CAREME. SERMON M. SUU LE JUGEMENT DE DIEU
approcncs Je la mort, loiilc sa fcrnielé se dément, la vérité rcpri'iid l'ascendant sur eilo, cl c'est là qu'elle comiiicnce à se réveil- ItT, à s'examiner, à se défier d'elle-même, à >'agiter. Ainsi, par exemple, tandis (|ue vous êtes encore dans une si;. té florissante, vous jouissez tranquillement du bien d'auiiui, et vous le retenez sans scrupule; vous avez pour cela vos raisons, dont vous êtes convaincu, ou dont vous croyez l'être; vous avez consulté des gens haliile-i ou prétendus tels, et vous vous en reposez sur eux ; malgré l'injustice, vous comptez sur votre honue foi, vous demeurez en paix: ainsi, dis-je, le présume-t-on, tandis (ju'on ne pense (ju'à goùler les douceurs de la vie, et que l'aiguilloii de la mort ne se fait pas encore srniir ; car jusque là quelquefois s'étend le rè^nu' de la fausse conscience. Mais qu'il survienne une maladie dangereuse, et qu'on se trouve pressé «les douleurs de la mort, c'est alors que celte conscience tout à coup se décoiicerle ; c'est alors qu'elle tomin- dans les incertitudes et les perplexités les plus cruelles : c'est alors que ces raisons sur quoi l'on s'appuyait ne paraissaient plus si convaincantes"; que les conseils ((u'on a suivis ileviennent sus|iecls: que celle bonne foi dnnt on se ilaltait semble douteuse; qu'on ne trouve plus cette possession si légitime cl si valide, et qu'on prend bien d'autres idées louebanl le di'voir rigoureux et indis|)(Misatile de la restitution: pourquoi? parce (juc le jugement de Dieu, qui n'est pas loin, cliangc tout le système des cboses , et les met dans une évidence où elles n'ont jamais été. Si c'était une conscience droite et conforme à la loi de Dieu, elle se soutiendrait à la vue même du jugement de Dieu, ou, s'il n'y avait point de jugement, quoique fausse et erronée , elle serait tranquille à la mort même. Mais ce qui l'effraie à celte dernière heure, c'est sa fausseté opposée à la vérité de ce jugement redoutable dont la mort doil être suivie. Ce qui l'effraie, c'est la présence d'un juge souverain, de qui seul dépend ou tout notre bonheur, ou tout noire malheur ; à qui seul nous devons tous rendre compte, mais qui ne rend compte à nul autre qu'à lui-même de ses arrêts ; d'un juge équitable, qui pèse tout dans la plus jusie balance, el qui punit précisément ou qui récompense selon les œuvres; d'un juge éclairé qui lit dans le fond des cœurs pour en connaître les plus secrets sentiments ; (\u\ voit tout et qui n'oublie rien, qui lient tout marqué dans son souvenir avec des caractères ineffaçables ; par conséquent a qui rien n'échappe, pas une pensée, pas un désir, pas une parole, pas une œillade, pas un geste, pas un mouvement ; d'un juge tout-puissant qui, bien au-dessus des juges de la terre, lesquels n'exercenl leur justiceque sur le corps, peut avec le corps perdre l'àuie, el la perdre pour jamais; d'un juge inllesible, que rien ne louche, ni inclination, ni compassion, ni égard, ni considération, ni crainte, ni espérance: voilà ce que le plus aveugle et le plus endurci pécheur ne peut voir de près avec
assurance.; voilà ce qui le surprend, ce qui l'inlerdit, ce qui le confond.
Concluons iiar l'excellenle réflexion do saint Bernard, qui renfernu" tout le fruil de ce discours. De trois jugements que nous avons à subir celui du monde, celui de nos conscieiu'es et c lui de Dieu, s.iiut Paul méprisait le premier ; il se répim lait du second, mais il redou'ail le troisième. H méprisait le premier, quand il disait : Peu m'importe (jue le monde méjuge; il se répondait du second, quand il ajoutait : ma conscience ne me reproche rien, et il redoutait le troisième quand, tout apôtre iiu'il était, il craignait d'êlre réprouvé : Exierul Pdulu.i judicium iniintli i/uod iispenuibiiliir, judicium sui quo (jloridbuiur ; scd rcflabai judicium Dci fjuod i-cvciclxilur {Bern.). Or, quoi (ju'il en soit à notre égard, el du jugement du monde et du jugement de noire cons( ience, craignons au moins, m 'S chers auditeurs, et craignons toujours le jugement de Dieu ; et, parce que celle crainleest un don de Dieu, demandons-la tous les jours à Dieu ; car il n'est rien île plus naturel que de craindre; mais il n'est rien de plus surnaturel ni de |)lus divin que de craindre ulilemcnt pour le salut. Ce qui faisait dire au pro|)hèle royal : Confii/e timoré luo carnes Dieas {l's. CX.Vill), Seigneur, pénétrez ma chair de votre crainte, île votre crainte, A mon Dieu ! cl non pas de |,i mienne ; car la mienne me serait inutile et même préjudiciable ; elle me troublerait sans me convertir, au lieu que la vôtre me convertira el me sanctiliera en me troublant. Or, voilà celle dont j'ai besoin, cl que je vous demande comme une de vos grâces les plus exquises, sachant bien qu'elle vient de vous el non pas de moi : Confuje timoré tuo.
Craignons le jugement de Dieu, et craignons-le, quelque juste et dans quelque état de perfection que nous puissions être ; car les samiseiix-mêmcs le craignaient, et ilsélaienl saints parce qu'ils le craignaient. Ne nous en rapportons pas aux libertins du siècle, c|ui vivent dans l'ignorance et dans l'oubli des choses de Dieu , mais croyons-en ceux, qui furent éclairés des plus pures lumières de la vraie sagesse. t]onsultons les Jérôme el les Uilarion. ils nous feront là-dessus des leçons touchantes. Tenons nous-en toujours à ce parallèle, el disons-nous à nous-mêmes : Si ces hommes, qui furent des modèles cl des miracles de sainteté ont craint le jugement de Dieu, comment dois-je le craindre, moi pécheur, moi couvert de crimes"? S'ils l'ont craint dans les déserts et les solitudes, comment dois-je le craindre, moi qui me trouve exposé à tous les scandales el à toutes les tentations du monde? s'ils l'ont erainl dans les exercices el dans la ferveur d'une vie si austère elsi pénilenle, comment dois-je le craindre dans une vie si commune, si lâche, si imparfaite? Pour peu que nous ayons de christianisme el «le foi, celle comparaison nous persuadera et nous édifiera.
Craignons le jugement de Dieu, mais crai
tri