PREMIÈRE PARTIE
Nous craignons les jugements du momie , je dis les jiigenrenls (]ue le monde fail de nous ; et, ce (jrii nous doit être un grand sujet de confusion et de réilexion , dans l'idée que nous nous formons de ces jugements du monde à quoi nous sommes expo es . nous n'en craignons pas seulement l'iniquité et la malignité , mais nous en craignons encore plus la vérité ; nous n'en pou\ons souffrir la liberté , nous en supportons avec peine la sincérité, nous en redoutons l'exacte et ri gide sévérité; et quand ces jugements s'accordenl sur ce qui peut nous rendre odieux et nous décrier, c'est surtout alors qu'ils nous accablent, et que nous n'en pouvons soutenir l'uniformité. Je le répète , et je dis en peu de paroles qui vont faii'c tout le fond de celte première partie; nous craignons la censure des hoaimes , el nous la craignons parce qu'elle n'est souvent que trop juste , nous la craignons parce qu'elle est libre, nous ia ciaig^nons f .irce qu'elle est sincère
CAUlvMlv SKUMUN M SliH If JLGKiMKNÏ hE OIKU.
nous la craigiums parce qu'elle iio nous l'ait nulle prilce , nous la eraii;iHiiis parce qu'à force (le se répandre , elle devient enliii contre nous un juijenient public. Tout cela mes cliers auditeurs, ce sont a nia ni de rnuieclurcs de l'extrènie rigueur du ju^'eiuent de Dieu , cl autant d'épreuves sensibles ji.ir où Dieu senible déjà nous y disposer; écoutoz-moi, et lâchez à tirer de là des conséquences dii^ues, et du sujet que je traile, et de la saintelc ilu christianisuie que vous professez.
Nous voulons souvent, par une prétendue force d'esprit, nous mettre au-dessus de la censure et des jua;ctneiils des homnirs, et nous nous flallous (]uelquef(»is d'être en effel parvenus à cette lieurcuse indé| endanc ; mais au même temps, pour peu <\uc. nous nous consultions noiis-niémes, nous voyons bien que nous nous (rompons, c'est à dire, que nous >()udiii)ns mépii-er cette censure du n)ouile, et pouvoir la compter pour rien; mais, quelque mépris que nous en fassions ou que nous alTections d'eu faire, nous sentons assez au fond de l'àme (]ue nous la craignons ; car de là vient la désolalion où l'on tombe et le trouble qui nous saisit (juand cette censure nous attaque personnellement, et qu'il iu)us arrive d'en éprouver les traits ; de là vient que nous sommes si mortifiés, si piqués, si olieiisés; de là vient que les moindres rapports (]u'ou nous fiit e\cilent en nous des mouvements si vifs de dépil, de colère, de vengeance : marque éwdenle (juc nous ne la méprisons pas. lui effet, si nous savions, en bien des rencontres et s r bien des sujets, les idées qu'on a de imus, ce que Ton pense de nous, commiMil ou parle de nous, nous en sciions oiilrés de douleur; si, lorsque nous sommes Iraiiquilies et peut-être contents de nous-mêmes, on nous faisait connaître pour qui nous passons dans l'estime du monde , il n'en faudrait pas davantage pour nous consterner et pour nous plonger dans le plus noir et le plus mortel chagrin : ainsi le repos et la tranquillité de notre vie ne roulent souvent que sur l'ignorance où nous sommes des jugements qu'on fait de nos personnes, de nos actions, de nos qualités : mais qu'on nous lire de cette ignorance, et liés la nous commencerons à être malheureux.
Il est donc vrai que, malgré nous, nous les craignons ces jugemeuls; et il est de l'ordre de la Proviilence, dit saint Cbrysoslome, que cela soit de la sorte : pourquoi ? parce que, sans parler des autres biens (juc produit celle crainte, quoique humaine, ou, pour mieux dire, sans parler des maux qu'elle empêche en contenant les hommes dans le devoir, sans parier des désordres qui s'ensuivraient immanqu.iblcment .si celle crainte n'élail pas une barrière pour nous arrêter, au moins esl-il certain qu'elle nous élève à la crainle du jugement de Dieu, qu'elle nous fait sentir par avance le jugement de Dieu, qu'elle nous sert à connaîlre la sévérilé du jugement de Dieu : car, pour pou que nous ayons non-seulement de religion, mais de raison, voici, ce me semble, les réilexions OBâTEuns i!4cniis. XIV.
(jue nous devons faire; nous devons cli.icuu nous dire à nous-mêmes: si les jugemeuls (]ue les hommes forment contre moi l'on! on moi de si vives impressions, (|ue sera-c»; quand Dieu lui-même viendra me juger? si j<' crains tant d'être censuré par des hommes faibles comme moi, (]ue sera-ce d'êlrc condamné par un Dieu iurinimrnl au-dessii> du moi ? Pour peu que je sois fidèle à la grâce, celle réflexion (|ue je fais, ce raisonnement suflil pour réveiller loule ma ferveur, et pour me faire marcher devant Dieu, commcs l'Apôlre , avec crainle et avec tremblement.
Je sais que saint Paul agissait par dis principes plus relevés, quand il disait, plein d'une généreuse confiance : Peu m'imiioile que le monde me juge, parce que c'est assez pour moi de savoir que le Seigneur me jugera : Mihi autem pro miniino est, ut a vobis ùidicer{l Cur. IV) ; mais il n'apparlciiail qu'à saint Paul de parler ainsi ; outre que la sainteté de sa vie était à l'épreuve et le met lait à couvert de tous les jugements du mon de, il avait élé ravi jusqu'au troisième ciel ; il avait puisé dans la source même la connaissance des vérités élcrnelles, et par conséquent il n'était pas nécessaire qu'il fîl aucune altention aux jugements du momie, pour être pénétré de la pensée du jugement d- Dieu. Mais nous, sensuels et grossiers, nous, esclaves des sens et attachés à la terre, il n'est pas étrange que nous ayons besoin de ce secours ; et c'est à nous, |)iiisqu'il nous est propre, à nous eu aider. Oui, devonsnous dire, il m'importe de penser que les hommes sont les censeurs de ma vie; il m'importe de ne pas oublier que les hommes m'éclairenl, qui que je sols et quoi que je fasse, et qu'ils sont en possession de nu^ juger; il m'importe de me souvenir qu'eu mille occasions cette censure des hommes m'alarme, me déconcerte, m'humilie, m'abat, parce que ce sont là autant iravertissemenls pour moi, et que j'apprends quelles préc.iutions j'ai donc à prendre pour me [wé^erver de ce jugement supérieur où je dois paraître, (Iqui doit décider de mon éternité; car, si ce prétendu tribunal des hommes qui mi' jugent sans autorilé, et dont je ne reconnais point la juridiction, est néanmoins un trihuiial formidable pour moi, quel sentiment dois-je avoir de celui d'un Dieu dont je révèii," la sainteté et dont je redoute la puis<ance? et si je me contrains , si je m'observe, si je garde tant de mesures pour me sau^er des jugements du monde, avec (|nel soin, avec quelle circonspection dois-je régler ma vie, pour me mettre en élat de répondre à ce souverain Juge qui tient en ses mains ma destinée? C'est ainsi que je m'instruis, et que, me faisant à moi-même de salutaires leçons, du monde je m'élève à Dieu. Avançons : voici quelque chose encore de plus important et de plus fort.
Quelque vains et quelque injustes que nous
supposions les jugements du monde, nous
n'en craignons pas tant, après tout, l'i iiiuite
cl la malignité , que nous eu craignoi s la
ITreizc]
'/.)^ ORATEL'US SUT.ES. nOURDALOlîK 51^
vérité; cnr, poiiiqiioi ers jugcinenls critiques ji" r-tî reponilrai pis sur un seul; si j'cndcet désavanlagcux, quand nous venons à li s prends tic me jusiificr, ma propre juslificaconnaîlre, nous sonl-i's si sonsihlcs , ou lion deviendra ma condamnation ; si je me pourquoi y sommes-nous !.i sensiliics nous- crois innocent, dès là je me rendrai coupamèmes ? avouons-le de bonne foi, parce que . ble ; quand il y aurait en moi quelque trace nous ne les trouvons que trop véritables; ou quelque rayon de justice, cette justice s'ils relaient moins, ils nous troubleraient luimaine, éclairée de la vérité de Dieu , s'cfbeaucoup moins ; et s'ils étaient évidemu;cnt f;icera, s'évanouira. Ah I Seigneur, concluaitfaux, on les nér;ligerail ; ils ne nous blessent ii , vous dont la lumière sonde les plus proque parre qu'ils sont trop bien fondés, que fonds al)îmcs, vous à qui nul ne peut résister, parce qu'ils trouvent el qu'i's doivent trouver que votre vérité est adorable, mais qu'elle dans les esprits trop de créance, que parce est redoutable! Il y a en eiïet, chrétiens, que nous n'avons rien à y opposer : el certes, entre la vérité des liommes et la vérilé de sur tous les jugements nulrés que la passion Dieu, des différences infinies; mais le caraept la vengeance inspireiit contre nous, nous tèrc le plus dis'.inetif et le plus particulier nous faisons aisément raison ; nous en appe- de la vérilé de Dieu, c'est qu'en nous jugeant Ions ;iu lénioignage de notre conscience el à elle nous fermera la bouche, qu'en nous cor.la vérilé connue, et le témoignage de uolic dimnant el eu nous réprouvant elle nous <'onsciencp, la vérilé qui nous favorise est réduira à la malhcureue et cruelle nécessité un soutien pour nous contre la témérité el d'approuver nous-mêmes, par un aveu forcé l'injustice; mais il y aune censure du monde de n(>tie injusiicc, l'arrêt de notre réprobaéquitablc, droite, désintéressée; une censure lion : aussi est-ce votre vérilé. Seigneur, et ■à laqui'lle il est évident que la passion n'a ne convient-il qu'à votre vérilé d'exercer sur point de part; une censure irréprochable et nous un tel empire : [:l vcrilas tua in circuitii qui porle avec soi sa conviction, et c'est luo. Ilevenons au jugement des hommes, eelle-là qui nous fait trembler. Donnons plus Comme nous en craignons la vérilé, notis de jour à cette pensée. Nous haïssons, dit n'en [louvons soulTrir la liberté; nous vousaint Augustin, non-seulement la calomnie (Irions que la censure au moins nous resprc- (jui nous impose, mais la venté qui nous tât;uousla voudrions, à noire ég.ird, ou reprend; et si nous y prenons bien garde, plus diseréle, ou plus timide; et Dieu, pour souvent la vérilé qui nous reprend nous nous tenir dans l'ordre , permet qu'elle soit choqueet nous aigrit bien plus vivemenlque libre et hardie : car, nous avons beau préla calomnie qui nous impose ; car nous avons sumer de nous-mêmes, nous n'empêcherons de quoi repousser la calomnie et de quoi la ■ pas le monde de juger et de parler; nous confondre ; mais la vérité, en nous couvain- avons beau nous [jroniettrc que, dans le rang cani, nous confond nous-mêmes; la calomnie où nous sommes, on nous épargnera; fusqui nous impose se délruit avec le temps et sions-nous encore plus grands, on ne nous se dissipe; mais la vérilé qui nous reprend épargnera pas : que dis-je ? souvent nême, s'éclaircil toujours d'un jour à un autre, el à plus nous serons grands, moins serons-nous mesure qu'elle s'é(laircit elle découvre noire épargnés ; en vain notre orgueil s'en offenliontc, et ne nous laisse rien à répliquer. sera, ee que nous lémoignerons de sensibilité
Triste Image du jugement de Dieu. Car, <lit et de h.iuleur ne servira qu'à piquer encore
saint Jéràmc, te qu'il y a [loiir nous de plus davanl.ige, et à faire examiner de plus près
redoutable d.iUsc' jugement, ce n'esl ni la ma- notre conduile; en vain trouverons-nous des
jestédu juge, ni sa puissance, ni sa grandeur, fauteurs de nos passions , des esprils assez
mais sa vérilé, celt- vérilé qui s'élèvera con- complaisants et assez lâches pour applaudir
Ire nous, celte vérité qui nous accusera, qui à nos vices; nos vires, à mesure qu'ils se-
nous convaincra, qui nous condamnera, qui roiit connus, seront hautement condamiu's;
nous confondia; non pas celle faible vérilé pour nn llilteur qui nous approuvera. Dieu
s hommes, mais celle invincible vérilé û^ suscitera mille censeurs qui se scandaliseront
Ile
Dieu, Cette immuable vérilé de Dieu, cette de nos désordres, et qui ne s'en tairont pas; irréfragable vérité de Dieu; cette vérité qui pour une langue muetle qui retiendra la véne peut être, ni désavouée, ni conlesléc, ni ri!é captive et dans le silence, cent autres la éludée; en un mol, ô mon Dieu 1 celle vérilé feront éclater à notre confusion. Or, qu'eslqui environne votre trône, et que riîcrilure ce que cela, dit saint Chrysostouie, sinon lo appelle pour cela voirc vérité : El rerilas jugement de Dieu en figure'? Oui, cette li- Ina in cirntila tuo {Ps. LXXX^'lll). Voilà, !i< ilé, ou, si vous voulez, celle licence et reprenait saint Jérôme, ce que j'ai à eraiii- uiême celle impunité des jugements du moudre : car, pour la vérilé des hommes et do de, dont rien ne nous prut garantir durant leurs jugements, quelque forle qu'elle fût la vie, et qui, selon l'or.irle du Saint-Esprit , contre moi, [leul-élre m'en pourrais-je dé- est encore plus inévitable à la mort ; celle lindre; quelque évidente qu'elle parût, peul- censure du monde àtjuoi, malgré nous, viêlre pourrais-je l'obscurcir, peul-êlrc nu vanis et mourants, nous somuies livrés, et moins, à force de subtilités el de prétextes, qui n'excepie ni qualité, ni tlignité, ni forpourrais-je l'affaiblir. Mais, contre l.i vérilé lune, que nous ;innonci'-l-elle, sinon lejud(; Dieu, que fei'ai-je et (pie dirai-je, moi pé- gementde Dieu, et ecipi'il y a peut-être dans ciieiir, moi ver de terre '! Si je veux enirer le jugement de Dieu de moins soutenubic cl en discussion avec elle, disait le sainl homme de plus accablant ? J''b, de cent crimes qu'elle me re[irorber.i . Je veux, cliréliens, vous en donner une
397 CAHEMi;. SF.UMON VI. SIJÎ\ LE JIIGRMENT DK DIEU. 5;)S
idée pnroro plus snnsililc ; roiulcz-voiis fit- (^.hrysoslomc, pnr une vaiiio oslvnî.iliot; ;)(. i.i
Icnlifs ;\ la siijiposilion (]ih> ji' vais l'airo ; prociiiiiiciK o de son ôlio cl de sa souvriainp
vous 0(1 soicz touches. Si donc, an iiioiiiciit auliiril(',i(iiis jiar imcucccssilc iiidispcnsaldc
que je parle, Oien, par un Irait de s;i liiniièic, cl par une loi iiillexiUie de son adorahle c(nii-
nie deeoiivrail ce qui! y a dans cliacnn de lé : pouicinoi? Parce (jia; la(|naliléel la fjran
vous de plus inlérleiir e! de plus c-iclié : ce diiur, <iuoi<nie innocenlrs d'elles-mêmes,
n'csl pas as'icz ; s'il m'ordonnail de vous rc- perverlics par le péché, se lr(>u\e!()iil alors
prêcher ici puhliqnemenl cl en faci^ ce qu'il charf;6es <les plus j,'rièves cl des plus éiior-
V a dans voire vie de ])Ims secret cl de plus mes ini(iuilés du monde. C^ninie Dieu des
jiumiliani ; s'il me <lisail ; comme an pid- veu^MMm'es, il parlera, il ro.iipra. (!e silence
plièlc : Folle jinriclcm {hzcfli. \'ill) : i)erc(< élonnanl que sa paliencc; lui avail fail ^:>r-
)a muraille, cl, par le droit t\uc je l(> donne der, mais dont la m;ilice cl le liherlinase d( s
de révéler les consciences, fais-en voirlonîe pécheurs aura abusé: Dciis nosdr, ri nonsi-
\:i noirceurel tonte, l'horreur : ICrnlla roccin /c/;(/ (/'.<. XLI\). r.om])renez liien ceci, 2;raii(Is
lunm {Isiii. l.\'!II); élève lavoi\, et. sans t\{', la terre, disait le plus sage des rois , ou
craindre ceux ((ui t'écoulenl, dis-leur liardi- p!nl(')l. disait Dieu même, dont ce sajfe roi
mont ce qu'ils ci'aignenl le plus d'enleiidre, n'élail ()uc l'organe et l'interprélc : celle in-
oequ'ils seront nu désespoir (l'avoir entendu, dépendance d'un Dieu qui examinera vos
ce qu'on ne leur a jamais dit , ce qu'ils n'o- teuvres et qui les censurera, celle lihirlé
sont se dire à eux-nièmes : lil (innunlia pn- d'un Dieu ((ui vous reprochera vos injiisliccs,
pulo mco scclcrn eorum {Ihid.}; si, ponrohéir n"a-l-elle pas de quoi vous saisir de Irayetir,
à cet ordre, j'étendais jus(iue là mon minis- et i\'esl-ce pas pour cola niéme qu'il esl im-
lérc et la liberté qu'il me donne, et que, sans portant (]ue vous en soyez instruits ? car,
nuldiscernement de vos ccMuiiiions, je vinsse [luisqu'il est de la loi qu'il doit y .ivoir un
à manifester dans cette chaire tant de mys- jugement rigoureux , et, selon le terme di!
lèri s d'iniquité, disons mieux, tint de mys- de l'ilcridire , rigoureux jus(]u'à la durcie
tèrcs d'ignominie; enfin, si, ro\étu de l'au- pour ceux qui sont élevés et (|ui gomerneui
tiirilé de Dieu , j'entreprenais aciu'ileineiit les .-aitres : Qadiiiiiin jndiciuin diuissiiiiiiin
certainsde mesauilitours,ré[)iités gens d'hoii- liisi/ui pitcsunl {Sup. \l) ; votre capilal inlé-
neur et passant pour tels, mais, dans le fond, rét n'est-il pas (lu'on vous y l'risse penser ,
hommes corrompus, et peul-élre scéléials (ju'on vous le mette s;ins icsse dov.int les
insignes; si je les désignais en particulier, yeux, que sans cesse on vous en renouvelle
rlquc je leur fisse (ssiiyer l'opprobre de je le souvenir;ot anrais-je pour vous la ( harilé
ne sais combien de crimes, mais de crimes (|nc Dieu m'inspire et qui mepre.sS', cumine
honteux dont ils demeureraient flelris : ah 1 l'.VpAlie, si je ne nrac(]iiillais de ce devoir
chrétiens, tel qui m'écoule avec plaisir, en avec tout le zèle d'un libri' et désinlércssé
mourrait de dépit et de douleur. Or, ic n'est minislri! de I livangih;? Poursuivons,
là néanmoins (ju'une ombredu jugemenl qu(! Comme nous er, lignons la vérité et la li-
jc vous prêche, de ù' jiig. :>hiU dont une des l;crlé des jugements du monde, nous n'eu
circonstances essentielles esl la lihoî'é sbso- pouvons supporter la sinccrilé ni même i<\
lue, ou, pour user d'un terme encore pitis fidélité; je m'explique: un ami sii.cèrc et
propre, la liberté impérieuse avec laquelle (iiièlc, ,T îoeœ d'êlre (îdéle (l .siiiC(.^''e, iinns
Dieu condamnera ceux (jiii, dans le monde, deviinl odieux ; nous le ruiilon^ fidèle, niais
se seront crus on possession de n'être jamais fidèle a\ec disrrélioii, fidèle avec circonspcc-
condainnés, av(C laquelle il reprendra ceux lion, fulèlo avec précaulion ; nous voulons
qu'im n'aura j.imais repris, avec laquelU; il (ju'il soit sincère, mais sincère iu5(|u'à un
montrera qii'ii esl, pour toussai. s exe ption, certain point. Où esl celui (pii le voulût au-
mais encore plus pour ceux-là. lo Dieu des Iremenl il sincère et lldèU^ (ju'à ces condi-
vengeances : Dcus ultionum Dominns: {l's. lions, c'esl-à-dire, où est riiomiiie assez sûr
XClll). Car, dit le prophète royal, par la de lui-même, ou assez solidernenl liu:ii!)ie
raison même que la vengeance lui appar- qui, touché du désir do se connaiire, sac-
lient : Deus uliionum, il agira lihremoiil cl comjiiodât d'un ami fidèle sans prudence ,
souvcraineiiieni , c'est-à-dire, en Dieu; en d'un ami dont ringènuilê allai |us(|u'a la
Dieu sans égards, ou plnti")! supérieur à tous simplicilé, jusqu'.à l'iniportuuilé / un aini do
les égards; en Dieu qui, dans la dernière ce caracière , pour peu (juc nous nous sen-
justice (]u'il rendra aux hommes, n'aura ni lions f.iibles ( l que la vérité uuu^ blesse ,
conditions à dislingui r, ni personnes à mena- nous est plus incommode qu'un ennemi : car
ger, |iarce qu'il viendra pour venger les abus an moins sommeç-nous en droit de n'en pas
([u'auront laits les lioiumos de leurs condi- croire un ennenii; s'il nous condairine, nous
lions, et pour punir les ménageincnls crimi- pouvons penser que c'est prévention, aver-
nels ([u'on a eus pour leurs personnes : /^?(,-ï sion, jalousie; mais d'un ami donl ou ne
tillionum libère cijit. peut ni accuser ni soupçonner les inleiilions,
En effet , si nous l'en croyons lui-même , cerlain Irait de siniérite esl comme un cou[)
et quel autre que lui en croirons-nous ? de foudre qui nous écrase.
comme Dieu des \engoances, bien loin de Apiiliijuons ceci, mes frères, au jugement
respccler la qualité, c'est contre la qualité de Dieu : nous voulons d.ms nos amis de la
môme qu'il s'élèvera ; bien loin de coiisidé- fidélité, mais nous prelemlons, bien ou mal,
rer la grandeur, c'est à la grandeur mémo qu'une partie do leur fidélité doit consister a
•iu'il s'en prendra : non pas, ajoute .s.iint nous être qneliiuefois un peu laoius fidèles ;
0!;.\TEII'.S SACRES. liUUnOALOUE.
nous prétendons que, s'il s'agit de cerlaincs vérités assommantes , pardonnez -moi cette expression, le devoir d'un ami , ((uoi- (luc sincère, est de nous les adoucir, de les envelopper, de nous y préparer, de bien prendre et son temps et le nôtre pour nous les faire entendre : telles sont les lois delà société. Or, Dieu, mes chers auditeurs, indépendamment de ces lois, nous jugera selon les siennes : car, sans adoucissement, sans déguisenieni, il nous l'era voir la vérité, et la \érité toute nue, la vérité avec toute son amertume, la vérité avec tout son poids, la vérité avec tout ce qu'elle aura de plus douloureux et de plus désolant pour nous : vue aliligeante, par où Dieu punira ces délicatesses, ou, pour mieux dire, ces honteuses faiblesses a ne la pouvoir écouter quand elle mortifiait notre orgueil, ces artifices à l'éluder quand elle troublait notre repos , cette obstination à vouloir l'ignorer quand elle avait de quoi nous déplaire; vue par où Dieu confondra ces erreurs grossières où nous aurons vécu , ce profond oubli de nous-mêmes où le mensonge et la llalterie nous aura entretenus : Ejcistimasti inique quod ero lui similis , arguam te, cl slatuam contra faciem tuam {Ps. XLiX) : vous vous protnetliez dira Dieu, paroles foudroyantes, vous vous promettiez et vous étiez assez insensé pour croire que je serais d'intelligence avec vous ; que, comme vous preniez plaisiràvous aveugler, en éteignant toutes les lumières qui vous éclairaient, j'aurais assez d'indulgence pour favoriser votre aveuglement , sans vous forcer jamais à ouvrir les yeux : mais en cela vous ne m'avez pas connu ; car, étant ce (jue je suis, et, comme juge souverain, ne pouvant me dispenser de vous faire voir ce que vous êtes, et de vous convaincre, je vous reprendrai : Arguam le,c\., par la censure de mon jugement, je suppléerai aux conseils fidèles que vous avez rejelés , aux sages remontrances (jue vous avez négligées, aux' repréhensions salutaires de ceux qui voulaient et qui devaient vous redresser, mais dont votre indocilité a retVoidi et comme anéanti le zèle : Argumn te ; je vous reprendrai : et parce que vous n'avez pas voulu profiter de la sincérité des hommes, ni pour vous corriger , ni pour vous instruire, je vous exposerai, je vous produirai vous-même devant vous-même : Et sidtuam contra faciem tuam. Ce n'est pas assez, chrétiens, et ce préjugé, dont le fonds est inépuisable , me fournit encore quelque chose de plus essentiel.
Car , pourquoi craignons-nous les jugements des hommes ? c'est, ajoute saint Chrysostomo, parce que nous savons que ce sont des jugements où l'on ne nous pardonne rien, où l'on ne nous fait nulle grâce, où l'on nous rend une étroite justice , et celte justice étroite que l'on nous rend nous désespère ; nous voudrions qu'on nous jugeât avec humanité, et, sans faire attention à la manière dont nous traitons les autres, sans nous souvenir de ce qui est écrit, qu'on se ieivira à notre égard de la mémo mesure
que nous prenons pour les autres, c est-a-oirc (]u'on nous jugera comme nous les jugeons (loi, dit saint Augustin , qui , dès celle vie , s'ohserve inviolablement), par un excès de présomption ; tandis que nous jugeons les autres à la rigueur, et souvent plus qu'à la rigueur, nous trouvons étrange qu'ils n'aient pas pour nous toute la douceur que nous demandons, et un certain fonds de bénignité sans quoi nous comprenons bien que leurs jugements n'iront jamais qu'à nous condamner et à nous humilier : c'est là ce qui nous les fait tant craindre. Or, avons-nous l'esprit de Dieu, reprend saint Chrysostome ; avons-nous même la raison, si de là nous n'apprenons pis quel sera ce jugement sans miséricorde dont Dieu nous menace ?
Kl voilà, mes chers auditeurs , de tous les points de notre foi un des plus incroyables, à ce qu'il semble d'abord, mais néanmoins des plus incontestables : je dis ce jugement sans grâce et sans compassion. C'est ainsi que Dieu même l'a défini , en parlant au prophèle Osée. Prophète, lui disait le Seigneur, donne à ma justice un non» qui lui soit propre et qui signifie dans touie so;i étendue ce qu'elle est ou ce qu'un jour elle duit être : et comment l'appellerai -je , Seigneur'? une justice sans miséricorde : Voca nomen ejus absquemisericordia(0>!éc,\). Mais une justice si rigoureuse peut-elle convenir à un Dieu ; et Dieu , dont la nature n'est que bonté , peut-il être juste sans être miséricordieux"? Non, répond saint Augustin, il ne le peut être absolument et en lui-même; mais à certain temps, il peut et il doit l'être par rapport à nous. Une justice sans miséricorde ne lui convient pas tandis que nous sommes encore sur la terre; mais elle lui conviendra quand le temps des vengeances sera venu , et qu'aux dépens des pécheurs , lui-même, juge et arbitre dans sa propre cause, il entreprendra de se satisfaire. Aussi , pendant la vie. Dieu fait justice et miséricorde lout ensemble : sa miséricorde précède toujours sa justice, et jamais sa justice n'est séparée de sa miséricorde ; souvent sa miséricorde agil toute seule, mais sa justice n'a point d'action qui , selon le texte sacré, ne soit tem|)éréc par sa miséricorde : Cum iralus fueris, misericordiœ rccordaberis [Uabac. 111) : dans l'ardeur de votre colère, vous vous souviendrez. Seigneur, et il paraîtra que vous êtes le Dieu des miséricordes , puisque voire colère même esl bien souvent pour les pécheurs une des plus grandes miséricordes : ainsi eu use-t-il miintenant. Mais dans son jugement, il exercera sa justice toute pure, à peu près comme nous l'exerçons envers nos plus déclarés ennemis. l*ardonnez-moi , mon Dieu, si je fais entrer un de vos plus saints allriliuts en comparaison avec, nos passions les plus déréglées : à l'égard d'un ennemi, nous nous piiiuons d'équité, mais d'une é(iuilé selon la lettre , d'une équité sans bonté. Oi', chrétiens, la foi nous apprend que Dieu nous jugera de la sorte; et C3 qui est en nous dureté, dans Dieu sera sainteté; ce jugement sans miséricorde que U