SERMON XXII
tourner ce Irisie niallieur ilunl nous sommes menâtes, aimons- nous assez nous-mêmes pour ne nous l'attirer pMs volonlnircment. Si nous ne souuues pas encore saints, et si niéinc nous ne sommes rien moins que saints, souhaitons de l'être, demandons à l'être, prenons toutes les mesures nécessaires |)our l'être. Car, dit le Fils de Dieu, liienlieun u\ ceux qui sont affamés et altérés de la sainteté et de la justice : //e»// (/lu' cftiriniit et sitiiint jusiitiam {Miillli., \) : pourtjuoi ? parce que celte faim el cette soif, parce (]ne ce désir sincère, ardent, efficace, les léra travailler fortement et solidement à aniuérir le bien qu'ils souhaitent, el qui, sans contestation , est le plus précieux de tous es biens.
C'est, sire , le soin iniportau!, le premier soin qui doit occuper les rois aussi bien que les autres hommes, et même, en quelque sorte, plus que les autres hommes. 0:ii (|uc nous soyons, nous avons tous une obligation générale de nous sanclifier; mais il est >rai (]ue les grands en oui une particulière; <'t je ne craindrai point d'ajiulrr que cette obligation particulière pour les grands est encore plus étroite pour Votre Majesté. Ce n'est point assez : el pourquoi ne dirais-je pas que vous avez sur cela une obligalion qui vous est personnelle, el (|ui ne [)eut convenir à nul autre qu'à vous? Celte obligation, sire, (]iii vi us est si propre, cette raison d'aspirer à la sainteté et à la plus sublime sainteté, c'est voire grandeur même, et le haut point d'élévation où nous vous vovoiis. Car, puisque le ciel a mis Voire ALijes.lé audessus de tous les monarques de l'univers , el puisque, entre toutes les puissances humaines, il n'y a rien (lui l'égale , clic se trouve spécialement obligée par là, pour ne pas descendre, de se porter vers Dieu, de ne rechercher que Dieu, de ne s'attacher qu'à Dieu. C'est pour cela que Dieu vous a donné ces qualités éminenles qui font l'admiration de tous les peuples; c'est pour cela, et pour cela seul qu'il vous a fait naître. Non, sire, il ne vous a point fait naître précisément pour être grand dans le monde, ni pour être roi; mais il vous a fait roi, el le plus grand des rois, pour être saint. Sans la sainteté , tout l'éclat de votre couronne, toute la splendeur de votre règne, tous ces litres qui vous sont si justement dus, de roi puissant, de roi sage, de roi magnifique, de roi conquérant , ne sont rien, ou ne sont, selon le langage de l'Ecriture, qu'illusion et que vanité : VaniUis vnnitatum. Voilà, sire, ce (ju'ose représenter à Votre Majesté lé dernier de vos sujcis, qui, jugeant des chosi'S par Us lumières de l'Evangile, qu'il a l'honneur de vous prêcher, s'estimerait mille fois plus heureux de donner sa vie pour le salut de votre âme, que pour l'accroissement de vos Etals. Non point (ju'en fidèle et zélé sujet, je ne puisse et 'doive prendre part à ces succès éclal.ints , qui font de votre royaume le plus llorissanl empire du monde : mais , après tout , ce royaume île la terre passera, el le royaume du ciel ne finira jamais; l'un aura son tcmiis,
Pour la fête de tous les sainls.
AccossLTum aJ eum Uiscipuli l'jiis.ct, .ipcrieiisossimni
IcsilisfijUfs lie Jcsiis-Cliri>l s'élmit iimirwhci ik lui il se mu u lei emcigiier (S. Mi.iili., cli. V). '
Sire, c'est pour cela que la Sagesse de Dieu s'ét.iil incarnée, et que le Fils unique du Père était descendu du ciel ; c'est, dis-je , pour enseigner les hommes sur la terre. C'est ainsi que ce Dieu-Homme, après avoir longtemps parlé par la bourbe des prophètes, qui avaient été ses précurseurs et ses organes, ouvrait enfin lui-même sa bouche sacrée, et formait des disciples dignes di' lui, en leur servant de maître et de docteur: Aprricns os suuin,(locrb(it eos. Mais que leur rnseignaitil, el quel était le sujet de ses adorables instructions ? une seule chose dont ils avaient besoin , et qu'il n'appartenait qu'à lui de leur apprendre, je veux dire la science des saints. (îelle science si inconnue au monde, cl néanmoins si nécessaire pour le salut; celte science (jue Dieu voulait révéler aux humbles et aux [etils, mais cacher aux sages et aux prudents du siècle ; elle science aussi solide que sublime, qui rend les hommes parfaits, et qui les conduit au véritable bonheur; en un mot, celle science qui fait les saints, les prédestinés, les élus : voilà ce que Jésus-Christ cnseiLMiait à ses apôtres, et ce qu'il prétendait nous enseigner à nousmêmes dans leurs personnes : Apericns os fuum, doccljiit eos. Car, il n'instruisait srs apôlres, dit suint Auguslin, que pour instruire dans eux toute son Eglise; et il ne les remplissait de celle science, (|ui devait sanclifier le cliristianisme , qu'alln (|iie, par leur ministère, cette science lût communiquée à tous ceux qui feraient profession de la loi chrétienne. Heureux, mes cliers aiulileurs, si nous l'avons reçue, ou du moins si nous la recevons aujourd'hui , ceili' science, en comparaison de laquelle loute autre science n'est que vanile. ^'ous nie demandez en ([uoi elle" consiste, et comment elle peut vous convenir dans le monde , surtout eu certains étals du monde: c'est ce que j'entreprends de vous expliquer, après (pic nous aurons salué la reine des saints, en lui disant : Ave, Maria.
Il y a une science des saints : on n'en peut douter, puisqu'il est écrit que Dieu la donna au patriarche Jacob : Dédit ilii seieniiam sanctorum {Sap., X) ; el ce que llùriture appelle la science des saints, selon le sentiment de tous les Pères, n'est rien autre chose que la science du salut. Il faut d(juc conclure d'abord que celle science est aussi nécessaire aux hommes ([ue le salul même : je m'exi)lique. Pour [larvenir au royaume dn Dieu, et y mériter une |)lace, fût-ce la der-nièie, il faut être saint ; mais il ne .suflil pas, dit sailli JérAme, pour être saiiît, de le vou-
{.^7.H 0?5ATELr,S SACRES. DOURDALOUE, r,-fj
l(iir élrc, il faiil savoir l'clre, ft .ippron(!n' à nvco le socnurs des grâces communes, ils
rêtre Combien en a-l-on vu qui sy sont n'aient en effet pratiqué toute la saintelé du
trompés, et combien en voil-oii encore tous christianisme. Ils y ont si bien réussi, qu'é-
les jours, <iui, pensant avoir trouvé la science claires et conduits par l'esprit de Dieu, ils
des saints, n'ont trouvé que leurs propres sont parvenus à cette sainteté du chri^lia-
erreurs. C'est à moi, comme prédicateur de nisme dans les conditions du monde qui y
l'Kvangilc, de vous découvrir aujourd'hui le semblaient les plus opposées. Je dis plus :
fond de cetic science. Car, tout mondains ils ont eu même le bonheur d'acquérir, |),:r
que vous êtes , peut-être ce qui vous a jus- la pénitence, celte saintelé du christianis;iia
qu'à présent éloignés de la sainteté, n'est jms dans les conditions où l'esprit corrompu d:i
tant l'opposition que vous y sentez , que les monde les avait malheureusement engagés,
vaines et fausses idées que vous en avez cou- mais dont l'engagement, quoicjue malheu-
çues. Peut-être , si vous la connaissiez , ne reux, était un lien que la loi de Dieu ne leur
pourriez-vous vous défendre de l'estimer et permettait plus désormais de rompre. Par-
de l'aimer. Or cet amour, joint à l'esiime et Ions encore plus clairement; en observant
fondé sur l'tstime, serait déjà dans vous le (Clt- règle, ils ont été saints chacun dans
conimenremeiil de la sainteté : et comme le leur condition ; ils ont été saints dans toutes
bras du Seigneur n'est pas raccourci, peut- sortes de conditions; ils ont été, non-seu!e-
êlre, malgré la corruption du siècie, verrait- ment saints, mais héroïquement saints dans
ou parmi vous des saints, si l'on vous làisai", les plus dangereuses conditions; et ce qui
bien entendre ce que c'est q-ae d'cire saint, lait voir toute la force de la gràce, parle
Il est donc, encore une fois, de mon devoir moyen de la pénitence, ils ont été saints
d- seconder au moins vos f.iibles disposi- jus(iu" dans des conditions où, sans avoir
lions, en vous donnant une idée juste Uc la c)iisalîé Dieu, ils étaient entrés par le seul
science des saints. La voici , tirée de l'esem- mouvement de leurs passions. Qiu-] fonds
pie de ces glorieux prédestinés, et renfermée d'instruction pour vous et pour moi ; et luel
en trois importantes maximes qu'ils ont su - fonds même de consolation pour ceux de mes
vies, et qui doivent être pour nous autant auditeurs qui, louchéwiujourd'hui d'un saint
«le leçons. Ecoulez-les, elles vont partager remords, auraient devant Dieu à se repro •
<e discours, et res[)osition seule que j'en cher de n'avoir point eu d'autres vues que
vais faire vous convaincra de leur solidité, celles du monde, dans le chois qu'ils oiU fait
Les saints ont trouvé le secret d'accorder de leur étal ! Voilà en quoi je prétends <ni'a
dans le monde leur condition avec leur reli- consisté unepartie de la science des predes-
gion : c'est la première; les saints se ^out linés et des élus de Dieu. En voilà le |)rin-
servis de leur religion pour sanctifier leur cipe général que je vais développer; et où
condition : c'est la seconde ; et, par un heu- nous découvrirons la première source de
reux retour, les saints ont prufiié de leur leur sancliQcalioii, qui doit être le modèle de
<ondition pour se rendre parfaits dans leur la nôtre. Ecoutez-moi.
religion : c'est la troisièiJie. Maximes siin- Ces saints, dont nous honorons la mé-
ples , mais à quoi Dieu attache des grâces moire, n'ont point cherché la sainteté ail-
intinies, et qui ont produit dans la personne leurs que dans la condition où l'ordre de la
de ses élus les fruits de saintelé les plus Providence les attachait; c'est sur cpioi a
abondants. Concevez-en bien l'ordre et le roulé toute leur conduite, et c'est l'excel-
progrès. Les saints ont su faire l'alliance de lente morale que le grand Apôtre leur avait
leur condition et de leur religion : c'est par enseignée, quand il disait aux Corinthiens :
où ils ont conunencé, et ce sera le sujet de la L'nusiiuis<iue in qna vocalione vocatua csl, in
premièi-e partie. Les saints ont su nicltre en en permancat apud Dvum ( I Cor., VU ). Que
«euvre leur religion, pour corriger les dés- chacun travaille à se sanctifier dans l'état et
ordres et pour accomplir sainlement les de- selon l'état où il se trouvait lorsqu'il a reçu
voirs de leur condition : c'est en quoi ils ont la lumière de llivangile, et qu'il a embrasse
excellé, et ce sera la seconde partie. Les la loi. Prenez garde, s'il vous plaît : saint
s.iinls ont su de leur condition, quoique mon- Paul parlail à de nouveaux chrétiens, et ces
(liine, tirer des motifs et des secours pour se nouveaux chrétiens, avant que de l'être,
l'erfeclionner dans leur religion : c'est ce qui avaient eu dans le monde leurs qualités,
a mis le comble à leur sainteté, et ce sera la leurs rangs, leurs emplois. Or, il n'i xigcait
troisième partie. \'oilà ceque nous devonsap- point d'eux, qu'en conséquence de ce qu'ils
[irendre deux, etce que j'aià vous expliquer, étaient chrétiens, ils se dépouillassent de
PKKMiiRi.; i>AKTiE. tout ccla ; mais il leur déclarait l'obligation
Quelque impéneirable que soit le mystère qu'ils s'étaient eux-mêmes imposée, d'allier
de la prédestination <ies saints, Dieu nous a tout cela avec la profesion du christianisme,
révélé, chrétiens, et il nous est aisé de con- Pour montrer, dit saint Clirjsoslome, (lue le
naître les voies qu'il leur a marquées et christianisine n'élait point une secte dont les
qu'ils ont suivies pour arriver à 1 heureux maximes allassent à troubler ni à confondre
terme de leur prédestination. Or, une des l'ordre des états et des conditions, il voulait
premières règles qu'ils crurent pour cela de- (juc ceux cjui se convertissaient au clnistia-
voir observer, ce fut de ne point chercher nisme, sans changer de conditions et d'étal<,
la sainteté hors de leur condition ; <'t cette fussent toujours ce qu'ils étaient, et fissent
règle a élé si sûre [)our eux, tiu'il n'y a dans le monde la mêim- figure qu'ils y fai-
l^oiul eu di' condition dans le monde où, ^aicnl a\aiit bui- convcision. Ma;s, du reste,
i5!7 MYSTFIIES. S' UMON \\!I TOI U I..\ l'ETi: PE TOlM.iS SAINTS \:.:s
il vouliiil qu'ils l'ussonl , pour Die» cl selon |>:-oviili.Mice singuliiTc , a suscité les pli, s
Dii'U, co ([u'ils iravaiiuil cil' jusqu'alors ()ue grands s.iints; onirc ceux que nous invd-
l)our le iiionilo et selon le momie. C;ir c'est quons, et dont l'Eiilise célèbre auj()iird'ln:i
ainsi que ce passajje doit être entendu : la l'èle, (ombien nous en propose-t-elle (jni
r»m>(/Mi»(/i(c (Ji (/U'i vocaliunc vocaluscsl, in se sont sancliliés à la cour, c'est-à-dire au
ea pcrmancal apud Dcum : Ouc chacun de milieu des plus dangereux érueils ; el , si
>ous serve Dieu dans la place où il était j'ose dire, comme dans le centre de la cor-
(ju.ind Dieu, par sa miséricorde, l'a ap|ie!é. roplioM du monde'.' Combien (jui, dans la
Par où l'Apoire corri'^eait les fausses idé s proléssion des armes, oui été des modèles
que les Juifs el les gentils se formaient de de pieté, el qui dans la lici'uce de la guerre
noire re'igioa; par où il leur faisait com- ont conservé el même acquis toute la per-
preudre (jue la loi cbiélienue elail, iiou-seu- feclion de l'esprit chréiien'.' combien (pii oui
lemenl une loi sainte et divine, mais, dans allie la sainteté et la royauté, el qui, sur le
sa jiolice exléricure, parlailenu-nt conforme trône, où lanl d'autres se sont perdus, ont
au bon sens el à la raison ; par où, selon la fait é later les vertus les plus consommées,
lemarque de saint Cbrysostome, il faisait sans eu excepter l'Iruniilité la plus profonde
goûter aux fidèles les avantages el les du- el la jilus rigoureuse ausiérilé ? Etre saint
» eurs de leur vocation, qui consistai!, non dans la vie licencieuse et tumultueuse d'une
pas à détruire , mais à perfictionner le milice pruf.ine, être saint parmi les dangers
monde : l'nusquis/iue in (/un vocatinne voeu- el les tentations de la cour, être saint et élre
lus e.sl : Que chacun , dans l'él.il où Dieu l'a roi, ce sonl des mirac'es (]ue la grâce de Je
pris, s'étuilie à élre cîiiétien. El voilà ju^le- sus-Christ a rendus possibles , et même
ment, mes cliers auditeurs, ce qu'ont fait les ((u'elle a rendus communs ; je n'ai donc pas
saints; disons mieux, voilà ce qui a fait les raison, cjui que j(^ sois, et quelque risi|ur
saints, et en particulier ces premiers saints que je puisse courir dans le monde, si j'y
de l'Eglise de Jésus-Chrisl. C'étaient des suis par l'ordre de Dieu, de prétendre qu'il
houinies comme nous; mais, selon le plan ne m'est pas possible d'accorder ma condi-
(]ue nous en a tracé 1 Apolre, des liommes tion avec la sainteté de ma religion ; erreur;
([ui, sans se dégrader, sans se déplacer, sans [larler ainsi, c'est im[]uter à Dieu les désor-
si- déranger, ont trou\e le moyen de se sanc- dres de ma vie, pnisriue Dieu est l'auteur de
lilier; des hommes ijui, pour ainsi parler, ma condition ; c'est vouloir rendre sa provi-
iiit enté le clirisli iniMue sur le monde ; des dencc responsable, non-seulement des périls
iionimes qui, selon la diversité des condi- à (luoi je me trouve exposé, mais des crimes
lions où il a i)lu à Dieu <le les choisir, ont (jue je commets , et dont je dois répondre à
accordé la sainteté (brélienne, les uns avec sa justice ; c'est lui attribuer malignement
l.'i grandeur, el les autres avec l'humiliation; el présomplueusement ce que je dois me re-
les uns avec l'opulence, et les autres avec 1.1 procher conliuuclleincnl el humblement:
misère; ceux-là a>ec la s.igesse, el ceux-ci erreur vaine, que l'exemple des saints con-
avec l'ignoranee; car il y eu a eu d'autant de fond, puisque, entre ces bienheureux qui
caractères différents que je vous en marque, jouissent maintenant de la gloire, il y en a,
et que vous en pouvez concevoir : pourquoi? el même un grand nombre, qui ont été dans
p.irce que Dieu, (jui les disposait pour la le monde de même condition que moi, qui
construction el l'édilication du corps mysli- ont vécu dans les mêmes engagements que
que de Jésus-Christ, dont ils devaient être moi, qui ont eu les mêmes éciieils à éviter,
les membres, leur inspirait à tous une sain- les mêmes tentations à combattre , les mê-
lelé proportionnée à leur état; el parce mes dillicultès à surmonter (jue moi; mais
iju'en ( fl'et le premier mciuviment de la grâce qui, raisonnant mieux que moi, ont au nii-
qiii agiss.iit en eux était de les porter à être lieu de tout cela trouvé heureusement la
s.iinls, chacun de la manière qui leur couve- sainteté. Or, pourquoi ne pourrais -je pas ce
nail dans leur état. Voilà, dis-je, ce qui a (ju'ils ont pu, cl pourquoi ne ferais-je pas
formé les saints, et ce que je dois in'appli- ce qu'ils ont fait? ce fut l'argument invinci-
(pier à moi-même, si je veux cire saint ble qui convertit saint Augustin : argument
comme eux. Or, coinnient pourrais-je ne le plein de consolation pour les âmes droites
pas vouloir'.' Quand je n'aurais point d'au- qui cherchent sincèrement Dieu; maisalIL-
lie vue que C(dle de mon intérêt propre , la géant el désolant pour les âmes lâches ,
foi ne m'apprend-elle pas qu'il est pour moi beaucoup plus pour les âmes libertines, qui
d'une nécessité indispensable que je sois cherchent des excuses dans h urs péchés, et
saint, si je prétends être sauvé, et ne me qui voudraient les rejeter sur leur condition
dil-elle p:is qu'il n'y a de prédestinés dans le et sur Dieu même.
( ici que ceux qui ont été saints sur la terre? De là que s'ensuit-il? qu'il faut donc imi-
Ordre divin, que je t>!ois adorer cl dont rien ter les saints, et m'en tenir comme les saints
ne me peut dispenser. à la maxime contraire; qu'il f.iul, convaincu
Mais donnons plus d'étendue cl | lus de par leur exemple, me dire à moi-même :
jour à cette vérité. 11 y a eu des saints dans Non, ma condition et ma religion n'ont rien
l<iutes les conditions du monde, el, malgré d'incompatible; je puis être dans le monde
l'iniquité du siècle qui ne prévaudra jamais tout ce que j'y suis, el être solidement chré-
ciinlre les desseins de Dieu, c'est dans hs lien ; c'est le fondement que je dois poser, cl
conditions du monde qui semblaient les plus sur lequel je dois régler toute ma conduite ;
opposées à la sainteté, que Dieu, par ui;e car, tandis qu'il me reste sur tcla k- uioiu-
On\TFAr.S SACr>ES. colt.daloie
ilii< (l(>ul(',s('tnl)l;if!lcaii losciii nii'tiC' du vent, jo ne tne (léloniiiiio à rion ; tandis que jo me figure dans ma coiidilion des iinpossibililés, ou nioralos ou absfJues, de prali<iuer ma religion, je ne prends nulle mesure, et je ne {'(US nul eiïorl pour vaincre ma lâcheté; au coiilraire, la pensée que je le puis, et que ma eiMidilion n'y est point un obstacle, c'est ce (lui m'encoura}T(. el qui m'anime, ce qui me donne de la confiance , ce qui me fait prendre des résolutions généreuses, ce qui me rend capable de les soutenir et de les exécuter, ce qui m'affermit dans les dispositions chrétiennes où je dois vivre pour opérer mon salut avec zèle et avec ferveur. Je le puis, et si j'y manque, ma condition ne sera jamais une légitime excuse, ni même lin prétexte apparent pour me justifier devint Dieu ; voilà ce qui me fait agir. La vue (jue Dieu réprouvera ce prétexte, et qu'il tournera contre moi celte excuse frivole, (luand il m'opposera dans son jugementcette nuée de témoins dont parle saint Paul, celle multitude de saints qui se sont trouvés en ma place, et qui ont fait dans le monde ce (lue sans sujet et en vain je m'imagine n'y pouvoir faire ; voilà ce qui réveille ma fui; sans cela je demeure comme assoupi; me plaignant iiuitilemcnl de ma condition, et toujours infidèle à ma religion, que je me représente comme impraticable, afin de pouvoir plus impunément la négliger: par consé(iuent, il faut avant toutes choses que je croie l'alliance des deux aussi évidemment possible qu'elle est essentiellement nécessaire pour mon salut éternel ; or, c'est ce que l'exemple des saints me fait sensiblement connaître ; mais n'en demeurons pas là.
On se prévient d'une autre erreur, et c'est l'illusion où donnent la plupart des hommes, et qui n'est propre qu'à entretenir leur rdâ- ( bernent et (ju'à fomenter leur impénilence , savoir, qu'on serait bien plus à Dieu , ([u'on y pourrait plus être, si l'on était dans une condition moins exposée, et plus dégagée des embarras du monde: illusion dont la sage conduite des élus de Dieu doit encore nous détromper. Car, comme raisonne saint lîernard, cetteconditiondoutjemcfaisun plan chimérique, et qui me paraît plus avantageuse pour le salut que la mienne, n'étant point celle où Dieu m'a destiné, elle ne peut avoir pour moi les avantages que je m'y propose; ((uelque sainte qu'elle soit en ellemême, Dieu a eu d'autres vues sur moi, et la condition où je suis, quoique moins retirée et plus dissi(>ée, est celle qu'il a plu à la Providence de me marquer. C'est donc dans celle-ci et pimr celle-ci que Dieu m'a préparé des grâces, et par conséquent c'est uniquement dans celle-ci que je puis espérer d être plus à Dieu, plus occupé de mon salut, plus détaché du monde et de moi-même, plus chrétien et plus parfait, puisqu'il m'est évident que je ne [luis rien être de tout cela qu'en veitudes grâces qui m'ont été préparées, et dans l'étal pour lequel elles m'ont éiô préparées. Ainsi l'estimaient les saints, fi par l;î ils sont i>ai venus à ces divers degies
es distinguent dans la hiêrai-
de sainteté qui
chie céleste. Leur grande science, dit saint Chrysostomc. a été de ne point séparer leur condition de leur religion, voilà ce qui les a fixés, ce qui a produit dans l'Eglise des saints de tous genres et de tous étals, de saints rois aussi bien que de saints religieux, de s lints magistrats aussi bien que de saints évêques, des saints dans le mariage aussi bien que dans le célibat. Je ne dis point ceci pour condamner ces changements de condition que Dieu, par sa miséricorde, inspire quelquefois à ses élus, quand il veut les attirer à lui el les séparer du monde ; malheur à moi si je combattais en eux l'œuvre de Dieu : ils renoncent alors à des conditions auxquelles il leur est libre de renoncer, et ils n'y renonrcnt que |)our renonrer plus parfaitement à eux-mêmes. Mais ce que je condamne, ce sont les inciuiétudes, les inconstances de certains chrétiens, (jui, séduits par leur propre sens, semblcnl ne désirer une condition meilleure pour leur salut que pour se dégoûter de celle où est attaché leur sa lui; qui, sous apparence d'un prétendu bien, voudraient toujours être ce qu'il s ne sont pas, et ne s'appliquent jamais à être chréliennenicnt ce qu'ils sont; dont toutes les bonnes intentions se réduisent à de vains projets qu'ils font d'une vie plus régulière, s'ils étaient dans des états où ils ne peuvent être, e! où jamais ils ne seront, pendant qu'ils oublient ce que Dieu leur demande actuellement dans celui où il les a placés : conduite pitoyable, el bien opposée à la conduite el à la science des saints. Car j'ai ajouté, ce qui d'abord a pu vous surprendre, mais qui doit être pour vous une importante leçon et une solide consolation ; j'ai ajouté el j'ajontiî que les saints, par le secours de la pénitence, avaient su même accorder leur religion avec des conditions où Dieu ne les avait point appelés, et où l'esprit du monde les avait malheureusement engagés. El, en effet, après avoir eu le malheur d'y être entrés témérairement et contre l'ordre de Dieu, ils ne se sont pas pour cela abandonnés à de funestes désespoirs. Qu'ont-ils fait? suppose l'engagement qui leur rendait ces conditions désormais nécessaires, se confiant en Dieu, ils ont ( Inrché dans leur religion une ressource à leur malheur; ils ont réparé par la pénilence le crime de leur imprudence : c'est-à-dire, engagés sans la vocation de Dieu dans des mariages d'inlérêl, de passion, d'ambition, ils en ont fait de saints mariages par la grâce de leur conversion ; engages dans le sacerdoce par des vues purement humaines, à force de gémir el de pleurer, ils n'ont pas laissé d'honorer leur profession par la douleur qu'ils ont eue de l'avoir une fois déshonorée, el par l'obligation encore plus étroite qu'ils se sont imposée d'y vivre pour cela même plus saintement, [dus exemplairement, plus auslèremcnt. Conibien d'illustres exemples ces bienheureux ne pourraient-ils pas m'en fournir, et combien de ceux qui in'écoutenl pourraient profiter de ces exemples ? Les saints ont fait pénitriice de leurs conditions, mais dans leurs
MYSTE1U:S. SKRMO.N XMl. POlIt LA FEIE DE TOUS LES SAINTS.
roiidiliojis nuMiU'S : voilà ce que lour a aiipris la siienco dos saints ; cl à quoi tient-il mes cliers auilileurs, que nous ne le sachions comme eux? Il est vrai, ce meilleur accord de leur condilion avec leur religion leur a coûté; il a fallu pour cela s'assujettir cl se contraindre ; mais en peul-il trop couler pour acquérir une science si salutaire, et ne son>mes-nous pas assez heureux, si, marchant sur leurs pas et suivant leurs voies, nous trouvons le secrel de conserver dans le monde l'esprit de Dieu? Cependant voyons le IVuit ((ue lis saints ont lire de celle alliance : car, après vous avoir montré (ju'ils ont su accorder leur condilion avec leur religion , j"ai à vous faire voir comment ils se sont servis de leur religion pour sanclifier leur condilion; c'est le sujet de la seconde partie.
SECONDE PAIITIE.
Une des choses que Salomon dcmnndail aulrel'ois à Dieu, cl qu'il env isageail comme le conihie de ses désirs, était que la saj;esse, dont il se formait de si magiiili(|ues idées , l'accompagnât, l'éclairâl, l'assislùl cl le dirigeai dans les imporlanîps fondions du ministère dont la Providence l'avait chargé, en l'élevant sur le trône; Du milii, Dumine, scflium tuiirwn assistricein sapicniicun ( Sap. , IX ) : Donnez-la-moi, Seigneur, disail-il à Dieu, celle sagesse qui esl assise avec vous, et (jui ne vous quille jamais ; comme vous l'avez employée d;ins tous vos ouvrages , (lu'elleme conduise dans toutes mes entreprises; comme vous l'appelez à lous vos conseils, (lu'elle soit la règle des miens ; comme par elle vous gouvernez le monde, que je gouverne par elle voire peuple: Mille illmn Je cœlif sanclis luis {Ibid.). Envoyez-là de voire sanctuaire qui est le ciel : et pour- «luoi ? Ul mrcwn sil cl mccuni laborcl [Ibid.) : Afin qu'elle soil avec moi et qu'elle travaille avec moi ; afin que je me serve d'elle pour m'ac(iuilter fidèlement, exactement, irréprochahlement de mes devoirs : car elle a, pouvsuivail-il, rinlelligonce et la science de Iculcs choses; et, si je puis l'obtenir de vous, elle réglera tout le cours de ma vie, elle rendra mes œuvres parfaites, cl je serai digne du trône de mon père. Ainsi ce giand roi parlait-il de la sagesse ; or, ce qu'il disait de la sagesse, les saints l'ont pensé de la religion, (]ui leur a tenu lieu île sagesse, et qui esl en elTel Li véritiblc el rémincnle sagesse des élus de Dieu. Chacun d'eux, dans son élat, a regardé sa religion comme la source pure des vraies lumières d'où dépendait, selon le monde même, sa pcrfeclion ; chacun d'eux a été persuade que, par rapport au monde môme, il ne réussirai! jamais flans sa conduite, et n'arriverait jamais à celle prrfrciion, qu'autant qu'il s'allachcrail aux inviolables maximes de sa religion ; chacun d'eux, comme Salomon, a dit mille fois à Dieu, dans le secret de son cœur : Donnez-la-moi, Seigneur, cette religion, afin qu'elle travaille avec moi, qu'elle converse avec moi, qu'elle ordonne avec moi, qu'elle juge avec moi, qu'elle fasse tout avec moi, et que je ne fasse rien sans elle; parce que je
sais qu'agissant par elle, je serai, selon vous el selon le monile, un homme accompli ; lit mecum sil vl mectim laburct. Ainsi lous, par une heureuse expérience , ont-ils reconnu ((ue la profession qu'ils faisaient de piatiqucr la loi do Dieu leur était encore nu puissant moyen pour marcher sûrement d.iiis les voies du monde, pour ne pas craindre la censure du monde, pour mériter l'appiobalion el l'eslime du monde, pour arriver à celte exacte et irrépréhensible probité (]u'oxigc le monde; ainsi se sont-ils servis de leur religion pour sanclifier leur condilion, c'est-à-dire pour éviter les désordres à quoi leur condition elail sujette, el pour accomplir les devoirs dont leur condilion était chargée : doux choses qui, selon le Prophète, comprennent toute la justice; deux choses qui vous justifieront, non-seulemiul l'utilité, mais la nécessité de la religion : sectnide idée que je vais vous donner de la sainteté et de la science des élus de Dieu.
Ils se sont servis de leur religion pour éviter les désoidrcs de leur condition : règle divine qu'ils se sont d'abord proposée, el qu'ils ont toujours eue devant les yeux. Car la science du monde leur avait appris, excellente remarque de saint Bernard, la science du monde leur avait appris (|u'il y a dans chaque condilion certains désordres essentiels que la religion seule peut corriger, eerlains péchés dominanls dont la religion seule peut préserver, certaines lenlalions délicates que la religion seule est capable do surmonter, certains abus autorisés, certains scandalesau-dcssus desquels la religion seule a la force de s'élever : voilà ce que savaient les saints; mais aussi étaient-ils bien assurés qu'avec le secours de la religion, il n'y avait dans leur condition, ni désordre, ni péché, ni tentation, ni scandale, ni abus dont il ne leur fût aisé de se garantir; el c'est, dit saint Bernard, lavanlago inoslimable que ces glorieux prédestinés ont tiré de la religion chiélicnne. De là vient que les honneurs du siècle ne les ont point eullés ni éblouis, (jue l'abondance des biens de la terre ne les a point corrompus, qu'ils n'ont point abusé de l'autorité, qu'ils ne se sont point méconnus dans la prospérité, qu ils ont été grands sans orgueil, puissants sans violence, riches sans injustice, sans dureté, sans luxe, sans prodigalité : pourquoi? parce qu'en toutes choses ils conformaient leur condition à leur religion, el faisaient de leur religion la mesure el la règle de leur condilion : or, cette unique règle leur suffiiait pour en exclure lous les vices, et tout ce qui pouvait s'y glisser de corruption et de licence. S'ils s'étaient livrés, indépendamment de celte règle, à leur condition , dans quels abîmes ne seraient-ils point tombés? à quels excès l'ambition n'aurait-elle pas porté les uns, et jusqu' à quel poinl la cupidité n'aurail-elle pas aveuglé les autres? pour soutenir ces conditions où ils se voy ient élevés, que ne se seraient-ils pas cru permis? cl, dans le potnoirde lonl faire, iinels maux iiiipunéiiiciH et sans scrupule n'atiraicnl-ils
OltATElTo S\CRES. BOUnDALOl'n:.
«Si
pas nùli'? parcoiiibirn diisurpnlions cl d'attojil.its les flirts nauraii-nt-ils pas oppiinnles faibles? c'est ce nue la poliiii|iio du monde leur conseillait, mai'i de quoi la religion de Jésus-Chiisl leur a donne une sainte horreur. Instruits et conduils par celle reliiîion. plus ils ont éé forts selon le monde, plus us ont Irenildé dans la vue des jugements de Dieu. ÎS'ij;norant pas que le plus fort, dans le cours des choses humaines , est ordinairement le plus injuste , on . du moins, le plus exposé au danger delèlrc; plus ils ont été forts, plus ils ont conçu qu'ils devaient être moderi s. humains, charitables, plus ils se sont tenus obligés à être en garde contre eux-mêmes. Or, dans cet esprit, poursuit saint Bernard, ils ont maintenu leurs rangs avec modestie, leurs droits avec désintéressement, leur réputation et leur gloire avec humilité. C'est ainsi que la religion a été pour eux un préservatif souverain contre tous les désordres de leur condition. Sans cela, les grands, à l'exemple des nations, selon la parole duSauveurdu monde, auraient prétendu dominer avec llerlé et avec hauteur; mais parce que leur religion réprimait cet esprit de domination, bien loin d'être fiers et hautains, ils ne se sont regardés, en qualité de maîtres, que comme des hommes établis pour servir les autres, que comme des sujets attachés à des ministères (jui les engageaient, non-seulement à travailler, mais à s'immoler pour les autres : sans cela, les riches n'auraient cherché à jouir de leurs biens que pour satisfaire leurs passions, que pour contenter leurs désirs, que pour mener une vie molle et voluptueuse, qui, bientôt, les eiit portés à une vie libertine et dissolue; mais leur religion les a réduits à n'user point autrement de ces biens que selon les maximes de l'esprit de Dieu; je veux dire, à en user comme n'en usant pas, à les posséder comme ne les possédant pas, à se souvenir toujours qu'ils n'en étaient que les simples économes, dispens.ateurs du superdu, et comptables à Dieu du nécessaire. Maximes que les saints ont inviolablemcnt suivies ; et c'est ce qui a rempli le ciel de ces riches pauvres de cœur, que le Fils de Dieu canonise aujourd'hui si hautement :/>(vi/(;w«peres spirita ( Mnttli., V ) ; de ces riches qui, dans l'opulence, ont eu tout le mérite de l'indigence; de ces riches miséricordieux, qui sont dans le sein d'Abraham aussi comblés de gloire que Lazare : ils ont fait de la religion qu'ils [irofessaient le correctif de leur condition. De là vient ((ue les plus dangereuses tentations ne les ont point ébranlés, et qu'ils ont été à l'épreuve de tout ce que l'enfer et le monde ont eu pour eux de plus à craindre; de Ici vient, disait r.\pôtre en parlant des saints de l'ancienne loi, qu'ils n'ont cédé ni à la rigueur des prisons, ni à la violence du feu, ni au tranchant des épérs; et moi je dis, en parlant des saints de la loi de grAce, qui sont \os modèles et qui ont tenu dans le monde les places que vous y occupez, de là vient que ni l'envie de s'enrichir, ni le désir lie se iviusser, ni la vue de se conserver, ni
la craiiilc de se perdre, ni la faveur des hommes, ni leur disgrâce, ni leurs menaces, ni leurs promesses, ni leur mépris, ni leur estime, qui sont proprement ces tentations délicates aux(iiicllcs vos coiulilions sont exposées, qîie rien, dis-jo, de toui ce la n'a jamais eu la force de les per\('rtir. Pourquoi? parce qu'ils ont opposé à tout cela ces saintes armes : Annaluram Dci {Ephes., \l), ces armes de justice que leur fournissait leur religion, et qui les r( n iaient invincibles. En effet, sans la religion ils auraient succombé en mille rencontres aux plus déréglées et aux [dus honteuses passions ; leur raison, en je ne sais combien de pas glissants, aurait été trop faible pour les retenir; combattus par ces lenlalions d'autant plus dangereuses qu'elles sont plus humaines, ils auraient été hommes comme les autres, cuqîorlés, intéressés, vicieux, scandaleux comme les autres. Qui les a fait triompher du monde? je vous l'ai ilit, les armes de la foi dont ils se sont servis: car, dans les engagements où ils étaient, il n'y avait, dit le bien-ai:i é disciple, que la foi et la religion qui leur put faire remporter de telles \icloires sur le nionile ; El hœc est vicloiia (juœ vimil mundum. fuies nostra (I Joan., V). Leurs conditions étaient reclifiées, purifiées, sanctifiées par leur religion : voilà, dit saint Chrysosiome, ce que les païens même ont admiré cl révéré dans eux, voilà par où le christianisme s'est acquis tant d'honneur et tant de crédit; et voilà par où sa sainteté s'est répandue, non-seulement dans les cloîtres et les monaslèies , mais dans les professions les plus profanes par elles i;;êmêmes et les plus mondaines : partout les chrétiens étaient dislingLiés , et dans tons les états de la vie on les discernait par l'innocence de leurs mœurs et par l'intégrité de leur conduite; on ne voyait point parmi eux de scélérats, de fourbes, de traîtres; c'est ce qu'avançait hardiment Tertullien dans son Apologétiijne; s'ils étaient cités devant les tribunaux des juges , on ne les accusait que d'être chrétiens; leur seule religion faisait leur crime, et ce prétendu crime dont ils se glorifiaienl, les alTranchissait de tous les autres ; qui m'empêche de les imiter? ne fais-je pas profession de la même religion qu'eux? pourquoi n'en fcrai-je pasle même usage? pourvu du même remède, savoir, des lumières et des grâces de ma religion , quelle excuse puis-je avoir quand je me laisse aller aux désordres de ma condition? ayant en main les mêmes armes , et de plus leur exemple devant les yeux, à qui m'en dois-je prendre, qu'à moimême si je suis vaincu?
Mais ces bienheureux ont encore passé plus avant. Dans le dessein de se sanctifier par leur religion, ils s'en sont servis , non- .'•eulement pour se préserver des dérèglements de leur condition, mais pour en remplir toutes lesobligalion>;aulre elïcl de Icursagesse, et de cette science des saints que Dieu leur avait donnée : Dédit illi seientinm sanctonim; car il y a dans chaque condition certains devoirs fâcheux, onéreux, mortifiants, contraires à 11 nature, dont il est pres(;u ' v-miossi-
4S8S Mvsriuî.s. SKrnioN xxii. roiii i.\ ki.ti; ru; lors us saints. i-so
|ik'ilcs\i( (Hii;li'f sans IcscroursJolarcliginn; usage qu'ils ont fait de reltc religion a (te du et les s.iinls IcnaienI pour eonstaiil que la s'en so|•^ ir pour sanctifier tous ees elcvciiis religion seule pouvait èlrc en eux une dis- ('otir les rapporter à Dieu, pour les remplir position générale et ellieace à raectuuplisse- d'une ni.iniéie (li|,'ne de Deu , pour s'en aiment detes devoirs. lùielTet, sans la religion, (piitter en tlitélieiis , et par là se distinguer les saints, pour n'être pas eselaics des de- des mondains qui en aecouiplissent pcul-étro \oirs dû leur coiuliliou , aurai( nt su , aussi i:no pariie, mais sou\ent par vaui:c, cl loubienque les autres, n'en lu'cni'rc que 1 liono- jours inutilement jiour le salul. rable et le commcde, et en l.iisscr le dilluile .\li ! mon Dieu, (lue vous êtes admirable et le pénible : le nuuide, aecoutumé à ce par- dans vos s.iinl^, et qiu" la science de vos lage, quoi(]ue scandait UK et injuste, à peine saints est p'oroiuleel sublime! ()ue David s'en serail-il scandalisé. Sans la rdigion, les avait bien raison de s'écrii r : MirahUis lacla s.iiuts n'auraient pas n;au(iué de prétextes ct:l siiriKia lua ex mr; caiifurlula est, et non piiur secouer le joug de tout ce qui eut blessé potcni ad cain {I>s. CXXX^ lil) : Cette scienleur au:our propre, de tout ce qu'il y eût eu ce, Seiguenr, (lUC vous avez enscit.'née à vos d :us leurcond.tiondedégoûlant,derebutant, élus, et qui les a faits lequ'iis sont, meparait dliuuiili;.iit, d'assujetlissani ; le monde sur [iliis mciveilleuse (lue Ions les ouvraf^es de tout cela leureûl lait grâce, el, qu.ind ils au- >oIre puissance ; elle est inliuiment au'-desraient eu le Kcur assi z droit pour compter sus de moi, et sans voire grâce je n'y pourtout cela parmi leurs oldigatious, jamais leur rais jamais atteindre! Quelle perfection ne alieuliou et leur e\a<lilnde n'eût répondu à ^ errait-on pas dans leummle. si le uioiîde cette multi;,liciié de devoirs allacîiés à leur et lit gouverné selon celle sciencedcs sainis'/ élal. .Mais , parce qu'ils agissaient par le A quoi pensent les enfants des honmies mouvement el par l'espiit de leur religion , quand i!s la négligent, et à (pioi s'occupcnlils les ont embrassés elarcomplis tous. C'est- ils quand, au méi)ris de C( tie science, ils à dire.écouti z le dénombrement (] n'en faisait clierclient le mensonge et la vanité'? (|ue peusaint Ambroiscdans ses oftices, el recnnnais- vent-ils espérer de Dieu, et à quoi toutes les SI z ce que c'est ipie la sainteté, c'est-à-dire, autres sciences saus celle-là les conduiraientparce (\uc les saints agissaient par l'es- elles"? Mais acbe\0!is, et voici le drrnier cal!rit de b ur religion, ils ont rendu à chacun raclère de la science des saints ; c'est que, ce qui lui appartenait; ils ont honoré les par le retour le plus heur. ux. eu se servant grands, supporté les faibles, servi leurs amis, deleur religion pour sanctifierleur condition, pardoui'.c à leurs ennemis , assisté ceux qui ils ont profité de leur condition pour se per-^ se lr<ui\ai(nt dans le besiuu, veillé sur ceux fectionner dans leur religion. Encore un mo - <iue 0. eu avait confiés à leurs soins, entre- mcntd'alleutinn pourcelte troi..,ième partie. lenu la paix el la société parmi ceux a\ec qui troisième paiitie. ils étaient obligés de vi\re, exi r(C la rharilc Quelque diversilé d'évéuements qu'il y ait envers tous, [larco qu'ils la devaient à tous; dans le cours de la vie des hommes, c'est sout( nus de leur religion, i's ont sacrifié leur une vérité indubilalle, que tout contribue repos, leur sanlé , leur vie, aux mini^lèrcs au bien de ceux qui aiment Dit u; et nous dont ils élairnl chargés, aux emplois contrai- savons, di-ait l'Apôtre, (jue i cla même est gnanis cl faligauts où ils se trouvaient en- une marque du choix tjue Dieu a fait de gagés , aux travaux qu'ils ont eus à porter, leurs perst)nm'S, en les prédestinant pour aux dangers (ju'ils ont dû courir; mus par ce être sainis : Scimus quoniam dilicjcntibus jirincipe de religion, ils n'ont eu égard, ni à Dexnn omnia coo])einntur in bunuin , iis qui leur agrandisssement selon le monde , ni à aecunduin propositum tucati sunl suncti leur établissement, m au désir de plaire, dès {Rom., Vlllj. Or voilà, mes chers auditeurs, que la conscience, la probité, la vérité y ce qu'ont éprt)uvé ces bienheureux dont nous pouvaient être en (luebiue soi te intéressées ; honorous la mémoire, tout a contribué à leur iivec cela ils ont eu, aux dépens d'cus-mè- avanccmenl et à leur sa!ut éternel. Carie mes, une fermeté inflexible, une constance nionile, par un nier\eilleux cffel de la "race inébranlable, une bon:ie foi hors de tout de Jésus-Christ, a visiblement contribué foupçon , une équité ((ue rien n'a jamais pu à leur sanctification; et ce qu'ils étaient secorronipre. Pan e qu'ils faisaient entrer leur Ion le monde, j'entends leur condition, sans religion dans tout ce qui était de leur condi- être en soi différente de celle des païens, par lion, stiuples el dociles sous la main de Dieu, l'usage qu'ils en ont f.iil, n'a pas laissé de conlenis tJ'étro ce que Dieu voulait qu'ils fu - scr\ir à les rendre de parfaits chrétiens : sent el rien davantage, ils sont demeurés p miquoi? appiiqut z-vous à ct lie < xeellenle dans l'état (]ue la Pro\idenee leur avait mar- mor.ilc de saint Paul : parce qu'il est conflué, sans former de nouveaux [irojels pour slant que les saints ont trouvé dans leur se pousser, pour s'a>ancer. i our s'enrichir, conililion de puissants motifs pour s'exciter sans entreprendre de supplanter personne, et s'an uiir à la pialiiiuc île leur rtli"ion ; m du s'élever sur la ruine ilc personne; pré- parce tju'il est vrai que leur condiiion leur venants, officieux, libéraux , toujours prêts a fourni des moyens de glorifier Dieu, dont à rendre le bien pour le mal. Car voilà ce ils ont su admirablenunl profiler à l'avauqu'il leur fallait pour éire dans leurs condi- lage de leur religion; parce qu'un de leurs lions des hommes parfaits; or, dites-moi, premiers soins a été de bien ménager les pouvaient-ils l'être de la sorte sans leur rcii- croix et les peines inséparables de leur congion? Ce n'est pas encore assez; le grand dilion, pour en faire la matière de leur p6t'RATEUs; fACitES. X!V. [Quarante- (juatre.)
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OP.VTEUllS S\<IU;S. nOL'P.DALOUR.
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iukM!fP<'t lies snciificos qu'ils oui eu le hrv.- In'iir (riilîrir A Dieu il.iiis l'cspril ilc leur ivlii^ion : pensées luucliiiiiles que je ne l'.iis que vous proposer, el à quoi ]r ré. luis la t!oruièrfi idée que j'ai prélenilu vous douucr lie la seienee des s.iinls.
Ces prédeslinés et ces élus de Dieu ont trouvé dans le monde même el dans leu,condition, quoique mondaine, de pui^sanls molil's pour s"exciter à la pratique de leur lelitjion : c'csl-à-diro ce qne leur condilioii les (>liliij;eait à (aire pour le monde leur a appris, mais vivement et sensildemenl, ce qu'ils (levaient à Dieu, leur a fait porter avec jiiie et avec douceur le joug de Dieu, leur a lait aimer lendiemcnt la loi de Dieu, leur a fait einlirasser p;éMéreusenicut ce qui leur a paru de plus sévère dans l'accomp isscmiMil des ordres de Dieu, leur a fait sentir el fjoûler <lélicieu^e:iient le bonheur qu'il y a d'èire à Dieu, lui fallait -il davantage à ces saints de la terre'? car c'csl ainsi que les appelle V\icrilure : Scnrlis qui in lerra snnl rjiis {Ps. \III). iùi efl'et, dit sainl Augusiin, ils oui élé les saints de la lerre, avant que d'être les citoyens du ciel. Arrèlons-nius encore ,'i ceux (jui, après avoir passé dans le monde par les mêmes étals que vous, doivent élu" les modèles de voire coiuluite. Leur en fallait-il, dis-je, davantage pour leur inspin r tout le zèle qu'ils ont eu dans le service de Dieu, que la réllcKinn qu'ils f.iisaient sur 11 manière dont on sert lis grands de la lerre, et donl ils les servaient euK-ménies? On s étonue qu'il y ait eu des saints à la cour ; et moi je prétends que c'ot la cour même, où, [larloidre de Dieu ils se Irouvaient allacliés, (]ui les faisait saints. Oui, la cour les l'oiniail à la religion ; la cour, qui pour tant d'autres a été cl est si souvent une école d'impiclé, par un don singulier de Dieu, ap- (irenait à ceux-ei ie christianisme, el les élevait à la sainteté. CoMimenl cela? rien de plus naturel ni de plus simple. Attachés à la cour par leur condition, ils avaient honte de n'avoir pas pour Dieu une obéissamo aussi prompte et une fulelilé aussi inviolable (]ue celle dont ils se pi(iuaienl à l'égard de leur prince ; et retle comp/iraison les portait à tout enlre|ireiidre ; ils se reproeliaienl avec doub ur d'être moins vifs el moins eaipres>és pdur le Dieu de leur salut, que pour le maître de qui déiiendail leur fortune leinporelle ; et, à foi ce de se le reprother, ils parvenaient enfin ,à pouvoir se rendre le lémuign ige fa- Norable (|ue leur conscience sur ce point exiu'cail d'eux, el où cousist.iit pour eux le capital et l'essentiel de la religion. Je veux dire, ils parvenaient enfin à avoir pour Dieu cet amour de préférence, si nécessaire ,iu salut, el néanmoins si rare à la cour; ma s Dieu, qui les avait choisis, voulait que la cour méiue le leur enseignai ( 1 1 ur en fouiiiU un motif auquel ni leur raison ni leur toi ne pussent résister : etqui 1 était ce motif '.'je le répète : l'application sans relàihe avec la- (luelle ils faisaient leur cour à un lnunnie nioriid, la disposilion sans réserve à n'ejia!gner rien pour lui [daire, le paifait dévoue-
inenl à ses intcié's, la soumission aveugle à ses volonles, l'infatigable assiduité auprès de sa personne, rallenlion ;\ ntéiitir ses bonnes grâces, l'aiiibiliou d'être à lui , la cr.;inle d'être oubliés de lui , beacc up plus d'en être disgracies el réprouvés ;lout eela c'était pour les saints autant de Icçiuis t'u cuUe siipiêiiie eld • l'aiiioursouverain qu'ils devaient à Dieu, el ces leçons, bien éludées, bien méditées, bien appliiiiiées, faisaient sur eux des imjiressions c]iii les sanriiiiaienl. De nié i.e, on est surpris qu'il y ait eu des hommes qui, dans la profession des armes, soient arrivés à la sainteté; et moi je dis (]ue rien ne pouvait mieux les disposer à la sainleîê, que la profession des armes. Coiiunenl les .'\îauîii'<', les Sébastien, les Iv slaclie l'y outils trouvée? Ils devenaieat sans peine les marijrs de Jésus-Chrisl el de leur religion, en se souvenant combien de fois ils avaient élé les martyrs de leur (ondition, loisque laiil de fois dans les combats ils s'elai'ut exposés à la mort, p;iur ne rien faire ii'ind giie de leur naissance et (jni intéressât bur honneur. Ainsi leur condition leur cnseignait-t-ellc, les engageait-elle, les forçaileile malgré eux, non-seulement à avoir d(> ia religion, mais à pratiquer tout l'hérii'ique de la r. ligion. Car, poui' avoir une parf.iile religion, il faut sav(ur parfaitement obéir, il faut savoir se sacrifier, il faut savoir se renoncer. Or c'est ce qu'on ignore paitout ailleurs, mais ce qu'un mondain brave ilans la guerre ne pourra jamais dire à Dieu qu'il ail ign:)ié. Il est donc certain (]ue sa condition lui apprend malgré lui la science des saints; et ceci, par propoilion, convient à tous les étals qui parlagent la société des lioaimes, jjuisque 'diacine condilinn, qu'uid on eu sailuser comme bssaints,a une grâce [larlieulière pour coopérer, par de semblables motifs, à la sainteté de ceux ipie Dieu, selon les vues de sa sagesse, y a destinés.
Ce n'est pas lout : indépendamment des motifs, j'ai dit que les saints oui trouvé dans leur condition des moyens de glorifier Dieu, dont ils ont su avantageusement se prévaloir pour acquérir toul le mérite de leur religion ; el je n'en veux point d'autre preuve ((ue riii.-loire de leur vie : combien y en a-l-il dont la sainleté n'a élé si éminenle ni si éclatante, (juc parée qu'ils ont eu dans leur condition (les occasions de faire piur Dieu de grandes (hoses?lls avaient dans ie numde de la (lualité (ne quillons point ce (lui vovs est pr(q)re, cl (juil n'y «'lit rien de vague dans cette nmrale); ils avaient dans le ni-onde de la qualité, de la dignité, de l'aului-ilé: comme élus de Dieu , ils ont fait servir tout cela à la piété, à la charité, à l'humilité. Si saint Louis n'eût été roi, aurait il l'ait pour Dieu ce (ju'il a f ail, aurail-il réprimé l'impiété, aurait-il puni le binsiihème, aurait-il dompté l'hérésie, auraiL-il établi tant de saintes lois? la royauté doîuiait de la force à son zèle, et son zèle pour Dieu n'avait du suciès que parce que la royaulé en était le soutien. S'il n'eût élé roi , aurail-il laissé à la poslérilé tint (b: son)ptU( Hx m ;i;umcnls de sa len-
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drc.ss(^ patorncUt" envers les pnuvrrs ; en ilc foiliinc cl les ilisj^râccs qu'ils oui eus à ;iiir.iil-il rempli la France, vl y verrions- soulcnir leur ont inspiré, non pas d'inutiles nous lanl di- in.iisons cons.icrérs par lui à la et de vains (!éj;oûls, mais un généreux et eliarilé publique"? sa eliai ilc ne snl)sislail qna sincère déiaclicnicnl du inonde ; les injustices sur le fonds de sa inaijniiicence roj aie; et il n'a niô ne du inonde ont été pour eu\ un excrété le père des pauvres que parce ([n'en (jiia- eice d(' ce p irlait cliristianistne qui les oblililé de roi il a eu le pouvoir de l'cUe ; en un geail de mourir à eux-mènies : voilà ce quo mol, le mérile de ce iU!)n;irque, et ce que la seienee des s linls leur a appris : au lieu j'.ippelle en lui la S( iince des saints, c'est (|ue les eiil'anls du siècle font de tout cela le qu'il a ]irolité de sa (ondilion pour être le sujet de leurs pl.ainles et de leurs murmures, héros de sa relip;ion. Or, il n'y a point de les justes cl les amis de Dieu s'en sont lait condition dans le monde (jui, selon lame- des snjels de consola;ion et d'actions de grà sure cl l'étendue du |iouvoir iiu'( lie nous ces, parce qu'ils savaient hien que celait là donne , n'ait par rapport à Dieu le même le partage des élus, el ([ne la voie la plus avanlat;e;et si je suis, comme les sain!s , ceri.iine de leur prédestination était de passer fidèle à la fjrâce et aux desseins de Dieu sur par les souffraiici's, et d'en êlre réputés dimoi, sans être ce qu'a été sainl Louis . je ^nes. Comme il n'y a point de justes dans la trouverai dans ma condition de (juoi sans },'toire que Dieu n'.iil \ouluy conduire par cesse honorer Dieu par ma condilion même ; là, aussi n'y en a-l-il point ([iii dans leur je ne ferai pas des actions d'un si f;rand éclat condilion u'aienl trouvé des peines et des <iui' saint Louis, mais en faisant tout le bien afilicliuns : cl c'est, dit sainl i'aul, ce qui a ilont je suis capa!de,je glorilierai Dieu [lar le plus contribué à leni- sainteté. Conlenimon obs( urilé, comme saint Louis l'a glori- p!ons-les donc aujourd'hui comm(- nos mofié par son élévation : car élévation el obs- dèles. Ouoi (lu'il nous arrive de fâcheux et curité, à qui sait et veut s'en servir, ce sont de chagrinant dans noire élat, disons-nous à éi:alement, quoique dilTéremment, des sujets nous-mêmes : (Qu'ont fait les saints, lors(]u'ils de saneliricalion : dans la n:éàiocrilé de mon se soni vus Irailés comme nn)i'? s'en sont-ils étal, je n'aurai pas les iai|ioi l inles occasions pris à la Pi ovidence '? leur courage c!i a-l-il qu'a eues saint Louis, jir.ur me signaler été abattu? leur foi en a-t-elle paru ébranlée, coinnie lui [lar une pieté héroniue ; mais en cl ne se sont-ils pas au conlraire estimes pratiquant les verlUî communes de mon élat, heureux d'être éprouvés sur la (erre, afin sans être liéroïqueinent saint, je pourrai l'é- d'être éternellement gloiifiés dans le ciel? Ire Solidement ; sans l'èlre avec éclat aux Telleest pour nous Ions, mes chers audiyeux des hommes, je jiouriai l'être avec nié- leurs, la science des saints. iM lis c'est à vous, rite devant Dieu el d ;ns l'idée de Dieu : or. Sire, de posséder éminemment celle divine c'est uni{iuement ce que les saints ont cher- science ; ca.r la science di s saints, pour un ché, el à quoi ils ont rapporté cell" science roi , doit bien êlre li'iine ;;ulre étendue et qu'ils avaienl reçue d'en haut : Dédit illi même d'une aulrc perfeclion que pour le svicnliiim souctdriifn [Sap., X). commun îles hiunmes. Comme les rois sont Kiifin, les saillis ont trouvé des croix dans les images de Dieu , un roi , pour être sainleur condition, cl ils en ont fait la matière leinent roi, doit être, à l'exeinple de Dieu, de leur patience, de leur résignation, de non-seulement saint, mais grand cl magnifitous les sacrifices qu'ils ont oileris à Dieu que jusquedans lasainlelé:moy»ii/(C((s m.wndans l'espiil de leur religion; encore une c/f^fire ( A'jor/., XI). 11 suffit aux autres d'être fois, suivantce prinripcfiiil- 1 s'étonner qu'il humbles dans la saiiileté, d'être patients, y ait eu des saints à la cour, el ne faiil-il pas d'être fervents, d'être constants dans la sains'éionner |dulùt qu'il y en ail en etqu il y en télé; mais il faut à un roi de la grandeur ail sipeu?La conditiondeccnxqui vivent à la dans la saintelé même, piii>qu'avec une cour, cl que leur devoir y retient, élanl, de sainteté vulgaire et connnnne, il est imposleur propre aveu, celle ou les morlitiealions sible qu'il satisf.:sse aux importants ilevoirs sonl plusfréquentes et plus inévitables, ((die dont il est charge comme roi. En effet , si , oîi il y a plus de dégoûts cl de chagrins à selon l'évangile de ce jonr. une partie de la essuyer, celle où l'on est plus obligé à pren- science des saints est d'èlre pacifique, la dre sur soi el à se contraindre, devraii-il y science d'un sainl roi. et d'un roi chrétien, en avoir une dans le monde plus pro[irc à doit être, dit saint Augustin, de mettre sa faire des saints'? trouver tonl cela d;ins sa gloire à donner la paix ; doit être d'employer condilion cl n'être pas saint, el ne pens-r à sa puissance el de n'épargner rien pour élaricn moins (ju'à 1 être, n'est-ce pas le comble blir, pour affermir, pour faire fleurir et réde la malédiction? j'en appelle à vous-mê- gner la paix. Aussi esl-cc partieulièrement mes, mes chers auditeurs, et je suis sûr que aux princes et aux rois de ce caractère qu'il malgré voire peu de foi, vous en convenez, est dilaujourd'hui : Ueali paciftci [Mntlh. V). (Juoi qu'il en soit, voilà le secret adorable Or, suivant celle règle. Sire, si jamais prince que l'esprit de Dieu a révélé à ces glorieux sur la terre a eu droit de prclendrc .au niéprcdestinés qui se sont sanc'ifies à la cour, rite de celte bé.ililude , on ne peut douter Des morlifieaiions el des chagrins (lue leur que ce soil 'Votre Majesté ; car elle vient de attirail leur condilion, ils se sont fait un état donner la pais à toute l'Europe, de la made pénitence, non pas, comuieles mondains, nière la plus chrélienne dont jamais mod'une pénilenco forcée, mais d'une pénitence narque clirclien l'ait donnéi; cl l'ail pu don- Toloulaire, méritoire, sali^facloire ; les revers ner, je veux dire au milieu de ses comiuétes.
GR ,ii:i:RS SVCr.F.S. liOL'UDALOl'E
I3ftî
i'.His le cdiiilile i!i\s pr(>sj érilt's ol des snt'cès lîoiit Dieu , jusqu'à la fin , a béni ses armes ; (iaiis le dés!'S|i(>ii- où étaient ses ennemis, malgré leur foiinidible ligue, de puuvoir lui résister, el loisiitrils et lient forcés de reeoniiaître el de confesser que vinis étiez , Sire, le seul victorieux el le seul invincible. C'est en de si favorables conjonctures que vous .•:vez voulu être le pacil'icatiur du nuMide chrétien , el c'est ainsi que toute l'Europe V ous est redevable de son bonheur. C'est par lous que tant de nations, après une saniilanlc guerre, vont conimemer à respirer; jiar vous que tant d'églises désoléi-s vont offrir librement el sûrement leurs sacrifices, dans le tranquille exeri iie du culte de Dieu ; |iir vous que tant d'étals et de royaumes •tont jouir d'un profond repos. Fut-il jamais un meilleur litre pour avoir part à la béatiluile évangélique : Dedli pucifici? Mais j'ose vncore , Sire, pour ma propre consolation tl pour celle de mes audileurs . ajouter ici 1;? motif qui vous a déterminé à la conelu- .sion de ce grand ousi'age; car, puisqu'il m'est permis d'entrer dans les intentions de ^"otre Majesté, cl pnisqu'elle-méme s'en est {laulenient expliijiiée, ei!e n'a consenti à la ]iais ([uc par amour pour son peuple, que dans un sincère désir de faire goûter à ses sujets la douceur de son lègne, (jue dans la vue de les soubigrr; elle s'est relâchée de ses droits pour nous rendre heureux, et ce «ju'elle a sacrifié à la paix nous est une preuve authentique de ses soins bienfaisants iH de son allenlion à nos intérêts. Or, voilà vc que j'ai appelé, pour un roi chrétien, le mérite de celle béatitude dont nous parle le Sauveur du mouile : Ilealt paciftci ; el c'est lie quoi j'ai cru devoir féiieitrr aujourd'hui ^■olre Maji'Sié. Non content d'avoir été jusiju'à présent le plu'< glorieux et le plus puissant des rois, vous \oulez encore, Sire, être le meilleur de tous les rois ; après avoir été, comme cnn()uerant, l'admiiation de tous les piuples, vous voulez, pour couronner voire règne, être le père de votre peuple. Le diraije. Sire, avec la respectueuse lilierlé ([ue me l'ail prendre mon ministère? voire peuple n'en «si pas indigne; car jamais peuple sous le ciel n'a tant aimé son roi , n'a éié si passionne pour la gloire de son roi , ne s'est épui>c pour son roi avec lanl de zèle, n'a fait pour la conservation de son roi lanl de virux à Dieu. Votre Majesté l'a senli, el elle ne l'oubliera jamais : tous les (leurs sur cela se sont ouverts, et le vôtre. Sire, en a été touché. Ce peuple, encore une fois, n'esl donc jias inditjne de vos bonté- , el , si l'on pouvait les mériter, je dirais iiuil It-s a méritées par son attaclienienl sans exemple, par sa fidélité à toute épreuve , par son obéissance sans bornes, par son amour tendre pour ^'oll'c ^Majesté. Bcali pacifui : Heureux les pacifiques, el encore plus les pacificateurs, puisque, malgré les faux raisonnemenls de la p<dilique mondaine , c'est ce qui fait les saints rois, les rois scion le co"urde Dieu, !i>s rois dignes de posséder le royaume de Dieu. A auoi loul le resle sans cc'a leurscr-
vira-t-il? J'ai été roi, disait S.iloie.on, et j'ai surpas.-é tous les autres rois en grandeur, en |uiissaiue, en richesses, en magnificence; mais j'.ii reconnu , par une longue expérience, (jue loul cela, séj)aré de la sagesse, n'était que vanité, que peine, qu'affliction d'esprit. Votre Majesté, Sire, a trop de lumières pour ne pas penser aujoiud hui ce que Saloiiion pensait alors , el , convainciie aussi bii n e,ue lui du néant du monde, elUî a trop de religion pour ne se pas dire à el.emé.ne qu'elle doit donc chcircher hors du monde son véritable bonheur. La science de gouverner les peuples, la science de se faire obéir, la science d'aceroîln! ses ét.iis par le nomiirc de ses conquêtes, voilà ce que Voire I^Lijesté possèd ' d iiis un suprême degré, et Cl' (jui a fait la matière de tant d'éloges. Mais, comme prédicateur de l'Evangile, je lui dis aujourd'hui quelque chose de plus grand, di' plus solide, de pus digne d'elle. l'Uquoi"? c'est (]n'i! n'y a rim de grand , lien de solide, rien qui seit ni qui |juisse être digne li'elu', (juo la science des saints, qiii esl l.i science des élus de Dieu , el qui la conduir.i à ce r(jyaume éternel, que je lui souhaite, au nom du Père , el du Fils , el du Sainl- Espril.