PREFACE
et une fidélité parfaila à remplir toutes ses
obligations
(I) {Lettres du P. Bourdalouc à madame de Maintenon.) — Mailaiiie , j'ai reçu la lettre qu'on m'a a|i|)(irtée à Fontainetileaii ; et puisque vous voulez qu'en y répondant, nonseulement j'entre avec vous clans ledclaii, mais qui: je décide et que j'ordonne , selon le détail même que vous me faites, je m'en vais ordonner et décider.
J'approuve tout à fait l'idée que vous avez conçue de la dévotion solide, pourvu que vous la remplissiez dans tous sescliefs, conmie elle est exprimée dans votre leltre. Je ne crains pas que l'opposition que vous pourriez avoir à certains petits assujettissemenls, vous éloigne jamais de Dieu ; car c'est alors que vous éprouverez ce que dit sainl l'aul: Là où est l'E^piit dit Seigneur, là est aussi la li'crté; mais je voudrais que vous la relussiez souvent, (pie vous vous y attachassiez exactement. Je vous la garderai pour vous la renvoyer, ou pour vous la rendrez moi-niéiiip, aliii qu'elle vous serve de règle , et que vous puissiez y avciir recours dans tous les états de relàcliemeiit où il vous arriverait de tomher.
(.iuand je vous ai parlé des oxprcices do piéié auxquels je voulais que vous eussiez un allacliemcnt inviolable, j'ai entendu ceux dont l'ordre d'une vie dnétienne ne permet point qu'on se dispense : par exemple la prière du malin, cidle du soir, l'examen de la journée, tant pour la prévenir (pio |our la repasser devant Dieu; la revue du mois, le sacrifice de la messe, la préparalion à la confession ; eu un mot , les mômes choses que vous pratiquez, et dans lesquelles vous me marquez qu'il est rare qu'on vous dérange. Lors lu'il sera donc queslion de ces devoirs, vous vous ferez un point de religion de vous y assiijc Ilir : et quoiipie votre naturel , vif et actif, vous persuadât alors qu'une houiie U'uvre serait quelque chose de meilleur, que do vous forcer à attendre , avec un esprit distrait et im corps paresseux , que l'heure de la lahie soit passée, vous attendrez qu'elle s'éioule; morUliant cependant votre esprit et voire corps; tàcliant de surmouler, par votre ferveur , l'inapplication de l'un et la paresse de l'autre, vous hiiniiliaiil devant Dieu, et vous confondant de voire I.'ichelé il prier. Et pour la lionne œuvre , à moiim ciu'elle ne fût alisolimient pressée et nécessaire, vous la remellrez à un aulre temps : cir la maxime de s ;int i'aul , /,« ou est l'Espiil Un Seigneur, là est aussi la liberté, n'exclut pas la sainte violence qu'on doit se faire à soi-même pour s'appliipier b vaquer à Dieu. Sans cela , il serait iuipossiblo d'éviter que la vie d'action ne fût pleine d'imperleclions , H ne se tournât en dissipation , quelque bonne inlenliou qu'on eftt de .'O préserver de ces dé^^rdres. Hors de ces exercices que j'appelle privilèges, et qui liennent, comme je l'ai dit , le premier rang dans la vie clirélienne , pour tous les auiri s ipii seraieut de votre choix onde votre dévotion, c'est la prudence, accompagnée de la rliaiilé, qui Aons doit conduire , et qui , par conséquent , dans l'usage que vous en ferez , fera cesser vos scrupules et vos inquiéludes. Ainsi , quand il vous prendra envie de vous renfermer pour médiier et pour lire , et qu'on viendra, malgré vous, ouvrir voire porte pour une affaire di.nt vous serez interrompue , bien loin do vous troubler, vous vous soumettrez à l'ordre de Dieu , vous vous ferez un mérite de quitter Di( u pour Dieu ; et , sans téti.oiyner aucun chagrin, avec un espril libre, s'il est possible, ei un visage égal, voiis ex[iédierpz l'.ilfaire dont il s'agit, édiliant, par votre douceur, ceux iiui ont, dans es renconires, ii traiter avec vous, et vous persuadant que d'en user ainsi vaut niieux pour vous que la médilalioii et la leclure (jue vous auriez continuées. Quand vous aurez des lettres a écrire, cl qu'elles ne seront point d'une nature à pouvoir être différées, vous abrégerez voire prière, et vous demeurerez tranquille.
(Jnand vous serez 'a Sainl- Cvr, et qu'il vous faudra vaquer à quelque chose du rè,ilement ou de rmlérél de la m.json , vous vous absiiendrez des vé[ res, et n'en aurez aucune peine; c'est Dieu qui le vent dans cette circonstance , et il lui faut obéir : car le grand principe que vousdevez élablir, est que la volonté de Dieu doit être la mesure et la règle de tout ce que vous faites, et que, jusque dans les plus petites choses, ce qui vous parait èlre la volonté de Dieu , soit ce qui vous iletermine. Or, par la, vous serer. toujours où vous devez f lie : qu'importe que vous agissiez ou que vous priiez , pourvu que vous fassiez actuellement ce que Dieu demande do vous?
J'entre fort dans votre sentiment , que d'avoir passé la (oiirnée i faire de bonnes œuvres , c'est avoir prie tout le jour : et t'est un des sens que les Pères do l'Kglise donnent }> ce précepte de Jésus-Clirisl , quand il dit dans le XVIII* cliapilre tle saint Luc : Qu'il faut loujuuis prier.
Son zèle ne lut pas moins ardent ni moins agissant que suge. On sait quelle était son
sans cesser de faire. Mais ce que vous m'ajoutez du plaisir que voire naluret bienraisanl vous fait prendre à ces bonnes œuvres , m'oblige ii vous donner deux avis qui me paraissent en ceci bien esseniiels: l'un, qu'afin que ces bonnes œuvres vous tiennent lieu de prières, et soient en ellct Une espèce de prière, il ne .s'agit pas de les faire par l'attrait du plaisir que vous y prem z ; car cela devrait plutôt vous les rendre suspeclcs, et viius faire craindra qu'elles ne lussent purement liuniauies et naturelles; mais il fiul que vous les rapportiez ;i Dieu , imi les f i-iaiil par des niotfs digues do lui, dans la vue de le glorifier, de racheter vos péchés , de réparer les années malheureuses données au monde : car il est évident qu'agir avec ci s internions c'est prier. L'autre, qu'il faut que vous lassiez ces bonnes œuvres avec disrernemi ni; t'est-à-dire que vous ne Consumiez pas les talents, l'esiirit , le crédit que Dieu vous a donnés , ;i faire de bonnes o'uvres peu considérables, pendant que >oiis pouvez en faire do plus iiiqort.iules, que vous no lailes peut-être pas; c'est-à-dire que les ' bonnes œuvres de voire goûi, et ipii cotttent peu, ne vous détournent pas de celles qui seraienl plus utiles, mais qui viiiis coùlei aient aussi |ilus de soins cl plus de peines : ce qui est [leul-ètre la cause île l.i ré|iUgiiaiiee que vous y avez. Car, dans la place nU Dieu vous a mise, il ne se conteiile pas ipio vous tassiuz du bien, il veut que vous fassiez de grands biens. Ll , eoniine saint CIn ysosionie disait, en parlant de raiiiiiône , qu'il fallait craindre qu'au lieu d'élre récompensé pour avoir donné, on ne lui un jour puni [our avoir trop peu donné : aussi devez-vous iireiiilro garde qu'après avoir fait quelque bien , vous ne soyez encore coupable de n'eu avoir j as lait assez , ou pliiiôl de n'avoir [las fait co que Dieu demandait plus parliculièienient de vous.
Jo ne dis point ceci pour vous inquiéter et pour vous embarrasser, mais peur vous eni-ourager et pour exeih r votre zèle, l'.'esl à vous à exaniiin r devaiil Dieu ce que. vous pouvez, et de ipjoi vous l'ies ca| alile ; cl c'est à vous a pidiiier des ociasions qui' la l'iovidence vous fera nallre pour parler et [lour agir ulilement C'est dans la prière nièiiie, et dans la conimur.iiaiion avec Dieu, que vous devi z vous pré| aier à prendre di s lorres pour ce genri' d'artii.ii. Quoique la poslure dans laquelle ou irie ne soit pasabsoliiinenl de l'r.ssence de la prière, elle no doit pa.s cependanl être négligée : car le corps, aussi bien (pie l'esprli, doit coniribuer à honorer l);in, et à lui rendre, niéiiio exlérieurenient, h^ culle que miiis lui devons : la religion que nous pro'.essons n'éiant [las, dit saint .Augiislin, la religion des anges, mais des hiiinmes • c'est ce (|ue rEcrilure nous enseigne, et ce (pie l'exi érience même, nous lait sentir. Suivant te principe, ipielqne faible qiiu Vous soyez, à moins que vous n ' hissiiz tout à fut lualaije, vous conimencirez au niciiis votre prière à genoux, pour il conliiiuer ensiiile, s'il en est besoin, dans une posture plus commode, mais pourtant honnête et respecliieuse, vous souvenant toujours que vous êtes devant Dieu, et que vous lui parlez: car, | our la prière du lil, vous ne vous y réduirez que dans l'Olal de maladie, pendant laquelle je conviens (|ue les as|.iialioiis Iréqueiiles sont la inaiiière de prier, non-seulement la plus facile, mais la nioilleure. Jo ne dis pas qu'il ne soit bon de prier dans le Ml, puisque David, i)ui élait un Ininmie seli n le cœur do Dieu, l'a ainsi conseillé et prati<pié, comme il paraît on tant d'i ndoits de ses psaumes : je dis (]iie de prier seule-, ment dans le lil, est une espèce de niuUesse et d'irrévéroiice, quo cela n'est excusable que dans la maladie, et nulleiiiPiit dans la santé, quoiqu'on se flatte de prier alors avec 1 lus d'alleiiiion : ceiiui est un prétevle ou un arlilico du démon, et de rauiour-propre qui se cherche jusquo dans les ciioses les plus saintes. Quand donc il vous airiveia de vous coucher devant la personne que vous me marquez, no vous dispciist z point | our ci la de faire à Dieu une luière courte, avant de vous iiiellre au lit; celle légMilarité l'éiiiliera, tl lui pourra être une bonne insliuition.
Je trouve très-bon (jue, pour pouvoir lixer voire esprit dans l'oraison, vous écriviez, en la faisant, les lumières et les vues quo Dieu vous donne : c'est un moyen Irèj.iropie, nou-seulemoiil à vous appliquer dans le moment au sujet que vous méditez, mais pour en conserver le souvenir, et pour en pouvoir plus longtemiis profiter. Vous relirez les choses dont vous aurez été louchée. Il faut seiileuient [iroudrc garde que l'application que vous aurez, il écrire, à force d'occuper votre espril, ne dessèche volro cii'iir, et ne l'empêche do s'unir à Dieu par des aifcilions vives et tendres, dans Icsquolles consisle l'ciscutiol do
assiduilo à entemlre les confessions. Il y p;issail les cinq cl les sis. iicures île suilc ; et
l'oraison : c;ir alors ce que vous appelez oraison, devinndvail une | énihle élmli' : ce ne serait plus prier, mais composer. SI vous épiiez cel ineoiuétiienl, récriture, jointe à l'oraison, à l'examen de votre consrienee cl ans antres exercices nlli5rienrs. v(ius|.onrra Olre d'un grand fruit : el je conn:ils, en parlienlier, que voire d rnière lettre était pour vous une véntalile oraison : mais je snpiiose toujours que le conir en fut occupé, aussi liicti que l'esprit, et môme encore plus que l'esprit: car, encore
une l'ois, dans l'oraison, l'espiil uo doit agir que par le cœnr.
Vous voulez que je vous rf'yle le t nips que vous donnerez a la prière; le voici : lorsque vous vous porterez liien, vous vous tiendrez à celui que vous avez jusqu'à présent observé vous-inéine, qui va, dites-vous, à une iieure : une lieure pour vous, c'est assez : il s'ai;it de la liicn employer; et ipie Dieu n'ait pas ii vous faire le rejiroclie (pie Jésus-CInist lit h saint Pierre : Vous n'avez )vi veiller imetiewe tircfinoi. Quand vous serez indis|iosée (ju lauijuissaiite, c'est l'état de vos forces qui vous réglera : mais ce que vous ne fourrez faire alors d'une f.içon, vous le ferez d ■ l'autre : car la soulfVance, avec soumission et avec résignation parfaite de votre volonté a celle de Dieu, sera une prière bien pins lonf;ue et plus continuelle que celle que vous feriez dans votre or iloire, ou au pied des autels. (Jnaiid vous ne serez pas maîtresse de votre temps, car il doif'vousétre indilférent que vous le sovez ou non, vous en donnerez à la piière autant qu^ vous le |.ourr(z, et Dieu sera content de vous. Pourquoi donc, eu ce cas-la, seriez-vous dans le trouble ?
Vous craifîhezqiie la pi ur d'être imrorlunée ne vous fasse prier Dieu dans voire cli.imbre plutôt que d'aller aux saints (|ui se disent dans les églises : en eltet, vous pouvez manquer en ceci, et dans la substance de la chose, et dans les inolifs : d:ins la chose, car il est il propos que vous Jilliez quelquefois à ces saints, quand CO ne serait que pour donner l'exeni| le, en vous cont'urmanl a la dévotion |iul)lique; je dis que|i|iicl'ois, comprenant bien que trèssouvent vous aurez des empêchements léij'itinies, et de justes raisons de n'y pas aller ; dans le motif, car il ne vous est pas permis d'appréhender si fort l'iinporlunilé, laquelle vous dev» z regarder, d.ins l'ordre de Dieu , comme une dépendance âr voire état. Cette trop grande peur d'élre importunée ne peut venir que d'un fond d'orgueil .secret, ou d'amour excessif de voire repos : il est par conséquent directement opposé à l'humilité, 'a la charité, et il la rnorlificatioii chrétienne ; il faut donc la modérer en vous onbliinl un peu vons-niènie, et en vous abandonnant davantage à la conduite de Dieu, dont les desseins sont souvent atlacliés il ce qui vous imporuue. Eu combien de manières y avcz-vous peut-èire manqué pour vous èlre sur cela trop écoutée? et combien la suite de l'imiiortunilé vous 3-l-el'e fait [lerdre d'otcasioiis heureuses de rendre a Dieu, au prochain, il l'Etal, au roi, les services importants que vous voudriez un jour leur avoir rendus? Il faut vous Jaire une vertu de souflVir qu'on vous importune : aiiniz ii être im|jorluiiée pour de bons sniots, et ne craigcz que rinnlililé. . = '
\ous avez très-bien fait d'omelire, depuis deux mois, la pénitence (pie vous vous étiez prescrite. Comme je suppose que Vous avez pris en esprit de pénitence le mal «lie D eu vous a envoyé, il vous a dû èlre une ] énitence d autant plus salulaire', et d'aiitaiil plus sOre, ipie cela n'a p^s été de votre choix, mais de celui de Dieu. Cela n'oiiiperlicra pas (|ue vous repreniez i'anlrc quand votre santé sera rétablie; mais il faut i|ii'elle le soit parfaitcinenl ; autreimnit je n'y consens polit. Le déni de vous-même et les praiiques de la pénitence intérieure, voilà a quoi vous devez priiici(ialenienl vous attacher.
Il lue semble (pie voilii à peu près les choses sur lesquelles vous m'avez consulté; et vous ne vous plaindrez jias i]ue je ne sois pas entré dans le détail.
(.1 lu mêmc.)—}p conviens avec vous, madame, qu'une dévotion qui ne consisterait que dans uu certain arrangement, serait qufdque chose de bien snperliciel, et dont vous ne devriez être nullement coiitenie : car (pioiipie rarraiigeiiient soil bon en tout, jusqu'à un certain point, et qu'il lie fiille pas le négliger, il doit pourlant supposer un certain fond plus st.ible, et ce fond doit èlre en vous un amour solide de la pénitence, un parfait déiachenient de voiis-mènie, un zèle ardent de la gloire de Dieu ; une chaiilé tendre |iour le |iroch du, une humilité sincère, un allach-ment inviolable à vos devoirs, même les plus pénibles, uni! entière soumission aux ordres de la Providence, uue iirépafotivn à tout souffrir, et autres choses que j'y
OU.VTEL'HS S.VCRES. BOUUb.\LULE. 20
quiconque l'a connu, jugera nisé'iiunl ijiie la vue seule de Dieu et du saliil des âmes pouvait accorder une telle palienco avec sa vivacité naturelle. Soitqu"on 1 appelât dans les maisons reli;;ietises, soit (iii'oii vînt le consuiler et prendre ses avis , soit qu'il y etit des malades à visiter, il ne s'épargnait en rien, également prêt pour qui que ce î'ûl , et se faisant tout à tous. Dans ce grand nombre de [lersonncs de la première dislinction dont il avait la conduit ', Lien loin de négliger les pauvres et les pelils, il les recevait avec bon:é,il descendait avic eus, dans le compte qu'ils lui rend;iient de leur vie, jusques ans. moindres particularilés ; il enlrait dans leurs besoins; et plus sa répulation et son nom leur inspirait de liniiditè en l'appi ocbaiil , plus il s'étudiait à gagner leur ciinliance cl à leur l'acililer l'accès aupirès de lui. Il ne se ciinlenlait pas de ce bon acctiril. Il les allait trouver , s'ils étaient bors d'état di' venir eux-mêmes ; il adoucissait b uis maux par sa présence, et les laissait remplis de coiisulalioii, et charmés tout ensemble de son liumililé et de sa cb.arilé.
Mais où il redoublait sa vigilance et ses soins, c'était aupiès des mouianls. On avait souvent recours à lui pour leur annoncer leurdernière heure et pour les y disp()ser(i); et, se croyant alors responsable de leur salut, il leur parlait en homme vraiment apostolique. Ce n'était pas sans réllexion et sans élude; il savait trop de quelle consé- (]uence il est de ménager des momenls si précieux et de ne les pas perdre en des dis-
pourrais ajouter. Or loiit cela peut se praiiquer dans les étals nièiues où votre arrangement vicndr dl à ciisser : car il est évident, par exemple, (pie, dans la maladie, une partie de tout cela, pour peu qu'on soit lidèle à la giùee, se pratique, non-senlemenl aussi bien, mais mieux, et avec nioiiis de mélange d'auionr-propre que dans la santé.
Servez-vous des lumières que Dieu vous donne sur ce point : el, piolitaulde votre expérience, faites- vous un plan de dévotion ipii seil indé|iendaiit de tout: c'est-à-dire ([ue vous puissiez vous y maiiileiiir, et dans l'inCrmité, el d.nis la santé, el dans l'embarras des allàires, et dans le repos, cl dans la bonne humeur, et dans le chagrin : or il me semble qu'un excellent moyen pour cela, est de faire consister votre dévotion à accoiii| Ur la volonté de Dieu, selon l'ét.il oii Diiu vous met; car, selon les é:als dllférenls oii vous vous trouverez, il demande de vous certaines ehosej dont voire perfection actuelle dépend, et qui vident mieux pour vous que celles ipii seraient plus de votre goût, cl |i|iis conlormes a vos idées : il ne s'agit donc , pour lors , qu'à vous appliquer à reconnaître cette volonté de Dieu, el à l'accomplir.
(I) On l'appela pour exhortera la mort le chevalier d(3 Rouan , qui fut exécuté à la Bastille, le 17 novembre lli? t, comme criminel d'Elat. Il avait voulu livrer (Jiiillebeuf aux Hollandais, et soulever la Normandie. lîa\ le rapporte dans ses leltres que Boiirdaloiie emi'loya cinq à six jours pour le résouilre à la mort, et iiue, lorsque le chevalier lui près de inonlersur réihafnid, // élail (tiiiix le plus iiiiuiiiiis é'.at (lu inonde , et ne voulait rien moins [aire i/ue mourir. Mais Bavle a été in;l instruit, ou (ilulijl il n'a cherché que l'occasion de plaisanter, en oppos.inl à l'éloquence de Bourdaloue l'exhortation militaire d'un olhcier auv gardes, qui pruduisil, dit-il, p/»s d'effet que Inule la nuirale du jésuite. Il est ceriain que le chevalier de Koliaii mourut avec constance el résignation. Jl disait à Bourdaloue : <( Mon père , « je n'ai pas besoin d'exhortation pour mourir en honnête (I lioinme; aidez-moi seulement à mourir eu chrélien. » I! est si |ieu vai que le chevalier de Koliaii « ne voulait rien nioi.is faire que de mourir, » qu'on lui ap|.li(pia ce que Tacite a dil d'Ollion ; Alii iitii;n (il y a iiiijkrmm dans l'historien romain) diiilius tenueiunl. nemn tam fortler reliquil (Notice sur Bourdnleue , par M. Yilltuave , éditiou de LebclJ.
PIŒFÂCE.
cour-» >agiits cl peu ulilcs. Oulie le long usii;;»; qui l'avait formé à roi exercice, oulre la riiélliode particulière qu'il s'en était luiniéme tracée, il prévoyait ce qu'il avait à dire, et, s'abaiiiltiniiaiit disuilt' à l'esprit de Dieu, il disait tout ce qui peut porter une j\ine à la pénitence et à la confiance, ("est ainsi qu'il s'est acquitté des derniers devoirs d'une amitié solide et clirélienne envers tant d'amis que leur naissante, leur nom, leur mérite persnnnel et une liaison de plnsietirs années lui rendaient égaleuient respiclables et clicrs, et à qui il a été lidèle jus(iu'à la mort.
Cepcndinl !c P. Bourdaloue. en pensant <iu\ autres, ne s'oubliait pas lui-mécne; au contraire, ce fut par de fréquents retours sur lui-même qu'il se mil en état dt» servir si utilement les autres. Celle atlenlion lui était nécessaire (larmi de continuelles occupations au dehdrs et de grands succès. Ses succès no léblouirent point et ses occupations ne l'empêchèrent point de veiller rigoureusement sur sa conduite. D'autant plus en garde qu'il était plus connu et dans une plus haute considération, il ne compta jamais sur le crédit où il était pour agir a^ec moins de réserve. Elroilement resserré dans les bornes de sa profession, il juignail ,iu\ lalenls de la prédic.ilion et de la direi lion des âmes le véritable esprit d'un religieux et les vcrlus que demandait de lui sa compagnie : surtout un parfait mépris du monde et de ses grandeurs (1), sans manquer à rien néanmoins de ic qu'il devait aux grands, un dévouement inviolable au service de l'I^glise et une soumission entière aux puissances ecclésiasliques, une estime de sa vocation dont il se déclarait partout, et un attachement à sou élat capable de l'affermir contre les offres les plus avantageuses, un zèle sincère et \if pour le bon ordre, et un soin exact de s'y conformer lui-même et de le suivre.
Entre ses devoirs, il s'en fit un particulier de la prière. .C'est en présence des aulels qu'il rappelait ces grandes idées de religion dont il élail rempli ; et. pénétré de la majesté de Dieu et de la sainleié de son culte, il ne se permcll.iil pas la moindre négligence en célébrant les sacrés mystères ou en récitant l'office divin.
.Avec celle piélé qui fait l'homme chrétien et l'honime religieux, que lui manquait-il d'ailleurs de ce qui l'ail, même selon le monde, riionnéle homme'? Il en avait toutes les qualités, la probité, la droiture, la franchise, la bonne foi ; ne disant jamais les choses au- Iremenl (}u'il les pensait, ou si, par sagesse, il ne les pouvait dire telles qu'il les pensait,
I (1) On lildans les Enlrelims de madame de Mainlenon, . que le père Bourdaloue lut quelque temps son confesseur. Elle avait débiré qu'il ne cess'il [.oint de la diriger : « M.iis « ce^sai.,l et ce savant |.rédic;Ueur lui déclara, dit-elle , « qu'il ne |iourrait la voir que tous les six mois, à cause de « ses sermons. Elle comprit que tout habile , tout vert meus, itiut ex| érimenlé, tout zélé qu'il était, elle ne « [ouvait pas en tirer le s?cours presque conlinml d"iit t elle avait besoin. Eq se privant du I'. Bourdaloue, elle « redoubla d'estime pour lui; car, ajoute-t-elle avec assez « de naïveté, la dircciion de ma conmence n'éuik point à « déJaigtter.»
ne disant rien. Beaucoup de prudence et de pénélr.'ilion dans les alTaires (1;, mais au même lem|is beaucoup de retenue pour ne s'y point ingérer de son niouvemeul propre; n'y entrant qu'autanl qu'on l'y faisat entrer (2),
(l) [Lettre du P. Bourdaloue ii M. de Lamoigiwii, avocut-géuéral, le jeudi malin, 7 d'aoïM.) — Le frère Maillard a entre les mains la déinission de l'alibè de Uioglie ; elle est . m'a t-il dit , connue en trois lignes. Si vous av(Z sur cela qucliiue ordre à lui doniur, il l'ixéculora poncluellenieiil. Le refus conlirmé et réitéré me cause un (leuble cliaij'riii, par la raison de celui (|u'il vous cuise a vousmême. Mais vous savez iiiieHX que moi , ()u'eu ce [ ars-la, plus qu'en tout anire, il faut posséder son Aine dans la patience, ne se rebuler de rien; et, par-dessus tout, ua point tirer de conséquences des événemenls, parce que outre iin'elb s attristerai ni, elb s serai, ni souvent mal tirées : c'est ce que mon peu d'expérience ni'a l'ail connaître en plus d'une orcasion. Que sera-ce, nionsirur, si vous ajoutez à celle plulosoiliie certaines p usées plus solides et plus consolanli s, donl vous voulez bien quelquelois qiiu je prenne la liberié di- vi'us parler, sans rien enlreiiri'iidri' sur les droits du P. Montécot (confesseur de M. de Lamoi-noîi). yuand j'aurai l'IiiJinn ur de vous voir, c qui s rà peut-être dès aujonrd'lini, je vous dirai les réflexions que j'ai laiies sur lout cela. Cependant, je suis , avi c plus (l'alUeliement ((ue jamais, et pour lont le r. sic de ma vi •, 1 le
(!') (Lettre du P. ISourdaloue à madame Mainteuon sur les liins de madame Guifon. l'aris, ee 10 juillet Iti'Jl.) — J'ai lu, madame, i t rehravectonti' l'allentiou donl je suis eapablr, le pelil livre de madame Gnyon , que vous m'avez lait l'bouueur de m'envover, et puisqu- vous m'ordonne% de vous en dire ma pi usée, la voiei ( n pi u de mois. Je v ux croire que la personne qui l'a composé, a eu uno bonne intinlion. Mais, autant qin' j'en puis jiig.r, son zèle n'a pas été Si Ion la science, comme il aurait puurlaiit dil l'être dans niic matière aussi iinporUmte que Ci He-ei ; car il m'a paru qu ce livre n'avait rien de solide , ni ipii I'i1l fondé sur les véiilabbs prinripi s de la relijîion : au coiilraire, j'y ai Irouvé bi auconii de propositions fausses, dangereuses', siijetu s à de grands abus, et qui vont à détourner les âmes de la voie A'oruisvn iiue JésusClirist nous a eus igné •, et que l'Keritur ■ nous recommande expre-séinent ; a les en délounii r, dis-je, jusqu'à li'ur en donner du mépris. En ell'rï , la lormc d'onijsoii ijue Jésus-Cbrist nous a prescrite, est de faire a Dieu plusieurs demandes [larliculières pour obtenir de lui, soit comme péclieurs, soit comme justes, b s dillérentes graci s du salut donl nous avons besoin. L'orai.son, que l'Ecriture nous recommanda en mille endroits, est de méditi r la loi de Dieu , de nous exciter h la ferveur de son divin service, de nous inqirinn r une crainte respi clu' us • de s s jngrinrnis, de nous oecupi r du sonviiiir de ses miséricordes, de l'adorer, dd l'invoquer, de le ri inen ier, de repasser devant lui les années de notre vir dans l'amertume de notre Jme, d'examiner en sa prési ncc nos obligations ( i nos di voirs. Ainsi priait David, l'iiomnies Ion 1 cœur île Dieu ; ri ainsi l'ont pratiqué 1 s Saints de tous les siècles. Or, la nielliodu à'oraiion, commun' dans le livre dont il s'agit, csl de retrancher tout Cl la , non-Seuli m nt comme inutile , mais comme imparfait, comme opposé il l'uuiié et 'a la simplieile de Dieu , comme une propriété de la créature , et niénm comme (pielque cbos-- de nuisible a l'âme . eu égard à lélat où l'on su|ipose qu'elle se met, quand il lui plall de S9 réduire à ce simple acte de foi , par lequel elle envisage Dieu en elle-même sous la plus abstraite de toutes les idé s, se bornant là , et sans autre ell'ort ni préparation, attendant ciue Dir'i fasse tout le ri ste. Méthode , encore un coup, pi iue d'illusions, qui roule sur ce rrinciiie mal entendu dont le qiiiéliste abuse . savoir, que la perfeclion de l'àm ■ dans X'orukon, est qn'i Ib- se dépouille de ses propri s opérations surnaturelles, .saintes, méritoires, et procédant de l'esprit de Dieu, telles (lue sont c l!es dont ju viens de faire le dénombrement : car, qui lie p rlecliou peut-il y avoir à se dépouiller des plus exe Ibnts actes des venus chi élieniii s, dans lesquels , selon Jésus-Clirisl , et selon loiis les livres sacrés , consiste le mérite et la sainleié de l'oraiso» même? Cependant , c'est à ce prétendu déiouilbinent.j ose dire, ii celle chimérique perfection, qu'aboutit toute cette doctrine du (iioyi'H court. Je sais bien que Dieu, daus létal et dans le moment de l'actuelle contemplation, peut se communiquer à l'àme d'une manière très forte, qui lasse cesser eu ille soudaincniinl tous les .irti-s particuliers, quoique bons et saints, parce qu il tient îlors les j.uisbaucus d») l'àme ccunine liées , et hxees à un
proposant ses vues comme un ami, sans cn- Ireprendrc de décider en maître; clierchanl
seul objet; en sorle (lue rCinic n'est pas libre, et qu'elle suuHre rimpresslun de Dieu |iUilôl i|u'elle n'agit. Je sais, liis-je, que cela arrive ; car a Dii u ne plaise que je veuille ici ciimlialtre la grSce , et le don de la conlcmplalioii infuse? Mais que l'àme, de son eliel , prévenant cet elal et ce moment de contemiAuUon , affecte elle-niênie de suspendre dans Yorahon les |ilus saintes opérations, pour s en tenir au seul acte de loi , et, que par son choix , elle se détermine à sortir de la voie sûre que Jésus-Clirisl lui a marquée pour s'en^'ager dansune nouvelle route, uni, par la raison môme qu'elle est nouvell ■ , doit au moiub lui être suspecte, c'estcuque je ne cmniendrai jamais èlre|iour elle une perfection. Un dit que l'àme n'en use ainsi , et n ■ se défait de ses 0| érations, que pour s'abandonner pleinement à Dieu, et laisser agir Dieu en ell •; et moi je souliens (|u'elle ne peut niieu.\ se disposer à laisser Dieu a,^ir en elle, qu'en faisant elle-même liilèlement ce que Jésus- Ctirist lui a aiipris dans Vûruhon dominicale, ou ce que David a pratiqué dans ses entretiens avec Dieu; et j'ajoute que . SI jamais l'unie avait droit d'espérer que Dieu Vi\^- ■\il'd Vi conlemplalian, ce serait dans le moment où avec fiuuiililé, avec lidélité, il la Iroiiverait solidniieiit occu|ié ■ du saint ixen ice de la méditation. Ijuoi qu'il en soit , se laire, selon le moyen court , une mélUode et une pratique de retranclier de (oraison ce que Jésus-Clirist y a mis, et ce que les saillis oui conçu de meilleur, et de plus agréable a Dieu , les demandes, les reiiierciiiients, les oUV s de soi-même , les désirs , les résolutions , les actes de résignation et de coni|ionclion, pour s'arrêter a une foi nui', <|ui n'a |,our objet ni aucune \érité de l'Kvangile ni aucun nivslère de Jésus-Christ, ni aucun aliribut d^' Dieu, ni nulle chose quelconque, si ce n'est préiiséiuent Dieu; projioser inilifféreinment celte niélbude d'yi «isoii à toutes sortes île prsonnis, sans exception; préférer cette méthode ù'uraiion h celle que Jésus-Christ a enseignée il ses apôlres^et par eux à toute sou Eglise; préleinlr.' que cette méthode d'oraison est plus nécssiire au salut , | lus liroprc à sanclilier l"s ânn'S, ij acquéiir les vertus , à corriger les vicrs; |iliis proporlioniiée aux esprits grossiers et ignorants, plus facib' pour eux a pratiquer que Voraison commuui'de mA/i((i/(OH et d'«//'c'f/(o;i; quitti r pour cette méthode d'oroisOH la lecture, les prières vocales, 1.' soin d'examiner sa conscience ; subslitui r même celle méihode d'oraistHi aux diS|iObilions les plus esseniielles du sacrement de pénitence, jusqu'à vouloir qu'elle poiss.' t uir lieu d> contrition, sans (lu'on ait actuell 'Ui ni aucun;' vue de ses péchés; toutes ers chosi s , dis-je , me paraissent autant de cliosos dangereuses dont le moyen court est rempli. Il me faudrait un solume riii): r pour vous le fiire remarquer suivant l'ordre dis cliapilres ; j'en ai fait l'extrait, que je pourrai quelque jour voi.s porter ii Sainl-Cyr, aussi bien que le sermon que je lis a Samt-Eustacbe sur celte matière. Ce|ieiidanl, comme j'ai déioiiveit que ce moyen court n'élail qu'une répélilioiid'uii aiilie ouvrage iiiiiliilé : l'raliquc facile iwnr élever l'ihnc à In conlcmiiliUion , qui liarut il y a environ vingt ans , i t dont l'aulenr était un irélre de Marseille, nommé ihdiwai ('), je vous envoie 1 traduelioii haneais.' de 1 1 réfutai ion qui s'< ii lit alors par un céièlu'e prédicaleiir, nimiiié le 1*. Seijueri ("), ipii >it encore , et qui a le premier coniba;iu la secte de Molinos.
Mais je ne puis, en finissant, m'emiiéch r de remercier Dieu de ce ipi'il vous a préservée d'.ivoir du yoiM pour c s sortes de livres , 1 1 de ce que, |iar une providence parliculière , vous ne leur aveiî donné iiiillu approbalioii. Car, dans le nioiivemint oii sont k-s esprits, quels progrès celle luélhode û'oruison ne ferait-elle pas parmi les dévots, surtout à la cour, si elle y éiail encore appuyée de voire crédit ! Dieu m'esl léuioiii que je n'abonde |ioinl en mon sens, Pt que j'ai môiiie la consolation que le que je coimais dans le monde de gens habiles, distingués par leur savoir cl par leur piélé, en jugent comme moi.
Ce qui serait à souhaiter, dans le siècle oii nous soui-
(■) Ce livre fut mis à l'index à Rome , et censuré. Malarul se rétracta, se déclara ouvertement contre les erreurs de Molmos, et mourut le Ki mui 1719, n .Marseille {oii il était né te 17 décembre 16i7). /( était aveugle depuis t'cige de neuf mois. Oh a rfe /«i des Poésies spirituelles et plusieurs autres ouvrages.
(■■) Paul Secneri , célèbre prédicateur et missionnaire italien, lié à Neptuiio, en {Qi't, mort le 9 décembre lii'ji. Il était jésuite. Ses Sermons et ses Mé.tiialious oiU éié traduits en trançais. Ses ouvragis, yiubtiés en ittitieu, lirmeul 3 volumes iii-tolio.
OR.VTEURS SACRES. BOURDALOUE. 2i
à se rendre utile et à servir, et non à se faire valoir cl à dominer; bien de l'agrément dans la conversation, un air engageant, des manières aisées, quoique respectueuses et graves, une douceur qui lui devait coûter, du tempérament dont il était; mais, par-dessus tout, une modestie qui lui attirait d'autant plus d'éloges qu'il avait plus de peine à les entendre; les fuyant, bien loin de les reclierclier; élevant volontiers les autres, et ue parlant jamais de lui-même (1).
Ce caractère, dans un homme aussi distingué que le P. Bourdaloue, ne le faisait pas moins honorer et respecter que tous ses talents. Après l'avoir admiré dans la chaire, on l'admirait dans l'usage de la vie. Où n'était-il pas reçu avec plaisir ; et depuis les premiers rangs jusqu'aux conditions les plus communes, qui ne se faisait pas, nou-scu!enienl un plaisir de le recevoir, mais comme un mérite de le connaître et d'élre en com-
merce avec lui ("2)"?
li fallait un cœur aussi détaché que le sien pour former, au milieu des applaudissements du monde, le dessein qu'il prit dans les dernières années de sa vie. Touché d'un saint désir de la retraite et voulant se préparer à la mort, il résolut de quitter Paris, et lie finir ses jours en quelque maison de la province oii il ptjt se recueillir davantage et vaiiuer uniquement à sa perfection. Il jugea bien qu'il aurait sur cela des obstacles à surmonlor de la part de ses supérieurs en France, et pour lever toutes les dillicullés, il s'adressa au général de la compagnie. Mais cette première tentative ne réussit pas. On le remit à une autre année, et on le pria de faire encore de nouvelles réflexions sur le parti qu'il voulait prendre. Il y pensa, et,
mes, ce serait qu'on parlât peu de ces malières, et ipie les âmes mêmes , ipii pourraient être véritablemeul dans l'yraison de conteinplutiun, ne s'en expliquassent jamais enlre elles, et encore même rarement avec leurs l'ères spirituels.
C'est ce que j'ai observé à l'égard de certaines personnes ipii se sont adressées à moi pour leur conduite , et ii qui j'ai donné , pour première règle, de n'avoir, sur le chapitre de leur oraison, nulle comuiunication avec d'autres dévoie.", sous quelque préiexle que ce soit, pour éviter les abus que l'eX) érieuce m'a appris s'ensuivre de ces coeli<lences.
Voilà, madame, toutes mes pensées, que je vous confie , et (pii ne seri iil peut-être pas bien éloignées des vôtres: cepeuilanl, je suis, avec tout le zèle que vous savez, et ave tout le respect que je dois, elc.
( 1 ) En sortant de ^'o^re-Danle , oil il venait d'entendre Ma>sillou, il (Il fut .si satisfait, que, l'indiquant du doigt à plusieurs de ses confrère s qui lui demandaient son avis, il leur répondit, comme Jean-Baptiste à S':s disciples qui l'interrogeaieuL sur le .Messie : Oporlcl illum crcscere, me autem minui (il faut que celui-là s'élève et cpie je décroisse).
(i) Extrait du Commentaire de Pierre- Daniel lluet , évêcpie d'.Vvraiiches, de rébus ad euni percmentihns. Amsu rdaiii, 1718 (page 403): — «Hosangores cumulavil alia legrilmlo, gravis profeclo et acerba , de morte Ludovici liunuALjii, e sucietale Jesu, sacrorum Evangelii pra;coiiuui bac ajlale longe priucipis, quo vel propter collata in me sumnœ benevolentiœ oflicia , vel propter amabilem quam- (lam aiiinii candorem , ncmo mihi amicior; erat enim in co peclus apertum, et , ut ita dicam, pellucidum ; neqne certe jucundior qui.squain, propter lepores ingcQii , suavissimaniquc hilariuitem. Accesserat frequens ac pêne quolidiaiius miillorum annoruni usus, cum nnlla pêne abiret dies (piiii ad me veuiret sub noctcm, et quidquid iiilerdiu ad se allatum essct novi, exproineret pcrainantcr, cl in médium c|uj;5iia oUictûsc reiiouïiet.»
PIŒFACE.
sans se rebuter, dès raniiéc suivanlc, il redoubla ses instances auprès liu père-général. La lettre qu'il lui écrivit est si remplie de l'esprit de Dieu, que le public sera bien .lise d'en voir un extrait. Le voici, traduit du latin.
Mon très-révérend Père, Dieu m'inspire et me presse mi'me d'avoir recours à votre paternité, pour la supplier très-instamment de vi'arcorder ce i/ue jr n'ai pu, malgré tous mes efforts, obtenir du révérend père provincial. Il 1/ a cinqnanle-deux ans que je vis dans lu Compagnie, non pour moi, mais pour les autres ; (lu moins, plus pour les aulres que pour moi. Mille a/fuircs me détournent et m'empêchent de travailler autant que je le voudrais à ma perfection , qui néanmoins est la seule chose nécessaire. Je souhaite de me retirer et de mener désormais une vie plus tranquille ; je dis plus tranquille, afin qu'elle soit plus régulière et phis sainte. Je sens que mon corps s'affaiblit et tend vers sa fin. J'ai achevé ma course , et plût à Dieu que je pusse ajouter, j'ai été fidèle! Je suis dans un âge où je ne me trouve plus guère en état de prêcher. Qu'il me soit permis, je vous en conjure, d'emploi/cr uniquement pour Dieu et pour moi-même ce qui me reste de vie, et de me disposer par là ù mourir en religieux. La Flèche, ou quelque autre maison qu'il plaira aux supéiirurs {car je n'en demanile aucune en particulier, pourvu que je sois éloigné de Paris) , sera le lieu de mon repos. Là, oubliant les choses du monde, je rejiasserai devant Dieu toutes les années de ma vie dans l'amertume de mon ânte. Voilà le sujet de tous mes va'ux,rlc.
Celle leltre eul tout l'effrl (jue dé-'irail le P. Bourdaloue. Il lui fut libre de f.;ire ce qu'il jugerait à propos, el dés qu'il eul reçu la réponse de Home, il prit jour pour partir. Mais les mêiiies supérieurs (jiii l'avaii'nl arrêté la première fois, se crurent encore eu droit de relarder son départ de (jueUiues semaines, el de suspendre la penni>sion, jusqu'à ce qu'ils eussent pu faire à Uoine de nouvelles remontrances. KUes toucbèrent le père-général, cl ia dernière conclusion fut (jue le V. Bourdaloue demeurerait à Paris et continuerait à s'ac(|uiltrrde ses fonctions ordinaires. Dieu voulut ainsi qu'il eût tout le mérite d'un sacrifice si religieux sans en venir à l'exécution , et qu'il achevât de se sanctifier lui-même en travaillant à la s.inctifiralion du prochain. \'oilà ce que le public n'a su qu'après sa mort. Comme ses vues avaient été droili's, el qu'en prenant une telle résolution il n'avait cherché (jue Dieu , il ne chercha point dans la suit<' à s'en l'aire honneur. 11 a toujours lenu la chose secrèle, et il n'eu a fait confidence qu'à quelques-uns de ses amis les plus intimes.
Le P. Bourdaloue n'insista pas. Il crut obéir à l'ordre du ciel en se soumellant à la Yolonlé de ses supérieurs. 11 n'en eut même encore dans son travail que plus d'activité et plus d'ardeur; mais il approchait de sou terme, et son travail désormais ne fut pas long : Dieu le relira au moment qu'on s'y attendait le moins.
Il tomba malade le 11 de mai ; et, dès la premier jour de sa maladie, il se sentit frappé à mort. 11 ne perdit rien, dans un (lénl si pressant, de la présence de son esprit ; et il est difficile de marquer plus de fermeté et de constance qu'il en fit paraître. Son mal fut une fièvre inlerne el très-maligne, précédée d'un gros rhume qui le tenait depuis plusieurs semaines, et où son zèle rcm|)êclia de se ménager autant qu'il eijt été nécessaire. Car, tout incommodé qu'il était, il ne laissa pas de prêcher et d'entendre, selon sa coutume, les confessions. Mais il fallut enfin se rendre. Le dimanche, fête de la Pentecôte, après avoir dit la messe avec beaucouj) de peine, il fut obligé de se mettre an lil.Ouoiqu'il connût assez son état, il voulut né.inmoins encore s'en faire instruire, et il pria qu'on ne lui déguisât rien. On lui parla comme il le souhaitait ; el, sans atlcmlre que la personne qui lui portait la p:irole,eûl achevé : C'est assez, répondit-il , je vous entends : il faut maintenant que je fasse ce gua j'ai tant de fuis prêché et conseillé aux autres.
Dès le lendemain matin il se prépara, par une confession de toute sa vie, à recevoir les derniers sacrements. Ce fol après cette confession qu'il épanchu son cœur, et qu'il s'expliqua dans les ternu's les iilus chrétiens et les jjIus humbles. Il entra lui-même dans tous les sentiments qu'il avait inspires â lant de moribonds. Il se regarda comme un criminel condamné à la uu)rt par l'arrêt du ciel. Dans cet étal, il se présenta à la pistice divine. Il acce|ila l'arrêt (jnelle avait i)rononcé contre lui , et (juclle all.iit exéciiler. J'ai abusé de la vie, dit-il, en s'adressani à Dieu , je mérite gue vous me Votiez : el c'est de tout mon cœur que je me soumets à un si juste châtiment. 11 unit sa mort à celle de Jésus- Christ , et, prenant les mêmes inlenl onsque ce S.iuvcur mourant sur la croix, il s'oltiit comme une victime pour honorer, par l,i destruclioii de son corps, la suprême majesté de Dieu, et pour apaiser sa colère. Non content de ce sacrifice , il consentit à soulTiiitoutes les peines du purg.iloire : Car il est bien raisonnable, reprit-il, que Dieu soit pleinement satisfait; et du moins dans le purgatoire je souffrirai avec palicnce el avec amour.
En de si saintes dispositions, il reçut les sacrements; et, s'êlant tout de nouveau en- Irelenii quebiue tenijis avec Dieu, il mit ordre à divers papiers dont il élail dépusiî.iire. Il le fit avec un sens aussi rassis que s'il eût été dans une parfaite santé. Il se smlit mêuie un peu soulagé tout le resti; de ia journée, et il donna tjuelquc espérance du guériï.oii. Mais ce ne fut qu'une lueur; et, sans se flatter de cette espérance, il s'occupa toujours de la mort , voyant bien , disaii-il , <iu'il ne pouvait guérir sans un miracle, et se croyant très-indigne que Dieu fit un miracle pour lui.
En effet, sur le soir, il lui prit un redoublement au(|uel il n'eut pas la force de résister. L'accès fut si violent, qu'il lui cansa un délire, dont il ne revint point; et, le l.'j de mai de l'année 170V, il cxiiira \eis (imj
27 Ol'.ATKUUS SACIU S. B -LKLULOUli. 23
liures ihi niaîiii. Aiiibi inuiiint dans la qu'il clail l)On de les faire, parce qu'ils pour-
s a\aîi!eil'.iiziciiie aimée de son îv^c, un dos r;:iciil cire utiles à ijiiehiues pié.licalcurs, et
plus f;raii(ls lioumies qu'ait eus notre corn- fiueceux qui ne voudraient jias s'en servir,
pagnie,el si je l'ose dire, qu'ail eus la France. seraient inaitres de ne les pas lire.
Il avait reçu du eicl beaucoup de talents : | jrcp.E DE M. Ch.-Fr. DE LA.MOIGNON . il ne les a ijoiiit assurenieni enlouis; mais il
les a cor.sl' inuient employés pour la filoire p«^>idf.vt a moutier aupaulkment de paris.
de Dieu et pour l'ulilite du prochain. 11 eut a i>e perso^^e de se, proches (I).
l'avanlagc de mourir presque dans l'exerciie l., p,,,.|g ^^^^^. j^y^ avons faile d'un ami
actuel de son ministère, et sans autre inter- ,n,i ,,0,,^ aimait, et que nous aimions (endre-
valle que celui de deux jours de maladie. „,t.,|i est si grande pour nous , qu'il n'y a
Tout le public ressentit cette perte ; le regret qu'une entière soumission aux ordres de lu
fut universel , el ce regrul est encore aussi providence, qui nous en puisse consoler,
vifque jamais dans le cœur de bien des per- u„g longue habitude avait formé entre
Bonnes qui ironvaient en hii ce qu'on ne nous une parfaite union ; la connaissance et
trouve i)as aisément ailleurs. Il ne les oublia l'usage de son mérite l'avait augmeiilée ; l'u-
poiut en mourant; et l'on peut pareillement limé de ses conseils, sa prudence, l'etenduo
compter que la mémoire du P^ Bourdalouc de ses lumières , son désintéressenjent , son
leur sera toujours précieuse. Ses ouvrages attention et sa l'uiélilé pour ses amis, in'a-
suppléeroiit au défaut di' sa personne. On ly valent engage à n'avoir rien de caché pour
retrouvera lui-même ; du moins, on y Irou- j^j^ jj ^^ n-ouvera peu d'exemples d'un ami
vera tous ses senliaieiils et tout son esprit. ,i,j„( „„ prisse dire ce que je dis de celui-ci.
Car ce sont ici ses vrais sermons, et non Pendant quarante-cinq ans que j'ai elé en
point des copies imparl'ailes, telles qu il en commerce avec lui , mon cœur ni mon esprit
parut il y a plusieurs années. 11 les desavoua ,^■^J||^ ,.j^.„ ^.^^ pom- lui de secret. Il a connu
haulement el avec raison. Il y est si défigure i„uies mes faiblesses el mes vertus; il n'a
qu'il ne devait plus s'y rcconnailrc. ^.^^,^^ ignoré des all.iires les plus iinporlanies
Les deux Aveiils et le Carême ((U on donne ^^^^■^ ^^^^^^ venues jusqu'à moi; nous nous
dans cette picinière édition , seront suivis des sommes souvent délassés de nos Iravaux p.ir
sermons sur les Alyslèns, sur les Sainis, sur i^.^ mêmes amusements; el jamais je ne me
1.1 Vocalion religieuse, et sur divers sujets guis repeiiii de la confiance que j'avais en lui.
de morale. Quoiiiuo, d.ms plubieurs sermons ,^ p,iye cl,iis-je en âge de connaîire les
de carême, il n'adresse pas !a parole au roi, fiommes, que je connus le P. Bourdaloue.
il les a néanmoins presque lous prêches à la jy ,einarquai d'abord un génie supérieur
cour, mais à d'autres jours et sous d autres ^^^^ autres ; dès (ju'sl s'aiipliquait à qucl(|ue
évangiles. chose, il laissait ceux qui avaient le mémo
On trouvera à la fin du seizième voluine(l) objet, bien loin derrière lui. L'estime que
deux letlrcs qui pâturent après sa mort, j-;,vais conçue pour sa personne augmenla
l'une maniiscrile et l'autre iinprimée. La pre- p^n- |e commerce que j'avais avec le monde;
mière e>t d'un illustre magistrat, dont le P. parce que je ne trouvais point dans la plu-
Bourdaloue honorait inlinimenl la maison, part de ceux que je IVéquenlais , la même
el singulièremriit la personne. On voit dans eiévallon d'esprit, la même égalité de senti-
cetlc lettre des traits de maître, el l'esprit n y menls , la même grandeur d'âme , soutenue
a pas moins de part (jue le cœur. La seconde ,j ^,„ „,iiiir. I bon , facile, sans art et sans af-
est une de ces letlres circulaires qu'on envoie tectalion.
dans les maisons de la Compagnie pour don- Dès (ju'il revint à Paris, il eut d'abord
lier avis de la mort de chaque jésuite. Le P. loule la réputation qu'il a eue jusqu'à s.i
Alartineau, confesseur de monseigneur le duc niort. Les applaiidisscmonls qu'eurent ses
de Bourgogne, cl supérieur de la maison sermons, le concours infini des auditeurs,
prof sse, lorxiue le P. Bourdaloue y mourui, l'empressemenl des grands à parlager son
écrivit ci'ile-ci qu'on ne put refuser au pu- amiliê , tout ce qui est capable de gâter cl do
blic, et qu'on réimprima plusieurs fois, tant corrompre le cœur, fil en lui un effet lout
elle fut goûtée el rccherilice. contraire; il connut le monde, et c'est le seul
Comme on n'a tiré le P. Bourdaloue qu'a- fruit qu'il voulut retirer du commerce des
près sa mort, on a élé obligé d.' lui laisser hommes; il se servit de cette connaissance
les yeux fermés dans le portrait ([ui est à la p^nr exciter les hommes à la vertu. Il crut
télé de ce volume, el l'on n'a pas cru pou- profier assez de la considération qu'on avait
voir mieux le mettre que dans la posture d'un pour lui, s'il faisait connaître par ses dis-
Iiommequi me liie. cours à ceux qui venaient l'enlcndre, ce que
• Il rcsle à dire un mot touchant les abrégés c'était (lue le monde; el s'il leur apprenait ,
qui sont à la fin de chaque volume (2). Plu- ,j„e ce qu'ils désirent avec plus d'ardeur,
sieurs personnes lésant demandés, et, après ^.^j ppy jy chose, et qu'ils s'écartent presiiue
avoir délibéré quelque temps, on a conclu loujours du véritable bien , pour chercher el
pour suivre ce qui n'est ([u'une simple idée,
(1) A la siiiie (le celle préfice. cl ce (lui n'a qu'une apiiarence sans fonds.
,i?i ïu:;i^;;in.r:K«:: ear^l;;SÏ^SsT;;;;: sa subUme éloquence vcail sunom de ia
ipi-essioii, nuis encore connue sniJcrfins, iiiiisun'ils ne |icn- , . , , , . ,
veut dans antiin cas aispeuàor tle lire les scrninns oriïi- (1) ('.elle leUie fnl écnle 1 année ineine (Je la niorl ,(1«
iijux. M. . Bourilalunc.
50 rhKlACK. 50
coniia's<nnre onrHiite qu'il ,n,iit du inonilc éiliippcr la inoiiiilic impalionci» quaiid ils'a-
II bauiiil (le la rlniie r("S pcnsé-s IVivoli'S, gissail (ruiic ;:lTaire ini|iorlaiili' ; souvi'iit
plus propri s pour dos discours acadi'iiii(|U('S iiièine il perdait un k'inps aussi cher que le.
que pour instiuire les peuples ; il eu reirau- sien, pour remplir des dc^ oirs d'une pure
cha aus<i ces longues disserlalioiis de Iheo- ainilic el d'une reconnaissance l'ondée uni-
logie ((ui ennuient les auditeurs , et qui no quenient sur les senlimenls trcsliiiu; ([u'on
servent qu'a remplir le vide des serinons; il avait pt)ur lui.
élabîit les vérités de la religion solidement ; Quoiqu'il ait (u la confiance de (ont co
et jamais personne n'a su comme lui tirer qu'il y a de []|us éle\é dans la France, on ne
<Ji' ces vérités des conséiiucnces utiles aux peut pas dire qu'il l'ait jamais désirée. Il se
auditeurs, et si naturelles , que chacun de dévouait de la n:éme manière à tous ceux (lue
ceux qui rcntendaienl pouvait s'appliiiucr la Providence lui envoyait, sans rechercher
ce qu'il disait. les gianils et sans mépriser les petits, parlant
Quoiqu'ilneri'clierchàtpastoujoursdansses à chacun selon son caractère, et ne s'ajjpli-
discours l'exactitude des ex[)ressioits , il ne quant iiu'à perfectionner l'ouvrage (ju'ilavait
lui m échappait aucune qu'on pûl trouver en ses mains.
h isse el peu digne du sujet (|u'il traitait. S'il II .ivait eu l'estime d'un grand ministre dès s'i'ng.igeail dans (jnehiiie description, ou ses premières années : il l'a conservée tant (ju'il desiendîi d uis (|uel(|ue détail, il ne loin- que ce minislre a vécu. En a-l-ii retiréiiuelhait pt)iiil dans ces s.irtes de disiours qui ne iju- utilité pour lui? s'cst-il servi de son conviennent ni aux pré licateurs, ni aux au- ciéditpourse inèlcr dans li's intrigues de la (liteurs; qualité rare dans ceux (|ni parlent cour, ou |)our élever ses parents, qui, païen public, et qui vient d'une |)rol'();ide inédi- leur naissance et par leur mérite, étaient eu (liiaiion, et d'une juste coniiaiss.;nce des ma- état de recevoir les grâces qu'il pouvait l'aiic lière^ {|u'on traite. tomber sur eux.
.■Mais pour(]iioi vous parler de la grande Un autre tiiinislre vo\ilut attirer auprès ih-
réputation (]ue le P. Honrdaloue s'est aciiui>o lui 1,' {'. liouidaloue ; il le connut , il l'aima,
dans II pré licilion! C. est un lal'nt que tous il lui conna ses pro^péIilcs et ses chagrins,
(eux qui l'ont le lUiiiiis connu n'ignorent pas. (]e commerce ne diminua rien de l'estime el
Tarions plutôt d;^ ses \erlus, que nous nous de la conliance du premier. Quoiqu'ils eus-
11 liions d'avoir plus senties (lue ceux qui ne sent l'un et l'autre des intérêts (linérents
l'ont pas pratiqué aussi souvent que nous. tous deux le regardaient égalemenl comme
Il est plus rare do trouver des homoies un ami fidèle ; il repondait à leur amitié par prands dans le coiniiierce intime et particu- un sincère attachement, sans se mêler d'aui:er, (jne d'en trouver de grands lorscjuils cune ..ITaire, sans même vouloir négocier représentent, ou (pTils sont, pour ainsi dire, entre eux : parce (ju'il ne croyait pas que le montés sur le Ihéàtie ; car, lorsque les boni- temps en l'ùt encore venu. Content de leur mes sont en quelque fonction publi(iue, tout dire à chacun ses sentiments sur ce tju'ils cequis'oll'rc à leurs yeux les excite el les lui proposaient, il faisait des vomix au ciel jiisiruil de ce qu'ils doivent être. .Mais lors- pour ces deux gr.inth hommes, dont l'union (lu'ils sont r(uidusà eux-mêmes, lorscjne tons était si nécessaire à la France, les objets (]ui les tenaient atlenti'.s sont écar- Il a gardé la mémo conduite à l'égard do lés, (ju'il est rare do les trouver aussi grands tous ceux qu'il a fréiiuenlés ; el, des faniildans le repos ()u'ils nous ont paru grands les ((u'il voyait ordinairement, ci qui, queldans l'action! C'est cependant en cela (]ue qui lois, étaient di\isées entre elles, nous consiste la véritable grandeur : car je n'a|i- n'en avons connu aucune où, malgré leurdipoTe grand que ce (jui se soutient par lui- \isiun, il n'ait été également honoré et aimé niéiiie, et iiui n'a pas besoin d'ornements deceux qui les composaient, empruntés. J'ai bien vu des hommes grands Ce n'était point par orgueil ni par gloire dans l'opinion commune : mais je n'en ai qu'il voulait iiu'on le désirât, et (juil n'allait |)oint connu d'aussi giands dans le particu- jamais au-devant des nouvelles habitudes; lier ([uc dans le public, ou plutôt, je n'en ai c'était par la crainte d'entrer dansd'autres afguère connu qui ne perdissent , dans un coin- laircs ([ue celles de sa prol'ission. Il donnait inerce long et familier, beaucoup de l'estime ses conseils à ceux qui lis lui demandaient; qu'on avait pour eux. il n'était pas jaloux qu'on les suivît, excepté
Le P. Biuirdaloue n'était pas de ce nombre, sur ce qui regardait la conscience ; c'était
jamais personne n'a plus gagné que lui à uniquement sur ce point (lu'il fc rendait in-
étre vu tel qu'il était. Ses moindres qualités llexible ; il fallait lui obéir ou le (juitter, liu
ont été celles <iui l'ont l'ail honorer et re-'ijcc- toute autre matière, il se contentait de dire
1er du public. son sentiment, de l'appuyer do raisons soli-
II était naturellement vif el vrai; il ne des : mais il ne voulait point, par prudence,
pouvait soulfrir le déguisement el l'artifice; se charger d'aucune négociation,
il aimait le commerce de ses amis , mais un Avec quelle sagesse savail-il distinguer les
commerce aisé, sans étude et sans contrainte; conseils qui pouvaient regarderla conscience
néanmoins, combien do fois l'avons-nous de ceux qui n'élaient que pour les affaires
vu forcer son naturel , el vivre familièrenunt du monde ! L'avez-vous jamais vu, comme
avec des gens d'un caractère fort opposé au d'autresdirecleurs, fairede toutes les actions
sien'/ des p.oints de conscience ; vouloir gouverner
'foule sa vivacité ne lui laissait jamais partout, sous prélexlc de conduire les âincj
ORATEURS SACRKS. BOlT.DALOUi:.
;'i la pcrfcriion ; se roiuli'C nécessaire entre le mari et la femine, entre le père et les enfants, entre le maître cl les domesliqiies, et s'ériger un tribunal souverain, pour savoir el pour ordonner jusqu'aux moindres choses qui se font dans une maison?
Le I'. Bourdaloue était aussi Irès-éloigné do ceux ((ui condamnent tout sans rien examiner. Il voulait réfléchir lungtcmps avant que de donner ses décisions. Il présumait toujours le hicn, et ne croyait le mal que lorsqu'il en était pleinement convaincu. Il n'effrayait point les hommes par sa présence ni par ses discours; il les ramenait, au contraire, par sa prudrnce et par une certaine insinuation à laquelle il était difficile de résister.
Sévère et implacable contre le péché, il était doux et compatissant pour le pécheur. Loin d'affecter une austérité rebutante, cl dont bien des s;ens de sa pr(;fession se font un mérite, il prcvenail par un air honnête (!t affable. Austère pour lui-même, exact à observer ses devoirs, il était induliient pour les autres, sans rien perdre de la sévérité évangélique, el sans donner dans aucun relâchement. Ses manières ont plus attiré d'âmes dans la voie du Seigneur, que celles de bien d'autres, qui s'imaginent que la vraie dévotion consiste autanldans l'exléricuriiue dans l'inléi ieur.
Instruisait-il à contre-temps ceux qui conversaient avec lui? les reprenait-il à tout propos? en un mot, était-il prédicateur à toute heure et en tous lieux? Il prenait les temps propres pour dire à chacun ce qui lui convenait; il ne laissait jamais échapper ces moments heureux que lui donnait la Providence. et il avait un talent admirable pour ne rien souffrir, dans une conversation, qui lui contre les bonnes mœurs, sans offenser néanmoins les personnes avecle-quelles il se trouvait. Il savait se confonuer à toutes les compagnies, sans rien perdre de sou caractère, cl sans que ce caractère éloignât de lui ceux qui, par leur conduite, y paraissaient les plus opposés.
Sa principale application, dans les conseils qu'il donnait, était à prendre garde si ce qu'il conseillait pour un bien à celui qui le consultait, n'était point luiisible à d'autres; si, sous ombre de faire une bonne <euvre, on ne cherchait point àcontenicr une secrète passion de haine ou de veng<'ance.ll consideiait conmie un très-grand mal tout ce ([ui troublait le repos des familb s, parce, que o :lre le mal que lait la première action qui le trouble, elle est la source d'une intinité de mauvaises actions.
Il voulait que chacun vécût el s8 sanctifiât dans sa profession, persuadé que Dieu nous donne des grâces proportionnées à noire élit, et que c'est notre faute si nous n'en faisons pasun bon usage, llregardail lacharité comme le fondement de la morale chrétienne ; tout ce qui la blessait ou (jui la pouvait altérer le moins du monde, lui paraissait un crime.
Je ue finirais poin!, si je voulais vous mar-
quer en détail toutes les actions de ce grand liomme : son amour pour son état, son zèle pour le salut des anies, tout ce qu'il a fait dans la seule vue de faire du bien. Il était aussi appliqué auprès d'un homme de la lie du peuple ((u'auprès des têtes couronnées.
Souvenez vous combien de fois nous l'avons vu donner tous ses soins à un domestique, à un hoMune de la campagne, (t quitter pour cela une bonne cl agréable compagnie, lu conunent la (luiltait-il ? était-ce eu annoi:çanl ce i|u'il allait faire? lui seul savait le bien qu'il faisait : jaiuais personne ne s'est fait moins ((ue lui un mérite de sa vertu.
N'espérons pas retrouver jamais tout ce que nous avons |)erdu d.ins notre illustre ami. Mais, après avoir donne quelque temps pour ideurer sa perle, disons-nous ce <iu'il nous dirait lui même si nous pouvions l'entendre. Ce n'est point par des larmes «lue nous devons honorer sa mémoire; imitons SCS vertus, si nous voulons rnarcjucr le respect et la vénération que nous avons pour lui ; remplissons nos devoirs comme nous lui avons vu rem[ilir les siens ; jugeons fa\orablemenl de notre prochain , édilions-le par nos exeiuples ; tenons-nous dans l'état où Dieu nous a mis; conservons la paix et l'union enlie nos [iroches, même cuire nos domesli(iues ; rec.dons - nous aimables a ceux qui nous approi lient, tâchons à gagner leur confiance par une conduite désintéressée; no nous laissons point entraîner â notre pente naturelle, rcllechissons beaucoup avant que d'agir; icelierchons avec plus d'empressement ce qui coin ieiil aux personnes avec (]ui nous avons à vi\re, que ce ([ue nous pouvons désirer pour nous ; préférons notre prochain à ce qui nous peut plaire : mais faisons liuil cela sans aucun faste, sans aucun désir de nous singulariser; nous suivrons ainsi les instructions de notre illustre ami ; nous le l'enuis revivre en nous, el , prolitanl des exemples qu'il nous a donnes, nous espérerons le rejoindre un jour dans le ciel.
LETTIU- DU P. .M.\r.TIM:.\U
DU i.A comvaomic ni; Jhsis,
coM'ESsiaii i)K noLiuiM ()i !■. !■ r ui nie im
IIOLIIOOC.NK (I).
]Mon révérend Père, celle letlre apprendra à N'olre Uévérence la perte que la maison prolesse fit hier, à cinq h&ures du matin, d.ins la personne du P. Louis lîimrdaloiie. (|u'une lièvre, accompagnée d'une violenîe iiidaMunalion de poitrine, nous a enlevé m moins de deux jours. Car il eut encore, diiiiaiiche dernier, fête de la Pentecôte, le bonheur de dire la messe à son ordinaire.
Nous jiouïons dire ([ue celte courte el fâcheuse maladie a été l'effet de son zèle. Il avait depuis quelque temps un assez gros rhume, cl ce[iendant il prêcha, il n'y a pas plus de dix jours ; cl il s'est si peu ménage
(1) C.i'ii,' itUrc fui Ocrilc le loiidcniain de l.i nmil U'jjidatuuc.
PRKFACE.
(l.ins la suite, qu'il somblp même avoir redoublé son assiduité auprès des malades et au eor\fes^ioiinal. Aiu>i il a eu la ronsolalioii de mourir, eonime il souhaitait, les armes à Ja main , et avant que les années d'un âije plus avaneé le missent hors de eomhat.
A'ous pouvez jnj;er , mon révérend l'ère, de la i;randeur de noire ailliition , par l'avanlaire (jue celle maison avait de posséder lin iiommc eu (jui se liouvaient , dans un éminent de<;ré , loules les (jualites qui peuvent rendre uliles à l'I'iRlise les personnes de sa profession : un ^éuic facile et élevé , un o*prit vif et pénelranl , une exacte eonsiaissanccde tout ce<iu'i! devait savoir, une droiture de raison qui le faisait toujours trndre au vrai , une application constante à remplir ses devoirs , une piété qui n'avait rien que de solide.
Ces qualités avaient paru eu lui dès ses premières années dans les classes où, selon nos usages, il a été, soit eu qualité d'écolier de théologie, soit en qualité de professeur de prammaire, de rhelorKjue, de philosophie et de théologie morale. .Mais le temps marqué parla Proviilencepour le mettre sur le chandelier par les deux plus importantes fonctions du minisière évangéli jne, étant venu, elles parurent avec un éclat que rien n'a pu effacer, cl dont ou conservera longtemps le souvenir.
Nul n'ignore jus()u'où il a porté l'éloquence de la chaire. S'il avait reçu tous les talents propres pour y réussir, il les a cultivés par un travail si constant, il les a employés avec un si grand succès pend. ml l'espace de quarante ans , que la France le regarde comme le premier prédicateur de sou siècle. Ce qu'on peut dire de lui sur ce point, de plus singulier, c'est que, comme il parlait toujours avec beaucoup de justesse et de solidité, il savait rejidre la religion respectable aux libertins mêmes, les >érités chrétiennes conservant dans sa bouche toute leur dignité et toute leur force.
Eu efifet, sans faire son cajdtal de la politesse, qui ne lui manquait assurément pas, il donnait à ses discours une beauté majestueuse , une douceur forte et pénétrante, un tour noble et insinuant, une grandeur naturelle et à la portée de tout le monde. Ainsi, également goûté dis grands et du peuple, des savants et des simples, il se rendait maître du cteur et de l'esprit de ses auditeurs, pour les soumettre à la vérilé qu'il leur annonçait. Aussi avait-il souvent la consolation de cueillir lui-même la moisson qu'il avait préparée , en jclant le bon grain de la parole de Dieu dans le champ du père de famille. Car, comb en a-t-on vu de personnes , du grand monde riième, aveuglées par l'enchantement du siècle et endurcies par une longue suite de crimes , venir metire entre ses mains leurs cœurs ébranlés par la crainte et brisés par la componction ((u'il leur avait inspirée ?
Il n'a pas moins réussi dans la conduite des âmes. Evit.int toute affectation et toulc singularité, il les menait, par les routes lis plus sûres , à la perfection propre de leur
état; et, appliqué à ronnaîlre la disposition particulière que la grâce produisait en elles, il savait parfaitement s'en servir pour avancer l'ouvrage de leur sanctification. La solide piété de tant de personnes île toutes sortes de conditions, qui l'ont eu pour directeur, soit dans le siècle, soit dans les maisons religieuses, en est une preuve bien sensible. Mais ce «Ion si excellent de conduire les âmes par les voies de la jnsliie , éclatait particulièremenl quand il assistait les malades. Itien de p'us capable de les instruire et de les snnleuir que ce qu'il leur disait dans ces tristes moments, où l'homme, livré à la douleur et envelopiiC des ombres de la mort, ne trouve que de faibles secours dans sa propre raison. On élait si convaincu ((ue le l'ère Huiirdaloue avait grâce pour cela, (]ue, depuis plusieurs années, il élait très - souvent appelé auprès des mouranis, à quoi il répondait , de sou crtté, avec tout les empressements de la diarilé chrélienne , passant qnehiuefois de la chaire au lit des malades , sans se donner un moment do rei)os.
De si importantes fondions, exercées avec tant de dislinclion , lui avaient attiré une considération si universelle, que ce qu'il y a tie plus élevé d.ins le royaume l'houorait de son estime, et se faisait même honneur, si je l'ose dire, d'.noirquelque liaison avec lui. A peine a-t-on su si maladie, que les personnes du premier rang , soit de la cour ou de la ville, ont envoyé, avec des marques d'une inipiiéliide véritable , savoir de ses nouvelles; et dès qu'on a été informé de sa mort tout le monde a pris part à noire aftlicliou, et s'en est fait comme un devoir de reconnaissance, pour tout le bien qu'il a plu à Dieu d'opérer par lui à l'avantage du public durant le cours de tant d'années. Pour ceux qui lui avaient donné leur confiance, je ne sais si rien sera capable de les consoler. Comme ils le connaissaient encore mieux que les autres, l'entretenant plus souvent , recevant de lui des conseils très-salutaires, le trouvant toujours prêt à les secourir dans le besoin, et ne le quittant jamais sans une nouvelle conviction de son mérite, ils ont dû aussi ressentir plus vivement la grandeur do celte perte.
Mais ce qui doil, mon révérend Père, nous rendre plus précieuse la mémoire du P.Bourdalouc , ce sont les vertus solides qu'il a su joindre, selon l'esprit de nos règles, aux grands talenls dont Dieu l'avait pourvu. Le zèle de la gloire de Dieu était lame de tout ce qu'il faisait dans l'étendue de ses emplois; la sienne ne le louchait point. Loin de s'applaudir lui-même, par une vanité dont il est si difficile de se défendre dans les grands succès , les applaudissements qu'on lui donnait le faisaient souffrir; et, toujours renfermé dans la plus exacte modestie sur ce qui le regardait , il était prodigue de louanges à l'égard de ceux en qui l'on voyait quel<|uo mérite. Je sais d'une personne pour (|ui il avait beaucoup de considération , que , lui ayant un jour demandé s'il n'avait point de
55 Or.ATEURS SACRES. BOURI-ALOir:. 3S
coiiiplaisaiice parmi t.uil de clioses capable* vidcncc los avait mis. Ainsi, il clail rrspoo-
d'en inspirrr , il lui ropomlil ()uo ilcpnis Iuimix envois les grands, sans perdre la li-
ioii'^tcnipsDieu lui avait l'ailla gràte de con- Ix'rlé de son ministère, et, sans en avilir la
jiaî"re le néant de tout ce qui hrille le plus dignité, il était facile et afl'able aux pdils.
aux yeux des hommes, et qu'il lui faisait en- Le fond de cette pruden<e n'était point un
i-orc celle de n'en cire point touché. Il a dit raffinement de politique; car il était 1 homme
à un anirc , qu'il était si parfaitement fon- du monde le plus solide et le plus vrai. Il n'y
vaincu de son incapacilé pour tout bien, que avait rien de Irivule en lout ce qu'il faisait,
malgré Ions ses succès il avait beaucoup pins rirn de contraire à son caractère , et nulle
à se" défendre du découragement que de la considération n'altérait sa franchise et sa
présoirqition. sincérité. (l'était la droiture , le bon sens cl
Il n'était pas plus sensible à tous les agré- la foi qui lui faisaient découvrir dans chaque
inenis (lu'il pouvait lrouv<'r ilans le con)- clioî-e ce que Dieu y a mis pour servir de rè-
merce que son miniitère roblig''ait d'a\<Hr glc à notre conduite.
avec le monde. Comme il servait le pro- C'est par de semldables principes que tous
chain sans intérêt, c'était aussi sans altac lie- lui étaient égaux à l'égard du salut des âmes:
ment : en voici une preuve qui ne peut iiiau- les gens de la plus basse condi ion trouvant
qnerde vous édifier. en lui les mêmes secours, pour leur sanctifi-
II y a plusieurs années qu'il pressa les su- cation, que les personnes delà première qua-
périeurs de lui permetirc de passer le reste lilé. Il y en a qui lui ayant marqué que sa
de ses jours à travailler, loin de fari-;, hante réputation les empêchait de s'adresser
dans une de nos maisons de retraite, et à lui au tribuealde la pénitence, ont été con-
cellc tentative u'.iyant pas réussi, il en fit vaincus, par ses manières simples cl prévc-
nne il y a trois ans auprès de notre très-ré- nantis, qu'il ne bornait pas son ministère
vérend Père fiénéral , pour obtenir la per- aux gens distingués par leur naissance et
mission de se retirer au collège do la Flèche, par leurs emplois. 11 se comportait de même
afin de s'occuper uniquement de sa jjcopre cinantl il s'agissait de prêcher; car il le fai-
sanctilication. Mais Dieu, (]iii voulait se ser- sait aussi volontiers dans les hô|)ilanx, dans
vir de lui pour en sanctifier bien d'autres, les prisons, dans les villages, (j n'a la cour
ne permit pas qu'il réussît mieux celle se- ou dans les plus grandes villes du royaume,
conde fois que la pre^iiièi-e. On peut dire Le désir de rendre service au prochain lui
né.inmoins que le l'ère lî inrdaloue a eu ce fit toujours négliger ces mcn igcmenls de
qu'il souhaitait le plus en cela. (]ar, redou- vogue el de santé , qu'on craint ordinaire-
blanl son attention sur lui-même, il a su se ment d'user en se prodiguant au puldic ; ce
procurer, dans l'embarras où il était retenu que Dieu a tellement béni, que, par un rare
jiar la Providence, les mêmes accroissements exemple, on l'a ^u prêcher, dans un âge
de vertu ((u'il se proposait dans le saint re- avancé, avec la mêmi" vigueur et le même
I os après lequel il soupirait. succès que dans ses plus billes années.
Au icste, cette atlenliou sur soi-même Va. Comme c'est la iiiété envers Dieu (jui donne
acc(mipagné pendant toute sa vie; et c'est le prix à toutes les vertus, je dois, après ce
par ce moyen qu'il a accompli si parfaite- que je viens de dire, vous taire voir jusqu'où
ment l'avis de rAp(*)trc à Tite, son disciple : elli\ a été dans le P. Bonrdaloue. Il é!ail très-
Soi/cz en toutes choses un exemple de bonnes religieux observateur des saintes pratiques
œuvres dans ce qui reijnrde la doctrine , lin- que la règle nous prescrit, pour entretenir
téijrilé, la stiijcsse. Que ce que vous dites soit en nous l'esprit d'une véritable dé\otion. Les
suint et irrci>rehensible , afin que quiconque premirrs jours de (ha(|ue année, il les coii-
est déclaré contre no>is demeure covfas , .sacrait à la retraite ; et, afin de conserver la
n'ayant rien ù nous reproclier. Vous le re- ferveur (lu'il y avait prise, il donnait chaciuc
connaissez assuiémenl dans ces paroles, jour un temps consiilérable à la prière. L'of-
mon révérend Père, pour peu <;uevous rap- (ice divin avait pour lui un attrait i)arlicu-
j)eliez dans votre esprit ce que vous avez vu lier ; il avait comnencé à le réciter régii-
vous-méme si souvint. Je ne parle pas ici lièrement , longtemps avant que d'y être
de ses discours publics où , de l'aveu de tout obligé par les ordres sacrés , et l'obligalion
le monde , il ne lui est liin é( happé que la qu'il en en! dans la suite ne servait qu'à lui
critique la plus exacte pût justement censn- faire remplir ce devoir avec un sensible rc-
rcr; je parle de sa conduite ordinaiie, que doublement de ferveur. Pour ce qui est du
la médisance s'<'st vue contrainte derespec- sacrifice <le nos autels , pénétré delà gran-
ter sous un habit ciu'ellc a coutume dêpar- deur d'une foin (ion si sublime , il s'était fait
gner si peu. une règle de le célébrcrtous les jours, comme
.\u milieu des affaires dont la dissipation si chacun eûl été le dernier de sa vie. Ainsi,
parait le plus inséparable, il ne perdait ni racconlumancc, qui attiéditonlinairement
point la possession de son âme, selon l'ex- le cœur, ni la mnltitmledesalïaires, qui ledis-
pression de l'EcrKure; (ellemeni, qu'obligé sipe, ne l'empêchaienl pointde puiser avec
de se communiquer au dehors, pour répon- abondance dans cette source de grâces. D'où
dre à la confiance qu'on avait en lui , il ne il arrivait que, plein des sentiments que pro-
s'éloignait jamais des bienséances de son dnit dans une âme bien disposée la parlici-
étal;ctque, recherché de (ontes sortes de pation des divins mystères, il parlait, dans
personnes, il traitait avec chacun d'eux d'une l'occasion, des chosrs de Dieu d'une manière
manière proportiouuéc au rang où la Pro- égale.i eut vive el toncli nie lailin, loiit ce
57 rRF.fACE. -g
qui concerne le ciille divin lui (.Mail pri^cirux ; éivc. Auresle.ce n'e.sl p.is I.i prcniiôrc pr.'uvc
los inoinilres cciémoniosdc ri'glise navaiciil qu'il m'en ailonn^p; car je ne dois pas oniol-
licii i\uo de {frand pour lui. A i'exein|)le du Ire ici que, peiidanl loiile sa vie, il a aimé la
Priipliète, ilaitnail la beauté de la maison du dépendance; qu'il l'a pratiquée avec cxar-
Soiyneur; cl le zèle qu'il avait pour elle, lui lilude, cl qu'il l'a préférée à des emplois qui
faisait prendre un soin particulier de la dé- devaii'iil l'en tirer, et i]u'on l'a pressé plu-
coraiion des autels. Sur c(>ml)ien d'autres sieurs fois d'aceepler.
I lioscs la modestie du 1'. lîourdaloue a-t-elie Hien des raisons doivent le faire re^jreller jeté un voile qu'il n'est pas possilde de le- dans la Compagnie ; mais la plus lonclianle ver? car, content de plaire au\ yeux de Dieu, de loules est le tendre et sincert; attacliement scrutateur des cceurs , il cachait a ceux des (pi'il avait pour elle. Ou ne peut dire coiiihonimes tout ce (jne la loi do l'eilitication ne lii. n il l'cstimail, et jiis(|u'à quel poiiil cette l'ohligciil pas<le laiie paraître. Une(le\oliou csliuie le rendait sensible à ses avantagi-s cl d'ajipareil n'était point de son i;oûl, et l'on ne à ses disgrâces, lin vain s'eslil trouvé des pouvait être plus ennemi de 1 ostentation. gens qui, jiour diminuer l'honneur qu'il lui
.le m'aperçois, mon révérend l'ère, que faisait, ont voulu plus ilune fois persuader lo
cette 11 lire passe de beaueoup les bornes or- contraire .in monde. C'est dans ces orcasions
dinaires; il faut donc la finir, pour vous ap- qu'on voyait son zèle pour elle prendre une
prendre en peu de mots quelle a été la (in nouvelle vivacité ; avec quelle forci' d'espres-
d'une si belle vie. Le P. Bourdaloue a vu les sion ne protestait-il pas alors qu'il lui devait
approrhes de la mort avec une tranquillité tout, et que l'une des plus ïrandes grâces que
qui était beaucoup moins l'elT. t de la force Dieu lui eût faites étant de rya\oir appelé,
naturelle de sou esprit ijuc de celle de sa loi il oui été le plus injuste ili> tous les hommes}
rt de l'espérance chrétienne qui le soutenait. s'il eût eu la iiioi;:dre imiilTéiencc p uir elle.
II l'a acceptée comme l'exéculion de la son- |,c I>. Bourdaloue est né à liour!.Ms. le -20 lence portée par la justice divine contre août de l'année 10.32, et l'an 1(JV8 il entra riiomme pécheur, et il l'a regardée en même dans la Compagnie, lo 10 de novi inlire. Ainsi temps comme le commencement des miseri- il a vécu soixante-douze ans, dont il a passé cordes éternelles sur lui : sentiments ([u'il a cinquante-six ans dans la Compagnie, lîéexpnmes en des termes si eneigique-, , (juc nissons Dieu de la fidélité qu'il lui a donnée l'impression en demeurera longtemps gra\ee -onr fournir avec laiil de dislinclion une si dans le eo'ur de ceux qui les ont enleiiilus : Jongue carrière, el |iiions-lc, on même Icmps, « Je vois bien (ce sont a peu près ses propres de lui avancer la |>ossession lUi bonheur éier- .' paroles) je vois bien que je ne puis guérir nol, s'il n'en jouit pas emore.
(sans miracle; mais qui suis-jc , |>our t\ue J'ai l'honnotir d'éire, avi e beaiicoui) de ns-
» Dieu daigne faire un niiradeen ma ra\ eiir'?.. |)ect, etc.
^ 1. unique chose que je demande, c'est que A Paris, ce IV de mai l'O'i.
« sa sainte volonté s accomplisso aux ilepens
« de ma vie, s'il l'ordonne ainsi.... Qu'il dé- EPITRI^ .\U HOI
« truise ce corps de péi hé , j'y consens de „ , ,
. grand cœur; iu il me sépare de ce monde, f.-'^^'^^TKR avkc les premiers volumes nr.
« où je n'ai été que trop longtemps , et qu'il "- '-"'^"^^' o«'«>^'^'-e, pak le p. imETON.NE.vr.
« m'unisse pour jamais à lui. » Sire, c'est sous les plus grands princes qtio
Il demanda lundi malin les derniers sacre- le ciel a communément formé les [ilus grands
monts de l'Eglise, beaucoup moins par une lionimos ; el, suiv.int celle [irovjdrnce parli-
nccossilé [iressante, autant (ju'on en pouvait culièie, jamais la France ne fut plus léconde
juger alors , (jue par le dé-ir lie les recevoir en homoies illustres que sous le règne do
avec plus d'atlention et de iiréscnce d'esprit. 'N'oire Majesté.
Aussi II s reçnl-il d'une manière si édifiante , Ne puis-je pas, sire, compter dans ce nom-
que tous en furi ni infiniment touches. bro le prédicaleur dont je vous ofl're les ou-
Tant d'illustres amis, que son niorilc lui vragos (ju'il m'a confies, et dois-je craindre avait faits , seront peul-èiie bien aises de d'tijouter (in'il a tenu même entre les prosavoir qu'il ne les a pas oubliés dans ses miers hommes de son siècle, un rang d'auderniers moments. Il pria de les assonr que tint plus dislingué, que ^^otre Majesté l'a fait si Dieu lui faisait miséricorde, ainsi (ju'il es- |iaiaitre dans un plus grand jour. C'est elle pérait. il se souviendrait d'eux devant lui , qui l'a /ippelé à la plus fiorissanle cour du et qu'il regardait leur sé|iaration comme une monde j'onr y préeher l'I'^vangilo ; çt il y soupartie du sacrifice qu'il faisait do sa vie au tint la dignité de son ministère avec un éclat souverain domaine de Dieu. qui lui attira les applaudissements de toute
J'ajouterai, mon révérend Père, qu'après la France,
m'avoir entretenu en particulier sur quel- Surtout, sire, il eut le bonheur de vous
qnes affaires, avec tout le bon esprit que vous plaire, cl vous le jugeâ'es digne de voire
lui avez connu , il me demanda ma benedic- estime. Vous l'avez honoré de vos bienlailS
lion d'une manière qui me fit comprendre pendant sa vie , et de vos regiels après
que le véritable mérite n'est pas incompatible sa mort. C'était assez pour le mettre dans
avec la simplicité qu inspire l'Evangile, ni nue haute distinction, et cela seul ferait soa
avec celte foi qui découvre à l'humble reli- éloge.
fjieux la [icrsonnc de Jésus-Christ dans celle 11 dut sans doute étie sensible à un hon-
du supérieur, quelque méprisable qu'il puisse nciir où tant d'autres bornent tonte Icnrani,
ORATEURS SACRES. DOURDALOL'E.
bilion. M.iis ce qui le loucl).! bcauroup plus sensiblement, ce fui do voir Votre Majcslé entrer d'elle-même dans les sainti's vérités (ju'il lui annonçait, rendre hoinmaj^o, par une attention si religieuse, au souver.iin Maîlredont il était l'inlerprèti' ; et, en honorant le ministre, honorer le ministère, et accréditer la divine par(de.
La gloire de Dieu, Sire, votre intérêt le plus solide, qui est le s.ilut. voilà ce qui allumait tout son zèle, et ce qui Uii inspirait des sentiments si vifs cl si animés, qu'il savait expriiuer avec (ani d'éloquence et tant de force, il voyait Votre Majesté au comhie de la grandeur humaine, et tant de fois d.ins \:\ chaire de vérité, il l'en a lui-mc.ne félicité»'. W.iis d'ailleurs, éclairé des lumières de l'Evangile, il savait qu'il y a pour les rois, connue pour le resîe des hommes, u -c gr.indeur plus durable à désirer, et c'était làqu'il portait | our votre personne sacrée ses souhaits les plus siiuères et les jilus anleuts.
D'autres, ile;.liné.s à exécuter ces gliirieux desseins, dont votre présenre assurait toujours le succès, s'empliiyaieul, en suivant vos pas, à étendre les limites de votre empire.
Lui, selon l'esprit do sa roration, chargé do vous annoncer le royaume de Dieu, vous le proposait comme une conquête plus digne encore de votre grande âme, et réservée à votre foi et à votre piété.
Telles sont, Sire, les vues de la sagesse évangéliqae ; et ne sont-ce pas ces vues éternelles qui dirigent vos conseils, qui sanctifient vos entreprises, et qui, du reste, vous rendent, par une magnanimité royale et chrétienne , supérieur à tous les événements ?
Je puis donc me promettre que Votre Maje -lé agréera ce Recueil de Sermons oii sont contenues les hautes maximes do la religion, et qui ont servi à vous les imprimer si profondément dans le cœur. J'ose même espérer. Sire, que vous agréerez le zèle d'une compagnie qui, comblée de vos grâces, et soutenue de votre protection, voudrait vous donner quelque témoignage de sa parfaite reconnaissance, et de son respectueux et entii'r dévouement. Je me sers en particulier de celte occasion pour publier le très-profond respect avec lequel je suis, etc.