la grâce) ; vérité si constante, que si Marie, après avoir conçu le Verbe de Dieu, n'eût jias été obéissante à sa parole, el se fût oubliée jusqu'à secomplaire en elle-même et à présumer d'elle-même, quoique mère de
MYSTERES. SEAMON XIX. SIR L'ASSO.MPTIO.N.
Dieu, clic ne jouirait pas do la fC'litilé et de la gloire où elle est parvenue : pourquoi ? parce qu'avec celte aupuste rnateriiilé, Dieu n'eût pas trouvé dans elle le caractère de ses élus, qui est la justice et la sainteté. Comme au contraire, si Marie, sans avoir conçu le Verbe de Dieu, fût été ou eût pu cire aussi obéissante et aussi bumble qu'elle le fut , aussi sainte et aussi fidèle, aussi consommée en vertu et aussi pleine de mérite, j'ose dire que, sans être mère de Dieu, elle serait aussi élevée qu'elle l'est dans la gloire, et aussi proche du trône de Dieu.
Or voilà, chrétiens, ce que j'appelle le motif ot l'attrait de notre espérance. Car si Marie n'était dans la gloire que parce qu'elle a été la mère du Rédempteur, ce serait pour nous une raison de l'honorer, de la révérer, et de célébrer avec des sentiments de respect et de religion le jour solennel de son triomphe : mais en tout cela il n'y aurait rien par où notre espérance pût être excitée. Quelque admiration que nous eussions pour cette Vierge, la voyant monter au ciel, il ne nous serait pas permis de prétendre y monter après elle; et les désirs même que nous en formerions seraient aussi chiméri(iucs et aussi vains que téméraires et présomptueux. Mais quand je considère qu'elle n'y monte que par un chemin qui m'est ouvert aussi bien qu'à elle; quand je fais réflexion que les mêmes voies qui l'ont conduite à ce souverain bonheur sont celles que Dieu m'a maïquées pour y arriver; quand je me représente que Marie n'est entrée dans la joie de son Seigneur qu'en vertu de cette parole, qui ne me regarde pas moins qu'elle : Courage, bon serviteur et fidèle : Eagc, serve bone et (idetis , intra in gnudium Domini lui {Matth.,W\]; quand je pense que la loi selon laquelle Dieu, faisant justice à Marie, a relevé les abaissements volontaires de son humilité, n'a point été une loi particulière pour cette \'ierge, mais une loi universelle f'our tous les hommes : (^)uiconque s'humilie sera exalté : Omnis qui su liuiniliat, exallahilur {Luc, XIV); quand je me dis à moimême que tous les droils qu'eut Marie àcelte gloire dont elle est comblée , peuvent, par proportion, et doivent me convenir, si je veux profiter de son exemple : ah 1 chrétiens, je sens alors mon cœur s'élever au-dessus des choses terrestres, et je commence à découvrir, mais d'une manière sensible, non-seulement la vanité de toute la gloire du monde, non-seulement l'inutilité des vertus purement humaines, qui font le mérite et la perfection des sages du monde, mais, ce qu'il m'importait bien plus de savoir, l'insuffisance même de certains dons, quoique d'un ordie surnaturel, dont je pourrais peut-être me flatter devant Dieu, et sur lesquels j'établirais une fausse confiance en Dieu. Or, en découvrant de la sorte mon aveuglement et mes erreurs, dans un mystère où toutes les lumières de la foi se présentent pour m'éclairer, je m'instruis moi-même, je me redresse moi-même, je m'encourage moi-même, je me reproche mes tiédeurs, je déplore mes
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relâchements, je renonce à mon orgueil je m'attache à l'humilité, qui est la verlu des âmes prédestinées, tout cela par le mouvement de cette espérance chrétienne que m'inspire la solennité de ce jour : et voilà les fruits de bénédiction et de sanctification que l'Esprit de Dieu y a renfermés pour nous.
Oui, mes chers auditeurs , animé de cette e-pérance dont le juste vit, et qui est la ressource du pécheur, j'oublie, selon la maxime de r.Apolre, les choses de la terre, pour chercher uniquement les choses du ciel où la reine des vierges est assise, non pas comme Jésus-Christ à la droile de Dieu, mais immédiatement au-dessous de Dieu, et absolument au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu. Animé de cette espérance, je goûte les biens éternels, je les désire, je soupire après eux; et, piqué d'une sainte émulation, je redouble mes elTorls pour suivre les traces de Marie, et pour atteindre au même terme. Car voici les leçons que je me fais , en me la proposant comme le modèle sur lequel je me dois former. Je puis, selon la mesure des grâces que je reçois, être fidèle à mon Dieu comme l'a été Marie; je puis, selon l'élendue des desseins que Dieu a sur moi , accomplir ses ordres comme les a aceom()lis Marie; je puis écouter la parole de Dieu qui m'e^t annoncée, avec le même esprit et la niêine docilité que l'a écoutée Marie; je puis obéir à la voix intérieure qui me parle, avec la même promptitude que Marie. Ouoiiiue je ne sois pas destiné à de si grandes choses que Marie, je puis , en l'imilant, sanctifier mes actions, mes occupations, mes afl'eclions; en sorte que j'aie droit comme elle de dire au moment de la mort : Bonum ccrlamcn cerlavi (II rim., IV) : J'ai combattu, j'ai rempli ma course, j'ai gardé la foi, et il ne me reste plus que d'attendre la couronne de justice qui m'est réservée : lu rcliquo reposila est milii corona justitiw (Ibid.). Dieu ne m'a pas confié autant de talents qu'à Marie, mais il m'a assuré dans son Evangile, qu'il me suffirait d'avoir été fidèle en peu de choses, pour recevoir beaucoup : Quin super pauca fuisli fidelis , super multa le consliluam' { Mallh., XXV). Je ne puis égaler Marie, ni être aussi riche en mérite, mais je puis m'humilier comme elle, et même, en me comparant à elle, mon indignité peut et doit être en moi le fond d'une plus grande humilité. Je suis pécheur, mais je puis réparer par la pénitence les pertes que j'ai faites en perdant l'innocence. Si je ne suis rien dans le monde, je puis aimer, comme Marie, une vie obscure et cachée en Dieu; et, si j'ai dans le monde quelque avantage, je puis, à l'exemple de Marie, ne m'en servir que pour en faire hommage à Dieu : voilà, dis-je, ce qui soutient mon espérance, mais ce n'est pas tout.
Car celte même gloire de Marie, fondé<! sur son humilité et sur sa fidélité à la grâce de Jésus-Christ, m'apprend , par une règle toute contraire, ce que je dois penser et espérer de tout le reste. Et en effet, c'est par là que je conçois un saint mépris pour tout ce qui s'appelle distinction, élévation selon
ORATEUnS SACRES. BoL'RDALOUE
le inonde -. fausse gramleur que Dieu réprouve el qu'il confonJ lous les jours, parce qu'elle est presque toujours ou le fruit ou la caus(î de l'iuiquilé, au lieu que celle do Marie a élé puremenl et uniquement la récompense de la sainteté. C'est par là que je reconnais le faillie ou plutôt le néant de je ne sais combien de vertus mondaines dont les enfants du siècle se glorifient, et qui font la matière de leurs éloges, mais qui ne seront jamais de nul prix |iour le salut éternel. C'est par là même que je me détrompe de celle erreur si pernicieuse et si commune, de croire que Dieu, dans le discernement el le jugement qu'il fait de ses élus, ait égard à certaines grâces, qui semblent néanmoins d'ailleurs nous devoir être favorables; par exempte, à l'honneur que j'ai d'être iUiclien, el, en qualité de chrétien, d'être enfant de Dieu. Car, comme raisonne saint Chrysostonie, si Dieu , pour glorifier Marie, n'a point considéré qu'elle était la mère de son Fils, quel fond dois-je faire sur ce qu'il est mon Père par adoption , et que je suis du nombre de ses enfants? Ce caractère d'enfant de Dieu que j'ai reçu dans le baptême, s'il n'est accompagné el soutenu d'une sainle vie, engiigera-l-il Dieu à se relâcher en ma faveur des droits de sa justice, après même que le caractère vénérable de mère de Dieu n'a pas eu ce pouvoir, cl le bonheur que j'ai, comme chrélien, de recevoir Jésus-Chiist dans les sacrés mystères, sera-t-il un titre sûr pour lui demander qu'il me donne pari à sa gloire, après que l'avantage singulier el le privilège qu'a eu Marie de le recevoir comme mère dans sescliasles entrailles, n'a pu suffire pour la mellre au rang des prédestinés'?
Non. non, mes fières, dit saint Clirysostomc, Dieu n'aura nul éaard à loul cela. Car tout cela, ce sont des laveurs divines dont il no; s demandera rompt'; tout cela, ce sont des dons et des grâces dont il nous repro- < liera le mauvais usage; tout cela, ce sont des fonds d'oliligation que nous avons à remplir; mais tout cela iirécisément, ce ne sont point devant Dieu des mérites dont nous devions nous promettre une récomjiense. La fidélité et l'Iiumililé, voilà ce qui doit être mis dans la balance où nous serons un jour pesés ; et il était juste, ô mou Dieul que cela fût ainsi; il était juste que nous ne fussions heureux qu'à proportion que nous vous sommes fidèles , et que nous ne fussions grands devant vous qu'autant que nous sommes humbles. Depuis que vous a\ez élabli deux trônes dans le ciel, lun pour l'humilité d'un Homme-Dieu , l'autre pour l'humilité d'une Vierge mère de Dieu, il élait de l'ordre que lous les autres trônes où doivent être assis vos prédestines eussent le même fondciiieul; el qu'il n'y en eût au(uii dont la base l)rincip.ile ne lût une solide, une profonde, mie sincère humilité de cœur. Je suis chrétien, doit dire aujourd'hui un homme du monde, persuadé el toui hé de celle sainte morale: je suis chrélien; mais c'est pour cela môme que Dieu me jugera plus cxaclemenl, yu'il me condamnera plus sé\èrenicnl, qu'il
me punira plus rigoureusement, si, déshonorant ma profession et le nom que je porte, je suis un indigne chrélien; je suis l'épouse de Jésus-Christ, doit dire une âme religieuse, mais je ne dois point compter pour cela de régner un jour avec celui que j'ai choisi pour mon époux, si je ne joins à cette qualité d'épouse (elle d'humble et de fidèle servante. Domine, <juis hahilabil in tubcrnaculo tuo, mit (/uis requiescel in monte sancto tuo [Ps. XIV)? Seigneur, disait le Prophète royal, quel est celui qui demeurera dans votre maison et qui reposera dans votre sancluiiiie'! Qui in [jicd II ur sine macula, et upc- )'ulu)- jusliliam {Ibid.) : Ce sera le juste dont la vie est pure et sans tache; le juste qui, soumis à votre loi, est irrépréhensible dans sa conduite; le juste, qui, détaché du monde, marche dans la voie de vos commandements; le juste qui, fidèle à voire grâce, s'acquitte constamment de ses de\oirs cl accomplit toute justice. Nulle exception à celle règle. Nous avons vu quel a élé le principe de la béatitude de Marie, voyons maintenant quel est le pouvoir que Dieu lui a donné pour nous secourir : c'est le sujet de la SLCondc partie.
SECONDE PARTIE
Il est certain que Marie, entre tous les élus, a reçu une grâce suréminente, en vertu de laquelle elle peut intercéder pour nous auprès de Dieu ; et, par une conséquence nécessaire, il est certain que nous pouvons saintement et utilement recourir à elle, et implorer dans nos besoins le secours de sa protection. Celle vérité , qui nous est plus que suffisamment révélée de Dieu, et dont toute la tradition est un aulhenlique ténioigiiage, se trouve d'ailleurs si ciinforme à tous les principes du bon sens et de la raison, que cela seul suffirait pour confondre l'obstinalion de l'hérésie, qui la rejette cl qui la combat. C ir, si les anges bienheureux qui sont devant le trône de Dieu offrent continuellement nos prières à Dieu, comme nous l'apprenons du leste sacré, pourquoi Marie, la reine des anges ; ne serait- elle pas en état de nous rendre encore avec plus d'effet et plus de dignité le même office? et si Marie ellemême, lorsqu'elle élait sur la lerre, pouvait être invoquée, c'est-à-dire si l'on pouvait s'adresser à elle, employer sa médiation auprès de Jésus-Ciirist, la prier de demander à cet Homme-Dieu des grâces, maintenant qu'elle est dans le ciel, pourquoi le pourraiton moins? est-ce qu'elle ne voudrait plus désormais s'intéresser pour nous? est-ce qu'elle n'en aurait plus le pouvoir? est-ce qu'elle ne connaîtrait plus nos besoins? est-ce que son Invocation blesserait le cuUe suprême qui n'est dû qu'à Dieu seul et à Jésus- Christ? quatre points auxquels se réduisent toutes les préventions et lous les prétextes de l'hérésie : écoutez-moi, el je vais les détruire en quatre mots.
Oue Marie, dans l'état de sa gloire, ne voulût plus s'intéresser pour nous, la seule pensée nous en peut-elle venir à l'esprit? Car pourquoi sa charité, qui, dans le ciel
.MYSTElîF.S. SERMON XIX. SIR L'ASSOMPTION
est beaucoup phu parfaile et pnr consé- (jiienl bcaiiciuip plus nnlciitc, sf scr.iil-t'lle icfroitlie? et pourciuoi celte vierge, qui, pour les inlérèls de Dieu, n'a jamais rien eu plus A ctrur que le salul des honiines , y serailelle devenue insensible , depuis, si je l'ose dire, que , transformée en Dieu , et intimement unie à l'essence de Dieu, elle voit encore plus clairement combien ce salul des liomnies est précieux à Dieu ? Non, non , disait saint Cyprien , pariant en général des saints glorifies (et ce qu'il di--;iit des saints en général, je le dis en particulier de Marie), ils n'ont jamais eu tant de zèle qu'ils en ont à présent pour nous. Autant qu'ils sont sûrs de leur propre bonheur, autant désirent-ils notre salut : Quanlitm ile sua felicitale seciiri, liuUum de noslra snlute solliciti {Cijpr.) et ce serait, ajoute saint Bernard, méconnaître M.irie, que <le se persuader que celle qui, à l'exemple de Dieu même, a aimé les hommes jiis(iu'à donner pour eux son propre Fils, depuis qu'elle est en possession de sa béatitude, les eût oublies et absolument délaissés. (Jue , malgré toute sa ( liai ilé, Marie n'eût plus le pouvoir de nous secourir, autre sentiment encore moins soutenable.
Car pourquoi seraii-elle moins p^^iissante dans ce royaume céleste, où elle tient, après Dieu, un si haut rang, que lorsqu'elle ét.iit parmi nous dans ce lieu d'exil? Elle pouvait bien alors engager son Fils à faire des miracles; elle obtenait bien de lui qu'il changeât les lois de la nature, qu'il forçât en quelque sorte celles de la providence , qu'il convertît l'eau en vin. Dej uis qu'elle a reçu la couronne d'iounortalilé, ser;:it-elie déchue de son crédit , et le pouvoir don! elle usait aurait-il cesse? Qu'elle n'entendît plus nos prières, et qu'elle ne sût plus ni quanti ni pourquoi nous l'invoquons, c'est ce que l'hérésie a prétendu, mais ce qu'elle ne persuadera jamais qu'à des esprits , ou entêtés, ou peu éclairés. Ciir pourquoi nos besoins ne seraient-ils pas connus de celte vierge? les anges les connaissent bien. Dieu , qui leur a confie le soin de nos persoiuies , leur révèle bien nos dispositions intérieures ; Chargés de veiller sur noire conduite, ils savent bien ce qui se passe dans le secret de de nos cœurs ; ils se réjouissent bien de notre conversion ; ils font bien, selon l'Evangile, une fêle dans le ciel, quand un pécheur touché de Dieu fait pénitence sur la terre. Pourquoi donc Marie, plus élevée qu'eux dans le séjour de la gloire, no verrait-elle pas en Dieu ce qu'ils y voient? Enfin, que l'usage de l'invoquer blessât le culte souverain qui n'est dû qu'à Dieu seul et à Jésus- Christ , erreur pitoyable, et qui se détruit par elle-même. Car, disent les tliéologiens , nous n'invoquons pas Marie comme celle de qui dépend la grâce, ni comme celle qui en est l'arbitre, ni comme celle à qui il a|ipartient de nous la donner, mais comme celle qui peut la demander pour nous, et l'obtenir. Nous ne l'invoquons pas même afin qu'elle nous oblieiine cette grâce par ses propres mérites, mais par les mérites du
Saaveur. Instruits de la parole du Fils de Dieu, qui nous a dit : Venez A moi, nous n'allons pas à elle comme à lui, mais nous allons à lui par die; comme par elle la foi nous apprend qu'il est venu à nous, nous allons <à lui comme à l'unique médiateur; mais nous allons à elle comme à la ])rcmièrc et à la plus accréditée de tous nos intercesseurs.
Or, cette intercession de .Marie, ce droit que nous avons d'invo(]uer .Marie, celte possession où nous sommes de recourir à Marie, c'est ce que l'Eglise veut que nous envisagions comme un des soutiens cl des plus solides appuis de notre espérance. Car, dites-moi , clirélirns, quelles sont les deux choses qui affaiblissent comnuniénient et qui ébranlent notre espérance? la crainte des jugements de Dieu , et la vue de nos péehés. Or, que trouvons -nous aujourdhui dans la personne de Marie? une avocate toute-puissante auprès de notre juge , et une mère de miséricorde pour les pécheurs. Souffrez que, pour votre cdincation, aussi bien que pour votre consolation , je vous fasse goûter ces pensées. Oui, mes fières, disait saint Ber nard,nous avons Marie dans le ciel pour avocate auprès du Fils, comn.e nous avons Jésus-Christ pour avocat auprès du Père ; et qui doute que Marie étant la mère de celui qui , comme juge , doit prononcer des arrêts de vie et de mort, je dis une mère bien-aimée, une mère sainte, une mère couronnée de gloire , elle no soit écoutée favorablement ? qui doute que , plaidant la cause des hommes, elle ne soil exaucée pour le respect dosa maternité? Il ne s'ensuit pas de là que nous rélevions au-dessus de son fils, comme si sa maternité lui donnait droit d'exiger de lui qu'il nous accordât le pardon de nos crin'.es. A Dieu ne plaise que nous le concevions de la sorte. Quand, par un excès de confiance, il nous échapperait certains termes moins justes ; et quand nous dirions, ce que je n'ai garde d'avancer, que Jésus Christ, exauçant Marie, se plaît à lui rendre encore dans le ciel une espèce d'obéissance, se regardant toujours comme son fils, el l'honorant toujours comme sa mère ; quand, dis-je, nous pailerions ainsi , les partisans de I hérésie ne devraient pas [dus s'en scamlaliser, que d'autres expressions toutes semblables dont se sert l'Ecriture, lorsqu'elle dit que Dieu, arrêtant le cours du soleil, voulut bien obéir à la voix d'un homme : OOcdienle Domino voci Itomivis {Josur, X); et lorsqu'elle ajoute que Dieu s'est engagé, tout Dieu qu'il est, à faire la volonté do ceux qui le craignent : Volunlalein limentium se faciet [Ps. CXLIV). Mais nous n'avons pas même besoin de celte défense, puisque les termes dont nous usons, en parlant du pouvoir de Marie, portent a\ec eux leur justification , et sont à l'épreuve de toute censure. Car nous disons que Marie prie Jésus- Christ, et non point qu'elle couimande à Jésus-Christ : mais du reste nous ajoutons que Jésus-Christ, après avoir autrefois obéi à Marie, récoule encore présentement avec
ORATEURS SACRES. DOURDALOUE.
tous les égards uu'il a conservés et qu'il conservera éterncliemeiit pour elle : égards de (lislinction, fondés sur la prééminence de sa dignité el sur le mérite de sa personne. Or, il n'y a , encore une fois, que des esprits obstinés dans leur erreur, qui puissent contredire celte vérité. Car, si Dieu, dans l'Ecriture, disait aux amis de Job : Allez à mon serviteur Job, et il priera pour vous, en sorte que votre iniquité ne vous sera point impulée : Ite ad servum meum Job , et ipsc orabil pro vobis {Job., XLII]; si Jîoïsc , par son intercession, pouvait suspendre les foudres de la colère de Dieu , prêts à éclater sur les Israélites : Dimille me ut irascatur furor meus {Exod., XXXII) ; si Dieu , dans le cbapilre quinzième de Jérémic, parlait do Moïse et de Samuel , comme de deux puissants intercesseurs auprès de lui ; et si Judas Macbabée vit le grand-prêtre Onias , plusieurs années après sa mort, apaisant le ciel par si's prières en faveur de toute la nation des Juifs, pouvons-nous douter que la médiation de Marie ne soit un litre solide pour approcher avec confiance du trône de la grâce et de la miséricorde de notre Dieu ? Mes crimes m'en éloignent, dites-vous; et parce que je suis pécheur, je ne puis y avoir accès , et je n'ose l'espérer. Mais ne savonsnous pas, répond saint Bernard, que la grande qualité de Marie est d'élre singuliôrenieiit la mère des pécheurs? ne savonsnous pas que c'est aux pécheurs qu'elle est en quelque manière redevable de toute sa gloire, puisqu'il est vrai que, s'il n'y avait eu des pécheurs, elle n'eût jamais été mère de Dieu"? qu'ainsi , tout le bonheur de sa destinée, ou, pour mieux dire, de sa prédestination éternelle, a roulé sur le malheur «les hommes comme pécheurs; et que, par «ne reconnaissance digne d'elle , et qui n'a rien dans sa personne que de saint, puisqu'elle l'accorde parfaitement avec la haine ei l'horreur du péché, elle se lient comme obligée à secourir les pécheurs, à être le refuge des pécheurs, à employer son crédit pour la conversion des plus indignes et des plus endurcis pécheurs , parce qu'elle sait bien que, tout pécheurs et tout endurcis iju'ils sont , c'est pour eux , et pour eux spécialement que Dieu l'a faite ce qu'elle est; et qu'en cela même elle se conforme aux inclinations de son fils, qui, sans confondre l'ordre des choses, a toujours aimé les pécheurs, quoiqu'il fût venu pour détruire et pour abolir le péché.
Voilà ce que j'appelle notre espérance ; mais en voulez-vous voir l'abus? c'est ici, mes chers auditeurs, que j'ai besoin de toute votre application en linissant ce discours. L'abus de cette invocation de Marie, et ce qui nous rend tous les jours son crédit iiiulile auprès de Dieu , c'est qu'au lieu d'envisager Marie comme la médiatrice qui peut, par soii intercession , nous procurer les véritables grâces du salut, je veux dire les grâces réelles et possibles, les grâces solides et nécessaires, les grâces réglées et mesurées selya l'o.'drc de Dieu, Ls grâces victorieuses
qui doivent combattre en nous nos passion» et triompher de la chair el du monde; par de secrètes et de funestes erreurs qui nous trompent, nous nous formons de Marie une fausse idée , jusqu'à nous promettre de sa proteclion des grâces chimériques et impossibles; des grâces selon noire goût, et selon les désirs corrompus de notre cœur, des grâces, s'il y en avait de telles, incapables de nous sanctifier, et beaucoup plus capables de nous pervertir; des grâces miraculeuses et sur lesquelles notre présomption seule peut faire fond. Je m'explique : nous invoquons Marie, mais par une confiance aveugle, nous reposant sur elle de noire s;;lut, nous en négligeons et nous en abandonnons tout le soin ; comme si Marie, par son crédit auprès de Dieu, devait nous garantir ce salut, le salut sans conversion, le salut sans changement de vie , ce salut sans renoncement à nous-mêmes , ce salut sans fruits de pénitence et sans mortification des sens ; comme si, par la faveur de Marie, il devait y avoir pour nous des victoires sans combats, des récompenses sans mérites, des mérites sans travail, des vertus dont la pratique ne nous coûtât rien : grâces chimériques el impossibles. Nous invoquons Marte; mais par une témérité qui , bien loin de Ihonorer, lui est injurieuse, nous espérons obtenir par elle une bonne mort après une vie toute mondiine, une heureuse fin après un continuel oubli de Dieu, une sainte et finale persévérance, après une opiniâtre résistance à toutes les lumières du ciel , un port assuré après une suite infinie d'égarements et de naufrages volontaires : grâce; possibles , mais miraculeuses. Nous invoquons Marie; mais par une ignorance grussière de ce qu'elle peut, persuadés qu'elle peut tout, nous nous flattons de trouver en Dieu, par sa médiation, une palience sans bornes poumons supporter, une disposition sans mesure à nous pardonner, une miséricorde inépuisable qui sera toujours en notre pouvoir, une protection sûre el immanquable malgré nos délais criminels el nos retardements affeclés : grâces , s'il y en avait do telles, incapables de nous sanctifier, et beaucoup plus capables de nous pervertir. Nous invoquons Marie, mais, par une damnable sécurité, fondée sur son pouvoir, nous nous assurons que, sans sortir de l'occasion du péché, elle nous préservera du péché; qu'au milieu des flammes elle nous conservera aussi purs et aussi saints que les trois enfants dans la fournaise de Babylone ; grâces selon notre goût et selon notre sens réprouvé; mais grâces que, par celte raison-là même, nous ne pouvons allendre de Marie, et qui, bien loin d'être l'objet de l'espérance chrétienne, en ont été de tout lemps le malheureux écueil. C^ar Marie n'a |)oint le crédit qui la rend si puissante auprès de Dieu, pour porter nos intérêts contre les intérêts de Dieu ; elle n'est point, comme reine du ciel, placée sur le trône pour faire régn-^r dans nous le péché; elle n'est point notre avocate pour nous entretenir dans l'impé-