‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 29 sur 132 · CAUEME. SEUMON V. SLU LI-S TENTATIONS. r · texte numérisé non relu

CAUEME. SEUMON V. SLU LI-S TENTATIONS. r

siirloiil, coiiiiuo Jo-us-C.Iirist, pnr la niorli- pioleiidiait-il ou Ii>s ('cniniulciail-il à Dieu ?

ticatioii (le la chair; ce sera la sei'oitde par- Par lilrc do jusiicc? Ce ne scraiinl plus (l<'s

lie; toutes deux reiil'ermeiil de solides in- jiràces, ce ne seraieiil plus des dons de Dieu,

struclious. si Dieu les lui devail. l'.ir lilre de (idclilé ?

ruKMii':iîE PAUTIE. l)i( u ne les lui a jamais pronils<'S. Par lilrc;

Dans quelque ohligalion que nous puis- de miséricorde ? il y met, par sa présoiiip-

sioiis être, el iiue noussujoiis en elïel d'e\- lion, un obglacle volonlaiie, il se rend abso-

poser quclquelois noire vie, c'i si une vérilé lumenl indigne des miséricordes divines. Le

inconleslable, l'ondée sur la preniière loi de la »oilà donc, (andis (lu'il demeure dans cel

cli.'irilc que nous nous devons à nous-mêmes, élat el qu'il y veul demeurer, sans ressourco

(jutl ne nous esl jamais permis d'exposer de la part de Dieu l'I privé de lous sesdroils

noire salul ; or, il est évident que nous à la grâce; j'entends , à celle grâce dont parle

l'exposons, el (lar consé(iueul que nous pé- sainl Augustin , el ()u'il apiielle \ i( lorietisc ,

(fions aul.iul de Cuis que nous nous eiiga- parce (|ue c'est p.ir el!e (jue U!jus IriomplioiiS

geons témérairement dans la leiitalion ; je de la lenlation.

m'explique. 11 n'y a personne (jui n'ait, et Je dis plus : non-seulement l'Iionimc ne

en soi-même et hors de soi-même, des sour- peut p:ésun;cr alors que Dieu lui donner,!

ces de lentalions qui lui sont propres; en soi- cetie grâce \ iclorieuse, mais il doit même

même, des |>assions et des habitudes ; hors s'asj-urer qi:e Dieu ne la lui donnera pas.

de soi-même, des objets el dos occasions Pourquoi? Parce (|ue Didi lui-u:ême s'en esl

«!ont il a persounelbincnl à se dêf'endre , et ainsi e\pli(iué, et qu'il n'y a (joinl de vérilé

qui sont, par rapjiort à lui. des principes de plus claireii:enl marquée dans l'Kcrilure,

I éché; car, on peut très-bi( n ilirt; de la tenla- que celle-ci , savoir : i|uc Dieu , pour punir lion ce que saint l'aul dis.iit de la grâce, que la tén érilé du pécheur, l'abandtmne et le comme il y a une diveisilé de gi'âces et din- livre à la corruption de ses désirs. El ne me •.pirations qui toutes procèdent du même dilcs [loinl que Dieu esl liiléle, el ([ue la lidéesjirit de sainteté, el dont Dieu.ciui opère en lité de Dieu, se'on sainl Paul, consiste à n« nousse sert, <iuoiquedilïéremmenl.[iour nous pis [lermetlre (jue nous soyons jamais lenconvertir cl pour nous sauver, aussi il y a lés au-dessus de nos forces. Dieu est fidèle, une iliversilé de tenlalions que le même j'<n conviens ; mais (O snai deux choses bien esprit d'ini(iui!é nous suscite pour nous cor- dilTérenles, de ne pas pernietlre que nous rompre cl pour nous jierdre. Nous savons soyons lentes au-dessus de no^ forces, (t d;; assez quel esl le faible par où il nous alla- nous donner les forces (ju'il nous plaît, <;ue plus cooimunemcnl ; et, pour p<'U d'al- «luand iiolis nous < ngageons nous-uièmcs leution (|ue nous ayons sur notre conduite, dans la tentation. |/un n'est point une connous distinguons sans peine non-seulement séquence de l'autre, el, sans préjudice de sa i.i lenlation (|ui [uédoni ne en nous, mais les lidéiilé. Dieu peul bien nous refuser ce que circonstances qui nous 1,1 rendent plus dan- nous n'avons nulle raison d'espérer; il est gercuse ; car, sebm la rcmarqu- de saint fidèle dans si s promesses, mais (jiiand et où (ilhrysoslomc, ce qui esl tentation pour l'un nous n-l-il promis de secourir (lans la tenue l'est pas pour l'autre; ce qui est occasion talion celui qui (hi relie la lenlalion ? Po!:r de chute pour celui-ci prut n'être d'aucun r.iisonncr juste el dans les priiiri(ic5 de la ciangcr pour celui-là; et tel ne sera poiul foi, il faudrait reiuerser la pro|iosilii!n , il troublé ni ébranlé des plus grands scanda- <'onclure de la sorte: Dieu est litlèle, il esl les du mondo, qu'une bagatelle, si je l'ose infaillible dans ses [laroles ; donc il abandire, p.ir la disposition particulière où il se donnera dans la tenl.-ilion celui qui s'expos»; Iruuve, fera malin urcusement échouer. Le à la tentation , puisque sa parole y esl exsavoir cl ne pas fuir le danger, c'est ce que presse, et qu'il nous l'a dit en termes l'orj'appcllc s'exposer à la tentation contre l'or- mels. Or, la fidélilé de Dieu n'est pas moins dre de Dieu ; or, je prétends qu'un chrétien inléresséeà vérilien elte formidab'e menace : alors ne doit point allendrc de Dieu les se- quiconque aime le péril y périra : Qui cimat cours de grâce préparés pour comb.illre la pcricidum ia illo perUiit (ft'cr//. lil), qu'à lenlation el pour la vaincre; je préleiids qu'il s'acquitter envers nous de celle consolante n'est pas eu droit de les demandera Dieu, ni proinesse : le Seigneur est fidèle, el jamais n;êmc de les espérer ; je vais plus loin, elje il ne nous laissera tenter au delà de notre i;c crains pointd'ajouter que, quand il les de- pouvoir : Fidelis Dciis, qui non patietiir vus manderait, Dieu, selon le cours de sa provi- tcnlmi supra id quod polcslis ( 1 Cor., X ).

II nce ordinaire, esl expressément déterminé IMais, sans insister davantage sur les proà les lui refuser; que puis- je dire de plus messes de Dieu ou sur ses menaces, je prends fort pour faire voir à ces âmes \irésomptueu- la chose en elle-même. En vérité, mes cliers ses le désordre de leur conduite, et pour les auditeurs, un homme ((ui, témérairement et taire rentrer ilans les s.iiules voies de la pru- d'un plein gré, s'expose ,à la tentation, qui dence des justes ? vidontairement entretient la cause el le prin-

Non, chrétiens, tout homme qui lémèrai- cipede la tentation, a-l-il bonne grâce d'imveuicnt et contre l'ordre de Dieu, s'engage; p'orer le sicours du ciel cl de ratlcndrc? dans la tentation, ne doit point compter sur Si c'était l'intérêl de ma gloire, lui peul réces grâces de protection el de défense, sur ces iiondre Dieu, si c'était un devoir de nécest;râces de résistance et de combat, si néces silé , si c'était un motif de charité, si c'était salies pour nous soutiMiir. Par (piel titre Ui le hasard cl une surprime qiu vous eiiil en-

S73 ORATEURS SACRES. BOLRDALOUE. S'a

gagé Jans ce pas glissant, ma provi(i<'ii(c tie vous cl iiicii, noiis on li-nii- d.ins (ûulc l.i vous manquerait pas, cl je ferais plulol un coiuldilecl le plan de noire vie. miracle pour vous maintenir; el, en cfi'ol, Ah! mes frères, rcpicnil saint Bernard, tjuand , autrefois, puur tenter la verlu des s'il élail vrai, comii;c vous \oulez vous le vierges chrétiennes, on les exposait dans persuader, que Dieu, de sa pail, fût (ondes lieux de pioslilulion et de dcbanehe, la jours égalenieul prêt à nous défendre el .•> grâic de Dieu les y suiv;:il ; (luan I les pro- coriibaltre pour nous, soil lorsque, malgié phèles, pour remplir h ur minislèrc, par.iis- ses ordres, nous nous jetons dans le dansaient dans le.s cours des princes idolâtres, j^er, soit lorsque nous nous trouvons iiiiio- !a grâce de Dieu les v accompagnait; quand ccimnent surpris, il faudrait conclure que les solitaires, obéissant à la voix et à l'iiispi- les saints auraient pris là-dc-sus des mcsnration divine, sorlaienl de leurs déscris cl res bien fausses et des précautions bien inii entraient dans les villes les plus déljordées, liles; ces hommes si célèbres par leur sainpour exhorter les peuples à la pénitence, la leté, el qu'on nous propose puur modèles, grâce de Dit u j entrait avec eux, elle com- ces hommes consommés dans la science du battait dans eux cl pour (ux; elle rempor- salui, l'auraient bien mal cnt ndu, si la tait d'éclaianles et de glorieuses victoires, grâce se donnait indilTéremmcnt à celui qei parce que Dieu lui-même, tuteur et garant aime la tentation et à celui (|iii la craint; à de leur salul, les condaisait; ils étaient à celui qui l'excite et qui s'y pl.^'rl el à celui I épreuve de t!)nt. liais aujourd'hui, par des «juilafuit, c'est bieu eu \a;n qu'Us s'éioiprincipes bien difiérenls, vous vous livrez gnaienl du commerce du munde el qu'ils se Mius-mcmes à loul ce qu'il y a pour vous tenaient enfermés dans de saintes retraite?, ilans le inunde de plus tlangireux el de plus si, dans le commerce du monde le plus corpropre à vous pervertir ; mais aujourd liui, rompu, on est également sûr de Dieu el de pour contenter votre iin lination, vdus en- sa protection loute-puissante. iretencz des sociétés libertines el des ami- Pourquoi saint Jérôme avail-il tant d'horliés pleines de scandale, dts conversations reur des pompes du siècle'? pour(]iioi se (roudont la licence corromprait, si je puis ainsi blait-il, comme il le témoigne lui-même, au parler, les anges mêmes ; mais aujourd'hui, seul souvenir de ce qu'il avait vu dans Uome? liarun engagement ou de pas;,ion, ou de fai- Il n'avait qu'à quitter sa solitude et à retourblcsse, vous souffrez auprès de vous des ner dans les mêmes assemblées, il n'avait gens cop.lagicux, dénions domestiques tou- (ju'à rentrer sans crainte dans les mêmes jviuis alieiiiirs ù vous séi!u-re et à v;ins in- cercles. Pourquoi ce gi'and maître de la vie spirer le poison (]u'i!s porlenl dans l'âmej sidrituelle, ce docteur si sage el si éclairé, mais aujourd'hui , pour vous procurer nn obligeait-il celte sainlc vierge Eustochium à vain [daisir, vous courez à des spictacles, s'interdire pour jamais certaines libertés, vous vous trouvez à des assemblées cajia- dont on ne se fait point communément do blés de faire sur votre (oeur les plus mor- scrupule, les rendez-\ous dérobés, les visitellcs impressions; mais atijourd liui, pour les fréquentes, les mots couverts et à doiiblo satisfaire une damnjlde curiosité, vous vou- sens, les lellres enjouées el mystérieuses, les lez lire sans dislincion les livres les plui démonslialions de Icndres-e et bs privaulés profanes, les plus lascifs, les plus impies; d'une ain;lié naiss inte? pourquoi, dis-je, lui mais aujourd'hui, femme mo;ul;iine, par une f.iisail-il des crimes de tout Cida '? pourquoi malheureuse vanité de voire sexe, vous i i.us lui en faisait-il tant appréhender les suites, piqtici de paraître [lartoul, d'èlre partout s'il savait (jne Dieu nous :\ toe.s ponruis iij>plaiidie, de voir le monde et d'en êlre d'unpréservatif infaillibleet d'unreméde luuvue, de, briller dans les compagnies, de vous jours présent?

produire avec loul l'avantage et tous les ar- Knfiii, (luand les Pères de l'Fglise inverti-

liiices ii'uu luxe affecté; et, dans une telle valent avec tant de zèle contre les abus et

uisposilion, vous vous llatlez (lue Dieu sera les scandales du théâtre, ([U iiid ils défen-

\ otre soutien el votre appui ! Or, je dis, moi, liaient aux fidèles les spectacles , cl qu'ils bs

qu'il retirera fon bras, qu'il vous laissera sommaient, en conséi|ueiice de leur ba|)lê-

loniber, el que quand, par des vues tout hu- me, d'y renoncer, i! faudrait regarder ces in-

uiaioes, vous sauriez vous garantir de ce veclives comme des figures, el ces discours

(jivî toul le monde condamne el traite de si pathétiques conmie des exagérations ; mais

dernier crime, \ous ne vous garanlirez pas pensez-en, mes chers auditeurs, toul ce

de bien d'autres chutes moins sensibles, qu'il vous plaira, il esl difficile ([ue lous les,

mais toujours morlclles p.ir rapport au sa- saints se soient trompés; et, ((uand il s'agit

lui; je di"! que ces grâces, sur quoi vous l'on- de la conscience, j'en croirai toujours le;

dez votre' espérance, n'onl point été desti- saints plutôt (ine le inonde el tous les pari

nées de Dieu pour vous loitilier en de pa- lisans du monde; car les saints parlaienl|

rcilles ronjoni tures, et (|ue \ous ne les au- les saints agissaient par l'esprit de Dieu , eJ'

icz jamais tandis que vous vivrez dins le rcs|iril de Dieu ne fut j.imais cl ne peut ja-

liésordre où je viens de vous supposer : mais êlre sujet à l'erreur,

voilà ce que j'avance (omme une des maxi- Mais allons jusiiuà la source, el, pouf

mes les plus incontestables et les plus soli- vous convaincre encore davantage de la vé-

demenl autorisées par les trois grandes ré- rite que je prêche, lâchons à l.i decou-, rir

gles des mœurs : l'expérience, la raison et dans sou principe, l'ourtjuoi Dieu refuse-t-il

la to\ ; voilà le point aujucl nous de\ous, ^a grâce à un pcchcui qui s'expose lui-môuie

CAUCME. SEI'.M KN V. SUR »,ES TKMATIONS.

à 1,1 leiilation? C'est pour rinlétèt et pour i'hnmu'ur do sn prâce inèino; il la r.iisdn (]Utn apporte Teitullifii est bien n.iiurelle cl bien soliile : p;irre quautreiiU'iil, dit-il, le secours de Dieu deviendrait le l'oiidcnient et le prétexte de la témérité de l'Iioinme. ^'oi(•i la pensée de ce l'ère : Dieu, tout liliériil qu'il est, doit ménager ses gràeos de telle sorte i|ue le partage qu'il en fiit no nous soit jias un sujet raisonnable de \i\re dans une con- ■, fiance présomptueuse : cette proposition esl évidente; or, si je savais que, dans les lenlalions même où je m'engage contre la volonté de Dieu, Dieu inlailliblenieiit me soutiendra, je n'userais plus de nulle eireonspi c'ion , je n'aurais plus besoin du don de conseil ni de la prudence clirélienne. l'ouniuoi? l'arce (juc je serais aus«i iiMiiieible et aussi fort en clierchant l'occasion, ciu'en l'évitant : ainsi, la grâce, au lieu de me rendre vigilant cl humble, me rendrait làelie et superbe.

Que fait donc Dieu? Me voyant prévenu d'une illusion si injurieuse à sa sainteté même, il me prive de sa grâce, et par là il jusiilie sa proyidenee du reprocbc qu'on lui pourrait l'aire d'autoriser mon libertinage et ma témérité. Kl c'est ce que saint Cjprien exprimait admirablement par ces belles paroles, que je vous prie de remarquer : lia nobisspii iltialis foilitudu cullula est, iil provi- (los facial,non ut prwcipilcs tiuatur (Ci/pr.). Ne vous y trompe/ pas, mes frères, et ne pensez pas (|ue cette force spirituelle de la grâce qui doit vaincre la tenlation dans nous, ou nous aider à la vaincre, soit abandonnée i notre discrélion. Diru la tient en réserve, mais pour qui? Pour les chrétiens sages et prévoyants, et nen pas pour les aveugles et les négligents. A qui en fait-il pari ? A ces âmes justes ijui .se défient de leur faiblesse et qui s'obser\ent elles iiiémes ; mais pour ces âmes auil.:ciiuses et précipitées qui marchent sans réflexion, bien loin d'a\oir d( s grâ( es de choix à leur coinmunii|uer, il se fait comme un point de justice de les livrer aux désirs de leur ra-ur; et ce sentiment, quoicjue terrible, est conforme à la nature de leur péché.

Car, que fait un chrétien lorsque, par le mouvement et le tapriee d'une passion qui le démine, il va au-devant de la tentation ? Ecoutez-le. En s'engageant dans la tentation, il lente Dieu mênjc; c! tenter Dieu, c'est un des [dus grands desordres dont la créature soit capable, et qui, dans la doctrine des Pén s , Idesse direc teir.ent le premier devoir de la rcligiim : Non tcnlabis Dominum Deiim tuiim {Mallh., IV). Or, «e péché ne peut être mieux puni que par l'abandon de Dieu. Voici reuuuint raisonne sur ce point l'ange de l'Ecole, saint Thomas. Dans le langage de rjïcriture, nous trouvons, dit ce saint docteur, ([u'on peut (enter Dieu en trois manières diiferentc s. l'remièremcnl, quand nous lui demandons un miracle sans iiécessilé: et c'est ce que liront ces pharisiens dont parle saint Luc : Alii niiicin ten- Innles cum , fii/num decœlu (imrrrbunt ( Luc, XI J. Ils prièrciit le S.uneur du monde de

leur faire voir un prodi^'o d.;ns l'.iir; mais pour(|n(ii lui (irenl-i's eclte demande ? .rour le lentir. Sefondcnionl, quand nous \(iul()iis borner la IdUle-puissaiice de Dieu ; et c'rst ce que Judilh reiiroiha aux habdanls de lîethidie, lors(|ue, assiégés par Holnpherne, et désespérant du secours d'en haut, ils élaieut prêts à capituler et à se rendre : Qui eslin vos qui tiutalis Duminum? consliluistif terminus miscrntionis ejus [Judith., \\\\] : Oui éles-vous, leur dit-elle, et comment osezvous tenter le Seigneur, en marijuant un terme à sa miséricorde et à son |iouvoir ? lùinn,i]uand nous sommes de mauvaisi' hd a^(•c Dieu, et (;we nous ne t( nous pas à son égard une conduile sincère et droite : c'est àin^i qu'en Usèrent les Juifs lorsqu'i s iiréscnlorent à Jésus-Christ une pièce de monnaie, et qu'ils le prcssèn nt de répondre si l'on devait paver le tribut à César : Quid me Irutatis, liiipucritœ ( Mnllh., XXil) ? hypocriles , Il ur répondit le Sauveur du monde, pourquoi me tentez-vous? Voilà, reprend saint Thomas, ce que c'est que tenter Dieu; voilà les trois espèces de ce péché.

Or, un chrétien qui s'expose à la lentalion, fondé sur la grâce de Dieu dont il présume, s.' rend tout à la fois coupable de ces trois péehés. Car d'abord il demande à Dieu un miracle sans nécessité. Pourquoi? Parce (jue ne faisant rien pour se conserver, il veut que Dieu seul le conserve; et que, n'employant pas la grâce (lu'il a, il se promet, de la part de Dieu, la grâce qu'il n'a pas. La grâce qu'il a, c'est une grâce de fuite, mais il ne veut pas fuir. La grâce qu'il n'a pas, c'est une grâce de combat; mais comptant néanmoins que Dii u combattra pour lui, il veut affronter le péril, c'est-à-dire, qu'il renverse ou qu'il voudrait renverser touies les lois de la Providenco. L'ordre naturel est qu'il se relire de l'occasion , pnisciu'il le peui ; mais il ne le veut pas ; et cependan! il veut qu(? Dieu l'y soutienne par un concours extraordinaire, en sorte qu'il n'y périsse pas. N'est-ce jias vouloir un miracle, et li^ miracle le plus inutile? Quand Dieu voulut préserver Loth et toute sa famille de l'enihrasement de Sodome, et qu'il lui commanda de sortir de cette ville réprouvée, si Lolh eût refusé cette condition, s'il eût voulu demeurer au milieu de lincendie, s'il eût demandé que Dieu le garantit miraculeusement des llammes, commcnl eût élé reçue une telle prière? comment eût-elle dû l'être? Or, voilà ce que nous faisons tous les jours. Nous voulons (jne dans des lieux où le feu de I impureté est allumé de toutes parts. Dieu, par une grâce spéciale, nous mette en état de n'en point ressentir les alteinles} nous \oulons aller partout, entendre tout, voir loul, être de tout, cl que Dieu cependant nous couvre de son bouclier cl nous rende invulnérables à tous les traits. Mais Dieu sail bien nous réduire à l'ordre et confondre notre présomption. Caril nousdit justement, comme il dit a Lolh ■ Ace stcs in uuini ciicu reyione {G'cnes., XIXl; éloignez-vousde Sodome i tde tous ses en\ irons; renoncez à ce comu'.citc

WO ORATEURS SACHES, DOURDALOUE. 3:?0

qui vous corrompt : Ncc sles ; roniprz rclln (f'Iions mjiîlrps des f;râces di; Dieu, et qu'il sociélé qui vous perd : Pfecstes; (fuillez ce fût en noire pouvoir d'en disposer. Or, (|iii jeu (jiii vous ruine cl île biens cl de con- sommes-nous pour celn ? Qui csiis vos, qui seienec : AVc .<.7p.<; ; sorlcz de l,'^, cl ne lardez InUalis Dominum {Ju/lillt. , \l\\)l p;is. Je n'.ii poiiil de miracles à faire pour lùifiu nous lenlons Dieu par hypocrisie ,

VOUS; et dès à [jrésenl je consens à voiro lorsque nous implorons sa grâre dans unj perle, si, par une sage et prompic retraile , teulalion dont nous cr.iignons d'être délivous ne prcMcn z le ma'lieur qui vous me- vrés cl d'où nous refusons de sortir. Dieii nace : Ncc •<''.< m omni circa rcf/iune. peut bien noiis répiuuire ce que Jésus-Chrisi

Aussi, clirélicus, prenez garde que le; Fils répondit au\ Juifs : Qiiid me tnildlis, liypo- (!e Dieu, (jui pouv.iit accepter le tlcfi que lui cril(V ( DIalllt., XXII)"? cir nous lui ilcmanfail dans notre évangile l'esprit tentateur; dons une chose, mais de bouelic, tandis (]u'au (]ui pouvait, sans risqu. r, se précipiter du fond cl dans le cœur nous eu voulons une liiut du temple, et cliari;er par là de confu- aulre. Nous le prions d'éloigner do nous la sion son eniu'uii, se conlentede lui opposer tentation; et noiis-nicii;es, contre sa défense celle parole : Non Icnlabis Dominum Dciiin expresse, nous nous en approchons. Nous fitKm ( Mntlh., IV ); vous ne tenterez point lui disons : Seigneur, ayez égard à noire fiile Seigneur v.itie Dieu. Pour(|uoi cela"? Ne blesse, et sauvez-nous (!e la violence et des

vous en élonnez p:is, répond saint Augustin ; surprises du tenta leui'; cl ce|)endanl, par l'no

<'est que cet ennemi de notre saint ne doit conlradiclion monslrutuse, nous devenons

p;.'S être vaincu par un miracle de la toute- nos propres tentateurs; nous en exerçons

puissance de Dieu, mais par la vigilance et dans nous-mêmes , comme dit excellenunent

laOïlélilé de riiornme: Quia non oumipolcnliu saint (îrégoire, pape, cl coutre nous-méims,

l>ri,se(l koniinisjnslilinsiipn(in(.hisrrul{Aiif/.]. le principal cl funeste njinisiére? N'esl-ce

A eulendrc les l'ères s'expliquer sur ce point, pas user de dissinuilaliou avec Dieu 1 u'esl-

c)u dirait qu'ils parlent en pélagiens ; cepen- ce pas lui insulter"?

liant toutes leurs propo-ilioiis sont orlho- Voilà, mes chers audileurs, pernicllez-moi doxcs, parce qu'elles nexclueut pas la grâce, de vous ap[iliquer partieulièn nient celle ruais seulement le miriiclv' de la grâce; et morale, voilà ce qui vous rendra élern(r€voilà ce qui a rendu les saints si attentifs sur nienl inexcusables devant Dieu. Quand ou eux-mêmes, si timides cl si réserves. iM.iis vous reproche vos désordres, vous vous eu nous, mieux instruits des conseils de Dieu prenez à voire condition, et vous |)rélend( z que Dieu même, nous portons plus avant que la (our où viuis vivez est un seji.ur de notre confiance; car l'espril de mensonge Icntalioiis, mais de tenlations inéviiables, nous dit : l\li(ic te dcorsuin {Mulllt., IV ) ; Ne maisdelentations insurmonlablcs; c'est aisisi crains point , jetle-loi hardiment dans cil ((ue vous en parlez, que vous rejeli z sur des ahîme; vois celle perso-nnc, entretiens ci tic causes étrangères ce qui vient de \ou.s-mèliaison; Dieu .1 commis des anges pour la nu's et de \o',re fonds. M.iis il f.iiil une fois si^relé, cl ils le conduiront d.ins toutes tes jusiilirr Dieu sur un point où s.i iirovidjnce voies : Scriplum est, quin aiujelis suis man<ln- est tant intéressée; il faul, en détiuisanl ce rit de te. { Ibid.). C'est ainsi qu'il nous parle, vain prétexte, vous obliger à lenir un auln; et nous l'écoutons, el nous nous persu.idons l.uigage, et à reconnaîUe hiiuihh ment volic <|ue les anges du ciel viendront en clîel à désordre. Oui, clirétiens, je l'avoue, la cour Fioire secouis ; je veux dire que les grâces est un séjour de tenlations, et de leul, liions divines descendront sur nous; cl nous fer- dont on ne peut presiiue se préserver, el do nions ensuite les yeux à lotit, pour marcher leulalions où les plus forts ;.iicnimbenl ; mais avec plus d'assurance dans les voies les plus pour qui rest-elle? pour crux qui n'y sont dangereuses ; el, au lieu de répondre 10 unie pas apjielés de Dieu, jiour ci'ux qui s'y poiis- Jésus-(]lirisl : Non tentiibis, vous ne nielliez sent par auibiiion, pour ceux ijui y entrent point à ré|ireuve la toute-puissance de voire par la voie de l'iiilrigue, pour ceux qui n'y Dieu, nous has-irdons tout sans hésiler ; clierchenl que réialilissemcnl d'une fortune nous voulons (]ue Dieu fasse pour nous ce inoiid.iine, pour ceux qui y demi uient conqu'il n'a [las fait pour son Fils; nous lui de- Ire leur devoir, contre leur pi ofession, conmandons un mir.iele qu'il s'est, pour lu'ex- Ire leur conscience, pour ceux dont on déprimer de la sorte, ri fusé à lui-méiii'. iii.iiiile ce ([u'ils y font, et pourquoi ils y De plus, el au même temps que le pécheur soiil ;doiit ou dit : Ils sont ici,el ils devraient [irésoiiipliieux lente Dieu par ra|iporl à sa être là ; en un mol, pour ceux que l'esprit luule-puiss.ince, \\ ose encore le tenter par de Dieu n'y a pas coudu Is. Eles-voiis de ce r.ipport à sa miséricorde, mm p.is en la bor- caractère el de ce niuiilne? alors j'en connanl, comme les prêtres de Rélhulie , mais, viens, il est presque inf.iilliliU^ ([ue vous au contraire, en retendant au delà des bor- vous y perdrez. C'est uu lirnul iiiipéliieux nés où il a plu à Dieu do la renfermer; car qui vous emportera ; car comiiieiit y lésisteeelle miséricorde, dit saint Augustin, n'est rez-vmis, puisque Dieu n'y sera pas avec que pour ceux qui se trouvent dans la tenta- vous '? Mais êtes vous à la cour diins l'ordre lion sans l'avoir voulu; et nous voulons delà Pro\ idciue, c'est-à-dire, y clis-\oiis qu'elle soit encore pour crux qui donnent entrés avi c vocation? y tenez-vous le rang cnliée à la lenlalion, qui se familiarisent que votre naissance vous y donne? y failesavee la lenlalion, qui nourrissent dans eux vous votie (barge? y venez vous par le cl liui fomenleiitla lenlalion, comme si nous cli^ux duiiiiutc? une raiiou iicct'sjaire cl

5»1 CAUKME. SERMON V. RI l\ LF.S TENTATIONS Sfîû

iiidispoiisibli! vou> y iH'liont-clIo? lion, clirc- jiuioiiiil'liiii le moiif tli- \o'.rc i(m\e;si(iii. tiens, '.es lent liions de l;i nnir ne sonl plus lîcoiiîez-nioi, el jii;;t'ZM)iis. lies lenl.itioiis invincibles pour vou? ; car il 11 y en a parmi v 'iis, cl Dieu veuille i|iii^ est (le la loi, non-seuleineiil (jik- Dieu vous a C" ne soil pas le plus p;raiul iioinhic, ((ui se préparé des grâces pour les vaincre, mais trouvent, au mioukmiI ([ue je parle, dans des (|ue les grâces qu'il vous a préparées sonl cntragenienis de pé<hc si étroits, à les en propres a vous sanctifier au milieu même de croire, cl si forts, (lu'ils déscs|iérent de poula cour. voir jamais briser leurs liens. Leur deman-

Si donc vous vous por(l( z à la cour, ce dcr que, pour le salut de leur à;iie, ils s'é-

n"csl point aux tenialions de la cour que loignent de telle personne, c'est disent ils,

vous vous en devez prendre, c'est à vous- li ur demander l'impossible. Mais e( (le sé-

mémcs, el à votre lâi bêlé, à votre infidélité, paratiou scrat-cile impossible , dès qu'il

puisi]ue le Saint-Flsprit vous le dit en termes faudra marcher pour le service du prince, à

formels : Perdiliu tan, Israël {Oac, XllI). (lui nous faisons tous gloire d'obéir? Je m'en

Kt en effet, n'est-ce pas à la cour que, mal- liens à leur témoignage. Y en a-t-il un d'eux

gré les tentations, l'on a pratiqué de tout qui, pour donner des preuves de sa fidélilé

tenjps les plus grandes vertus'.' n'est-ce p s et de son zèle, ne soil déjà disposé à partir

là qu'on a reinpoiTé les plus grandes vie- et à quilter ce qu'il aime? Au premier bruit

toires ? n'esl-ci- lias laque se sont formés de la guerre (jui commence à se répandre,

tant de saints? n'est-ce pas là iiue tant d'au- chacun s'engage, chacun pense à se uiellre

1res peuvent se former tous les jours? Dans en route; point de liaison qui le retienne,

des ministères aussi pénibles ((u'éclalanls, point d'absence qui lui coule, el dont il ne;

être continu ■llemeiit assiégé d'hommes inté- soil résolu de suiqjorler tout l'ennui. Si j'en

ressés, dhommos dissimulés, d'hommes pas- doutais pour vous, je vous offenserais ; el,

sionnés; passer les jours el les nuits à quand je le suppose coiiimc indubitable,

déciller des inlérèls d'aulrui, à écouler des vous recevez ce que je dis comme un éloge,

plaintes, à donner des ordres, à tenir des el vous m'en savez gté. Je ne compare polnl

conseils, à négocier, à délibérer; loul cela, te qu'exige de vous la loi du monde, et ce

el mille autres soins pris en vue de Dieu, que la loi de Dieu vous commande. Je sais

selon le gré de Dieu, n'est-ce (las assez (lour qu'en obéissant à la loi du nu)nde , vous

vous élever à la plus sublime sainiclé? conserverez toujours II même passion dans

Mais (juel esl souvent le principe du mal ? le cœur, el qu'il y l'.iul renoncer pour Dieu;

le voici: c'esl qu'à la cour, où le devoir et certes il est bim jusie qu'il y ait de la diffé-

vous arrête, vous albz bien au delà du de- rence entre l'un el l'autre, et ((UC j'en fisse

voir. Car coniplez-vous parmi vus devoirs plus pour le Dieu du ciel que pour toutes

lanl de niouvemcnls que vous vous donnez, lis puissances de la terre. Mais je veux scu-

laiit d'intrigues où vous vous mêlez, lanl de lement conclure de là que vous en imposez

desseins que vous vous tracez, lanl de cha- donc à Dieu , quand vous prétendez qu'il

griiis donl vous vous consumez, lanl lie dif- n'est pas en votre pouvoir de ne plus re-

léri mis et de ()uerelles (]ue vous vous attirez, chercher le sujet criminel d" ^ olre désordre,

latit d'agitations d'esprit donl vous vous fa- et de vous lei;ir au moins pour quelque

liguez, tant de ciiriosilés dont vous vous temps, cl pour vous éprou\er \ous-mêmes,

repaissez, tant d'alTaires où vous vous in- loin de ses yeux et de sa présence ; car en-

gérez, tint de divertissements que vous rc- core une fois, vous retiendra-l-il , quand

cherchez ?disons queliiue chose de plus par- l'honneur vous appellera? et avec quelle

lirulior, et insistons sur ce point. C]om()lrz- prouiptilude vous verra-l-on courir cl voler

vous parmi vos devoirs tel el tel attache- au premier ordre que vous recevrez, et que

ment, dont la seule passion est le nœud, et vous vous estimerez heureux do recevoir?

qu'il faudrait rompre; tant d'assiduités au- (luiconquo aurait un moment balancé, se-

près d'un objet vers qui l'inclination vous rait-il digne de vivre? oscrait-il paraître dans

porte, el dont il faudrait vous séparer? le monde? N'eu deviendrait-il pas la fable el

Je ne le puis, dites-vous. Vous ne le pou- le jouet, vez? et moi je prétends , sonlfrez celle ex- Ah ! chrétiens , disons la vérité, on a trop pression, oui, je piétends qu'en parlant de affaibli, ou n.ême trop avili les droits do la sorte, vous mentez au Sainl-Ksprit , el Dieu. S'il s'agit du service des honuues, on vous faites outrage à sa grâce. \'oiilez-vous ne reconnaît point d'engagement nécessaire ; que je vous en con\ain(j(ie, mais d'une ma- tout esl sacrifié, cl lout le doit être, puisque nière si'usiblc et à laquelle vous a\ouerez l'ordre de Dieu le veut ainsi. Mais s'agil-il <Iiie le libertinage n'a rien à opposer? Ce ne des intérêts de Dieu même, on se fait un sera pas pour vous confondre , mais pour obstacle de lout, on trouve des difficultés vous instruire comme mes frères, et comme partout, et l'on manque de courage pour les des homtnes dont le salut doit m'ctre plus surmonter. Ceux-mêmcs qui devraient s'opclier que la vie même : Non ut coiifutnlam poser à ce relâchement, les prêtres de Jetas (1 Cor., IV). La disposition où je sus-Chrisl, malgré tout leur zélé, se laissons vois m'est favorable pour cela, el Dieu sent surprendre à de faux jnélextes , et sont m a inspiré d'en [irofiter. lille me fournit eux-mèiius ingénieux à en imaginer pour une uémonstralion vive, pressante, à quoi modérer la rigueur de leurs décisions. Ou unis ne vous attendez [las , et qui sullira écoule un mondain , oi; entre dans sesrai- T'Hir vuiic coudaninalion, si vjus n'en failcs tons , on les fait valoir, "U le l'ié-'a^^'', ou a

OUATELUS SACRES. COUROALOUE.

«les 6gan!s pour lui, on lui donne du ((Mupi : on (lit quL' I occ.'ision , (iuoi(iue piochaiiK' , ne lui est plus volonlairo, quand il no la peut plus quiller sans intéresser son honneur; et on lui laisse à dériiler, lout mondain (|u'il est, si son honneur y est en e!Tel inicressé, et intéressé snfrisamnienl pour (ontre-haiancer celui de l)iru;on veut <|uM puisse deni iirer dans ceiie occasion, ou du moins qu'on ne puisse l'obliger à en soi tir, s"il n'en peut sortir sans se seanda'iser luimême; et on s'en rapporte à lui-niènu», ou plutôt à sa pas>ion et à ■■on ainour-piojire , pour juger en cfTel s'il le peut. On rhcrthe lout ce qui lui est en (juelque sorte favorahle,pour ne le pas lebuter; c'esl-à-diic , (|u'on l'autorise dans son erreur, qu'on l'entretient d.insson libcrtin.ige, qu'on le damne, et qu'on se damne avec lui. Car j'en revirns toujours à ma premièie proposition. lîn \ain attendons-nous une giâce de comb.it pour vaincre la tentation, lorsque la tentation est volontaire, et qu'il ne lienl qu'à nous de la fuir. En vain même "l'aurons-nous cille grâce de combat dans les tentations nécessaires, si nous ne sommes en effet disjosés à combatire nous-mêmes: con;m;'nl '? surtout comme Jesus-("hrisl , par la morlilication de la chair. Vous l'aile/ voir dans la £;;coude partie.

SECONDE PAUTIE

Pour bien comprendre ma seconde proposition , il faut encore, s'il vous plait , piésupposer ce grand principe, sur quoi nule, pour ainsi dire, lout le mystère de l;i prédestination des hommes , et que j'ai déjà développé en partie dès l'entrée de ce discours, mais qui vous paraîtra bien plus noblement conçu et plus fortement exprimé p ir ces paroles de saint t^yprien , (jui sont remanjual)les : Ordinc suo , non nosfro urhitrio , virliis Spirilus snncli minislrulitr {Cypr.) , la vertu du S, lint-Iîsprit, c'est-à-dire, la gràic, ne nous est pas donnée selon noire choix , beaucoup moins selon notre goût et nos inclinations, mais dans un certain ordre éla- Lli de Dieu , suivant lequel elle doit être ménagée , et hors duquel elle demeure inutile et sans effet. Principe admirable, d'où je lire trois conséquinces qui Sont d'une étendu(! presque infinie dans la morale chrétienne, et qui , appliquées à la conduite de la ^ie, font le jus:e tempérament du tous les devoirs que nous avons à remplir pour correspondre aux desseins de Dieu dans l'importante affaire du salut. Suivez bien ceci , je vous prie.

Première couséquence : dans les tentations et dans les dangers où la misère humaine nous expose, je dis par nécessité et malgré nous-mèncs , Dieu , dont la fidélité ne manque jamais, est toujours prêt à nous aider ne ses grâces ; mais il veut que nous en usions, et conrormément à l'éliil où il nous a appelés, et par rapport à la fin pour laquelle ces nvémes grâces pous sont données, ("ar c'est proprement ce que saint Cyprien a voulu nous marijuor • Ordinc suo , uun nos-

Ira nrbitrio. Or, vou; savez , mes cliers auditeurs , ({u'eu (|ualitô de chréliens , noua f.iisims tous profession d'une sainte milice, et qu'jl n'y a personne de nous qui n'en porte le caractère ; d'où il s'ensuit (lue foule noire vie , scion le témoignage de l'Kcriture, ne doit plus cire qu'une guerre continuelle de l'esprit contre la chair, de la raison contre les passions , de la loi contre les sens , de riiounne intérieur contre l'homme extérieur, enfin de nous-n;êmes eonire nousmêmes. Kl si nous prêt ndons à la vérilab'e gloire du christianisme (lui consi^te dans les solides vertus , saint l'.itil , ce maîlre suscité de Dieu pour nous les enseigner et pour nous en donner une juste idée , semble n'en point reconnaître d'autres (luede niililair(S; car, se servant d'une niél.iphore qui nous doit élre vénérabb", puisque le S.iint-Esprit même en est l'auleur, il nous fait un bouclier de la loi , une cuirasse de la justice , un casque t'.e l'espérance ; nous recommandant, en mille endroils de ses Iviiilres, de nous revélir de ces armes spiritm Iles : 7/!duile vos arnwtui-am Dci {I''phcs.,\\}; cl nous faisant enlrndre que nous en devons user, et que , sans cela , tout le bien qui est en nous, ou que nous présmnoriS y élre, n'est que nu'nsongc cl illusion. \'oilà notre étr.t. Que f>iii Dion de sa part? Il nous piépare des grâces proportionnées à cet éial. Noi;s avons à soulenir une guerre dilfieile et dangereuse: il ne nous donne pas des grâces do paix romnicilen lonnail au piemier homme, car (Iles ne no>:s seraient plus propres ; mais des grâc.'s de tJmbat, de défense, d'altaque, de résistance, parce qu'il n'y a que celles-là (jui nous con\iennenl. I.es tentations so.il des ass;'. uls (]uc nous livre notre ennemi , et c; s grâces sont d( s moyens pour les repousser : par conséquent, ftiire fond sur la grâce, sans êlr'fl déterminés à résister et à combattre, c'est oublier ce que nous sommes, c'est nous figurer une grâce imaginaiie cl chimérique . c'i si aller contre tontes les vues de Dieu. Tel est néanmoins le désordre le plus ordinaire, et fasse le ciel que ce ne soii pas le nôtre I Nous voulons des grâces qui nous garanlis.'ent de tous les dangers; mais nous voulons que ce soient des grâces qui ne nous coulent rien , qui ne nous incommodent eu rien, qui nous laissent dans la possession d'une vie douce et paisible; et Dieu vent que ce soient des grâces (]ui nous fassent agir, (jui nous tiennent dans la sujéiion d'un exercice laborieux et sans ri'lâ..he : Ordinc situ, non noslro arbilrio , virdis Spirilus sancli minislrahtr. Le repos de la vie, voilà ce qu'on cherche, et ce (jue tanl de persoiuies vertueuses, séduites par leur amour-propre, se proposent jusiiuc dans leur piélé même. Et moi, leur dit Jésus- Clirisl , je ne connais point celle vie sans action , puisque rien n'est plus contraire à mou esprit; cl que le royaume du ciel ne pi ut êtic emporté que par violence. (>.ir c'est pour cela que je suis entre, comme votre chef, dans le champ de lialaille ; et (jn'au lieu de vous ap[ioiltr la p :ix , ji- ions ai ap-

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