‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 31 sur 132 · SL'U LES TENT.MIONS. 5S · texte numérisé non relu

SL'U LES TENT.MIONS. 5S

providence : Oïdinr siin, non nostro arbitrio virlit^ Spirilus sanrii ministrniur.

El en effet, comment est-ce que tous les saints onl combattu la tentation, et de qu. 1 stratagème se sont-ils servis ; quel moyeu onl-ils employé conlre elle? La mortificalion de la chair. N'est-ce pas ainsi que David, au milieu des pompes et des plaisirs de la cour, se couvrait d'un rude cilice lorsqu'il se sentait troublé par ses propres iiensées, et que les désirs de son ctrur le porlaicnt au mal et le tentaient ? t'gn (lulnn, riivi milii molcsli esscnl iiidarbnr ciliri"{l's. XWIY ). N'est-ce pas pour cela que s linl l'aul Irailail rii,'oureu'-einenl son corps, et qu'il le ré luisait en servitude? Castign mrpus iiirtun, cl in scrcilulcm rcdigo (1 Cnr. IX i. Quoi doncl la grâce esl-elle d'une autre trempe dans nos mains que dans celle de cet apôlre?avons-nous, ou un esprit plus fervent, ou une.ch.iir plus soumise que David ? l'ennemi nous livre t-il d'autres combats, ou sommes-nous plus foris que tant de religieux et tant de solitaires, les élus et les amis de Dieu ? Pas un d'eux qui aitcomplésur lagrâccséparéedela morlificalion des sens : et, sans la mortilication des sens, que dis-je? dans une vie douce, aisée, commode, dans une vie même voluptueu>c et molle, nous osons tout espérer de la grâce. Un saint Jérôme, comblé de mérites, ne crut pas avec la grâce même pouvoir résister, s'il ne faisait de son corps une vicliiec de pénitence ; et nous prélendons tenir conlre tous les charmes du monde et les plus violents efforts de l'enfer, en faisant de nos coriis des idoles de l'amour-prcqjre. Les Ililarion et les .\ntoinc, ces hommes tout célestes, et comme les ange, de la terre, se sont condamnés aux veilles, aux abstinences, à toutes les rigueurs d'une vie pénible et austère. Pourquoi ? Parce qu'ils ne savaient point d'aiilre secret pour amortir le feu de la cujiidilé, et pour repousser ses Iraits ; et nous nous dallons de la faire mourir, en lui fournissant loul ce qui peut le plus coiiiribuer à la faire vivre. Un saint Jean-Baptiste, sanctifié presque dès sa conception, et qui pnuvaitdire ijue la grâce élait née avec lui, n'a fait fond sur celte grâce qu'aulant qu'il l'a exercée, ou, pour parler plus correctement, qu'autant qu'il s'est exercé lui-même par cHe et avec elle dans la pratique de la plus parfailc abnégation; cl nous, conçus dans le péché, nous, après avoir vécu dans le péché, nous nous promettons de la grâce des victoires sans combats, ou des combats sans violence, une sainteté sans pénitence, ou une pénitence sans ausiérilé. Mais si cela élail, conclut saint Jérôme, la \\c do ce glorieux précurseur, et de ceux qui l'ont suivi, bien loin d'être un sujet d'admiration et d'éloge, ne devrait-elle pas c!re regardée comme une i lusioii et une folio ? Si ila esset, an non ridenda jioiius giiam prœdicanda esset cita Joannis (flicron.)'!

C'est ainsi qu'ont raisonne les Pè'cs que Dieu nous a donnés pour m îtres, et qui doivent être nos guides dans la voie du salut. Ne vous étonnez donc pas si des m ndaiiis

587 ORAIKURS SACRES

niarmnnl.coiuuu' i!ii l'Aiiôlrc, srlon l.i r!i,iir, I ( t (Minciiiis lie l;i croix it ilo la inorlilic.ilion (le Jcsiis-Clirisl, se (rouvenl si l;iil)les dans

JJOURDALOUE.

iiii-nieiiip,

quc!

Il leiil.itioii. Ne me deninmlcz (>as li'nù vient qu'ils j rébislenl si rarnnenl , qu'ils y siic- CDiiilx'ul si aiséinenl, qu'ils se relèvcul si (lifficilcmcii! ; ee sont les suites naturelles de leur délie.ilesse cl de leur sensualité ; et si des âmes id^il.'ilres de leurs corps ne se laissaient pis enlraîiier p.ir la coneiipiseenne, rc serait dans l'ordre de la grâce un des plus grands miracit s. Non, non, disait Tcrlullien, parlant au\ premiers fi.ièles dans les perseciilions de rE;j;lise, je ne me persuaderai jamais qu'une cliair nourrie dans le plaisir puisse enirer en lice avec les tourments et .•ivcc la mort. Quelque ardeur qu'un chrétien fasse paraître pour la cause de son Dieu et pour la défense de sa foi, je me délierai toujours, ou plulôt je désespérerai toujours (jue (le la délicatesse des rejias.des lialiits, de l'équipage et du train, il accepte de passer à la rigueur d( s prisons, des roues cl des clievalcts. 11 faut qu'un athlète, pour coinhat- Irc, se soit auparavant formé par une abstinence régulière de toutes les voluptés des sens, et par une épreuve constante des plus rudes fatigues de la vie; car c'est par là qu'il acquierl des forces. De méjne, il faut qu'un homme, pour entrer dans le champ de halaille où sa religion l'appelle, ail fait l'essai de soi-même par une dure morlificalion, qui l'ail disposé A supporter tout et à n'être clonné de rien. Or, ce que TertuUicn disait <les persécutions qui furent comme les tentations publi(iues et extérieures du christianisme . je le dis avec autant de sujet des Icntalions extérieures et particulières de chaque fidèle. C'est la grâce qui les doit vaincre; mais en vain présumons-nous que la grâce, toute puissante qu'elle est, les surmontera, si nous ne domptons nous-mèmps la chair qui en eslle principe; el quiconque en juge autrcmeut , est dans l'erreur et s'é-

Mais en quoi consiste celle mortilication de la chair; et, dans la pratique du mond.', a quoi se réduit cet exercice'? troisiènie et dernière conséquence. Ahl mes ciiers auditeurs, dispensez-moi de vous dire ce que c'est dans la [.r;itique du monde que cette vertu, Iiuis(iu'à peine j est-elle connue, puisqu'elle y est méprisée , puisqu'elle y est même en horreur. Mais quelque idée que le monde en puisse avoir, l'oracle de l'Apôtre ne lai^se pas de subsister ; que, pour être à Jésus- Christ et pour lui garder une tidélité inviolable, il faut crucifier sa chair, et mourir à ses passions cl à ses désirs déréïiés : Qui Clirisli SHiU, carncm suam rrucifiscnint ctim vilii.'! et coni ujiiscenliis [Galat., V). Mais de quelque manière que le monde en puisse penser, il sera toujours vrai qu'il n'y a point de condition parmi les hommes où se crucifiement de la chair ne soit d'une absolue nécessité, parce qu'il n'y en a pas une qui ne soit exposée à la tentation. Mais, quelque peine que puisse avoir le monde à en conveuir, la s;ule expérience de ses désordres

i!cs riches, des puiscnire toutes les au-

lui fera reconnaîlre , mairie la conilition de< grands, i!i sants du siècle est celle,

très, où cette mortification des sens devrait être plus ordinaire, parce que c'est celle où les lenlalions sont plus communes et plus violentes. Mais de quebiue opinion que le monde puisse être préveni!,du moins avouera-l-il que plus un pécheur est sujet à l.i tentation, plus celle loi de mortifier son corps est-elle d'une obligation étroite et rigoureuse pour lui. Si nous étions aussi chrétiens qu'il faudrait l'être, ces règles de l'Evangile, quoique générales, seraient plus que suffisantes pour nous faire comprendre nos devoirs.

M.iis parce que ramour-[iropre nous domine, et que, dans l'excès d'indulgence que nous avons pour nous-uicines, à peine pienonsi:ous jamais le parti de muis imposer la plus légère pénitence, qu'a fait l'Eglise ? Elle a déterminé ce commandement général à un commandement particulier, qui est le jeûne du carême, se fondant en cela sur notre infirmité dune p,i;l,et de l'autre sur notre besoin : se léglant sur l'exemple des anciens patriarches, et beaucoup plus sur celui de Jesus-Chrisl ; s'autorisant du pouvoir que Dieu lui a donné de faire des lois pour la conduite de ses enfants, et se proniellanl de notre fidélité que si nous avons un désir siiK ère de mortifier notre chair autant qu'il est nécessaire pour vaincre la teiitalioii , non -seulement nous ne trouverons rien de trop rigoureux dans ce [iréceple, mais nous ferons bien plus qu'il ne nous prescrit, parce qu'en mille rencoiiln s nous éprouverons qu'il ne suffit pas encore pour réprimer notre cupidité, cl pour éteindre le feu de nos passions.

Voilà, chrétiens, le dessein que s'est proposé ri''glise dans l'institution de ce saint j une. Mais, dans la suilc des temps, qu'estil arrivé"? nous ne le déplorerons jamais assez, puisque c'est un désordre qui cause tant de scandale. Le démon el la chair se sentant affaildis par une si salutaire observance, ont eni[)l;)yé toutes leurs forces pour l'abidii-. L' s héré!ii|ues se sont déclarés contre ce couimandeiiH ni. Les uns onl contesté le droit, cl les autres le faii. Ceux-là oui prélcndu que l'Eglise, en nous imposant un tel ]iréccple, passait les b.irncs d'un pouvoir légitime , couune si ce u'éliit pas à elle à qui le Sauveur du monde a dit, en la faisant rhéritiére et la l'épiisilciirede son autorité : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel Ceux-ci onl reconnu le pouvoir de l'Eglise, mais n'ont point voulu convenir qu'elle ait jamais ijorté celte loi et qu'elle nous y ail assujettis : comme si la tradition n'était pas cviilcnte sur ce point, 1 1 (]ue saint .Augustin, il y a déjà plus de douze siècles, n'en eût p'is parlé. lors(iu'il dis.iil que de jeûner dans les au'res temps de l'année, celait un conseil ; mais que de jeûner pendant le carême, c'était un précepte : In tilUs leiiipoi ibus jpjunare consilium est, in quailraçiesima jejunaie ipœceplum (Atu/.). Combien même de catholiques !i!)c:ii!:s cl s:ins conscience se soi.t

5S9 CARRMF.. SEllMON M. SIU LK JUCKMI.iNT Di: DlKll 5;>0

élevés ronlrciKO pr.itiiiuo si iililo cl si sdli- que sa innllcssc , ses plaisirs, so; ponipi s

domrnt élahlii', non pas on rormaiil ilos dil- cxpospiil aux occasions les plus ilanf,"criiis('s

ficullcs, ou sur le droil, ou sur le l'ait, ni.ii'i Ce sonl de jeunes personnes, ce soni des

eu uiej)risanl l'un cl l'autre, mais en violant femmes oluséiiées d(^ tant d'adoraleurs qui

le précepte par pnd'ossion cl avec la plus les llalleiit, (jiii li s iiloiâlrent, ([ui lenr|ii(i-

scanduli ii'.e impiété, mais ne cherchant pas diguenl l'encens, qui leur tiennent des dis-

méuie des prétextes pour ccdoieren (iuel(|ue cours, qui leur rendeni des assiduités, c'esl-

soric h'ur (lésubéissance, et pour sauver cer- à-dire, qui leur livrent des a(ta(iiies, et qi:i

taiiis d( hors. One ilis-je, et de»rais-je les leur leiulenl des piéf);es. à (|uoi (dies ne se

compter parmi les eallinli(]ues, et leur don- laissent prendre- que trop aisément. Ce sont

lier un nom (]u"ils déshonorinl et dont ils se ceux-là pour (jui le jeûne es! d'une ()l)li;;a-

rendent indiques, [jiiisqne Jesus-Cliri?! \eut lion particulière ; cl néannio ns ce sont par-

(jue nous les rej;ardions comuK! des païens lieulièri inrui ceux-là (jui se croient j)li;s

et de- idolâtres ? C*"' ^i '■'/<'■''""" "<^" '""/"■"', privilé^'iés conlic le jeûne. Ils le ren\ oient

sit lihi ficut clhnicus et publicanus [Mnlth., aux monasières cl aux cloîtres; mais, ré-

XVIII). [lond Saint lîern.ird, si dans le cinîire el le

lîiifin, jusque dans ce pelit nomhre de fi- monasiére le ji une est mieux pratique, ( e

(Jèlcs qui respectent rK;;lise, el qui semlilenl n'est j)as là loulel'ois ([u'il est d'une nece^-

soumis à ses ordre s, cuinliien en allèr.'nt le silé plus pressante; pouniuoi? parce ([ne

coniinandcMnenl ? et par où? Par de Cai-ses il'ailleurs, parla relr.iite, partons les exer-

inlerjiié'.alions (]u"ils lui donnent en l'.iveur cices de la profession reli|;ieuse, ou y est

de la nature i ()rroni|)ue ; par de prélendues plus à couvert du daniier.

raisons de néeessilé qu'ils iuiag neul, el que Ah ! mes chers auditeurs, souvenez-vous

la seule délicatesse leur suf;^ère ; [lar de que vous ne surmonterez jamais la lenlalion,

»air.es dispenses qu'ils obtienneni, ou (ju'ils tandis (]ue vous obéirez à la chair, et (jne

s'accordent à eux-méaies.Jedis vainesdi-pen- vous eu suivrez les a()pélils sensuels. Sou-

s( s ; et pour vous en convaincre , remanjuez venez-vous (jue Dieu, dans sa loi, ne dis-

ceci : il n'y a qu'à coMsiilérer trois grands des- lingue ni (]ualilés, ni rangs; ou «lue, s'il

ordres ([ui s'y glissent, el dont je veux (nie les dislingue, ce n'est point par rapport à

Vous conveniez avec ni(U. Car, en premier vous et à votre élat, pour élargir le préeeple,

lieu, c'est commnnéinent à eeilains états (]ue mais, au contraire, |iour le reinlre eueon^

ces sortes de dis|('nses semblent être alla- plus étroit et plus rigoureux. Souvenez-vous

cliées, et non point aux personnes mémc-^ ; que vous êtes chrétiens comun- les autres,

marque infaillilile (|ue la nécessité n'en est et que, plus vous êtes élevés an-dessus des

pas la règle. El en elTel, n'est il pas surprc- autres, plus vous avez d'ennemis à com-

nanl, chrétiens, que, dés (|u'nu homme nu- battre el d'écueils à éviter. Par conséeiuenl,

jourd'hui SI- trouve dans la foitune et dans que plus vous éles dans l'opulence et dans

un rang honor.ib'e, il n'y ait plus de jeûne ïa grandi ur, plus voîis devez ciaimlre pi ur

pour lui : que dés lors il soit si léeoud en voire âme el faire d'efforts pour la consei-

excuses pour s'en exem|)ler ; que dès lors ver. Employez y, outre lejiûiieel la péni-

liS forces lui manquent, el (]ue son tem]iéra- tence, la parole de Dieu et les bonnes (ni-

nienl, que sa sanle ne lui pcrmeltenl pins vres : la parole de Dieu, i)uisque c'est en ce

ce qu'il pouvait el ce qu'il T rail dans un elat saint teujps que les nuoistres de Jésus-Christ

niédioci'e, dans une maison religieuse, dans la dispensent avec le |ihis de zèle, celie di-

une vie p!us réglée et plus ( hrelienue ? Kii vine parole qui doit vous éclairer et vous

second lieu, ceux qui se croient plus dis- fortilier : les bonnes oeuvres, puisque c'esl

pensés du jeûne, ce sont ceux mêmes à qui en ce saint lemps ([ue l'Eglise redouble toute

le jeûne doit êlre plus facile ; ce sonl ces sa ferveur, ou plutôt (]u'elle travaille à re-

riehes du siècle chez qui tout abonde, et qui v ciller toute la ferveur des fiiîèles. Wanis de

jouissent de toutes les couiiiiodilés de la vie. ces armes de la foi, vous marcherez en assu-

Je dis plus : el, en troisième lieu, ceux qui rance. Malgré les artifices et la subtilité de

font plus valoir une l.iiblessc imaginaire, la tentation , malgré les fréeiuents retours et

pour se dégager de l'obligation du jeûne, ce l'imporlunilé de la tentation, malgré les plus

sont ceux qui devraient se faire plus de vio'enls assauls, el toute la force de la Irn-

violence pour l'observer , parce que ce sont talion, vous vous mainliendn z dans les voies

ceux à qui le j' une est plus nécessaire. Car de Dieu, et \ ous arriver* z à la gloire, que je

qui sout-ils'? Ce sont des pécheurs, non-seu- vous souhaite, etc. îemcnt responsables à la justice ilivine de

niille délies contraclees par le passé, et SERiMON VI.

dont il faut s'acquitter, m.iis encore liés par poun le hindi de i.a riu;\!n";«E sehuve.

de longues habitudes , qui les rendcnl plus Sur le jancmmt de Uuu. sujets a de fréquentes rechutesdansl avenir,

dont il faut se préserver. Ce sont des moiulains Cumvpnerii Filins tiominis in majesUie sua, el nr,air>i

o.i<To.,A. .,n.. I ., . ri' Il iT ■ arii'eli ciiin l'u, lune seili'bil super sedein luajeslalis suœ,

engages par leur comlilion en nulle anaires, ei congret;ab„mm- a,ue eum oiUs t,'eiaos.

ayant sans cesse devanl les yeux nulle ob- Quand leFHs de illomnrc viendra dmsrécUa de m, mi-

;els qui sont pour eux autant de leiilations. jesté, et ions les aïKjes av.c lui, (dors il s'assiéra sur son

Cvi sont des courtisans ijue le bruit de la cour trône, et toutes les 'nations se rasumlderont devant lai {S-

et SCS di\ers mouvements, que ses coutumes "'"'"'■, eli. V).

ci SCS maximes, que ses inh igues el ses soins Nous rccornaisso; s, mes frères, deux aie-

on.vff'.uns sacres, boirdai.oue

5!tî

nrmcnts (11' J(''Siis-Clirisl , quo l'Esliso nous propose roimiip deux gr.iiiils objets de iioire loi, et sur lesquels on peut dire que roule toute 1,1 religion elirélieniie ; car il est venu , ( e Dieu IIo[iinie , d.ins le mjstiire ador.ible de son Incirnalioii, cl il doit eiuorc venir au jour terrible de son jugement universel; d.ins le premier avcneuicnt, il a pris la (lualiléde S.)uvoiir, mais dans la seconde, il prendra la qualité de juge; dans l'un il s'est rcvc^lu d'une cbair p.issible et sujette à la mort; mais dans l'autre il paraîtra sur le trône, et revêtu de tout l'éclat d'un corps glorieux ; quand il coniTurnça à se faire voir au monde, ce fut sous un visage aimable et plein de douceur : Ecce rex tiiits vcnil libi Hionsnetiis ( Miilth., XXI ); mais quand il se montrera pour la seconde fois au monde, ce sera sous le visage le plus effrayant , et la foudre à la main : iKcce (lies Dotnini tcrribilis {Jocl., 11); enfin, dit saint Cbrysoslome dans son Incarnalion, il semble que son humanité eût comme anéanti toute la gloire de sa divinité; et dans son jugement dernier, il semble que sa divinité doive comme absorber toules les faiblesses de son humanité : Cum venerit in majcstale sua, lune scdcbit super sedcm majcstritis sitœ.

C'est, chréliens, de cet avènement de terreur, de ce jugement de Dieu , que je viens aujourd'hui vous entretenir; mais, pour vous apprendre à le craindre, je ne vous parli'rai ni de la cliule des étoiles , ni des érlipscs du soleil et de la lune , ni de cet incendie général qui embrasera toute la terre, ni de celle confusion de tous les éléments, qui fera retomber le monde dans un nou^eau chaos; au lieu de tous ces phénomènes prodigieux et de ces signes éclatants qui surprendront toute la nature , mais qui ne doivent arriier qu'à Il lin des siècles, je veux vous en donmr lie plus simples, de plus présents, de plus naturels, et par là même, de plus profjres à faire impression sur vos cœurs; je veux vous faire connaitre la rigueur du jugement de Dieu, par la rigueur de certains jugements que vous craignez tant sur la terre , et que vous avez dès maintenant à subirdans la vie; je veux vous convaincre par vous-mêmes, et n'employer ici point d'autres preu>es que vos sentiments les plus ordinaires. Ce dessein est particulier, mais il aura d(> quoi \ ous édifier et vous toucher. Vierge sainte , il ne •era plus temps à ce dernier jour, à ce jour les vengeances di\ ines, d'im|ilorer votre set'ours; mais vous êtes présentement encore le refuge et l'avile des péchi'urs; c'est pour cela que nous nous adressons à vous, et que nous vous disons : Are, M :rici.

Oiielque disproporlioM qu'il y ait entre Dieu et la créature, c'est par les créatures, dit le grand apôlrc, et par les choses visibles, que nous apprenons à connaitre ce qu'il y a d'invisible en Dieu : Iniisibilia eiiiin ipsius, prr en qurr facla sunl, iiitellccln, cniispiciunlur [llom,, \]\ et moi je dis, chrétiens , appliquant à mon sujet cet excellent |)rincipe de sain! Paul; (juelque disproporlion qu'il j ail ealrc le jug-'i!cnl de Dieu cl le ju-

gement des hommes , c'est par le jugement des ho unies (|ue nous dcions mesurer , sonder, pénétrer et non-senlemeiit apprendre à couuaîlie, mais à craindre le jugement de Dieu. Vous me demandez, comme les apôlres à Jésus Christ, des présages et des signes de ce jugement redoutable dont le Fils de Dieu nous parle dans noire évangile : Et quod siqmiin adicntus lui {Mulili., XXIV)? en voici deux, mes chers r.udileurs. que je vous propose d'iibord , e! où je renferme tout ce que j'ai à vous dire dans ce discours : la censure du monde, dont nous pouvons nous parer, et la censure de nos propres consciences, que nous ne pouvons éviter; les jugements que l'on fait de nous et celui que nous en faisons nous-mêmes; les jugements qu'on fait de nous, et que j'appelle la censure du monde; le jugement (juc nous faisons de nous-mêmes, et que j'appelle la censure de notre propre ronsfience; je m'explique. Jl est certain que Dieu nous jugera; c'est ce que nous aitendons. et ce qui doit être la fin du s: cond avènement de Jésus-Christ; mais sans altendre, que Jésus-Christ vienne pour nous juger, dès maintenant le mumlc nous juge , et dès maintenant nous nous jugeons nous-mêmes.

Le monde nous juge, cl ciimhien ( raignonsnous ce jugement du monde ! Premier préjugé de la rigueur du jugi'uent de Dieu , et le sujet de la première partie; norrs nous jrigeons nous-mêmes , cl rien ne nous trouble davantage que ce jugement de notre conscience; second préjugé de la rigueur du jrigemcnl de Dieu, et le sujet de la sccoiule |iarlie. Tirons donc , chrétiens, de ce double jugiment , de celui que fait le monde de nous , et de celui que nous faisons nous-mêmes de nous-mêmes, une double conjecture de l'extrême sévérité du jugement de Dieu ; ou plulô; apprenons à craindre le jugement de Dieu, et par la crainte que nous avons des jugemcnis du monde, et par les peines que niius ciuse le jugement de nos propres conscienr es ; tout ceci donnera lieu à des réflexions bien sensibles et bien .'oliilcs.

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