‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 44 sur 132 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

pcccnre non ineuunt [.\hij.).0\- , dt^s l.î leur péiiileiice i;sl vjiinc. Pourquoi ? parce que ce n'est plus la grâce , ni le Sainl-Kspril, mais l'amour-propre t\iù l'excite : il sullil de s'aimer soi-inènip, sans aimer Dieu pour l'aire une telle pénitence; mais il ne sultil pas de s'aimer soi-même pour laire une pénitence rlirelicnne , ni pour se remettre en gràco avec Dieu. On meurt donc dans l'exercice de la pénitence, et néanmoins on meurt dans son péché , parce que le péché n'est pas ilt-truil par toute pénitence , et quo s'il y en a nue incapable de le détruire , c'est celle-là. Ce qui faisait conclure à sain! Grégoire, pape, qu'il y avait plus de pécheurs dans le christianisme, qui périssaient par la fausse pénitence, que par l'impénitence même ; et qu'ainsi la prédiction de Jésus-Christ avait toute une autre étemîue que nous ne pensons , <iuand il nous dit : Jn pecculu vcstro moriemini.

Cette conséquence vous trouble : mais estce moi, chrétiens, qui l'ai tirée; et pouvaisje, ou la supprimer, ou l'affaiblir, sans être prévaricateur de mon ministère? l'uis-je faire parler les Pères autrement qu'ils n'ont parlé , et effacer de l'Evangile ce qui y est écrit '? Effrayé que je suis moi-même, dois-je vous laisser dans une sécurité trompeuse, sans vous donner la même frayeur que je ressens'? Je n'ignore pas, mes chers auditeurs, que ce qui est impossible aux hommes ne l'est pointa Dieu, et qu'il peut, maître qu'il est des cœurs , opérer dans le cœur même le plus impénitent une pénitence parfaite. Je n'ignore pas que ce fut ainsi que ce fameux criminel, crucilié avec Jésus-Christ, fil pénitence sur la croix, et qu'il mourut dans la grâce après avoir véi u dans le péché. Mais je sais aussi, ce que remarque saint Ambroise, que c'était alors le temps des miracles ; que Dieu était engagé à faire des coups extraordinaires pour hoiuirer la mort de son Fils : qu'il fallait au Sauveur des hommes de tels prodiges pour prouver sa divinité, ct(iue cette conversion qui, dans tous les siècles, a passé pour un exemple singulier, doit, par là même, bien loin de consoler les pécheurs et de b's rassurer, répandre au contraire dans leurs âmes une sainte frayeur. Voilà ce que je sais, et ce qui me confirme encore davantage dans la créance dec(tle triste vérité, que presque tous ces pécheurs du monde, qui ne font pénitence qu'à la mort, avec toute leur pénitence inenrent'dans leur péché : In peccalo vcsli-o ntoriemini.

\'ous me demandez comment ce dernier mystère de réprobation s'accomplit , et par (liiellc voie l'impénitence de la vie les conduit à celle fausse pénitence de la mort? Je réponds, et c'est ce que je vous conjure de méditer sans cesse? car voici un des points les plus solides et les plus importants : je réponds, et je dis que l'impénitence de la vie conduit les pécheurs à la fausse pénitence de la mort, par voie d'illusion ; et il n'y a , ce me semble, personne qui n'entre d'abord dans ma pensée. Je m'exp'i<iuc néamnoins,

ei je veux dire que le péi heur n'ayant jamais fait nul exercice de la pénitence, que ne l'ayant jamais prati(|née pendant qu'il a vécu, il n'a jamais appris à la connaître : d'où je conclus qu'il y doit être trompé à la mort, et que, par une conséquence trèsnaturelle, il doit alors aisément confondre la vraie pénitence avec une pénitence imparfaite et défectueuse. Car, comment pourrait-il bien juger de ce qu'il n'a jamais connu? et, s'il n'en peut bien juger, comment n'y sera-t-il passurpris? comment. disje, ne te sera-t-il pas, surtout dans une matière aussi délicate <)ue celle-là, et où il s'agit de discerner les mouvements les plus secr( ts et les plus intérieurs de l'âme? Si. dans le cours de la vie, cet homme avait fait quelque pénitence , en la faisant il s'en serait formé peu à peu l'idée, et, à force de s'éprouver soi-même, il aurait enfin reconnu en quoi diffère une douleur efficace de celle qui ne l'est pas; mais il n'en a jamais fait l'essai, et il se trouve là-dessus à la mort sans habitude et sans expérience : est-il surprenant que l'ennemi lui impose, que son propre sens l'égaré , (ju'il prenne la figure pour la vérité, l'accident pour la substance; qu'il compte les désirs pour les elTets , les grâces et les inspirations pour les actes , et qm-, préoccupé de ses erreurs, tout pénitent qu'il est en a|ipareiice, il meure en cfl'el dans son péché ? y» /;fCCrt/o veslro tnuricmiiii.

C'est à vous maintenant, chrélicns, à délibérer ; ou plutôt, y a-t-il à délibérer un moment? et la juste conclusion, n'est-ce pas de vous disposer par la vraie pénitence de la vie à la vraie pénitence de la mort? Car, de prétendre que vous serez toutà<oup m.iîtres dans une science où les illusions s(«il si fréquentes, si subtiles, si dangereuses ; de croire ijuc votre coup d'essai sera un chef-d'œuvre, c'est la plus aveugle témérité. Vous pleurerez, mais vous ne vous convertirez pas; \ous pousserez des soupirs, vous gémirez devant Dieu . mais vous ne vous convertirez pas ; vous lèverez les mains au ciel, vous tendrez les bras vers le crucifix, mais vous ne vous convertirez pas : pourquoi? parce que, sous ces dehors spécieux d'une douleur apparente, vous aurez toujours un cœur de pierre ; et c'est làquej'appli(ltie ces paroles du prophète : De medio pclrnrum dabwit voces[Psal.{l\ ). Vous tromperez, sans le vouloir, ceux qui vous verront et qui vous entendront ; vous tromperez jusqu'au ministre qui vous donnera ses soins , et qui pensera les avoir utilement employés pour vous; vous vous tromperez vons-mê mes, n\ais vous ne tromperez pas Dieu ; et, en sortant dii ce monde, au lieu de trouver, ainsi que vous l'espériez, un Dieu de miséricorde, vous ne trouverez qu'un Dieu vengeur. Le temps de le chercher, ce Dieu do miséricorde, c'est la vie; le temps de le trouver, c'est la mort; et le temps de le posséder, c'est rélernité bienheureuse, que je vous souhaite, etc.

ORATEURS SACRES. BOL'RnALOUE.

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