SERMON VII
l'OUIl LE MERCIIEOI Dli LA rUEJllÈBIÎ SEMAINE.
Sur la rclijiun clircdcnne.
Hi'-i|ionilpiiiiil Jcsu iiuiilaiii do scriMs <'l, iiliarisrfis. di- Cfrih's • M^igisiiT, vfiliiiiiiis a le sit;miin \idei'e. Uni l'i'S- |jniid:[is, :iii illis : Geni'raliii iiialu ctadiilliTa sif^iuiiii quant, Il sigiium HOU daijilur ei, iiisi s gmiin ioux (jpu- I iiela'.
Qiui(iti cs-niis (le.i scribes el des pliarisifxs ilirciit à Jésus : Miiilrc, nous voudrions bien voir (jurUfiie prodiijc de vous. Jésus leur répouilil : Celle iiutioii niéchimW el lulul- 1ère deiHUnde un fiiodiqe, et il n'ij en unrii point d'(nilre pour etle iiiie ceiiii du'proyliélc Juiuis (S. Mnn!t, elwit. Ml).
jMadame ( la reine ), ce fui une curiosité, mais une curiosité présomptueuse, une curiosité captieuse et maligne, (|ui porta le» pharisiens à faire celle demande au Sauveur du monde. Curiosité présomptueuse, puis- (jue au lieu d'engager le Fils de Dieu, par une humble prière, à leur accorder comme une grâce ce qu'ils demandaient, ils parurent l'exiger, comme s'ils n'eussent eu qu'à le vouloir pour être en droit de l'obtenir : Maijislcr, rolamus. Curiosité captieuse, puis- (liie, selon le rapport d'un autre évangéliste, i;s ne lui firent celle proposition que pour le tenter, et que pour lui dresser un piège : Tentantes eiiin, sifinum de cœlo quivrebanl {Luc, \!) Curiosité maligne, pnisqu'en cela même ils n'avaient poinl d'autre dessein (juc de le perdre, dèlerminés qu'ils étaient à tourner contre lui ses miracles mêmes, dont ils lui faisaient autant de crimes, el dont enfin ils se servirent pour le calomnier et pour l'opprimer; car de là vint que le Fils do Dieu ne leur répondit qu'avec un zèle plein de sagos;' d'une part, mais de l'auirc, plein d'indignation; qu'il ne satisfit à leur curiosité que pour leur re|)roeher au même temps leur incrédiililé ; qu'il les iraita de nation méchante cl infidèle : Gencralio mala el adultéra: enfin, (ju'il les cita devant le tribunal de Dieu, parce qu'il |>rèvoyait bien que le prodige qu'il allait leur maniuer , mais auquel ils ne se rendraient pas, ne servirait (lu'à les confondre : Viri NinicHœ sure/cnt in ùcdicio advcrsus ijeneraliunem islam [Malth,,, XII ).
413 CARiC.Mi;. SKUMUN VU, SlU LA IlLl.lolON CilU:: I IKNM:. .jji
Voilà, mes cliers autiiîcurs, le 4)rccis (la sur(jct in juilicio [Multli. , Xll ). Le S;iuvciir noire évaiiiiile , et, dnns rexernpic ili-s plia- du monde parlait d'une reine intidàle, el je risiens, ce (lui se passe eritoie Ions les jiiurs parle d'une reine lonic cliiélienne. Celle enlrc Dieu cl nous. Je m'explique. Nous reine (lu Midi n'esl tant vantée tjuc [lour voudrions que Dieu nous lit voir des mira- l'Ire venue entendre la sagesse de Saloinoii : eles pour nous eonliiiner dans la foi, el Qiiiavcnil uudirc s(tpifniiamS(iloinunis[Ibi<l.); Dieu nous en t'.iil \oir acluellement dont mais, madame, nuire (jue tou^ écoutez iei la nous ne profitons pas, à (juoi iioiis sommes s iges-.e même de Jésus ("lirist et sa p.udle, insensibles, el qui, [lar l'alius que nous en que n'aurais-je point à dire de la pureté de faisons, rendenl noire endurcissement d'au- Aotre foi, de l'ardeur de votre zèle pour les lant plus criminel, qu'il est volontaiie, puis- inlérè'.s de Dieu, de la tendresse (le votre (ju'il ne procède, aussi hien (jne (clui des amour pour les peuples, des soins vigilants pharisiens, que de notr(^ |ierversité, cl de la el em[)ressés de voire charité i)our les paucorruplion de nos eteiirs. Or, c'esl ce que \res, de ces fer\ei-.les prières au pied des noire di\in niailre condamne aujourd'hui autels, de ces longues oraisons dans le secret dans ces prétendus esprits loris du juilaïsme, de l'oraloire, de tant de saintes prati(iues cl ce qui doit, si nous tomlionsdans leui' in- (|iii partagent une si ludle vie, et (jui font tidélilé, nous condamner nous-mêmes. Ter- égalemenl le sujet de nolie admiration el de lullien a dit un heau mot, et (jui cxpiime notre éclillcation ? CepenJanl, m.idime, voire liarfailemenl le caractère de la profession luajcs é n'attend point aujouid'liui de moi ciirélienne; savoir, qu'après Jésus-dhrisl de justes éloges, mais une inslrmlion sala curiosité n'est plus pournou> de nul usag.', lutaire ; et c'est pour seconder sa piété toute el que désormais elle ne nous peut |)lus être roja'e (|ue je m'adresse au Sainl-Espril, et utile, heaucouf) moins nécessaiiC, jiarce que, (lue je lui demande, [)ar l'inlereession de depuis la prédication de l'iivangile, le seul .Marie, les lumières nécessaires : Are,Maii(t. parti qui nous reste est celui de cioire, et (]e n'esl pas sans raison (|ue les pharisiens de souiiiellre noire raison en la ciplivanl de noire é\ angile , dans le liessein . quoi(]ue sous le joug de la foi : :Y(W;/'s curiusilate peu siocèie, de connaitre Jesus-Christ el de upiis non eut post Cli>'islum, nec inf/uisiitune savoir s'il et.iil Fils de Dieu, lui demandè- ])Osl Eviinijcliuin ( Tertull. ). C'esl ainsi rent un prodige (jui \înt de lui et dont il fût ([u'il s'en expliiiuait. Mais pour îiioi, j'ose l'auteur : J/(/v(</(7', rolumus a l<si<jnum lienchérir sur sa pensée, et j'ajoute (jue, dctf. Car il faut convenir, dit saint .\ugusquand il nous serait permis, dans le cliris- lui, «ju'il y a des pro lige» de deux dilléreulianisnie, défaire de nouvelles recherches, tes espèces; les premiers, (]ui viennent de quand nous aurion.s droit de raisonner sur de Dieu , el les seconds (jui viennent de notre foi el sur les mystères qu'elle nous l'homme; les uns , (|ui excilent radmiralion, révèle, nous trouvons dans Jésus-Chrisl el parce que ce sont les témoignages visihies de dans son évangile, non-seuleuient de quoi l'absolue puissance i\u Créateur; et les auconvaincre nos esprits, m.iis de quoi cou- Ires, qui ne causent ([ue de l'horreur, parce Icnler pleinement noire curiosité; pourquoi? (pie ce sonl les Iristes elVels du dérèglement parce ([ue Jésus-Christ nous a fait voir dans de la créature; ci'ux-là, que nous révérons sa pcrsoniu! des prod.gessiéclalants et d'une et ijue nous aijpdons miracles, et ceux-ci, telle évidence, que nul es;irit raisonnable que r.ous regardons comme des monstres n'y peut résister; el que si nous n'en soai- dans l'ordre de la grâce. Faites-nous voir mes pas louches, ce ne peut être ([uc rtlTcl un prolige (|ui \ienne de vous, disent les d'une mauvaise disposition, dont nous se- ]>li irisiens à Jésus-Christ. (Jue l'ait ce Saurons responsables à Dieu , el (lui ne suffira \eur adoral)le '.' Ecoulez-moi : en ceci conque trop pour atlinr sur nous toutes les ri- sisie tout le fond de celle instruction. De ces gueu. s de son jug( laent. deux genres de prodiges ainsi distingues, il
C'est l'impoitaute matière (jue j'ai cnire- leur en fait voir un qui n'avait pu venir que pris de Irailer dans ce di-coiirs, et le puis-je de Dieu, et ()ni fut un miracle évident cl infaire, mailame, awe plus d'avant ge ([n'en contestable ; je veux dire la foi des Nini\ilcs présence de votri? majesté, dont les senli- coiuerlis par la prédication de Jouas. Slais uients el les exenijiles doivent èlre pour lout au mèni." lemiis il leur en découvre un autre cet auditoire autant île jireuves sensibles d bien opposé, et qui ne pouvait venir que convaimanles de ce que je veux aujourd'hui d'eux-mêmes, savoir le prodigr ou le désorlui persuader ".' Car, (jucï elîel plus merveil- dre de leur inlidélité. Or, nous n'avons, mes leux peut avoir la religion ciirélienne, que chefs auditeurs, qu'à n(jus appliejuer ces de sanctifier au milieu de la cour, et jus(|iie deux sortes de prodiges, pour nous r< cousur le trcjne, la plus grande reine du monde; naîlre aujourd'hui dans la personne de ces et cela seul ne doil-il pas déjà nous fiire pharisiens ; et pour être obligés, par la coinconclure que celle religion est nécessaire- |iaraison que nous ferons de leur éiat et du menl l'ouvrage de Dieu, et non pas des mitre, d'avouer que le reproche du Fils de hommes ? Plaise au ciel, chrétiens, qu'un tel Dieu ne nous convient peut-être pas moins niiracle ne serve pas un jour de témoignage (lu'à ces f.iux docteurs de la loi , que, dans contre nous! mais ne puis-je pas bien vous le sens (ju'il l'entendail, peul-élre ne somfaire la même menace i]ue nous fait à Ions nies-nous pas moins qu'eux une nation corle Fils de Dieu dans noIie Evangile, en nous rom|)ue et adultère , et qu'il pourrait, avec proj, Osant l'exemple d'une reine : Rujinu aul,ii!l de raison, nous aiqiel! r à Te j"ge-
tJS
OnATEURS SACRtS. BOUIIDALULE.
nient redoutable où il les cita en leur ailnvssaiit ce» paroles : T'iri Ninivitœ surgeiit in judicio cum gcneratione ista.
Car JL' prétends, et en deux propositions voici le partage de ce discours, comprenez les ; je prétends que Jésus-Christ, dans rétablissement (le sa religion, nous a fait voir un miracle plus authentique et plus convaincant que celui des Niniviles convertis, et c'est le grand miracle de la conversion du inonde et de la propagation de l'Evangile, que j'appelle le miracle de la loi ; ce sera le premier point. Je prétends que nous opnoiins tins les jours à ce miracle un prodige d'iiiliilélité, mais d'une infidélité bien plus iiionsliueuse et plus condamnable que celle mè:iie des pharisiens; ce sera le second point. Deux prodiges, encore une fois, l'un surnaturel et divin , c'est le monde sanctifié par la prédication de l'Evangile; l'autre trop naturel et trop humain, mais néanmoins prodige, c'est le désordre de notre infidélité. Deux litres de condamnation que Dieu produira contre nous dans son jugement, si nous ne pensons à le prévenir en nous jugeant dés à présent nous-mêmes.
Miracle de la foi ; prodige d'infidélité. Miracle de la foi, que Dieu nous a rendu sensible, et que nous avons continuellement devant les yeux. Prodige d'infidélité dont nous n'avons pas soin de nous préserver, et que nous tenons caché dans nos cœurs. Miracle de la foi qui vous remplira d'une confusion salutaire en vous faisant connaître l'excellence et la grandeur de votre religion. Prodige d'infidélité , qui peut-être, si vous n'y prenei garde, après avoir été la source de voire corruption, sera le sujet de votre éternelle réprobation. L'un et l'aulie demandent une attention [lartxulière.
PREMIÈRE PAllTIE.
Il s'agit donc, chiélieiis, pour entrer d'abord dans la pensée de Jésus-Christ et dans le point essentiel que j'ai présentement à développer, de bien concevoir ce grand miracle de la conversion du monde et de l'établissement du christianisma, que je regarde, après saint Jérôme, comme le miracle de la foi. Et parce qu'il est indubitable que ce miracle doit être une des plus invincibles preuves que Dieu emploiera contre nous , si jamais il nous réprouv<", il faut aujourd'hui, vous et moi, nous en former une idée capable de réveiller dans nos cœurs h s plus vifs sentiments de la religion. Le sujet est grand, je le sais; il a épuise l'élociueiKC des Pères de l'Eglise, et il passe toute l'étendue de l'esprit de l'homme. Mais altachons-n(^us à l'expression simple et nue que saint Clirysostome en a faite dans une de ses homélies. Pour en mieux comprendre la vérité, jugeons-en par ce qu'il nous marque en avoir été la figure; je dis par la conversion des Ninivites, et par l'effet prodigieux et miraculeux de la prédication de Jouas. Le voici :
Jonas fugitif, mais, malgré sa fuite, ne pouvant se dérober au pouvoir de Dieu qui i'*iivoic, confus et touché de repentir, reçoit
(le la part du Seigneur un nouvel ordre d'aller àS'inive.ll y va : quoique étranger, quoique inconnu, il prêche, il se dit envoyé de Dieu. 11 menace cette grande ville et tous Ses habitants d'une destruction entière et prochaine. Point d'autre terme que quarante jours, point d'autre preuve de sa prédiction que la prédiction même qu'il fait : et , sur sa paroile , ce peuple abandonné à tous les vices, ce peuple pour qui , ce semble, il n'y avait plus ni Dieu, ni loi ; ce peuple indocile aux remontrances et aux leçons de tous les autres prophètes, par un changement de la main du Très-Haut, écoute celui-ci , et l'écoute avec respect; revient à lui-même, et se met en devoir d'apaiser la colère de Dieu ; fait la plus austère et la plus exemplaire pénitence; ni étal, ni âge, ni sexe n'en est excepté; le roi même , dit l'Ecriture , pour pleurer et pour s'humilier , descend de sou, trône; les enfants sont com[)ris dans la loi du jeûne ordonné par le prince, chacun, revêtu du cilice et couvert de cendres , donne toutes les marquesd'unedouleurefûcacect prompte.
Enfin , la réformalion des mœurs est si générale que la prophétie s'accomplit à la lettre -.ii"/ A'i'nù'e subierlelur [Jonœ. 111,4); puisque, selon la belle réflexion do saint Chrysostome , ce n'est plus cette Ninive débordée, que Dieu avait en abomination^ mais une Ninivc toute nouvelle et toute sainte, édifiée sur les ruines de la première: et par qui? par le ministère d'un seul homme qui a parlé, et qui, plein de l'esprit de Dieu, a sanctifié des milliers d'hommes, dont il a brisé les cœurs. Voilà, disait le Fils de Dieu aux Juifs incrédules , le miracle qui voua condamnera et qui coniondra votre impénitencc : et je dis à to,ut ce qu'il y a de chrétiens endurcis dans leur libertinage : voilà le miracle que If Saint-Esprit vous propose comme la figure d'un autre miracle encore plus étonnant , encore plus au-dessus de I liomme, encore plus capable de vous con vaincre et de vous élèvera Dieu. Ecoutez-lesans prévention, et vous en conviendrez.
Le miracle de la prédication de Jonas était un signe jiour les Juifs : mais en voici un pour vous, que je regarde comme le miracle du christianisme. Heureux si je puis , par mes paroles, l'imprimer profondément dans vos csprils! c'est la conversion, non plus d'une ville ni d'une province, mais d'un monde entier, optréc par la prédication de l'Evangile, et par la mission d'un plus grand que Jonas, qui est S'Homme-Dieu. Jésus-Christ : El ccce p! HSf/ua)nJonasliic[Matl h., \U). "Se supposons point iju'il est Dieu, mais oublions-le même pour quebiue temps : il ne s'agit pas encore de ce qu'il est, mais de ce qu'il a fait. Qu'a-t-il fait? en deux mots, chrétiens, ce que nous ne comprendrons jamais assez, et ce que nous devrions éternellement méditer. Donnez-moi grâce, Seigneur, pour le mettre ici dans toute sa force, par un récit aussi touchant qu'il sera exact et fidèle. Jésus-Cbri»t, fils de Marie et réputé fils de Joseph, cet homme dont les Juifs demandaient s'il n'était pas le fils de cet artisan : Nonne liic est filita
CARF.ME . SFRMON VH. SUR \.\ IIF.LIC.ION CIIUETIENNF.
(iihri'iMatth. XIII)? enlreprcml ticcliaiigcr la face do l'univers , cl de purger le monde de l'idolalrie, de la superst'lion , de l'erreur, poury faire régner souvcraineininl la pureté du culte de Dieu, dessein digne de lui, mais vaste et immense ; et, toutefois, dcssiiii dont vous allez voir le succès. Pour cela, qui choisit-il"? douze disciples grossiers , ignorants, faibles, imparfaits, mais qu'il remplit tellement de son esprit, que, dans un jour, dans un moinonl, il les rend propres à l'exécution de ce grand ouvrage.
En effet, de grossiers, et, pour user de son expression , de lents à croire qu'ils étaient, parla vertu de cet Esprit qu'il leur envoie du ciel, il en fait des hommes pleins de zèleelde foi. .Après les avoir persuadés, il s'en sert pour persuader les autres: ces pécheurs, ces hommes faibles , que l'on regardait,dit saint Paul, comme le rebut du moud •: Tanqnam pur(jamenta hujus mundi (I Cor. IV), fortiliés de la grâce de l'apostolat , partagent entre eux la conquête el la réformation du monde. Ils n'ont point d'aulrcs armes que la patience, point d'autres trésors que la pauvreté , point d'.iutre conseil que la simplicité ; cl cependant ils triomphent de tout. Ils prèclieiil des my^tères im-royables à la raison humaine, et ou les croit. Ils annoncent un Ev.ingile opposé conlradictoiremenl à toutes les inclinations de la nature, el on le reçoit. Ils l'annoncent aux gcinds de la terre, aux doctes et aux prudents du siècle, à des mondains sensuels, voluptueux, el l'on s'y soumet. Ces grands reçoivent la loi de ces pauvres, ces doctes se laissent convaincre p.ir ces ignorants, ces voluptueux el ces sensuels se font instruire par ces nouveaux prédicateurs de la croix , et se chargent (lu joug de la morlificalion et de la pénitence. Ue tout cela se forme une chrétienté si sainte, si pure, si distinguée par toutes les vertus, que le paganisme même se trouve forcé <à l'admirer.
Ce n'est pas tout, el ce que j'ajoute vous doit encore paraître plus surprenant. Car, à peine la fui publiée p.ir ces douze apôtres a-l-elle commencé à se répandre, qu'elle se voit attaquée de mille ennemis. Toutes les puissances de la lerre s'élèvent contre elle. Un Diocictien, le maître du monde, veut l'anéantir, el s'en fait un point de politi(iu? ; mais, malgré lui, malgré les plus violents cfforis de tant d'autres persécuteurs du nom chrétien, elle s'établit si solidement, celte foi , que rien ne peut plus l'ébranler. Des millions de martyrs la défendent jusqu'à l'effusion de li'ur sang; des gens de toutes les conditions l'ont gloire d'en être les victimes el de s'immoler pour elle ; des vierges sans nombre, dans un corps tendre el del:cal lui rendent le même témoignage, el souffrent avec joie les tourments les plus cruels. Elle s'étend, elle se multiplie, non-seulement dans la Judée où elle a pris naissance, mais jusqu'aux extrémités de la terre, où dès le temps de saint Jérôme, c'est lui-même qui le remarque comme une espèce de prodige , le nom de Jésus-Chrisl était déjà révéré et
adoré, non-sculemeni parmi les peuples barbares, mais parmi les nations les plus polies ; dans Home, où la religion d'un Dieu crucifié se trouve bientôt la religion dominante ; dans le palais des Cés.irs, où Dieu , pour l'affermissement de son Egli>e, au milieu de l'iniquité, suscite les plus fervents chrétiens; enfin, observez ceci, dans le plus éclairé de tous les siècles, dans le siècle d'Auguste, que Dieu choisit pour marquer encore davantage le caractère de cette loi, qui seule devait surmonter toute la prétendue sagesse de l'homme cl tout l'orgueil de sa raison Avouons-le , mes chers auditeurs , avec saint Chrysoslome : quand la religion chréliennc, dès son berceau, aurait trouvé dans le monde toute la faveur et tout l'appui nécessaire ; quand elle serait née dans le calme, par mille autres endroits, elle ne laisserait pas d'être toujours l'œuvre de Dieu. Mais (lu'elle se soil éta>blic dans les persécutions, ou plutôt par les persccnlions , et qu'il soit vrai qu'elle n'a jamais été plus llorissanli- (lue lorsqu'elle a été plus violemment combattue ; que le sang de S( s disciples inhumainement répandu ail été, comme parle un Père, le germe de sa fécondité ; que plus il eu périssait par le fer et par le feu , plus elli; en ail formé par l'Evangile; que la cruauté exercée sur les uns ait servi d'altrait aux autres pour les appeler, el qu'à la lettre l'expression dî Terlullien se soit vérifiée : In chrislianis crtidclilas illccrlna est sectœ : {\u ■, sans rien faire autre chose que de voir ses membres souffrir el mourir, ce grand corps du christianisme ait eu de si prompis el de si merveilleux accroissements : ah 1 mes frères , c'est un de ces prodiges où d f.iul (]ue la prudence humaine s'liumilie,'et qu'elhî fasse hommage à In puissan( e de Dieu. Voilà néanmoins ce que nous voyons ;el c'est la merveille subsistante dont nous sommes témoins nous-mêmes et que nous avons devant les yeux. Car nous voyons, malgré l'enfer, le monde devenu chrétien, et soumis au culte de cet Homme-Dieu, dont le Juif s'est scandalisé , el dont le gentil s'est moque. Voilà ce que le Seigneur a fait : .1 Domino fiictiim est islud, el est mirabile iji octilis nostris {Ps(il. CXVll).
Et, afin que cette merveille fit encore sur nous une plus vive impression, le niémcî Seigneur l'a renouvelée dans les derniers siècles de l'Eglise. Vous le savez : un François Xavier , seul el sans aulre secours quicelui de la parole et de la vérité ([u'il prêchait, a converti dans l'Orient tout un nouveau monde. C'étaient des païens eldes idolâtres ; cl il leur a persuadé la même foi, el il les a formés à la même sainlelé de vie, et il l( ur,i inspiré la même ardeur pour le marijie, ei il a fait voir dans eux tout ce qu'on a vu <1} plus héroïque et de plus grand dans cet ancien christianisme si parlait et si vénérable. El comment l'a-l-il fait ? Par les mêm s moyens, malgré les mêmes obstacles, avec les mêmes succès : comme si Dieu eût pri» plaisir à reproduire, dans ce successeur d(is apôlies, ce que sa main loute-puissaiile a>ait
419 ,- ORATEURS SACRES. DOUr.DALOUE. «0
opéré par le minislèrc des apôtres ménies , loups : Ecce ego millo vos sicut aqnos intcr
cl (lu'il eût voulu, par ces exemples préscnis, /k/;»;*- (Luc, X) ; et ils le comprireni si bien
nous rendre plus croyable tout ce ([ue nous que, sans faire nulle résistance, ils se lais-
uvons entendu des siècles passés. sèi-enl égorfier coninie d'innoccnles victimes.
Or, je soutiens, mes cliers auditeurs', qu'a- Le mahométisme s"est établi par les conquéprès cela nous n'avons plus droit de deiuan- les et par les armes; l'iiérésie , par la ré- (ier à Dieu des miraclrs, et que nous sommes bellion contre les puissances légitimes ; la plus inlidèles que les pbarisiens, si nous lui de Jésus-Cbrist seule par la patience et avons la prétention dr dire comme eux : Vo- par l'Iiumilité. Ce n'est point la douceur de Itnnuf sii/nnin vidcrc. Pourquoi? Parce qu'il cette loi, ni le ri'lâi iiement de sa morale, qui est constant que colle conversion du momie, fut le principe d'un tel progrès; car celle loi, telle que je l'ai rcprésenlée, quoique Irès-ini- toute raisonnable iju'clle est , n'a rien que parfaitemenl. est en effet un perpétuel mira- dliumilianl pour l'esprit et de moitifianl pour c'e. Sur quoi il y a trois réflexions à faire le corps. On conçoit comment, sans mir.icle, ou Irois circonstances à remarquer. Miracle le paganisme a eu cours dans le monde, |)arco qui sur|>asse, sans contredit, tous les autres qu'il favorisait ouvertement loules les pasmiracles. Miracle qui présuppose nécessaire- sions , (|uil autorisait tous les vices, et qu'il ment tous les autres miracles. Miracle qui, n'est rien de pius naturel à l'iiomme que <ln dans l'ordre des desseinsdcDieu, jusiiiie tous suivre ce parti; mais ce ([u'on ne conçoit les autres miracles. VA, par une triste consé- pas , ("est qu'une loi (|ui nous ordonne d'ai- (|uei'.ce, mais inévitable, miracle (jui nous mer nos ennemis et de nous liaïr nous-mèrend dignes de tous les cbâtimiiils de Dieu . mes, ait îi-juvé tant de partisans. Ce n'est s'il ne sert pas à notre propre instruclion et point l'eiTcl du caprice;car jamais le caprice, à notre conversion. Mon Dieu, (lue n'ai-jc (luebjue aveuglé (|u'il puisse èlrc , n'.i porté une de ces langues de feu qui descendirent îes liummes a s'interdire la vengeance , à sur les apôtres, et que ne suis-je rempli du renoncer aux pl.iisirs des si ns, et à cruciinémc esprit, pour graver une aussi grande fier leur chair. Que s'ensuit-il de là, je le révérité que celle-là dans tous les cœurs ! pète : qu'il n'y a qu'un Dieu, mais un Dieu
Oui, chrétiens , la conversion du mundc aussi puissant que le nôtre, qui ait pu concst un miracle perpétuel que jamai;-, l'infi- duire si heureusement une pareille entredélité ne détruira : ainsi a-t-tile été regar- prise et la faire réussir , et que Jésus-Clirist, dée de tous les Pères, cl en particulier de l'oracle de la vérité, a donc eu sujet de consainl Augustin , dont le jugement peut bien dure, quoiqu'il parlât en sa faveur : A Dowons servir ici de règle. Car c'est par là que mino fnctnin est isltid : c'est l'œuvre du Seice grand homme fermait la bouche aux gneur, cl le doigt de Dieu est là : £■< c.<n/a'pa'iens, quand il leur disait : Puis()ue vous rahilc in ocuHs noslrin.
vous (.pii'iiàtrcz à ne vouloir pas croire les Ce n'est pas assez : j'ai dit que ce miracle autres miracles, qui sont pour nous des prou- surpassait tous les aulres miracles. En pou- Ves incontestables de notre foi, au moins vons-nous douter? et, si dans la pensée do confessez donc que, dans votre système, il y saint (irégoire, pape, |;i conversion parlicuen a un dont vous élcs obligés de c invenir : lièrcd'un pécheurinvéléré coule plus à Dieu, c'est le monde converti à Jésus-Christ sans et est en ce sens plus miraculeuse que la aucun miracle. Car cela même, qui n'est résurrection d'un mort , ([u'est-ce (jne la coupas et qui n'a pu élre, ce serait le miracle version de tant de peupb s, élevés et comme des miracles, lit à quoi donc, poursuivait enracinés dans l'idolâtrie? ilendons cettecomsainl Augustin, attribuerons-nous ce graml par.iison plus sensible. Il y a encore dans le ouvrage de la sanctification du monde parla monde, je dis dans le monde chréiien, des loi chrétienne, si nous n'avons recours à la hommes sans religion. Vous en connaissez : vertu infinie de Dieu? Ce n'est point aux ta- des athées de créance et de mœurs, tidlement lents de l'esprit ni à l'éloquence ijuela gloire confirmés dans leurs désordres, qu'à peine en est duc; car, quand les apôtres aur.iient tous les miracles suffiraient pour les en retiélé aussi éloquents et aussi savants qu'ils rer. Peut être n'avez vous avec eux (luc trop l'étaient peu, on sait assez ce que [icut l'é- de comnierce. Quel effort du bras de Dieu, et loquence et la science humaine, ou plutôt quel miracle na-t-il donc pas fallu pour on ne sait que trop combien l'une et 1 autre gagner à Jésus-Christ un nombre presque est faible (juaiid il est question de réformer infini, ne disons pas de semblables libertins, les mo'urs ; ellexemple d'un Platon, qui ja- mais encore de plus obstinés et de plus inconmais, avec loul le crédit et toute l'esliine que vertibles , dont !e chaiigeiiienl , également lui donnait dans le monde sa philosophie , pronqit et sincère, a toutefois été la gloir(! n'a pu engager une seule bourgade à vivre et l'Iionneur du christianisme? Que diriezselon ses maximes, et à se gou\erner selon vous (ceci va donner jour à ma pensée, et ses lois, montre bien que s.unt Pierre agis- vous convaincre de ce que j'appelle mirai le s.iit par de plus hauls principes, (|uand il ré- au-dessus du miracle même), que diricz-vous duisail les pro\inceset les royaumes sous si, par la vertu de la parole que je vous l'obéissance de T'ivangile. Ce n'est point par prêche, un de ces impics, dont vous n'espél:i force ni par la violence que la foi a élé rez plus désormais aucun retour, se converplaniée; car le premier avis que reçurent tissait néanmoins en votre pré-ence ; en sorte les disciples de Jésus-ChrisI, ce fut qu'on les que, renonçant à son libertinage, il se dérlacn\oj,:il comme des agneaux au milieu des ràt tout à coup et haulcmenl chrétien, Cl
CAIIEME. SERMON Vil. Sli; L\ HF.LIGION CIir.ETlENNF.
qu'en pffot il coninu'iicAt à \ ivre on rliréliou? (}ue iliricz-vous, si, loiijoui's iulli'xihlc (iipuis de Icnjjucs aniu'i'S, il sortait aiijourii'liiii de cet auditoire, péiiéln' d'une saiiile rmnponcliou, résolu à réparer par une luunblc pénitence le scandale de son inipié;é : y aurait-il miracle qui vous louchai davantage? Or. je vous dis que ce miracle, dont vous seriez encore plus surpris que touchés, est ji\s(enienl ce qu'on a vu mille et mille fois dans le christianisme, el(iu"un des triomphes les plus ordinaires de notre religion a été de soumettre ces esprits fiers , ces esprits durs il opiniâtres, de les faire rentrer dans la voie de Dieu, el île les rendre souiils et dociles comme des enfants; (]iie c'est par là qu'elle a commencé, cl que, malgré toutes les puissar.ces des ténèlires, elle nous en donne encore lie nos jours d'illustres exemples, quand il plaît au Seigneur, dont la main n'est pas raccourcie, d'ouvrir les trésors de sa grâce, el de les répandre sur ces vases de miséricorde qu'il a prédestinés pour sa gloire, lîxemples récents que nous avons vus. el que iious avons admirés, lîn cela seul, n'en dis-jc pas plus (iiic si j'entrais dans le détail de tant de miracles qui composent nos histoires saintes, et que nous trouvons autorisés par la tradition la plus constante'.'
J'ai. ajouté, el ceci me parait encore plus fort, que ce miracle présupposait néccssairenienl Ions 'es antres miracles. Car enfin , demande saii't Clirjsostome, el après lui le docteur angélique, sainl 'l'Iiomas, dans sa Somme, contre les gentils, qui'l autre motif <iue les miracles, dont ils étaient eux-mêmes témoins odilaires, put engager les premiers seclaleurs du christianisme à embrasser une loi odieuse selon le monde, cl contraire au sang et à la nature? Julien l'aposlal condamn.iit les apAtres de léiiéreté cl de trop do (rédulité, prétendant que sans raison ils étaient attachés .lu Fils de Dieu ; mais, pour en juger de la sorte, répond sainl Chrysoslonie , ne fallait-il pas élre impie comme Julien ? Car, poursuit ce Père, était-ce légèrelc de suivre un homme qui , pour gage de ses promesses, guérissait devant eux les aveugles-nés, cl rendait la vie aux morts do quatre jours? Aussi défiants et aussi intélessés qu'ils l'élaicnl, el que l'Kvangilo nous ; jiprend, auraient-ils tout quitté pour Jésus- Christ, s'ils n'cussenl été persuadés de ses miracles? cl pouvaient-ils les voir cl se défendre de croire en lui ? Après l'avoir abandonné dans sa pa>;sion, après s'èlrc scandalisés de lui jusqu'à le renoncer, se scraicnt-i's ralliés et déclarés en sa faveur plus hautement que jamais , si le miracle authenti(]ue de sa résurrection n'avait, conime parle saint Jérôme, ressuscité leur fui? Auraienl-ils pris plaisir à se laisser emprisonner, tourmenter, crucifier, pour être les confc-seurs et les martyrs de celte résurrection glorieuse, si l'évidence d'un Ul miracle n'avait dissipe tous leurs doutes?
Par où saint Paul, dans un moment, ful-il .«•ansformé de persécuteur de l'ivglise en pré- Uiceteur de l'Evangile? Ce miracle pril il se
faire sans on autre miracle, el jamais ce zélé deli liseur du judaïsme, jamais cet homme si passioiiié pour les traditions de ses pères, en cùi-il élé le déserlciir pour devenir le disciple d'une sccle dont il avait entrepris la ruine, si Dieu, loiit à coup, le renvi'rsant pa? terre, et le remplissant d'elTroi sur le chemin de D.imas, n'eût formé en lui un cœur nouveau? Ne confessait-il pas lui-même dans les synagogues, qu'il avait élé oblige de se convertir, jiour n'êlro pas rebelle à la lumière dont il s'était vu investi, et à la voix foudroyante qu'il avait entendue : Saule. Saule, (jHid me pei-sriinois {Art. Xll et XXVIj? Kt n'e^l-cc [las de là qu'il conçut un désir si aident de se sacrifier et de souffrir pour la gloire de ce Jésus, dont il avait élé l'ennemi '.* Klait-ce simplicité? él.iit-cc prévention? étailce intérêt du monde? Mais n'est-il pas certain (jne sainl Paul se Irouvait dans des dispositions toutes contraires; et (|ue, ne respirant alors que sang el que carnage, il ne pouvait ê!re arraché à l'ancienne loi, dont il el lit un des plus fermes .ippiiis, ni gagné à la l<ii nouvelle, qu'il voulait détruire, par un moindre elTorl que l'elTorl miraculeux cl divin (jui le terrassa et qui l'emporta ?
On est élonné quand on lit de sainl Pierre que, dès la première fois qu'il prêcha aux Juifs, après la descente du Saint-Iispril, il convertit trois mille hommes à la foi. Mais en faut-il être surpris, dit saint Augustin? On voyait un pêcheur, jusque-ià sans autre connaissance que celle de son art, expliquer en maîlre les plus hauts mystères du royaumo de Dieu, parler toutes sortes de langues, el, par un prodige inouï, se faire cnlendrc tout à la fois à aiilanl de nations qu'une grande cérémonie en avait assemblé à Jérusalem, de lous les pays du monde. Miracle rapporté par sainl Luc, et rapporic dans un temps où I e\aiigélislc n'eût pas eu le fronl de le publier, SI la chose n'eût élé conslammeiit vraie, puisqu'il aurait eu contre lui, non pas un ni deux témoins, mais toute li terre; puisqu'un million de Juifs contemporains auraient pu découvrir la fausseté cl le démentir, puisque son imposture luieût faitperdre toulecréancc, et qu'elle n'eût servi qu'à décrier la religion même dont il voulait faire connaître l'cxcell'-'iice et la sainlelé. Supposé, dis-je, ce miracle, est-il étonnant que tant de Juifs se soient alors convertis , el n'esl-il pas plus surprenant, au contraire, qu'il y en eût encore d";:ssez cntêlés cl d'assez aveugles pour demeurer dans leur incrédulilé?
On a peine à comprendre les conversiims extraordinaires et iiresque sans nombre qu'opérait sainl Paul parmi les gentils; mais, eu prêchant aux gentils, ii'ajoutait-il pas toujours à la parole (ju'il leur portail d'insignes miracles, comme la n arque et le sceau de son apostolat? N'est-ce pas ainsi qu'il le lémoignait lui-même , écrivant à ceux de Corlnthe, el ne les priait-il pas de se souvenir des œuvres merveilleuses qu'il OTait faites au milieu d'eux? Si tous ces miracles eussent élé supposés , leur t ût-il parlé de \ i sorte? en eût-il eu l'a =uraiice?sc serail-il
425 DATEURS SACRF.S. BOl KOALOUE
Adressé à cux-mômcs? en cûl-il appelé à leur propre lémoign;igo ? cl par une li-lle supposition, se fûl-il exposé à décréditcr son niiiiis- 'érc et à détruire ce qu'il voulait établir ?
Vous me demandez ce qui attachait si élroitemcnl saint Augustin à l'Kglisc catholique. N'a-t-il pas avoué que celaient en partie les miracles; et lui en fallait-il d'antres que ceux qu'il avait vus lui-même. Kn îallait-il d'autres que ce fameux miracle arrivé de son temps à Cartilage , dans la personne d'un thrélicn subitement et surnaliirellement guéri par l'inlerccssion de saint l'.tienne , dont ce grand saint proteste avoir été spectateur, et dont il nous a laissé , au livre de la Cilé de Dieu, la description la plus exacte? Quand il n'eût eu jusque-là qu'une foi chancelante , cela seul ne devait-il pas l'affermir pour jamais? Dirons-nous que saint Augustin était un esprit faible , qui croyait voir ce qu'il ne voyait pas ? dironsnous que c'était un imposteur qui, par nu récit fabuleux, se plaisait à tromper le moiule? Mais, puisque ni l'un ni l'autre n'est soutena-
lilc , ne conclurons nous pas plutôt, avec Vincent de Lérins, que comme les miracUs
de notre reliiion ont servi à la conversion
du monde, aussi la conversion du monde est
elle-même une des preuves les plus infaillibles des miracles de noire religion?
Et c'est ici, chrétiens, que nous ne pouvons
assex admirer la sagesse et la Providence de
notre Dieu, qui n'a pas voulu nous obliger à
croire des mystères au-dessus de la raison,
sans avoir fait lui-même pour nous des miracles au-dessus de la nature ; car, à notre
égard , cette conversion du monde , fondée
sur tant de miracles , non-scnlemoiil est un
miracle éternel, mais un miracle qui justifie
tous les autres miracles, dont il n'>'st que la
suite et l'elTel. Après quoi nous pouvons bien
<lire ci Dieu, comme Richard de saint Victor :
Domine, fi error est quriii credimus, a te
drrepti sumus {liichard. Vici.) : oui , mon
Dieu , si nous étions dans l'erreur, nous
aurions droit de vous imputer nos erreurs,
et, tout Dieu que vous êtes, nous pourrions
vous rendre responsable de nos égarements.
Pourquoi? voici la raison qu'il en apportait :
Quoniam iù signis prœdiia (•<< istn relirjin,
ijwenon uisi a te esse potiicrunt{Ibid.), parce
que cetle religion où nous vivons, sans parler
(le sa sainteté et de son irrépréhensible pureté, est conlirmée par des miracles qu'on no
peut attribuer à nul autre qu'à vous. Il c^t
vrai, mes frères; mais ce sont aussi ces miracles qui nous confondront au jugement de
Dieu : ce sera surtout le grand miracle de la
conversion du monde à la foi de Jésus-
<',hrisl. t"es païens, ces iibdàlres, devenus
fidèles, s'élèveront contre nous, et deviendront nos accusateurs : Viri Ninivilœ sur-
çjent in judicio; et que diront-ils pour notre
condamnation ? Ah ! chrétiens, que ne dirontils pas, et (jue ne devons-nous pas nous dire
à nous-mêmes? En effet, pour peu de justice
rpie nous nous fassions, il nous doit être , je
ne dis pas bien honteux, mais bien terrible
Jevant Dieu, que celte foi ail fait paraître
dans le monde une vertu si admirable, et quelle soit mainlenanl si languissante et si oisive parmi nous; qu'elle ait produit, dans le paganisme le plus aveugle et le plus corlompu, tant de sainteté, et qu'elle soit peutêtre encore à produire dans nous le moindre changemenl de vie, le moindre retour à Dieu, le moindre renoncement au péelié. S'il nous reste un raynn de lumière, ce qui doit nous faire trembler, n'est-ce pas que cette foi ail eu la force de s'établir par toute la terre avec des succès si prodigieux, et qu'elle ne soil pas encore bien établie dans nos cœurs ? Nous la confessons de bouche, nous en donnons des marques au dehors , nous sommes chrétiens de cérémonie et de culte ; mais le sommes-nous de cœur et d'esprit? Or, c'est néanmoins dans le cœur que doit parliculièment résider notre foi , pour passer de là dans nos mains, et pour animer toutes nos œuvres.
Quel reproche contre nous, si nous n'avons pas entièrement étouffé tous les sentiments de la grâce ; quel reproche que cette foi ait snrmoTitc tontes les puissances humaines conjurées contre elle , et qu'elle n'ait pas encore surmonté dans nous de vains obstacles qui s'oppos:'nt à notre conversion I Car qu'est-ce qui nous arrête? Une folle pas sion , un inlérêt sordide , un point d'honneur, un plaisir passager, des difficultés que notre imagination grossit, et que notre loi, toute victorieuse qu'elle est , ne peut vaincre. Quel sujet de condamnation , si je veux devant Dieu le considérer dans l'amertume de mon âme , que cette foi se soit soutenue , cl même qu'elle se soll fortifiée au milieu des persécutions les i)lus sanglantes, et que je la fasse tous les jours céder à de prétendues persécutions que le monde lui suscite dans ma personne; c'est-à-dire, à une parole, à une raillerie , à un respect humain , ou plutôt à ma propre lâcheté! Car voilà mon désordre et ma confusion : si j'avais le courage de me déclarer et de me mettre au-dessus du monde, il y a des années enlièri s que je serais à Dieu ; mais parce que je crains le monde , et que je ne puis me résoudre à lui déplaire , j'en demeure là , et , malgré moi-même, je reliens ma foi captive dans l'esclavage du péché.
Ah 1 mon Dieu, que vous répondrai-je , quand vous me ferez voir que cette foi, (pii a confondu toutes les erreurs de l'idolâtrie et de la superstition, n'a pu détruire dans mon esprit je ne sais combien de faux principes cl de maximes dont je suis préoc<upé? Comment me jnslifierai-je , (]uand \ous me ferez voir que celte foi , qui a soumis l'orgueil des Césars à l'humilité de la croix, n'a pu déraciner de mon cœur une vanité mondaine , une ambition secrète , un amour de moi-même qui m'a perdu ? Enfin , que vous (lirai-je, quand vous me ferez voir que celle foi, qui a sanctifié le monde, n'a pu sanctifier un certain petit monde qui règne dans moi , cl qui m'est bien plus pernicieux que le grand monde qui m'environne et ()ui est hors de moi? .Aurai-je de quoi soutenir lu
CAREME. SEUMOiN Vil. SUIl LA RELIGION CIlliKTltiNNE.
poiiis Ut! cos acciisalions ? M'en détliar{?erai-jo sur vous, Seigneur? tn'eii premlrai-je à la foi même? dirai-jo qu'elle n'a pas fait assez d'impression sur moi , cl que je n'en étais point assez persuade pour eu èlre louché ? Ah 1 chrétiens , peul-élrc noire infidélité va-l-elle mainlenanl jusqu'à vouloir s'auloriser de ce prétexte ; mais c'est ce même prétexte qui nous rendra plus cinidamnables, car Dieu nous représentera l'inlidéiité où nous serons tomhes comme un prodige que nous aurons opposé au miracle de la foi. Prodige qui ne virut plus de Dieu , mais de nous, cl dont j'ai à vous parler dans la seconde partie.
SIÎCONDt; PARTIE.
Etre infidèle sans avoir jamais eu nulle connaissance de la foi , c'est un étal qui , tout fuiK sle et tout déplorable qu'il est, n'a rien , à le bien prendre, de surprenant ni de prodigieux. Ainsi, dil saint Chrjsoslomc , l'infidélité dans un pa'ien peut être un aveuglement, et un aveuglcmcnl criminel ; mais on ne peut pas toujours dire que cit aveuglement , même criminel , soit un prodige. Il faut donc, pour bien concevoir le prodige de l'infidéliié, se le représenter dans uu chrétien qui, selon les divers désordres aux- (lijcls il se laisse malheureusement cnlraîni-r, ou renonce à sa foi, ou corrompt sa foi, Cil dément et contredit sa foi ; renonce à sa !<ii par un libertinage de créance qui lui en fait secouer le jt^ug , et qui se forme peu à peu dans son esprit ; corrompt sa !oi , par un attachement secret ou déclaré aux erreurs qui la combatlenl, mais p.uticuliéremeiit à l'iiérésie et au schisme , qi i en détruisent l'unité . et , par conséquent , la pureté et l'intégiilé; dément et contreilit va foi, par nn dérèglement de mœurs (jui le déshonore, et par une vie licencieuse qui en est l'op-
Srobre et le scandale. Trois désordres qui , ans un chrétien perverti , ont je ne sais quoi de monstrueux , et que j'appelle pour cola, non plus simples désordres, mais prodige de désordres. Trois étals où, même à ne considérer i\Ui' ce qui peut et ce qui doit p.is«er pour prodige évident , l'homme fournit à Dieu des titres invincibles pour le condamner. .\[(pli(]uez-vous à ces trois pensées.
Car, pour commencer par ce qu'il y a de plus scandaleux , je veux dire par ce libertinage de créance dont on se f.iii une habitude, et qui consiste à renoncer la foi, n'estil pas étonnant, mes chers auditeurs, de voir des hommes nés chrétiens , cl se piquant partout ailleurs d'habileté et de prudence, devenir impies sans savoir pourquoi, et secouer intérieurement le joug de la foi , sans en pouvoir apporter une raison , je ne dis pas absolument solide et convuinoaule , mais capable de les satisfaire eux-mêmes? Celle foi, dont par le baptême ils ont reçu le caractère , et en vertu de laquelle ils portent le nom de chrétiens ; celle foi si nécessaire , supposé qu'elle soit vraie , el à quoi ils con- Tiennenl eux-mêmes que le salul est allaché ; celle foi, par qui seule, comme ils ne l'igno- *■ ■ ' Obateirs Sacrés. XiV.
renl pas, ils peuvent espérer île trouver grâee devant Dieu , s'il y a grâce à espérer pour eux ; celle foi, sur laquelle ils avouent qu'ils seront jugés , si j.imais ils le doivent être ; n'esî-il pas, dis-je, inconcevable (ju'lls l'abandonnent : conmient ? en aveugles cl en insensés , sans examen, sans connaissance de cause, par empnriemenl, par passion, par légèreté, par caprice, par une vaine ostentation , par un allai hement honteux à de sales et d'infâmes plaisirs ; se conduisant avec moins de sagesse que des enfants dans une affaire où néanmoins il s'agit du plus grand intérêt, puisqu'il y va de leur sort éternel. Cela se peut-il compremlre? telle e^t cependant la triste disposition où sont aujourd'hui presque lous les libertins du siècle. Observe z-les , el dans ce portrait vous les reconnaîtrez.
Car enfin, qu'un d'eux, après une mûre délibération, après une longue élude , toutes choses considérées et pesées dans une jusl(! balance, autant qu'il lui est possible, se déterminai à quitter le parti de la foi , je dé[i!orerais son malheur, et je l'envisagerais comme l<i plus terrible vengeance ([ue Dieu pût exercer sur lui , puisque, selon l'iicrilure , Dieu ne punit jamais avec plus de sêvérilé que lorsqu'il permet (iiie le cœur de l'hoiiime tombe dans l'aveuglement: Excœra cor populi Inijus {Isoi., VI). I\lais , après tout, il n'y aurait rien en cela de prodigieux . Et en cfl'el, jusque dans son aveuglement , il y aurait quelque reste de bonne foi , qui le rendrait, sinon pardonnable, au moins digne de compassion. Mais ceux à qui je parle, et, dans ce nonibre, je comprends la plu|)arl des impies du siècle au milieu de qui et avec qui nous vivons , savent assez que ce n'cit point par là(iuils s Jiit parvenus au comble dn libertinage; et que le parti qu'ils ont pris de renoncer à la foi, n'a point été de leur part une ^é^olution concertée de la manière i|ue je l'enleuds. En quoi, d'ailleurs, souffrez que je fasse ici celte remarque , tout criminels et tout inexcusables qu'ils sont de\ant Dieu , je ne laisse pas aussi de trouver pour eux une ressource et comme une espèce de consolation , puisqu'au moins il est certain qu'on revient plus aisément d'un libertinage sans princi|)Cs, que d'un autre dont on s'est fait, par de faux raison^ nemcnts, une opinion particulière et une irréligion positive el consommée, (juoi qu'il eu soit, l'infidélité que j'attaque, et qui me semble la plus commune, ne peut disconvenir qu'elle n'ait ce faible, d'être évidemment téméraire el sans preuves. Car, demandez à uu libertin pourquoi il a cessé de croire ce qu'il croyait autrefois; et vous verrez si, dans tout ce qu'il allègue pour sa défense, il y a seulement quelque apparence de solidité. Demandez-lui si c'est à force de raisonner qu'il a découvert une démonstralion nou velle contre celte infaillible révélation de Dieu, à laquelle il était soumis. Obligez-le à répondre sincèrement, el à vous dire s'il a examiné les choses , si , cherchant avec une intcnliun droite et cure la vérité, il s'est mi» [Qiialorze.)
on Om (!e lii loniiaUrp ; s'il a eu soin de consiillor feux qui pouvaient le détromper et résoudre ses doutes ; s'il a lu ce qu'ont éerit les Pères iur ces matières de religion , qu'il ne goûte pas parce qu'il ne les entend pas , et qu'il ne veut pas s'appliquer à les entendre ; s'il est jamais entré sérieusement Jans le fond des difficultés ; en un mot, s'il n'a rien omis de ce que tout homme judicieux et bien sensé doit faire dans une pareille conjoncture pour s'instruire et pour s'éclaircir. Interrogez-le sur tous ces points et qu'il vous parle sans déguisement : il conviendra (in'il n'a point tant pris de mesures , ni tant fait de perquisitions. Il fallait an moins tout cela, avant que de franchir un pas aussi hardi qu'il l'est de se soustraire à l'obéissance de la foi; mais il s'en est soustrait , chrétiens , et il s'en est soustrait à bien moins de frais ; il s'est déterminé à ne plus croire, et il s'y est déterminé sans conviction, sans réflexion même, au hasard de tout ce qui pourrait en arriver et n'a.ynnt lien qui l'assurât ni qui le fixât dans l'abîme affreux où il se précipitait. Voilà ce que j'appelle prodige. Or, en combien de mondains ce prodige, tout prodige qu'il est, ne s'accomplit- il pas tous les jours ?
Mais encore, me dites-vous, puisque ce n'est pas par rai>on que ce libcrlinagc se forme, par quelle autre voie l'honitie riirétien pent-ii donc se pervertir jusqu'à devc-