‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 45 sur 132 · POUR LE MERCREDI DE LA SECONDE SEMAINE · texte numérisé non relu

POUR LE MERCREDI DE LA SECONDE SEMAINE

Sur l'ambilion.

Ri^spondens aiilpm Jpsiis, diïit : NcsiMtis quiil pclalis. Poloslls hihfre c.iliceni (|ik'iii egu biliilunis simi? Diciint ei : Possuinus. Ail illis : ('.alicum <|iiiiloiii incuiii lijbelis : sedere autem ail lioxleraiii rnrain vcl siuisiraiii, iiOD est incnm dare vohis.

Jfsiis leur répondit, et leur (lit : I'u"v ne snrez ce que wua tiemimde:. l'ouvez-vons buire le eutice <iue je Inniiii'! Ils lui du eut : Xons le pnuvoiis. Alors il leur lépluiua : Vous Ooiret le calice que je dois loire : iiunsd'èlie assis il iiut ilroi!e ou à ma iiauclie, ce n'est pus ù moi de cous l'uccorder (S. Mallli.,cU. XS).

Sire, ce n'est pas sans une proviilonre parfifulii^rc que Jcsus-Clii ist, (|ui veii;:it enseigner aux hoiiiini's l'hiiniilité , clioisil des disciples dont les senlinienls rureiil d'aliord si opposés à cette vertu, et qui, dans la bassesse de leur condition , avant que le Saint- Kspril les cûl punliés, ne laissaient pas d'être superbes.anihilicuxel jalonxd.shonneursdu monde. Il voulait, dans les désordres de leur ambition, nous découvrir lis noires ; el, dans les liçons loutcs divines (ju'il leur faisait sur lin point si cs-^enliel, nous ilimtierdes refaits pour former nos mœurs, et [lour nous réduire à la prali(]ue de celle saiiile et bienheureuse liumililé, sans laquelle il n"y a point de [)iélé soliile, ni même de vrai clirislianisme. C'est le sujet de noire Evangile : deu\ disciples se présentent devant le Sauveur du iiiondc , et le prient de leur accorder les deux premières places de »on royaume. Comme ils ne le connaissaient pas encore, ce royaume spirituel, et qu'ils ne lenvisageaient que comme un royaume temporel, il est éviilcnl ([lie l'ambition seub' , et le désir de s'élever au-ilessus des autres, les porta à lui faire cettedemamle. Mais vous savez, chrétiens, comment ils furent reçus, et de ce qui se passa dans une occasion si remarquable, nous pouvons ai~énienl reconnaître en (]uoi consisie le désordre de l'auibilioM. (juels en sont les di\crs caractères, quels en sont les elTels et les suites, e! «liicis en doivent élre enfin les remèdes. Matière d'aulanl plus imporlaiile et plus nécessaire, que l'ambition est surtout le vice de la cour. Car, quoiqu'il n'y ait point d'état à couvert de cette passion, et (jue sa sphère, pour ainsi parler, soit aussi étendue que le monde, on peut dire néanmoins, et il est vrai, «jue c'est parliculièremcnl dans les palais des rois que se trouvent les ambitieux : Fcce m (lomibus regtim sunt (Mdllh., XI]; que c'est lA qu'ils forment de plus gramls projets , là qu'ils font jouer plus de ressorts, et là mémo aussi qu'il est beaucoup plus diflicile de les délromper et de les guérir. II y a des vices, dit saint Chrysostome , que l'on combat sans peine, et qui se détruisent d'eux-mêmes, parce que le monde, tout aveugle et tout corrompu qu'il est, a toutefois encore assez de lumières pour en voir la honte , et assez de raison pour les condamner. Mais à la cour, bien loin de se faire un crime de l'ambition, on s'en fait une vertu, ou si elle y passe pour un vice, du reste on la regarde

conmie le vice des grandes àr.i.'s, et l'on aime mieux les vices des grandes àoies, que les vertus des simples et des petits. J'ai donc aujourd'hui spécialement besoin des grâces du ciel. Demandons-les par l'intercession de la plus humble des vierges. Ave, Maria.

Il n'appartient qu'à Dieu de nous donner les véritables iilées des choses; et, dans le sujet que je traite, renonçant à mes propres pensées, je dois m'en tenir uniquement aux instructions de noire divin maître, puisqu'en trois paroles de l'Evangile, il me fournil luimême le dessein le plus naturel, le plus jusia et le plus complet. Comprenez-le bien, s'il vous plaît.

Ces deux frères , enfants de Zcbédée, demandenl au Sauveur du monde les deux Iiremières places de son royaume, cl le Sauveur du monde, au lieu de leur répondre précisément , et de s'expli(iuer sur leur proposition , leur en fait trois autres bien différentes. Car, premièremeut il leur déclare nue ce n'est point lui, mais son Père, (]ui doit nous élever à ces places et à ces rangs d'honneur dont ils paraissent si j.iloux : Scdere aulcin ad dcdtcram tncinn tel sinislram, non est mciim dare vobis, scd tiuibus puralum est à Paire mco {Matth., XX). Secondement , il leur fait entendre qu'ils ne doivent point chercher, comme les nations infidèles , à dominer; mais que celui d'entre eux qui veut être grand, doit établir pour principo de se regarder connue le serviteur des autres, et croire que la préséance où il aspire ne sera pour lui qu'un fond de ilép<'ndance etd'assuji'tlisscment : Aon Ha eiit iiUcr vus, scdc/iii rolucriC inler vos major ftcn, fiai sirultiiinor ; et qui prwccssor csl, sicut minislrator {Ibid.). Enfin, il les interroge à son tour, et il vi-nt savoir d'eux s'ils pourront boire son calice, c'esl-à-dire le cali e de ses souffrances : Putcslis bibcre caliccm qurm ego bibilurus mm {Ibid.)'! Trois choses, chrétiens, parfaitement propres à détruire trois erreurs dont ces deux apôtres étaient prévenus; car ils supposaient, sans remonter plus haut, que Jésus-Christ, en qualité d'homme, leur pouvait donner ces places honorables qu'ils ain~ bilionnaienl, cl Jésus-Christ leur fait connaître que nul ne peut légitimement les occuper, hors ceux à (lui elles ont été préparées el assignées par son l'ère céleste. Leur prétention, en obtenant ces deux places, était de se distinguer des autres, et de prendre l'ascendant sur eux , el Jésus- Christ les détrompe, en les avertissant que d'être placé au-dessus des autres, n'est qu'une obligation plus élroitc de travailler pour les autres, et de les servir. Enfin, ils se proposaient, dans ce prétendu royaume de Jésus-Christ, cl dans cette préséance imaginaire, une vie douce et commode, el Jésus-Christ leur apprend combien celte préséance leur doit coûter, el (jue, pour l'avoir, il faut boire un calice d'amertume, et être baptisé d'un baptême de sang.

Leçons admirables , où il semble que le Fils de Dieu ail voulu ramasser tout ce que la morale chrétienne a de plus fort pour corriger les désordres de notre ambition. Car,

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proncï ijnntp, nips du rs niiililcurs : I<"s lion- sisto le liicnlieiirnix rnîjiîjcnii nt qii'n la

iicurs du sii'clc, (iiie iidrc .imliilion ikuis riéalinc r.iisdiiii.iblo 1 1 iiilcUii;ciiti', à n'user

f.iit reelierclicr nwc l.iut d'aidcur, |iouviMil de sa libcilo cl de ses ilroils (iiic (h'pcinl.im -

iMre considérés en trois manières, ou selon iiienl de Dieu, son seigneur et sou souverain,

dois rapporlsciui leur eonvieiinciU : par r.ip- puiscpi'il n'y a rien ((ni se irouve si elroile-

porl à Uieu, qui en esl le dislribuleur; par nicul lié avec le salul, que ce (jue nous ap-

rapport au prochain, au-dessus de ijui ils pelons vocation.

nous élévenl; el par rapport à nous-mêmes, Kn elTel, mes chors auilileurs, loulo noli îi

qui les possédons ou qui nous les pncurons. prédeslinaliuu roule |ires(iue sur ce point, , e

Sous le premier rapiioit, les honneuis du veux dire sur le clioiv des états que iioi s

siècle sont, dans l'ordre de la prétlestinatit)n embrassons. De là dépend presque iiniiiuj-

éternelle, autant de vocations de Dieu; el ment le bonheur ou le malheur de notre uler-

notre ambition les profane en les recherchant nilé, el en voici la raison : parce que la pré-

commc des avantages purement temporels : destination, disent les lliéolo^ieiis, n'est rien

ce sera la première partie. Sous le second autre chose, de la [lart île Dieu, (]u'uu ccr-

rapport, les honneurs du siècle sont de vrais tain enchaineinent de f;ràies ((ui nous smit

assujettissements à servir le prochain ; et préparées ; et de notre part, qu'une suite

notre ambition en abuse en les rechcrcliaiit d'actions, sur (juoi e>t appuyé le juj;emenl

pour exercer un vain empire et une lière do- décisif que Dieu fait de miiis. Or, la [dupart

minalion : ce sera la seconde [lartie. Sous lo des grâces que nous recevons siml des grâces

troisième rapport, les honneurs du sièi le déterminées à notre ét.it, et prescjue tous les

souilles engagements indispensables à tra- péchés que nous conmieltons vii nnent des

vailler et à souffrir; et notre anibilion les t<'nlations cl des dangers où nous ex()ose

corrompt en les rechrrchanl dans la vue d'y notre étal, (".ombicn de réprouvés dans l'cu-

Irouver une vie lrani]uil!e el agréable : ce fer auraient vécu sur la terre comme des

sera la conclusion de ce discours. Armons- saints, s'ils avaient suivi la voix de Dieu eu

nous donc aujourd'hui contre une passion si embrassant l'état où Dieu les appil.iit; et

dangereuse, des trois maximes du Sauveur combien de saints dans le ciel auraient été

du monde; el (|uand l'ambition nous tente, sur la terre des impies et des libertins, s'ils

el qu'elle nous sidlicite de nous pousser A avaient choisi telle condition où Dieu ne les

certains rangs distingués dans le moiule, di- appelait pas'/

sons-liii que ce n'est pas elle, mais Dieu qui (^'est le raisonnement que tout < hréticn nous y doit appeler, parce que ces rangs, doit faire en prenant les choM-s dans h'ur quoicpie rangs du monde, sont en effet de la source primitive, <\m est l'adorai le Providisposition et du ressort de Dieu : Se(/ (/KiV'us dence. Or, quoique ce principe soit univerparalum est à Pâtre meo ; première vérité. sel, et qu'il convienne également à tout ce (Juand elle nous inspire un orgueil caché, et qui peut être dans la vie un sujet de délibéqu'elle nous flatte d'une secrète complaisance raiion et d'élection, il faut néanmoins reconde voir les autres au-dessous de nous, oppo- naître (lu'il doit cire surtout appliiiué à en sous-lui ce grand oracle de la sagesse évan- (]ui regarde les honneurs du siècle et notre géliiiue : que celui qui se trouve le premier, agrandissement dans le monde. Je veux dire doit être le ser\itei!r et l'esclave :/:'< i/iit que, pour pai\ enir sûrement cl irréprochapr/TCfssor esl, sieul minisirator ; seconde vé- bleinenlaux honneurs du siècle, Il faut uno riié. Quand elle nous attire par l'esiiérance vocation plus expresse, plus certaine, plus des coininodilés de la V il' cl des douceurs qui infaillible. Car c'est ainsi (|ue l'AfW'itro l'a semblent acronip.iguer les dignités el les eiii- hautenicnl déclaré, en iiubliant cette loi si plois éclatants, confondons-la par le souve- solennelle que l'ambition des hommes a toiinirdes devoirs laborieux, cl même des croix jours afl'eclé de contredire, mais que la paiiiséparablrs de ces emplois cl de ces digni- rôle de Dieu lui opposera éteriiellemeiit ; salés, el demandons-nous à nous-mêmes: voir : que nul ne doit s'attribuer rhoiineur à Pourrai-je boire ce calice? /'o?f.s7/.s ^//(f/e en- lui-même, mais qu'il est uniquement pour liccm? troisième et dernière vérité. C est tout celui à qui Dieu le destine : Nec </iiis(jiinm «nle sujet de votre attention. vtii, sibi linnorem, scd >iiii vocuturà l)eo[llebt. pnEMif:uR PAUTIE. V) : règle également fondée, et sur l'intéréï Quelque liberté que Dieu ait donnée à de Dieu, il sur l'intérêt de l'homme. Intérêt l'homme, en le laissant, comme parle l'Kcri- de Dieu, puisque c'est A lui que l'honneur turc, entre les mains de son conseil, c'est appartient, et par conséquent à lui seul (]u'il une maxime générale, fondée sur tous les a|)partient aussi di; le donner comme il lui principes de la religion, qu'il n'y a point dé- plaît, quand il lui plaît et à qui il lui plaîl. tat dans la vie où il soit permis à l'homme ("ar, s'il esl de son droit cl do sa grandeur chrétien d'entrer sans vocalion de Dieu ; d'ordonner do tout dans le monde, n'cst-il point de condilion, dont la première e! l'es- pas, à plus forte raison, de cette même gransenlielle rèslc ne soit d'y êlre appelé de tleur et de ce même droit de régler à son gré. Dieu, point de rang ni d'emploi iiui ne de- et selon ses vues, ce qu'il y a dans le monde vienne dangereux quand on s'y engage suis do plus distingué? Intérêt de l'homme, puisavoir consulté Dieu. Kn cela, dit saint Chry- qu'on peut dire en général qu'il n'y a rien d-? .«loslôme, consiste le dniitde souveraineté qt:e plus dangereux pour le salut de l'homme qno Dieu s'est réser\é sur la créature raisonnable l'élévation ; mais si toute élévatmn est danet inlclligentc ; et moi ic dis : en cela cou- g( reuse, combien l'est celle où l'on s'est

ORATEL'IiS SACHES. BOUnDALOlE.

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porté de soi-mdnic, et scionles désirs de son cœur?

Quoi qu'il en soit, chrétiens, voilà la rèj;lo que nous devons suivre ; mais est-ce la règle que nous suivons? Ah 1 c'est ici que voire attention m'est nécessaire, cl je n'aurais qu'à consulter l'expérience pour vous convaincre de ce que j'ai maintenant à vous reprocher ou à déplorer avec vous. Les honneurs du monde sont, dans les principes de la prédestination éternelle, .lutant de vocations de Dieu ; mais le scandale du christianisme est de les voir aujourd'hui traiter comme les choses les plus profanes : car, nu mépris de saint Paul et de sa règle, on y entre sans vocation, on les obtient par brigue et par artifice ; de quelque nature qu'ils soient, on les regarde conune dus à sa naissance, on les poursuit comme des récompenses de ses services; on en fait des établissements de famille et de maison ; on les mesure par le plus ou le moins d'intérêt, le plus ou le moins de profil qui en revient ; on en fait des commerces sordides cl honteux : et tout cela, sans remords, sans inquiétude, parce qu'on s'autorise d'une prescription imaginaire et d'un fauv usage, comme si le dérèglement •le notre conduite pouvait jamais devenir un litre contre les droits de Dieu. Sur quoi gémirons- nous, si ce n'est pas sur de semblables abus?

VenoTis au détail, et, quelque confusion qu'il nous en coule, ne craignons point do découvrir nos plaies, dans la néccssilé pressante et extrême où nous sommes de les guérir. On se pousse aux honneurs du siècle sans vocation, et je n'en suis pas surpris, puisque l'erreur va jusqu'à supposer qu'il ne faut point pour ces sortes d'étals de vocation. Il faut une grâce de vocation pour embrasser une vie humble dans le cloître : on en convient ; mais pours'élever aux premiers rangs, mais pour être assis sur les tribunaux, mais |)uur se charger des affaires publiques, mais pour exercer des emplois où 1 on a entre les mains les intérêts de Ionienne ville, de toute une province, do tout un royaume ; mais pour occuper des places qui demanderaient, s'il était possible, la sainteté des anges, l'anibiliond'un homme cl sa cupidité suffit; c'est à lui-même d'être l'auteur de sa destinée, et il n'a qu'à s'en rapporter à son propre témoignage, ou phiiôl à sa présomption. Le Fils de Dieu a beau dire, dans notre Evangile, que ces places ne sont que pour ceux à qui son Père les a destinées : Sed quibus paratum est a Pâtre tneo [Mnlth., XX) ; celte destinalion du Père céleste esl un myslère. inconnu cà l'amliilieux. En vain saint Cbrysoslome lui remontre-t-il que ces emplois ont des engagements nécessaires avec la conscience, cl par conséquent qu'ils doivent être, si j'ose ainsi parler, du (lomainc de la grâce : ce domaine de la grâce, qui l'incommode et qui bornerait ses projets, lui paraît chimérique. En vain saint Bernard lui fait-il entendre que, plus ces honneurs sont relevés et distingués, plus ils demandent une vocation (jui les saucliûc ; l'habitude qu'il s'est faite de n'y

procéder que par les vues d'une prudence charnelle, le rend insensible à tout. Pour les digiiiîés môme de l'Eglise, quel égard a-t-on aujourd'hui à la vocation divine? y engager des enfants encore incapables d'êire appelés, les y faire entrer avant qu'ils soient en étal de les connaître ; et quand cette connaissance leur est enfin venue, les forcer, au hasard de leur damnation, à s'en tenir là, est-ce agir dans la pensée que ces dignités ecclésiastiques sont d'un ordre spirituel, el (ju'il n'appartient qu'à Dieu même d'en disposer?

Ce n'est rien encore : car, si le mérite et la vertu suppléaient en quehiue manière au défaut de la vocation et de la grâce, quoiqu'il y eût toujours, selon saint Grégoire, pape, de l'indécence à s'altirer par ces voies-là même les honneurs du siècle, encore pourrait-on dire qu'ils ne seraient pas absolument profanés. Mais quand, à l'exclusion du mérite, on voit, comme il n'arrive que trop, remuer tous les ressorts de l'intrigue, de la cabale, de l'intercession, de la faveur; quand le crédit et l'amitié s'en mêlent, et qu'ils y fini la meilleure part ; quand on y emploie la ruse el la fraude, que l'on y joint l'imporlunité, et qu'à l'exmple de la mère des deux disciples, on joue toute sorte de personnages, de suppliant, de négociant, d'offrant, d'adorateur eldc client : Adorons cl pelcns (Mnlth., XX) ; quand on ne se cache pas même d'user de tels moyens, mais qu'on s'en déclare, qu'on s'explique ouvertement de ses prétentions, qu'on se fait nne poliiinue d'en venir à bout, et qu'après n'y avoir épargné ni souplesse ni bassesse, on se glorifie encore du succès comme d'un trait d'habileté : le diraije? quand on s'introduit aux honneurs par la porte de l'infamie, et que, pour s'en ouvrir le chemin, on corrompt celui-ci par promesses, celle-là par présents, cet autre par menaces ; enfin, quand, pour y réussir plus sûrement, on s'appuie du vice même el de l'iniquité, dont on recherche la prolecli(m ; quand tout cela, dis-je, à force d'être commun, passe même pour innocent, pour légitime, pour honnêle; que peut-on conclure, sinon que toutes b-s idées de l'honneur, j'entends celles que Dieu nous avait imprimées, s'eff.icent tous les jours de nos esprits, puisque nous n'envisageons plus ces honneurs du monde comme des rangs marqués par la Providence, mais comme des objets de nos passions, ou comme des dons de la fortune,exposés aux enireprises des plus hardis.

Ecoulez-moi toujours, chiétiens , el ne perdez rien d'uiic morale si étendue. On poursuit les honneurs même les plus saints, connue dus à sa naissance : autre prévarication ; et, sans nu! fondement (jue celui-là, on se croit l)ien établi, et même en droit de prétendre à tout. C'est a^sez d'avoir de la qualité, pour aspirer à ce qu'il y a de plus éminent dans le sacerdoce; c'est assez d'être né d'un fière opulenl, pour se pousser aux plus grandes charges ; c'est assez, selon le langage ordinaire, (lu'un tel soit fils d'un tel, pour que le fils ail l'assurance de vouloir être toul ce qu'a été le père. A\cc cela, quelle que soit

CAREME. SERMON XII. SLT. L'AMDITION.

son indignilé cl son inonpacitc personncllp, il n'yaura rii>n qu'il ii'i'iitro|)renne : il jugera, ii coiiinunulcra, il gouvernera, il décidera du sort el de la vie des houiiiies ; il sera, coinnie dit l'Evangile, sur le chandelier, lorsqu'il devrait être caché sous le boisseau. Moïse, remarque Pliilou le juif, se voyant sur le point de mourir, n'osa jamais no:nmer un (le ses proches pour lui succéder dans l'Iiouurable commission (ju'il avait n eue de conduire le peuple, pourquoi? parce qu'il no ciut pas, ajoute le même auteur, qu'un choix de ceite conséquence lui apparlinl, ni (ju'il lui lût permis d'appeler les siens à un niinislère où lui-même n'était parvenu que par une vocation expresse de Dieu : Aul ijnia non pillai il rem limlam ad siinm pertiiiere ju- (liciivn, mit (juia ipse non potttciat nisi îlco fucantc priniipalum suscipcre [Philo) : ainsi raisonna ce saint législaleur. .Mais l'anibilieux, bien plus éclairé, ou bien moins scrupuleux que Jloïse, se destine, sans hésiter, pour successeur à qui il lui pl.iil, el fait valoir, aussi bien que les enfants de Zébédée, la proximité du sang, pour venir à bout do îous les desseins que lui suggère son ambition; il n'est pas jusqu'aux dignités les plus sacrées dont ( ertains esprits du monde, esprits intéressés cl avares, ne continuent à dire aujourd'hui, mais avec bien plus de scandale, ce que disaient déjà, du temps de David, les premiers du peuple d'Israël. Allons, possédons le sanctuaire de Dieu comme notre héritage : Omnes principes coriim, qui (lixenint: HœrediUile possideiimus sanciiiariitm Dei [Ps. LXXXIl). C'est un bénéfice qui, depuis tant d'années, est dans notre maison et qu'il y faut conserver. Mais moi, je réponds avec le même prophète : /><■((« meus, pane illos ut roinm, et sicul slipuluin anle faciem venli (Ibid.) : Faites-les, mou Dieu, tourner comme une roue, el dissipezles comme le vent dissipe la paille ; c'esl-àdirc humiliez-les, délruiscz-les, anéantissezles, el puisque, dansée qui concerne même votre culte, ils ont si peu d égards à vous, n'ayez que des nialédiclions pour eux. El en effet, rien de plus falal ni de plus sujet à des suites malheureuses que ces possessions iiéréililaires du sancliiairc de Dieu.

Mais j'ai rendu , dites-vous , des services considérables , el celte place qui vient do vaquer et que je poursuis est une récompense qui nie regaide nalurellement. lih l)icn I reprend saint Bernaril, que concluezvous de ces services tant vantés par voiisniéme'? Pour avoir rendu des services i|iii n'ont communément ni rapport ni proportion jivcc la place que vous ambitionnez, en éicsvous plus capable de la remplir'? celle |il.i(C est-elle faite pour rcconnailic des serv ces tels que ceux dont vous nouIcz vous préwiloir? Est-il juste, par exemple, que le sacerdoce cl ce qui lui est annexé soient la récompense d'un service temporel et mondain? y aurail-il simonie plus visible et plus condamnable que cclK-là? faut-il, parce que TOUS avez servi, qu'un pouvoir de mal faire el de vous pcidie \ous soit mis en main?

SU

Ayez servi avec loul le zèic, avec toute la fidélité qu'on pouvait allendre ile vous, cetio fidélité doit-elle être récompensée dans Tolic personne, souffrez que je m'exprime ainsi,

par la proslilulion de l'autorité? N'y a-t-il .,,,:,.i ........ .,„o „-. '.i„..,i.. , • , ^

puinl pour ces prétendus services, (|ue vous incitez à un si haut prix, d'autre justice à vous rendre, que de vous faire moiiler à un dcj^ré où Dieu ne vous veut pas?

, Cependant. , mes chers auditeurs, tel est l'aveuglcmenl de noire cupidité : contre toulcs les vues de Dieu, des honneurs où l'on doit être appelé par la vocation du ciel , on se fait, par une indigne profanation, des élablissemenls pour la terre. Combien de pères, et même de pères chrétiens, ou plutôt oubliant qu'ils sont chrétiens, tiennent le langage de cette mère de notre évangile : Die ut sedeaut hidao filiimci [Malih. XX) : Placez mes deux enfants auprès de vous, el qu'ils aient , l'un à votre droite , l'autre à votre gauche , les plus hauts ministères de votre royaume.

S'il y en a quelques-uns assez retenus pour ne s'en pas déclarer aussi grossièrement , où sont ceux qui, dans le cœur, ne se le disent pas à eux-mêmes? car c'csl là un des articles sur quoi je soutiens que la morale de Jésus-Christ, dont nous nous glorifions lant quelquefois, ne nous a point encore réformés. Tant de dévotion , tant de régularité qu'on le voudra sur loul autre point, on y consent, on s'en pique ; mais on veut voir sa famille honorablement établie, je dis honorablement, selon les maximes du monde; on veut voir ses enfants pourvus, et pourvus avantageusement, selon les idées du monde, c'est-à-dire les uns dans l'Eglise, avec tout le faste du monde, les autres dans le monde, avec loul le luxe du paganisme ; les uns riches des dépouilles du peuple, les autres du patrimoine de l'autel ; les uns sur le pinacle du temple, où souvent la lêlc leur tourne, les autres dans les magisiralures, où le poids de leurs obligations les accable; et parce que la corruption des mœurs suit presque infailliblement de là, les uns el les autres déréglés el scandaleux dans leur état : Die ut sedeanthidiio filiimei (/6i(/.). Malédiction qui, par un juste, mais terrible jugemenl de Dieu, semble être, de nos jours, attachée à toutes les familles des grands; vous diriez mémo que cet abus ail désormais passé en loi, et que Dieu ; avec toute la supériorité de sa sagesse et de sa grâce , soit obligé de s'y assujélir ; il suffit que ce jeune homme soit le cadet de sa maison, pour ne pas douter qu'il ne soit dès là appelé aux fonctions redoutables de pasteur des âmes ; si les choses changeaient de face, sa vocation changerait de même; tandis qu'il aura un aliié, elle subsistera , et cela , dit-on , parce que , pour l'intérêt de la famille , il faut que l'un des deux s'avance par là : disons mieux el plus simplement , et cela parce que la fin qu'on se propose , et que se projiosenl même bien des pères dévols , est de faire des familles puissantes, cl non de faire des familles chrétiennes.

Je ne parle poini d'un aulrc dciordrc qui

*D trouve joint à celui-ci, et qui l;iisait nuirefois gémir Salvien, ce saint prèlrc de Marseille ; savoir que, dans ce département de conditions fait par des parents aveugles et prévenus de lesprit du monde , si , de plusieurs enfants qui composent la même fainiile , il y en a un plus méprisable, c'est toujours celui à qui les honneurs de l'P^glise sont réservés ; s'il est disgracié, mal fait, ou s'il n'a pas l'inclination du père ou de la mère, dés là il en faut faire un bcnéfieier. O impiéié! s'écriait ce grand homme : comme si de n'être pas propre à tout le reste, c'était une vocation pour la maison de Dieu , et que les autels dussent élre pourvus des rebuts du monde : Al vero niiitc vulli Dco magis vovcntuf, ijiuiin f/nos purcnlum pietas minus respirii ; et qui indiijiii crrisenlur hœrcditatc, digni jnilicanturconsecralione{Salvian.).Poa\;\H-il s'énoncer en des termes plus forts et plus propres pour nous? Mais maintenant, dit-il , on ne donne point d'enfants plus volontiers <à Dieu , que ceux qui ont moins de part à la bienveillance paternelle, et quand on les juge indignes de soutenir l'honneur de leur naissance, on les estime capables d'être les niini.'lres de Jésus-Christ et les dispensateurs de ses mystères.

Faut-il s'étonner après cela, chrétiens, si Dieu, juste vengeur de sa providence et de ses droits , s'élève contre nous? De ([uel œil pcul-il voir une telle profanation? serait-il ce qu'il est, c'est-à-dire serait-il un Dieu s.ige, un Dieu saint, un Dieu parfait , s'il souffrait tranquillement de pareils abus? mais surtout iaut-il s'étonner si toutes les conditions du monde sont si avilies ; si elles se trouvent remplies de tant d'indignes sujets, si l'on voit tant d'ecclésiasticiues scandaleux , t;int de juges corrompus, tant de grands sans conscience et même sans religion? ne serait-ce pas une espèce de miracle si cela n'était pas ainsi? Comment voulezvous que des gens qui n'ont ni grâce ni vocation pour un état, y soient fidèles à leurs devoirs, et qu'ils ne s'y perdent pas? que la même cupidité, la même ambition qui les y a fait entier, ne les porte pas à mille autres (iésordies? Ah! Seigneur, je prêche une morale toute raisonnable, toute solide, toute clirclienne; mais où esl-cc que je la prêche? au milieu de la cour et devant des auditeurs appli(]ués à m'écouter, mais peu disposés à me croire : ce sont des mondains; et qui, parmi ces mondains, comprendra ce langage ou le voudra comprendre? Domine, quis crcdiclit audilui nosiro (/sn. LUI)? Mais au moins, Seigneur, si le monde n'est pas louché de ces maximes , s'il ne les reçoit pas, elles lui auront été annoncées, il en aura élé instruit, il ne se prévaudra pas contre votre loi de son ignorance, et les ministres, par leur silence , ne laisseront pis l'ambition prescrire contre votre Kvangile; car, ce que je dis, je le redirai toujours, et toujours je rendrai contre le monde ce témoignage à la vérité, que les honneurs du siècle doivent être, de votre part , autant de vocations ; et <;ue ce sont encore, par rapport au prochain,

ORATEURS SACRES. BOUUD.VLOUE. rA9

de vrais assujettissements et des engagements à le servir, comme nous l'allons voir dans la seconde partie. |

SECONDE PARTIR. 1

Il n'y a que Dieu, chrétiens, qui soit grand absolument et par lui-même. Tout ce qui est grand hors de Dieu et parmi les hommes, ne l'est qu'avec dépendance, et que par rapport au prochain , je veux dire pour le bien et pour l'ulililé du prochain ; et il n'est rien dans le monde de plus odieux ni de plus injuste qu'une fortune qui devient fière à mesure qu'elle s'élève, et qui se prévaut de ce qu'elle est; puisque ce qu'elle esl, bien loin de lui inspirer un esprit de hauteur et d'orgueil, doit être pour elle-même un fond de modestie, de condescendance, de charité et d'humilité. En effet, dit excellemment saint Ambroise, dominer pour dominer, c'est le privilège de l'être de Dieu ; mais le propre de la créature est de dominer pour servir; et autant de fois qu'il arrive à l'homme de séparer ces deux choses , en s'attribuant ce qu'il n'a pas, il détruit même ce qu'il a : pourquoi ? parce que la domination de l'homme, prise dans les desseins de Dieu, n'étant qu'un véritable ministère , du moment qu'il en Ole l'esprit de zèle et de charité pour le prochain , il en ôle la partie la plus essentielle , et par conséquent il l'anéanti'.

De savoir si ce point de morale a élé connu dans le paganisme, ou si c'est une obligation nouvelle que l'Evangile nous ait imposée, c'est ce que je n'entreprends point d'examiner. Cependant, il semble que ce soit une différence que l'évangile de ce jour mette entre les pa'iens et nous ; car les grande, parmi les païens, dit le Fils de Dieu, traitent les petits avec empire; au lieu que. parmi vous, les petits doivent être traités des grands avec amour, et même, selon les règles de la foi, avec un sentiment de respect -.Scilis quia principes gentium dominanlur eorum {Malt., XX). Ainsi parlait ce divin maître; mais saint Jérôme remarque fort bien que le Sauveur du monde, en parlant ainsi, supposait l'usage des nations infidèli-s comme un désordre, et non pas comme une légitime possession; et qu'en nous apprenant à bâtir sur un fondement tout contraire, c'est-à-dire à nous faire un engagement de charité de ce qui nous élève au-dessus des autres, et particulièrement de ce qui nous met en pouvoir de leur commander, il ne nous a (toint donné d'autre loi que celle même qui nous était déjà prescrite à tous par la raison, niais que les ténèbres du péché avaient obscurcie, et qui avait besoin des lumières de sa sainte doctrine pour être mise dans un plein jour.

Non, mes ehers auditeurs, il n'est point nécessaire de recourir à l'Fvangile pour être convaincu de celte vérité. Le pi iiice des philosophes n'avait aucun principe de chrisliaiiisme, et il la comprenait néanmoins, quand il disait que les rois, dans ce haut degré d'élévation, qui nous les fait regarder comme les divinités de la terre, ne sont, après tout, que des hommes faits pour les autres hommes, cl que ce n'est pas pour cux-n!<^'"-s

617 CARÊME. SFUMON XII. SUR L'AMniT.O.N. S!8

qu'ils sont rois, mais pour les peuples. Or, porter comme des serviteurs et des niinisi>i cela est vrai de la royauté, nul de vous i\e ties; en sorlo (]u'on [misse nous nppli(|uer m'accusera de porttT, à sou ég;ard. trop loin cette parole de l'Apôlre : Oinnes suni iptusi la chose, si j'avance qu'cni ne peut rien être administrai oiii spiriiuf ( Ilcbr., I ) ? Tout cela dans le monde, ni s'élever, ((uoiiiuc par des est vrai, chrétiens ; mais ma douleur est que voies droites et légitimes, auv honneurs du la foi nous donnant sur ce point des vues si monde, que dans la vue de s'employer, do hautes et si parfaites, à peine dans la pralis'inleresser, de se consacrer, el même de se (jue l'on s'en tienne aux simples \ucs de la dévouer au bien de ceux que la l'rovidence fait raison. Si je vous disais que cet assujctlissedépendre de nous ; qu'un homme, par cxem- ment et ce devoir va, selon l'esprit de l'Kple,revètud'unedignité,nestqu'unsujetdes- vaugile, jusqu'à répondre du |iro(hain et de linéde Dieu, et choisi pour leserviecd'un cer- son salut, c'est-à-dire (jne tout homme rotain nombre de personnes à ((ui il doit ses vêtu de l'autorité, suivant la mesure de cette soins;iiu'unparticulierqui [)rend une charge, autorité même, est garant de la conduite du (lés là n'est plus à soi, mais au public; qu'un prochain, est charge devant Dieu des désorsupérieur , (lu'un maître n'a l'autorité eu dres el des crimes du pro( bain, est responsainain, que parce (ju'il doit cire utile à toute ble de la perle el de la damnation du proune maison, et (jue, sans autorité, il ne le cliain, et cela toujours sur le modèle de Jépeul être. l'nvis, disait saint liernard, ccri- sU'i-Christ, qui n'a été le .Maître des maîtres vanta un grand du monde, et lui mettant que pour travailler à la rédemption el à la devant les yeux l'idée qu'il devait avoir de sanclilication de plusieurs : Non tninislrari, sa comViUo» ■.l'rwesnonul de suhdilis crcscus, sed rniiiisOare, el (inimam siuim dure in resfd ul ipsidi; te [ISeni): Vous êtes en place demptionem pro multis (Matlh., XX); en de commander, et il est juste qu'on vous vous parlant de la sorte, je vous ferais Ireniobéisse; mais souvenez-vous que cette obéis- bler. .Mais, quoi qu'il en soit de celle imporsance ne vous est duc qu'à litre onéreux, cl tanlc obligation, (jui seule demanderait un que vous êles prévaricateur, si vous ne la discours entier, voilà, gramis du nn)nde, refaites servir tout entière au profit de ceux prend saint Iternard, >oilà le plan que vous qui vous la doi\cnt. devez suivre, el la forme de vie ciui' vous trace Ue là je conclus que s'il se trouve un chré- votre religion : Foniia fvaiKjrlini litre est, dolien ( (ir combien ne s'en trouve-t-il pas!) minalio viihis interdicititr, indicilur tninisiraqui, par le r.uig (jne lui donne, ou s.i for- tio{Bern.). l'^n (lualilé de chrétiens, plus vous lune, ou sa naisvince, ayant sous soi des êles grands, plus vous devez être charitables vassaux el des suji'ls, ne les considère (fue el l)ienfaisants , toute domination vous est pour soi-même, «lue pour ses intérêts pro- iuler.iite, el votre fonetion est de servir: près, que pour s'en glorifier el s'en faire voilà l'abrégé «le celle morale évangélique lionneur; el qui, du reste, les néglige sans qui doit saiiclifier votre é!al. se mettre en peine de pourvoir à leurs avan- De là ^ienl ([ue saint Augustin, sans se tages, et de leurpro(urer 1. s biens solides laisser é!)l(iuir de sa prélalure, trouvait dans qu'ils ont droit d atlenlre de lui, dès lors, sa digniîé même sa confusion, et dans sa s.ins autre crime, il mérite délie réprou\6 grandeur de (|tioi s'humilier et s'instruire : de Dieu : pouniuoi'? parce qu'il renverse cet Quod cnim cinistidni sniiius, propter nos est; ordre de Dieu, qui n'a fait les graiuls que (jiKid prœposiii, propter vus (Aug.) : Car, [)0ur les |telils , les puissants el les huis c'est pour vous, n;cs frères, disait-il aux fique pour les faibles : ainsi l'a décidé saint dèles ([u'il conduisait, c'est pour vous que .\uguslin, raisonnant sur les principes gé- Dieu m'a fail évèijue dai'.s son Mglise, comme néraux de la I'ro\ideuce. c'est pour moi-même (pi'il m'a fait (hrélicn; Je sais que le christianisme a bien encore et si je pimsais à me glorifier de mon s.icer- «nchéri sur cela, et que l'exemple du Fils doce, ce serait assiz |)our allircr sur moi les de l'homme, qui^ n'esl pas venu pour être vengeances divines. Or, par là, concluait servi, mais pour s:r\ir les autres, a rendu admirablement ce ,'ainl dodeur • Dieu a ce devoir beaucoup plus indispensable. Car, trouvé le secret de tempérer l'inégalité des ne serait-il pas honteux, dit saint Chrysos- comlilions de la vie, d ôter aux pilits tout lome, que, dans une religion où nous recon- sujet de se plaindre dans leur ahaissemenl , naissons Jésus-Christ pour maître, cl pour el auv grands tout droit de s'enller dans leur maître souverain, il y eût des hommes (pii élévation. Je suis quelcjne chose dans le voulnssenl exercer un empire plus absolu monde, mais l'avantage que j'ai d'être quelque lui? pensée touchante pour un cbiélien 1 que chose dans le monde, n'est qu'un enga- N'est-il pasjusie que le Verbe de Dieu ayant geinent à ny êlre rien pour luoi-mêine, afin pris la qualité de serviteur, que l'ayant eu- d'y être tout pour les autres ; car s'il y a di s noblie, l'ayant comme divinisée dans sa pcr- services qu'ils me doivent, il y eu a aussi sonne, elle soil honorée parmi nous; el n'est- que je leur dois ; si, d'une manière, ils mo ce pas, ajoute saint Chrjsostome, à quoi sont sujets, je leur suis sujet de l'antre, et je Dieu sagement a pourvu, lorsqu'il lui a ne leur rends pas justice si je ne m'emploie mémo assujetti la qualité de maiire, et que, pas encore plus pour eus qu'ils ne doivent pour rendre hommage aux humiliations de s'employer pour moi.

son Fils, il nous ordonne, à quebiue degré L'culendez-vous , mes chers auditeurs, et

de supériorité que nous ayons été élevés, de puis-je espérer que, dans la corruption du

nous y regarder, cl surtout de nous y com- «k"-' , vous goûtiez une maxime si chré-

*t9 ORATt URS SACRES. COUROALOUE

tienne et si sninto? Il s'ngil de savoir si vous

la faites entrer dans la conduite de voire vie, et S! vos senliinenls sont coiiformes là-dessus, cïaax exemples, et aux instrn( limis de votre Dieu. C^ir enfin, Jcsus-CiirisU'a dil, que ce serait la marque qui nous distinguerait des piïens ; et c'était à vous-mêmes cl de vousmêmes qu'il parlait, en défendant à ses apôtres d'être de ces hommes vains et superbes qui cherchent à dominer : lYoïi iln eiil inicr vos [Matth., XX). Voyons donc si, parmi ceux qui -e poussent au\ honneurs du monde, (111 ne trouve point de ces àmcs p;iïeiines qui abusent de leur condition, et qui, joignant l'orgueil à l'aulorité, la rendent également i'iipori 'U^e et insupportable ; voyons si, dans le christianisme, malgré l'exemple d'un Dieu humilié et anéanti, on ne trouve pas encore tous les jours de ces maiires hautains et durs qui ne savent que se faire obéir, que se faire servir, que se faire craindre, sans sa- \oir ni compatir, ni soulager, ni condescendre, ni se f.iire aimer ; qui, usant de (ouïe la force, et souvent même de toute l'aigreur du cummindenienl, n'y mêlent jamais, selon le préceple de l'Apôtre, l'onciion et la douceur de la charité. L'esprit de domination que je combils ne manquera pas de prétextes pour se justifier, mais la parole que je prêche aura encore plus d'efDcace pour le confondre. Appliqnez-vous.

On se n .tle, parce qu'on est élevé, d'un prétendu zèle de faire sa charge, de soutenir ses droits, de garder son rang; on va plus loin, et quehiuefois même on se fait de ses fiertés et de ses hauteurs un devoir ; tant l'amour-propre est ingénieux à nous déguiser les vices les plus grossiers sous l'apparence des plus pures vertus. Mais, repond saint Bernard, si c'est un zèle de f.iire sa charge, et un vrai zèle, pourquoi ce zèle n'' s'allunie-l-il qu'en ceriaines rencontres, ri lorsqu'il est question d'abaisser les autres cl de prendre l'ascendant sur eux? pourquoi dans tout le reste devient-il si paresseux et si lent"? pourquoi le voit-on languir et s'éleindre. du moment que l'ambition est s.llisfaite? Car, quelque subtils que nous soyon- à nous tromper nous-mêmes, voici, chrétiens, le sujel de notre honte, et il faut que nous en convenions. Ne s'agit-il que d'une fonction pénible, laborieuse, de pure charité cl de nul éclat, ce zèle de faire sa charge et de maintenir son rang nous inquiète peu ; mais qu'il y ait une préséance à disputer, une soumission à exiger, une loi à imposer, c'est là qu'il se réveille, et qu'il «e réveille tout entier. Il était assoupi, et sur toute autre chose il le serait encore ; mais il n'y a que ce point d'honneur qui le pique et qui le ranime. Or, est-ce là seulement ce qui doit piquer et animer un zèle chrétien ? De plus, poursuit saint Bernard, est-ce faire sa charge que d'en rendre le joug fâcheux, pesant, et presque insoutenable à ceux qui 1'- doivent porter ? est-ce faire sa charge ()uc d'irriter les esprits, au lieu de les gagner, que de révolter les cœurs au lieu de les sounieltre, (lue d'atcibler les uns de chagrin,

de jeter les autres dans le désespoir, d'insulter à ceux-ci, de rebuter et de désoleF ceuxlà, d'exciter mille murmures, et de renverser toute la subordination en voulanî l'élablir et la rendre trop exacte? Car voilà à quoi aboutit ce zèle dont l'ambition se pare ; à ne rien faire pour vouloir trop faire, et à détruire au lieu d'édifier. On s'entête de certains droits qu'on veut soutenir ; et, parce <lu'onne consulte point l'humilité chrétienne, il faut les soutenir ces droits, soit réels, soit prétendus, à quelque prix que ce puisse être. Il faut , quelque plaie qu'en reçoive la charité, et quoi qu'il en doive coûter au prochain, les faire valoir dans toute leur étendue, les poursuivre dans toute leur rigueur, n'en rien céder, n'en rien rabattre, n'entendre à nul accommodement, à nulle composition : pourquoi ? parce qu'on est possédé de cet esprit d'empire et de domination, qui souvent même, par le plus déplorable aveuglemeet, d'une pure jalousie d'autorité se fait une vertu et une justice.

Jalousie d'autorité, ah 1 tentation funeste, à quelles extrémités et à quels excès no porles-tu pas tous les jours les hommes? combien de scandales as-!u causés? combien de ressentiments et de vengeances as-tu autorisés ? de quels maux n'as-tu pas été le principe, et quels biens n'as-tu pas mille fois arrêtés? Si l'humililé, toile que notre évangile nous la propose, servait à celte passion de correctif et de remède. Dieu en tirerait sa gloire ; et ces droits qui nous touchent si sensiblement n'eu seraient que mieux maintenus ; mais parce qu'on ne sait rien ménager, et que, pour venir à bout de ses entreprises, on suit le génie altier et indépendant de l'ambition, il faut que, pour un droit souvent très-frivole, souvent douteux, souvent chimérique, la paix soit troublée, l'union et la concorde ruinée , l'innocence opprimée, la patience outrée ; que le dépit et la haine s'emparent des cœurs, et qu'un fantôme mette partout le désordre et la confusion.

Ce qu'il y a de plus étrange, c'est que les plus impérieux, ce sont communément ceu.\' à qui cet empire qu'ils affectent doit moins convenir. Des gens qui de leur fond ne sont rien, des gens sortis de, l'obscurité et du néant, mais devenus grands par machines et par ressorts, ce sont là ceux qui parlent avec plus d'ostentation , qui agissent avec plus d'autorité, et qui, pour relever leur fausse grandeur, se font une gloire d'abaisser même et de dominer les vrais grands. Ce n'est pas assez : des gens dévots par état et par profession, des gens plus obligés par là même à dépouiller, du moins à mépriser toute supériorité humaine, ce sont que'qnefois les plus jaloux de leurs prétentions, les plus obstinés dans leurs sentiments, les plus absolus dans leurs ordres. Qui voudrait leur rési>ter, qui voudrait les contredire et ronlesler avec eux, à quel retour ne s'ex] oseraitil pas, et quels scandales n'en a-l-oii pis vus ?

Tel est, mes chers auditeurs, le cours du

521 CAREME. SERMON XII. DE L AMliiTlON. L22

monde, cl sur quoi nous ne pouvons assez Tmls de Zébé !éc, demaml^rcnl au Fils du gémir: loi est le cours du momie le plus Dieu les premières places de sou royaume, chrétien. Ce n'est pas seulement dans les rt (iii'ils crur<nt y devoir trouver une béacours des rois, ni dans le moiul- profane, titude et une feiiei'é ;!iitiiipée, le Sauveur iju'on se laisse enfler de la sorte, et (jii'on sut bien les détromper par c( tie réponse aime à exercer son pomoir et à le faire qu il leur lit : Potrfti^ biiierc caliccm qucm sentir : rien de plus commun , ô opjirobre cf/o ///7>(7i(ri(.s- .«u»! (//>('(/.)? l'ouvcz-vous boire de notre siècle! disons mieux, ô opprobre de le calice de mes souffrances ? leur donnant à tous les siècles 1 non rien de plus comiiam entendre que l'un était inséparable de l'aud ans l'Eglise même, dans celle Eglise l'omlce tre, et que celle préséance dont ils se foi-ncanmoins sur riiumillté de Jésus-riirij.1. niaient une fausse idée, ne serait pour eux , Contre l'avis que ni>us donne l'Apôlre, de s'ils l'oblenaient, qu'une mesure plus abonne chercher point à dominer dans le clergé : dante de travaux, de tribulalious. de croix : Neque ut dominantes in deris (I Peir., V), C<ilicem quidem tneuiii liil/ctis. Après cela, on envisage les plus saintes dignités par les mes frères, dit saint .Augustin, devons-nou-i rcspci'ts, par les hommages qu'elles alii- chercher dans le monde , et y pouv(MV-noi:s rent. et non point par le travail (jui en doit rspérer des honneurs exempls de celle conêlre inséparable. On oublie qu'on e>t père, dilion, c'esl-à-dire des honneurs purs, cl qui iiu'on est pasteur, et l'on se souvient seule- ne soient pas mêlés ou même remplis d'afment qu'on est maîire. On réduit les âmes fliclions et de peines? S'il en est de lels, dans une espèce de servitude. Saint l'aul c'e>t pour le ciel qu'ils sont réservés : ceux veut que l'on traite les ser>ileurs comme de la terre sont d'une autre espèie , cl Dieu SCS frères, el l'on traite ses frères comme ne nous les pi oposc que comme des calices dfs esclaves. On a une secrète complai- d'amertume. Si nous les envisageons autresance A tenir bas ceux-ci; on se vante ment, nous ne les connaissons pas; et si comme d'un succès d'avoir humilié ceux-là ; nous eu usons autrement, nous les corrom- <in s'en glorifie, on en fait trophée. On vent pons.

que tout plie, que tout se soumclledès qu'on Pour vous faire entendre ma pensée, je ne a prononcé une parole , el souvent ou re- vous parlerai point de i es accidents impréfuse soi-même de se sounullre à des puis- vus, de ces événenuMils iragJciut s dont miui sauces supérieures dont on r(lè\e, et de soinmes si souvent sp'clateurs. Je ne vous plier sous une juste domination. Qu'on eût dirai rien de ces revers el de ces tristes réune semblable aulorilé, on saurait bien la volulions que nous appelons décadences et faire valoir; mais qu'on y soit sujet, on ne malheurs du siècle, el où ces mêmes honveut plus la r.connallre. Es|-ce là l'esprit neurs qui furent pour nous d'abord le siijn de Dieu? sonl-cc là les enseignements que d'une douce joie, tout à coup évanouis et Jésus-Christ nous a donnés? esl-cc ainsi perdus, nous tiennenl lieu, par les regrets que les apôtres ont converti le monde ? Ahl qu'ils nous laissent, de touiment el de suprhréliens, tenons-nous toujours cl en tout à plice. Ne nous ( n prenons point à la mailla belle maxime du Sauveur des hommes : gnilé de la fortune, qui, jalouse, [loni- ainsi Qui major est inler vos, fiât sicul minislcr dire, de nous avoir élevés, et comme cune- (Matlli., XX) ; plus votre rang vous distin- mie de S(tn propre ouvrage, nous en attire gue des autres, plus devez-vous vous en biet;l(')l elle-même la haine el ren\ie: en approcher; p'us devez-vous, pour user de sorte que ces grâces nuis deviennent dans celte expression, vous humaniser; plus d.- la suite une source iné|iuisible d'ennuis, de vez-vous avoir de douceur, de modération, dégoûts, de troubles, de chagrins. \'ous en de charité. Si j'insiste sur elle morale, et si êles biin mieux instruits que nous ; el si je le fais avec la saint' liberté de la chaire, j'en clierch lis des lé.noins , je n'en voudrais vous ne pouvez la condamner. Quand je point d'autres que vou--niêmes. Arrélonsparle aux peuples, mon ministère m'oblige nous donc à ce qu'il y a dans celle malière à leur apprendre le respect et l'obéissance de plus essentiel. Supposons l'homme chréqu'ils vous doivent; mais puisque je vous lien dans une prospérité constante et louparle d;.ns celle cour, [luisque je parle à des jours égale, et voyons si, pour êlre plus élegrands, je dois leur dire ce qu'ils doivent aux vé, il a ilroit de se promellre une vie plus peuples. Honneurs du siècle, vocations de douce et plus commole. Je souliens, moi, Dieu ; honneurs du siècle, assujettissemeuis que, par cette raiso;>-!à même, il n'y a rieu, à servir le prochain ; enfin, honneur du siè- au contraire, dans la vie do si amer à (luoi de, engagements à travailler et à souffrir : il ne doive s'altendre, ni rien de si dur qu'il c'est la troisième partie. ne doive êlre prêt à supporter. Pourquoi?

en M)ici les priuves : éconiez-!es. C'est (lue

TROISIEME P.nr.E. reléuilion où il se trouve l'oblige à se f 'ire

Le monde n'en conviendra jamais ; mais de continuelles violences ; c'est qu'elle le ré-

de quelque manière qu'en juge le monde, duil à la nécessilé d'endurer souvent bcau-

c'est une vériié éternelle qui sul)sisle."a ton- coup d's autres : c'est qu'ell' l'engage dans

jours, que les ctablisscuieuls et les rangs une vie pleine de soins afiligeants , dont il

d'honneur, tout propres qu'ils paraissent à ne lui est pas permis de se déehar^'er ; c'est

flatter notre cupiJile, ne sont néanmo n«, à qu'elle exige de lui qu'eu nulle occasions

les bien prendre, que des engagements à il soit disposé à s'immoler, h se sacrifier

souffrir. Aussi quand ces deux frères, en- comme une viciime, lanlôl de la vériié, eî

ÛBATtLHS SAcats. Xl\". [Dijc-sept]

tnnlûlde la justice et de l'innocence. Or, se faire de telles violenres, souffrir de la sorte, agir de la sorte, se sacrifier, s'immoler de la sorte, est-ce goûler le repos, et y a-t-il là de quoi contenter les sens? Reprenons.

Se faire violence a soi-même, premier engagement des honneurs du siècle. Car, comment un homme conslitué en dignité, s'il veut vivre selon les désirs de son cœur, cl s'il n'a nul usage de la mortification évangéliqiie, pi'ut-il satisfaire aux obligations de son clat? Comment un chrétien, s'il a pour principe de s'éiiavgiier en tout et de ne se contraindre en rien, peut-il accomplir, selon Dieu , le min'Slère d'une charge, être assidu aux fondions ennuyeuses , se rendre poncluel aux temps incommodes, se fixer aux lieux désagréables où sa conscience l'attache aussi bien que son rang ? Si c'est un homme de plaisir, comment soutiendrat-il mille fatigues qu'attire tout emploi, surtout un emploi important? Il faut donc qu'il apprenne à se gêner; et, pour le bien apprendre, pour bien remplir la place qu'il occupe, il faut qu'il renonce à la mollesse et aux délices, qu'il prenne sur son repos, qu'il ne ménage pas même sa sanlé ; et qu'à l'exemple do saint Paul, ne tenant pas sa \ ie plus précieuse que lui-même, c'esl-à-dire que son devoir et son salut, il trouve, presque s.ins y penser, dans l'usage des honneurs du siècle, la pratique de celle abnégation chiélienne, qui consiste à porter sa croix et à Eiortifier son esprit et sa chair.

Souffrir souvent et beauoup des autres, second engageinenl des honneurs du monde. Kn effet, plus vous êtes élevé, et plus vous êtes environné et assiégé d'hommes qui ont leurs défauts, qui ont leurs humeurs, qui ont leurs caprices, qui ont leursinlérêls, qui ont leurs passions el leurs vices ; plus vous êtes exposé aux Irai;s de l'envie, à la censure, à la médisance. Combien en coûla-t-il à M ïse pour être le conducteur du peuple de Dieu ? de quelle patience dut-il s'armer pour fournir loute la carrière, et pour porter jusqu'au bout une qua'.ilé si onéreu.-e ? L'eûl-il dignement soutenue si , par une constance inébranlable et par une modération que ces esprits indociles mettaient tous les jours à de nouvelles épreuves, il ne se fût comme endurci à la contradiction et aux injures ? El pouvez-vous, mon cher auditeur, dans votre condition, quelle qu'elle soit, être fidèle à vos devoirs, si vous ne savez vous vaincre, si vous ne savez vous taire dans les rencontres, si vous ne savez étouffer vos ressentimenls, réprimer les saillies de votre cœur, recevoir mille déboires el les dévorer? (]ar, fussiez-vous encore plus grand, fussiez • vous au faîle de l'honneur, on vous envier.i, el, par conséquent, on vous contrôlera, on vous traversera , on vous offensera. Si vous Vous emportez, vous souffrirez de voire emportement même; si vous vous surmontez , vous souffrirez de l'emportement des autres. (Juoi qu'il en soil, vous n'cvilcrez jamais que ( c qui vous élève ne soit au même, leuips ce qui vous pèse, et que les croix ne vous

OR.\TF.L'RS SACRES. BOriiOALOL'E. 524

là niême d'où vous tirez votre

viennent de grandeur.

Mener une vie pleine de soins, el de soins affligeants, de soins inquiets, et dont on n'est pis en pouvoir de se défaire, troisième engagement des honneurs du siècle. Je vous le demamle, mes frères ; et, sans parler des monarques et des souverains, qui ne sont pis eux-mêmes exempts de cette loi, dllesmoi où est aujourd'hui le seigneur , où est le maître, où esl le juge, le prélat, le magistral qui, pourl'élre en chrétien, ne puisse pas et ne doive pas s'appliquer ces paroles de David : Tribitlatio cl anr/itslia invenerunt me {Psal. CXVIIl): Les inquiétudes el lesembarras me sont venus trouver? Je ne les cherchais pas, et je tâchais même à les éloigner de moi. Mais celle providence adorable de mon Dieu , qui dispose toutes choses pour mon salut, leur a donné entrée dans mon âme, et je me vois chargé de soins qui m'accablent : Tribulalio et angiistia invenerunt me. Sentiment, dit s;iinl Bernard, bien capable de rabattre ces vaines enflures, et de modérer ces complaisances qu'inspirent d'abord certaines disiinctions et certains rangs honorables dans le monde, puisqu'on n'esl guère sensible à l'honneurquand ony trouve plus de peine que d'éclat : Non est quod blandiatur celsitudo, itbi sollicitudo major [Bern. 111).

Enfin, avoir toujours sou âme entre ses mains, et toujours être en disposition de s'immoler sui-inême, ou pour la justice, ou pour la vérité, quatrième engagement des honneurs du monde. Car, pourquoi Dieu vous a-l-il donné ce crédit, pourquoi vous a t-il placé sur la tête des autres, si ce n'esî pour lui faire, quand sa cause le demande, un plus grand sacrifice de vous-même? Vous vous autorisez quelquefois de la parole de l'Apôlre, que celui qui désire la plus sainte de toutes les dignités, désire une œuvre louable et honnête : Qui episcopalum desiderat, bonum opus desiderat (I Tint. 111). Mais s-;iinl Jérôme vous ferme la bouche, en vous répondant que la plus sainte de toutes les dignilés élait, dans le temps qu'en parlait saint Paul, la plus prochaine disposition au martyre et à la mort. J'ajoute à la pen>ée de saint Jérôme ce que vous n'avez peut-êlre jamais compris, el ce qu'il est bon que vous compreniez une fois, qu'il n'y a point sur la terre de supériorité; point de dignité qui ne vous engage indi^pensablemeulà vous faire en certaines conjonclures, le martyr du bon droit cl de l'équilé,le martyr de l'innocence, le martyr de la religion, le martyr de la gloire de Dieu ; que >ous devez alors abandonner tous vos intéréis, el qu'autrement , ti)ut chrétien que vous êtes de profession, vous n'êles en effet qu'un mondain el un réprouvé.

Cela esl difficile, je le veux ; mais n'esl-il pas juste, dit saint Ambroise, (ju'après avoir reçu beaucoup de Dieu, \ous soyez ten'j à beaucoup pour Dieu? N est-ce pas ainsi «[uc Dieu, par sa sagesse, attachant l'honneur

a ordonné les choses , aux charités cl au y

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oinplois, pour en ;uli)ucir la pi'iiic, cl ot ses icsscntiinenls, pour autoriser ^( s xeiijoi{;iiaiil la peine aux emplois el aux chat- geances, pour se rentlre redoulable dans une ges, pour en bannir la présomption el la cor- \ille, pour faire soulïrir tout iiu pays, et ne nipiit)n ? Cir voilà t'nlée qu'en ont ( ue Ions rien >on(Trir soi-niéuie : tout eela et tout ce les vrais tiilè es qui , ilaiis les hanis ranjis où que je passe (ear je serais infini, si je voulais Dieu les a l'ail inoi'.ler, ne se soûl ja:u;iis re- épuiser celle morale et loucher mille aulres gardés que comme dis hosties vivantes pour arlirlcs non moins imporl,:iil>) , tout eela. essuytTlout, pour portertout, poursedévouer encore une l'ois, vous eotnieul-il? Est-ce là atout, pour seconder les desseins (le Li l'ro> i- ce que demande voire éla( '? l>'st-ce pour cela dcncesureux, et pour les remplir. que la Providence a élahli dans le monde Or, là-di'ssus, qu'avez vous à répondre, celle diversité de eondilious '.' qu'elle a placé homme s du siècle? |)aroù justifioz-vous celle les uns sur le bulTel couune des vases d'iionvic oisive el sans action, dans des places qui iicur, et qu'elle a laissé les autres dans la demandent une vigilance sans relâche cl poussière'? Dieu, en vous diNlingaut et en toute voire aileutiou ? Paisibles possesseurs \ous élevant, a-l-il prétendu vous entretenir el vains idolâtres d'un honneur dont l'éclat dans Poisiveté, vous faire \ivre dans le rcrepalt votre vanité, mais dont les obligalions pos, fournir à toules vos conuuodités, vous étonnent votre anionr-priq)re , venez vous abandonner à vous-mêmes, à tous les désirs, contenipler dans le tableau que je vous pré- à tous les ressentiments de votre cœur"? n'asente! venez reconnaître l'énorme opposition l-il fait le monde que pour \(>us ? ou n'est-ce qui se rencontre entre votre couduile cl vos pas pour le gouvernement cl le bon ordre du devoirs"? venez apprendre ce que vous devez monde qu'il vous a choisis ? or, pour mainêtre, el vous confondre de ce (juc vous u'élcs tenir cet ordre, n'y a-l-il ni rellcxions à pas. Je sais que vous trouverez assez de vai- l'aire, ni mesures à prendre, ni iir-ecaulions lies excuses; je sais que vous imaginerez à garder, ni hasards à courir, ni obstacles assez de prétextes pour vous persuader que, à vaincre, ni élude ni inéuagi nients nécesdans l'exercice de votre ministère, on doit saires "?

être aussi cmlcnt de vous que vous Pèles de Ah ! mon cher auditeur, saint rjernard le

vous-mêmes. Mais examinons de bonne loi disait dans un sentiment d'humilité, mais ne

la chose, el raisonnons. Car, être sans cesse pouvez-vous pas le dire avec vccuc : je sui>i

occupé de ses diverlissemenis et de son plai- la chimère de mon siècle : Chiincra su'culi ?

sir, et presque jamais de s s fondions et de car je suis tout, cl je ne suis rien; ou pliilôl,

son emploi ; fuir un travail ([ue vous devez je veux parvenir à tout, et ne m'acquilter

au public, el que le public attend de vous; d ' " " avoir horreur d'une assiduité nécessaire,

que vous traitez de caplivilé el d'esclavage ; c'est l'être, el ue l'être pas. Je suis dans les se décharger sur autrui des soins qui vous affaires, el je n'ai de l'iioiiune d'alïaircs que regardi'ut personnellement, el dont vous êtes l'opulence et le faste : c'esl l'être, et ne Pêtio par vous-mêmes responsables ; ne pouvoir pas. Je suis dans l'iiglise, et je n'ai de Pec se tenir là où il laul êlre, et se trouver par- clésiaslique que le caractère el l'habit : c'est tout où il faudrait u'élre pas; rejeter toute l'être, et ne l'être pas : Chimera saculi. Pe affaire qui incommode, qui fatigue, (luoiquc beau spectacle, poursuivait le même Père, Dieu ne \ous ait fait ce que vous êtes que au sujet de certains niinislres de Jésuspour en être fatigués el incommodés; n'c- Christ, le beau spectacle de les voir engagés couler que la prudence humaine, el ne von- dans l'Eglise : pourquoi "? pour en recueillir loir jamais se commellre en rien, jamais les revenus, pour se montrer sous la mitre s'exposer à rien dans des occasions où l'on el sous la pourpre; jamais pour servir à craint de se perdre, mais où Dieu veut que l'autel; jamais pour assister à l'office divin, vous vous perdiez selon le monde, el que jamais pour subvenir aux besoins des pauvous vous exposiez; en un mol, ne prendre vres, jamais pour vaquer à l'inslrucliou des (le votre condition que le doux el l'agréable, peuples, jamais pour s'employer à l'édilicaet en laisser le pénible el le rigoureux; se- lion des âmes que la Providence leur a concret que le monde enseigne, et que vous avez fiées. (Jim sont-ils"? on ne peut bien le dire, si bien appris ; ce n'est pas assez ; regarder puisqu'ils ne sont, à proprement parler, ni d'unœil indiffèrent ce qui devrait vousdonuer du monde, ni de l'Eglise, ni de la robe, ni de de saintes iiKjuiélu'es, ce qui devrait exciter l'épée : Clamera sœculi. tout voire zèle, des abus qu'il faudrait cor- Ouvrons, mes frères, ouvrons aujourd'hui rigcr, des violences qu'il faudrait réprimer, les yeux; el, pour nous apprendre, ô mou des injustices qu'il faudrait réparer, des Dieu! à bien user des honneurs du siècle, scandales qu'il faudrait faire cesser : au apprenez-nous seulement à êîie raisonnacontraire, éclater a>cc impatience, avec cha- blés ; car il ne faul qii'êlre raisonnable pour leur, avec empurlement sur les moindres en comprendre les obligations. Délrompezsujels, et dans une place néanmoins où Pou nous. Seigneur, des fausses idées que nous doit toujours se posséder soi-même, où Pou avons des choses, el dissipez, pai' les lumières doil toujours être maPre de soi-même, tou- de volreEvaugile,leserreursoù noussommes jours se modérer, se retenir sans jamais tombés par la corruption du monde. Ne perécouter la sensibilité l't sans jamais l.i faire mettez pas qu'une lueur passagère r.ous paraître : que dis-je "? abuser de sou i)ouvoir élilouisse, el que des honneurs mortels et pour satisfaire ses animosités parliiuiières périssables nous fasscul perdre celle t.lolri,'

de rien. Je suis dans la magisiralure, el je n'ai du magistral que Pautoiiié et la robe .

UÎÎATEL'nS SACRES. BOURDALOUE.

imiiiorlelle où vous nous appelez, cl où nous conduise, etc.

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