CAREME. SERMON IV. SUR L'AU.\.O.NE
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flii pour iir,ii;!-nii(Iir il poiirarrroîlro nn forliiiiel Ali 1 \lirflirii>i , V'iii l'ccuoil ri la pierre de «.caiul.ilo pour lotis Ir.s rirhcs «lu siècle; ce désir do s'agrandir, de s'élc\cr, de parviiiir à loul sans jamais borner ses vues cl sans jamais dire : c'est assiz. M.iis enfin ix« désir csl-il criminel? car il l'aul parler e\artemenl el dans la rigueur de lorole. Hé bien! j'y consens, parlons dans la riçiucur de lécÔ!e, elle me sera avanlageu<e, el je ne crains poiiil qu'elle alT,iil)li>se la ^enlé iiue je \ous jirinlu'. Je ne dis rien de ceu\ nui. re\èlus des bénéfices cl di s dignités de l'Iîgiise, voudraient employer lo superflu «les revenus ecilésiasliques a se faire une forluiie et à se distinguer dans le moîide ; ils saveiil mieux. <liie niui quels anatlièines l'Kglisc a fulminés conlre ce desordre; ils savent que le relàebemeiil de la morale n'a point encore élc jusqu'à favoriser là-Jessus en aucune sorte leur ambition et leur convoitise; ils savent avec quelle sévérité les Ihéologiens b'S moins viroils et les plus indulgents ont raisonne sur l'emploi de ce superllu qui, même iudi'pendamaient des pauvres, n'appartient point aux riches bénéfK iers ; et ils n'ignorent [)as que toiit usage profane qu'ils en font est, de l'aveu de tons les docteurs et incontestableineiit un sacrilège. Que si vous me dcniandiez à quoi leur sert donc celte mulliplicilé «le liéiiéljces (ju'ils recliercheiit avec lanl d ar- <leur et qu'ils poursuivent avec tant d'eiiiprefsemeiit, puisiiu'elle n;' fiil qu'augmenter le poids de leurs obligations, sans leur pouvoir être de nul avantage par rapport à ces fins humaines d'accruissemeiil el d'élévation ; c'est sur quoi je n'aurais garde ici de m'élendre, et j'aimerais mieux m'en rapporter à leur conscience que de faire une censure de leur conduite dont vous seriez peu édifiés, et dont peut-être ils seraient encjie moins touchés. Ainsi revenons au point el à la question générale.
Est-ce un désir injuste et criminel que de vouloir agrandir son élat'?Non, chrétiens, il ne l'est pas toujours, ou, si vous voulez, il ne l'est pas en soi. Jlais prenez bien garde aux conditions requises afin qu'il ne le soit pas. et vovez si de tous les dé-irs que l'on peut former, il y en a un plus dangereux et coinraunéaient plus pernicieux. Je veux qu'il vous soit p<'rmis d'agrandir votre état ; mais comment ■? Selon les lois de votre religion. Par exemple, qu'il vous soit permis d'acheter celle charge, si vous avez le mérite nécessaire pour l'exercer, si vous êtes capable d'y glorifier Dieu, si c'est pour l'utilité publique; car pourquoi vous élèveriez-vous aux dépens du public cl de Dieu même? Or, combien de riches néanmoins voyons-nous tous les jours ainsi s'élever? 11 éîail d- l'intérêt de Dieu que cet homme qui n'a ni conscience,ni probité, n'eût jamais le pouvoir el l'autcrité entre les mains; et toutefois, parce qu'il était riche, il a su monter aiii preniieis rangs et parvenir à tout. L'ignorance el l'incapaciléde celui-ci devait l'exclure de toutes affaires el de tonte administration ; mais parce qu'il était opulent, sa présomption la
OniTEuas ficr.F.s. XIW
porlé à vouloir èl; e a<sis sur les tribunaux de la justice pour dérider et pour jugi'r. C,i'prndant si l'un el l'autre ne se fut point mis en tète d'a;;ranilir son elal, ils auraient eu l'un et l'aiilre du superfiu. el c'est de ce superflu qu'ils auraient accomidi le précepte de l'auniône. Mais cette morale nous ioiuiuirait trop loin.
Je veux, chrétiens, qu'il vous soit permi? d'agrandir votre elal, pourvu (]ue vous vous conteniez d.ins les termes d'une modestie raisonnable el sage, cl que ce désir n'aille pas jusqu'à l'inllni. l'ourquoi? Non-seulement i)arce qu'il n'est rien de plus opposé à l'esprit du cbristianisirie que de vouloir toujours s'élever, el que cela seul, dit saint Bernard, est un crime devant Dieu; mais parce qu'il s'en suivrait de là que le conimamleinenl de lauiiiône ne serait plus qu'un commandement riiimcriqiic et en spéculalioii. Car il c-t évident «lue les riches ayant droit alors, coiniiip il- l'auraienl, d'épargner tout, de ménager tout, de retenir tout, Il n'y aurait plus de superflu dans le monde ; et qu'ainsi le précepte de l'aumône ne serait plus que l'ombre d'une ancienne loi (]ui obligeait nos pères, tandis que la simplicité du siècle bornait leurs vues et les !i\ lit à un étal, mais qui dans la suite aurait |)erd'j toute sa force depuis que la se ience du inoiulc nous a inspiré de plus hautes ide. s et appris à bâtir de grandes fortunes. Or. diles-nioi, mes cliers auditeurs, si ctt'e conséquence est soulenable?
Je veux qu'il \ous soit permis d'agrandir votre étal, pourvu qu'en iiième temps vos aumônes grossissent à proportion etfjue vous po-icz pour priicipe qu'elles font une partie, et une partie cssenlu'llc de votre élat. Mais ce que je veux surtout, retenez bien celle maxime, c'est qu'il ne vous soit point permis d'agranilir \otre état qu'après ([ue \ous aurez pourvu aux nécessités des pauvres, et qu'autant que les necessiiés des pauvres pourront s'accorder avec cette nouvelle grandeur, lîsl-il rien de plus ju^te? Quoi, mon frère, vons travaillerez par de continuelles cl de longues épargnes à vous élablir et à vous pousser dans le monde pendant que les pauvres sourfriront! au liiu de les soulager, vous n'aurez point d'autre soin que d'amasser el d'aciiuerir, cl vous insulterez, pour ainsi parler, à leur misère, en leur iaisaiu voir dans votre élévation l'éclat et la pomp'qui vous environnent! .Non, mon Dieu.direzvous, si vous êtes chrétien, il n'en ira pas de même; je s lis trop à quoi m'engage la charité (jyc je dois à mon proch lin. 11 n'est pas nécessaire que je sois plus riche, m plus grand, mais il est nécessaire que vos pauvres subsistent. .Mon premier devoir sera dopc i.î les secourir; et, tandis que je les verrai dai.s l'indigence, je ne reg irderai le superH;! de mes bieus que comme un dépôt que vous m'avez confié pour eux. Voilà comnicnl vous parlerez ; et si la nécessité des pauvres devenait extrême, non-seulement vous y emploieriez le superflu, mais le nécessaire même da votre état. Pourquoi? Parce que vous devez
(L'onze.]
OHAHXlîS SACIIF.S. BOUP.DALOrE.
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aimor volio prochain préd^iahlcmnnl à volro élal ; cl s'il f.iul raballrc iiuol(|u(- cIidsc de volro élal pour conserver votre frère, r'csl à quoi vous devez consenlirel vous souincUrc, alin (lue votre frère ne périsse pas. Ainsi s'enspignc toute l'école.
Et quand je dis néccssilc extrême du proc!iain,je n'cnti'uds pas seulement nélc^silc extrême par rapport à la vie, j'entends né cessilc cxirêmo par rapport aux biens, à l'honneur, à la liberté. Je m'expli(iuc. Vous savez que ce inallicurcux doit linguir des années entières dans une prison si l'on ne. eonlribuc à sa délivrance; vous savez que cette jeune per.^onnc va se perdre si l'on no s'empresse de l'aider ; c'est du nécessaire môme de votre élat que leur doit venir ce secours. Par quelle raison? Parce que ce sont là des nécessités extrêmes. Telle est ma pensée; et ce que je pense n'est point ce qui s'appelle morale sévère, puisque c'est la morale même de c;ux qu'on aie plus soupçonnés et accusés de relâchement.
Mil cliréliens, qu'il y a d(! vérités dont on n'est pas encore pjrsuadé dans le christianisie.c 1 Je vois bien, reprend saint Augustin d ms scï commentaires sur le psaume Ircnlchuilième (et j'avoue, mes fières, que voici le seul prétexte qui serait capable de m'arrêter, et (lue j'aurais peine à comballre si ce saint docteur ne l'avait lui-même détruit) , je vois (0 que vous m'allez opposer. Vous diles que vous avez une famille et des enfants à pourvoir : d'où vous concluez que vous pouvez donc garder votre superflu : Video quid diclurits es ; plti^ scrrio {Auf/tisL). Mais je vous réponds, ajouie ce Père, que sous une apparence de piéiê, celle parole n'esl qu'une vainc f xcuse de votre iniquité : Scd luvc vox pietalif, cxcusalio est ini(iuilatls (.li(f/!j.s<.) Non, chrétiens, ce prélexle, tout spécieux (lu'il es(, ne vous justifiera jamais devant Dieu. Soit que vous ajcz des enfants à élablir ou lion, du moment que vous avez du superflu, vous le devez aux pauvres, sidon les règles de la charité; cartes règles sont faites |ioiir vous, et elles n'ont rien d'iticompalible av( c vos autres devoirs. Nous devez pourvoir vos enfanis, mais vous ne devez pas oublier les membres de Jé^usCInist. Si Dieu vous avait chargés d'une plus nombreuse famille, vous sauriez bien pa'lager vos soins paternels ei.tre tous les su;els dont elle serait composée. Or, regardi z ce pauvre comme un enfant de surcrdil dans votre maison. Excellente pratique, d'adopter les pauvres qui vous représentent Jésus-r.liiisi, cl de les mettre au nombre de vos enfants 1
Mais enfin, ajoutez-vous, les temps sont mauvais, cliicun soufl're; et n'est-il pas alors delà prudenceiiepenseràl'aven retdegarder .son revenu? C'est ce que la prudence vous ilicle, mais une prudence réprouvée, une lirudence charnelle et ennemie de Dieu. Tout le monde souffre et est incommodé, j'en conviens; mais, après tout, si j'en jugeais par les apparences, peut-être aurais-je peine à en convenir; car jamais le faste, jamais le luxe fut-il plus grand ('U'il l'est aujourd'hui ?
FA qui sait si ce n'esl point pour cc!a que Dieu nous châtie, Dieu, (lis-je, Cjui, selon l'!",crilure, a en horreur le pauvre superbe? Mais, encore une fois, je le veux, les leuips sont mauvais; et que concluez-vous de là? Si tout le monde soulTre, les pauvres no souffrent-ils point? cl si les souiTr.inces des pauvres se trouvent jusque ch "Z les riches, à quoi doivent être réduits les pauvres mêmes? Or, à (]ui est-ce d'assister ceux (|ui souffrent plus, si ce n'est pas à ceux qui sonfi'ieiit moins? Est-ce donc bien raisonner de dire que vous avez d.oil de retenir vo!re superflu parce que les temps sonl mauvais, puisque c'est justement pour cela même i\<:c vo)is ne le pouvez retenir sans crime et ijue vous êtes dans une obligation j arliculière de le donner?
Celle nior.'ile veus étonne cl vous paraît n'aller à rien moins qu'à la damnation do tous les riches. 11 me suTil de vous répondre, avec le cliae.(c!icr Gerson, (;uo ce n'est point cette morale qui damne les riches, tuais <\uii ce sont les rii lies qui se damnent pour ne, vouloir pas suivre celte morale. Aussi le Fils (le Dit u n'altribuc point la rcprobalion du mauvais riche de l'Evangile a une autre cause. De conclure que tous les riches fonl damnés, c'est mal penser de son prochain, c'est vouloir entrer dans les conseils de Dieu et juger des autres avec témérilé et avec malignité. Faisons notre devoir, mes frères, dit saint Augustin, et il ne nous arrivera jamais de lirer de pareilles conséquences. Ou'""* nous serons charitables et miséricordieux, nous trouverons qu'il y en a d'autres qui le sont aussi bien que nous et qui le sonl plus que nous. Quoi qu'il en soit, mon cher auditeur, n'abusez poinl du superflu de vos biens; et puisque Dieu vous le demande pour servie à votre salut, ne le faites pas sen ir à volic perle éternelle. Souvenez-vous qu'il le faudra laisser un jour ce supcriîu, et qu'après vous ct:e rendu odieux d ms le monde en le réservant, après vous être attiré la haine de Dieu, vous le (]uiltercz à la mort; au lieu (]u'en le consacrant à la charité vous le ménagez pour le ciel. Souvenez-vous que rien même n'engagera [dus Dieu à verser sur vous ses bénédictions l ■niporclles qu'un saint usage de vos biens en faveur des pauvres. La parole de Jésus-Chrisl y est expresse : Donnez et vou-, recevrez. Achevons. Précepte de l'aumône, matière de l'aumône, c'est de quoi je voi;s ai parlé. En voici l'ordre, et c'est le sujet de la dernière partie.