SIG
prit d'orgueil, inrompntihîo avor riuiniilité de 1,1 |)(''tult'iice ; l'c-piil df iiiollcssi', essciiliellciiuMil oppose à l'.iuslérilé de l;i péiiitcnre ; je vous, pour ne \oiis rien dire aujourd'hui qui ne ïoil utile et pratique, vous apprendre à les surnioiilcr par le souvenir de la mort que nous relr.icc l'Eglise dans la eércinonie des reiKJres. C'est tout le dessein de ce discours, que je réduis à deux propositions. II faut, par une pénitence solidement humble, anéantir devant Dieu l'orgueil de nos esprits ; et c'est à quoi nous oblige la vue de ces cendres, qui sont pour noLis les marques et comme les symboles de la mort: ce sera le premier point. 11 faut par une |iénitenco généreusement au'-lère, sacrifier à Dieu la mollesse et la délicatesse de nos corps ; et ff'esl à quoi nous engage l'iinposilion de ces cendres, qui nous annoncent, ou plulôt qui nous font déjà sentir l'inévitable nécessité de la mort : ce sera le second point. Humiliation de l'esprit sous le joug de la pénilenre, morlifiralion de la chair dansl'cxercice de i.i pénitence : deux fruits du s.iint usage que nous devons faire de ces cendres consacrées par la bénédicliou des prêtres, et de la pi nsée de la mort que nous rappelle une cérémonie si touchante. Donnez - moi voire aliention.
PIIF.MIÈRE PARTIE. •
Comme il est de la foi que l'orgueil fut le premier péché de riioiiime, et '{d'il est encore la source ei le principe de tout péché ■.luiliam omnis pcccali siiperbia (Eccli. X), il ne faut pas s'étonner que le même orgueil soit un obstacle essentiel à la pénitence, établie de Dieu pour être le remède du péché. Je m'explique. Si l'homme, persévérant dans le bienheureux élat où Dieu l'avait créé, était demeuré dans les termes de celle humilité qui lui était comme naturelle, puisque l'humilité n'est rien autre chose que la parfaite connaissance de soi-même, quelque avantage ou de la nature ou de la grâce qu'il eût reçu , il n'aurait jamais couru lisciue d'en abuser au préjudice de ce qu'il devait à Dieu ; et si, dans l'instant que nous violons la loi de Dieu, nous faisions un retour sur nous-riiêiiie*, il nous .suffirait de nous connaîtie noiis-méaiCi p(!ur rentrer dans l'ordre, et pour nous nutlre, comme pécheurs, en disposition de satisfaire à Dieu. .Mais cet esprit de pénitt-nce et dt juslire qui nous porte à réparer les offenses de Dieu, se trouve combattu d.ins nous par uu autre esprit, qui est l'esprit d'orgueil ; it de même qu'en péchant nous nous léiollons contre ce souverain législaleur, nous avons, après le péché, une op[)osition secrète à lui en faire la ji:stc réparation qui lui est due.
Quel remède, chrétiens? celui méine que l'Kgiise nous propose dans la cérémonie de ce jour, en nous obligeant à nous souvenir di' ce que nous soniim s, afin de corriger notre vanité par noire vanité, comme parle saint Augustin. Car il faut faire de temps en temps reiiionter l'homme jusqu'à son origine, dit ce grand docteur; et, par la considération de sa faiblesse, de sa misère, de sou néant, le forcer malgré lui de renoncer aux pré-
somptueuses et vaines idées qu'il a de luimême, et qui, l'emiiêclianl de s'humilier, l'empêchenl di- se convertir. Or, c'est ce que fait la pensée de la mort. (Juand un homme sans qualité cl sans naissance , mais élevé néanmoins à une haute fortune, et comblé de biens et d'honneurs, vient à s'enorgueillir el à s'oublier, le moyen de réprimer son orgueil est de lui remettre devant les yeux l'obscurité el la bassesse de son extraction. Ne vous enllcz point, lui dit-on, on sait qui vous êtes, et d'où vous êtes venu. Cela seul est capable de le confondre et de lui inspirer des sentiments de modestie. Mais si de plus, par une vue anticipée de rav( nir, on lui marquait ce qui lui doit bientôt arriver; si l'on [louvail lui dire, et lui dire avec assurance : Prenez garde ; quelque grand que voussoyez, >ous êtes sur le point de voire ruine: une disgrâce dont vous êtes menacé, el que vous n'éviterez pas, va vous réduire à n'être plus que ce que vous étiez dans votre première condiliûu : si, dis je, on pouvait lui parler ainsi , en sorte qu'on lui fît connaître à luimême la vérité de ce qu'on lui annonce, (die vue sans <loute ferait encore sur lui une bien plus forte impression. Pénétré de cette pensée : « Il n'y a plus pour moi de ressource el je vais périr, « il serait doux et humain : il ne ferait plus voir dans sa conduite, ni arrogance ni Oerlé; celle enflure de cœur que lui causait la prospérité et l'élévation, s'abaisserait tout à coup : pourquoi ? parce qu'il n'envisagerait ()lus sa fortune, si je puis user de celte expression, que comme la hauteur du précipice où il v.i tomber: el qu'au lieu de s'éblouir de ce qu'il est, il gémirait sur ce qu'il va devenir.
Or, c'est justement, mes chers auditeurs, de celte double vue,el de ce que nous avons été, cl de ce(iuenous serons, que l'Eglise se sert aujourd'hui pour nous tenir devanl Dieu dans l'humilité et dans la soumission. L'homme , dit l'Eiriture, était dans '.'honneur et dans la gloire où Dieu l'avait élevé par la création; mais, au milieu de sa gloire, l'homme s'étail méconnu : //o?«o, cum in lionure csspI, non intelkxit {Ps. XLVIll). Cet oubli de luimême, par une suite nécessaire, l'avait porté jusiiu'à l'oubli, et même jus(iu'au mépris de D eu. Que fail l'Eglise'.' pour rétablir en nous ce respect do Dieu el celte crainte que nous perdons par le péi hé, et qui doit être le fondement de 1,1 péniienie, elle nous engage, ou plulôt elle nous oblige à concevoir du mépris pour I ous-méuics, en nous adressant ces paroles : Mcmcnto, homo, quia pulvis es, el in pulverein revrrtcris. Comme si elle nous disait : Pourquoi , homme mortel , vous attribuer sans raison une grandeur chimérique et imaginaire"? Souvenez-vousde ce que vous étiez il y a quelques années, quand Dieu, par sa loule-puissance, vous lira de la boue et du néant. Souveni z-vous de ce ([iie vous serez dans quelques années, (juand ce ()elit nombre de jours qui vous reste encore sera expiré Voilà lesdeux termes où il faut, malgré vous, que tout votre orgueil se borne. Raisonnez tant qu'il vous plaira sur ces deUK
5i!i ORATEL'RS SACRES. BOLT.DALOUE. î!2
principes, vous n'en lircrcz jamnis do con- Proviilciire, nousprôîcndcns nnuulistingu?r,
séquence, non-seulement qui m: voustiuniilie, et (|immious voulons l'aiio d.ins le monde cer-
maisqui ne vous rappelle à voire devoir lors- laines lii,Mires (jiii ne ■■ervenl qu'à ILiKer no-
que vous serez assez aveufrl»- el assez insensé Ire vanile ; que ces rangs (|ue n^us disputons
pour vous en écarter. Telle est, encore une avec(;inl de chaleur, ces droits que nous nous
fois, chrétiens, la salutaire el importante le- allrihuoiis , ces points d'honneur dont nous
çoii que fait l'Eglise, comme une mère sage nous entêtons, ces singularités que nous alli c-
4 tous ses enfants. Ir,ns, ces airs de dominalioii (jue nous nous
Mais examinons plus en détail la manière donnons, ces soumissionsqne nonsesigeons, dont elle y procède, el toutes les circonstan- ces hauteurs avec lesquelles nous en usons , ces de cette cérémonie des cendres qu'elle ces ménagemenis el ces égards (]ue noi:s observe en ce saint jour. Car il n'y en a pas dem.iiulous, sont autant d'u-urpations que une qui ne nou-î instruise cl qui n'aille di- fait notre orgueil , en nous l'icrsu-idant aussi rectenient à ces deux fins, de rabattre noire bien qu'au pharisien de l'Evangile (]i:e no;. s orgueil el de nous disposer ;\ la pénitence. ne sommes pas connue le reste des hommes : En eiîel, c'est pour rabattre noire orgueil erreur, doiil la criidre où nous réduit la qu'elle nous présente des cendres el qu'elle inorl nous détrompe bien par l'égalité où nous les fail mettre sur la tête. Pourtiuoi elle mel toutes les conditions : disons mieux, des cendres? parce que rien , dil saint Am- par leur eut. ère destruction. Car voyez, dit broise, ne doit mieux nous faire comprendre éloquenuncnl saint Augustin au livre de la ce que c'est que la morl el l'humiliation ex- lyalure et de la grâce, voyez si, dans les dé— îréme où nous réduil la morl, que la pous- bris des lonibeaux, vous distinguerez le pausière el la cendre. Oui, ces cendres que nous vre d'avec le riche, le roturier d'avec le norecevons prosternés aux pieds des ministres ble, le faible d'avec le fort. Voyez si les cendu Seigneur, ces ceiulres dont la bénédiction, dres des souverains el des nionarcjucs y sont selon la pensée de saint Grégoire de Nysse, dilTérenles de celles des sujets el des fsrlaves. est aujourd'hui comme le mystère, ou si vous Ah ! l'esclave el le roi ne sont là qu'une mcvonlez , comme le sarremenl de notre mor- me chose; cl ce fut la belle réponse <]ue (il lalité , cl par conséquent de notre humilité , un philosophe à un fameux conquéranl , si nous les considérons bien, ont quebiue lorsque, interrogé pourquoi il paraissait si chose de plus touchant que tous les raison- attentif à contempler des ossements de niorls ne.i.ents du monde pour nous hunolier en entassés les uns sur les autres : Je lâche, lui qualité <riromnu's, et pour nous l'aire pren- dil-il , seigneur, à discerner dans ce mélange dte, en (|ualilé de pécheurs, les senliuients le roi, votre père; je l'y cherche, mais en d'une parf ii!e conversion el d'un retour sin- vain, parce que ses cendres, confondues avec cère à Dieu. Car elles nous apprennent ce celles du peuple , n'y relienncnl plus nulle <iue nous voudrions penl-êire ne pas savoir, marque de distinction par où je puisse le rcet cequenoustâihons tous les jours à oublier, connaître. Paroles doni le plus fier des bonifiais mallieur à nous , si jamais nous lom- mes, (juoiiiue p.iïen, ne laissa pas de s'édibons , ou dans une ignorance si déplorable , fier, et qui reviennent à ce qu'on nous dit auou dans un oubli si funeste. juurd'hui : Mémento, homu, quia put vis es, et
Elles nous apprennent que toutes ces gran- in pulverem rcvcrtciis. denrs dont le monde se glorifie el dont lor- Elles nous apprennent que , malgré les gueil des hommes se ri'paît , que celle nais- vastes desseins que forme l'ambitieux de sance donl on se pi(|ue,que ce crédit donI on s'établir, de s'agrandir, de s'élever, de sellalle. que celle autorité donl on est si lier, croître toujours, sans dire jamais : c'est asqiieces succès donl un se vante, que ces biens sez ; la moil, par une triste destinée, le bordon! on s'applaudit, «lue ces dignités el ces nera bientôt à sis pieds de terre, c'est trop: ch.irges dont on se prévaut, que celle beauté, à une poignée de cendre; car voilà, mes chers celte valeur, cette répulation dont onesl idolâ- auditeurs, pour m'exprimer ainsi, jusqu'où Ire.quetoul cela, malgré nos préventions et Dieu nous pousse à sou tour : voilà à (juoi Hoserrenrs, n'es! que vanitéelquemensongc; aboutissent tous nos projets, toutes nos encar, (jue je m'approche du tombeau d'un (reprises, toutes nos prétentions, (ouïes nos grand de la terre et que j'en examine l'epi- intrigues, en un mot, toutes nos fiutunes et ta|dic, je n'y vois qu'éloges, (jne tilres spe- toutes nos gr.indenrs, lorS(;ne nos eorps, par ci( ux, que (jualilés avan(ageuses,qu'em|i!ois la dernière résolution qui s'en fait dans le honorables; tout cequ il a jamais été et tout tombeau, se raccourcissent, s'abrègent, presce qu'il a jamais fail y est élalé en ternies quejusiiu'à s'anéantir : £'cce fî'r totain llerpompeux et magnifiques : voilà ce qui paraît ctiles impicvit «rr!n»i.Ouelchangcmenl, disait au dehors ; mais qu'on me fasse l'ouverture un sage, quoi(|ue mondain, en voyant l'urne de C(^ tombeau el qu'il me soit permis de voir sépulcrale où étaient les ceiulres d'Hercule I cequ'il renlermo, je n'y trouve qu'un cadavre Cet Hercule, ce héios à qui la terre ne suflihideux, qu'un tas d'osseu'.enls infects et des- sait pas, est ici ramassé tout entier 1 à peine seehés, qu'un peu de cendres qui senihlenl se a-l-il de quoi remplir cette urne ! Héllexiou ianinurf)OUr me ilire à moi-même .'iî/cMKH/o, que l'Eglise nous fait faire aujourd'hui bien liomo,qiiia ptilvis es el in pulvereinrcvcrti'iis jilus sainlcmenl et bien plus eliicacement ,
Elles nous apprennent que nous soimiies ((uand elle nous dil : Mémento, huma, quia
donc bien injustes quand, à quelque prix jnilris es, el in pulverem rererteris.
«Vie ce soit, et souvent contre l'ordre de la Elles louis apprennent que, non siuîcmcnâ
f.AREMF.. SIT.MON II. SL'I\ L\ CEREMOME OES CENDRES.
la mort détruira ce ranlAino do grandeur p1 (îf fortune après lequel nous courons , mais iiue notre mémoire mèiue péiira ; qu'on ne parlera plus de nous, qu'on ne penvera plus à nous , qu'on se eousolrra de notre perle , (]uc quelques-uns s'en rejouiront, que nos [iroclu'S seront les premiers à nous oublier. (|ue ces amis, sur qui nous comptions, se lasseront bientôt de nous pleurer, que l'iiidilTércnce des uns, que rintjratitude des autres eiTacera dans peu de jours le souvenir des l)ons offices (lui' nous leur avons rendus, ri (]ue tout ce que nous aurons fait dniis une autre vue que Cille de Dieu, sera semblai)le à la poussière que le vent emporte; car ainsi le concevait Jol» : Mcmnrin veslni compambilur rincri (Jo6 ,XI1I). Ainsi Dieu le marquail-il lui-mêriie, (juaud il disait par la bouche d'Ezèchiel à ce roi impie : Duho te in cinerem ( t!;:erh., XXVIII ). Je te réduirai en poudre, el ces éclatantes actions dont tu le prometiais dans la mémoire des hommes une espèce d'innnortalité, s'évanouiront el se dissiperont comme la cendre Kn elTet , chrétiens, c'est le véritable symbole de cette fausse «gloire dont nous sommes si jaloux, puis()u'il est certain qu'elle a toutes les propriétés de la Ci'ndre , (ju'elle est vile connue la cendre , légère connue la cendre , stérile et inutile comme la cendre ; et que (]uand nous en aurions autant que notre vanité en peut demander, ce (lui ne sera jamais, on aurait toujours droit de nous dire : Mrmenlo, liomo, quia pnivis es, et in pulverem rer cri cris.
Enfin, elles nous apprennent que, quelque enraciné (]ue soil notre orgueil, il lu» tient qu'à nous de trouver dans nous notre humiliation :/{ nmiliiitio litn inwcilio tiii{j}Iicli..\ l); puisque celle partie de nous-mèaies dont nous sonniiessi occupés et si idolâtres, ce corps n'est ;; u fond (jue 11 pi us abject de II) us le ^êlres, qu'un sujet de corruplion, et, selon l'expression de Tertullien, qu'un peu de boue figurée en homme : Litnus titulo liominis incisus [l'erl.]. Or, est-il juste que la poussière el la boue s'enfle de ce qu'elle est ; el que, par la malice ilu péché, elle s'élève contre celui qui, l'animant de son esprit, l'a éle\ée par sa miséricorde au-dessus de ce qu'elle était? Quid sitperljit terra et cinis [Eccli., X) '? La morl que iioiis a\ons sans cesse devant les jeux, devail éiie sur tout cela pour nous une continuelle leçon ; mais parce qu'il arrive, connue l'a l'orl làen remarqué saint Cbrysoslome , que tous les hommes voient la mort, mais que peu ont le don de la comprendre : Mortrm omnes vident, pauci inlelligunt [Chrys.]; l'Eglise joint à celte vue de la morl l'usage des cenilres qu'i-lle nous présente, et qui , s inctifiées par les prières de ses niiitislns , oui une grâce spéciale pour faire entrer dans nos cœurs ces importanles vérités : Mémento, lioino , quia pulvis es , et in pulverem reverttris.
(Cependant vous me demandez pourquoi riiii nous met ces cendres sur la tète et sur le f.imt; autre mystère qu'il est aisé d'éclairtir et (lui doit encore édifier votre iiiété. On
nous met ces cendres sur la lèle qui est le siège (le la raison , pour nous faire enlendre, que l'oiijei le puis oriimaire de nos rèllexions el de nos consiiléralions pendant la \iedoit éli-e la morl et les suites de la morl. Or, c'est ce (lue l'on nous déclare, quand on nous dit : Meminlo, souvenez-vous-en, et ne l'oubliez jamais , parce qu'en elTel il nous servirait peu (l'être une fois convaincus (jue nous sommes mortels, si , par une forte pensée et par un fréiiuent souvenir, la ('(Uivietioii que iious en avons n'était pour nous une source ee sagesse , el ne proiluisail en nous celte (lisposiiioM d'humilité qui est déjà le commencement de la |)énilence.
Aussi est-ce le souvenir de la moil, qui, de loiit temps, a le plus retenu les hommes dans l'ordre, et les a mis, malgré les souièvemenis de leur orgueil, comme d:ins la nécessilé d'être humbles. De là \ient, dil saint .léiôme(et ce ne sera point là une digression, OUI elle digression n'aura rien d'ennuyeux et (le fatigant pour vous), de là vient que, parmi toutes les nations, non-seulement chrétiennes, mais païennes, le souvenir de la mcrl et même l'usage de la cendre a été une des principales circonstances des pomjies les plus solennelles et des cérémonies les plus .lugusles ; que les Grecs, au rapport de l'iei re Damien, après avoir couronné leurs empereurs , leur offraient un vase plein d'ossements et de cendres , pour les avertir (]ue la suprême dignité dont ils venaient d'être revèlus ne les exemptait pas de la mort ; que les R(jmaiiis dans leurs Iriomidies , faisaient marcher un héraut après le vaiiuiueur pour lui crier au milieu des applaudiS'-ements pu-, blics, qu'il était honnne et sujet à la mort ; que le grand prêtre, dans l'ancienne loi , se purifiait avec la cendre quand il devait entrer dans le sanctuaire; el <|ue, mainlenant encore, dans la cmisécralion des papes, on fait passer devant les yeux du nouveau ponliliî (luelqucs étoupes que le feu cimsume , pour lui faire entendre que la gloiie du monde passe de même , et que la tiare ne l'emiêche point d'être tributaire de la mort, comme si les honnues avaient eux-mêmes reconnu qu'à mesure que le monde ou que la l'rovidence les exalte, ils ont besoin d'un contre-poids qui les rabaisse, et que le plus puissant el le meilleur est le sou\eiiir de la mort. De là vient que les peuples les plus barbares , par un secret instinct de religion, se sont fait un devoir de conserver les cendres de leurs ancêtres. Ces cendres leur faisaient voir à ijuiii leur sort devait enfin se lenniner; et ce souvenir les rendaiX naturellement humbles dan» le même sens que notre âme, selon le langage de Tertullien, est naturellement ciirélienne. Ces cendres, s'ils se senlaient ou passionnés, ou préoccupés, leur suffisaient pour se dire à eiix-mênus : Mémento, homo : souviens-toi, homme, et humilie-toi ; souvienstoi, el modère-toi ; souviens-toi, etdètrompeloi. De là vient que Moïse, sortant de l'Egypte, au lieu d'empoiier les riches dépouilles des Egyptiens, comme les autres lîebreux dont il était le loiiducicur, se contenta d'eni-
Si"5 ORATEUliS SACnrS. K0LT.D\LOL'E. SU
porter les ccmlrcs du pntiiirclic Josiph ; ne ronsacice à la péni(oncc? C'esl co-nme s'il croyant pns poinoirmicux dompler ni niioii'i disait à Dieu : Oui, je veux, Sci^jucur, acsouiiict.iL' à l'eiiipire de Dieu c^'s c-^piits complir dès à prési ni, en esprit, ce que ^ous tiers el indociles , qu'en leur riKinlraiit les achèverez bientôt d'aecomplir réclliinent et cendres de ce grand lioinmo, dont ils se glo- en elTet. Vous avez résolu, pour la punition rifiaient d'être descendus. De là vient que les de mon péché, de me réduire un jour eu méineslsraé!ites,ayant abandonné Dieu dans cendres, et j'en viens faire dè^ aujourd'hui le déserl, et l'ayant irrité par une scanda- moi-même l'essai ; je préviens l'arrêt de leuse rébellion, lorsqu'en l'absence de Moï^e voire justice el je rexéculc déjà. Ces cenils adorèrent un veau d'or, ce sage législa- dres, dans l'onlre de vos divins décrets, leur, animé de zèle, prit le veau d'or, le doivent êlrc une partie de la satisfaction et brûla, le pulvérisa, cl les obligea d'en boire de lu vengeance que vous voulez tirer de 1.1 cendre, pour confondre leur idolâtrie , en moi ; commencez, sans attendre davantage , leur faisant voir la vanité de leur idole. De à vous sali^faire, Seigneur, et à vous venger, là vient enfin que quehjues princes chré- carme voilà cduvert de cendres ; il esl vrai tiens, par une pratique loute sainte, quoi- que ce ne sont pas encore les cendres de la (ju'elle n'ait las été du goût du monde, pour mort, mais au moins sont-ce les cendres de se former de la mort une idée plus vive, non la pénitence, qui est une PS|)èce de mort contents de la méditer, ont voulu se la ren- bien plus projire à vous fléthir et à vous dre sensible et palpable; el que les uns, pen- apaiser que la mort même. Apaisez-vous dant leur vie uiêuie, ont fait placer dans leur donc, ô mon Dieu 1 en voyant ces cenilres, pilais la bière destinée à leur sépulture ; les qui ne sont que les signes extérieurs de autres ont gardé parmi leurs n:eublcs les Ihumiliation et de la contriliou de mon âme, plus précieux, le crâne d'un mort, qui sem- et faites que la pénilence me rende auprès blailleur redire sans cesse : Mémento, humo, de vous ce bon office de prévenir dans moi (juin pulvis es, et in pidverem reverteits.F^\- l'eiïet de la mort, c'est-à-dire, de me souce lente dévotion pour les grands du monde, mettre \oIontairemenl et librement à volie qui, dans l'éclat de leur condition, éblouis justice adorable, avant que la mort m'y euv-méiues de la pompe qui les environiu' , soumette par cette inévitable nécessite, dont ne peuvent presque devenir humbles que par le souvenir, quoique amer, m'est si salula pensée et le souvenir de la mort. taire : Mémento, hoino, quia pulvis es, et in
Or. soil pour les grands, soit pour les pilils, piilverem reiertcris. quand une fois riiUMiilité a pris possession Voilà, chrétiens, les sentimenisqu'une âme d'un cœur, il Cil aisé d'y faire entrer la corn- vraiment touchée conçoit en ce jour aux poMciion et la pénitence. Pourcjuoi ? Non- piedsdesaulels, et il faut toujours reconnaître seulement parce que le grand obstacle de la que ce souvenir de la mort est un admirable pénilence esl levé , j'entends ce fond de moyen pour préparer à la pénitenee les péprésompiion et d'orgueil avec lequel nous cheurs les plus orgueilleux, fîn effet, nous naissons ; mais parce qu'à bien examiner les voyons que ce moyen, en cerlaines occachoses, l'humilité est en ellel la iiartie la .siuus ménagé avec prudence et avec vigueur, plus essentielle de la conversion du pécheur, a opéré des changements qui parurent Car du moment que je suis disposé à in'hu- comme des miracles de la grâce; et ne fut-ce miiier, dès là je le suis à m'acciiser, à me pas ainsi que saint Ambroise dompla, si condamner, à me punir moi-même; dès là j'ose me servir de ce terme, la fierié de ïliécje suis dans la vo'c de chercher Dieu, d'im- dose, el qu'après la sanglante journée de plorer la misérieorde de Dieu, de satisfaire Tliess ilonujue, il le rangea à l'ordre de la à la justice de Dieu, de me renieltre sous l'o- pénitence el de la ligourei'Se discipline qui béissiince de la loi de Dieu ; di>positic(ns les s'observait alors dans l'Eglise? Peut-éire, plus nécessaires à la pénitence chrétienne. lui dit-il, ô cm|)ereur! (car c'est la reii'.oni'-t voilà pourquoi l'Kglise, après -nous avoir traiicc qu'il lui fil, rapportée par Théodoret; f.iil considérer deux sortes de cendres, celle je n'y ajcnilerai rien et je n'en f.iis qu'une de noire origine : Mémento ijuin piiiiis es ; traduelion simple et lidèle), peul-êlre, ô émet celle de notre corruplion future: J^t in jtereur! celte souveraine puissance que piilverem reverteris ; la première, qui nous vous exercez dans le monde, eSI-elle couime .ipprend que nous ne sommes que néant, et un nuage épais qui obscurcit votre raison el la seconde, qui nous dit que nous sommes qui vous empéi lie d^' voir rénorinité de votre encore quelque chose de moins, ou plutôt peihé; mais, pourdissiper ce nuage, con^idéquelque chose de plus mauvais, puisque rez le conimcnrcment et la fin de toute votre nous ne sommes que péihe ; après , dJs-je, grandeur, c'est-à-dire, considérez celle cennous avoir mis devant les yeux celle double dre dont vous avez été formé , et où vous cendre, nous en impose une troisième qui se êtes prêt à retourner, el alors je me promets rapporte parfaitement à l'une et à l'autre, tout de votre religion. Avouez qu'assis sur savoir, la cendre de la pénitence. le trône, vous ne laissez [).is d'être homme.
Car, que fait le pécheur quand il reçoit un homme reniiili de misères el sujet à la
aujourd'hui, par les mains du piêlre,la cen- mort; avouez <iue ces hommes qui vous ré-
de (jui lui est présentée? Apprenez , mes vèreni et qui tremblent d vaut vous, so^il de
tiiers auditeurs, à vous aciiuitler en ciné- même n iture (]ue vous, < t [luiscjue vous êtes
liens de ce devoir chréiieii ; que fait le pé- moi tel el pécheur comme eux, pensez comme
chcur con^crli, quand il reçoit celle cciutre eux à vous liumilirr devant ce Dieu de ma-
517 CAREME. SERMON II. Slll L.\ CF.RLMONIE DES CE.NliRKS. 51»
jpsté, .luprès Jeiiui Miii,-. ne (lovez poiiiU'>.|)é- et cooprruil nox unihra mcilis (Ps. XiAW]. rer grâce, si vous ne vous liâicz dedéloiiiner M.iis leuversaiil les desseins di- Dieu, plus son eourioux p.ir votre piMiileneeel ]):ir vos nous paiiiissons liiiniiliés, moins nmis sonilarnies. Ces paroles éniurenl Tlieodose, il se mes liernbles; plus l'ombre de la mort nous prosterna aux picils de saint Aniliroise, il couvre, moins le souvenir de la mort nous pleura son crime, il le délesta, cl tout empe- convertit. Conihieu de elnélieus liypoeriies ; reur qu'il était, il en fil la pénitence la plus car, pourquoi c raindrais-je de les (lu.ilifier exemplaire et la plus édifiante ; piiur((noi ? de la sorte, lorsque je vois nue si niousparce qu'on lui lit connaître ce qu'il était cl Irueuse opposition entre ce qu'ils professenl ce qu'il devait être un jour : .WtHunïo, /(ci»((), au dehors el ce qu'ils cadieul dans l'âme? (/uiit piiliis es, et iu pidvercin l'everterh. Oi', combien de chrétiens, el peut-être de ceux si l'on en usait ainsi avec Unis les jjrands du qui m'écoutenl, ont reçu la cendre de la pésiècle (jui vivent dans le dérèglement des n:tenre avec des C(eurs pleins d'ambition, mœurs, et (lu'ou leur répétât souvent qu'ils avec des cuMirs ^ains, avec des cœurs durs doivent mourir ; (juc l'arrêt qui les y cnn- el iiicirconcis, avec des cœurs rebelles au damn(! est sans appel, que pendant (juils S.iint-Esprit ? Or, cela même n'est-ce pas abusent des biens de la vie cl qu'ils se lais- une hypocrisie grossière'? Combien de femsent emporter au torrent de leurs passions, mes mondaines et criminelles ont paru delà mort s'avance à grands pas; qu'elle n'aura vaut les autels pour y recevoir celte cendre, nul égard à tout ce faste qui les accompagne, m.iis y ont paru avec toutes les marques de mais que la dernière de toutes les humilia- leur vanité, avec tout l'étalage de leur luxe, lions, ((uiconsisteàdevenir poussière el cen- el, ce qui en est comme inséparable, avec dre,estlesi)itinfailliblequilesaltend, et qu'au toute renllure de leur orgueil '? Or, en de même tem|)s que la mort leur fera subir telles dispositions onl-elles eu l'esprit de la toute la rigU'Hir de sa loi, elle les conduira pénitence, cl n'ayant eu que l'exlèrieur do devant ce juge redoutable qui doit rendre à la pénitence sans en avoir l'esprit, ne sonlchacun selon ses (ruvres ; si ceux qui 1rs ap- elles pas du nombre des hypocrites que conprorhenl leur tenaient souvent ce langage, damne aujourd'hui le Fils de Dieu dans VKquelque endurcis dans le péché que nous vaiigile '.' (je sont néanmoins, me direz-vous, nous les figurions , ils penseraient à se con- des femmes réglées, et, du reste, hors la vavertir. Ce qui les entretienl dans l'impéni- nité ([ui les possède, irréprochables dans lence, c'est un profond oubli de celte grande leur conduile ; mais, chrétiens, jugerons-nous et incontestable vérité ; c'est qu'au lieu de toujours des choses selon les fausses idées leur parler de leur misère el de leur l'ai- du monde et jamais selon les pures niaxiblesse, on ne leur parle que de leur grau- mes de la loi de Dieu'? Appelez-\ous l'eindeur el de leur pouvoir ; c'est qu'au lieu de mes réglées celles (jui n'ont pour principe de les faire souxcnir de la mort, on les tlatte toutes leurs actions ijne l'amour d'elles-mêsans cesse d'une prètenilue immortalité de nus? Api>e!e/-vous lèmiucs ii rèproehaliles gloire; c'est qu'au lieu de leur dire (|u'ils celles iiui yoiidraieiil n'êireau monde que sont hommes, ou voudrait presque leur faire pour y être adorées el idolâtrées ? Appelezaceroire qu'ils sont des dieux. vous simple viinilé celle qui ixclul et qui Jlais il ne s'agit p;is seulemenl ici de la bannit d'une âme drux vertus les plus nécesconversion des grands; il s'agit, mes cliers saires au salut, savoir: l'Iiuinililéel la péuiauditeurs, de la \ôlrc el de la mienne, (lui lence? Terre, terre, disait le prophète, écoun'est peut-être ni moins dilficile, ni moins lez la vois du Seigneur : Terra, terra, aiidi éloignée; car pour être peu de chose dans le vocem ^uoi/ni; c'est-à-dire, pécheurs, qui, monde, on n'est pas exempt de la corruption formés de la terre, de\ez liicnlôl retourner de l'orgueil, el l'orgueil, dans une condition dans le sein de la terre ; vous cependant (lui médiocre, est encore, selon l'Ecritiire, plus oublirz ce que vous êtes, el qui vivez traiiré|irouvé de Dieu. Cependant, chrétiens, tel quilles dms l'étal de voire péché, ccouti z csl souvent noire caraitère, et voilà le dés- Dieu qui vous paile par ma bouelie el ne ordre aflreux qui doit être aujourd'hui le su- ii:éprisez pas sa voix. Pour faire de dignes jet de notie co'.ifusion. JIa!gré l'anéantisse- fruits de pénitence , huinilicz-vous sous sa ment où nous réduit la mort, malgré l'aveu toute-puissante main: Humiliumiiu suh pO' solennel (]ue nous en faisons dans la ceré- tenll munn Dri (1 l'elr., V) ; el que celle humonie des cendres, nous ne laissons pas miliition ne soit pas seulement extérieure et d'êlre pleins d'estime pour nous- mêmes, el, superîieielle, mais qu'elle pénètre jusque par une funeste conséquence, d'être cniclés, dans l'intérieur di; \osâmes; dérbirez vos d'être infatués, d'être enivrés de l'amour de co'urs et non point vos vêtements : Sciiidite nous-mêmes ; malgré le soin que preml l'Ii- corda vestra , et non vestimenla veslra glise de nous retracer el de nous imprimer (/oc/., Il) ; et ne ressemblez pas à celui que vivement ces vérités morlifiantes et tout en- le Sainl-lîsprit réprouve dans ces paroles : semble vivifiantes; mortifiantes selon l'hom- Est qui nequitcr se humiliât, et interiora ejus me, viviliantes selon Dieu: nous n'en soin- jilena sunl dolo (Eccli., \IX). Tel s'humilie mes ni plus moi ts à nous-mêmes, ni plus dé- en apparence, dtuil le cœur est rempli de lâchés de nous-inôiiU'S, Dieu, dit le pioplièie meiisoiiLie el d'ai tilice, tel prend la ceii.iic royal, nous humilie dans ce séjour d'alilic- de la |)éuilencc, qui, sous celte cendre el lion, en ni us couvrant de l'ombre de la sous un visage de pénitent, entretient un ormort : lluiniiiaiU nos in toco ufflicliouis , gueil de démon ; tel dit : J" 'i.is poudre el je
OP.ATEURS SACRES. BOl nUALOUE.
serai p()iiilrp,qui voudiMil, s'il étail possible, sélevor comme Lucifer au-dessus des cieus. Préservons-nous lierelte mulédiclion parl'liuiiiililé et la sincéritéde noire conversion ; c'est cequela voisdu Seigneurvous fait entendre, écoulez-la et respectcz-Ia : Terra, terra, (iiidi rocptn Domini. Mais elle vous dit encore quoulre le sacrifice de vos esprits par i'huniililé, la pénitence demande le sacrilice de vos corps par la mortification ; et j'ajoule que rien ne doit plus facililer ce second sacrifice que le souvenir de la mort et la vue des cendres; c'est la seconde partie.
SECONUE PARTIE.
C'est une illusion dont l'esprit du monde, cet esprit de mollesse, a voulu de tout temps se prévaloir, de croire que la pénitence soit une vertu |uircmoiit inlérieure et quelle n'( xerce son empire que sur les puissances spirituelles de notre âme; qu'elle se conletile de changer le cœur, qu'elle n'en veuille qu'a nos vices et à nos passions, et quelle puisse être solidement pratiquée sans que la chair s'en ressente, ni qu'il en coûte rien à cet homme extérieur et terresire qui fait une partie de nous-mêmes. Si cela était, dit saint Chrysostome, il faudrait retrancher de l'Ecriture des livres entiers, où l'Esprit de Dieu n confondu sur ce point la prudence charnelle par des témoignages aussi contraires à noire amour-propre, que la vérité est opposée à l'erreur; il faudrait dire que saint Paul ne l'entendait pas , et qu'il concevait mal la pénitence chrétienne, quand il cnscipnail qu'elle doit faire de nos corps des hosties vivantes : Exhibcn!i:< corpura veflra liosliam viveiUem (Rom., XII) ; quand il voulait «lue celte vertu même allât jusqu'au cruciliement de la chair : Qui sunt Cluifti, curfirm sitnm crucifixcnint cnm viliis et concupiscintiis {Gil/at., y): quand il reconunand.iit aux fidèles, ou plulôl quand il leur faisait une loi de porter sensiblement et réellement dans leurs corps la mortifica'ion de JéiUs-Christ : Scmptr mortifirationem Jesn in corpore vestro circuwfcrerites (Il Cor., I\ ). Enfin quand, pour leur donner l'exemple, il matait lui-même son corps et le réduisait en servitude, craignant, ajoutait-il, qu'après avoir prêché aux autres la pénitence et ne la pratiquant pas, il ne devînt un réprouvé : Cdsligo corpus meum, et in scrvitutem redigo, ve forte cum aliis prœdicaverim, ipse rcpro- (jus efficiar (I Cor., IX).
.Te sais que l'hérésie , avec sa prétendue réforme, n'a pu s'accommoder de ces prali ques extérieures, et qu'ajirés avor aneauli la pénitence dans ses parties les plus essentiel'cs, en lui olant et la confession et la <-oulrition même du péché, au moins ne les admeltant pas comme néces>airts, elle a eueore trouvé mojen de l'ailoucir, en rijela.'t connue inutiles les (Euvr<'s s.ilisf.icloi- «•e<, en abolissant le préceple du jeune, et «il irailaiitde faiblesses el de folies loutes les .luslérités d.'S saints; mais il sulfil que ce Miient les ennemis de l'Eglise qui en aient ju;,'é de la sorte, pour ne pas suivre l'aUrait j (■vnieii ux d'une doctrine aussi capable que
celle-là de séduire les âmes et de les corrompre. Non, chrétiens, de quelque manière que nous prenions la chose, il n'y a point de véritable pénitence sans la mortification du corps, et tandis que nos corps après le péché demeurent impunis, tandis qu'ils ne subiront pas les châtiments qu'un saint zèle de venger Dieu nous oblige à leur imposer, jamais nos cœurs ne seront bien convertis, ni jamais Dieu ne se tiendra pleinement salisfait. Depuis que le Sauveur du monde a fait pénilence pour nous aux dépens de sa chair adorable, il est impossible, dit saint Augustin, i|iie nous la fassions aulremenl nou-^nicmes ; il faut que nous accomplissions dans noire chair ce qui manque, jiar un admirablt! secret de la sagesse de Dieu, aux sali^fal■lions et aux sonfl'ranccs de noire divin Médiateur; piiisiiue c'est dans noire chair que le péché règne, cimme parle saint Paul, c'est dans noire chair ijui' doit régner la péniti uce; car elle doit légner partout où règne le péihé. Nos corps, par une malheun use contagion , et par l'intime liais<Mi qii iU ont avec nos âmes, deviennent les c implices du péché, servi'nt d'instrument au péché, sont souvent l'origine et la source du pC' hé, jusque-là que le même apôtre ne craint point de les appeler des corps de pêche : Corpus peceati [Rom., \l) ; comme si le péché était en effet incorporé dans nous, et que nos corps fussent par <'ux-mèmes dis substances de péché; expression dont abusaient autrefois les Manichéens: mais qtii ,dans le sens orthodoxe, ne signifie rien davantage que des corps sujels au péché, des corps par où subsiste le péché, des corps où habite le péché ; nos corps, dis-je, ont part au I^éidié, il est donc juste qu'ils participent à l'expiation cl à la réparation du pêche, qui se doit faire par la |)énitenre. Quoique la vertu et le niéiite de la pénitence soit dans la volonté, l'exercice et l'usage de la pénitence doit consister en partie tiaiis la mortification du corps, et quiconque raisonne autrement est dans l'erreur et s'égare. Voilà, mes chers auditeurs, la disposition où nous devons entrer aujourd'hui, si nous voulons priifiler de la grâce que Dieu nous offre pendant ce saint temps d'abstinence et de j une.
Or, à cette loi de pénitence ainsi établie, s'oppose une autre loi que nous portons dans nous-mêmes, el qui est l'amour déréglé de nos corps. Amour, concevez-en bien le progrès pour en éviter le désordre et la corruption; amour de tout ce qui nous paraît nécessaire, ou plulôl de tout ce qu'une aveugle cupidité nous représente comme nécessaire pour l'entretien de nos corps ; amour de loutes les commodités que nous recherchons a\ec tant de soin el qui flalleut nos corps ; amour des délices de l,i vie, qui, par leur superfluité et leur excès , affaiblissent souvent ou même delruisenl nos corps; amour des plaisirs défendus et des volupiés illicites qui souillent nos corps ; car ce sont là, confessons-le devant Dieu, chrétiens, et apprêtions ,;u moins à nous connaître par ce
vu
CAREME. SEUMON II. SLR LA CLTIEMOME DES CE.Nl'RES.
qu'il y a dansnousdculus (grossier, ce sonl là les tiérnarches d'une àiiie quise dérègle en se rendant eselave de son corps ; elle ne va pas d'abord au crime, mais sous ombre d'entretenir ce corps cl de pourvoira ses besoins, du nécessaire elle passe au commode, du commode au supcrilu , et du supcrilu au criminel ; au lieu , dit saint Grégoire, pape, que la pénitence qui a pour but d'a?sujellir et de mortifier le corps par une conduite toute contraire, nous t'ait d'al)ord renoncer au criminel que nous avouons iious-uiémcs criminel ; ensuite, à mesure que nous avançons dans ses voies, nous retranche le superflu que nous prétendions innocent; de là nous prive même du commode, dont nous avions cru ne pouvoir nous passer; enfin, nous ôte, niin pas le nécessaire, mais l'attacluMnent cl l'attention trop grande au nécessaire ; escelh-nle idée de la pénitence et de ses divers degrés. S'il y en a où notre f;iibiesse n'ose encore espérer d'atteindre, du moins ne les ignorons pas et désirons d'y parvenir; elle nous fait renouct>r au crimiu.'l. c'est-à-dire au'^ plaisirs impurs que la loi de Dieu nous défend, parce qu'il n'y a point de péché plus opposé à la sainteté de Dieu, ni plus incompatible avec son esprit, que l'impureté : \on permanrhil spirlliis meus in hoDiinc, quia caru rst {Gencs., VI). E:le nous reir.iiulie le supeilUi, c'est-à-dire, les délices de la vie, parce qu'il n'y a rien de plus difficile à accorder ensemble qu'une vie molle et l'innocence des mœurs, et que cette innocence, dit Job, ne se trouve point parmi ceux qui ne pensent qu'à satisfaire leurs sens : Non inrenitur in terra suaviler viren- ((Mm(Joft,XX^'llI).EIlenous prive ducouimorie, c'est-à-dire des aises de la vie, qui, quoique absolument permises ne laissent pas de fomenter la rébellion de la chair; cl elle nous ô'e même une trop grande alleulionau nécessaire, parce que c'est un |ioint de mor.ilc inconnu aux saints, de prétendre ne soufl'rir rien, ne se refuser rien, ne mani]uer de rien, et l'aire néanmoins pénilence. Mais ce que les saints ne comprenaient pas est devenu un des secrets de la dévotion du siècle ; car on peut dire que jamais siècle n'a parlé avec plus d'ostentation que le nôtre de la pénilence sévère, ni n'a porté plus loin dans la pratique 1d raffinement sur tout ce qui s'appelle vie douce ; ne s'avcugle-t-on pas même jus- (|u'à se faire un devoir de ménager son corps ? Ne va-l-on pas jusqu'à se persuad.r qu'on est nécessaire au monde, et que c'esl une raison supérieure pour se dispenser des lois les plus communes de la mortification chrétienne? Cependant, l'Apôtre l'a dit, et il est vrai : La pénitence, pour être parf.iile, doil s'étendre jusqu'à la haine de soi-même; et l'on ne peut bien réparer le péché qu'en crucifiant cette chair de péché qui est l'ennetiii de Dieu : Qui Clni'<ii sunt , carntm sunm crucipxeruHt ( Galat., V ).
Or, le moyen d'arriver là'? souvenonsniiu.'-. de la mort, et considérons les cendres (|u'un répand aujourd'hui sur nos têtes; c'est ai>sez : Mémento; occupons-nous de la pen-
sée qu'il faut mourir , cl rendons-nous l;i familière : Mémento : entrons, par de sérieuses et de solides réflexions, dans le mysière de ces cendres : Mémento ; et jamais l'esiirit de mollesse ne remportera sur l'esiirit de morlificaiioii.
Oui, chrétiens, le souvenir de I.i mort vous délacltera peu à peu, et presque malgré vous-mêmes , de l'amour de voire corps; comment cela '? en vous f.iisant coniiaîlre làdessus voire avengletnent et votre injustice: votre aveuirlement ; car dites-moi s'il en fut jamais un plus déplorable (]ue d'ididàlrer un corps qui n'est que [)Ousbière et que corruption, un corps destiné àservire de|)àture aux vers, eî (jui bientôt sera dans le tombeau l'horreur de toute la nature. Or, voilà le terme de tous les plaisirs des sens ; c'est là que se réiiuisenl toutes ces grâces extérieures de beauté, de santé, de teint, d enibonjioinl, qui vous font négliger les plus précieuses glaces du salut; c'esl là qu'elles vont aboutir : à un corps qui commence déjà à se détruire, et qui, après un certain nombre de jours, ne sera plus qu'un affreux cadavre donl on ne pourra pas même supporter la vue. Ah I mes chers auditeurs, quelle indignité qu'une âme chrétienne, capable de posséder Dieu, s'attache à un sujet si méprisable 1 vous surtout, mesdames, à qui je parle, el qui avez de la piété, ne devez-vous pas gcuiir pour (es personnes de votre sexe qui semblent n'élre sur la terre el n'avoir une âme que pour servir leur corps ? Combien eu voit-on, dans le christianisme, uniquement appliquées à le parer, à le nourrir, à l'embellir, à le plâtrer'? Combien en feraient, s'il leur était possible, l'idole du monde, et en font, sans y penser, une victime de l'enfer ? l'uis(iue ce corps est quelque chose de si vil et ili' si abject, n'eslon pas bien plus sensé de le mépriser, de le dompter, de l'assujettir, et de lui faire porter le joug de la pénilence '? pour peu que nous consultions el la raison et la foi, ne doit-on pas rougir de se rendre si attentif à étudier ses goûts, de s'asseoir à ses appétits, el de lui donner honteusement tout ce qu'il demande, et souvent plus qu'il ne demande?
Mais d'ailleurs, quelle injustice dans cet amour immodéré de notre corps, si nous envisageons la mort? Prenez garde à ces trois pensées : Quelle injustice envers Dieu, ce Dieu éternel, d'aimer plus que lui un corps sujet à la pourriture, el de l'aimer, comme dit s.iint Paul, jusqu'à s'en faire une divinité? Quelle injustice envers noire âme, cette âme immortelle, de lui préférer un corps qui doil mourir, et , tout immortelle qu'elle est, d'abandonner sa félieilé et sa gloire aux sales désirs d'une chair corruptible? Quelle injustice envers ce cor[is même de l'exposer, pour des voluptés passagères, à des souffrances qui ne finiront jamais, et de lui faire acheter un moment de plaisir par une élernilé de supplices? .\h I mes frères, s'écrie sainl Chiysoslome, faisant une supposition qui vous surprendra, mais qui n'a rien dans le fond que de chré-
OriATtiURS SACfî] s UOrUPALOl'E.
(ion et de soliilo : si le corps d'un rôii^ouvé, iiiiiintenant enseveli dans le sein do la terre mais pour être un jour ensoveli dans l'enfer, pouvait, aujuf;einont de Dieu, s'élever cdiilicson âme et l'acouser, quel reproohe n'aurail-il pas à lui faire sur la truelio indulgence dont elle a ii^é à son égard ? et si cotte âme, qui s'est perdue parce qu'elle a trop aimé son corps, pouvait, au monienl que je parle, revenir du lieu de son lourinonl pour voir ce corps d.uis le tombeau, quels rcpioch 'S ne se ferait-elle pas à elle-même du ( riminel altachoinonl qu'elle a ou pour lui '.' Disons tnicux, que ne se reprocheraient-ils pas l'un à l'autre, si Dieu venait j, les confronter"? Permettez-moi de pousser cette (Igure, qui, toute irrégulière et tout outrée (lu'elle peut paraître, vous fera plus vivement sentir la vérité que je vous prêche. Ame inri<lèle, dirait l'un, doviez-vous nie trahir de la sorte? fallait-il, pniir me rendre un moment heureux, me précipiter avec vous dans l'abîme d'une étoinelle damnalion"? fallait-il avoir pour moi une si funeste condescendance "? fallait-il déférer lâehement à mes inclinations? ne les devicz-vous pas ré()rimer? ne deviez-vous pas prendre l'ascendant sur moi? que ne m'avez-vous condamné aux salutaires rigueurs de la pénitence? pourquoi ne m'avez-vous pas foicé à vivre selon les règles que Dieu vous obligeait à nie prescrire? n'était-ce pas pinir cela qu'il m'avait soumis à vous ? M.iis, corps lobelle et sensuel, répondrait l'àme : à qui dois-jc imputer ma perle qu'à loi-même? je ne le connaissais pas; je me laissais séduire à tes charmes, parce que je ne pensais ni à ce que tu avais été, ni à ce que tu devais être; si j'avais toujours eu en vue l'affreux état où la mort devait le réduire, je n'aurais eu pour toi que du mépris ; et, dans la société qui nous unissait, je ne t'aurais regardé que comme le compagnon dénies misères, ou plutôt comme le complice de mes crimes, obligé par-là même à en partager avec moi les châtiments et les peines.
En effet, chrétiens, c'est do tout lemps ce qui a produit dans les âmes bien converties,non-seulenicnlce mépris héroïque, mais cotte sainte haine de leur corps ; c'est ce qui a lant de fois opéré dans le christianisme des miracles de conversion. Il n'en fallut pas davantage à un François de Borgia pour le déterminer à quitter le monde. La vue du cadavre d'une reine et d'une impératrice, <;uil eut ordre de faire solennellement inhumer, et qu'il ne reconnut presque |dus, lorsqu'il fallut allcster que c'était elle-même, tant elle lui parut huleuso et défigurée, ce sp('cla(le acheva de le persuader; il ne put soir cette beauté, qui' la mort, par un changement si soudain et si prodigieux, avait détruite, sans former la résolution de mourir lui-même à toutes les vanités du siècle; l'image de la mort, en frappant ses jeux, fit naître dans son conir tous les senlimenls de la pénitence, t^lar pourquoi, sedit-il à lui-même, else sont dit comme lui les saints, pouruuoi traiter molle lient un corps condamné à
la mort? Qaand on a prononcé l'.irrét à un criininct, on ne se met plus en peine de le bien nourrir ; s'il faut encore le soutenir pendant quelques heures, on se contente d3 lui donner le nécessaire, et l'on ne pon<e à lui conserver la vie que pour lui faire mieux sentir les douleurs de la mort. Or, telle est la condition de nos corps : ce sont des criminels que la justice divine a condamnés; l'arrêt en est porté, et l'on ne dilTor^! l'exécution (|uo de quelques jours ; mais ce sera bientôt : il ne s'agit donc plus de leur procurer d s doiicours et de les flatter; il s'agit do les irainlenir dans l'ordre de celle justice rigoureuse à lacjuelle Dieu les a livrés ; il s'agit de leur faire déjà goûter la 11101 1 par la pratique d>> la pénitence, afin de les préserver de cette seconde et dernière nioit, bien plus terrible que la première, pui-qiie c'est une mort éternelle : ainsi raisonne un pécheur pénitent: Memenlo, homo, quia pulvis es, et In pulvercm reverleris.
Mais cette haine de son corps est encore bien plus vive, quand il vient à pénétrer dans le mystère des cendres que l'Eglise lui présente; quand, remontant plus haut, et jiis(iu'aux sources mêmes de sa religion, il cherche l'origine d'une si sainte pratique , et (lu'il pense que ces cendres, qui , dan-, lune et dans l'autre loi, ont toujours été le symbole de la pénitence, n'étaient pas un symbole ville, ni une pure cérémonie; quand il se représente les austérités et les macérations dont elles devaient être accomp ignées, suivant les règles de l'ancienne discipline ; (]uand, instruit par les prophèles, il apprci'd que le ciliée et le jeûne, dans l'observance commune des fidèles , étaient inséparables de la cendre : Accingere cilicin, et conapergcre cincre , filia populi mei (Jcrem., VI); quand il remarque dans h s conciles avec quelle sévérité l'on condamnait à des œuvres pénibles et labor'euscs ces sortes de pénitents que TcrtuUien appelait : Cunrilinti et concinernti [Tertull.) , couverts do cendres, (luoiquc déjà réconciliés. Car enfin, doit dire aujourd'hui dans l'amertume de son âme un homme louché de la vue de ses désordres et de l'esprit de componction , ces pénitents de la primitive Eglise n'étaient pas plus chargés de crimes, ni plus coupables que je le suis , et ces cendres qu'on leur imposait ne devaient pas être pour eux un engagement plus étroit à la pénitence qu'elles le doivent être pour moi; il serait donc bi 'U étrange que j'en fisse un usage tout différent, et que celte cérémonie ayant été à leur égard un exercice de moitificalion, et de la plus réelle, de la plus dure mortification, elle n'en fût pour moi que l'apparence et que l'ombre; il serait bien indigne, après avoir reçu ces cendres, de penser encore aux divertissements et aux joirs profanes du monde, et, comme parlait un solitaire, de chercher jusque dans la cendre de la pénitence les délices de la vie.
Car, quoique nous ne soyons plus à ces premiers siècles où les pécheurs achelaicat si cliT la crâcc de leur absolution et de leur
CAliEME. SERMON III. SIR -.'i COMMLMOX
rrcoiuilia(ii)n, nous n'en devons pas liioiiis salisfairo à Dieu. I,'F.^llse n pu nilourir Ips ])eiiirs qu'elle avait onlonnéi's pour eli.inuc espè<'c lie [)étlK', mais elle n'a rien relâché (les peines preseriles par le droit divin ; et Dieu lui-inèiiie nous assure (]u'il ne s'en relàeiiera jamais qu'en fa\eur delà pénileiiee. 11 l'aul donc (]uc ce soit la i)énitence qui m'aciluille auprès de lui ; et. coniinc il s'a- |;il de son intérêt, qiii, maintenant ou après la mort doit être pleinement réparé, il faut qiie je prenne le hou j.iarli el que, par la |>éuilonce de celle vie, je m'épargni' la i>enilence de l'autre ; il faut (jucn m'imposant des peines volontaires, qu'en n.e {irivaiit de certains plaisirs, même permis, qu'en me faisant quelques violences, qu'en me réduisant à une vie plus exacte et plus réglée, et qu'unissant enfin ma péniti née à la pénitence de Jésus-Cliri;.!, je prévienne les affreux cliàliinents que Dieu réserve à ceux qui refusent de se punir eux-mêmes. Ali 1 mon Dieu, que votre miséricorde est adorable, de nous en quitter à ce pris, de vouloir bien accepter l'un en échange di! l'autre, et de nous remettre ainsi, pour «ne péuilence temporelle, une [lénitence éternelle!
Prenons, mes chers auditeurs, des sentiments si raisonnables; ce sont ceux que nous doit iiis()irer la cérémonie des cendres. Si nous entrons dans ce carême bien pénétrés de ces vérités, le jeiJne ne sera plus un joug Iropp', sant pour nous, comme il l'est pour les chrétiens lâches; beaucoup moins un sujet de scandale et de péché, comme il l'est pour les libertins ; nous l'enlrepiendrons avec joie , nous le continuerons avec ferveur, et nous l'achèverons avec constance. Heureux de nous trouver engagés par un précepte à ce (jui nous est d'ailleuis si utile et si nécessaire, nous ne ferons point tant les délicats; mais, po.ir peu que nous soyons disposes à nous f.iire justice, nous avouerons que si le jeûne nous paraît impossible, crtie impossibilité prétendue n'est qu'un pur défaut de noire volonté ; nous ne raisonnerons point tant sur noire santé ni sur notre tempérament , inai'^ nous nous souviendrons que nous sommes enlanls de l'Fglise, el pécheurs di'V.mt Dieu ; eiif.inis de l'Eglise, et par conséquent que nous devons lui obéir; pécheurs devant Dieu, et p ir conséquent que nous devons l'apaiver. (]ar c'est là de quoi nous rendrons compte à Dieu, dit saint Bernard , ou de quoi nous devons nous rendre compte à nous-mêmes , avant plus d'égard à notre état et à noire profession qu'à nos forces et à noire complexiun : Xonde conijilexione judicandum, scd de professiune (Rcrn.); nous ne nous prévaudrons point, pour rcmipre le jeûne, d'une indisposition légère , puisque, suivant cette règle, la loi du Jeûne deviendrait une loi chimérique, el qu'il n'y aurait plus personne dans le christianisme qui n'en fût exempt ; nous uc craindrons pas même, en l'observant, de nous incommoder, puisqu'il est vrai que si le jeûne ne nous intuaimoJ-iil en rien, il ne sérail plus ce qn'ii
doit êlrc : niius ne demaiulorons plus de fausses dispenses, persuadés qu'on ne trompe point Dieu , et que toutes les dispenses des liommc's ne sont rien si elles ne sont reçues et autorisées de Dieu, lîien loin de nous |)'aiiidre que l'iigii^,.^ ,.,, cialiliss.inl le jeûne (In caiêiiie, ou, ciuiniie il est plus vraisemblable, en nous le p.o|)osanl el nous l'expli- (|u.!nt, ait trop exigé de nous, nous serons surpris qu'elle nous ail tant ménagés, et nous aurons honic (jue ce soit notre lâchelé qui l'ait en quelque sorte réduite à nou-i traiter avec tant d'iniiulgenee. Ce n'est pas assez : et, après avoir rempli ce que l'Eglise nous ordonne dans le command<nienl du jeûne, nous ne croirons pas pour cela avoir satisfait au précepte naturel de la pénitence; nous ferons état ((ue ce (ju'elle a réglé ne nous exemple pas de ce qu'elle a du reste abandonné à notre piuilcnce el à noire zèle ; et c'est ainsi (jue la pensée de la morl el la vue des cendres servira à humilier nolie orgueil, à niorlifier iMlrc délicatesse, el que riiiimililé nous conduira à la vraie gbtire, et la pénitence au souverain bonheur, que je vous souhaite, etc.