‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 15 sur 132 · SERMON III · texte numérisé non relu

SERMON III

POUn LE SECOND DIVIANCIIE PE l'aiENT,

Sur le l'espcct Inunain.

Itr:i(ii<; qui non fiK-ril sc.iiiiKniizaUis in mo.

Ilieiilieniciix celui rjui ne sera iwiiil semidalisé île iiivi [S. M'itlli., cit. \[j.

Sire,

C'est à ce caractère que le S.iuveur du monde n conn;:îl ses vrais disciples; c'est l,i condition que cet Honmie-Dieu leur pripose pour être reçus à son service et pnnr mériter de vivre sous sa loi. Il leurdécl.ire qu'il fint prendre parti, (lu'il ne l'.iul point espérer d'être du nombre dis siens, si l'on n'est résolu d'en faire hantemenl profession ; que quiconque, étant chrétien , craint de le paraître, est indigne de lui ; qu'il ne suffit pas pour être ,à lui de croire de cœur, si l'on ne confesse de bouche; (iii'il ne suflil pas de confesserde bouche, si l'on ne s'ex|ili(|ue par ses (Piivrcs ; enfin, qu'il V( ul des hommes fer vents, généreux, sincères, oui se fassent un honneur de l'avoir pourmaîlre, el un mérite de lui obéir.

Or, par l.i il exclut de son royaume ces lâches mond.iins qui, bien loin de se déclarer pour Jésus-Christ, rougi-senl de Jésus-Christ; qui, bien loin d'honorer Jésus -Christ , se scandalisent de Jésus-Christ ; et qui, non contents de se scandaliser de Jésus-Christ, le scandalisent tous les jours lui-même dans la personne de ses frères, en inspirant aux autres la même crainte qui les arrête, elle même respect humain qui les domine. C'est ce que j'entreprends de combattre dans ce discours : cette honte du service de Dieu, ce respect humain qui nous empêche d'être à Dieu; celte crainte du monde, ou celte complaisance pour le monde qui détruit le culte que nous devons rendre à Dieu. Je veux vous

S07 ORATEURS SACRES. BOURDALOUE:. 208

en Taire voir l'iniiijinilô, le dt'sorilrp, le scan- qu'ils ne croyaient pns; el nous, par un au-

dalo : l'iniiignilé du rcspeil hum.iiii , par tre respect Ijuinain, iicus faisons violcrce à

rapport à noiis-m<!'nu'S ; son désordre, par noire loi, et nous ne servons pas le Dieu que

rapport à Dieu ; son scandale, par rapport nous croyons. Ceux-là, malgré eux, mais

au jirochain. pour plaire au monde, étaient superstitieux.

Il y en a qui sont les esclaves du respect et idolâtres; cl nous, par un effet tout conîiuuiain, et il y en a qui en sont les auteurs. traire, mais par le même principe, nous de- Esclaves du respect humain, je leur parlerai venons souvent malgré nous-mêmes libertins dans la première et dans la becon'Je partie, et impies. Ceux-là, pour ne pas s'attirer la cl je leur montrerai comhien leur conduite haine des peuples, prati(]uaient ce qu'ils est indigne, combien elle est criminelle. Au- condamnaient, adoraient ce qu'ils mépriteurs du respect humain, je leur parlerai saient , professaient ce (ju'ils détestaient ; dans la dernière |)artie, et je leur montrerai ce sont les (ermes de saint Augustin : Colecomliici! leur conduite est scandaleuse. L'in- hant qnod rcprehcndcbant , n'jebant quod ar-~ dignité du respect humain nous le fera me- (juebunl, quod cnjpabanl adorahinl [Auijust.]; priser. Le désordre du respect humain nous et nous, pour éviter la censure des hommes, le fera condamner. Le scandaledu respect bu- et par un vil assujettissement aux usages du main nous en fera iraindre les suites. C'est siècle corrompu et à ses maximes, nous désloulmoudessein.DinKindons,clc..4rc,Mar(a. honorons ce que nous professons, nous PREMii^^RË PARTIE. profauons ce que nous révérons; nous blas-

Cest de tout temps que les hommes se phémons, au moins par nos œuvres, non pas

sont laissé doniiner par le respect humain, comme disait un apôtre, ce que nous igno-

et c'est de tout temps que les partisans du rons, mais ce que nous savons et ce que

monde se sont fiit du respect humain une nous reconnaissons. Au lieu que ces esprits

mallieurense politique aux dépens de leur forts de la gentilité, avec leur prétendue

religion. Mais de quelque prétexte , ou de force, se captivaient par une espèce d'hypo-

nécessilé, ou de raison, dont ils aient tâché crisie, nous nous captivons par une autre,

de se couvrir, en soumettant ainsi leur reli- Au lieu qu'ils jouaient la comédie dans les

giou aux lois du monde , je dis que ce res- temples de Home, en conlrefaisanl les dé-

pect humain a toujours été une servitude vols, nous la jouons au milieu du cbristia-

iionleuse;je dis que celle politique a tou- nisme, en contrefaisant les athées. .\vcc celle

jours passé, ou toujours dû passer pour une dill'érence remarquée par saint Augustin ,

iâclii lé méprisable. Caraclèic de servitude , que l'hypocrisie de ceux-là éiait une pure

caractère de iâcbeié : l'un et l'autre indigne liction, qui n'intéressait tout au plus que de

de tout homme (jui connaît Dieu; mais en- fausses divinilés; au lieu que la nôtre est

core bien plus d'un chrétien élevé par le une abomination réelle, une abomination

baptême à l'adoption des enfants de Dieu, telle que l'a prédite le prophète, placée dans

Applu)uez-vous , mes chers auditeurs, et ne le lieu saint; une abomination qui outrage

perdez rien de ces deux importantes vérités, tout à la fois et la vérité, et la majesté, el la

C'est une servilmie honteuse, et je l'ap- sainteté du vrai Dieu, pelle la servitude du respect humain. Car, Or, en user de la soric, n'est-ce pas se qu'y a-t-il de plus servit que d'être réduit, rendre esclave, mais esclave dans la chose ou plutôt que de se réduire soi-même à la même où il est moins supportable de l'être, nécessité de régler sa religion par le caprice et où loul homme sensé doil plus se piquer d'autiui? de la pratiquer, non pas selon ses de ne l'être pas ? Car il y a des choses, pourvues et ses lumières, ni même selon les mou- suit ce saint docteur, où la servitnde est tovements de sa conscience, mais au gré d'au- lérable , d'autres où elle est raisonnable, Irui? de n'en donner des tpar(iues, et de n'en quehiues-unes même où elle peut être honoaccomplir les devoiis que dépendamment des rable ; mais de s'y soumetlre jusque dans les discours et des jugements d'aulrui ? en un choses les plus essenliellemenl libres, jusmot, de n'être chrétien, ou du moins de ne que dans la profession de sa foi, jusque dans le paraître (ju'autant ([u'il plaît ou qu'il dé- l'exerc'ce de sa religion, jusque dans ses deplail à autrui? Lsl-il un esclavage compara- voirs les plus indispensables, dans ce qui re- Ide à celui-là'? Vous sa\ez néanmoins, el garde notre élernité, notre salul, c'est à peut-être le savez-vous à volrr confusion , quoi répugne un certain fonds de grandeur, combien cet esclavage , tout honteux (ju'il qui est en nous cl avec lequel nous sommes est, est devenu commun dans le monde, et le nés; c'est ce que la dignité de notre être, non de\ient encore tous bs jours. plus que la conscience, ne peut comporter.

Quand saint Augustin parle de res anciens Laissez-nous aller dans le désert, disaient

philosophes, <le ces sai;es du paganisme, qui les Hébreux aux Egyptiens, car, tandis que

par la seule lumière naturelle connaissaient, nous sonunes parmi vous, nous ne pouvons

quoi(]ue païens, le vrai Dieu, il trouve leur pas librement sacrifier au Dieu d Israël. Or,

c(Midition bien déplorable : pour(iuoi ? |/,irce il faut que nous soyons libres dans les sacri-

([uélant convaincus, comme ils l'étaient, lices que nous lui offrons. En tout le reste

qu'il n'y a qu'un Dieu, ils ne laissaient pas, vous nous trouverez souples cl dépendants,

pour s'accommoder au lemps, d'être forcés à el qntdque rigoureuses ()ue soient vos lois,

en adorer plusieurs. Prenez garde, chrétiens. nous y obéirons sans peine; mais dans le

Ceux-là par respect humiiiu faisaient \io- culte du souverain Maître que nous adorons,

îouce à leur raison, cl servaient des dieux cl que nous devons seul adorer, la liberlc

SECOND AVEINT. SERMON 1!I. SUIS LE IIESPECT IIUMUN.

nous est nécessaire; et quand nous vous la (leniaïulons, ce n'est qu'en vertu du droit ijue nous y avons, et eu verlu même du foinmandeinenl exprès que Dieu nous a fait de ne nous la laisser j.iiniis enlever. C'est ain^i, mes frères, reprend saint Jérôme, expliciuaiil ce passage de l'Exode, c'est ainsi que doit parier un chrétien en<;asé par l.i providence à vivre dans le monde, et par conséquent à \ soutenir sa religion. Sur toute aulre clios •, doit-il dire, je nu- conformerai aux lois du monde, j'observerai les coutumes du monde, je garderai les bienséances du monde; je me contraindrai même, s'il le faut, pour ne rien faire qui choque le monde; mais ((uand il s'agira de ce que je dois à mon Uieu, je me mettrai au-dessus du monde, et le monde n'aura nul empire sur moi. Dans l'accomplissement de ce devoir capital, qui est le premierdfvoir du chrétien , je ne serai ni bizarre ni indiscret; mais je serai libre, et la prudence dont j'userai pour my conduire n'aura riin qui dégénère de celle bienheureuse indépendance que saint Paul veut (|un je conserve comme le privilège inaliénable de l'état de grâce où Uieu m'a élevé. Telle est, (lis-je, selon saint Jérôme, la disposition où doit être un hoainie fidèle. lA si la tyrannie des lois du nioiule allait jusque-là, qu'il y eût eu effet des étals où il i'ùt impossib'e de mainti'nir cette sainte ut glorieuse liberté, avec laquelle Dieu veut être servi ; ou plul6l,si l'Iiommese sentait faible jusqu'à ( e point, <iu'i! désespérât d'y pouvoir librement servir Dieu, il devrait, à l'exemple des Israélites, [irei\dre le parti d'une généreuse retraite, et cliercher ailleurs un séjour où, fltïr^nchi du joug du monde, il pût sans gène et sans contrainte rendre à Dieu les hommages de sa piété : faisant divone pour cela, non pas avec le monde en général, mais avec ces conditions parliiulièri s du monde, où l'expérience lui aurait ajipris que sa religion lui serait devenue comme impraticable. Pourquoi ? parce qu'au moins il est juste qu'étant né libre, il le soit inviolablenieiit pour celui à (jui il doit lout, comme au principe et à l'auteur de son être, et qu'il n'abandonne jamais la possession où Dieu l'a mis, d'être à et égard dans la main de son conseil et de sa raison.

Servitude du respect humain d'autant plus honteuse, que c'est l'effet tout ensemble, cl d'une pclilesse d'esprit, et d'une bassesse de c(eur, que nous nous cachons à nous-mêmes, mais que nous nous cachons en vain, et dont nous ne pouvons étouffer le secret reproche. Car si nous avions ce saint orgueil. Si Ion l'expression d'un Père, cette noblesse de sentiments qu'inspire le christianisme, nous dirions hiutemrnt comme saint Paul : Non erubesco E rnnijelium [Rom., Ij : Je ne rougis poMtt de l'Evangile. Nous imiterions ces héros de l'Ancien Testament, qui se faisaii'nt un mérite de pratiquer leur religion à la face même de l'irréligion. Pendant ((ue tous les autres couraient en foule aux idoles de Jéroboam, le jeune Tobie, sans craindre de paraître singulier, et se glorifidnl mê ne

de l'être dans une si belle cause, allait lui

svul au temple m- Jérusalem, et se rendait par là digne de l'éloge que l'Ecrilurc a l'ait de sa fermeté et de sa constance : Deniqite cum irait omiics ad vilulos aureos, qitiis fecerat Jéroboam rex Israël. Itic .^olus prr<jebat ta Jeritsalemad lempluin Domini [Tob., II). \\nsi , quaiul tout (6 (|ui nous environne vivrai' dans l'oubli de Dieu et dans le mépris de sa loi, nous nous glorifierions, cotnine chrétiens, d'être les sincères observateurs de cette divine loi ; et par une singularité (juc le momie même malgré lui respecterait, nous noii> dislinguerions, et, s'il le fallait, nous nous séparerions de ces mondains qui eu sont les [ircvaricaleurs. Ni le nombre, ni la ([ualilé de leurs personnes, ne nous ébranleraient pas. Fussions-nous les seuls sur la terre, nous [)ersistrrioiis ilans celle résolution ; et la consolalion iuléiieui-e que nous aurions d'être de ceux (|iie Dieu se serait réservés, et (jui n'auraient point fléchi le genou devant Uaal, c'est-à-dire le témoignag.- que; nous rendrait notre conscience da\oir résisté au lorrentde l'idolàlrie du siècle, serait déjà poui- nous le précieux fruit de la victoire (jue noire foi aurait remportée sur le respect humain. \'oilà les heiireiis 'S dispositions où nous mellrait une liberté évaugélitiue.

D'où vient donc que nous n'y sommes pas, el qu'est-ce que ce respect humain qui nous arrête ? limidilé et pusillanimité. Nous craignons la censure du monde ; et par là nous avouons au monde que nous n'avons pas assez de force pour le mépriser, dans les conjonctures même où nous le jugeons |)lus méprisable : aveu qui devrait seul nous confondre. Nous craignons de passer pour des esprits faibles, et nous ne pensons pas que celle crainte esl elle-même une faiblesse, el la plus pitoyable faiblesse. Nous avons honte de nous déclarer, et nous ne voyons pas que celte honte, pour m'ex primer delà sorte, est elle-même bien plus honteuse que la déclaration qu'il faudrait faire. Car, qu'y a-t-il de plus honteux que la houle de paraîlre ce que l'on est et ce que l'on doit être'? Une parole, une raillerie nous trouble; et nous ne considérons pas de quoi ni par qui nous nous laissons troubler : de quoi, puisqu'il n'est rien de plus frivole que la raillerie, quand elle s'attaque à la véritable vertu : par qui, puisque c'est par des hommes vains, dont il nous doit peu importer d'être ou blâmés ou approuvés; des hommes dont souvent nous ne faisons nulle estime ; des hommes dont la légèreté nous esl connue aussi bien que l'impiélé; des hommes dont nous ne voudrions pas suivre les conseils, beaucoup moins recevoir la loi dans une seule affaire ; des hommes pour qui nous ne voudrions pas nous contraindre dans un seul de nos divertissements. Ce sont là uéiiimoins ceux pour (jui nous nous faisons violence, ceux que nous ménageons; ceux à qui, par le plus déplorable aveuglement, noui nous assujfilissous en ce ([ui touche le plus essentiel d ■ nos iu- Icrels, savoir, le salut cl la religion. Après

211 ORATEURS SACRES. KOURDALOUE. 212

cela, piquons-nous, je ne dis pas de grnn- clianle pour ceux qui nrécoulenl ici ( elle dcur d'âme, mais de sagesse et de solidité convient ailinirablcnient au lieu où je parle, d'esprit. Après cria, dations-nous d'avoir cl je suis certain qu'elle sera di- voire goûl). Irouvéla libertcensuivanlle parti du monde, c'est le discernement judicieux quelit le Non, non, mes frères, repri'nd sainl Cliry- prince de ces deux sortes de cliréliens, lorssoslomc, ce n'est point là qu'on la trouve : que, par un traitement aussi contraire à bien loin d'y parvenir par là, c'est par là leur attente qu'il fut c informe à leur méque nous tombons dans la plus basse servi- rite, il retint auprès de sa personne ceux tnde ; et l'un des plus visibles châtiments qui, méprisant les vues du monde, avaient que Dieu exerce déjà sur nous, quand nous témoigné un attachement inviolable pour voulons vivreen mondain^, c'est qu'au même leur religion, et renvoya les autres. Car il temps que nous pensons à secouer son joug, jugea, ajmite l'historien, qu'il ne devait rien qu'il appelle, et qu'il a bien sujet d'.!pj)elrr se promettre de ceux-ci, qu'ils pourraient un joug doux et aimable, il nous laisse bien lui être infidèbs, puis(|u'ils ra\aient prendre un autre joug mille fois plus humi- été à leur Dieu; et qu'il fallait tout craindre liant et plus pesant, qui est le joug du monde d'un homme dont la conscience et le devoir et des lois du monde. Caractère de servilu le n'étaient pas à l'épreuve d'un vain intérêt et dans le respect humain, et caractère de là- d'une considération humiine. cheté. Ah! mes chers auditeurs, profitons de Je dis lâcheté, et lâcheté odieuse. J'appar- celte maxime, et n'ayons pas la confusion tiens à Dieu par tous les litres les plus lé- d'être en cela moins religieux qu'un païen gitimes, et comme homme, formé de sa main, que le seul bon sens faisait raisonner. Sans enrichi de ses dons, racheté de son sang, hé- être impies ni hypocrites, soyons généreux vl rilier do sa gloire ; et comme chrétien, lié à sincères. Entre l'hypocrisie et l'impiété il y lui par le nœud le plus inviolable, et engagé a un parti honorable, c'est d'être chrétiens, par une profession solennelle aie servir: Soyons-le suis oslenlation; mais soyons-le mais au lieu de m'armer d'une sainte au- aussi de bonne foi, et faisons-nous Iionneur dace et de prendre sa cause en main, je l'a- de 1 être et de le paraître, bandonne, je le trahis! Lâcheté impardon- Souvenons-nous d<! lanl <le marlyrs, nos iiable : on ne peut pas même la supporter frères en Jésus-Christ et les membres de la dans ces âmes mercenaires que leur condl- même Eglise. Craignaient-ils la présence des tion et le besoin attachent au serviee des hommes ? S'étonnaient-ils d'un regard, d'une tjrands; et ce qui doit bien nous confondre, parole"? Queile image, mes chers auditeurs! c'est le zèle qu'ils l'ont paraître, et où ils quel reproche de notre lâcheté'? Us se précherchent tant à se signa'er, dès ((u'il s'agit sent lient devant les tyr.ins ; et à la face des de ces ni.iîlres mortels, dont ils allendenl tyrans, ils confessaient leur foi. Ils montaient une récompense humaine et une fortune pé- sur les écb :fiuds; el, sur les échafiuds, ils rissable. Lâcheté frappée de lanl d'analliè- céléliraieiit les grandeurs d- leur Dieu. Ls mes dans l'F.vangile. et qui doit èt''e si hau- \ersaieul leur sang; et de leur sang, ils siteu)ent ré|irou\ée au jugenicnlde Dieu, puis- gnaient la vérité. Av.iienl-ils d'autres enga- (]ue c'est là que le Fils de l'homme rougira gements que nous? fais,iiciit-ils profession de quicouqui' aura rougi de lui, déNa\ouera d'une autre loi que nous? le Dieu qu'ils ser- (juiconque l'aura désa\ oué. renoncera (jui- vaienl. qu'ils glorifiaient, pour (]ui ils sac>iconque l'aura renoncé : Qtii rriih icrit inr, fiaient, était-il plus leur Dieu que le nôerubesrnm et ei/o illum {Luc, IX). I.âcii lé Ire'?

que les pa'icns mêmes oui cond.iinnée d ins N'allon* pas si loin , el jugez-vous vousles chrélieus, ri sur quoi ils ont fait de si mêmes, in>truisrz-\ous vous-mêmes parvoti.sbelles et de si solides leçons. mêmes. Je parle dans une cour composée N'esl-ce pas le sentin:ent cju'en eut autre- d'hommes f mieux par leur bravoure et par Irefois ce s ig» empereur, père du grand leurs exploits militaires. Avoir une fois rer.onstantin ? Eusèbe nous l'apprend, et vous culé dans le péril, avoir une fois hésité, le savez : (|Uoique infidèle, quoique païen, c'est ce qu'ils regarderaient comme un tache il avait, et des officiers ilans si cour, et des ineîTaçable. A Dieu ne plaise que je leur rcsoldals chrétiens dans son armée. Il vot'Iut fus(\ le jusie éloge qui leur est dû. Eu coméfirouver leur foi, il les assembla lous de- ballant, en exposant leur vie pour le grand vaut lui, il leur parla en des termes pr0;ires et le glorieux monarque dont ils exécutent à les tenter; enfin il les obligea à se faire les ordres, el que le ciel a placé sur nos têronnaître el à s'expliquer. Comme il y en a tes pour nous commander, ils s'acquittent toujours en de lous les c iractères, je ne suis d'un devoir n.iturel. M lis du reste, par quelle pas .»iurpris que les iiii«, fermes pour Jésu^- contradiction marquons- nous tant de cons- Christ, aimassent mieux ris(iuer leur for- tance d'une part, et de l'autre tant de faitune que de démentir leur religion; et que blesse *? Pourquoi dans les choses de Dieu ded'antres, dominés p.ir le respect humain, venons-nous comme le roseau que le vent choisissent plutôt de dissiuiuler leur reli- agite, selon la figure <le notreEvangile? Pourgion que de hasarder leur fortune. Ain^i quoi en avons-nous toute l'instabilité, c'estilans le monde et dansle christianisme même, à-dire, pourquoi nous laissons-nous si aiséles choses de tout temps ont-elles été par- ment fléchir par la complaisance, abattre par lagces. ^lais ce qu'Ensèbe remartjue, et ce la crainte, cnlraîuer par la coutume, ébranq.ui doit être une inslruclion vive cl (ou- 1er par l'intérêt? El iiour m'en tenir à l'excin-

2i3 SECOND AVENT. SEliMO^( 111. SUU LK Ur.SPECT UUMAH. 213

pie que nous propose aujoiinrhui le Sau- çail avec laiit de zèle la scvénle de sa disci-

vcur du monde , que n'imilons-nnus Jean- pline. C'est que le respeci humain est une

B.ipliste?que n'apprenons-nous de lui (pielio tenlaliou qui arrête dans riioniine l'cITcl des

frruielé demande le service de notre Dieu et grâces les plus puissantes que Dieu emploie

loi srrvaliiin de sa loi?.lus(iue dans les fers, communément pour le porter au bien et

ce fiilèle niinislre confessa Jésus-Christ ; jus- pour le détourner du mal. Knlin c'est

fine d.ins la emir il lui rendit témoiiinage. que le respect humain est l'ohstade le

Voilà voire modèle : conserver au milieu de plus fatal à la conversion de l'homme mon-

1.1 cour celle généreuse Iherté des enfants de dain; celui qu'il surmonte le moins et au-

])ieu. à laquelle vous ét( s appelés , et qui ((uel l'expérience nous fait voir que noire

semtiie, àiniendre parler saint Paul, élre faiblesse est plus sujcUe à succomber. Ai-je

déjà un din de la gloire plulôl (lu'un effet eu raison de vous proposer ces quaire ar(i-

ile la aràee : In Ubntatrm (jluriœ /îlioium Dri clés couime les [ilus propres à faire impres-

(Rom. Vl!l); au milieu de la cour se déela- sion sur vos esprits? Quand je n'en apjMirle-

rer pour Jé-us-CbrisI, par une pratique rais point d'autre preuve que le seul usage

Ciinslanle, solde, éilillanle, de tout ce que du monde, ne suflirait-il p."s pour vous en

vous pieserit la religion : voilà ce que vous convainere'.'Kcoutez-moi, et n'oubliez jamais

prêche le divin précurseur. !''t qui peut vous de si salutaires instructions,

depossétler de cette liberté cbrétieniie? qui le Préférer Dieu à la créature, et quand il

doit? S'il faut être esclave , ce n'<st point s'agit, non pas dans la .spéculation , mais

l'esclave du moiîde , mais le \ rtire , ô mon dans la prati((ue , de faire comparaison (le

Dieu! 11 n'y a que vous, et que vous seul, l'un et de l'autre, quand ils se trou\ent l'un

dont noMspuissionsl'élre justement,! t quand et l'autre en compromis, foulerauv pieds la

nous le S'iunnes de tout ai. Ire, nous dégéné- créature jiour rendr-^ à Dieu l'honneur qui

roiis de celle bienheureuse adoption qui nous lui est dû, c'est sur quoi roule toute la reli-

niet au nombre de vos enfants, et qui nous gion, et c'est d'abord ce que renverse le re.s-

donne droit de vous appeler notre Père. Si pecl humain. Car pourquoi l'appelons-iuuts

donc nous savons avec humilité et avec pru- respect humain , sinon, dit l'Ange de l'école,

dence, mais avec force et avec constance, saint Thomas, parce qu'eu mille rencontres

nous maintenir dans la liberté que Jésus- il nous fait re-peeler la créaluie plus <iiie

Christ nousa acquise parsoM sang, le monde, Dieu? Dieu me l'ait connaître ses volontés,

tout perverti qu'il est, nous respectera. Si le il me fait intimer ses ordres; tuais l'homme

respect humain nous la fait perdre, le monde à qui je vcuv plaire, ou à qui je crains de

lui-même nous méprisera, car sa corruption déplaire, ne les a|i])r()uve pas; et nrni qui dois

et sa malignité ne vont pas encore jusqu'à alors décider, dans la seule vue de plaire ou

ne pas rendre justice à la piété, lorsqu'elle de ne pas déidaire à riiomiue, je deviens re-

marehe par des voies droites. Mais quand le belle A Dieu. J'ai donc en elTel plus de res-

nionde s'élèverait contre moi, je m'élèverais pect pour l'honune que pour Dieu; et (luoiiiue

contre lui el au-dessus de lui. Le Dieu que je sois convaincu de l'excellence de la sou-

je sers est un assez grand maître, pour nié- veraineté et de l'être de Dieu, c'est une cou-

rilcrqueje lui fasse un sacnlice du monde; vieli<m enidéecini n'empêche jias que réellc-

c'est un maître assez puissant pour que je meut et aeliicllemenlje ne prélère l'homme à

le serve, non pas au gré du monde, mais à Dieu. Or, dès là je n'ai plus de religion , ou

songré : or son gré est d'être servi par des je n'en ai plus que l'ombre et (jue l'appa-

âmes libres et indépi ndanies des faux juge- rence. Kl \oilà ce que Tertullien reprochait

menls et de la vaine estime des hommes, aux païens de Rome par ces paroles si éiier-

V'ous avez vu l'indignilé du respect humain ; giques el si digiu^s de lui , quand il leur di-

vojons-enle désordre :e'est la seconde partie, sait : Majuri forDiiiliiic C(csarcm vhservatis,

SECO>DE PARTIE. (/U(im ipsuiii (Je cœlo Jorcin, cl cilins opiid vvs

Vous ne l'avez apparenuiient jamais bien pcr onincs dcos, riuam prr itinim Casnris ge-

compris, chiéliens, cedésordre dont je parle; nium pcjirdtur [TerlulL); Jupiter est le Dieu

vous n'en avez jamais bien connu ni Icten 'ue que vous servez ; mais votre désordre, et de

ni les conséquenees ; mais je m'assure que quoi vous n'oseriez pas vous-uiêmes discon-

vousserez touchés de la simplecxposiliunque venir, c'est que vous considérez bien moins

j'en vais faire, el qu'elle suflira pour vous eu ce Jupiter régnant dans le ciel, que les puis-

doiinerune élernellehurrcur.Car ji' prétends sauces dont vous dépendez sur la terre, et

que dans l'ordre du salut, il n'est rien déplus que pareaivous on craint bien plus de s'alti-

pernieiiux, rien de plus damnable. rien de rer la disgrâce de César que d'offenser toutes

plus opposé à la loi de Dieu, ui de plus digue les divinités da Capitule, lleproehc u'iile fois

des vengeances de Dieu, que le res[)ecl hu- plus capable de confondre un clirétirn,(iuand

main. Pourquoi cela? redoublez, s'il vous il se l'applique à lui-mêuie, et dont il devrait

plaît, votre attention. C'< si que le respeci hu- être effrayé et conslerué. Ce|ien(la[il à com-

nuiiu détruit dans le cœur de l'homme le bien de chrétiens ce reproche pris à la lettre

fondement essentiel de toulftî la religion, qui no convient-il pas? et quel droit iraurais-jo

>st l'amour de préférence que nous devons à pas aujourd'hui de dire encore dans cet au-

Dieu. C'est que le respect humain fat tomber ditoirc • Majori fortindine Cwsnrcm obser-

l'homme dans des apostasies peut-être |)lus rad^.

condamnables que celles de ces apostats des Ciâce auSeigncur.qui, par uiu^ providence

premiers siècles, contre qui l'Ealise excr- parliculière, nousa donne un roi lidèlc et

OKATELRS SACHES. BOURDALOUE.

déclaré contre le liberlinage cl l'inipiélé , un roi qui sait honorer sa religion, et qui veut qu'elle soit honorée, un roi dont le premier zôle, en se laissant obéir et servir lui-même, est que Dieu soit servi et obéi 1 Mais si par un de ces cliûliments terribles, dont Dieu punit quelquefois les peuples, leciel nous avait fait naître sous la domination d'un prime moins religieux, combien verrions-nous de courtisans tels que les concevait Tertullien, qui ne balanceraient pas sur le parti ([u'ils auraient à prendre, et qui, sans hésiter et aux dépens de Dieu , rechercheraient la faveur de César : Majori fonnidine Cwsarem observai is.

Sans faire mille suppositions, combien en Toyons-nous dès maintenant disposés de la sorte, c'est-à-dire, non pas impies et scélérats, mais prêts à l'être s'il le fallait eue ; et si l'être en effet, était une marque qu'on exigeât de leur complaisance et de leur attachement , auraient-ils là-dessus quelque scrupule, ou écouteraient- ils leurs remords et leurs scrupules? La coueurrence de la créature et de Dieu les arrêterail-elle ? et, emportés par l'habitude où ils sont élevés de se conformer en tout aux inclinations du maître de qui ils dépendent , ne se feraientils pas un principe, s'il était libertin, de l'être avec lui , et s'il méprisait Dieu, de le mépriser comme lui ?

Ne remontons pas même jusqu'à celui qui, entre tous les autres maîtres, lient après Dieu le premier rang. A combien de puissances du monde inférieures et subalternes, si j'ose ainsi m'expriiuer,ce malheureux respect liumaiu n'o-t-il pas en possession de rendre, surtout à la cour, une espèce df culle? et ce cullc, qu'est-ce dans le fond qu'une idolâtrie raffinée, d'autant plus dangereuse, qu'elle est plus proportiunnéL- à nos mœurs ? puissances, ((uoique subalternes, à qui, sans l'apercevoir, ou est dé»oué beaucoup plus qu'à Dieu, dont on redoute l'indignatioii bcaiicou|) plus que celle de Dieu: par conséquent à qui l'on donne cette cuntinuelle mais criminelle préférence qui, dans le cœur de riioinme, élève la créature au-dessus de Dieu Or, il n'eu faut pas davantage pour détruire iDule la religion, et, selon la parole du prophète royal, pour l'anéantir jusque dans ses iondements : Exinanitc, exhinnile iisijue ad fundamcntuin inea{Ps. CXXX\"1).

Le désordre va encore plus loin, et, sans demeurer dans le cœur, il se déclare plus ouvertement. Car je dis que le respect humain fait tomber l'honmie dans des apostasies, non plus seulement intérieures et secrètes , mais qui tous les jours , à la honte du nom chrétien, ne sont ([ue trop éclatantes et que trop publique';. Qu'il me soit permis «le m'expli(iuer. Souvenez- vou^ des irrévérences que vous a fait conimeltrc tant de fois, en présence de cet autel, la crainle d'y passer ou pour hypocrites ou pour chréiiens. C'est l'autel du Dieu vivant , niais qui , bien mieux que celui dont [larle saint l'aul dans l'Aréopage, pourrait porter pour inscription , l'autel du Dieu incouuu : Ijuvto Dca [.Ut.,

XVII ) , ou , ce qui est cHcorc plus affreux , l'autel du Dieu déshonoré, du Dieu renonce. Le voilà cet autel qui demandera ▼! ngeauce contre vous. Celui que trouva saint l'aul dans Athènes, il eut la consolation dene le trouver que parmi des idolâtres ; et celui que je trouve ici , j'ai la douleur de le trouver dans le sein du christianisme. Saint Paul leur dit : '\^ous adorez le vrai Dieu, mais vous ne le connaissez pas -.Ignorantes co\itis{lbid.). VA moi je vous dis : Vous connaissez le vrai Dieu, mais vous ne l'adorez pas. Que dis-je? le vrai Dieu que vous connaissez, vous l'outragez , vous l'insultez. Ne pas connaître le vrai Dieu qu'on adore, c'est une ignorance en quelque sorte pardonnable ou du moins plus excusable; mais n'adorer pas le vrai Dieu qu'on connaît; non - seulement ne l'adorer pas, mais le connaître et l'outrager, mais le connaître et l'insulter, c'est un sacrilège, une profanation digne de tous ses ana- Ibèmes. Or, n'est-ce pas là que vous a portés tant de fois le re?pect humain? n'est-ce pas ainsi, pour parler avec l'ApcMre, qu'il a retenu votre religion dans l'injustice? n'esl-co pas ainsi qu'il vous a fait renoncer à Dieu et à son culte?

Car j'appelle renoncer à Dieu et à son culte, assister à l'auguste sacrifice de nos autels en courtisan et en mondain ; y assister avec des immodesties dont les plus infidèles mohométans ne seraient pas capables dans leurs mosquées ; y assister comme si l'on n'y croyait pas, en faire un terme d'assignation et de rendez - vous, en interrompre les sacrés mystères par des entretiens scandaleux. En tout cela je soutiens, avec saint Cyprien , qu'il y a au moins une apostasie d'action : In his omnibus qiiœdam aposlasia fidci est (Cypr.). A^oilà toutefois à quoi vous engage la vue du monde; je dis d'un certain monde impie dont le dérèglement et la licence vous tiennent lieu de règle. Peut-être en gémissez-vous , car il y en a parmi \ous qui ont do la religion; peut-être au mo-nent que vous vous laissez aller à ces impiétés, êtes-vous les premiers à les condamner, à les détester, à vous dire intérieurement à vous-mêmes, et malgré vous-mêmes, que par là vous vous rendez indignes du nom et de la qualité de chrétiens. Mais parce que le monde vous entraîne, et que vous voulez vous conformer aux usages du monJe, vous profanez avec le monde ce qu'il y a dans la religion de plus adorable et de plus divin. Apostasies, je l'ai dit et je le répète, qui, Cûiiiparéesà celles des premiers siècles, sont, dans un sens, plus criminelles et moins excusables. Appliquez-vous, et vous en allez êtr(ï convaincus.

Quand on nous parle de ces malheureux qui dans les persécutions oubliaient le serment de leur baptême, et renonçaient extérieurement à Jésus-Christ, nous en avons horreur; et quand on nous dit que l'Eglise, pour punir leur prévarication , les excommuniait, nous ne trouvons pas qu'elle usât contre eux d'une discipline trop rigoureuse : pourquoi? parce que leur iuQdéiilé, répou-

SECOND AVE.NT. SERMON 111. Sl'i; LE r.ESl'ECT HUMAIN.

dcnl les Pères, était un opprobre pour Jésus-Christ iiu'tne, dont il le fallait ven;;er. Ah! mes cliers auditeurs, faisons-nous juslice. Il est vrai, c<'S faibles el lâches chrétiens qui ,>-e pervertissaient à la vue des tourinenls.etqui feignaient de renoncer Jésus- Christ, loiiib.iient dans l'apostasie; mais leur apostasie méritait quelque compassion , et quand, touchés de rc"()enlir, ils venaient jiubliqurnienl rerounaîlre leur crime, et dire chacun ces paroles que s.iiul Cy prien leur mettait d.ins la bouche : Cnro me in colluc- Intioiie (Icscndt [Cypr.) : je suis un peillde, et je le confesse, mais c'est la ch;iir, el mm pas l'esprit, qui a succombé dans moi : Inftimita< vifccrum cessii, la délicatesse de mon corps n'a pu seconder l'ardeur de mon courage, el c'est ce qui m'a perdu. Quand ils s'accusaient de la sorte, les larmrs aux yeux et le re<;ret dans l'âme, je ne m'étonne pas que l'Eglise, par une condescendance nia- Icrneile, après les avoir éprouvés, leur accordât leur prâce malgré les maximes sévères des schismaliques de ces premiers temps. Mais aujourd'hui, quand nous renonçons à notre Dieu par notre libertinage et nos scandales, qu'avons-nous à dire pour notre défense? et quoi que nous disions, ne jjeut-on p;is nous répondre ce qu'ajoutait saint Cyprien en parlant aux apostats volontaires : Nec prostralKS est persecutionis iinpelu: sed voluntnrio Inpsu se ipse prostravit (Cijpr.). Car enfin, il ne sagii plus d'éviter les tourments ni la mort ; ce n'est plus qu'un respect humain qui nous gouverne, mais à quoi nous \ouli)iis bien nous livrer, et qui, par l'ascendant que nous lui donnons sur nous, nous fait paraître devant les hommes, et par conséquent être dcNaiit Dieu d s déserteurs de notre religion : In lus omnibus quœdain apostasia fidei est.

De là même qu'arrive-t-il ? c'est que le respecthumainnousrend inutiles lesgrâccsde Dieu les plus puissantes et les moyens de salut les plus efficaces. Voici ma pensée : on se sent des dispositions à une vie plus réglée et plus chrétienne , mais on n'a pas le courage de se déclarer; et par là ces dispositions demeurent sans effet. On forme des dé*irs et des projets de conversion, mais on craint les discours des hommes, et par là ces désirs avortent. On conçoit la nécessité de la pénitence, et l'on se résout à la faire; mais on ne veut pas que le monde s'en aperçoive; et parce qu'il laudrait pour la bien' faire qu'il s'en aperçût , on ne la fait jamais. On sort d'une prédication bien persu;idé , ni:iis on ne le veut pas paraître; et no le vouloir pas paraître, c'est dans la pratique ne l'être point du tout. On f.;it dans une maladie de sages refl.'xi(uis , on prend même pour l'avenir de saintes mesures; mais dans l'exécution on croit devoir se ménager à l'éganl du public, el par là l'on n'exécute rien. Cette maladie , celle prédication, ces résolutions, ces désirs, ce sont des grâces, soit intérieures, soit extérieures , à quoi, dans le cours ordinaire de la providence le saiut est atta-

ché; mais une fausse crainte uu monde en arrête toute la vertu.

N'est-ce pas là ce qui suspend dans les âmes les opérations divines, el dans les âmes les plus criminelles ? n'est-ce pas là l'obstacle le plus ordinaire à mille conversions, qui seraient, parexemp!e, lis fruits salutaires de la ))aiole de Dieu? Uu homme dit: si je m'engageune fois , que n'aurai-je pointa essuyer de la part de telles et de telles personnes ? Une femme dit : si je romps certains commerces dangereux pour moi.e! peu édifiants pour le prochain , quels raisonnemenls ne fera-t-on pas? On se donne à soi-même de vaines alarmes : si je change de conduite, que pensera-ton, et que dira-'.-on? Or avec cela, il n'y a point de si saintes entreprises qui n'é' houeiit , point de ferveur (]ui ne se démente, point de conlrilion, de confession qui ne soient infructueuses. On \oudiail bien que le monde fût plus éiiuitable, et <iu'il y eût même, selon le momie , de l'avantage à paraître converti cl à l'être, car on sait que c'est le parti le plus sûr cl l'on «^e liendrail heureux de l'embrasser : mais la loi lyrannique el impérieuse du respect humain s'y oppose; c'est assez : on aime mieux, en perdant son âme , suivre cette loi que de s'en affranchir eu se sauvant.

Jusqu'à la mort même, ne voyons -nous pas d( s hommes combattus de celle tentation du respect humain, y succomber . et s'en faire un dernier prétexte contre tout ce que leur prescrit alors la religion ? des hommes prêts à (luiUer la vie et sur le point d'aller subir le jugement de Dieu , encore esclaves du monde? des hommes assiégés , comme parle l'Ecriture, des périls de l'enfer, et loul occupés encore des jugements du nionde ; négligeant , rejetant mênie les derniers secours que l'Eglise leur présente; différant au moins à s'en servir , parce qu'ils ne veulent pas qu'on les croie si mal, parce qu'ils (omjitenl pour quelque chose de ne passer pas pour désespérés ; et résistant ainsi aux dernièrcsgrâcesdu Saini- Esfirit, parce qu'ils ne peuvent gagner sur eux-mêmes, en se séparant du monde, de mépriser et d'oublier le monde? N'en a-t-on pas ^u, qui le croirait? après avoir vécu sans foi cl sans loi, être assez insensés peiur couronner l'œuvre par un<' persévérance diabolique dans leur impiélé? vouloir mourir dans leur impénitence pour ne pas paraSiro faibles, el pour soutenir jusqu'au bout uiit> préteiiilue force d'esprit dont ils s'étaient follemenl cl peut-êlre faussement piqués ? à la vue d'une alTreusc éteruilé, agiles di s mouvcnienls d'une conscience chargée de crimes, ne pouvoir se défaire de cette nalheurense prévenlion : quelle idée aura-t-on de moi, si la crainte de la mort me fiit changer ? penser à ce que penseraient d'eux des libertins nulrefois confiilents et complices île leur liherlinage ; et, pour n'en pas perdre l'estime, s'endurcir aux remontrances les plus salutaires des ministres de Jésus-Christ qui les conjuraient de ne pas désespérer des boutés d'un Dieu, lequel, quoique offensé,

SI? ORATEl nS SACHES. COUUDALOL'E. 2^0

quoique irrité, était encore le Dieu de leur contre lequel Jésiis-CIii ist n'ait pror.or.cé ^ina-

sihit? N'en a-t-on pas vu, dis-j.e, mourir thème, quaivl il a dit : ïœ mitîulo it scnnilnlis

d" la sorte ? et si, par la miséricorde du ( .l/n;///., \\11[) : malheur au ii:onde à cnu'.c

Seifïneiir, les exeiii|iles en sont rares, en des scandales qui y lègncut. El il n'y a point

S'j t-l's moins louchants, <t nous fonl-ils de scandaleux , quVi qu'il soit , qui ne licuve

moins connaîte à (]iiclles cxlrémités conduit sa condamnation dans ces autres paro'es :

le respict humain? l'œ aulein liomini illi per quvm scandaUini

Ah Ichrélieiis je connais miinlcnant tonte vcnit ( /6((/.) 1 .Malheur à l'homme à qui le

la force et lout le sens de celle (>arolo <le scandale arrive. Or, qnoiiiu'il soit vr.ii que

'l'erluliien, quand il disail, pir un excès de la proposition du Fils de Dieu comprend lous

confiance, qu'il le: aii sou silul assuré s'il les scandales , en voici un, mes chers audi-

poiivait se promellre de ne pas rougir de son leurs , qu'il avail surtout en vue, et sur (]noi

Dieu : Snh'H<: sum, si non confuiidor de Do- je ne doute poin! qu'il n'.:il (;i\[ parliculièrc-

iiiinn mro ( Terhill. ). Il semhie d'abord qu'il ment lonsher la in.ilédit tion de cet analhèmc

réduirait lesalnl à hien peu de chose, puisque foudroyant : Vœ mundol C'est le scandale du

par là il se croyait quille de l<.u! ; c.ir qu'y respe t humain, je veux dire le scandale (|ue

a-l-il en apparence de plus facile qu.' de causent dans le moiuic ceux qui, par leurs

ne pas avoir honte de son Dieu ? faul-il pour discours ou par leur conduite , servent à y

cola une ijrande perfection , cl est-ce là entretenir le lesiiecl humain. Scandale d'au-

qu'aboulit toute la reli|îion d'un chictien ? tant plus criminel , (ju'il s'atlaqutf jiliis im-

Oui ? répond Terliillien, je le soutiens ; mon médialemenl à Uieu , et qu'il v.i jjIus dirc( te-

s lut esi en assurance si Je ne rouf^is pas de ment à la destruction de son culte : en voiià

mon Dieu: Snlviis sum. Cela seul me met la nalure. Scand. le d'autant |)Ius pernicieux.

à couvert des lenlations du monde les plus qu'il se répand avec plus de facilité, et qu'il

violentes, parce que cela seul nie rend vie- entraîne plus infaiHihiemenl les -âmes : en

t. r.eux du monde et de lout ce ([U'il y a dans \o:là le danjjer. Scandale qu'il \oiis est d';iu-

le monde de plus dangereux pour moi ; car tant plus ex[iressément et élroilemenl or-

si je ne rougis pas de mou Dieu, je ne rou- donnéde|>réveMircld'é\iter,çraiidsdu moiule,

gis pas de tant de devoirs tuimilianls selon que de votre part il de\ient heancoup plus

le monde, mais iiécessaiics au ïtilut selon la cont.igieiix et plus mortel : voilà, par rap-

loi de D eîi ; je ne roui^is pas de souffrir un port à vous, les obligations qui en naissent,

affront sans me venger; je ne rougis pas lîulin, scandjile que vous pouvez aisément

de pardonner une injure jusqu'à rendre le c-rriger <'n opposant , cmiime dit saint Chry-

bien pour le mal ; je ne rougis pas de pré- so>toiiie, le respect humain au respect hu-

vcnir même l'ennemi qui m'a outragé : Sal- n;ain, et en faisant de voire bon exemp'e un

vun sum, si t^on confundor dr Domino meo. pi éservalif contre le libertinage du s. ècle :

Si je ne rougis pas de mon Dieu, je ne rou- en voilà le remède. Encore un moine. .t d'al-

gis pas de le craindre, de l'honorer, de le tenlion et je iinis.

prier ; je no rougis pas d'élre respectueux Scandale spécialement injurieux à Dieu : <t humble devant lui, patient pour lui, mé- pourquoi? parce qu'il va spécialement à dépri-é comme lui. Si je ne rougis de mon iruire le culte de Dieu. En quoi consista le Dieu, je ne rougis pas de la pénitence, de péché des enfants d'Héli? ce péché que Dieu, tout ce qu'elle exige de moi pour me con- dans l'Ecriture exagère en des termes si forts, vertir à lui : S(dvHS sum, si non confundor cl dont il a , ce semble, affecté de nous dondf Domino mco. ner une horreur tonte particulière. Quel lut C'est ce qui sauva Madeleine ; si elle eût leur crime? Le Saint-Esprit nous le marque : écoulé le monde elle était perdue ; si elle c'est qu'ils scandalisaient le peuple : et coui- (ût cnnvulié la prudence humaine, il n'y ment? en rebutant ceux qui venaient ofl'rir avait point de salut pour idle : son bonheur an Seigneur leur sacrifice, et en les détourel le coup de sa prédc^linalion fut de ne point liant d" ce devoir de religion, au lieu de les rougir de son Dieu. Elle l'alla trouver dans y attirer : Eral ergo pcccalum pucrorum la maison du pharisien, et, ;iu milieu d'une (jiande niniis , quia rctrahehant lioniincs a snnonibreuse compagnie, prosternée aux pieds crificio Damini (I Ih'Q., 11). C'ét.iit , dit le de .lésus- Christ, elle les ari'osa de ses lar- texte sacré, un péché capital, un iiéclié trop mes, elle les essuya de ses cheveux; elle grand (lour mériter grâce, trop grand pour méprisa tous les mépris des hommes; cl être dissimulé et pardonné : Gronde nimis. [leii en peine de ce qu'on dirait, elle ne pensa El que l'ont autre chose ces liberlins qui railqii'à trouver grâce auprè; «ki son Sauveur, lent de la piété, qui décréiiilent la religion ; cl (kMant le seul maître à qui désormais devaiil qui l'on ne peut imjninément servir elle voulait plaire. Sans cela, le moment de Dieu , parce (ju'on .'C trouve toujours exposé sa conversion lui échappait . sans cela, le à leurs traits, parce qu'on est toujours tésein de la miséricorde divine lui était fermé. moin de leur vie , et ((ue leur vie dércg'ée est Pour y entrer, il f.ill.iit triompher de ce comme une censure |iulilii]iie delà vertu; respect humain dont je viens de \ons rcpré- qui, ^emblabls aux ph.irisii iis dont parlait Senter l'indignité et le désordre, et dont il le Sauveur du monde, disons mieux , (|ni , me reste à vous faire voir le scandale. C'est plus criminels encore que ces pharisiens, la troisième partie. puisiine les pharisiens gaid.iient au moins TROISIÈME PARTIE. ccrtaiiis dcliors, ferment à leurs frères le Il n'y a point de scandale dans le ;:!onUe royaume du liel; il, non ccintcnls de ny

2^1 SF.r.OND AVKM. SI liMO.N III. --II'. l.K lUSIT.f.T lllMAIN. K2

pas entrer eiiv-n'.t^inc< , voudraifiil on (lofi-n- me leur siiscilail aulrofois , n'en n-t-il pas (Ire aux aiiln's reiiUée ? Qu'il y ail ileux ou surréilé d'autres, d'n'.itarit jilus A craindre Iro^s mondains île ce ciraelère, surtout mon- qu'elles sont pins humaines; et d'auiant plus d lins a< crédités, il n'en faut jias davantage propres à causer la ruine des âmes , qu'on pour pervertir toute une cour et pour détour- ne pense pas même à s'en ptc^erver? J'ose ner du droit chi'min les âmes les mieux dis- dire , et j'en suis persuadé , qu'un mot (lUC poséi's à marcher dans la voie de Dieu. Or, vous prononcz, (lu'un rejjard que vous jelez vous savez avec quelle sévérité, et même qu'un mépris que vous léiuoii,Miez. qu'uu avec ()uel éclat Dieu punit ce scandale dans exemple que vous donnez, l'ail |)Uisd'impres- 1,1 pir>OMne d'Ophni et de Phiiiées. El je ne sien sur les conirs, cl corromiil de nos jours m'en étonne pas, Seiiincur, car il s'agissait plus de chrétiens, que tout ce quinveutaicnl du [)lus essentiel et du plus délicat de vos les tyrans pour e\ti'rmiuer le dirislianisme. inleréls: et le hK sser, c'était , pour parler On résistait aux tyrans , et le sang des luaravec un lie vos prophètes, vous blrsscr (lacs lyrs, par une nierveilh use récoiulilé, ne séria prum-llc de l'ceil. Ou'un particulier, dans vaitciu'à produire de nouveaux (l.lèles: mais un état, entreprît pa'r ses sollicitations de résiste-t-on à un rcspicl humain que vous corrompre la fidélité des peuples, il n'y a faites naître? et cette persécution à quoi vous point de supplice dont il ne fût digne , et l'on exp; sez la vertu, hien loin de l'alTcrmir , de ne trouverait point étrange qu'if lût sacrilié la miilliprer , de l'étendre , n'est-ce jias ce à loule la rigueur des lois. Il est donc juste, qui établit l'empire du péi hé, el ce quientrcô mon Dieu, qui> vous [ireniez vous même tient le règne du libertinage ? votre (anse en main ; et, si le monde veut at- Cir ([ue ne peut pidul cet atlrait n.iturel icn'er à vos droits, que vous les défendiez , que nous sentons à faire comme les autres? que vous lesvi'ngiez, en f.iisant ressentir que ne peul p.oint cette f.aisse émulation i]ui aux coupables les" plus rudes coups de votre nous porte à suivre les autres , et à imiter justice. surtout ceux qui réussissent dans le momie.

Scandale le plus contagieux el le plus el à qui le momie applaudit ? Si donc ils nous

prompt à se communiquer. Quel progrès ne tracent le iliemin du lice. s'ils nous y appel-

fait-il pis? il si l'on n'en arrête le cours , lent par leurs discours , s'ils nous y attirent

avec quelle rapidité n'empnrle-t-il p is h s par leurs exemples , s'ils exigent de nous

âmes faibles? trest ce (jui émut ce généreux celle condcscemlaïue ci iminellc M celle com-

Machabee , l'inv incible .M.ith.ilias , et ce qui plaisance mondaine, s'ils y attachent une

l'excila à faire une action que le Saint-Ks- gloire prélendue. s'ils en font dépendre leur

prit a canonisée et dont la mémoire sera estime, ou u:êmc leurs gr.ililications et leurs

élermlle. 11 vil un Isr.ielite v.iincu par l.i récouqienscs, combien celte tentation fera- 1-

crainte du monde , el sur le ]ioii;l d'.i<!orer elle d'apostats ! coinl)ien en a-t-el!e f.iil cl eu

publiquement l'ulcde : il le vit, et, touché fait-elle encore I Vous connaissez le monde,

d'un zèle de Dieu (lui se tourna en courroux, mes chers auditeurs , el vous le connaissez

il prévint, par un double sacrifice, celle im- mieux que moi; c'est à vous-mêmes et à vo-

l'iélé, immolant sur l'autel même de l'idole, tre propre ex|iêricnce que je vous renvoie,

non-seulement l Israélite impie, mais le Vous savez combien on le cr.:int , ce tyran

païen qui le forçait à l'être, et consacrant sa de la picié.et combien vous le craignez \ous-

< nlère par la mort de c s deux vielimes dont mêmes. Vous savez combien on cherche à

Dieu lii'i ordonna d'être le sacrifie iteur. D'où se le rendre fa^orable , et combien vous le

lui \int ce transport de zèle? de la douleur cherchez vous-mêmes. Vous savez quel

dont il fut saisi, el de la pensée qu'il eul que moyens on y emploie , el ((uels moyens

1 exemple de ci- sacrilège allait être suivi de vous y avez cmi loyés vous-mêmes. V'ous

mille autres; de la réflexion (ju'il fit que savez "ce qu'on lui sacrifie tous les jours, el

dans une pareille ronjonciure. le scandale ce que vous lui avez peut être sacrifié vous-

d un seul tidèrc el impuni, suffisait pour mêmes. Quoiqu'il en soit, n'est-ce pas de ci;

ébranler toute la nation. Le danger où lui scandale, comme l'a remarqué saint Ber-

parul le peuple de Dieu , à la vue des suites nard , que viennent presque lnus les maux

affreuses que devait avoir la lâcheté de ce dont l'Eglise des derniers temps est affligée ,

profanateur, voilà ce qui l'échauffa, ce qui et celle dissolution de mœurs que nous

l'anima, ne craignons point de dire, ce qui voyons, eldonl nous ne pouvons assez gémir?

l'cmporla, puisque d.ins l'Ecriture son em- De là naît pour les grands du monde, pour

porleinent est li' sujet même de son éloge. toutes les [lersonnes qui ont quelque auto-

.\h ! chrétiens, quelle leçon pour noiïsl rite el qui tiennent (luelque rang dans le

C'était dans un temps de persécution , que monde, l'obligation plus élroile cl plus indis-

les .Marbabèes ressentaient si vivement le pensable, d'être non - seulement sincères,

scandale du respect humain, et qu'ils en crai- maisexempl;iiresdans le cullcde Dieu el dans

gnaient tant les cnnsé luences ; mais ce temps l'exercice de leur religion , et c'est l'avis iin-

de perséculion est-il absolument pas-é [;our porlant que leur donne saint Augustin. Car,

nous? el malgré l'élat norissanl où nous dit ce Père, ce sont les grands qui doivent

voyons aujourd'hui la religion, pouvons- guérir cette faiblesse du respect humain d.iiis

nous, dit saint Augustin, nous flatter qu'il les petits : ce sont ceux que Dieu a éle\és,

n'y ait plus pour les serviteurs de Dieu qui doivenlauloriser celle sainte liberté avec

d'aussi dangereuses épreuves à soutenir ? A laquelle il veut êlre servi; ce sont ceux à

ces persécutions sanglantes que le pagauis- qui uuturellemcut on veut plaire, qui doi-

OriATEURS SACRES. BOURDALOUE.

vent tcmoijînprpnr leur coiiduile quejjitnais l'impiélé ni le vice ne leur plaira, ni.iis qu'au contraire la religion et la vertu leur plairont toujours. Comme le respect humain s'atlarhe à eux , et qu'ils en sont les objets , co sont eux qui doivent le délruire , où en sanctifier l'usage. Or, ils font l'un et l'aulre, et par leurs paroles et par leurs actions, quand ils parlent et qu'ils vivent en chrétiens , et tel est le remède du respect humain.

Ainsi le conçut ce vieillard vénérable, Eléazard, cet homme, parmi le peuple juif, également respectable et par son âge et par sa dignité; cet homme , selon la belle expression de saint Ambroise, plein de l'espril de l'Evangile avant l'Evangile même : Vir anie (empara evangelica evnngclicus (Ambr.). On lui demandait une seule chose pour le sauver de la mort , non pas qu'il mangeât de la chair défendue, mais au moins qu'il dissinnilât , et que seulement en apparence il consentît à en manger. Déguisement dont il eut liorreur , et par quelle raison ? c'est qu'il ne me convient pas, répondit-il, dans l'âge ou je suis, ni dans la place que j'occupe, d'user de détours et d<' cacher mes sentiments. Car que pensera, que fera une jeunesse ignorante et fiible, quand on apiirendra (jue la vertu d'Eli'.izar s'i'st déuicnlie, et qu'il a lui-même abandonné la loi de son Dieu? On se mesurera sur moi, on deviendra lâche comme nioi, infidèle comme moi, impie comme moi. Oii'eût on en eiïet pensé? qu'eût-on dit? et surt<Hit qu'eût-on l'ait à son exemple? Mais aussi quel puissant motif pour soutenir les âmes trmides et chancelantes , quand on le ^it, malgré le respect du monde , malgré les menaces et les lourmenis, garder au Seigneur la foi qu'il lui avait jurée, et donner pour lui sa vie !

lii'lle leçon pour vous , chrétiens ; pour v()us , dis-je, en particulier, à qui Dieu n'a f.iil part de son pouvoir que pour le faire servir à son culte. Que doit dire un père à ses enfants? ce (]ue disait le saint homme Tobie : Aiidiie Tf/o , filii mn , pnlrcm rcsinnn ; serrite Domino in teriinle [Tub., XIV); ei-outez-moi , mes chers enfants; je suis votre [>ère, et malheur à moi, si je ne vous laiss.iis pas pour héritage la crainte île voire l'eu. Servez le Seigneur, et servez-le en esprit cl en vérilé. Servez-le sans dissimnlalion, et pailoul où il s'agira de son culte, ne sojez jaiii.iis poliiiqui s ni mondains. C'est votre religion qui fait votre gloire : conservez-la, et ne la désiionorez pas. C'est elle qui vous doit sauver; gardez-vous de la seandaliser. Oue doit dire un maître, un chef lie famille, à ses domestiques? ce ((ue disait D iviil : ISon luibilahil in medio donius mcœ (jui fncil superbiam (/'.«. C); je ne veux point d'impies dans ma maison ; j'y veux des gens qui craignent Dieu, et qui m'obéissenl en obéissant à Dieu : ni blas[)hémaleur, ni parjure, ni débauché, ne me servira jamais. El qui donc? celui qui marche dans la voie droite d'une vie innocente et pure : Ambu- Inns in via immaculala , hic mihi ministrabnt LIbid ]. Que devons-nous faire chacun dans

l'élendue de notre condition, et selon noire état? tout ce qui dépend de nous pour affermir la religion dans l'esprit de ceux qua Dieu nous a soumis; autrement, nous nous rendons coupables devant Dieu du plus grand scandale. Pourquoi? parce que le scandale devant Dieu n'est jamais ni plus grand, ni plus punissable, que lorsqu'il vient de l.i même source d'où l'on devait attendre l'instruction et l'édifitalion.

J'ai la consolation , chrétiens , de parler à des auditeurs pour qui le respect humain n'a dû jamais être un scandale moins dangereux, ni un obstacle plus aisé à vaincre qu'il l'est aujourd'hui , parce que je prêche dans la cour d'un prince qui, plus zélé que jamais pour les iiilérêls de Dieu, donne du crédit à la religion, et combat le vice bien plus hautement et bien plus efficacement par son ex "mple , que je ne le puis faire moi-même par mon ministère. Ce que j'aurais à craindre pour vous, c'est que vous ne fussiez même exposés à un autre respect humain, et qu'au lieu que le respect humain faisait autrefois à la cour des libertins, il n'y fît maintenant des hypocrites. Ce que j'aurais à craindre, c'est que vous en fussiez ou que vous no parussiez chrétiens que par la seule considération du monde, ne servant Dieu que dans laviie<le l'homme, au lieu de servir Dieu dans l'homme, et de servir l'homme pour Dieu. Voilà l'etîet que pourrait avoir, contre ses propres intentions, la piété d'un roi fidèle à Dieu, et défenseur du culte de Dieu ; car de quoi n'abuse-t-on pas?

Mais outre que , dans celle crainte , je me consolerais encore de ce qu'au moins la religion aurait pris par là le dessus, que le libertinage serait réduit à se tenir caché , et que de deux maux , délivrés enfin du plus grand, nous n'aurions plus qu'à nous préserver du moindre ; outre que je me promettrais de vous, qu'en évitant un ccueil, vous apprendriez à ne pas donner dans un autre, et (|u'avec cette droite raison qui vous conduit, vous ne seriez pas assez aveugles pour faire de voire religion, de celte religion divine, une religion purement humaine; malgré la crainte même que j'aurais, ne laissons pas, vous dirais-je, mes chers auditeurs, de nous prévaloir de l'heureuse disposition des choses, et de ce que l'adorable Providence nous y fait trouver d'avantageux pour le christianisme el pour notre salut. (Juand le respect humain nous attache à nos devoirs, quoiqu'il ne soit par lui-même ni saint, ni louable, il n'est pas toujours inutile : c'est un soutien à notre faiblesse. Qu.iiid il nous engage à honorer Dieu, tout respect humain (juil est, nous ne devons pas absolument, ni en tout sens, y renoncer, mais le rectifier, mais le purifier, mais le perfectionner. De la créature , nous devons nous élever au (Créateur; et, par la comparaison de ce que nous serions prêts à faire pour l'homme , nous exciter à chercher uniquement Dieu et le royaume de 1/icu.

Or, suivant ces principes que la foi même autorise, bénissons-le, chrétiens, ce Dieu

SFXOND AVENT. SERMON IV. SOU \k SEVERITE EVANGEI.IQLE.

lout-piilssanl el tout misériconlicux, de nous avoir donné un maître qui ne porte pas en vain le titre de prolccltur de sa relijjion , puisqu'il ne tient qu'à nous, si nous voulons protiler de son zèle, qu'il soit encore le proleit<ur de la nôtre. Mettons au nombre des bienfaits, cl des plus signales bienlails que nous ayons reçus du ciel, de n'être pas nés dans un de ces siècles malheureux, où, si je puis parler de la sorte, l'impiété était à la mode ; et où, pour être approuvé du monde, il fallait être ennemi de Dieu. \dus suiloul qui m'écoutez, estimez-vous heureux de vivre dans un temps , sous un règne et au milieu d'une cour où l'on est au moins revenu do ces détestables maximes. Reconnaissons , vous et moi, que nous sommes inexcusables, si nous ne marchons pas tète levée dans la voie du salut ; et que tout autre respect lium.iin qui pourrait d'ailleurs nous retenir, doit céder à l'exemple prédumm.int d'un monarque auprès duqu<'I la vertu est eu fav ur, et qui la sait également honorer el praliiiuer. Ne disons ptiinl cooune ces infortunés Israélites dans leur ciplivité : Quonuiilo ciintnbiinus cnniicum Uomini in Icira aliéna [l'a. CXXX^'I)? cimimenl pourronsnous ciianter les canti(iues du Seigneur dans une terre étriingèrc? counnenl les chanleroiis-noiis jiu milieu de la cour et dans le monde'? Oui, dans le moiule même el au milieu de la cour nous les (hanterons. Autrefois la cour était celte Bahjlone,où les Iiiuanges de Dieu n'elaieni jamais entendues, où son nom était blasphémé : maiiilenaiil, si nous le voulons, il y sera béni; sa jjarole y sera écoutée cl goûtée; sa loi y sera respectée el observée. Nous avons pour cela le plus puissant secours ; et quel sujet de condamnaiion si nous ne nous en ser\ons pas !

Bealus, conclut le Sauveur du monde, qui nnn fuerit scandiilizaliis in me {Mnlth., XI) : Bienheureux celui (\u\ ne sera point scandalisé de moi. Il n'exceptait pas de celle béatitude ceux qui lialiilent dans les palais des rois; au contraire il parlait à eux , el, pour les convaincre qu'ils en étaient capables el qu'ils devaient y avoir part, il leur proposait Jean-Baplisie, qui dans la cour d'un roi, et d'un roi infidèle, avait lihremcnt confessé le Dieu qui l'envoyait. C/est le même Dieu qui m'envoie, mai? qui m'envoie dans la cour d'un roi chrélien. C'est l'Evangile de Jésus-Christ que j'y aTinonce. Puissiez-voiis le recevoir sans rougir, ;ifin que ce Dieu- Homme ne rougisse point lui-même de vous, mais qu'il vous reconnaisse devant son Père, el qu'il vous fasse entrer dans sa gloii-e, (jue je vous souhaite, etc.

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