‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 33 sur 132 · JOI · texte numérisé non relu

JOI

CAREME. SERMON M. SLIl LE JUGEMENT bE DIEU.

charité nous défend et dont on nous fait un criinc, c'est ce qui fera sa gloire : Jiidiciitin atif(iiie misericordid. Achc>ons.

Ce qu'il y a d'insuutîibic dans la censure du monde , c'est qu'elle soit gcnéiale, et qu'elle devienne contre nous un jugement public: qu'ilme soit encore permisdein'expliquer. Nous voir décriés dans l'opinion d un petit nombre de personnes, c'est une peine, mais une peine que nous soutenons , parci; que nous trouvons de quoi nous dédommager dans l'estime de plusieurs autres dont les jugements nous sont, ou plus favorables, ou moins contraires ; mais quand le décri est universel et que tous les sentiments s'accordent contre nous; ({uand notre réputation est absolument ruinée, que notre con-luile est en horreur à tous les gens de bien, qu'on n'ose plus prendre dans le monde notre parti , que les plus modérés et les plus sensés nous condamnent, que nos amis mêmes réduits à se taire, en disent plus par leur silence que ceux qui se déclarent ouvertement : ail! chrétiens, ce déchaînement général est une espèce de réprobation à laquelle nous succombons, et qui nous paraît plus affreuse que la mort. Je sais qu'il y a des âmes |ieu sensibles à tout ce qui s'appelle honneur, et peul-êlre me direz-vous qu'il y en a même sans pudrur ; je sais qu'il y a des pécheurs qui ne rougissent de rien, et qui se sont f lit un front sur tout; mais, outre que ce sont des monstres qui ne peuvent servir d'exemple ; outre que nul de ceux qui m'écoutent ne voudrait avoir part à ce honteux privilège d'insensibilité, et, pour user des termes propres, d'impudence et d'effronterie, toujours est -il vrai, même pour le plus hardi pécheur, que ce qu'il soutiendrait le moins, ce serait d'être regarde comme l'objet de l'abomination et de la haine publique, d'être méprisé, abhorré, détesté de tout ce qui l'environne ; toujours est-il vrai que, pour les âmes bien nées, ce serait le comble de tous les maux. Or, maintenant, dans quelque décri que nous soyons, il n'est jamais complet ni uniforme ; en perdant l'estime des uns, nous conservons encore celle des autres ; pour un qui sait notre désordre, cent l'ignorent, cent ne le croient pas , cent le pardonnent et l'excusent ; tel à la cour est abîmé, qui garde ailleurs tout son crédit; tel est diffamé dans un pays, qui marche dans un autre 1;; lète levée; et il n'y a point enfin de répulalion tellement détruite , quelle ne trouve encore dans le monde quelques partisans pour en sauver les débris.

Mais, au jugement de Dieu , nulle ressource pour le péclifur, pourquoi ? parce que Dieu, réprouvant le pécheur, répandra dans tous les esprits l'horreur qu'il en a lui-même conçue, parce que toutes les créatures intelligentes prenant conire le péchi ur le parti de Dieu , non-seulement le condamneront avec Dieu, mais s'uniront avec Dieu pour le haïr, selon cet arrêt prononcé par le Saint- Esprit: £/ /;u(/ritt6(7 fum tV/o orbis (errarum cnnlra iiiscnsalos {Sup. V). Un criminel que VuK conduit au sufplice après la sentence

de mort portée contre lui, est une image, quoique imparfaite , de la réprobation de Dieu, parce (lu'alors il est juridiquement <l publiquement dilTamé. et nu'on a droit de k* regarder comme un sujet de malédiction et d'opprobre. La justice des hommes va jusque là. Que sera-ce donc quand Dieu aura ouvert ce tribunal où toutes les nations du monde comparaîtront, et qu'il y produira \(\ réprouvé, pour en faire l'objet éternel de leur mépris et de leur exécration"? Ah ! mes chers auditeurs, nous ne le comprenons pas. mais il faut que ce soit quelque chose de bien terrible, puisque Dieu lui-même affecte si souvent de nous en menacer par la bouche de ses prophètes : Oslendain genlibus nitdilalem luam, et regnis iijnominiuin titam IXaltum, III).

Quel fruit de cette première partie'? Le voici, chrétiens, réduit en pratique. Pour nous disposer au jugement de Dieu, respectons les jugements du monde ; car le monde même, selon la règle de saint Paul, doit être respecté, et il ne le mérite jamais mieux que lorsqu'il condamne nos désordres. Mettonsnous en état, s'il est possible, de ne pas craindre sa censure; mais souvenons-nous en même tenips qu'il ne nous est point permis de la négliger, ou plutôt souvenonsnous qu'autant que nous avons droit de mépri-er la censure du monde, dès qu'elle nous détourne de nos légitimes devoirs, autant Dieu veut-il que nous ayons d'égard pour elle quand elle nous y attache. Pour nous prépareraujugementdeDieu, aimons dansles jugements du monde la vérité qui nous corrige et non pas celle qui nous Halte, la vérité qui nous rend humbles, et non pas celle qui nous enfle ; l'une, quoique amère et fâcheuse, nous guérira, nous sauvera ; l'autre, par l'abus que nous en ferons nous corrompra et nous perdra. Ne nous figurons point si aisément que le monde ait tort quand il censure notre conduite; le monde, tout décrié qu'il est, ne laisse pas d'être équitable, il fait justice à chacun, et lorsqu'il nous condamne hautement, il est dilficile que nous ne soyons pas en elïet condamnables. Pour nous mettre en état de paraître au jugement de Dieu, profitons de la liberté du monde à nous juger. Kegardonsla comme un moyen que Dieu par sa miséricorde nous fournil pour nous maintenir dans l'ordre. Tirons-en l'avantage que nous a marqué le grand apôtre par ces belles paroles : Sicut in die honesle ambulenms [Rom. XIII) ; soyons irréprochables dans nos mœurs, et marchons avec bienséance, comme des gens qui marchent durant le jour et à la vue des hommes qui les observent. Pour nous trouver purs et sans lâche au jugement de Dieu, ayons dans le monde un ami prudent et fidèle, mais en qui la prudence n'alTaiblisse point la fidélité. Choisissons-le entre mille si nnus voulons, mais choisissons-le pour la réformation de notre vie, et non point seulement pour une vaine consolation. Engageons-le à nous parler sans déguisement et de bonne foi ; dissuadons-le de la pensée où il pour-

4(»3 OR.VTEinS SACliSiS. BOLTtL'ALOlE. «14

rail être-, que nous iiKemlons de sa pari nue cl iloniesUqno, mais sûr el infailiible, du ]u-

coii.plaisance aveugle, 'iàclions , au cou- iienienl de Dieu. Celle-là dans sa droilurc ut

Iraiie, à le bien convaincre que nous ne lui dans son inlégrilé, celle-ci dans ses varia-

saurons jamais gré de sa complaisance, el lions cl dans >on instabilité ; celle-là dans la

que quand la sincérité de son zèle irait jus- pureté de ses lumières, celle-ci jusque dans

qu'à la dureté, nous aimerons toujours mieu\ son aveuglement : l'une el l'autre par leurs

après tout sa dureté même que sa mol- reproches el leurs anxiétés. Suivez-moi tou-

lesse ioui'.-^, mes chers auditeurs ; ces deux arti-

Si le monde est un censeur sévère, edi- des (lar où je vais liuir, comprennent ce

fions-nous de la sévérité de sa censure. Ado- qu'il 3 a dans la religion de plus solide el de

rons la Providence el bénissons-!a de ceciue plus toucliaul.

le\iie n'a pas encore prévalu jus(iu"à obli'- 11 a clé de la sagesse et de l'empire de

îiir du monde qu'il lui lit grâce. Allendons Dieu, disait David, d'établir sur les hommes

encore moins de grâce au Iribunai de Dieu, un législateur, et ne puis-je pas dire que,

ei, dans Otite pensée, tâchons dès celle vie sans autre législateur et sans autre loi, nous

à !e loucher fu notre faveur el à le fléchir, avtuis une conscience qui sutfil pour nous

Si le monde est un censeur public, et si nous tenir lieu de loi et qui nous domine avec

avons tant (îe peine à porter cette censure plus d'empire que tous les législateurs'?

publique du nuiiide, j(igf(t')s quelle sera O^'cst-ce (jue la consiiencc ? un jugement,

cette conlusion universelle des féprouvés au répond sainl Bernard, que nous taisons de

jugement de Dieu, et ne craignons rien main- nous-mêmes, et que malgré nous, nous pru-

Icnanl de déposer dans le sein d'na confes- nonçons contre nous-m'jmes. Car il n'est pas

seur qui seul nous écoute, et delTaccr par la en notre pouvoir, tandis que nous aïons

pénitence ce qui (• rait notre honte dans fa-^- une conscience, de ne nous pas jnger; il ne

semblée générale de tous les liouuues. C<.r nous est pas libre de i éclier el i!e ne nous

voilà, mon Dieu, les saintes règles que vous pas condamner. Or, ce jugement forcé de

nous prescrivez : règles dont notre orgueil fi.iu-inêmes est déjà le préliminaire du ju-

el notre délicatesse ne s'accommodent pas, gen;enl de Dieu, jH.iisqu'il n'esi forcé que

mais que uous inspire une humilité cl une parce que c'est Dieu iiièmf qui le f,jil en nous,

sagesse ciirétiennc; règles que vos saints indépendamment de nous, ou plutôt parce

ont de tout temps observées, cl que nous de- (jne c'est Dieu même qui se scrtile nous pour

vous suivre nous-mêmes. Jugement du exercer sur nous sa plus souveraine et sa

monde, premier préjugé du jugement de plus absolue domination. Dieu ; jugement de luitre propre lonscience, Ne savez-vous pas, dit-il à Ca'iu, au mo-

second préjugé du jugement de Dieu, est le meni qu'il méditait le meurtre de son frère,

sujet de la seconde partie. el que, saisi de l'horreur d'une si noire per-

UErxiÈviE PARTIE. fidic, il avalt peine à s'y résoudre ; nesavez-

Quelque emporlcs que nous soyons dans vous pas qut si vous faites bien, vous en au-

nos passions, el qucUiue déréglés que uous rcz la récompense, et que si vous laites mal,

puissions être dans nus mœurs, nous avons, votre péché se présentera d'.iboid devant

chrétiens, une conscience, cl il nous est mèuie vous'/ Notuie si bene cr/cris, rccipics ? tin cu-

si naturel , non-seuleincut d'en avoir une, Iciii mule, slutim in foiibtis peccatuni uderii

mais d'en suivre les mouvements, (iue,jus- (Cchm. 1\) ; c'est-à-dire, comme l'expliquent

(jue dans l'étal et le désordre du péché, quand saint Jérôme el après lui tous les interprèles,

nous secouons le joug de !a conscience, par ne savez-vous pas ([ue le jugement de votre

une conduite bien surprenante, mais qui n'a péché suivra de |)rès votre péché même, et

rien néanmoins de contradictoire, nous nous qu'à l'instant (jne vous l'aurez conuuis, sans

faisons une conscience pour n'en point avoir aller plus loin el sans alteniirc davantage,

et pour pécher avec plus de liberté. l'onduile, vous en trouverez dans vous-même la con-

remarque judicieusement saint Bernard, damnation el le châtiment? Ne savez-vous

dans l'excellenl traité qu'il a composé sur pas (jue ce péché ne sera pas [lus tôt sorti

celte matière, conduite d'où nous ai)prenons de votre cœur où vous l'aurez conçu et en-

qu'il faut distinguer en nous deux sortes de fau"é, <iu'il se tournera contre vous, qu'il se

conscience; l'une que Dieu nous adonnée, fera voira vous iiour vous troubler, pour vous

et l'autre dont uous sommes nous-mêmes les effrayer, pour vous Umrmvnidr 'l Statiin in

auteurs: l'une pure el droite parce qu'elle foribus jiecialum udeiit.Ccsl ce qu'cpiouMi

est l'ouvrage de Dieu, l'autre fausse et |deine Ca'in, et l'elTet répondit à la menace. A peine

d'erreurs, parce c|ue uous la formons dans a-t-il satisfait sou ressentimculel su passion,

nous, et qu'elle vient de nous. Prenez garde, à peine a-l-il jiorlé ses mains parricides sur

s'il vous plait: conscience droite dont nous l'innocent .\bel, que le voilà livré à sa con-

ne saurions nous défaire el que nous ne pou- science, ([ui, comme un juge inexorable, di-

vons corrompre; fausse conscience, mais sons mieux, «liii, couune un impitoyable

i|ui, par l;i raison même qu'elle esl fausse, bourrt'.iu, lui fait soulïrir le plus cruel sup-

ne peut jamais être Iranciuille, ou du moins, plicc!. Il l(unbe, dit le l.xle sacré, dans un

dont la Iramiuillité ne peut être constante ni aballenuul qui paraît sur son visage, mais

a l'épreuve de certains étals, de certaines qui n'est encore '(U'une légère ligure du trou-

Coiijoiulnres où elle eslimmanquableuieut et Lie de son âme el des remords dont son cœur

nécej.s.nrement troublée. Voilà ce ([ue je esl déchiré. Il entend la voix (ie Dieu qui le

vous donne encore comme un préjugé secret poursuit. (>a'a\."z-vous fait "? lui lal le Sei-

iOS

CARLME. StlUluN Vi. SIU LK .IICEMK.NT M' DIEU.

kvr,

gitciir; le sans; de voire frère crie \engeniiee tonlre vous. Celte voix de Dieu ('ui lui p;irlc, celle voix du sang d'Abel qui criecoiilre lui, ce n'est rien autre chose, disent les Pères, que la vois intérieure de sa consciciu-e (jui lui reproche son crime. Ah 1 mon péché est trop grand, conclut-il lui-tnême, pour en espérer la rémission. 11 en convient, il ne s'en défend pas, bien loin de penser à .■^c justifier, ii est le premier à se condamner et à se |)Unir. Car il se relire, selon l'expression de 1 Ecrilure, de devant la face du Seigneur; il est fugitif et vagabond sur la terre, il se regarde connue un homme maudit, elci-qui' nous remarquons dans l'exemple de ce fameux réprouvé, l'image de tous les réprouvés, c'est encore ci' qui se passe lous les jours dans la tonscience des pécheurs.

Or n'est ce pas là, reprend éloquemmeiit saint Augustin, le jugement de Dim.i déjà commencé? ces agilalions, ce saisissement du pécheur à la vue de ses crimes, cette horreur de lui-iiiéme en les couunettanl, celte honte et même ce désespoir de les avoir commis, ce soin de les cou\ rir et de les tenir cachés, ces alarmes secrètes, mais pleines d'elfroi, ces agonies mortelles, convaincu qu'il est de ce qu'il a fiit et de ce (|u'il méiite, que nous présage tout cela? disons mieux, que nous démontre loul cela, sinon un jugement, mais un jugement redoutable dont nous sommes menacés, et qui, dés mainlenanl et en partie, s'exécute dans nous-mêmes?

Oui, t'est par nos pi oprcs consciences que Dieu déjà nous fait notre procès ; cl il n'a pas lesoin pour nous juger d'un autre tribunal. Ce sont nos propres consciences qui lui fournissent contre nous des témoignages et ries preuves ; el quand ma conscience uie reproche que je suis un criminel, (iue j'ai péché contre la loi, que ce que je lais est injuste, c'est comme si Dieu me disait ce que le maître de l'Evangile dit à ce mauvais serviteur : De ore tuo tejudicu [Lac, XIX) : je vous condamne par voire bouche. Il s'ensuit donc qu'à prendre la chosc dans un sens, et dans un sens Irès-nalurel, le jugement de Lieu à noire égard est déjà l'ail, el qu il n'est point nécessaire que nous attendions pour cela ce dernier jour où ie Fils de l'Homme , assis sur le trône de sa gloire, portera des arrêts de vie et de morl. Car ce jugement extérieur et public que Dieu fera de nous à la fin des siècles, n'ajoulera rien à ce jugement secret et intérieur de nos consciences , que rai>pareil el la solennité; el supposé la justice que nous nous serons rendue el que nous nous rendons malgré nou.s dans le fond do l'âme . il ne restera plus, ce semble, au Sauveur du monde, que de produire au jour ce que nous aurons caché dans les ténèbres. C'est pourquoi l'Apôtre, parlant du jugement dernier, l'appelle si souvenl le jour de la manifestation des cœurs, le jour de la révélation, où le livre des consciences sera ouvert : comme si tout le jugeaient de Dieu devait consister à ouvrir ce livre, el à nous Caire voir que aous soiiunes déjà jugés par

nius-iviémes cl dans nous-Uiémes. Mystèro que saint .\ugusliii a\ait bien compris, lorsque expliquant ces paroles de Jésus-Christ . ()(/(' )(()/( crcdil juin judicalus csl (Juan., UI) • Celui qui ne croit pas est déjà jugé, il eu lincelle admirable conséquence : I\'undiiin cij)piiruil judiciiim, et juin faclitm csl judiciit'» [.iuQuft.) : le jugeim-nt de Dieu ne |)aratt pas encore, cl il ne paraîtra tju'à la consommation des temps ; mais, sans p iraîlre, il est néanmoins déjà fait pour nous. Nous le prévenons, ou plutôt nous n'en attendons , pour ainsi dire, que la publication, parc(î nous eu trouvons déjà dans nous l'inslruelion el la décision : Nonduin apiinniit jndicium, et jain facliun est judieiain. .\h ! mes ehers auditeurs , avec quelle atUnlion, avec quelle crainle, avec quel respect ne devonsnous donc pas écouler la voix de la conscieuc", puis(]ue c'est la voix de Dieu même, nou-seulement (jui nous menace, mais qui nous juge ?

Cependant , si celte voix secrète que Dieu nous fait entendre sans se montrer encore à nou-, toute secrète qu'elle est, nous saisit néanmoins si vivement, et nous cause tant de frayeur et d'éi)ouvaute, que sera-ce quan i Dieu éclatera ? Quand, au son de la trompetlc fatale qui réveillera les morts , et qui des (|ualre iiarlies du monde, rassemblera lous les hommes, il nous appellera nousmèmesdevanl son tribunal ?Ouand, assis sur \r liône, non point seulement de sa majesté, mais de sa justice, au milieu de ses ministres, et armé de son tonnerre, il se présentera lui-même à nous comme un Dieu irrilé, connue un Dieu ennemi, comme un Dieu vengeur? Quand, aux yeux de tout l'univers, également attentif à l'écouter el à nous considérer , il tirera de notre cœur notre condamnation, pour la rendre juridique et solennelle , et que, par un dernier jugement, il viendra confirmer, et, pour user de celte expression , sceller l'arrêt ([ue nous aurons déjà tant de fois porté contre nous ? C'est là dit le Sage, que les pécheurs sentiront jdus que jamais tout le poids de leurs péchés; c'est là qu'ils en géu>iront plus amèrement que jamais : Et erunl yementes [Sap., IV); c'est là qu'ils en verront avec plus d'horreur que jamais, et toute l'énormité, et toute la honte : El erunt in contumclia inter mortuos in perpeltium {lOid.); c'est là qu'ils en craindront |)lus que jamais les suites affreuses : Vcnient in cogitutione peccatorum suorum timidi {'bid.j; qu'ils en seront accablés, qu'ils eu seront désolés : L'sfjue ad supremum drsolabuntur (Ibid.); et que la conscience, si grièvement blessée el si souvent méprisée , témoin el juge, mais témoin alors i!l juge publie, vengera pleinement sur < uv el aiithenliquemeut ses droits : Et truduceiit illos ex udverso iniquilates ipsoruin {Ibid )

Conscience droite dont nous ne iiouvons , dès cette vie même , ni toujours, ni absolument nous défaire. Ceci est remarquable : car il ne dépend pas de nous d'avoir ou de n'avoir pas cette lumière (lue Dieu fait luire sur nouSjCt, comnie f:irlc le prophète, qu'il

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n gravée dans nos /iines cii nous impriinanl plus sensibles et les plus Irisles pr<5iug(Js du

ce caiMclère de raison qui est une parti"' ilc jugement de Dieu. Coninicnt cela? Ah ! cliié-

iious-niéities : SIf/nnium est super nos lumen tiens, que le temps ne me permet-il de olon-

vallus lui. Domine {Ps. IV). Il ne d(''pend pas ner à celle vérité toute l'étendue qu'elle de-

de nous de l'effaier, ce divin caradère. Dès mande 1 mais il y faudrait un discours entier,

qu'il a plu à Dieu de nous donner cette droi- En effet, ces fausses consciences ()ue nou*

lure d'es]iril comme la première srâce et le nous faisons, et qui se forment en nous par

fondement de tontes les autres griices , quoi la corruption du péché ne sont jamais, ou

que nous f.issions , nous avons à compter presque jamais, des consciences tranquilles,

avec nous mêmes , et il ne nous est plus li- et l'expérience surtout nous apprend qu'elles

brc (le vivre dans cette indépendance où le ne sont pointa l'épreuve ni des frayeurs de

libertinage voudrait bien parvenir, mais où la mort, ni de certaines conjonctures dans

il ne parviendra jamais tandis que celle rai- la vie, où, malgré nous, leur apparente et

son subsistera. prétendue traii(|uillité est nécessairement

fin vain voulons-nous éteindre ce rayon troublée. Or , cela même, dans la pensée de

qui nous éclaire; en vain faisons-nous di-s saint Augustin, est une des plus fories con-

elTorts pour secouer le joug de la conscience, jectures et une des plus incontestables preu-

pour en étontïer la voix qui nous importune, vos du jugement de Dieu que je vous prêche,

pour en émousscr les pointes qui nous pi- et de son extrême sévérité,

quent , pour nous endurcir contre ses re- Car, s'il n'y avait point de jugement à

mords, et nous afiermir contre ses reproches, craindre, ou si l'idée de ce jugement pouvait

C'est un censeur qui nous suit partout, qui être effacée de mou esprit, en sorte qu'il n'en

niuis accuse partout, (;ui nous comianui.; resiât nulle vue, nul souvenir, nulle créance;

partout : nous le trouvons au milieu de nos dans quelque aveuglement que ma con-

plaisirs, et il y l'épand l'amertume; nous le science se fût [ilongée, il me serait aisé d'y

trouvons dans les plus nombreuses compa- trou\er la tranquillité et la paix: quehjue

gnii s, cl , malgré le tumulte et le bruit du grossières que fussent mes erreurs, bien

monde, il nous fait entendre ses cris ; nous loin de troubler mon refios, elles l'alTeinii-

nous disons mille fois à nous-mêmes, pour raient. Ne pensant jamais qu'il y ail un juge

nous rassurer, comme les impies: l'aix, au-dessus de moi et un tribunal fù je dois

paix: Dicenics, prix, pax {Jercm., VI); et répondre, je vivrais sans inquiétude, elle

mille fois la conscience nous répond ; Point dernier de mes soins serait do m'cclaircir et

de paix; guerre et mort: Et non et ut pax. de m'instruire si ma conscience est droite

Or. de là , concluait saint Augustin , j'ap- ou non , si je suis dans la bonne voie ou si

prends. Seigneur, ce que je dois craindre de je n'y suispas, si je me flalte. si je me trompe,

voire justice. Car, je me dis à moi-même, si je m'égare, parce que je ne verrais pas le

ajoutait ce l'ère, si je ne puis éviter le juge- danger que l'on court en se flattant , en se

ment de ma conscience, dont les luunères, trompant, en s'égarant : voilà la situation

'luoiquo pures, ne sont néanmoins encore où je serais. D'où vient donc qu'il n'en va

•[u'obscurilé et que ténèbres, comparées à pas ainsi '? d'où vient que c<'tte fausse con-

cellcsdeDien, commentmedéfendrai-je de ce science ne peut être calme, et qu'elle est au

jugement où sera employée contre moi loute contraire une source de remords que nous

la sagesse, toute la vérité, toute la science, combattons inutilement et que nous ne pou-

< t, ce (]ui doit bien plus me l'aire tremblei', vous éloulTcr "? d'où \ient qu'à travers les

toute la saint(>lé de Dieu même '.' Jugement nuages épais de l'intérêt ou de la passion

inévitable: rien qui puisse me dérober an i\\u la forment, il s'échappe toujours cer-

pouvoir du juge qui me poursuit. Jugement tains rayons de lumière, (jui, malgré nous,

irrévocable: rien qui lui fasse changer l'ar- nous font entrevoir ce que nous voudrions

rêt qu'il aura une fois prononcé. Jugement ignorer"? En un mot, d'où vient que la cons-

élernel : autant que Dieu sera Dien, et il le cience aveugle et corrompue ne l'emporte

sera toujours, autant scra-!-il mon juge , et, jamais tellement sur la saine ( onscience, que

autant (ju'il sera mon juge, autant me tien- celle-ci, quoique d'une voix faible, ne ré-

dra-l-il toujours dans sa puissance et tou- clame encore contre le mal ((ue nous faisons,

jours soutnis à ses coups. et (jn'au moins, par des doutes affligeants et

Mais, après tout , à force de se pervertir, |>ar des syndérèses importunes, elle n'empé-

nepeut-on pas se faireunefausseconscience; che la prescription de l'erreur (jui nous lait

el,du moins, la fausse conscience n'alîai- agir'? Pourquoi tout cela, chrétiens '? parce

lilit-elle pas alors, ou même ne détruit-elle (]ue nous ne sentons que trop qu'il y a un

|)as entièrement ce préjugé (|ui' nous pou- jugement de Dieu, où les ténèbres de nos

vous tirer de nous-mêmes pour connaître le consciences doivent être dissipées et nos er-

jugement de Dieu? Ecoutez ma réponse: rcurs confondues.

car je conviens du principe; mais, sur ce C'est pour cela même , dit saint (jrégoire, principe, je raisonne bien autrement que pape, belle et solide remarque, c'est pour vous, et je prétends qu'il en doit suivre une cela que, plus le jugement de Dieu est proconséquence toute contraire. Il est vrai que, che, plus la fausse conscience devient chanl'ar l'aveuglement où nous jelte le péché, celante et timide dans son erreur. Pendant l'on se fait tous les jours dans le monde de le cours de la vie, elle peut se soutenir eu fausses consciences, mais je dis que ces quelque manière; et plus elle est fausso, faussais consciences sont elles-mêmes les plus elle paraît ferme cl paisible. Mais, au\

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