‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 47 sur 132 · OR^TELIISSACRKS. nOL'RDALOUE · texte numérisé non relu

OR^TELIISSACRKS. nOL'RDALOUE

nmiiiUcnno dnnslY'tal lie j',is(o?\'oulpz-voiis, Orçufil envers Dieu, qui dégénère en litiorliouime (lu siècle, inoiléier cel injciste désir? liiLi-je ol en iinpiélé. L'un et l'autre, sui^e I oiniircnez l'obligation de l'aiiuiône. (^oiii- si n.ilureile de laliondancc ( l de la possesprencz, dis-je, ([lie plus vous aurez, plus sion dis liicus, qu'il n'y a que la grâce de \ons Serez obligé de donner et de rcp.indre ; Jésns-(]lirist (]ui puisse nous en préserver, qu'il faulra qu" >os autuônes croissent à Orgueil envers les liouinies ; car il suffit proportion de \ os revenus, et que c'e>lsur d'èlie riche pnur tirer, ijuoique inju<leiiienl, celle pro;oriiou que vous serez jugé. Ainsi loiiles cesconséquences avantageuses : qu'on laisonnail saint Bernard dans une rie ses Ici- n'a plus besoin de personne; qu'on doit tetrès. Car, disail ce Père, ou vous êtes riche, nir l>«ul le monde dans la dépendance; et vous avez du superllu, et alors ce super- qu'on peut, sans obstacle et sans contradicflu n'est pas pour vous, mais (lour les pau- tu)n, se rendre délicat, impérieux, bizarre; ■ïres ; ou vous êtes dans une lorlune médio- qu'on csl au-dessus de la censure, et comme cre, et a'ors que vous importe de chercher en pouvoir de faire impunément loutes ehoce que vous ne pouvez garder"? Dignalio ses ; qu'on est sûr de l'approb-iliou cl de la (lia, (lut dives est, et clcbet faccre qnod pi ce- louange, ou. pour mieux dire, de l'aiiulation ceplnm est ; aut adhuc lenitis, et von débet et de la llallcric ; que, sans mérite, on a (juœiere quoil erogaliira est. Ouiconciuc sera ce qui tient lieu de tout mérite. Conséquences bien convaincu de cette iinpoi t mie ^érité, dont se laissent infaluer, non-seulement les craindra plulol d'acquérir des biens, qu'il esprits populaires et bornés, mais les sages ne le délirera. Acquisition des richesses, mêmes, et ceux qui du reste auraient de la occasion d'injusiicc; vous l'avez vu. Posscs- solidité. En soili' que les uns et les autres, sion des rirhess-es, source d'orgueil; c'est éblouis de l'éclat qui les cn\ iioune, déniée que vous allez voir dans la seconde vres de leur fortune, se disinl à eux-mêparlio. mes, aussi bien que le pharisien : Non suin SECONDE PARTIE. sicul cwteii Itominum (Luc , X\'1II ) : Je ne

Ce n'est pas sans raison que r.\iiôlre, suis pas comme le reste des hommes, et le écrivant à son disciple Timoihée, et lui ap- reste des hommes n'est pas comme moi. Reprenant à former les mœurs des premiers prenons, chrétiens, et mettons tout ceci dans fidèles, parmi les autres maximes qu'il éta- un nouveau jour.

baissait, et dont il voulait qu'ils fussent in- N'avoir besoin de personne, premier effet

slruils, lui recommandait particulièrement de l'oiiulencc et disposition prochaine et

d'ordonner aux riches lie ce monde de n'être infailable à mépri>er tout le mon ie. Dans

point orgueilleux : Divitibus hujus swculi l'indépendance où se trouve le riche mon-

prœcipc sublime non sapere (I Tim. VI). dain et dans l'élat où le met sa fortune, de

Comme s'il lui eût dit, selon l'explication de se pouvoir passer du secours d'aulrui, de

saint Chrysostome : Rien de plus dangereux l'amitié d'autrui, des grâces d'autrui, il ne

pour un chiétien (juc la possession des ri- considère plus que lui-même et il ne vit plus

chesscs ; et plût au ciel que la pauvreté que pour lui-même. Affabilité, douceur, pa-

évaiigéli(|ue fût le partage de tous ceux qui ticnce, déférence, ce sont des noms qu'il ne

professent l'Kvangili- ! mais si, pir un ordre conn.iît point, parce qu'ils expriment des

d'en haut, et par la disposition de la Provi- vertus dont il ne f<iit aucun usage et sans

dence, il arrive qu'il y ait des riches parmi lesquelles il a de quoi se soutenir- Qu'ai-je

nous au moins parlez-leur en homme de à faire de celui-ci, et que me reviendra-t-il

Dii u ; et, bien loin de les flatter sur le bon- d'avoir des égards pour celui-là '? Enflé qu'il

lieur de leur état, ob!igiz-les à s'humilier et est de ce sentiment, il ne sait ce que c'est

à trembler d.ins la vue des mallieurs (jui les que de céder, (|ue de s'abaisser, que de plier

nienaceul et qu'ils ont à prévenir. 11 sav lit, (luis des occasions néaumoins où la charité

ajoute saint .Augustin, que l'esprit du chri- et la raison le demandent. Kt, comme l'a-

slianisme est essentii'Uemeul opposé à l'es- mour-propre est le seul ressort qui le fait

prit d'orgueil; et d'ailleurs il n'ignorait pas agir, n'étant jamais humble par indigence

que l'esprit d'orgueil, sans un miracle, est ci par nécessité, il ne lest jamais par devoir

comme inséparable des richesses. (]'est pour et par piété.

cela qu'il cm|iloyait a\ec t.iul de zèle l'aulo- Aoir tout le monde dans la dépendance,

rite que Dieu lui avait don.ièe pour soumet- c'i st-à-dire se voir recherché de tout le

tre les riches du siècle à celle sainte et di- monde, redouté de tout le monde, obéi de

vine loi, de n'avoir jamais des pensées trop tout le monde, autre effet de la richesse ; et,

hautes, ( l de ne pas abuser de leur condi- qu'y al il de plus propre à entretenir la

lion au mépris de leur religion : Divitibus présomption d'une âme superbe? On sait

hujus sœruli (inrcipe sublime non snpere. bien (jue l'humiliation d'un riche, s'il voulait

Eu effet, chrétiens, les richesses inspirent se rendre justice, sérail de penser quels naturellement, surtout à un cœur vain cl sont ces serviteurs et ces amis piéleulus plein de lui-même, deux sentiments d'or- dont il se glorifie : amis, servileuis que le pueil. Le premier, à l'égard des hommes, au- seul intéiét conduit, et qui, s'attachanl à sa ilessus de qui il croit avoir droit de s'élever; fortune, n'ont souvent qu'un fond de mépris le second, à l'égard de Dieu, qu'il ne con- et qu'une secrète haine pour sa personne, naît plus qu'à demi, el dont il semble qu'il Mais l'orgueil, ingénieux à se tromper, ne ail secoué ]<• joug. Orgueil envers les hum- laisse pas de profiler de cela même, se faillies, que nous appelons suffisaïue et fierté. saut, sinon une ilouceur, au moins une gloire

Kô7 CARF.MF. SFRMON Mil. SI U LI.S lUCIlESSF.S. hôh

d'.ivdir. sniis ce i;(iin ir.iniis. lionncoiip d(> ti<m«, se? crrmrs dos liimii^ic; : on loue, dil

{iicrci'iiaires cl bp.iucoiip d'osi 1 n o-. S il n'a .Milciiis le S.iinl l'N|H-il , iiis(iii".iux désirs

pns de quoi se l'aire aimer, il n de quoi se de ^oii rœiir, iVsl-à-dire jusqu'à ses pas-

fairc craindre; cl. soil qu'o;i faine ou (lu'. Il sions, jusqu'à ses emporlenienls. Ce que

le ha'isse, tesl toujours un sujet ilc coin- l'on biànie dans les autres, est dans lui ma-

pl.iisanre pour lui do voir qu'on est iiilércssé lièrc d'éloge el sujet de liéué licliou : Quo-

à le ménager. De là vient, dit le plus sa^e nimn laudalttr pcccator in dcsideiiisnniniw

des hommes, Salomon ( morale adiTiirahlc siiœ, et inn/mis benrdicitur { Ps. IX ). Le

cl dont nous fai-ons à toute heure l'épreuve texie hébraûiue porte : Et dites bencdicilur.

sensible), de là vient que le riche, parla Or, (jui pourr.iil résister à un air aussi con-

méme qu'il esl riche, prét'iid avoir un tilre tajjiiux que celui de la flallcrie, (juand on

pour devenir fâcheux, de dillicile abord, le respire sans cesse '? -•V force d'entendre

d'humeur inépalc, chagrin quand il loi plaît, que I on < si parfait, on se croit parfait ; et,

impaliciil, colère ; un litre |'o;ir reliuler les à force de le croire, on devient, sans même

uns, cho |uer les autres, pour cire à tous ra[)erievoir, orgueilleux et vain. Pour peu

insupportable. S'il était pauvre, il n'aurait sensé que fût le ri( he, il renoncerait à ce

dans la bouclic que des supplications il d s faux privilcg'' ; mais railulalion qui le perd,

prières, ce sonl les termes de l'Ecriliirc ; en lui (')lant l'Inimililé, lui 6lo inêuie le bon

uiais, parce qu'il Csl à son aise et ((u'il a du sens et lui l'ail [.réiérer le mensonge à la plus

bien, il ne parle qu'avec hauleur cl il ne solide de toutes les vérités, (jui esl la con-

rcpond qu'avec dureté : Citm obsrcnilioiiihKs naissance de soi-iuèmo.

loqiielnr paitper; dives ejfabitur riyiile [l'iov. lùifiu, quiconque est rirhe, esl cminem-

X XVIIl ). ment loutes choses, et sans méiite il a lout

Ftre en pouvoir de tout entreprendre et méiiie. il est noble sans naissance, savanl

de loul f.iirc avec iuipunité, troisième efl'el sans élude, brave sans valeur; il a la (|ua-

de l'aboudancc, pour <]uiconque sait s'en lilé, la probité, la prudciuc, i'habilcté. Sans

prévaloir. Car, où voit-on des riches, disait autre distinction que l'or el l'argent qu'il

Sahien, déplorant les abus de son siècle; el possède, il parvient aux honneurs. Far là, il

ne le ]iuis je pas dire conuiiC lui'? où voit- règne et il d'imiue ; |)ar là, il esl chéri des

on des riches jiasser par II rigueur des lois 1 grands et ad<iré des petits ; par là, il n'y a

dans quel Iribunal les punil-on '? quelle jus- pniiil d'.iliiance où il ne prélcinle, i^oiiit de

lice contre eux obiienl-on l'U espère-l-on ? rival sur qui il ne l'emporte. En un iiuii,

quelle intégrité ne corrompent-ils pas '? quels par là, il n'est exclus de rien cl se fait ou-

ariéts si justes el si sévères n'eludcnl-ils vcriure à lout. Ne serait-ce pas une espèce

pas '! de quel mauvais pas , peur user de de prodige, s'il savait alors se garantir de

l'expression commune, un riche criminel et l'orgueil el se tenir dans les bonus d'une

scélérat ne se lirc-t-il pas hautement et télo modestie chiélieiine '?

levée ? el de quel crime si noir ne trou\ e-t-il Cependant, il n'en demeure pas là. L'orpas moyen de se laver'? Les lois sont |ioiir gueil cn\ers b's hommes esl un degré pour les misérables, ajoutait le même Père; les s'élever jusqu'au mépris de Dieu; el la châtiments pour ceux à qui la pauvreté en possession des richesses, qui devrait élre pourrait déjà tenir lieu ; m.iis pour les ri- pour le riche un sujet de reconnaissance enchcs, il n'y a qu'indulgence, que coaniv cnce, vers Dieu, de qui il les a reçues, par la cor que tolérance. L'équité la plus inflexible et ruption de son cœur, le fait loiiiber dans le droit le plus rigoureux se lournent i)our une espèce d'idolàlric el d'irréligion. Je n'ex.ieux en faveur. Or voilà, reprend le prophète gère point, quand je dis une espèce d'idolàloyal, ce qui les rend fiers el iiisolenls. Ils trie. Saint Paul, qui pensait (l (jui parlait ne sentent jamais la pointe de la correction, jusie, à force d'emiilover ce terme, en a fait, et ils ne sonl point châtiés coaiiue les autres sur la matière (jue je traite, un terme nonhommes. On lie les rcprenil point, on ne les seulement propre, mais consacré. Jamais confond point, ou ne les condamne point, el cet apoire de Jésus-Christ, dans le dénonic'csl pour cela que l'orgueil se saisit d'eux bremenl des péihés, ne spécifie l'avarice, et les remplit : /n luburibns liDininum non qu'il n'ajoule p<jur la disliiigiier : Çi/rp est sunt, et eiim liominibiis non flurjeUabuntar ; sitnulaeronim servi lus [Culoss. 111 ) : Qui est ideo tenuil eos siipcrbia ' Ps. LXXII). un vrai culle il'iiloles. Lt jiourquoi '? parce El comment ne seraient-ils pas au-dessus qu'il était persuadé, ilit saint Chrysoslomc^ de la censure, puis(]ue c'est assez qu'ils que l'argent est le dieu du riche. Oui, son soient riches pour avoir, i|uoi qu'ils fas- dieu, puisqu'il l'.idore ; son dieu . puisqu'il sent, des approbaleuis ? Voulez-vous savoir espère en lui; son dieu , puisqu'il lui fait' un des grands priv iléges des richesses ? le des sacrifices : son dieu, puisqu'il l'aime voici. Cl vous l'allez apprcndie de i'Ecclé- souverainemeul et par-dessus loul. Go siaslique. Le pauvre parle avec sagesse et à n'est donc pas sans raison que la pos-. peine le soulTi l'-t-on ; le riche p.irie mal à session des biens de la terre, je dis à l'épropos et on l'écoute avec respect, cl ce gard d'un avare qui en esl possédé lui-même, (ju'il avance impruiiemuienl est élevé jus- est appelée par saint Paul une idolâtrie : «lues aux nues par les louanges ([u'on lui 5(»i»/ac;o;i(;)i .«orZ/us : Idolâtrie de tous les donne : Dues lorulas esl,et onines laciieninl, temps, idolâtrie de toutes les nations et de et verhitm illiiis usque ad niibcs perdiieent tous les peuples, idolâtrie la plus aveugle cl { Eccli. XIII }. Ses défauts sont des perfec- la plus opiniâirc que Jésus-Chrisl ait ceu à

rzo

OIIATEL'KS SACRI'S. DOUUDALOLE.

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comhaltre cl à détruire dans son avènement au monde. Or, que l'ail lidolùlrie dans un «•spril ? vous le savez, chrétiens : elle y ruine remi)ire de Dieu; elle y suscite une divinité élrangèrc, qu'elle oppose à Dieu, qu'elle élève au-dessus de Dieu, qu'elle l'ait asseoir sur le trône de Dieu. Outrage qui passe la révolte, et qui va mémo au-delà de l'apostasie et jusqu'à l'insulle.

Voilà, mes chers auditeurs, ce que le prophète Osée a voulu nous faire comprendre dans ce fameux passage du douzième chapitre de sa prophétie : remarquez ceci ; c'est un des plus heaux traits de l'Ecriture. Ce prophète avait cent fois prêché aux Juifs l'obligation de persévérer dans la foi de leurs pères; et cent fois les Juifs avaient méprisé ses remontrances. Mais, un jour qu'il leur reprochait leur infidélité envers le Dieu d'Israël; le croiriiz-vous ? toute la tribu dEphra'iin lui répondit avec audaci-, qu'elle n'avait que faire du Dieu d'Israël ; qu'elle en avait choisi un autre plus à son gré, un autre dont le culte était plus conforme à ses inclinations, cl que ce nouveau dieu, c était son argent; ((u'il serait désormais sa divinité, et que puisqu'il la rendait heureuse, elle ne voulait plus reconnaître que lui : Et dixit Epliraïm : Vcrumlamcn dires cjfcclus sum; inveni idolum mihi [O^éc. Xll ) . IV-scz bien le sens de ces paroles : Je suis devenu riche, et, dans mes richesses, j'ai trouvé une idole pour moi. Comme si le peuple eût dit ; rrophèle, vous avez beau tonner, vous avez beau nous menacer de la colère de votre Dieu, nous ne vous écoulons plus. Ce Dieu dont vous nous parlez n'est plus le nôtre. Nous nous sommes défaits de lui. Nous ne l'invoquons plus qu'en apparence. Nous ne le craignons ni ne l'aimons plus. Depuis que la fortune nous a donné de quoi avoir un dieu visible, qui nous ajjparlicnt et qui n'appartient qu'à nous seuls, nous renonçons à tout aulre Dieu, pour nousaltaclieràcclui-là; Parlezàceux cjui croient au Dieu d'Abraham, ils vous obéiront : mais, pour nous, nous nous en tenons à notre idole : Ventmtamcn divcs cffccliix s:nn: inveni idolum mihi. Ah 1 cliréliens, ciuubien de fois ce scandale s'estil renouvelé dans le christianisme? Tandis que les prédicateurs l'ont tous leurs efforts pour persuader aux fidèles le< vérités évangcliques, combien de riches s'élèvent secrètement contre eux'? Quoiqu'ils ne s'en expliquent pas comii.c tes impics et ces apostats, quel mépris des maximes de Dieu ne leur fait pas coiiceviiir l'avarice qui les domine '? et s'ils osaient produire leurs pensées, avec quel orgueil ne iliraienl-ils pas comme ces malheureux : Divcs cjfcclus sum: inveni idolum milii. Non, non, n'espérez pas de nous convertir par votre zèle? Quand vous parleriez le langage des prophètes, vous n'y réussirez jamais. Nous sommes riches et dans la prospérité : avec cela, tous vos discours seront inutiles. Vous nous prêchez un Dieu, et nous en servons un autre. Lo vôlre est le Dieu de la sainteté et des vertus; et le nôtre Cbt le dieu des richesses cl de l'opulence.

Vous dites que ces deux divinilés neocuvent s'accorder eiiseiiible ;et voilà pourquoi nous vous déclarons (]ue vijus ne gagnerez rieii sur nous, parce que nous so unies déterminés à suivre celle (}uelc monde adore et dont il dépend.

Ainsi, dis-je, s'exprimeraient tant de riches, s'ils voulaient nous découvrir leurs sentimeiils : mais, sans qu'ils nous les découvrent, leur conduiie nous en répond, et nous fait assez connaître les véritables dispositions de leur cœur. Parlons naturellement et sans figure. Qu'csi-ce qu'un riche dans l'usage du siècle? ne vous offensez pas de ma proposition : plus vous l'examinerez, et plus elle vous paraîtra vraie. Qu'est-ce (ju'un riche cnlléde sa fortune ? un homme, ou absolument s ins religion, ou ([uin'a que la surface de la religion, ou qui n'a que très-peu de religion; un homme pour qui il semble que la loi de Dieu ne soit pas faite : un homme qui ne sait ce que c'est que de se contraindre, pour s'assujettir aux observances de l'Eglise; un homme qui, sans autre raison que parce qu'il est riche, se dispense de tout ce ((u'il lui plaît ; un homme qui ne se soumet à la pénitence qu'autant qu'elle ne lui est point incommode ; un homme pour qui les minisires mêmes de Jésus-Christ ont non-seulement des égards, mais de la crainte; un homme qui, jusque dans le tribunal de la confession, où il paraît en poslurede coupable, veut qu'on le respecte et qu'on le distingue; un homme qui accommode le culte de Dieu à ses erreurs et à ses goûts, au lieu de régler ses goûts et de corriger ses erreurs par la pureté du culte de Dieu. Et tout cela fondé sur son état d'opulence qui l'enorgueillit. Je ne prétends pas que tous les riches soient de ce caractère; à Dieu ne plaise que je leur fasse celte injure , ou plutôt que je la fasse à la Providence. Dieu, dans toutes les conditions , parmi les riches aussi bien que parmi les pauvres , a ses prédestinés cl ses élus. Mais je dis que la possession des richesses, sans une humilité héroïque qui lui serve de souverain préservatif, conduit là, et aboutit là; el, n'es!-ce pas assez pour saisir de fr.iyour les riches mêmes les plus chrétiens? Que le pauvre, concluait le Saint-Esprit (instruction divine , et que je vous prie de vous appliquer, puisqu'elle est seule capable de remédier au désordre que je viens de combattre), que le pauvre se glorifie de sa véritable et solide élévation , et que le riche, au contraire s'humilie , et fasse gloire de son humilité : Glorictur freilcr liumilis in exaltulione sua, el dives in liumililatc sua (Jacob. ,1). Voilà, riches du siècle , ce que vous devez aimer, et ce que vous devez prali(iuer. Voilà, si vous èles du nombre des élus de Dieu, ce qui vous doit sanctifier , et ce qui vous doit sauver, savoir, l'humilité du cœur : El divcs in humilitalc sua. Vous m'en demandez un motif toiicliant et tiré de voire condition même? le voici dans les pandes suivantes : Quoniam velut flos [nii Iransibit [Ib.) : Parce (jne, (le même que la plus belle Heur >e sèche cl ^e llelrit, ainsi le ridu' avec toute sa splen-

su

CAREME. Sr.nMON XIII. Si;i\ LES niClIESSES.

deur, passera . ci passera bientôt : Tta et dites in itincribus suis marcescel [Jac, I); cl je puis ajouter : parce que ers richesses que vous possédez ne sont pas proprement à vous ; parce que nous n'en êtes, par rapport à Dieu, que les dépositaires et les dispensateurs ; parce que vous devez lui en rendre ronipte un jour; parce qu'en vertu de l'obligation indispensable de l'aumône , vous eu éles redevable aux pauvres. Si le riche de notre livaiiKile fût éie prévenu de ces senliiiionts, il < ùtbien regardé Lazare d'un autre feil, il l'eût respecte, il l'eût écouté, il l'eût soulaçré. .\chevons ; ei. après avoir vu comment l'acquisition des richesses est une occasion d'injustice, comment la possession des richesses est une source d'orgueil , voyons coiiuiient l'usage des richesses est un principe de corruption; c'est la troisième partie.

XnOlSlÈME PARTIE.

A bien considérer tous les traits sous lesquels le Fils de Dieu nous représente aujourd'hui le mauvais riche, il y aurait presque de quoi s'étonner d'abord que Jesus- Christ l'ail si hauti-mcnt réprouvé , et qu'il ail prononcé contre lui un jugement si rigoureux. Car enfin, quels crimes lui Inipulei-on, pour en tirer ( elleaffreuse coiiséqurme: Morluus est ilives, cl sepullus est in inferno {Luc., XVI) : Le rii lie mourut, el il fut enseveli dans l'enfer'.' Qu'avait-il fait pour élre condamné au feu éternel? Il se faisait honneur de son bien , quoi de plus raisonnabb' '? 11 était \étu de lin et de pourpre; sa condition ne le dcmandail-clle pas'? Il se traitait tous les jours magnifiquement; sans cela, que lui eût-il servi d'être riche et dans l'opulence? C'est ainsi que le monde en juge; mais c'est en quoi le jugiment du monde est corrompu, puisqu'il est opposé à celui de la verilé éternelle, qui, dans un mot réfute mille erreurs grossières, dont les esprits mondains se laissent prévenir touchant l'emploi des richesses: il par là II éme , établit une loi aussi équitable que sévère, selon laquelle les riches du S'ècle doivent dès maintenant se juper eus-iiiémes, s'ils ne veulent pas être jugés de Dieu.

En ( ffet , pour vous expliquer ma pensée , el pour justifier cet arrêt de réprobation porté contre le riche de l'Evangile, quoique les arrêts du Seigneur , comme parle le prophète royal, n'aient pas besoin de nos justifications, et qu'ils se justifient assez par eux-mêmes : Judicin Diimini vera, jusli/kala in seiwlipsa {Psal. XVIIIî; c'est une grande illusion de croire que dès-là qu'un est riche, l'on ait droit de vivre plus somptueusement , plus voluptueusement, plus grassement; et que le luxe, la dépense, la bonne chère, doivent croître à proportion des biens. Si je consultais sur ce point la morale du paganisme, peut-être me fournirait-elle de quoi faire rougir et de quoi confondre bien des chrétiens, qui, malgré leur relâchement , se piquent encore d'être spiriluels et parfaits dans leur religion; car en cela, comme en beaucoup d'autres matières, les païens, dont nous déplorons l'aveuglcincnl et l'infidélité, nous ont appris notre

devoir. Ils ont cru que , pour être riche , on n'en devait pas êlrr> moins refilé, moins chaste, moins abslineiil, moins délaehé des commodités de la vie; et que d'user des biens pour choyer son corps , pour satisfaire ses sens , pour vivre dans la mollesse el dans le plaisir, c'était un désoidre que la seule raison de l'homme condamnai!.

Je ne me refuserai rien, dites-vous, parce que j'ai de grands revenus et une fortune qui sul'tirait aux princes et aux souverains. Ainsi parle un rielio prodigue dans son abondance. Eh bien ! lui repinul le satirique rtnnain, et celte réponse n'est-elle pas digne du christianisme? N'avez-vous rien de meilleur à quoi employer ce que vous avez de trop? n'y a-t-il point de pauvies qui gémissent? les temples sont-ils décemment et religieusement entrelinus? pourquoi faul-il que tant de misérables soient abandonnés ? pourquoi les maisons consacrées à la charité publique ontelles peine à subsister, pendant (|ue vous êtes dans les deli<-es? serez-vous donc le seul qui \ous ressentirez de votre prospérité? n'y aura-t-il que \t)us qui en jouirez , elqui serez à votre aise? Voilà comment raisonnaient des infidèles. Mais la morale di- l'Evangile va bien encore plus loin ; car (die nous apprend que, plus un chrétien est riche, plus il doit être pénitent, c'est-à-dire plus il doit se retrancher les douceurs de la vie; et que ces grandes maximes de renoncement , de dépouillement, de détachemeni, de crucifiement, si nécessaires au salut, sont beaucoup plus pour lui que pour le pauvre, pourquoi? par trois excellentes raisons (ju'en apporte saint Chrysnstome. Comprenez-les. Premièrement , dit ce saint docteur , parce que le riche est beaucoup plus exposé que le pauvre à la corruption des sens ; et que ses richesses le mettant en état de pouvoir tout ce qu'ii veut, elles le mettent dans une tentation continuelle de vouloir tout ce qu'il ne doit pas. Il est donc juste que, pour se garantir de ce danger, il soit toujours en guerre contre lui-même; et que , regardant sa proprechair comme son plus redoutable ennemi, bien loin de lui fournir de quoi irriter ses appétits, il lui refuse même ce qui peut seulement les entretenir. Or , il a besoin pour cela, d'une mortification salutaire, et d'une pauvreté de cœur qui le dégage autant qu'il est possible, de toute affection terrestre. Secondement, parce qu'élant riche, il est communément plus chargé d'offenses, el plus redevable à la justice de Dieu ; par conséquent plus obligé à ces satisfactions pénibles el niorlifi.mtes à quoi nous engage la qualité de coupables, et que Dieu, comme vengeur des crimes, exige de ceux qui bs ont commis. Or, vivant dans le plaisir, acconiplira-l-il un devoirs! indispensable? Le jeûne, la cendre, le ciliée, selon la règle du Saint-Iîspril, doivent être le partage des riches pécheurs; el ce sont les riches pécheurs qui usent des mets les plus délicats, qui se parent des vêlements les plus magnifiques. Comment soutenir devant Dieu une telle contradiction? Il faut donc que le riche oublie ce qu'il est ; ou plU'

U'i OPiATEURS SACPvr.S. BOUr.DALOUK. 5*4

151 <]ii(', sn so^lv^Il.^nl de ce qu'il n étô, cl (1rs Ji:- n<^ pirlo poiii! d? ce qui s'entreprend et

innciii!ir,jlil-s désonlres oi'i il rsl lomhé , il <jtii s'exccntc p.nr là de plus sciindnleux. C.ir

cesse l'c \ivre en riche, pour vivre en pc- à Dieu ne pl;iiseque je veuille ici révéler ces

cliiur lonvrrli. lînliii, pniirsuil sainMjhry- al)oniin;ilioiis iiue l'esprit de Dieu faisait voir

soslotne, et ceci n'est qu'ini éclaircissement au pr(>|dièlc, lorsque après lui a voir ordonné

de la seconde raison, p ircc que le riche de per<er la muraille et de pénétrer dans les

trouve dans sa condition des ohstacles près- demeures les plus secrètes des enfants d'is-

qu(> invincibles à la pénitence, qui néanmoins raël , il lui découvrait ce qui s'y passait de

est la seule voie par <u'i il puisse retourner à plus infâme : Fili hominiit . fode parielnn, rt

Dii'U cl se sauver : NIsi pœiHlcntiani cf/erilis, ri.lcbis abuminationi's pcssimns {li zech.,\lll);

oinnea simiUtcr p^rihilis : Si vous ne faites cà Dieu ne plaise que je vous conduise, quoi-

pénilence, vous périrez tous , disait le Sau- que seulement en esprit, dans h-s maisons de

venr du momie. Or vous, mon cher .auditeur, tant de riches volu|itU!'tix dont cette ville est

qui goiitez au milieu de vos biens et dans le remplie; et ijue, liranl le rideau, je fasse pa-

nionde, tout ce que le monde a de [)lus doux, raitrc comme sur la si éne toutes les impu-

quelquo univi'rselle et (juelque sévère que relés qui s'y cmumetleiit , et qu • je pourrais

soit cette loi, vous la violez sans cesse et en justement a'ipeler les abominations de celte

tout. Le pauvre, par une heureuse nécessité, capila'e : liu/redcrc , ri ride (ibominnliories

est éloigné de tout ce qui pourrait le corroni- jic-siiniis , qiias isli fuciunl hic {lhi<l.). Quel-

pre. Le pauvre , ])our peu qu'il corresponde que précaution que je puisfe prendre pour

n la grâce de soiï élat, conserve donc aisé- vous les lepiésenter, votre pudiur en souf-

inent l'innocence de son cœur. Le pauvre, frirait. Je ne parle point des concubinages,

s'il pèche par Iragililé , trouve dans sa pau- dont l'argent pro ligné est le soutien; des

vrclé môme, le remède de son péché; c'est- adultères, dont il est l'attrait; de mille antres

à dire, une espèce de pénitence d'autant plus péchés abominables, dont il est la réconi-

sûre , qu'elle est moins de son choix, et pense. Car , dit saint Jérôme , c'est largeiil

d'autant plus sali^fa(•toire , qu'elle est plus quiséduilla sioiplicitédes vieiges,quiéhrauIo

opposée à tou'es les iiu liiiatious de la nature. la constance des veuve s , qui souille les ma-

Mais vous , dont 1 i bénédiction aussi bien riages les plus honorables. (7est |iar les fol-

que celle d'Esaii , c^t dans la graisse de la les dépenses , où l'argent se consume , que

lerrc, quelque heureux que vous soyez dans l'on persuade qu'on aime, et (|u'on sait mal-

l'idée du siècle, vous n'avez aucun de ces heureusement se faire aimer; que l'on est

avantages. Vous êtes plus dangereusement recherché des plus fièrcs , que l'on triomphe

tenté, plus infailliblemenl vaincu, plus dilfi- même des prudes et des spirituelles; c'est par

( ilenienl guéri; i)lus dangereusement tenté là que subsistent ci s damnablcs commerces

par l'esprit impur, plus infailliblemenl vaincu qui, dans les familles les mieux établies, cau-

par la passion, plus dilTicilement guéri de sent tous les jours de si funestes divisions et

vos habitudes criminelles. Il n'y aurait donc de si tristes renversements. On demande à

qu'un dégagement héroï(iue, tel que \ous le quoi cet homme s'et ruiné, et l'on enesl sur-

prescril saint Paul, et qui consiste à user de pris; mais voici d'où sa ruine est venue, cl

vos richesses comme n'en usant pas, lequel d'où elle a dû venir; une débauche secrète

liùl vous pré-erver de Ions ces malheurs. qu il entretenait , une passion à laquelle il a

fdais , si cela esl , à quoi me servira mon tout sacrilié, et pour laquelle il s'est piqué de

bien? Ah ! mon frère, répond saint l'Iirysos- n'épargner rien, voilà ce qui a épuisé ces re-

tome , éles-vons en<ore assez aveugle pour venus si clairs et si amples. La convoitise de

croire que Dnu qui a réglé toutes choses, ail la chair , cette sangsue , s(don la parole de

abandonné ce bien à votre discrétion, et qu'il Salomon , qui crie toujours : Apporte, ap-

ait prétendu \ous le donner pour le dissiper porîe, et qui ne dit jamais : C'est assez; voilà

à loire gré ( l selon les caprices de votre es- ce qui dissipe les biens de la plupart des ri-

piit ? Non, non ; ni sa boulé , ni sa sagesse, ches; encore si l'on y employait que les biens

n'ont pu former ce dessein. Votre bien vous ordinair( s , peut-élrc m'en consoleraisje ;

.seivira peur mille anlics biens plus impor- mais ce que nous appelons par respect les

taiits et pdiis essentiels, à quoi vous le devez biens de l'Eglise, ces liiens qui, de droit na-

rapporler; il vous servira pour honorer Dieu, turel et de dioil divin, sont des biens sacrés,

pour exercer la chari'é envers vos frères , depuis que la piété des lidcles les a légués à

pour en faire comme dit l'Ecrilure , le piix Jésus-Christ dans la personne de ses mins-

de la rédemption de voire àme. Mais vous Ires; voilà à quoi ils sont prostitués. Com-

cst-ilméme pcrii;is de penser que vous l'ayez bien de fois , à opprobre de notre religion !

reçu pour fomenter \ olre liberlinage et votre combien de foisie revenu d'un bén6ficca-t-il

impénilence? Tel est néanmoins l'abus qui été 1(ï prix d'une chastelé d'abord disputée,

règne aujourd'hui ilans le monde, et dans le elenliu vendue à l'incontinence sacrilège d'un

monde chrétien ; parce qu'on esl riche, on libertin , engagé par sa profession dans les

veut avoir, je ne dis pas suffisamment , mais fonctions les plus auguslis du sacerdoce? Je

abondamment , mais avec superlluité, avec ne sais si le prophète aurait pu enchérir sur

profusion, toutes les aises de la vie ; et parce ce que je dis , ni s'il avait vu de |)lus grandes

»iu'il est impossible parmi les aises de la vie, abominations : Vnde, et ndlntc coiwcrsus ri-

lie conserver la pureté des mœurs, de là dchis abomindlionesmnjorrg his {Ezech.,y\U\

vient un débordcnient cl une <'oiruplioa gé- Mais laissons ces horreurs, et airèlons-nous

Jiérale. à ce que la coutume cl l'espril du siècle oui

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CARF.MK. SKRMON XIV. SUR L'ENFER.

riMitlu non-souloineiit support.ilile, mais loii.ibk', quoique osscnliL'lIciiieiil opposiS auK lois lie l'Evanj;!!!' et (le la raison, l'arce qu'on a (lu hii'ii. (in en veut jouir .sans resliiitiou, el dans toute l'élciulue des désirs qu'un alla- (lieiiient inliiii à soi-inènic il à sa personne |ipul inspirer. On veut (lue le fru.l des ri- <h isses soil tout ce qui peut roiilrihuer à une \iecouiMiode, pour ne pas dire délicieuse; meubles curieux, équipages propres, nombre de donle^liques, lahie bien servie, divcrlisscmcnts a|,Mé.iUles, lo^'eineuls superbes, politesse cl luxe parlout. Luxe , ajoute saiiil Jérôaie, (lui insulte aux soulTranees de JésU'- Christ, aussi hieu qu'à la misère des pauvres; luxe à qui Uicu dans rKcriliire a donné sa nialéilitlion, quand il disait par la boui Ihî d'un autre prophète ; /s'/ perculiain <lomum liieimilcm ciiin domu wsliva , cl pniljiint domiis ebutnfir, cl dispcrdiiin ludjildtures de di>~ mo vohtplalia [Amos., I el 111) : Je détruirai t( S maisons de plaisance , ces aiiparlenients d'hiver el d'été; ces édilices (pii semblent n'être construits que pour y faire liahiler la volupté inéinc, je les renverserai, et je déchargerai ma colère sur ceux qui y vivent connue ensevelis dans une molle oisiveté et dans un profend repos.

Tel est, à proportion des biens que chacun possède, rus,»ge qu'en fait l'amour-propre quand il n'est pas combattu ni réglé par la mortification chrétienne. Or, j'ai dit, et il n'y a personne (jui n'en convienne d'abord avec moi, que, tant que les choses seront dans ce désordre, il ne faut pas espérer que la chair soit jam.iis sujette à l'esprit, ni l'esprit àUieu: IncrnssdtHs est dilecta>:, ri rccalcitiavit ; paroles admirables de Moïse : fncrassitlaa, iinpitignalns, dilalatits, dereliquil Deuin fnclornn sHum,cl rcccsalt a Deo siduta- i suo {iJeiit., XXXII). Ce peuple, autrefois chéri, s'est engraissédcs bieusquilui avaient été confiés, et ensuite il est devenu rebelle : à mesure (ju'il s'est rempli, qu'il s'est bi?n nourri, (luil a vécu dans l'abondance, il a quitte Dieu l'auteur de son être et de son salut. Ll ne pi'uton pas dire aussi que presque tous les riches sont des hommes corrompus, ou plutôt perdus par l'intempérance des passions charnelles qui les dominent '? pourquoi "? parce ([u'ils ont tous les moyens de létre, et qu'ils n'usent de leurs richesses que pour assouvir leurs brutales cupidités : victimes réservées à la colère de Dieu et eMgra:ssées de ses propres biens ! Combien en voyez-vous d'autres dans le monde? combien en voyez-vous qui , dans l'opulence, s'étudient à mater leurs corps et à le réduire en servitude? un riche continent ou péiiilent, n'est-ce pas une espèce de miracle?

Pleurez donc, mes frères, concluait l'apôire saint Jac(iues,en parlant aux riches du siècle; pleurez, poussez dis hauts cris dans la vue d • tant de périls qui vous environnent, et des calamités qui doivent fondre sur vous: Agite mine divites ; plainte itlaldnlrsinmiseiiis vesiris, quœ advenient tobis {Jncob, V). .Maintenant, vous vivez dans le faste et dans le liixi'. dans la mollesse el dans le plaisir; mais le

lemps viendra où vos biens vous seront enlevés, cl où vous vous Irouverez devant Dieu dans la dernière diselle : Diviliœ vrslrœ pnirefiictœ sinit (Ibid.). La rouille (|ui idiigera votre or et votre argent, [xirlera témoignage contr(M()US, el vous fera souvenir, mais trop tard, mais <à votre confusion , mais à votre; désespoir, qu'il ne fall.iit [las iiictlre volri; confiance dans des richesses périssables . Aarum el nrijcnlum vrstriun wruginuvil ; el iirugo eorum in testimoniiim vobis erit (Ibiil.). Vous amassez de grands Irésors ; mais, après ;ivoir été pour vous sur la terre des trésors d iniquité, ce seront, au jugement de D eu , des trésors de cidère et de vengeance : 'l'Iiesfiuriziistis vobis i)-nm in novissiniis diebits (Ihid-l

Ce|)en(laul, voulez vous en faire des trésors de justice cl de sainteté? après les «avoir légitimement acijuis, parlagez-Irs avec les pauvres; cherclu z-les, ces (lauvres, dans les prisons, dans les li()pitaux, en tant de maisons particulières , (lisons mieux, dansées tristes et sombres retr.iitcs où ils l.iiiguisscnl ; allez être témoins de leurs misères; et vous n'aurez jamais l'àuie assez dure pour bur refuser votre secours : il v aurait là une inhumanité, une cruauté dont je ne vous puis croire cap.ibles ; voire ( (jcur s'attendrir.i |)()ur eux, vos mains s'ouvriront en leur faveur, et ils vous serviront d'avocats et de protecteurs ;iU|irès de Dieu : voilà le fruit solide que vous pouvez tirer de aos biens, voilà le saini emploi (jue vous en de\ez faire. Cr.iigncz le sort du mauvais ri lie; profitez de son exemple et do mon conseil. El vous, pauvres, apprenez à vous consoler dans \olro pauvreté, apprenez à l'estiuicr, |uisqu'elle vous met à couvert des dangers et du malli(-urdes riches; toule nécessaire qu'elle est, failes-en une pauvreté voloniaire eu l'aiceptanl a\ec soumissioa , el en la supportant avec p.itience. Car, ijuc \oiis servirait - il d'être pauvres, si \oiis brûlii z au même temps (lu feu de l'avarice : Qniil libi prodest si egps fiiculltilc, el iirdes rujiidilali' (Aug.) ? (,>ue \ ous scr\ ir.iit d'être dépourvus de biens, si vous aviez le cœur plein de désirs? Hmrcux les pauvres, mais les pamresile cœur, les llau^res dégagés de tonle alTcction aux riche-^ses de la terre I telli' est la pauvreté (|up Jésus-Chri^t canonise d.ins ?ou l^vangile, et qui convient à tous les él;ils. C'est ainsi quenous pouvons tous être pauvres en ce inonde, et mériter Ls biens immortels de l'autre, que je vous souliaile, etc.

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