‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 48 sur 132 · SERMON XIV · texte numérisé non relu

SERMON XIV

rocr. LE VENDREDI DE LA SECONDE SEMAINE? DE CAHÉME.

Sur l'enfer.

Murtuiis 1 si .iiilcin el divi.'), il sr|.ullus rsl iii m- Iltiio.

Or, le lutie mourul aiisii, et il fui enseveli tliiiis l'enfer. IS. Luc, cil. XVI. J

Sire, c'est le triste sort d'en riche du inonde dont il était parlé dans l'evangilc" d'Iiier, et je ne fais pas dillicullé de le re-

OP.ATEURS SACUl'.S. DOURDALOUE.

prendre aujourd'hui, ce même évangile, pour en tirer un des plus terribles, mais des plus importants sujets que puissent traiter les prédicateurs dans la chaire de vérité. 11 mourut, ce riche, ce mondain, comblé de biens dans la vie, el comblé même d'honneurs après la mort; car il est à croire qu'on lui lit de maj;niliques funérailles, qu'on jxirta son corps en pompe et en cérémonie, qu'on lui érigea un superbe mausolée ; et peul être, tout pécheur qu'il avait été, se trouva-t-il encore des orateurs pour faire publiquement son éloge, el pour lui donner la gloire des plus grandes vertus. Mais, le malheur pour lui, el le souverain malheur, c'est qu'au même temps que les hommes l'honoraienl sur la terre, on lui rendait ailleurs justice; et que son âme, portée devant le tribunal de Dieu, y reçut l'arrêt de sa condanmation, et fut tout à coup comme ensevelie dans l'enfer: affreuse image de ce qui n'arrive que trop communément aux riches el aux grands du siècle : Mortuus est autem el clives , et sepultus est in infenio {Luc, XVI). Que ne puisje , chrétiens, en vous repiéseiilant toute l'horreur de cette condamnation éternelle, vous apprendre à la craindre et à l'éviter 1 l'réchcr l'enfer à la cour, c'est un devoir du ministère évangélique, et à Dieu ne plaise que, par une fausse prudence, ou par un lâche assujétissenient au goût dépravé di' ses auditeurs, le prédicateur passe une matière si essentielle, el ce point fondamental de notre religion. N'est-ce pas même à la cour, plus que partout ailleurs, que celte grande nialière doit être traitée, et traitée dans toute sa force, puisque c'est à la cour qu'on est plus exposé à la malheureuse destinée du mauvais riche? Je ne viens point vous ilonner de vaines ti'rreurs; je ne prétends rien exagérer ni rien outrer. Dans la chaire sainte où je parle, il n'est jamais permis de le faire; et la vérité que je vous annonce est déjà si terrible par elle-mênie, qu'il suffit, pour >ous remplir d'une salutaire frayeur, de vous la proposer dans la simpiicilé de la foi : c'est ce (jue je vais faire dans ce discours, après que nous aurons salué Marie : Ave, Maria.

C'était une question que Dieu faisait autrefois à Job, si jamais les portes de la mort lui avaient été ouvertes, et s'il avait vu ces prisons ténébreuses où les âmes criminelles doivent éternellement subir les rigoureux châtiments de sa justice : Numquid apertœ sunt libi portœ mortis, et ostia lenebrusa vidisli [Jub, XXWlll)? Peut être ce saint hounnc, tout éclairé qu'il était, ne put-il répondre à celte demande; car l'Ecriture nous apprend que Jésus-Christ seul devait ouvrir ces portes de l'enfer el de la mort; et c'est ainsi qu'il s'en est déclaré lui-même dans l'Apocalypse, en nous disant qu'il a d./ns les mains le^ clefs de la mort et de l'enfer : Eijo habeo claies tnorlis el inferni (Apuc., 1). Mais, depuis que tel Homme -Dieu nous a apporté ces clefs iHystérieuses, depuis qu'il nous a fait l'ouverture de ces lieux de ténèbres, et que, jiar ks divins oracles de son Evangile, il nous a r6>él6 tout ce qui se passe dans la triste de-

meure des damnés, il ne tient qu'à nous d'en avoir une connaissance parfaite. Si donc maintenant Dieu nous demandait à nousmêmes : Numquid aperlœ suiit tibi portœmorlis, et ostia tcnebrosa vidislil Avcz-vous vu cet abîme où je liens les impies enfermés, pour exercer sur eux toutes im s \ engeances? nous serions inexcusables de ne lui pas ré-^ pondre .-Oui, Seigneur, je l'ai »u, je l'ai considéré, j'en ai fait le sujet de mes plus sérieuses réllexions, cl j'en ai tiré toutes les lumières qui peuvent servir à la conduite de ma vie. C'est ce que je veux encore aujourd'hui, chrétiens, vous remettre devant les yeux, pour l'édiGcation de vos âmes ; je veux vous faire voir ce que c'est que l'enfer, en quoi consistent les tourments de l'enfei-, (|uelles sont les propriétés essentielles dis tourments de l'enfer, et parce que ce sujet est infini, je me borne à la pen^ée du pape liinucent 111, dans son excellent Traitr du Mépris du monde, où il nous dit que lis réprouvés souffrent en trois manières différentes ; savoir : par le souvenir du passé ; par la douleur du présent, et par le désespoir d'obtenir jamais grâce dans l'avenir : Uic vermis tripliciler lacerans, affliijct meniDria, turquebil anijuslia, sera lurbabil pœnitentia (Innoccnl. pape). Le souvenir du passé les déchire, la douleur du présent les accable, la vue de l'avenir les désespère : en trois mois, voilà le [larlage de ce discours. Etat malheureux du réprouvé que le passé déchire parles plus mortels regrets ,quc le présent accable par la plus cruelle douleur, (|uc l'avenir désole par le plus alTreux désespoir; eat-il un sujet plus digne de volie attention? pitEMiiiuE PAirrii;.

C'est le souvenir du passé qui doit faire la première peine des âmes réprouvées : souvenir qui lis tourmentera vivement, qui les tourmentera éternellement, qui les tourmentera sans inierru|ition et sans relâche, (jui les tourtnentera sans partage et sans division, qui les tourmentera en toutes les manièi<'S que la justice d'un Dieu, aidée de sa toulepuissance, est capable de lui suggérer, mais, ce qu'il y a de plus déplorable, qui n'aura point d'autre elTet en les tourmentant, que de les faire souffrir et de les tourmenter. Voilà, chrétiens, la première idée que je conçois de l'état d'une âme dans l'enfer, et de sa réprobation : Fi'/(', recordure quia recepisli bona in vita tua {Luc, XVI) : Souvenez-vous, mon fils, dit Abraham au riche malheureux, <iue vous avez eu les biens de la vie; mais souvenez-vous au même temps de l'abus que vous en avez fait. Deux vues, reprend saint Chrjsoslome,bien allligeantcs pour un damné. La vue des biens dont il aura l'ait un si criminel usage, et la vue des maux qu'il aura commis. L'une et l'autre, suivant le dessein de Jésus-Christ , également nécessaires pour arrêter les emportements de nos passions, cl pour nous affermir dins les voies de la sagesse cbrélienne.

Première vue qui tourmentera le réprouvé: les biens de la terre qu'il possédait, el donl il faisait le prétendu bonheur de sa vie, maii

CAREME. SERMON XIV. SLR L'ENFEli.

qui, parle plus liislccliangcnu'iil, feront s<iii supplice, cl lui causeroiil les plus niorlcls rej;rels. Ce ne sera pas de les avoir perdus ; car, quelque attaeiieuienl qu'il y ail eu, il ne sera pas en élal d'en élre louehé, il n'en leeoiinailra que trop la vanilé et le néant; mais de les avoir aimés préférablemenl à son salul élernei, mais de s'en èlre servi contre Dieu, mais de les avoir employés à se perdre soi-même. Ah 1 dira ce ricin', dédiire du plus cruel et du plus vifrepinlir; car c"esl ainsi que le Sainl-Espril fait parler les réprouvés dans lEirilure : si j'avais ménagé selon Dieu ces biens de iorlune; si, conformément aux lois du clirislianisiiie et auv obligations de mon élal, j'en avais assisté les pauvres ; si, par un zèle de religion cl de charilé, je les avais partagés entre Jésus-Christ et moi; si , les regardant comme des talents dont je n'avais que la simp e administration, je les avais fait proliter, en les appliquant aux œuvres de miséricorde et de pielé; si, comme un dispensateur fidèle, j'en avais rapporté le fruit au service et à la gloire du maître de qui je les tenais, et qui me les avait confiés ; ces biens, dont la mort m'a dépouillé, seraient maintenant pour moi un trésor de mérites et un fonds de bonheur pour l'éternité. Les hommes m'en loueraient sur la terre , et Uieu m'en récompeuserail dans le ciel. Mais parce qu'un désir insatiable d'amasser et d'avoir me les a fait retenir iaipiloj.iblement, malgré les misères de tant de pau\res, à qui je n'en ai point fait part; mais jjarce qu'un lu\e immodéré, et sans autre règle que l'esprit du monde, me les a fait prodiguer en des dépenses vaines et superflues ; mais parce qu'un assujettissement lionleus à mes sens me les a f.iit consumer en des excès et en des intempérances crioiinelles ; mais parce qu'une détestable ambition de me pousser el de m'élever, ou une passion aveugle d'enrichir des enfants el des héritiers qui sont aujourd'hui des libertins, et peut-être des ingrats, me les a fait rechercher contre loules les lois de la justice el aux dépens île ma conscience, il faut que ces mêmes biens oîi je im liais toute mon espérance cl toute ma félicité, deviennent mi-s propres bourreaux.

Pensée d'autant plus désolante, que, faisant ensuite la plus triste comparaison, il se retracera l'idée de ce souverain bien qu'il aura perdu, el i ourquoi ? pour des biens périssables et p.issagers. Celle conviction sensible qui lui restera, cl qui lui sera toujours présente, qu'il a perdu son vrai bien, son unique bien, pour de faux biens et même de faux biens dans l'estime des hommes, pour un vain intérêt qui l'a a\euglé, jiour un honneur chimérique et imaginaire dont il s'est entêté, pour un plaisir sensuel el brutal à quoi il s'est abandonné ; le dépit mortel qu'il en concevra contre lui-même, el qui lui fera dire, avec bien plus de sujel qu'au fils de Suùl : Guslans cjuslavi paululum mellis, et ecce morior ( i Iteg., XIV ); pour quelques douceurs que j'ai goûiées, pour quelques plaisirs que ma raison ic

disputait, el dont ma conscience m'a presque <jlé, par ses reproches, loul le sentiment, je me vois condamné à boire le calice de la colère de Dieu, ce calice de fiel et d'amertume, ce calice (ju'il a détrempé dans le jour de sa fureur, el qu'il réserve à ses ennemis : loul cela, encore une fois, fera naître dai s son âme ce ver intérieur qui le rongera : Recordare , (piia recepi^li Iwna in viUi tua {Luc.jWl ). Ainsi nous nousservons dans la vie des biens de Dieu contre Dieu ; el Dieu, à son lour, s'en servira contre nous ; et comme nous en faisons les instruments de notre malice pour l'orteiiser, il en fera, dit saint Grégoire, les instruments de sa justice pour nous [lunir. Et cela, comment? toujours par la pensée el le souvenir: /.'pcoiï/iOy.

Mais si l'abus des dons naturels et des biens de la terre doit faire dans l'àme du pécheur une impression si violente, que serace de l'abus des grâces el des dons surnaturels, qui, pesé au poids du sanctuaire de Dieu et par rapport à leur damnation, aura des conséquences encore bien plus funestes? Car, qui peut dire quelle sera la désolation d'un réprouvé, lorsqu'il se représentera à luimême (or, il se le représentera toujours ), combien de secours, combien de nmyens de salul il se sera rendus inutiles, combien de lumières il aura étouffées, combien d'inspirations il aura rejetées, combien de sacrements il aura négligés ou profanés; à combien d'instructions, à combien de remontrances il se sera endurci; à combien d'exemples il aura été insensible, soit par une force d'esprit prétendue, dont il se piiiuait dans son impiété, soit par une lâcheté el une délicatesse qu'il ne s'est jamais efforcé de vaincre? Ah 1 si j'avais seulement été fidèle à une partie de ces grâces dont Dieu me i)révenait;si j'avais, pour suivre la voix qui m'appelait, et qui m'a|)pelait si souvent, qui m'appelait si fortement, renoncé à l'esclavage du monde cl de la chair, je me serais sanctifié, j'aurais parla l'héritage des enfants de Dieu, je posséderais avec eux le même roy.iume : ijiais parce que je les aire(,-ues eu vain CCS grâces si précieuses, parce que je les ai reçues avecindiiïerenceelsansaucuii retour, parce que je lésai méprisées, parce que je lésai même combattues, et que par mon obstination,elles no m'ont pas attiré ni coincrli à Dieu, elles s'élèvent contre moi pour me persécuter el pour venger Dieu. Au lieu de ces saintes tristesses, au lieu de ces saints remords , au lieu de ces contritions salutaires el vi>ifiantes qu'elles devaient exciter dans mon cœur, elb s me causent à présent des remords, mais des remords qui me déchirent ; elles me causent des tristesses, mais des tristesses qui m'accablent ; elles me causent des repentirs, mais des repentirs qui me percent, qui me transportent , qui vont jusqu'à la fureur, jusqu'à la rage : ^ecordare.

Or, puisque Dieu fera servir jusqu'à ses grâces pour louimenlcr le pécheur, jugez de là ce qu'il aura à souffrir, ce pécheur réprouvé, du souvenir el de la vue de ses cri-

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on VTEURS SACRES. COURDALOUE.

Soi

mes, dan! la propriété la plus nalurelk' csl de (ievoiiir le supplice de ceux mêmes qui les ont commis. Non, non , dit saint Clirysosloine, il ne laudra point de démons, point <le spectres pour faire de l'enfer un lieu de tourment. Ce que chacun y apportera de crimes, voilà lesdémons auxquels il sera livré. Ces impuretés abominables, cis injustices énormes , ces profanations des choses saintes, ces mépris déclarés de Dieu, ces haines invétérées contre le prochain, ces perfidies et ces trahisons , ces artiOces de l'hypocrisie, ces scandales de l'athéisme, ces emportements de la vengeance, ces raffinements de la médisance, ces noires impostules de la calomnie, tant d'autres iniquités dont je ne puis faire le dénombrement, ce sont là les monstres qui invc'^tiroiit le réprouvé, qui l'assiégeront, ([ui le saisiront des plus vives frayeurs.

Et il n'est pas absolument nécessaire d'è- Ire chrétien |)our être persuadé de ce (lue j.' dis, puisque les payens eux-mêmes l'ont reconnu et qu'ils en ont fait la matière de leurs fables. Or, ce que nous appelons leurs fables, comme remar(iue fort bien saint Augustin , n'était au fomi rien autre chose que les mystères les plus sublimes de leur théologie, et les priniipes les mieux établis de leur morale. Ils ne les propoviient aux peuples que sous des fictions ; mais ces fictions renfermaient la même vérité que la foi tious enseigne; et malgré le libertinage des athées (|ni va eut aujourd'hui parmi nous, ces iufi- (lèles du paganisme nous rendent un témoignage tout conforme à celui des prophètes et des apôtres ; savoir : qu'il y a un enfer et (ju'une des grandes peines de l'enfer sera d'avoir pcclic et de s'être souillé de crimes dans la vie : Itccurdare.

M, lis ces crimes ne seront plus : il est vrai, reprend saint Bernard, ils ne seront plus dans la réalité de leur élre ; mais ils seront encore dans la pensée et dans le souvenii-. Or, c'est par le souvenir et par la pensie qu'ils feront souffrir une âme réprouvée de Dieu : Transierunl a manu, sed non Iransierunt a mente (Bern.). Ils ne seront plus , ajoute ce Père, mais ils auront été , cl il ne sera plus au pouvoir ni du pécheur ni de Dieu même, (juils n'aient pas été. Or, ils ne tourmentent ni dans l'enfer ni sur la terre, (lue parce qu'ils ont é!é ; et de là vient qu'ils tourmentent lors même qu'ils ne sont plus, ou plutôt qu'ils ne counnencent à tourmenter que quand ils ne sont plus. VA parce que n'èlre plus et avoir été, sont deux ternies infinis qui égaleront l'élernilé de Dieu, et qui subsisteront, dans leur manière de subsister, autant que Dieu sera Dieu , ces crimes, qui ont été cl qui ne seront plus, auront, s'il m'est permis de parler ainsi , une activité éternelle dans l'enfer pour tourmenter le réprouvé. Ils ne l'ont contenté qu'un moment pendant qu'il les commettait, et ils le tourmenteront éternellement <inand il m; les commettra plus : pour(]uoi ? belle raison de saint Augustin : parce (jue chaque clio-^e, dit-il, agit selon l'étendue de sa durée. Or,

le présent qui f,.il le plaisir du pécheur, combien est-il présent? un instant et rien davantage ; et voilà pourquoi le pécheur l'a si peu goûté; au lieu que le passé qui le tourmentera sera toujours passé, et que, comme passé, n'ayant point de fin, il faudra par une nécessité indispensable qu'il se fasse toujours sentir: In (rlernuin ertjo nccesse est crnciet, conclut admirablement saint Bernard , r/iiof/ in œlernitm le fecisse nwniineiis {Bern.). Voyez, poursnil-il, ce qui arrive lous les jours à une âine innocente, lorsque, par une fragilité malheureuse, elle vient à oublier Dieu et à s'oublier elle-même. Cette femme avait de l'honneur, elle avait aimé jusque-là son devoir ; mais enfin une poursuite opiniâtre l'a fait succomber. Quel repentir, (inelle douleur, quelle confusion de sa lâcheté, quelle horreur de son crime! i;ile voudrait le pouvoir racheter aux dépens de mille vies ; cl si la chose était encore au point d'en délibérer, il n'y aurait [loint de mort qu'elle n'acceptât , plutôt que de donner un si criminel et si honteux consentement ; mais il n'y a plus de retour; et toujours il sera vrai qu'elle s'e»l abandonnée à l'infamie et à l'opprobre du péché. \'oilà ce qui produit et ce qui entretient dans elle ce fond d'amertume (|Uelle porte queliinel'ois jusqu'au tombeau. Voyez ce (jui arrive à un homme emporté, lorsciue , dais l'ardeur de sa passion , il commet une action noire, un homicide, un assassinat. A peine a-l-il fait le coup (lue son esprit se trouble, ((ue son sens s'égare, ([u'il n'a plus de paix, presque (dus de raison. Oue ne ferait-il pas, que ne donnerait-il pas, que ne serait-il p :s prêt à endurer pour être encore à commettre ce qu'il a commis el ce qu'il n'est plus en étal de réparer? Or, ce n'est là qu'une ligure et qu'une ombre de l'enl'er, parce que, d'avoir péché sera quelque chose d élern( I, il laudra , par une dure, mais juste loi , que le tourment le soit aussi et que l'âme soit inallieurense pour jamais , parce qu'elle ne cessera jamais de se souvenir (|u'elle a été un moment coupable : Nam eisi facere in Ivmporc fuit, scil fecisse in wlcrntim mnnel ( Ibid. ). Qui serait bien pénétré de cette pensée, de quel œil envisagerait-il le péché el qu'épargnerail-il pour s'en préserver?

Ajoutez que les crimes de la vie et tant de désordres se présenteront tous à la fois auï yeux ilu réprouvé , el tous à la fois le tourmenteront. Il ne les a commis que par intervalles el par succession, aujouril'hui lun, demain l'antre ; s'il y a donc senli quelque douceur, ce n'a été ((ue par parties ; mais, dans son tourment, il n'y aura ni succession ni partage; Dieu le ramassera tout entier dans cha(|ue instant, et ces crimes qui, considérés comme présents, se trouvent dispersés dans une longue suite de jours, de mois, d'années, se réuniront tous dans le pas^é, parce qu'il sera vrai, en même temps, du dire (ju'ils sont tous pjissés. Ainsi tous, par une vertu indivisible, ils concourront à l'effet ma'bcureux de la damnalioii. Or, iinasi-

CAliKME. SKUMON \1V. SUR L'KM'UK.

IK'Z-VOUS CO liu'ils fl'lDlll lOUS IMIMMllblt',

puisqu'un seul sullirail pour roiiniT ri'iilcr. Ail ! clircticns , ne vous icbuloz p;is de la supposition que je vais faire : pcul-élre liiesscra- t-i'lle la iléliralesse de vos esprits; mais plût à Dieu que par là même elle pût >ous inspirer une sainte horreur de la eorcuplioude vos rœuis.Si l'on venait à remuer une eau bourbeuse et dormanle, et (ju'eiposant (levant vous tout<'s les immondices qu'elle renferme, on vous l'orcjàt à eu soutenir toujours la vue, ce serait pour vous non pas un 'spectacle, mais un supplice, mais un martyre aussi rigoureux qu'liumilianl. Or, telle, et bien plus insoutenable encore, est la peine que Dieu réserve , dans renier, à une âme, par exem|)le, sensuelle et impudique. Il lui fera voir du mcMue coup-d'œil tout ce qu'il V a eu dans elle, par la concupiscence de la chair, de plus sale et de jilus infect. Consenlemenls secrets, désirs criminels, espérances conçues , occasions clierchées, eomuierces scandaleux, entretiens lascifs, libertés , regards, dissolutions, moliesses, il lui rendra tout cela [iré^ent ; et, la fixant à cet objet dont rien ne pourra plus la détourner : Regarde, lui dira-t-il à chaque moment de l'éteinité, \oilà les suites de ton inconlinciice , voilà ce iju'a produit ton cœur.

Que concevez-vous de plus intolérable que ce monstrueux amas d'impuretés '.' Jugez-en par ce que nous éprouvons dans ces revues plus générales et plus exactes de nos consciences. Ouel'c lionle, quand tout à coup «elle innombrable multitude de péchés se développe devant nos jeux'? Mais si celte lionle, toute surnaturelle et toute divine <iu'elle est, si celle houle, lors même qu'elle est l'effet de la grâce, lors même qu'elle est le principe de noire réconciliation avec Dieu, nous tient lieu néanmoins de peine, et d'une peine que nous cherchons laiil à éviter, que sera-ce de la honlc des réprouvés et du sentiment qu'ils en auront? Ah! Seigneur, s'écriait David dans la ferveur de sa pénitence, je ne puis plus vivre, et je suis hors de inoiniénie quand je considère mes iniquités et que je les vois multipliées à l'infini : j'en suis ému jusque dans la moelle de mes os : Non est pax ossibus mets a facie peccaluntm meorwn [Ps. XXXVII). Celait un roi, chrélii'iis, et un roi dans la prospérité, un roi élevé au plus haut point de l.i lehcilé humaine; cependant il était troublé , il était saisi , il était consterné à la vue de celle affreuse scène qui lui retraçait ses égarements el ses désordres. Concluez donc quel sera l'etal d'une âme qui enlevée delà terie, et d'ailleurs baunie du séjour de la béatitude céleste , se trouvera comme toute recueillie dans le souvenir de son péché; aura incessainment celle pensée : J'ai péché; se dira incessammeul à elle-même : J'ai péché, el y pensera, et se le dira, sans jamais le pou- >oir détruire, ce péché qu'elle haïra, qu elle abhorrera comme la source irremédiabic de son malheur.

El vo;là nuire leçon, chrétiens. Le niauv.iis ()UiTELi-.s sAcr.i;;. Xl\'

riche souhaita que ses frères, encore vi vants sur la terre, pussent an moins prohler deson exemple. Dieu ne le voulut pas. l'eiiiêlre s'étaieiit-ils rendus imlignes de celle grâce, el peut-être un des plus grands cliâlimenls que Dieu exerça sur eux fut de ne leur pas faire savoir le funeste état de leur frère dans l'enfer. Mais ce que Dieu ne leur accorda pas, il nous l'accorde aujourd'hui : il veut que l'exemple de ce réprouvé nous instruise, (pie sa folie, pour ainsi dire, fasse noire prudence, et que le regret qu'il ressent du passe nous serve à réformer el à sanclilier le présent el l'avenir. Il est vrai (jue Dieu ne nous envoie pour cela ni Lazare ni aucun des morts , parce qu'il prétend que sa parole écrile dans son llvangilc, cl annoncée par ses ministres, doit êlre plus convaincante et plus infaillible pour nous que le rapport de Lazare el celui de tous les morts.

Nous nous (iguron-. queliiuefois que la résurreclion d'un mort el la parole il une âme revenue de l'enfer serait d'un grand poids pour faire impression sur nus esprits et pour nous convertir. .\bus, ehiéliens! el puisque nous n'écoutons ui Moïse, ni les pr(q)hèlcs, c'est-à-dire ni la parole de Jésus-Christ, ni celle de ses predicaleurs, nous Irouverion.s bien encore des raisons pour conlester el pour rejeter tout autre témoignage ; outre qu'il n'est pas de la providence de Dieu d'user de ces moyens exlraordinaires, tandis que nous en avons d'autres qui peuvent suffire. C'esl de là, dit sailli Augustin, que Dieu n'a jamais fait de miracle pour confondre l'athéisme ; parce que ralhéisme esl plus que suriisimmeiit confondu par la voix de toute la nature. Ainsi, il se contente pour noire inslruclion de nous donner l'exemple du riche réprouvé. Mais que faisons-nous, mes chers auditeurs ? a|)pliquez-vous, s'il vous Iilaît, à cette morale. Bien loin de proliler de cet exemple, nous ne proliions pas même de notre propre expérience ; car, dès cette vie, nous avons une expérience sensible du repentir des damnés : el quelle esl-el!e ? le trouble el le remords du péché dès que nous l'avons commis. Trouble, remords, image loul à la fois el peine de l'enfer. Car qu'estce que ce remords du péché, cette honte (juc l'on en conçoit, ce reproche que l'on se fait à soi même et malgré soi-môme, celle peine à souffrir qu'on nous le fasse d'ailleurs , qu'esl-ce que cela ? sinon une voix secrète qui nous dit qu'il y a un enfer et que déjà nous le portons, en quelque sorte, audedans de nous-mêmes. Mais voici notre désordre, chreliens : pour pécher plus librement et plus impunément , nous làciions à nous défaire peu à peu de cet enfer anticipé et, si j'ose ni'expiimer ainsi, de cet enfer temporel qui lourmente nos consciences , mais qui pourrait être pour nous un enfer salutaire, en nous pieservani de l'enfer éternel. C'est-à-dire que nous elouiloiis eu nous le remords du péché, qui, selon sainl Chrysostonve,est comme une deinière grâce dans l'ordre de la oréd^blinalion cl du salul ; gi (Dix-huil J

Or.ATELRS SACRES. DOLUDALOLE.

pirco que ce remords est inséparable de l'idée d'un Dieu, de l'idée d'une Providence, «le l'idée d'une vie immortelle ; je veux dire parce qu'il est impossible de croire un Dieu, de croire une Providence, de croire une vie immorleile, cl de ne pas sentir ce remords, pour nous affranchir de ce remords , nous tâchons à nous aveugler sur ces points capitaux de la religion ; du moins nous lâchons à en douter et à ne les croire qu'à demi ; car il en faudrait venir là pour trouver la paix dans le péché; mais nous avons beau faire des efforts, nous avons beau raisonner et disputer, ce ver du péché ne meurt pas pour cela , et, dès cette vie même , nous n'aurons jamais l'avantage de nous en être absolument délivrés. 11 y aura toujours des heures et des temps où il reviendra tout de nouveau nous piquer: ce sera au milieu de nos plaisirs et dans les moments les plus doux en apparence. Des millions d'autres plus déterminés et plus impics que vous en ont fait mille fuis et en font tous les jours la triste épreuve. Que disje ? les souverains mûmes et les monarques de la terre ne peuvent l'anéantir. Ils se détendent de tout, mais ils ne sauraient se défendre d'eux-mêmes, et leur péché monte avec eux jusque sur le Irône pour les persécuter. Déplorable condition, mes frères, que celle du pécheur, puisqu'en quelque état qu'il se trouve, soit dans le terme de la réprobation après la mort , soit dans la voie qui y conduit pendant la vie , son péché est partout pour lui un enfer inévitable. Mais quel remède ? Je vous l'ai dit , c'est de bien ménager dés à présent ce remords du péché, dont le mauvais riche ne peut plus faire un bon usage; car c'est de ce remords, si nous le voulons . que dépend notre conversion. Que fais-je donc , chrétiens , si je suis fidèle à la grâce'? au lieu d'étouffer ce remords du péché , comme l'impie et le libertin , je le réveille, nu contraire, je l'excile en moi par de fréquentes cl de solides réllcxions. Ce (juc feront éternellement les damnés par une nécessité rigoureuse, en considérant toujours, malgré eux , les suites funestes de leur péché, je le fais par une sage précaution. Je repasse tous les jours devant Dieu, dans l'amcrlume de mon cœur, comme le s:iint roi l'I/échias, le nombre de mes années ; licco- (jilnbo tibi annos mcos m iimiiriliidinc (iniinœ tncœ ( Isai., W XVllI ) Je dis à Dieu : Ah ! Seigneur, si mon péché me fait maintenant tant de peine, que serait-ce dans l'enfer? Je ne me contente pas île cila : je demande à Dieu ce rcnmrds comme une des grâces les plus spéciales (ju'il puisse donner à ses élus quand la passion les a précipités dans l'abîme du péché. Je le prie de me reprendre, non pas dans sa colère , mais selon cet esprit de miséricorde, iini n'est pas seulement le consolateur, mais le censeur du monde, ( t (lui, comme censeur, en devient le réformateur ; Arfiucl muiuhim de pcccalo [Joan., c(ip. W'I ). Jc vais encore plus avant : j'anticipe ce remords , je raisonne avec inoimôuic, et je me demande : Quel fruit tirerai-

jo de ce péché? quand je l'aurai commis, voudrai -je l'avoir fait? et que m'en restcra-t-il autre choseque le remords et la confusion? pourquoi donc faire maintenant ce qu'alors je voudrais n'avoir jamais fait? C'est ainsi que je m'instruis , que je m'encourage à tenir ferme contre les tentations du monde et delà chair, à résister dans les occasions les plus dangereuses et dans les moments les plus critiques, à ne ménager rien pour me garantir de cette affreuse damnation, où le réprouvé n'a pas seulement à souffrir du passé par le plus mortel regret, mais du présent par le supplice le plus douloureux. C'est la seconde partie.

SEC0>Di: PARTIE.

Un des souhaits de saint Iternard , et ce qu'il demandait avec plus d'anleur, expliquant ces paroles du prophète : Descendant in infcrnum vivenles { Psnlm. , LIV), celait que les pécheurs descendissent en esprit el par la pensée dans l'enfer ; ne doutant pas que la vue de cet affreux séjour et des lourmenls qu'on y endure, ne dût faire la plus vive impression sur leurs cœurs, etconvaincu qu'il n'y avait point de moyen plus assuré pour ne pas tomber, après la mort, dans ce lieu de misères , que d'y descendre souvent par la réllexion pendant la vie : Descenddnt in infernum vivenles, ne descendant morienles {Ùern.). Mais, pour l'entier accomplissement du souhait de saint lîernard , il faudrait, chrétiens , que nous y pussions descendre avec les mêmes connaissances et, s'il était possible , avec la même expérience que les damnés , afin d'en pouvoir juger comme eux et d'en tirer au même temps des conséquences qui leur sont désormais inutiles, mais qui nous peuvent être encore si salutaires. Car, de descendre en esprit dans l'enfer avec des lumières aussi faiblesque les nôtres, avec une imagination aussi dissipée que la nôtre , surtout avec une insensibilité pour les choses do Dieu aussi prodigieuse que la nôtre , c'est presque faire sans fruit ce que saint Bernard se proposait comme un des remèdes les plus efficaces pour nous ramener lie nos égarcmenls et nous corriger de nos désordres. .Mi I dit saint Augustin, qui pourrait maintenant comprendre ce que comprend un damné? qui pourrait avoir dans une profonde méditation les mêmes idées qu'il a de son état présent au milieu des flammes? Tâchons de les avoir, chrétiens; et puisque ce n'est pas encore assez pour nous de descendre spirituellement dans l'enfer, entrons dans les senlimenls d'une àmc réprouvée , substituons ses lumières aux nôtres, cl reconnaissons combien c'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant: Uorrenditm est incidere in nianus Dci vivenlis [llebr., X). Que fait-elle, cette âme malheureuse, ou en quel élat cstellc ? elle se voit séparée de Dieu, elle se voit au milieu d'un feu dont elle est la triste viciime. Double peine : l'une et l'autre parfaitement représentées par Jésus-Christ dans le riche de l'I'ivangile.

Kllc se voit séparée de Dieu : voilà l'esson-

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CAKF.MF. SF.r.MON \1V. SI T. I/FNFFR

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tii'l ot comme le fond ilc sa ri'probalion : h'ietHins aulem oculos suos cwn essel in tormcnlis, vidit Abraliam a longe, et l.nznrum in >.inuejus i^Luc, XVI). Ca'. ric-lie, dil le Siu- \eur (lu iiKMide. dii lieu de son liiirnicnt levant les yeux. a|ieieul de loin Abraham et Lazare dans son sein. Il le voyait, ce saint patriarche , dans un éloif;nement inlini : A ,i>n(je; et c'est ce (jui le désolait. Il s'en voyait séparé par un chaos, c'est-à-dire par une va;-te dislance ; lellement ((u'entre .Xhrahain et lui il ne pouvait plus y avoir nulle enniinunicalion : Mwjtnun chaos intcr vos et nos firmatwn esl (Iliid-); et c'est ce qui le désespérait. Or, s'il se voyait si loin d'.M)raham, il se voyait encore, dit saint .\nibi'oise, bien plus éloigné de Dieu : Si Abraham a longe, qunntu longius a Ih'o [Ambr.] ; et celle séparation de liieu clail bien encoreun autre supplice pour lui.

Car, qu'est-ce que d'élre séparé de Dieu? Ah! eliréliens, quelle parole! la comprenezvous? Séparé de Dieu, c'esl-à-ilirc privé absolument de Dieu. Séparé de Dieu, c'esl-àdire condamné à n'avoir plus de Dieu, si ce n'esi un Dieu ennemi, un Dieu vengeur. Séparé de Dieu, c'esl-à-dire déchu de tout droit à l'éternelle possession du premier de tous les êtres, du plus excellent de tous les élres, du souverain Kire, qui est Dieu. Peine, dil saint Bernard, qui ne se peut mesurer que par l'infinité de Dieu, puisque cette peine est la privation de Dieu même, et par conséquent qu'elle est grande à proportion que Dieu esl grand : H<ec enim lanln pœnn, gnan- Ins ille {licrn.}. .\insi, comme Dieu disait ta un juste , dans l'Kcriturc : £ro mo'ces tua tniignn nimis {Gencs. XV) : c'est moi-même qui serai ta récompense: et je la serai en me (humant à toi, parce que je n'ai rien de plus grand ni de nuilleur à te donner que moimême : il pourra dire à un réprouvé : C'est moi-même qui serai lim supplice; et je le serai en l'éloignant de moi, car je n'ai rien, dans les trésors de ma colère, de plus formidable que cet éloigncmcnt et cette enlière séparation de moi-même. En effet, chrétiens, ces trois pensées que le réprouvé aura toujours présentes: Dieu n'est plus à moi, et je ne suis plus à lui; Dieu n'est plus pour moi, et je ne suis plus pour lui; Dieu n'est plus dans moi ni a\ec moi, et je ne suis plus dans lui ni avec lui : ces trois affligeantes pensées ne seront-elles pas capables de faire son enfer? Or, c'est ce qui se vérifiera, ce qui s'accomplira dans autant de créatures que Dieu en reprouvera. Du moment que Dieu prononcera à une âme ce redoutable arrêt : Relirez-vous, il se dépouillera, pour ainsi dire, de tous ses droits sur elle, hors ceux que la nécessité de son domaine ne lui permeltra pas d'aliéner; cl celle âme, si je puis encore parler de la sorte, perdra elle-même tous ses droits sur Dieu. Ame, non-seulement indigne de le posséder, mais indigne même de lui appartenir. Dieu la répudiera, souffrez celle expression, et elle répudiera Dieu ; et, dans ce divorce mutuel, elle trouvera la consommation de son malheur. Dés celle vie,

ce terrible mystère de la perle d'un Dieu c():iimenre déjà dans la per-onne des pécheurs; Dieu et l'âme par le péché se séparent, et se séparent jns(iu'à se renoncer l'un l'autre: Voca nnniin rjas.vnv pnpnitts meus {Osée I). Prophète, disait Dieu, n'appelle plus ce peuple mon pruple; il a cessé de l'être; et la (]ualilé que tu dois désormais lui donner, c'est qu'il ne l'est plus : Voca nomen ejiis, non populus mens. A'oilà son nom el le carartèrc qu'il portera; car, dès (|u'il m'a oublié pour suivre des dieux étrangers, il m';\ renoncé comme son Dieu , cl je le renonce [lour mon peuple : Qnia vos non populus meus, et ego non ero rester.

l'A ce langage est si ordinaire à Dieu dans les saints li\res, <|ue quand les Israélites, par une monstrueuse idolâtrie, eurent sacrifie au veau d'or dans le désert. Dieu, ému de colère et irrité contre eux , n'en parla plus à Moïse que dans ces ternies : Vade, descende, peccavii populus luns (Exod.WX). \'a, .Moïse, descends de la montagne, el lu verras le crime que Ion peuple a commis. Prenez garde, chrétien':, Dieu les appelle le peuple de Moïse, et non le sien; comme si ce peuple n'eût plus été à lui, ni lui à eux, depuis qu'ils étaient tombés dans l'infidélité. ]\lais ces paroles, dit saint Chrysosiome, qui ne sont, pour ainsi dire, que comminaloires dans celle vie, el qui tout au plus n'ont qu'une partie de leur effet, puisqu'elles n'ôtent pas à une âme l'espérance ni les moyens de réparer la perle qu'elle a faite, s'accompliront enlièrcmenl et à la lettre dans un réprouvé. Plus d'alliance entre Dieu et lui ; plus d'union : comme si Dieu lui disait : Ton libertinage l'a fait souhaiter de n'avoir point de Dieu, tu n'en auras jamais : lu n'as pas voulu connaître Ion Dieu, lu ne le verras et lu ne le connaîtras jamais : lu ne l'es pas mis en peine de chercher Dieu quand tu le pouvais trouver, lu le chercheras, et tu ne le trouveras jamais ;el ce qui faisait ton impiété, c'est ce qui fera désormais ta peine : quand Dieu voulait être à loi, lu lui as dil insolemment que tu ne voulais point être à lui maintenant que lu voudrais être à lui, il le déclare pour jamais qu'il ne veut plus être à toi. Or, lequel des deux esl le plus désolant pour une âme, ou que Dieu ne soit plus à elle, ou qu'elle ne soit plus à Dieu?

Mais je me trompe , chrétiens : toute réprouvée qu'elle est, elle sera encore à Dieu et Dieu cà elle. Dieu lui sera encore inséparablement uni, cl elle à Dieu : mais c'est cela même qui doit faire son malheur. Si elle pouvait être tout à fait privée, lout à fait séparée de Dieu, elle ne serait malheureuse qu'à demi. Le comble de sa misère sera d'en être privée d'une façon, ri de ne l'êlrc pas de l'autre; d'en être séiiarée d'une f.K^on, et inséparable de l'antre : privée de Dieu en tant que Dieu était l'objet de sa félicité, et pénéirée de Dieu en tant que Dieu sera le sujet éternel de ses plus violents transports; c'est ce qui la consternera. Dieu la renoncera en qualité de père, en qualité d'époux, en qualité de prolecleur, en qualité de der-

OUATLIUS SACRES. LOLIUDALOL'E.

nièrefiii; c'est-à-ilirc d;uis toutes les qualiîésqui le rendciil bienfaisant, doux et aimable : el il s"alluclifra à elle en qualité d; juge, en qualité d'ennemi, en (lualilé de vengeur, en qualité de |iersécutenr; c'est-à-dire selon tontes les qualités qui le rendent, tout Dieu qu'il est, non-seulement sévère et redovitabie, mais dur el impitoyable. Ue là donc celte âme sera doublement malheureuse : tnalhcurcuse d'a-.xiir encore un Dieu, et uialiieurcuse de n'en avoir plus ; d'avoir encore un Dieu conjuré, déclare, armé contre elle, el de n'avoir plus de Dieu favorable, propice el miséricordieux pour elle; d'avoir encore un Dieu pour exciter sa haine et ses |ilus luorlelles aversions, el de n'en avoir plus pour contenter ses désirs el ses plus ardentes inclinations. Car, ce sera là son grand supplice, de sentir élernellemcnl que Dieu l'avait créée pour lui-même, et qu'elle ne pouvait être heureuse (ju'en lui el que p.ir lui, cl de ne recevoir éternellement de Dieu que des rebuts cl des mépris, de ne trouver éternellement, entre Dieu et elle, qu'une insurmontable opposi'.ion. Elle estimera Dieu malgré elle, et elle aura une inclination naturelle pour lui, el cependant elle le haïra ; elle l'estimera tel qu'elle ne le possédera jamais, et elle le haïra lel qu'elle l'aura toujours présent. Or, ce conilit d'estime et de haine, de désir el d aversion, d'éloignement cl de poursuite à l'égard du même objel, c'est, chrétiens, ce que nous apjielons l'enfer. Après cela, je voudrais en vain m'étendrc sur les peines sensibles dont cette séparation de Dieu doit être accompagnée, et dont les prédicateurs ont mille fois tâché, mais inutilement, de vous faire comprendre l'horreur. En vain je voudrais vous représenter ce feu qui, d'une manière non moins véritable qu'elle est surprenante, exercera sur les esprits ei sur les corps toute son activité, ainsi que parle saint Augustin : Mais, sed vois modis {Aufj.); ce feu qui force encore maintenant le m.iuvais riche à pousser ce cri lamentable : Cnicior in hac fluminu (Luc. XVI), el sur quoi il n'y a point de réprouvé qui ne puisse dire, avec bien plus de raison que Job : Mirabiliter me crucias { Job. X ). Ahl Seigneur, faut-il que vous fassiez môme des miracles pour me tourmenter, el que, forçant les lois de la nature, vous donniez à un être matériel, pour en faire l'instrument de votre vengeance, la \erlu d'agir sur une substance spirituelle'' Si je vous disais, chrétiens, que tout ce qu'il y a dans le monde, el tout ce que noire imagination se peut (igurer de plus affreux, que tout ce que la cruauté des tyrans a jamais su inventer, que tout ce que la patience des martyrs a été capable d'endurer, (jue tout cela n'est pas l'omlire de ce feu; c'eslà-dire que les douleurs lej plus aigués, que les supplices les |dus leats, que les tortures, les gènes, les genres de mort les plus inouïs, comparés à ce feu, ne méritent pas môme le nom de lourmenls: Quœcumquc hotnincs patiuntur in hac viUi, in coiuporalionc liujus iijnis, non parva, scd r.ulla sunt [Aug.]; je ne vous dir;!is ri;'n ijui;

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ce qu'a dit saint Augustin , dont j'ai emprunté ces paroles. Je ne vous dirais rien que ce qu'a dit saint Jérôme sur celte terrible menace de Dieu à son peuple : Stillabit furor meus super locum istum ( 11 Parai. XXXIV). Je ferai dégoutter ma fureur sur la terre : car, reprend ce Père, que sera-ce donc quand il répandra dans l'enfer toutes les pluies de sa colère, cl qu'il la fera tomber comme un lorrenl? Si lanla est slilla, qiiid cril de totis imbribns ( Hier.) 1 Je ne vous dirais rien que ce qu'a dit Pierre Damien, au sujet de ces fléaux dont l'I'^gypte fut affligée. Car, Selon la belle remai([ue de ce savant cardinal, ce n'était ( neore alors que le doigt de Dieu qui frappait les Egyptiens : Diijilus Dci est hic {F.xod. ^'ÎI1); mais ce sera le bras même de Dieu el tout sou bras qui frappi>ra les réprouvés : Tola dirinilalis dexlera pcr- €uliuntur [l'ctr. Dam.). Je ne vous dirais rien ([uo ce qu'ont dit tous les autres comme eux ; el leur autorité, surtout une autorité si constante et si unanime, quand nous n'aurions point d'autre preuve, devrait bien nous suffire pour renoncer à tout ce que le libertinage du monde oppnse ou prétend oppose.'' à une vérité si solidement élahlie.

Mais je laisse tout cela, chrétiens, pour f lire avec vous une réflexion d;inl je pourrais me promettre les plus grands effets, si elle entrait une fois dans vos esprits. Voilà ce que la foi nous enseigne: un feu éternel, une èlcrnellc séparation de Dieu, voilà ce que toutes les Ecritures nous annoncent. Ce qui m'étonne, el ce qui serait capable de me troubler, si les mêmes Ei ritures ne m'en découvraient le mystère, c'est qu'une vérité si louchante nous touche si peu, cl que, parmi ceux à qui je parle, il y en ail peut-être qui jamais n'en ont encore été bien touchés. Ce qui m'étonne, c'est qu'étant si délicats, si amateurs de nous-mêmes, si sensibles à la douleur, ce feu que la colère de Dieu allume pour punir nos crimes, ne fasse sur nous {jue les plus faibles impressions. Ce qui m'étonne, c'est que, no pouvant ignorer (jue la perte de Dieu est notre souverain mal, et que cette perle de Dieu, irréparable dans l'enfer, dépend de la perle volontaire que nous en faisons dans cett:; vie, nous consentions tous les jours librement à le perdre; ((ue nous le perdions sans inquiétude , sans chagrin ; que nous le perdions même souvent avec joie, et que, de toutes les perles que nous faisons dans le monde, celle-là nous soit la plus indifférente. Ce qui m'éloane, c'est que la même foi qui nous dit qu'il y a un enfer où Ion brûle, cl où l'on est |)rivé de Dieu, nous dit encore qu'un seul péché nous expose à l'un et à l'autre, que Dieu n'a point de moindre vengeance pour le punir, que l'un el l'autre; cl que le péché néanmoins, et le péché le plus mortel, soit traité parmi nous de jeunesse, de fragilité excusable, el souvent même de jeu, de galanterie, de bel esprit et de belle humeur. Est-ce stuliidilé, cst-ee inadvertance, est-ce fureur, est-ce enchantement? Croyons-nous ce point iondameiita! du christianisme'' ne le croyons

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CARÊME. SEUMON XIY. SLR LKNFEn.

nous pas? si nous lo croyons, où est nnirc s.igessc? si nous ne le croyons pas, où est riDtre religion? Je dis plus; si nous ne le croyons pas, que croyons-nous donc? puisqu'il n'est rien de plus croyable, rien de plus forrnelicmcnl révélé par la parole divine, rien de plus solidement fondé dans la raison huuiaine, rien dont la créance soit plus nécessaire pour tenir les hommes dans le devoir, rien sur quoi le doute leur soit plus pernicieux, puisqu'il les porte à tous les désordres. .Mais, pour ne le pas croire, ou pour ne le croire qu'iniparfailement, en sommesnous plus à couvert? aurons-nous bien devant Dieu de quoi nous justifier, en lui disant : Je ne le croyais pas; sauverons-nous parla les conséquences de la chose? et si clic se trouve vraie, quoique nous ne l'ayons pas crue, où en serons-nous? Est-ce raisonner en hommes, que de risquer sur un tel sujet? que ne faisons-nous pas tous les jours pour éviter un mal incertain , par la raison seule de son incertitude? avons-nous fait un pacte avec l'enfer comme ces pécheurs dont parle le prophète ; ou avons-nous une démonstration et une évidence parfaite qu'il n'y ait point d'enfer? Ce que les impies allèguent pour le combattre, est-il comparable <^ ce qu'établit la foi? sommes-nous donc sages de quitter le parti de la foi, et n'cst-il pas, non-seulement le plus sûr, mais le plus plausible, mais le plus raisonnable? quelle peine plus naturelle pour une àme révoltée cimtre Dieu, que la perte de Dieu? quel rliàliment plus juste pour une âme senvuellc et adonnée à d'infâmes plaisirs, et défendus par la loi de Dieu, que le feu ? (Juo'quc ce tourment du feu, qui est le mal de la créature, soit en lui-même si affreux, a-t-il rien qui approche de la grièveté du péché, qui est le mal du Créateur? et n'est-il pas de l'ordre que le mal du Créateur soit vengé par celui de la créature?

Ahl chrétiens, c'est là-dessus qu'il faut aujourd'hui nous délerminer et nous déclari-r. David disait à Dieu : Seigneur, c'est par le feu que vous m'avez éprouvé, et ce feu dî votre justice m'étnnt appliqué par votre miséricorde, m'a tellcmeut purifié, qu'il ne s'osl plus trouvé en moi d'iniquité : Igné me exatninnsli , et non est invcnla in me iniqiiitas {Ps. XVI). Entrons dans ce sentiment, chrétiens, et expliquant ces paroles du feu de l'cnler, méditons-les bien. Avant que Dieu nous punisse par ce feu , ou plutôt de peur que Dieu ne nous punisse par ce feu, éprouvons-nous par ce feu nous-mêmes, examinons-nous nous-mêmes, afin de pouvoir dire à Dieu : Igneme cxaminasli, el non est inventa in me inirjuitns.Qnti le feu de l'enfer, dit saint Augustin, nous serve à exciter dans nous un autre feu, et ,i y éteindre encore un troisième feu, c'est-à-dire qu'il excite dans nous le feu de la charité, et qu'il y éteigne le leu de la cupidité. Quand l'esprit impur allume dans nos cœurs le feu de la concupiscence, interrogeons-nous nous-mêmes, domandons-nous a nous-mêmes, comiiie ce solitaire du désert, attaqué d'une viotcntc tentation : Eh bien !

chair de péché, chair voluptueuse et imniorlifiée, pourras-tu supporter l'ardeur de ces ll.iuimcs, à quoi tu seras condamnée pour tes idaisirs criminels? 11 n'y a point de passion dont cette pensée ne triomphe. Aussi que n'ont pas fait les saints, prémunis cl fortifies de cette réflexion? Ils ont, pour user de l'expression de saint Paul, arrêié toute la violence du feu : Fxtinxertint iinpeliim ignix {llebr., XI). Je veux dire, qu'au milieu dos scandales du monde où leur condition les tenait engagés, ils se sont maintenus dans l'innocence; que, malgré la corruption du monde, ils se sont conservés purs et sans tache; que la contagion du mauvais exempb; n'a pu rien sur eux. et cela parce qu'ils avaieiU en vue ce feu dévorant dont ils étaient menacés, et qu'ils voulaient éviter : Igne me examinnsti. Ne serait-il pas étrange qu'il fût moins actif pour nous, et qu'ayant f;iil de si grands miracles dans les saints, il n'eût pas la vertu de conserver notre cœur et d'en réprimer les désirs ?

Quand nous aurons une fois surmonté le feu de la cupidité, il ne nous sera pas difficile, avec la grâce, d'allumer dans nos âmes \" feu de la charité, ce feu sacré que Jésus- Christ nous a apporté du ciel, et qu'il est venu répandre sur la terre : Igncm veni mittere in terram {Luc, XII); ce H u dont il souhaite si ardemment que nous brûlions tous : Et quid tolo nisi nt accendatur {Ibid.)'! ce feu de l'amour divin, que nous ne pouvons guère , imparfaits et intéressés que nom sommes, entretenir dans cette vie, si le feu de l'enfer, par une crainte salutaire, ne sert à le conserver.

Craignons l'un, mes chers auditeurs, pour nous disposer à l'autre. Remplissons-nous de celui-ci, pour nous garantir de celui-là. Demandons souvent à Dieu qu'il nous embrase du feu de son amour, afin que nous ne ressentions jamais le feu de sa justice. En un mot, que l'enfer même, par un merveilleux effet, nous devienne un préservatif contre l'enfer. Il me reste à vous faire voir le malheur du réprouvé, par rapport à l'avenir, dans le désespoir où il est d'obtenir jamais grâce. C'est la dernière partie.

TROISlàME PAIiTIE.

C'est un instinct naturel à tous ceux qui souffrent, de chercher dans l'avenir la consolation et le remède du présent. Comme nous voulons toujours être heureux , et que c'est une inclination nécessaire, elle se souli( lit, ou plutôt elle nous soutient en quelque sorte nous-mêmes au milieu des plus grands maux. Nous nous faisons un charme de notre espérance, et ce charme adoucit la douleur qui nous presse. Quoique souvent il n'y ait rien dans le futur qui nous doive être favorable, nous ne laissons pas d'y envisager cent clioscs que nous nous figurons et qui ne seront jamais, mais qu'il suffit de nous figurer comme pouvant être un jour, pour y trouver de quoi repaître notre imagination. L incertitude même de l'avenir nous est utile, puisqu'elle nous donne droit d'espérer, nonseulement ce que nous espérons et ce ifue

OKATLUr.S SACUi:S. BOUKDALOUE.

nous alternions, mais te que uous n'espérons el n'attendons pas. Il n'en est pas ainsi des réprouvés dans l'enfer. Un réprouvé souffre, je ne dis pas sans espérance, ce serait trop peu, mais dans un désespoir actuel et perpétuel. Ce qui n'est pas encore lui sert de supplice et le rend plus malheureux que ce qui est : ou plutôt , ce qui est le touraienle, non-seulement parce qu'il e-t, mais parce (lu'il sera toujours ; en sorte que l'avenir est pour le présent un surcroît de peine qui l'aisril, qui y met le comble et qui fait le caractère propre de la réprobation; puisque, selon la pensée du docteur angéliqne, l'enfer n'est proprement enfer que par la vue el le sentimenl de l'avenir.

Voici donc ce qui accable l'âme réprouvéi; dans l'enfer, et ce que vous n'a\ez peut-être jamais bien conçu : c'est qu'elle désespère «l'obtenir jamais de Dieu aucune ^nâcc, quand elle le prierait toute l'élernilé ; c'est qu'elle désespère de llechir jamais Dieu par la pénitence, quand elle délesterait son péché toute t'élernité ; c'est qu'elle désespère, non-seulement d'acquitter, mais de diminuer jamais ses dettes devant Dieu par ses souffrances , quoiqu'elle doive souffrir toute reteruilé. Trois ressources immanquabUs dans la vie, mais absolument inutiles à un réprouvé , la prière , la pénitence , la souffrance. Nous eu «Tvons la preuve dans le mauvais riche. Que fail-il '? il prie. Oue demande-l-il? il conjure Abraham de lui' accorder pour toute grâce une goutte deau, luais cette goutte d'eau lui est refusée. Tous les interprètes conviennent qu'il y a de la parabole el de la figure dans celte circonstance, et que l'inlenlion de Jésus- Christ est de nous faire entendre par laque dans l'enfer il n'y a pins de grâce à espérer, ni de rédemption ; Quia in infcrno nulla est redcinplio [Offic. def.); que de cet océan de miséricorde et de bonté , qui est Dieu , il ne découlera jamais sur ces créatures infortunées une seule goutte pour les soulager, comme jamais il ne découlera sur elles une seule goutte du sang du rédempteur pour les sauver : pourquoi? parce que ce n'est plus le temps des miséricordes et du salut. Kn vain donc le réprouvé s'écriera-l-il éleruellement comme le riche de l'Kvangilc, non plus en s'adressanl à Abraham, mais à Dieu même : Miserere mei [Luc, XVI) : Ah ! ciel , un peu de relâche, un peu de compassion pour moi. Dieu, endurci contre ses cris, éternellement lui répondra , mais dans toute la rigueur de la lettre, ce qu'il répondait à son peuple : Qiiid clamas super coiitnlionc lun (Jerem., XXX)? Que servent ces plaintes et ces lugubres accents ? ils frappent mon oreille, mais ils ne vont point jusqu'à mon cceur : Insanabilis dolor tmis : H n'y a plus de remède ni de retour ; et si vous en voulez savoir la raison, elle est dans vous-même : Propler iiiiiltitudinem inii/uilalis tuœ , et prupter dura pcccata tua feti hœc tibi : C'est que vousmême vous avez été si longtemps insensible à ma voix ; c'est que vous-même vous m'avez kiissé mille fois appeler, sans vouloir m'enlendre ; c'est que vous même vous vous êtes

si outrageusement, si opiniâtrement, si ioi>stamment obstiné contre moi : Propler durit peccaCa tua. Ainsi s'accomplira cette parole de l'Hvangile, que Dieu n'écoute point les pé<licurs ; mais quels pécheurs ? non pas les péiheurs de la vie ; car, dans la vie, ils soiil toujours en étal de toucher le ca'ur de Dieu ; non |>;is les pécheurs pénitents ; car la pénitence lie la vie esl toujours toute-puissante auprès de Dieu ;mais les pécheurs impénitents à la morl el consommes dans leur péché, mais les pécheurs de l'enfer.

(Jue dis-je? el dans l'enler mê.iie n'y a-t-il pas une pénitence? Oui, chrétiens, et c'est là «lue la sagesse nous représente les pécheurs pressés de douleur , poussant des sou[)irs, versant des torrents de larmes. .\h ! ce ne sont pas ces effeis île la pénitence qui leur manquent, mais le principe qui la sanctifie; c'est-à-dire, et voici en deux mots tout le mystère de celle éternelle réprobation, c'est-à-dire qu'éternellement ils gémiront, qu'éternellement ils pleureront, «|u'éternellement ils feront pénitence, mais une pénitence forcée, une pénitence de démons el de désespérés. Or. une telle pénitence, dit saint Augustin, n'effacera jamais le péché : par conséi|uent, le péché subsistera toujours, et tant que le péché subsistera, ils seront toujours également redevables à la justice de Dieu, et exposés à ses vengeances. C'est ce qu'Abraham, du haut de la gloire, exprime au mauvais riehe par ce chaos insurmontable qui les sépare : Mai/num chaos iuter nos et vos firmatum est (£uc. XVI) ; en sorleque, de ce séjour bienheureux où repose Abraham, on ne peut plus tomber dans ce lieu de tourments où souffre le riche; el que, de ce lieu de tourments oîi le rii lie souffre, on ne peut plus monter à ce bienheureux séjour où Abraham goûte un repos inaltérable : pourquoi? parce que «lans l'un ou ne peut plus perdre la grâce, el que dans l'autre on ne peut plus réparer le pèche : L't qui vo~ lunt Itinc transire ad vos, non possint, neque inde hue transmearc {Ibid.).

Mais quoi ! toujours souffrir et, par de si longues el de si cruelles souffrances, ne rien acquitter ; cela se peut-il comprendre? Comprenez-le, mes chers auditeurs, ou ne le comprenez pas; la chose n'en est pas moins vraie, el ce n'en n'est pas moins un articlt; de viitre foi. Origène en voulut douter, et d'antres comme lui réduisirenl l'elernile malheureuse à un certain nombre de siècles. (',ar. (lisaient-ils pour soutenir leurerreur, il n'est ni de la boule ni de la justice d.- D.eu de punir toujours des créatures «[u'il a formées, el d'exiger pour les péchés de la vie, d'une vie si courte, une satisfaction «jui ne finira jamais. C'est ainsi qu'ils raisonnaient : mais moi, de leurs principes mêmes, je lire, avec Tertullien el saint Augustin, une conséquence toute contraire. Car Dieu esl bon : qui ne le sait pas? mais celle bonle, reprend 'rertullien, n'est pas seulement eu Dieu miséricorde, elle esl eucore sainteté. Or, une sainteté toujours subsistante esl toujours ennemie du i>éché ; et, par uue suite ueces-

505 CAUÈML. SLUMO.N \V.

sairc, elle doil loujours haïr le péclié, toujours poursuivre le pcdic, loujours iiuuir le péthé, si le péché dure loujours. Donc, puisqu'il n'y a rien diins l'enfer qui abolisse et qui détruise le péché, il n'y aura jamais rien qui enarrclelc chàlinienl. Dites le riiènie de la justice. Depuis tantde siècles le mauvais riche se désespère au milieu des flammes où il fut enseveli, cl s'écrie en se désespéraiil :rri(cior inhacflamma [LucW'l) : maiscequ'il disait il y a tant de siècles, il le dit encore, et toujours îl le dira, parce qu'il le ressent encore, cl que toujours il le ressentira. Oui, celle parole foudroyante et atterrante : yunc autem cruciaris (Ibid.) : Maintenanl vous éles tourmenté, il l'entendra toujours. Mainlcteiiant : J\'unc, que ce maintenant a d'étendue , puisqu'il embrasse l'élernite tout entière ! Nitnc : Maintenanl, c'est-à-dire aujourd'hui, et toujours; c'esl-à-dire demain cl toujours ; c'est-à-dire dans une année, dans un siècle, dans des millions de siècles, et toujours encore au-delà. Or, concevez, s'il est possible, quelle impression fait sur une ùme réprouvée un si afl'reux désespoir.

De vous donner une idée juste de celte élernilé, c'est ce que je n'enlreprends pas : et qui le pourrait'? plus on creuse dans cet abîme, plus on se confond, plus on se perd. Usez, tant qu'il vous plaira, de ligures et de comparaisons : sans tant de comparaisons cl de figures, je m'en liens à la foi ; et, saisi il'une frayeur salutaire, je me prosterne devant celte redoutable justice, qu'il est encore teuips de fléchir en noire faveur, mais que rien ne peut toucher après la mort. Ah 1 Seigneur, si jamais, et pour mes auditeurs et pour moi, j'aJ formé des vœux à votre autel, voici le plus sincère et le plus ardent; c'esl, mon Dieu, que volregràce nouséclaire, cl qu'elle dissipe en nous éclairant le charme qui nous aveugle. Tant de fois vous m'avez envoyé dans celle cour pour y annoncer vos divines vérités ; mais, de toules vos vérités, quelle autre dut plus exciter mon zèle'? J'y vois des mondains occupés du monde, possédés du monde, enchantés du monde. Je les vois enivrés de leur grandeur, idolàUes de leur fortune, amateurs d'eux-mêmes et esclaves de leurs sens. Je les vois désolés, consternés , comme foudroyés au moindre revers qui trouble leurs projets ambitieux et qui déconcerte leurs intrigues criminelles. .Mais, sur l'éternilé, nulle inquiétude, nulle altenlion : soit prétendue force d'esprit et impiété, soit confiance présomptueuse et témérité, soit oubli, négligence, aveuglement, quoi que ce soit, ils \ ivent en paix et sans alainies. Cent fois on leur a représenté l'Jiorreur d'une éternelle damnation ; mais ils nous écoutent comme les enfants de Loth, dont il est parlé dans l'Ecriture, écoutèrtnt leur père qui, de la part de Dieu, vint les menacer d'un incendie général. Il semble que ce soit un jeu pour eux : Yisus est eisiiuasi liidens ioqui [Gcncs. XIX). Dans la juste indignation qui nous anime, ne pourrions-nous pas, à l'excnplc de vos prophél's, vous

siii LiMi'iiŒn:. :6P

presser enfin. Seigneur, de vous faire eounaîlre cl de faiie éclater sur eux votre juslice"? mais, mon Dieu, nous nous souvenons que s'ils tombent une fois dans les mains de celte justice inexorable, rien ne les en pourra retirer; que s'ils se damnenl une fois, ou s'ils vous obligent une fois à les damner, c'est pour toujours ; et voilà ce qui réveille toute noire compassion. Nous sa\ons d'ailleurs que ce sont des âmes précieuses, que ce sont des âmes rachetées de voire sang, que ce sont des âmes appelées à votre gloire ; seront-elles éiernelletnent perdues pour vous, (j mon Dieu 1 et scrcz-vous éiernellement perdu pour elKs! c'est à quoi, mes chers auditeurs, vous ne pouvez trop pcTiser; et si vous n'y pensez pas maintenanl, quand y penserez-\ous ? Sera-ce au triste moment •lue vous commencerez à ressentir l'ardeur de ces flammes dévorantes ? mais que vous servira d'y penser alors; et n'est-ce pas, au contraire, dans celte pensée que vous trouverez, non plus votre salut, mais votre lourmcnt ? O élernilé ! pensée salutaire dans la vie, mais ()ensée désespérante dans l'enler. Si nous ne voulons pas, chrétiens, qu'elle soit le sujet de notre désespoir, faisons en le molif de noire pénitence? Au lieu de nous exposer à des peines éternelles, pour une félicite teinporellc, tâchons à mériter, par des peines temporelles, une félicité éternelle que je vous souhaite, etc.

SEUMON XV.

l'OUU LK IHM ANCUE DE LA TBOISIÈSIK SEUAI.NE.

Sur l'imiiurelé.

Cuni iiiuiiiiiiiliis siilriliis l'xitril ;;li lioinnie, nmbubt per luca ariJa, quiiTciis nijuieiii, el iioii iiiveiiil. 'i'iiiic Jicil : Ucverlar ni duimini iiilmiii iimie uxivi. El venlens inveiiil caiii vacaiili 111, scu|ii-. iiiiiiidalaiii, ut oi'iialaiii. lune \a'lil el assiiiiiit be|pioni alins S|ilrilussecuiii iu>quiorcb se, 1 1 in- Iranles liabilaul ilji.

Lorsque l'e^iiril impur al sorli d'un homme, il va pur ilei lieux urulea, ciierchwii du repus, el il it'iii iruuve point. Alors il dit : Je reluurnerui dans mu maison d'où je suis sorli ; el, à son retour, il lu trouve vide, baltiyée et oniée ; Il part wissilùl, el il i\i prendre uvec .msejil uuli es esprits encore plus méeluiidsque lui;itsrenlrenl dans cellt maison, el ils y hutileiil (S. Multlt.,cli. AU).

Sire, c'est une doctrine communément reçue el fondée sur l'Ecriture même, qu'il y a des dénions de plusieurs espèces ; et cette différence, remarque saint Grégoire, pape, vient des différentes espèces de péché où ces esprits de ténèbres ont couiume de nous porter. Il y a des démons d'orgueil, il y a des démons de vengeance, il y a des démons de jalousie et d'envie, il y a des dénions do, mensonge, d'illusion el d'erreur ; cl tous ont leur caractère parMculier, aussi bien que leurs fonctions propres. Celui qui nous est aujourd'hui représenté dans l'Evangile, est le démon d'impureté : cet esprit immonde , dont l'exercice est de souiller les âmes purifiées par la grâce de Jésus-Christ; et. toules spirituelles qu'elles sont, de les rendre toutes charnelles, en les infeclanl de la contagion de 1', urs corps ; Cuin immundus si)iriius exic-

«UAThUliS SACUtS. COUUDALOUE.

sfi.s

rit (il) homino (lilallli. Xîl). Or, le Fils fie !)is'u vont qu'entre tous les autres démons, MOUS ayons particuliércnienl horreur deceluiei, et c'est pour eela qu'il entreprend luimême de nous le faire connaître. C'est donc, mes chir-i audileurs, de cet esprit impur que je dois atijnurd'hui vous parler; et il est important de vous en découvrir la malignité, puisqui- le même s.iinl Gréf^oire nous assure que ce démon, ou plutôt que le vire qu'il entretient dins nos cœurs est la cause la pins tçénéral" de la damnation des hommes, et que c'est lui qui tous les jours fait périr tant de pérh(Hirs : If oc ninxime vitio pnicHtntur fjriius humrinicm [Grcrj.). Je vous en donnerai une idée dont vous ne pourrez tirer d'aulre onséqucuce, que de le délester et de vous en préserver. C;ir, en traitant celte mitiére, je nie souviendrai toujours que la parole du Seiî;neur, dont je suis le ministre, quoique indiç;ne, doit être une parole chaste, plus épurée que l'argent qui passe par le feu, et qu'on éprouve jusqu'à sept fois : Eloquia Domini, eloquia cnstn, arrjentinn irjtir exnminntum, prohnliim lerrw, pnr- (jniuni srpiiiplnm (/'s. XI). Plaise à Dieu que vos cœurs, aussi purs que celte divine parole, soient disposés à en profiter! c'est la grâce que je vais demander d'abord au Sainl-Ksl)rit, par l'intercession de la reine des viergi's : .-h'P, Mitrin.

Saint Thomas, parlant du ciraclère que nous impriment certains sacrcmenls de la loi de grâce, lui donne deux qualités, en quoi il fait consisler toute son e-sence. C'est, dit-il, et un signe spirituel, et une puissance spirituelle :Sign'!cidinnet pnlrstns (S. T/iotn.]: un signe spirituel, pour représenter dans nous les elYets invisibles du sacrement: et une puissance spirituelle, pour nous rendre capables d'opérer les actions propres du sacremcut. Telle est la doctrine de cet ange de l'Ecole. Or je dis. chrétiens, permelîez-moi de faire cette comparaison, ((ue linspurelé a pari'illement son caractère, mais un caractère de réprobation, et qu'en cela cet abominable pécliiiest une parfaite image de l'en- (er. C'est ce que j'entreprends de vous montrer dans ce discours; et, pour en faire d'abord le partage, je trouve que ce caractère de réprobation (]ue nous découvrons dans l'impureté, quoique infiniment opposé au caractère des sacrements institués parJésus- Clirisl, ne laisse pas de lui ressembler en deux manières : je veux dire en ce qu'il a tout à la fois, et la vertu de représenter, et la vertu d'opérer ce qu'il représente. Car je prétends qu'il représente dans l'homme l'état de la réprobation future : voilà sa première propriété ; et j'ajoute, si je puis m'exprinier de la sorte, qu'il opère dans l'homme cette même réprobation, en le conduisant à l'impénilence finale : c'en est la seconde propriété. En deux mots, impureté, signe de la réprobation, et principe de la réprobation. Signe visible de l.i réprobation, parce (|ue rien ne nous représente mieux dès celte vie l'état des reprouvés a|)iès la mort : vous le verrez dans la [ireiuièic [larlie. Principe eflj-

cace de la réprobation, pnrce qu" rien ne nous expose à un danger plus certain de tomber dans l'état des réprouvés après la, mort : je vous le ferai voir dans la seconde partie. Ce sujet est d'une grande étendue, mais d'une extrême conséquence. Je ne dirai rien qui ne soit pour vous une leçoiv salutaire , et qui ne mérilc toutes vos réflexions.

PnEMiÈRIÎ PARTlr.

Quatre choses, clirétiens, que nous marque ri^criture, expriment [larfailenuMit l'état d'une âme réprouvée dans l'enfer : les ténèbres cl l'obscurité au milieu d'un feu dévorant : Millile eiim in lenebras txleriores (Matlh. XXV) ; la confusion et le désordre dans le séjour de toutes les misères : Terrain miseriœ, vbi nultus ordn, sed sempilernus horror inhnbitat [Job. X) ; l'esclavage et la servitude du démon : Excal condcvutatitf, et diabolus stft n dexiris ejus (Psal. CVIII) ; enfin , le ver immortel d'une conscience cruellement et conlinuellemenl déchirée : Fcrmis eorum non morilitr {Marc. IX). Voilà l'idée sensible que le Saint-Esprit a prétendu nous donner d'une parfaite réprobation. Or, c'est ce que nous trouvons dès cette vie même dans l'impurelé. Car il n'y a point de pecbé, ni qui jette l'homme dans un plus profond aveuglement d'esprit, ni qui l'engage dans des désordres plus funestes, ni qui le captive davantage sous l'empire du démon, ni qui forme dans son cœur un ver de conscience plus insuiiportatde et plus piquant; et tout cela par une vertu qui lui est propre. D'où je conclus que ce péché est donc un signe manifeste (le l'elat malheureux de la réprobation ; en voici la preuve : appliquezvous.

Non, il n'y a point de péché qui jette l'homoK» dans un aveuglement plus profond, et saint Chrysoslome en apporte une raison bien évidente : P.irce que ce péché, dit-il, est un altacbement déréglé, et même un assujettissement biMiîeux de l'esprit à la cliair, et que par là il rend, pour ainsi dire, l'esprit tout charnel. D'où vient que saint Paul, en parlant d'un impudique, ne l'appelle plus absolument homme, usais homme charnel ; Animidis liomo. Or, de prétendre qu'un homme charnel puisse avoir des connaissances raisonnables , c'est vouloir que la chair soit esprit : et voilà pourquoi l'Apôtre conelut qu'un homme possédé de celte pa.ssi(m, (;ue!que intelligent qu'il paraisse d'ailleurs, ne connaît plus les choses de Dieu, parce qu'elles ne sont plus de son ressort : AniiiKdi^ homo non percipit ca quœ simt Dei (1 Cor. XI).

En effet, chrétiens, prenez garde à celle réilexion de saint Bernard, qui me semble également solide et ingénieuse : quand l'homme se laisse emporter à l'ambition, c'est un homme qui pèche, mais qui pèche en ange; pourquoi? parce que rambition est un péché tout spirituel, et par conséquent propre des anges. Quand il succombe à l'avarice et à la tenlalion de l'intérêt, c'est un homme (jui tiècbe, mais qui pèi lie en homme,

5fiJ f.AnfcMr. SEUMO.N \V. SL"n L"il!FlT.ETK. 57»

p.-irciMine l'nvarirc est lin (lérojïlomcnl (!c !.i qu'il j a d'otonnnnt, c"cst (ju'ils ciisspiil pu

convoilisp, qui ne convient qu'à riionime. (le la sorti', et en si peu ilo temps, (-(T.icer «ii?

Mii'is quand il s'atiaiulonne au\ sa'es ilésirs leur esprit toute la connaissance d'enx-nié-

(le la cliair, il I èche, et il pèche en. l>ole, par- mes. Mais, reprend saint Chrysostomo ,

ce qu'il suit le mouvement d'une pas>^ion comme la lumière est d'une nature à se ré-

prèdominante dans les liétes. Or, s'il pèche pandre en un moment dans l'immensité des

en héte, il n'a donc plus ces lumières de airs, et qu'elle en dissipe tout à coup tontes

l'esprit (]Hi le distin;;uiiit des hèles et (;ui le les ténèbres; ainsi dans un instant le péché

font apir en homme; il est donc réiluit à l'i- que je combats, ce péché p:rossier et charnel,

;;rtomiiiie de Nabuchodonosor, il est déi;radé couvre , pour user de cette figure, une Ame

do sa c<)ndilion, il c-t ménie au-dessous de des |dus noires ombres , et obscurcit toutes

la condition des bèies, puisqu'entre les bclos les vui's de la raison cl île la foi. et lui il n'y a plus d'autre différence, sinon C'rst de là, remarijue t'.lément Alexandrin,

qu'il est criminel dans son cmporicmcnt, ce que les poêles, qui furent les lliéolopions du

que les bêles ne peuvent être : Homo cum in paganisme , lorsqu'ils décrivaient les prati-

honore cnfel. non itïlcllrxit : rnmparnlu)i est ques honteuses et les infâmes commerces de

j'imrniif in<i)p>rn!il)ti!>, et similis farliis est il- leurs fausses divinités, ne les représentaient

lis (/'.«. XLN'lll). trest le raisonneinenl de j.imais dans leur forme naturelle, mais lou-

saiiit Bernai d. et l'espérience Icjusiilie tons jours déguisées, et souvent métamorphosée»

les jours. Car nous voyons ces hommes es- c.i béics. Pourquoi cela ? Nous les blâmons ,

clavcs d(' leur sensualité, au momeiil (|nc la dit ce Père, d'avoir ainsi déshonoré leur re-

|iassion les sollicite, fermer les yeux à tonti s ligion et outragé la majesté de leurs dieux ;

les eonsicleralions divines et humaines, ne mais, à le bien prendre, ils en jugeaient

convenir |)lus des choses dont ils étaient au- loieux que nous ; car ils voulaient nous dire

paravant i)ersuadés, ne croire plus ce qu'ils ])ar là (lueccs dieux prélcndus n'avaient pu

croyaient, ne craindre plus rien de ce qu'ils se portera dételles extiémités sans se tné-

craiguaicnl, n'être plus capables de rcmon- connaiire. et qu'en devenant adultères, non-

Irances, agir sans règle cl sans conduile, de- seulement ils s'étaient dépouillés de l'élre di ■

venir lirulaux et insensés, tant ce péché a de vin, mais qu'ils avaient même renoncé à

pouvoir et de force pour les aveugler. A'e- l'être de l'homme.

nous au détail ; et c'est ici que je vous prie l'in eff«l, n'csl-il pas surprenant de voir de m'écoutcr. Ils perdent surtout trois con- jusqu'à quel point ce péclié abrutit les homnaissances : la connaissance d'eux-mêmes, mes'/ car il n'y a point d'intérêt qu'on ne mêla connaissance de leur propre péché, et la pi isc, point d'honneur qu'on ne foule aux connaissance de Dieu. Ksl-il un aveugle- pieds, point de dignités qu'on ne prostitue , ment plus déploralde c! plus affreux"? point de fortune ((u'on ne risque, point d'a- Ts perdent la connaissance de ce qu'ils uiilié qu'on ne viole , point de réputation sont, ditsaint Augustin, parce que, dans cet qu'on n'expose, point de ministère (]u'on ne état de libertinage , ils cessent d'être ce profane, point de devoir qu'on ne trahisse qu'ils étaient ; à quoi j'ajoute, en renversant pour satisfaire sa passion. Un père oublie co la proposition : ils cessent d'être ce qu'ils qu'il doit à ses enfants , et ne se met pins en étaient , parce que, dans cet étal de liberti- peine de les ruiner par ses débauches; un nage, ils perdent la connaissance de ce qu'ils juge, ce qu'il doit au public . et ne fait plus sont. Ces deux pensées reviennent au même scrupule de sacrifier le bon droit à ses plaiprincipe. En voulez-vous un des plus illus- sirs; un an>i, ce qu'il doit à son ami, et lU' 1res, mais au même temps des plus terribles compte plus pour rien d'abuser de l'accès exemples? je le tire de l'Ecriture. Par où qu'il a dans une maison pour la déshonorer: commença la dissolution de ces deux vieil- un prêtre, ce qu'il doit à Jésus-Christ, et ne lards qui attentèrent à la chasteté delà ver- craint plus de scandaliser son sacerdoce par tueuse Susannc , et qui furent si hautement des actions abominables; une femme, ce confondus par le prophète Daniel ? le texte qu'elle doit à son mari, et ne se souvimi sacré nous l'apprend: Etertcrunl sensum plus de la foi qu'elle lui a jurée; une lillc, rs suum,etdeclinincrii)Uccidossuos, iitnnnvide- qu'elle se doit à elle-même, et ne rougit plus rcnt cœlnm (l>(n). XIII) : Ils perdirent le sens, de perdre sa plus belle fleur, et de se rendre' et ils détournèrent leurs yeux pour ne point un sujet d'oiiprobre. Si , dans chacun de ces voir le ciel : car, avec quel front l'auraient- éials, on faisait cette réflexion : Oui suis-je, ils pu voir et en venir jusqu'à cet excès '? des et à quoi vais-je ni'engager ? il n'y a point magistrats , di-s juges , (les hommes vénéra- d'âme, pour abandonnée qu'elle puisse être blés dans la synagogue par leur âge . et qui à la violence de ses désirs, que les seules devaient servir de modèles an peuple. Ah ! raisons humaines ne fussent capables de chrétiens , ils ne l'aur.iienl jamais fait , et le contenir. Mais on a les yeux bandés; et, tanseul souvenir des qualités dont ils étaient re- dis que cette passion domine, on ne sait ni vêtus les aurait tenus dans le respect. Il fal- ce qu'on est, ni ce qu'on n'est pas, parce que lut donc qu ils s'oubliassent eux-mêmes , le démon d'impureté nous aveugle cl nous avant que (le se résoudre à une telle déclara- ôle d'aburd la |iremièie de toutes les vues, lion ; et parce que la conscience ne peut être qui est la vue de nous-mêmes, séduite ni corrompue tandis qu'elle a des Je dis plus : ce même démon n'ôte pas yeux, il fallut l'aveugler absolument, afin seulement à l'homme la connaissance de ci; qu'elle ne Oit plus en étal do se révolter ; ce qu'il est , mais la connaissance de ce (ju'M

ORATKinS SACIVKS. noc:iDALOiii:.

fait, c'est-à-Jire de son propre péché , et iic lui en laisse (|trau(aiil (|u'il l'aiil pour le rendre coupahic dcvJiil Uieu. Sur quoi saint Chrjsostouie fail une observation bien judicieuse, el nous découvre une espèce de prodi{;e qui se passe lous les jours dans nos esprils, mais dont il y a bien de l'apparence ([lie nous ne nous apercevons pas ; le voici : Dans les règles communes, c'est par rex[icriencc (juc nous parvenons à la connaissance des choses; ce que nous n'avons jamais cxpérimenlé , à peine le connaissons-nous ; mais à mesure (jue nous le pratiquons , que nous l'éprouvons, il se montre à nous, et nous apprenons h le connaître : voilà l'ordre de la nature. Mais, dans le péché dont je parle, il arrive tout le contraire; car nous ne le connaissons jamais mieux que quand nous n'en avons nul usage, et nous n'en perdons la connaissance qu'autant (]ue nous nous nous licencions à le commettre : c'est re que j'appelle prodige. Est-il rien de plus vrai et rien de plus ordinaire ? Car, vojez , mes frères, dit saint Chrysostome. quels sont les sentiments d'une âme pure et innocente: elle regarde l'impureté comme un monstre; elle s'en préserve comme dune peste et d'une contagion mortelle; elle en fuit les occasions, elle en déteste les intrigues , elle en condauiiie les nmindres libertés, parce qu'ellecst prévenue que c'est le plus dangereux ccueil de son saint. D'où lui \ ient celte prévention ? de la nature; c'<'st-à-dire de Dieu même, lequel a imprimé l'horreur de ce vice dans les esprits de tous les hommes sans en excepter les païens. L'homme donc, encore chaste et dans la première intégrité de ses mœurs, a une véritable idée d(; ce péché; il ne l'a jamais commis, et c'est jiour cela ((u'il le connaît parfaitement; mais qu'il s'y laisse entraîner, bientôt celte connaissance s'all'aiblira, bientôt cette idée s'effacera ; après quelques chutes, les péchés les plus monstrueux ne lui paraîtront plus si griel's; des actes il passera à l'habitude, de l'habitude à l'enduicisscnient, de l'endurcissement au scandale, et du scandale à la dernière impudence ; il n'envisagera plus sa passion que conmie une faiblesse pardonnable à riiumanilé, il n'en aura plus aucun remords , il ne la traitera plus (jue de galanterie, il s'en glorifiera, il s'en applaudira, il en lriom])bera : car ce sont là, dit (îuillamc de Paris, dans son admirable traité sur cette matière, les progrès de l'impureté.

Mais, l'aurait-on j;imais cru, si le débordement du siècle ne nous le montrait pas , qu'il dût y a» cir des hommes dans le monde, cl dans le m, mie clirclien , d'un sens assez perverti pour qualifier de simple galanterie un crime de cette conséquence"? Si les [laïcns, si les idolâtres s'en étaient expliqués de la sorte, le seandale de notre religion serait de tenir ce langage après eux et connue eus. Mais que les plus dissolus d'entre les païens cl les idolâtres aient eu sur ce point plus de modestie que nous ; ((u'on voie des hommes faire profession de l'Evangile, et cependant ne garder nulles mesures, n'avoir ni h<jiiné-

(été, ni pudeur dans leurs expressmns, mettre au nombre de leurs conquêtes les engagements les plus criminels, en tirer avantage, se vanter hautement de ce qu'ils font , et souvent même de ce qu'ils ne font pas: ah 1 mes frères , disait saint Chrysostome , c'est un aveuglement pire que celui des démons.

Mais qu'est-ce de voir des femmes dans le christianisme s'accoutumer à de semblables discours , en (aire un divertissement et un jeu, en aimer la raillerie et les équivoques , se plaire à les entendre, ou ne témoigner là-dessus qu'une fausse répugnance, et d'un air ((ui, bien loin d'arrêter la licence, ne sert (|u'à la rendre encore plus hardie et qu'à l'exciter ? Car je ne parle pas seulement ici, fennncs chrétiennes, de ces derniers désordres dont le seul honneur du monde vous f.iit abstenir, et à l'égard desquels on peut dire que Dieu doit peu compter vos victoires,, puisque, si vous remportez des victoires , c'est moins pour lui que pour vous-mêmes. Je p;irle de cis autres désordres , moins odieux, ce semble, mais qui sont toujours autant de crimes, et qui, tout irrépréhensibles que vous vous flattez d'être selon lemonde, ne fournissent à Dieu que trop de matière, pour vous damner ; je parle de ces conversations libertines d'oîi naissent tant de maux . et qui portent à une âme de si mortelles atleinle^ ; je parle de ces entreliens secrets et familiers, mais dont la familiarité même et le secret sont de si puissants attraits aux plus funestes attachements; je parle de ces amitiés, prétendues hon-iêles, mais dont la tendresse est le poison le plus subtil et le plus présent pour infecter les cœurs et pour les corrompre ; je parle de ces commerces assidus de visites, de lettres, de parties, que saint Jérôme appelait si bien les derniers indices d'une chasteté mourante : Moriturœ virfjùiilatisitHliciu [Hier.); jf parle de ces artifices delà vanité humaine, employés à relever les agréments d'une beauté pernicieuse ; je parle de celte détestable ambition d'avoir des adorateurs, au préjudice du souverain mat- Ire, à qui seul tout culte et tout bonunage appartient ; je parle de ces douceurs vraies ou fausses, témoignées à un homme mondain , dont on entretient par là les criminelles espérances, pour être un jour responsable de ses ini(|uilés les plus secrètes; je parle de ces habillements immodestes que ni la coutume, ni la mode n'autoriseront jamais, parce que ni la mode ni la coutume ne feront jamais de prescription contre le droit divin. Ce ne sont là, dites-vous, que des ba-galelles ; mais la question est de savoir si Dieu en jugera conune vous, et si vous-mêmes, lors(iu'il faudra co(nparaîlre devant son tribunal, vous n'en jugerez pas autrement. A'ous prétendez quece sont des choses indiflérentes ; et moi je soutiens que ce sont autant de crimes : vous prétendez que, pour vivre dans les règles, il faut vivre de la sorte ; et moi je soutiens (juc vivre de la sorte, c'est violer toutes les règles de la religion que \ous professez, Et parce que cette conduite ne

573 ■ CAIlÈMli. SEKMO.N W. SLHl L'nirUIlKTE fi74

pfut s'.irionicr avec la coiiiiaissaïue il'un dieux, ils li-s oui l'aUs solon leur capricp, vl Kieu (lar le moyen de ciuiii.iîiif Dkmi cl de tels ((u'ils les ont voulus; cl parce ([uih ne pas connaître ce qui l'olTense ? ), de l'ou- craignaient (|ueces prétendus dieu\ ne l'uslili de soi-même et de l'i^Miorance de son pé- sent dos juges trop sev^r(S, et ipi'ils ne concile, riiomme sensuel tombe dans l'ignoi aiu c damnassent avec trop île rigueur les déiéell'oulili de Uieu, et voi'à le fond de l'aliluie glemciUs de leur vie, ils en ()nl fait des dieux où le plonge l'impureté. passionnés, des dii u\ colères et emportés,

iVesl de là, disait le sa\ant Pic de l.i Mi- di-s dieux sujets .iiix mêmes crimes ()ue nous, rande, que , de tout lemps. tous les athées afin que chacun les pûl commellresians honte ont dé, d'une notoriété pul)iqiie , des hoin- et même a\ec honneur. N'oilà jus(iu'uù la mes corrompus par les passions charnelles; jiassion, parmi les nations païennes, a porté l'alhéiMue, remaniue ce grand personnage, l'aveuglement ; mais le Dieu îles chrétiens, n'elant pas ce qni comliiit àrimpudieilé.ui.iis poursuitce l'ère, est liien d'une autre conl'impudirilé étant la voie ordinaire qui con- dilion ; car, n'ayant pas été fait par les mains duit à l'athéisme. C'est de là que Ions les im- des houums, les honunes, avec tous leurs pudiques par profession el par étal sont artiCices, n'ont |ui l'accommoder à leurs sencomniunéminl des esprits gâtés el libertins limenls, et lui-même, ne s'élanl pas fait ce en matière decicance, (]u'ils se préoccupent qu'il est, mais étant saint par la nécessité de aisément confie la religion , qu'ils aiment à son êlre, était incapable de se conformer à en disputer, à y trouver des diflicullés, à ne leurs inclinations corrompues. (Jue fait don<; piis savoir ce qui les résont; et qu'à peine l'impudique ? Le connaissant tel, et désespéverra-l-on même une femme du grand ranl de le pouvoir changer, il le désavoue monde et dans la débauche, (jui ne fasse l'es- pour son Dieu ; el, au lieu de donner dans les prit fort el qui ne se pique de raisonner sur erreurs de l'idolâtrie et de la superstition, il les vérités du (hiislianismc : pourquoi'.' s'abandonne à l'irréligion, c'est-à-dire, au parce qu'elle voudrait bien se persil id'r, en lieu d'attribuer à Dieu des choses indignis raisonnant, qu'il n'y .1 poinl de Dieu, suivant de Dieu, comme ceux qui présentaient de ce beau mol de sainl Augustin, que personne l'ei.cini à un Jupiter incestueux, il clïaie dîne doute (juil y en ait un, sinon ceux à ((ui son esprit toutes les idées de la divinilé. .Mais il serait expédienl qu'il n'y en eût point. ce Dieu ()ui, paresscnce, est la pureté même. C'est (le là que le» progrès de l'impiélé sui- el qui ne peut eu rien se Jémenlir, aime vent presque toujours le> progrès du vice, cl mieux que les hommes ne le (oiinaissent qu'au contraire le retour de l'impiété à la foi point, (jne de le connaître pour un Dieu latine commence presque jamais dans uneàine, leur de leurs passions honteuses. Non, non, que par le reiour du vice à la vertu, c'est-à- dit-il dans l'iierilure, je ne serai jiius voire dire que lorsque le feu des désirs impurs Dieu, el je me ferai même une gloire de cesvieiit à s'amortir el à s'éteindre. I.a raison, ser de l'être ; vous affeelerez de ne nie [)lus encore une fois, en est bien naturelle ; carie connaître, el j'alTeelerai de n'être plus connu voluptueux se Irouvanc dans une espèce de vous, puisiiue, dans l'état d'abomination d'impuissance de croire et (le se sati^f.iire,!a où le péché vous a réduit, la coiinaissanci^ vue d'un Dieu le troublant dans son plaisir , (|iie vous auriez encore de moi ne serait el sou plaisir étant coiilredil sans cesse (lar (lu'un surcroît d'outrage à ma sainteté; mais la vue d'un Dieu, il prend ei (in le parli de aussi souvenez-vous que cel oubli doit inelrenoncer à l'un pour se iiiainlenir dans la Ire le combicà votre malice, el qu'il en sera, possession de l'autre, el de ive plus croire ce descelle vie même, la plus terrible puni- Dieu qu'il regarde comme l'ennemi irréeon- lion, ciliable de son plaisir el de son désordre. Kn clTet, chrétiens, y a-t-il rien de si affreux

C'est ainsi que le plus sage des princes, dans les ténèbres de l'enfer que cel aveugle-

Salomon, cel homme comblé de tous les dons ment"? L'enfer a des ténèbres, il est vrai; mais

du ciel, cel homme qui, depuis le cèdre jus- la même loi qui me l'enseigne, m'apjyrend

qu'à rhysoi)e, n'ignorait rien de tout ce qu'il d'ailleurs que ce ne sont que des ténèbres

y avait d.ins le monde, dont il élail l'oracle, extérieures: Mitlile eum in lenchras ejrleno-

en méconnut l'auteur ; il n'eut plus de peine res [Mullh. XX.I1) ; au lieu que les ténèbres

à se prosterirer devant des idoles de pierre, d'une aveugle concupiscence sonl des ténè-

drpuis qu'il eut adoré des idohes de chair, tues renfermées el, pour ainsi dire, concen-

el il perdit les plus belles lumières de son es- trées dansrhomme.etaussiinlimesà rhomnie

prit, dès qu'il eut donné son cœur à d'iiifû- que l'homme l'est à lui-même. Les démous

mes créatures. sont dans le séjour des ombres et de l'obs-

Saiiil Augustin fait une réllexion bien in- curiié, mais ils sonl eux-mêmes remplis de

géniense , touchant la différence du vrai clarté, car ils ne comprirent jamais mieux.

Dieu cl des f.iux dieux du paganisme, ou, ni ce (juc c'est (jue Dieu, dont ils ressentent

pour mieux dire, louchant l'aveuglemcnl la main vengeresse, ni ce que c'est ([ue le

des païens à l'égard de leurs faux dieux, el p<>ché, dont ils portent la peine éternelle, ni

notre aveuglement à l'égard du vrai Dieu ce qu'ils sonl eux-mêmes, el pour quelle

que nous adorons: ceci convient parfailemenl lin ils avaientelé créés. Ils sont donc exté-

à mon sujet. Car en quoi, demande ce sainl ri< urement investis de ténèbres, mais inté-

docteur, a consisté l'aveuglement du paga- rieuremenl pénélrés de lumières; el l'inipu-

nisme 'Me voici: c'est que les hommes, dans di()ue, au contraire, est investi de lumières

le iiagauiiuie, ayant lait cux-iiiéiucs leurs et pénétré de tcuéiires. 11 a huis de lui tou-

ORATF.IJRS SACr.ES. HOlRnALOlJE.

tes les hiniièrcs i\c l.i foi, qu'il n'aurait qu";^ consulter et qui lui fern'cnt voir la dipnilé (le son jlnie s;inrlifi('c p;ir le sarrcmenl di' Jésus- Chri^l, l'opprobre du péclié qui l.i déshonore el qui la souille, l'exeellcnce de Dieu, à qui il doit se souiiicdre, et contre qui il se révolte; mais, nu dedans, rc n'est qu'une somlirc niiil, et voilà pourquoi il ne voit rien. Ne faut-il donc pas conclure qu'il est encore dans de plus épaisses ténèbres ((ue les réprouvés mêmes?

Allons plus loin. Lo désordre qui rèfrnc dans l'enfer, rèç;iie-t-il également dans l'iit:purclé? Egalement, rhrélirns, el d'autant plus que le désordre di" l'enfer est nércssaircnienl .iccompagné d'un ordre supérieur, que la justice divine y ,1 établi, puisque, «lans la doctrine dr's Pères, l'enfer, tout enfer qu'il est, est le Icu destiné par la Providence, où Dieu, comme créô-teur de l'univers, rappelle toutes choses à l'ordre, punissant ce qui est punissable, et tirant de ses créaturcs rebelles les satisfactions qui lui sont dues; au lieu que le désordre de l'impureté est simplement un désordre et rien de plus. De vous expliquer dans toute son étendue la nature de ce désordre, ce serait un discours infini. Saint Auguslin le fait consister en ce que l'esprit de l'homme, qui, par un droit de supériorité nalurelle, doit gouverner el récir le corps, se laisse au contraire gouverner lui-même par les sens. Ce qui n'arrive pas, dit-il, dans les autres vices, ni dans les autres passions, où l'esprit au moins, s'il est vaincu, n'est vaincu que par lui-tiiéme, au lieu qu'il est ici vaincu par la chair. Ce sont les termes de ce saint docteur: In aliis quippc nffectibua, nnivvis a se ipso vivcilur ; hic atttrm pudet aninium sihi rcsifli n corporc, rpiod ei inferiore natiira subjrctuin est {Aug.). Mais cette pensée est trop siiiriluelle pour exprimer le désordre d'un péi lié aussi grossier que celui-l,î. Saint Chrysostome nous en donne une idée plus sensible, lors<iu'il nous dit que le désordre de l'imptirelé dans l'homme est de porter l'honinie à des excès où la sensualité même des bcles ne se porte pas. Car il est certain que l'houuue faisant servir sa raison, j'entends sa raison dépravée, à sa concupiscence, a inventé, pour se satisfaire, des crimes que la seule concupiscence ne lui aur.iil jamais inspirés, el que, comme il n'y a que l'iionmie, ci>lre les ani- Diuux, capalilc d'être chaste par vertu et audessus des lois de la nalure, au^si n'y a-t il que l'homme capable d'être vicieux cl empiwié au-delà des bornes de la nalure même. Ainsi saint Chrysovtnnie le déclarait-il, dans l'exemple <le ces villes abominables dont il est parlé au livre de la Cenèse, et sur qui Dieu fit éclater l'ardeur de sa colère. Villes infortunées, dont l'exéirable péché en a perverti taiil d'autres! car, combien Dieu n'en voil-il pas d'.uissi criminelles, peut-être, jusqu'au milieu du christianisme ; et s'il ne les punit y)as en faisant pleuvoir sur elles le soufre el le feu, combien de vengeances secrètes, mais encore plus tenihles, n'exercc-t-il pas tous les jours sur ceux (jwi renouvellent de pa-

reilles abominaIions?N"csl-ccpasceque nous veut faire entendre saint Paul, quand il nous les représente abandonnés de Dieu et livres aux passions les plus honteuses, et quoique l'ApAtrc n'ait pas fait difficulté de s'en expliquer ouvertement, oserais-je, tout ministre que je suis de l'Evangile, user ici des mêmes expressions? Je craindrais que, toutes consacrées qu'elles sont, elles ne blessassent votre pudeur; et plût à Dieu que le démon de la chair ne vous eût jamais ouvert les yeux pour comprendre ce que je ne puis dire et qu'il fût toujours dangereux d'en parler, de peur d'apprendre aux chrétiens ce qu'ils ignorent 1 Car, malheur à moi, si, sous prétexte de confondre les péchenis, je scandalisais jamais une âme simple el innocente. Mais disons la vérité, chrétiens : où est aujourd'hui l'innocence et la simplicité? Si l'on ne fait pas tout le mal, on veut le pouvoir et le savoir faire. Vous diriez que la nalure no soit pas assez corrompue, et qu'il faille y ajouter l'élude, pour se faire une science de ses désordres mêmes. Paraît-il un livre diabolique qui révèle ces mystères d'iniquilé, c'est celui que l'on recherche, celui que l'on dévore avec tout l'empressement d'une avide curiosité. Que l'imagination en soit infectée, qu'il fasse des impressions mortelles dans le cœur, que le venin qu'il inspire aille jusqu'à la pa: tie de l'âme la plus sair.e, qui est la raison, il n'importe; c'est le livre du temps «ju'il faut avoir lu, él cela sans égard au péril (jui s'y rencontre, comme si l'on était sûr de la grâce et qu'on eût un pacte avec Dieu, pour avoir droit de s'exposer sans présomption aux occasions les plus prechaines. Car celle-ci, je dis cette curiosité de savoir ce qui doit faire horreur à penser, est une de ces leiitatinns que nulle excuse ne justifie, et dont cependant, avec toute la prétendue réforme di;nt on se pique, on ne peut presque gagner sur soi de se faire un point de conscience.

Mais achevons, s'il est possible, de développer ce que j'appelle désordre de rim()urelé^ Tcrtullien semble l'avoir conçu d'une manière plus figurée, et par conséquent plus propre à un discours qui n'a pour but que voire édification. C'est dans le livre de la chasteté, où j'avoue que ce grand homme, emporté fiar la force de sou génie, parlait déjà en hérétique, mais en heréliciue, remarquent ses commentateurs, qui ne l'était au moins que par un excès de zèle, et dont on ne peut nier que les erreurs n'aient élé mêlées des plus saintes et des plus solides vérités. Il dit donc, et c'est une de ces vérités, que l'esprit impur a comme une liaison nécessaire avec tous les vices, et que tous les vices sont, pour ainsi dire, à ses gages et à sa solde, toujours prêts à le servir pour le succès de ses détestables entreprises. C'est pour lui, par exemple, quel'homicide répand le sang humain, pour lui que la perfidie prépare des poisons, pour lui que la calomnie est ingénieuse à inventer, pour lui que l'injuslica est toute-puissante quand il s'agit de sollirilcr, pour lui que l'avarice épargne,

:.\1ŒM!;. SliUMON \V. Sl'll L'IMI'lllLÎK.

pour lui tjue la pro li;;alitô (/issipe, pour lui que la parjuie lioinpe, pour lui que lu sacrilège alleule sur ic qu'il y a de plus saint. Voilà, (lisait Tertullicn, la pouipe iiiremalc que je m'imagine voir, (|uai>d je cuiisiilère les (lémartlies île cette liaugcreiise pa.'»»!!»!! : Pomjxini (jua^ndain alque sniji/esdirii iif;>icio inœchiœ{TerluU.); l'impudicite e^l à la tèle ilo tout cela, cl tout cela lui l'ail excorie, l'en-ée qui s'accorde parfaitement avec celle du Fils Je Dieu, lorsqu'il nius représente, dans l'Evangile, l'espril impur accompagné de se[)t auires esprits, ou aus^i mecliaiiU, ou e icore plus mécli. mis que lui; puisqu'il esl cerlain que le démon d'impurelé cbl presque toujours 8ui>i du demou do ^enge.MKe, du démon de discorde, du démon d'imiiieté, du démon d'injustice, du démon de médisance, du ilémon de prodigalité, du démon d'elTrout r.e el de licence: cl combien pourrais-je en joindre d'autres"? Mais anélons-nous à ceux-là, lour vériljcr même à la lettre la paroi' de ésusClirisl : lît assumil septcin ulios spiiilus sectim ncquinrcs se.

Parlons sans tigure. Avouons que ce péché est eu cfTet le grand (lé^o:■dre ila monde, ()uisqu'il attire après soi tous les autres desordres. Je dis que c'est pour lui que se répand le sang humain; écoulez moi. D'où sonl venues les guerres les jjîus cruelles et les plus fatales aus peuples, sinon d'une passion d'amour? Une feunue, en!e»ée par un insensé, lut l'étincelle qui excita les plus violents incendicîs, el qui consuma des nations entières. Parce qu'un homme était impudique, il fallut que des milliers d'Iiommes périssent par le 1er et par le feu. Mais ne remontons point si haut pour avoir des preuves de cette \crilé : notre siècle, ce siècle si malheureux, a bien de quoi nous en convaincre ; el D.eu n'a permis qu'il engendrât d;'S monstres, que pour nous forcer à en con»enir. Nous h's avons vus avec effroi, el tant d'événements trag:t|ues nous ont appris, plus que nous ne voulions, ce qu'un commeri e criminel peut produire, non plus dans les Etais, mai-s dans les fimillcs, el dans les familles les plus lion iraliies. L'em|ioisonnen)ent était parmi nous un crime inouï; l'enfer, (jour l'inlerél de celle passion, l'a rendu commun. Oa s.iit, disait le poète, te que peut une femme irritée : mais on ne savait pas jusqu'à quel excès pouvait aller sa colère, cl c'est ce que Dieu a voulu que nous connussions. En effet, ne vous fiez point à une liberline, dominée par l'espril de débauche: si vous traversez ses desseins, il n'y aura rien (juelle n'enirepienne contre vous ; les liens les plus sacrés de la nature ne l'arrôleronl pas ; elle vous trahira, elle vous sacrifiera, elle vous inifoolera. C'est par 1 homicide, poursuivait TertuUien , (|ue le concubinage se soutient, que l'adulière se délivre de l'iniportuniié d'un rival, que l'incontinence du sexe étoulTe sa honlc en étouffant le fruit dj son péché.

Je dis que c'est pour ce péché qu'on di'-vient profanateur. L'aurait-on cru, si la même Provi.lence n'avait fait éclater, de nos iours, Ci; que la posleri'é ne pourra l.-.-e sauj

en frémir? atirail-on cru, dis-jc, que le s."crilége eût dû être l'assaisonnement d'une brutale passion ? r,ue la profanation des elmses saintes eût dû <nlrer dans les dissolutions d'un libertinage elVrené ? que ceiiu'il y a ilii plus vénérable Jans la religion eût ele employé à ce qu'il y a de plus corroaipu d.ius la deli.iuch.', el que l'homiiie, suivant l.i pré.liction d'Isa'ir, eût fiil servir son Dieu Miéme à ses plus infâmes voluptés ? Vei'uinlainen scniie me fecL-^ti in prccalis luis et laborein mihi jtrœbaisti in iniiiiiilalibiis Cuis ( fsiii. XLlll ). Disons des choses moins affreuses, etciue cilles-là d, ■meurent, s'il est |)ossible, ensevelies dans un éternel oubli. Je dis que c'est l'esprit impur (jui entrelient les dissensions et les querelles d'une ville, d'un quartier. Vous le savez: trois ou quatre femmes décriées et célèbres par l'hlstnire dileur vie en fout presque immanquabli'inent toute l'intrigue; el de là naissent les inimitiés de ceux qui les fréiiuentent; de là les emportements de ceux qui s'en croi<'nt méprises ; de là, les haines irréconciliables entre elles-mêmes; de là, les discordes domestiques, les furies d'un mari à qui celte plaie, une fois ouverte, ne laisse plus que des aigreurs et le ressentiment le plus profond et le jilus amer. Je dis que c'est l'inipurelé iiui rend la calomnie ingénieuse à former dt;s accusations et à suborner des léinoins ; la mémoire n'en est que trop récente. Du moins, n'est-ce pas de celle source empoisonnée que viennent les plus sanglantes railleries, les médisances atroces, les libelles injurieux et dilTa.naioires, mille autres attentais contre la réputation du prochain elconlre la charité ? Je dis ((ue c'est celle passion qui rend l'injustice loute-puissanle dans les sollicitations ; et l'usage (|ue vous avez du monde vous permet-il d'en douter? On sait que ce magistrat eslgouverné parcelle femmc,et l'on sait bien au même temps le nxiyeii d'intéresser celle femme et de la gagner ; c'est assez : car avec cela, il n'y a point de boa droit qui ne succo iibe, point de chicane qui no réussisse, point de violence et de supercherie qui ne i'empoile. Combien de juges ont été pervertis par le sacrifice dune chasteté livrée et ■ihandonnée ; et pour combien de malheureuses la nécessité de solliciter un juge impudique n'a-l-elle pas été un piège el une teiUation ? Je dis que c'est ce vice qui désole les maisons el qui en dissipe tous les biens : n'en avez-vous pas vu cent exemples ? Heureux si vous n'en avez pas fait l'épreuve, ou par Votre piopre péché, ou par le péché d'aulrui 1 Le désordre ancien et comniuii était de voir avec conipassioa un insensé, sous le nom d'amant prodigue, et prodigue jusqu'à l'exlravagancc, contenter l'avarice cl entretenir le luxe d'une mondair.e qu'il idolâtrait ; mais le désordre du temps est de voir au contraire une femme perdue d'honneur aussi bien que de conseience, par un renversement autrefois inouï, faire les avances et les frais, s'épuiser, s'endetter, se ruiner pour un mondain à qui elle est asservie, ilowl elle essuie tous les capricci, qui n'a

pour elle que (1rs hniilciTS, el qui ordonne (11! tout chez clli' en m.TÎIrc. L'iiulignilé est que ce désordre s'él.iblil de lelle sorte qu'on s'y accoiiliiinc : le domestique s'y fait ; on obéit à cet élrnuger ; ses ordres sont respectés et suivis, parce qu'on s'aperçoit de l'a-cendant que son crime lui donne: tindis que celle-ci, ne pardant plus de mesures, el libre du respect humain, dont elle a secoué le joiif;, se fait une vanité de ne nien iger rien, et un plaisir de sacrilier tout, pour se piijuer du ridicule avant.ige et de la lulle gloire de bien ainur.

Ne vous oITeusfZ pas, mesdames; et quand il y aurait de l'imprudence à pousser trop loin ces reproches, souffrez qu'à l'exemple de saint Paul, je \ous conjure de la supporter : Ulinam snulinerelis viodicum quid iti^ipietiliœm^(r,sedrt supporl(il(v>e (Il t' or., XI). Dieu, témoin de mes inlcutions, sait avec quel respect pour vos i>ersonues, el avec quel zèle pour votre salut je parle aujourd'hui : mais Dieu a ses vues, el il faut espérer <;uc sa parole ne sera pas toujours sans effet. C'est de vous, mesdames, le savcz-vous, et jamais y avcz-vous bien pensé devant Dieu ? c'est de vous que dépend la sainteté et la réformation du clirisliauisnie ; el si vous étiez tontes aussi chrétiennes que vous devez l'être, le monde, par une bienheureuse nécessité, deviendrait chrétien, l.c désordre qui m'alflige esl que l'on prétend mainUnant, cl peut être avec justice, vous rendre respons.'ibles de ce débordement de mœurs que nous voyons crottrc de jour en jour, cl que l'on n'en accuse plus simplement vos lâchetés, vos complaisances, vos faiblesses, mais qu'on l'impute ;\ vos artifices elà la dépravation de vos cœurs. N'esl-il pas étonnant (ju'au lieu de cette modestie et de celle régularité que Dieu vous avait <lonnées en partage, et que le vice mémo respectait en vous, il y en ail parmi vous d'assez endurcies pour affecter de se distinguer par un enjouement cl une liberté à quoi tant d'âmes se laissent prendre comme à l'appât le plus corrupteur? L'excès du désordre, c'est que toutes les bienséances qui servaient autiefois de rempart à la pureté soient aujourd'hui bannies comme incommodes. Cenl choses qui passaient pour scandaleuses, et qui auraient suffi pour rendre suspecte la vertu même, ne sont plus de nulle conséquence^. La coutume et le bel air du monde les autorise, tandis •lue le démon d'impureté ne sait que trop s'en prévaloir. Le comble du désordre, c'est que les devoirs, je dis les devoirs les plus généraux el les plus inviolables chez les pa'ù'ns mômes, soient maintenant des sujets de risée. Un mari sensible au déshonneur do sa maison est le personnage que l'on joue sur le théâtre ; une femme adroite â le tromper est l'héroïr.e que l'on y produit; des sprclacles où l'impudence lève le masque, et (jui corrompent plus de cœurs que jamais les prédicateurs du l'Kvangile n'en converliroul, sont ceux aux(|uelsou applaudit. Assujcilissement, dépendance, attachement à sa condition, toul cela esl représenté

Ort.\TEURS SACRtlS. HOURDAl OHE. K«0

comme une espèce de tyrannie, dont le savoir-faire doit jiffraiirhir. C'est ce qu'on ne se lasse point d'enlendie; et (el qui, par sa triste destinée, y a le plus d'intérêt, est le prem-er à s'en divertir. Imaginez-vous d'ailleurs un mari qui, pourvu, par le don de Dieu, d'une femme prudente el accomplie, ne laisse pas de s'enlêler d'une passion bizarre; aime par obstination '^e qui souvent n'est point aimable, et ne peut aimer par raison ce qui mérite tout sou amour; ne se rebute de ce qui lui est permis , que parce qu'il lui est permis ; et ne s'attache avec ardeur à ce qui lui est défendu, que parce qu'il lui est défendu ; Iraiic avec dureté et avec rigueur ce qui devrait être l'objet de sa tendresse, et adore opiniâtrement ce qui est la cause visible de Ions ses malheurs. Voilà ce que j'appelle désordres ; el combien encore y en a-l-il d'autres que je passe el que je ne puis marqui-r 1 Cependant, à l'aveuglement et au désordre, l'impureté ajoute encore l'esclavage : troisième Irait de ressemblance dans l'impudique a\ec l'étal des réprouvés dans l'enfer. (ïar il n'y a point de péché qui rende l'homme plus esclave du démon. Dans les autres péchés , dit saint tlrégoire , pape, l'esprit de ténèbres nous attaque comme un ennemi, il nous sollicite comme un tentateur, il nous surprend comme un séilucteur; mais dans celui-ci il nous domine comme un tyran S'il nous corrompt, poursuit ce Père, par une autre passion, malgré sa victoire, il est toujiuirs dans la défiance; il craint toujours quelque changcmenl, et que la grâce ne lui arraclie sa proie; mais s'il nous a fait tomber dans une impureté, s'il nous a engagés dans un commerce criminel , c'est nioi-s le fort armé de l'Kvangilc; il tient une âme dans ses filets, il est sûr de sa conquête, et il s'en croit paisible possesseur : In puce sunt en qiiœ possidel {Luc., 11). Pourquoi, demande saint Augustin, suscitait-il dans les premiers siècles de l'Eglise tant de persécutions contre les chrétiens? Ah I répond ce saint docteur , c'esl que les chrétiens vivaient dans une entière pureté de mœurs , c'est qu'ils étaient cliasles par élit, et par conséquent affranchis de la domination du péché. Comme donc le démon ne pouvait s'en rendre maître par l'amour du plaisir, il lâchait à les vaincre par l'horreur des supplices ; mais depuis qu'il a trouvé u;oyen de s'introduire dans le christianisme par les vcduptés sensuelles, toules les persécutions ont cessé. Car cette voie lui a paru bien plus courte et plus assurée. En exerçant sa cruau'é contre les martyrs, il tourmentait les corps; mais les âmes étaient perdues pour lui; au lieu que l'impureté lui assujettit, sans effusion do sang, cl les âmes el les corps. El je puis bien dire ici ce que disait saint Hilaire à l'empereur Constanie , lorsque, par des flatteries dangereuses , il tentait et il ébranlait les fidèles : Plût à Dieu que nous eussions vécu au temps des persécuteurs 1 nous devons beaucoup aux premiers Césars , puisque c'est par eux que nous avons triomphé de l'enfer : Plus cruddilali dcbemus, qtiin diabo-

CARKMK. SF.nMON XV. SIR l/IMPtliF-TE

lum vicimiis {ililnr.). iM.iis niainlonant nous combattons avec un ennemi d'au'.ant plus ;\ craindre, qu'il le paraît moir.s. Il ne dérhire pas la chair, mais il la llatte : iS'on dorsa cœdit , scd memlira palpai {Hilar.). En nous persécutant il nous donnerait la vie; mais il nous chatouille pour nous donner la mort : Non prosciibit ad vilnm, sed titillât in morlein (Idem). En nous confinant dans une prison, il nous donnerait la liberté; mais il nous retient dans son palais pour nous réduire en Servitude : Non tradit carcrri in librrlalem. sed inlra palatittm rctinet in scrvilulem [Idtm].

Ainsi parlait ce saint évéquc. Et voilà le triste état où saint Augustin gémit si longtemps, et sur quoi il se faisait de si sensibles reproches. Ce grand homme, avant sa con- Tersion , sans être encore louché des puissans motifs qui, dans la suile, le ramenèrent à son devoir, soupirait néanmoins de se voir esclave de sa passion. Il ne voulait pas encore être à Dieu ; mais au moins cùt-il voulu cire à lui-niénie. Eh quoil Augustin, se disait-il, seras-tu donc toujours maîtrisé par nue aveugle concupiscence , et dominé par les sens? demeurcras-lu toujours plongé dans d'infâmes plaisirs? après avoir goûté les délices de l'esprit, suivras-tu toujours les nppélils du corps? Encore , si tu conservais (jnelque empire sur la cupiditél m.iis que la chair te gouverne ; que, dans les plus nobles exercices de ton ànic, elle vienne le gourmander par un sentiment brutal; qu'elle ne le donne aucune Irévc ni aucun relâche, et que tu sois toujours prêt à lui obéir : ah 1 c'est porter dans loi-même un enfer, puisque c'est y porter un démon, qui sans cesse te fait éprouver sa plus impérieuse et sa plus cruelle tyrannie.

De là naît le ver de la conscience et le trouble : quatrième et dernier rapport de l'impudique avec les réprouvés , au milii u des flammes qui les biûlcnt. Car riionimc sensuel et voluptueux veut se satisfaire et cherche un certain repos qu'il croit se pouvoir procurer en suivant ses désirs criminels ; mais, par un ordre tout contraire de la Providence, c'est en suivant ses désirs criminels qu'il perd le repos et qu'il se metd.ins l'impuissance de le trouver: (Juwrens requiem,et no7i inrcnil {Matlh.,\l\). D'où pourrait-il l'espérer? du côté de Dieu , son créateur et le juge de ses actions et de sa vie? du côté de la créature dont il est adorateur , de cet olijet malhiureux de son attachement et do sa passion? Or, l'un et l'autre, s'il raisonne bien et même quand il raisonnerait mal, lui deviennent une source d'inquiétudes, de chagrins, de remords, de désespoirs. Encore un moment de réflexion , et je conclus cette première partie.

Trouble du côté de Dieu, que l'impudique envisage comme le juge de ses actions et de sa vie. Car prenez garde, s'il vous plaît : tout péché, par la raison générale qu'il est péché, met entre Dieu et le pécheur, tant qu'il (St pécheur , une division , une guerre iriéconciliable. Par consé(iueiit, il est impossible

que le pécheur , du momeni qu'il se révolte contre Dieu, ne perde pas la pais : Qnis reslilit ci, et pacein Iwhuil {Jvb., IX) ? Mai.'» il f.iut avouer que cela même convient encore singulièrement et plus proprement au péché de la chair : pourquoi? baint Chrysostome nous en donne la raison, et l'expérience la confirme. Parce qu'il n'y a point de péché, dit ce Père, que I homme soit d'abord plus déterminé à se reprocher, point de péché où il lui soit plus difficile de se flallcr et de se former une fausse conscience, point de péché dont la confusion et la honte lui soient plus naturelles, cl dm le prélexle de l'erreur et de l'ignorance ait moins de lieu , donc point de péché que le remords suive de plus près , et qui de sa nature soit |dus incompatible avrc le repos et la tran(]uillilé de l'àme : Quœrcns rcipiicm, et non invenit Maltli., XII).

Dans les autres péchés, ajoute saint Chrysoslome, à force de se préoccuper, on croil, en péi liant même, avoir raison ; et par 1.1 on s'alTranchit au moins du trouble présent que cause le péché, quand il est commis avec une conviction actuelle de sa malice. Ainsi la haine, ainsi l'ambition, l'avarice porten'elles tous les jours l'homme h des excès qui le rendent criminel devant Dieu, mais qui ilans lui-même ne l'empêchent pas de jouir d'un calme profond. Gomme ce sont des péchés plus intérieurs, l'amour-proprc sait non-seulement les déguiser, mais les justifier, jusqu'à les faire paraître honnêtes : et de là sou\ent on est rempli d'orgueil, on fait tort au prochain, on blesse la charité et la justice sans aucun scrupule : pourquoi ? parce qu'on n'en convient pas avec soi-même, et qu'il est rare qu'en tout cela on se juge dans la rigueur. Tel est, dit saint Chrysèslome, le caractère des péchés de l'esprit.

Il n'y a que le péché de la (hair, où l'homme, pour peu qu'il ail de religion, ne trouvant nulle défense et nulle excuse, est obligé malgré lui de se condamner. Car ce péché est trop grossier pour servir de sujet aux illusions d'une conscience erronée ; et l'âme, par un reste d'intégrité que ce péché ne détruit pas dans l'instant qu'elle y tombe, est forcée de se reconnaître coupable, de prononcer elle-même son arrêt, et commence déjà à l'exécuter par les horreurs dune réprobation éternelle dont elle est saisie. A peine donc l'impudique a-t-il goûté le fruit de son incontinence qu'il en éprouve l'amertume. A peine a-t-il accordé à ses sensée que la loi de Dieu lui défend, qu'il demeure interdit, confus, livré comme Ca'in à son propre péché, qui devient son supplice et son tourment. Il semble que le premier rayon de la foi qui l'éclairé aille à lui en découvrir l'énormilé et la difformilé pour lui en 6ter la plaisir. Tandis qu'il croit un Dieu vengeur des crimes, voilà son état : Quarcns requiem, et non invenit.

Je sais, et je l'ai dit, qu'à mesure qu'il se dérègle, il voudrait bien secouer le joug du celte foi qui l'importune, et qu'un des effris les plus naturels de la cupidité qui l'aveug'c, est d'aff.iiblir dans son e-prit la créance des

ORATEUnS SACHES. BOUIIDALULE

vérités qui le troublinl, ol (iiii. en le lioubljiiit, le toiilieiiiu'iit iliiis le dmoir. Mais s'il se délivre par là liu Irouble saliilairc i!e la pénilcnce, ce n'e-l que pour tomber dans un autre encore plus triste et plus afl'reus ; je dis celui d'un esjjril emporte par la passion, et th.iuce'aiit dans la rclif^ion. Car, ou l'c démon de l'impureté qui le possède l'a rendu absolument infidèle, ou non : c'est-àdire ou, malgré son désordre, il a encore quelque respect pour les oracles de la parole de Dieu, ou il n'en a plus : or, s'il en a, comment peut-il les écouter et ne pas trembler? et s'il n'en a plus, quelle assurance, du reste, peut-il avoir en n'ccoutanl que lui-même?

En c.Tet, s'il cesse d'être chrétien, dans quelle autre misère ne tombe-t-il pas, exposé, non plus aux alarmes que lui cause sa l'ui, mais aux incertitudes cruelles où le jette son infidélité même? Car celte infidélité ne l'assurant de rien, et lui faisant hasarder tout, de quel secours lui peut-elle être pour trouver la paix? au défaut de la foi qu'il a rejetée, quels témoignages sou Ame, cette âme naturellement chrétienne, ne porte-telle pas contre lui, pour le déconcerter, pour le désoler jusque dans son libertinage? quels combats, quels retours secrets n'a-t-il pas à soutenir? quelles difficultés à surmonter? quels doutes à résoudre? et dans ces agitations et ces embarras, oii est le prétendu bonheur qu'il se promettait? Quarensicquiem, el non invenic.

Trouble encore plus sensible du côté de l'objet qu'il adore : ne le voyons-nous pas tous les jours; et c:i faudrait-il davantage que ce que nous voyons pour apprendre à nous préserver d'une pareille maladie? Soit «ju'on la considère dans sa naissance, soit qu'on la suive dans son progrès, soit qu'on in juge par l'issue, n'est-elle pas, de tous les maux, sans exception, le plus inquiet î Dans sa naissance : car, quel tourment, [lar exemple, est comparable à celui d'un esprit blesse qui aime et qui s'aperçoit qu'il n'est pas aiiné ; qui veut plaire, et ((ui pour cria lucme déplaît ; qui conçoit des désirs ardents, cl qui ne trouve que des froideurs ; qui s'épuise en services et eu soins, et qui n'est jiayé que de rebuts ? Cette passion ridicule et bizarre, mais opiniâtre, quelque force qu'il ail d'ailleurs, n'est-ce pas ce qui le dessèche, ce qui le mine, ce qui le fait misérablement et inutilement languir; et de quelque bon sens que Dieu l'ait ()ourvu. n'est-ce pas ce qui rinfaluo, ce qui pousse sa raison à bout, ce qui le met dans l'impuissance de s'en aider? En sorte que, tout persuadé et tout convaincu qu'il est de sa folie, il ne peut la vaincre ni s'en défaire : d'autant plus uiallieurcusement ensorcelé, pour ainsi dirC; qu'il ne l'est qu'à ses dépens ; tandis que les autres, peu touchés de ce (ju'il endure, t)U en raillent, ou en ont pitié.

Voilà, si l'on ne répond jtas à sa passion, quelle est sa déplorable destinée. Mais quand on y.répondrait, quellesinquiéludci el qu'Iles craintts qu'on n'y réounde pas éi^alini*:!'..

qu'on n'y réponde pas sincèrement, qu'on n y réponde pas constamment ! Qu'on n'y reponde pas également ; car où trouver un retour parfait, et lors même qu'il se trouve, où sont ceux qui, pour leur repos, veulent s'en tenir assurés? En aimant, est-on jamais tonlent de la personne qu'on aime? Qu'on n'y réponde pas sincèrement ; car, dans ce commerce d'amitiés mondaines, et par conséquent impures, combien de fausses apparences ? combien de dissimulations ? combien de tromperies, de ruses, surtout quand l'ambition ou l'intérêt engage l'une a jouer tel personnage? et, pour peu que l'autre soit éclairé, combien de soupçons justes et légitimes, mais allligeanls et désolants, doivent lui déchirer l'âme et le consumer I

Je dis plus ; el dans la suite de celle même passion, que ne faut-il pas essuyer ! Ou celle dont ou a fait son idole est vaine et indiscrète, ou elle est fière el orgueilleuse, ou elle est capricieuse el inégale , ou elle est légère el inconstante. Or, à quelles épreuves, à quelles bassesses, à quelles misères n'est-on pas alors réduit? Que la passion, comme il arrive presque immaiiqu iblement, se tourne en jalousie : quel enfr! Dieu pcul-ilmieux se venger d'un impudiiiue ([u'eu le laissant venir la? Du niomenl que la jalousie s'est emparée de son cœur, lui fautil un autre bourreau que lui-même pour le mettre à la torture et à la gêne? que de veilles qui le fatiguent, qui l'aceablentl que do tristes et d'affreuses nuits, toujours ocrujié qu'il est à combattre des fantômes, et à se. remplir de fiel el de venin contre des rivaux peut-être imaginaires 1 Mais si sa curiosité lui découvre en effet ce ([u'il craignait de voir, quoicjuil le cherchât a>cc tant d'empressement et tant de vigil.tnce, quels dépits et quelles fureurs ! et quelle image plus naturelle pourrais-je <ous en d.uiner, que les pleurs des damnés et leurs grincements de dents? Flctus,ct siridor dcnlium [Matih. VIUjI Enfin, quelle issue el quel dénoûmenl ordinaire ont ces criminelles intrigues 1 La seule ^uc de l'avenir n'est - elle pas une peine continuelle et toujours présente , quand on se dit à soi-même el qu'on se le Oit avec assuranre: Celte passion finira ; el !e succès le moins fâcheux que j'en puisse atlendre, c'est qu'elle finira par quelque chose de désagréable, c'esl-à-dire ((u'elle s'usera el se changera en dégoût : mais ce que j'en dois plus craindre, c est iiu'elle finira peutêtre par quelque chose de douloureux, par une infidélité qui n>e désespérera, [)ar une ingratitude qui me consternera, par un mépris qui m'outragera, par une ignominie qui me comblera de confusion , qui me mettra hors d'étal de [larailre dans le monde, dont je serai la fable, qui m'en bannira pour jamais : c'est qu'elle Unira sans moi tl malgré moi , aTant que de finir en moi; et qu'elle ne subsistera dans moi que pour ui& lendre la vie insu[)purtable , et pour me Caire goûter par avance toutes les iniMeuru de la mort. Ah ! mon Dieu, nous ne le comprenioi;s pas; mais il est vrai que vous m

CMŒME. Si:UMO.N XV. SLHl L-|Mri;iU.TE.

iHûtii'z j.iiiiuis plus rigourpuscmciit !e pé- (lioui- (iiiVii le livrant à ses apitélils diMi'- ^1(S. 11 croit y IrouvcM- sa l'clitité, et il y trouve une réprobation aiiticii>éo. Achevons. Impureté, signe de la réprobation, c'a éié la première partie; impureté, principe lie la réprobation, c'est la seconde.

SECONDE PAKTiE.

Tour parler le langage des l'ères, et pour réduire aux priueiiies de la tlieo'ogie la seconde |)roi>ovilion que j'ai avancée, opérer la réiMObation dans une âme , c'est la eou- <luire à riiDpéuileute finale, puisqu'il est éiidentquc l'impénilcnce finale est la disposition la plus prochaine à la réprobation, ou plutôt, le eomiueneement de la réprobation même. En elTet, dit saint Augustin, les pécheurs ne soûl réprouvés qee |)arce qu'ils ne sont plus dans la voie, ni en élat de taire peniti'iici' ; s'ils y [loiivaien! r.ntrer, ou (pie, dans le lieu «iéme de b ur lourmenl, ils pussent encore être louches d'un sentiment de conversion, l'enfer ne serait plus un enl'er pour t ux, et ils cesseraient d'être réprouvés ; mais ils le sont et le seront toujours, parce qu'il n'y a plu> pour eux. de retour, et (ju'une impénilence consommée a mis, pour ainsi dire, le dernier sceau à leur damnation. S'il y a donc un péché dont la verlu particulière et speciliiiue soit d'engager le pécheur daus celte malheureuse iinpenitence, c'est ce ijue j'appelle, non plus un signe, mais un priucipe de réprobation.

Tel est le péché d'inqourclé : pourquoi ? jiarce qu'entre les péchés qui préci|>itenl Ihommc dans l'abiaie de perdition, il n'y en a aucun qui semble plus éloigné de la pénitence chrétienne, et qui, par conséquent , dans le couis de la Providence, soit ])lus irléuiissible. Je dis, chrétiens, irrcmis^ible, non pas dans le sens que l'a entendu Terlullien, lorsqu'il prétendait que ce péché élait sans remède; que l'Eglise n'avait reçu pour l'abolir aucuu | ouvoir, et que tout impuili(iue devait être abamlonné à la rigueur des jugemenls de Dieu, exclu de toute réconciliation , et visiblement réprouvé par une séparation enlière et sans ressource du corps de Jésus Christ. Car, l'entendre de la sorte, c'était une erreur, et cette erreur, pour la distinguer de 1 1 vérilc que je prêche, lonsistait en deux points. Premièrement, en ce que TerluUien voulait ijue l'impureté fût d'elle-même et absolun)ent irrémissible , ce que je n'ai garde de penser : mais je dis seulement que c'est un péché très-dilficile à guérir; de sorte que les remèdes mêiTies iiislilués par le Fils de Dieu, et comnus à la dispensutiou de l'Kglise, quoiqu'ils le puissent effacer, ne l'effacint néanmoins (ju'assez rarement, parce que mille obstacles presque invinciblc-i en arrêtent l'effet salutaire. Secondement, la pensée de Tertullien élait que l'iuipéiiitence habituelle, dont l'impureté est suivie, ne dépendait point de la volonté du pécheur : car, selon ses maximes, quand le pécheur aurait fait les derniers eilorts, cl donné les preuves les plus sensibles d'une ji'éuilence parfaite, l'Eglise n'y devait point

Or.vteurs sacrés. XIV.

avoir égard pour le réi.iblir dans l'usage» des div-ins ley.slères, et d.ins la communion des fidèles : autre article <jue condamne l'Eglise, et que je comlamne avecelie, reconnaissant que si le plus emporté et le plus scandaleux des hoauues se ionvertissait à Dieu de bonne foi, qu'il en donnât des marcjnes solides, qu'il justifiât sa contrition par la régularité de sa vie, l'Eglise alors, eu lui imposant les satisfactions légitimes, aurait droit de l'admettre à la pénilence, et de lui acoider la grâce qu'il aurait demandée avec gémissement et avec larmes. Mais j'ajoute au même temps (jue, par les désordres tle son liabilude criminelle, l'homme se l'ail, pour ainsi parler, à lui-même un élal d'impénitence, (t d'une impénilence volonlaire, d'une iui|iénitence à laqu-lle il ne veut pa^i renoncer, dont il cntretirnl la cause, et (|ui lui endurcit le cu'urd'aulanl plus dangereuse ment qu'elle lui estagréableel(|u 'elle lui plaît. A'oilà, dis-je, eu quoi la veiilé ([ue j'établis est diflérente de l'hérésse de TerluUien. Hérésie où je vous prie, en pass.inl, de remar- ()uer avec moi deux dioses iniportanles, et i|ui peuvent être pour vous d'une grande édification : savoir, le principe d'où elle procédait, et le fondement sur le(iuel on l'appuyait. D'où procédait celte hérésie'? appliquez-vous à ceci : d'une sainte horreur dont ri'.glise était prévenue coiitic le péché que je combats; mais horreur que TerluUien ouïra, pour user de ce lernie, eu délérant trop a ses lumières et à son sens. Car voici comment il raisonna : l'Evangile m'assure qu'il y a des péc!<és monsirueux qui ne se pardonnent, ni dans le siè<le présent, ni dans le siècle à venir. lUen de plus monstiueux dans un chrélien (juc le dérèglement d'une chair sensuelle et impure : par conséquent, il faut que l'iniiiurelé soit un de ces pé< hés irrémissibles dont parie le Saint-Esprit, il se trompait dans la première proposition, ne la prenant pas au sens orthodoxe qui la modifie; usais, jiour la seconde, il ne supposait rien qui ne fût uiiiversellcmenl reçu; et nous jugeons assez de là, (|ue l'impureté était donc alors regardée comme un crime bien énorme, puisqu'il se trouvait même des hommes savauis et zélés qui ne pouvaient consentir que la pénitence la plus juste et la plus couiplète fût suffisante pour l'expier. i)e plus, on juge, de celle hérésie, combien, à l'égard de cecrime, la discipline de l'Eglise était rigoureuse, et avec quelle sévérité l'on procédait contreles impuiliiiucs. Car il fallait bien que ce fût ainsi, puisque la conslilution (lu pape Zéphyriu, qui promettait grâce aux sim[)les lornicaleurs, soufl'.-ez ce ternie, (;uel- (|ue prudente qu'elle fût, ne laissa pas de partager les ( sprits, de déplaire à plusieurs , et d'en révolter quelques-uns, entre les(iuels Tertullien se déclara le plus hanieou nt. J'apprends , disail-il dans la chaleur de celle controverse, que le souverain pontife, l'évêque des évêques.a publié une ordonnance, mais décisive et absolue, en vertu de la- «luelle les fornicateurs, après les exercices ordinaires d'une pénilence laborieuse, peu- [Dix-nenf.)

i^s: ORATi;i;ns SA( lU'

vont espérer une <'nlièro rémission : Audio edictum, cl qnidcm percmptorium : ponlifrx scilirel maximtis, rpiscnpns epiKcnporum, diril : Egafornicnlinnis delictn pœnilcnlia ftinclis dimitto (TcrtulL). Ensuite il s'écrie : O indifriiilé! à prévaricalion 1 ô nbus, qui ou- ^Ie 1.1 porte à loi'tos sortes <Ie licences I l'renez ganli", clirélicns ; cette conduite le scandalis,!. et il aima tnieu^ se séparer du corps de l'Eglise, en l'accusant de relâcheinent, que de souscrire à celle ordonnance cl (le l'approuver, il fallait donc que la simple l'ornicalion eût été jusque-là sujette à de grandes peines. Mais encore, sur quoi Tertullien se fondait-il pour porter les choses à cet excès, et pour traiter d'irrémissible le péché, selon le monde, le plus pardonnable? Sur des raisons, clirétiens, toutes essentielles, quoiqu'il soit vr.ii qu'il en abusa. Par exemple, il ne pouvait souffrir qu'un chrétien apportât pour excuse de son désordre la faiblesse de la chair. Ah 1 mon frère, rcprenail-il, ne me dites pas que la chair a été faible en vous : elle n'a été que trop forte, puisqu'elle la emporté sur l'esprit : Nutla enim tam fortis est caro, quam quœ spiritum elisit (Idem). Eh quoi ! ajoutait-il, nous refusons la grâce de la pénitence à celui qui a succombé dansla persécution, et nous l'accorderons à celui qui dans la paix succombe à sa passion 1 Nous ne pardonnerons pas à une chair que le supplice a effrayée, et nous pardonnerons à celle qu'un faux plaisir a corrompue 1 Non, non, poursuivait-il, il y aurait en cela de l'injustice; car une chute libre cl volontaire mérite bien moins do compassion qu'une lâcheté involontaireel forcée. Or. l'apostasie d'un chrétien par la crainie de la mort, toute criminelle qu'elle est , est l'effet d'une violence étrangère ; au lieu que le désordre de l'impudique vient d'une pure infulélité. Le chrélien lâche et déserteur de sa religion peut alléguer pour sa défense la <-ruaule des bourreaux ; mais le sensuel et le voluptueux ne peut s'en prendre qu'à luimême. Et qui des deux, à votre avis, fait pliis grand outrage à Jésus-Christ, ou celui qui l'abandonne dans les tourments, ou celui qui le renonce dans les délices"? ou celui qui souffre et qui gémit en lui manquant de foi, nu celui qui lui manque de foi pour se rontenter et se satisfaire? Tous ces sentiments deTerlulIien sont grands sans doute <t élevés: mais voici sa raison principe; écoulez-la, s'il vous plaît : c'estque la chair de l'homme ayant élé adoptée , ennoblie , sanctifiée par l'Incarnation divine, le péché qui la déshonore et qui la souille , ne devrait plus seulement passer pour un crime, mais pour un monstre. Cai' enfin , <-onli{iuait-il au même endroit, que la chair se soit licenciée , et qu'elle se soit même perdue avant .lésus - Christ, on peut dire (]u'elle n'était pas encore digne des dons du s.ilut, et qu'elle n'était pas encore formée ;mix pratiques de la sainteté. Mais depuis 'lifc le Verbe de Dieu a contiactê avec elle la plus intime .■lUiance en si- faisant luiliiéiue cliair : L'C veibum caro fnclum est

S. iu)i:ui».\LOtjr:

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[J 0(1)1. I), ahl mes frères, concluait Terlullien, faisons état que celte chair a comme changé de nalnre, et qu'elle n'est plus ce qu'elle était : Exinde caro quœcumque ctlia juin res est (TertuL). Pourquoi donc voudrions-nous la justifier par ce qu'elle nous paraît avoir de fragile : Quid errjo illam nunc de prislino excusas {Idem )?Que l'impureté ait été rémissible dans la loi ancienne, c'était un temps où l'homme ne portait pas encore la qualilé de membre de Jésus-Christ , et où notre chair n'avait pas l'honneur d'être incorporée à la sienne; mais depuis qu'elle lui est unie personnellement, depuis qu'elle a élé lavée par le baptême et dans le sang de l'Agneau, depuis qu'elle est devenue le sujet des plus excellentes opérations de la grâce , il estjuste, ou que vous la conserviez vousmêmes, ou que \ous soyez éternellement réprouvés de Dieu.

C'était ainsi que raisonnait ce défenseur de la pureté , mais après tout , défenseur trop obstiné et trop ardent. C'était ainsi qu'il frappait l'impudique d'un anathème c'ernel; et moi , ( hrcliens, sans aller si loin , j'ai dit, et je le dis , que l'impureté n'exclut point encore absolumenl , et (lès maintenant, le pécheur de la miséricorde divine; mais j'ajoute qu'il s'en exclut lui-même par un attachement opiniâtre à son péché. En voulez-vous les preuves? je les réduis à trois. Car il est vrai qu'il n'est point de péché qui rende le pécheur plus sujet à la rechute , point de péché (;ui expose pins le pécheur à la tentation du desespoir , point de péché qui tienne le pécheur plus étroitement lié par l'habitude. Encore un moment d'attention, et je finis.

Piiint de péi hé qui rende le pécheur plus sujet à la rechute. Elcoutez là-dessus ce que se dit à lui-même , dans notre évangile , l'esprit impur : Reicriar in dninuin unde exivi [Malt. W\ ) :je retournerai dans la maison d'où je suis sorti ; car , quoique je l'aie quittée, parla facilité que je trouve à y rentrer dès que je le veux , elle ne laisse pas d'être à moi ; et quand je la quitte , je ne la quille que pour un temps , sans cesser pour cela d'en être le maître : j'y retournerai : Revertar , et j'y reprendrai tous les avantages que j'y avais , je la trouverai nettoyée et parce, mais je la souillerai tout de nouveau, et le dernier état de cette âme sera pire que le premier : El fiant novissimn Uomiiiis illias pejora priuribas (Matih. XII). Vous reconnaissez-vous, chréliens , et cette peinture n'est-elle pas une expression naturelle de ce qui se passe dans vous? Si vous êtes possédés de ce démon de la chair, ne soiit-ce pas là les malheureuses épreuves que vous faites tous les jours de son pouvoir et de voire faiblesse? Après que vous l'avez chassé en vous convertissant à Dieu , n'est-ce fias ainsi qu'il revient , et que , complanl sur votre fragilité. iln'a(]u'à employer le charme trompeur d'une volupté passagère pour vous pervertir? Quelque soin que vous ayez de purifier vos consciences , dfc les orner et de les parer, n'est-ce pas ainsi iju'il commence tout de nouveau à les ct'rrompre et à les in-

CAREME. SERMON XV. SUR L'IMPURETE.

f clor? VoIrc iHil alors n'esl-il pas encore plus niorkl qu'il ne l'élail"? n'en devenezvous pas encore plus esclaves de la sensualité , encore plus incapables de vous nicdérer, encore plus euiporlcs dans les occasions, encore plus lâches et plus changeants dans vos résolutions? Ah ! mes frères, pcrmetli znioi de vous le dire avec douleur , voilà ce qui fait gémir les pasteurs de vos âmes , cl ceux qui doivent en répondre. (Juand vous avez recours à nous dans le sacré liil)unal , voilà ce qui nous rend vos confessions suspectes , ce qui nous empêche de faire fond sur vos ferveurs ; voilà ce qui nous oblige , comme dispensateurs des m3Stères de Dieu , à prendre avec vous tant de précautions , à ne vous en pas croire sur votre parole , à nous deflcr de vos soupirs et de vos larmes , à vous suspendre la grâce du sacrement , et afirès bien des délais , à ne vous l'accorder qu'avec peine ; voilà ce qui nous met dans la néiessiié de nous dépouiller même quelquefois de ces entrailles de miséricorde que demanderai! notre fonction, et de nous endurcir contre vous , en refusant absolument de vous délier et do vous absoudre, l'ointde [léchéqui expose plus le pécheur à la tentation du désespoir. C'est saint Paul qui nous l'apprend : Oespiraules , scmeiipsos tracliilerunt impudiciiiœ ( Eplies. IV ). Je vous conjure, mes frères, disail-il au\ Jîphésiens , de ne plus vivre comme ces pécheurs qui , perdant toute espérance , s'abandonnent à toutes sortes de dissolut ons : In operaliuncm iinunniJiliœ omnis {Kplirs. W). Car l'effet le plus ordinaire de l'impurclé est de ruiner dans une âme tout l'édifice de la grâce , et d'en renverser jusqu'au fondement, qui est l'espérance chrétienne. Mais encore, demande saint Chrysostonie, de quoi l'impudique désespère-t-il, et de qui désespère-t-il"? Il désespère , reprend ce saint docteur , de sa conversion , il désespère de sa persévérance , il désespère du pardon de ses crimes ; et quand on lui promettrait le pardon de ses crimes , il désespère de sa volonté propre , il désespère de Dieu , et il désespère de luimême. Kst-il de plus IriNlcset de plus désolantes extrémilés ? Il desespère de sa conversion . car le moyen , se dit-il à lui-même , ou plutôt lui fait dire l'esprit impur, le moyen que je rompe mi's cliaims , le moyen que je m'arrache du cœur une passion qui fait toute la dou(eur de ma vie , le moyen que je renonce de bonne foi à ce que j'aime encore de meilleure foi 1 si je disais que je le veux , ne mentirais-jc pas au Saint-Esprit"? et si je n'ai pas la force de m'y résoudre et de le vouloir, ne suis-je pas le plus infortuné des hommes et le plus délaissé de Dieu ? Supposé même sa conversion , il désespère de sa persévérance : car , (|ue puis-je attendre de moi, ponrsuil-il, après tant de légèrelés et de changements'? Quand je dirais aujourd'hui à Dieu que je veux sortir de ma misère, et que la ré^olulion que j'en ai formée sera éternelle. |iour le dire et pour le penser. serai-je plus en état de l'exécut'r ? n'ai-jc pas dit cent fois la même ( hose , cl cent lois

après l'avoir dil , ne me suis-je pas trouvé le même (jue j'étais '? Pourquoi préleniire que ce ((ueje dirai mainlenant sera plus solide'? et pourquoi me fl.itter ([ue je ne serai plus ce roseau agile par le vent , qui cède et qui plie dès qu'il est ébranlé par le moindre souflle? en le voulant ainsi , en m'y engageant , changerai-je de nalurel , aurai-je une autre trempe d'esprit , serai-je pourvu <le plus grands secours, me fournira- t-ou des remèdes plus présents et plus efllcaces que ceux mêmes que j'ai si souvent rendus inutiles? Enfin, il désespère (oui à la fois, cl de Dieu, et de lui-même : rie Dieu, parf<î que c'( si un Dieu de sainteté, qui ne peut approuver ni souffrir le mal ; de lui-même , [larce qu'élanl tout charnel et vendu, comme dil saint Paul . au péché : Vcnumdattis sitb percnio {Itoin. VU) , il ne peut presque plus désormais aimer le bien ; de Dieu , p.irce (lu'il a si souvent abusé de sa miséricorde et de sa patience ; de lui-même, parce qu'il a les plus sensildes convictions de son iusl.ibililé el de son inconstance; de Dieu et île luimême , parce qu'il voit enlre Dieu el lui des opposilions infinies, qu'il ne croit pas pouvoir surmon'er , el (jui lui font preinlre le parti de se livrer aux désirs de sou cœur: Dcspernnies , semetipsos IruJideriinl impudiciiiœ {l'Jphes. IV.)

.\ussi , chréliens , est-il vrai que nul autre péché ne tient le pécheur si étroitement lié par l'habitude. Tout y coniribue : les occasions de ce péché beaucoup plus fréquentes , la facilité de comniellre ce péché beaucoup plus grande, L' penchant nalurel vers ce péché beaucoup plus vicdent , les impressions que laisse ce péché beaucuup plus fortes. Ne cheri bons point tantcle raisons, mais lenons-nous-cn à la seule expérience. Je vous le demande, mes chers auditeurs, combien voit-on d'impudiques dans le monde , je dis <rimpudi(iues par état, qui se convertissent? En connaissez-vous beaucoup dans qui la grâce ail opéré ce changement? Je trouve bien, disait autrefois saint Chrysostonie, el j'ai plus droit encore de le dire aujourd'hui, je lrou\ e bien des âmes pures qui se «oui (out à fait préservées de la contagion du péché. Il y en a eu de lonl temps, et il y en aura toujours pour l'édincalion de l'Eghse el pour la gloire de Jésus-Christ. Je vois dans le christianisme des sociétés d'hommes crucifiés au monde cl à la chair, qui sur la terre semblent vivre comme les anges du ciel ; j'y vois des assemblées de viirges qui, selon l'expression de saint Jean, ont blanchi leurs vêtements dans le sang de l'Agneau ; j'y vois des femmes pleines de vertu, des veuves d'une réputation el d'une vie inéprochables. Mais des chrétiens chastes et réglés après avoir vécu dans le désordre ; mais des hommes autrefois lascifs et voluptueux, qui aient cessé de l'être ; mais des âmes libertines et dissolues qui recouvrent le don de la pudeur après l'avoir perdu par l'incontinence; ah ! mes frères, reprenait saint Chrys.ostome, c'est ce que je cherche dans le monde, mais assez inutilcinent ; et c'est ce qui m-

r,9i oiiATt:uns sacrks. louudaloije

fait douter si, lorsqu'il s'agit de ce crime, la

pénitonco n'est p;is encore plus rare (lue rinnoceiico, et s'il n'est pas plus facile do ne loniber point du tout que de se relever après sa clinle. Je sais, mes cherg audileurs, que l'un et l'autre est possible à Dieu; je sais que l'Ecriture cl la tradition ne laissent pas de nous en fournir de célèbres exemples ; mais comment vous les propose-t-on? comme des prodi-îcs de la grâce, comme des faits extraordinaires et singuliers: un Augustin, une Madeleine , quelques autres spéciiilement élus pour être des vases de miséricorde, mais dont le petit nombre est ciiit fois plus capable de vous faire trembler que de vous donner de la présomption.

Cependant, me direz-vous , on voit ces liommes, esclaves de la chair, se présenter avec douleur au sacrement de la pénitence. Avec douleur, chrétiens ? Ah! quelle douleur! car, pour \ous en découvrir l'abus ordinaire, si vous l'ignorez , ils se présentent, dit le chancelier Gerson , à ce sacrement de la pénitence, bien plus communément pour être condamnés de Dieu , que pour être absous de ses ministres ; ils s'y présentent, mais avec des circonstances qui font bien connaître que leur dessein n'est pas de déraciner le mal. Car, pourquoi ces craintes, ces réserves eu s'accusant? |iour- (|uoi ces vains ménagements d'une prudence tout humaine? pourquoi ces changements de confesseurs'? pourquoi même ce choix affecté des moins sévères et des plus commodes ? Le grand, secret pour un chrétien en qui ce péché prédomine, est de se mettre sous la conduite d'un homme de Dieu, intelligent, exact, zélé : mais, c'est ce qu'ils ne veulent pas. Enfin, ils s'y présentent faisant trêve avec leur passion , et ne rompant jamais avec elle. Car, observez-les d.ins la suite, et vous verrez si J'ai raison de me défier de leur pénitence. Ils détestent, ce semble, leur péché ; mais ils ne cessent pas pour cela d'enaimerl'objet et d'en entretenir les occasions ; ils se défont d'un engagement, mais ce n'est que pour en former un autre. La fré(iuenlation de celte personne leur devenant même nuisible selon le monde, ils s'en éloii^nent ; mais ils prennent parti ailleurs : au défaut de celle-ci, ils trouveront celle-là. Je dis [dus : au défaut de tout le resli',ils se trouveront toujours eux-mêmes, et ce sera assez. ,\iusi, ils changent de sujets, mais ils ne changent point di; sentiments ; et, malgré leur douleur prétendue, leur péché subsistera toujours, (juiud donc ferontils une vraie pénitence? Dans cite vie? ils ne s'y déterminent jamais. Dans l'autre? elle est inutile et sans elïel. A la mort? c'est alors le [léehé qui les (luitle, et non pas eux (]ui quittent le pé( hé. Les voilà donc sans pénitence et dans le temps, et dans l'élernilé, et par conséiiuenl dans un état de réprobation. Or , ijui les réduit en cet étal? 1 impureté. .Mais si cela est, il s'ensuit donc q:ie le mond(î est plein de réprouvés , jjuis- (ju'il est plein de v(duplueux et d'impudinues. A cela, mon dur auditeur, je n'ai ,

pour toute réi>onse, que deux paroles à vous dire, mais qui sont d'une autorité si vénérable, et au même temps d'une décision si expresse,qu'elles ne sonlTrenlaucune réplique. La première, de saint Paul : que les impudiques ne seront jamais les héritiers du royaume de Dieu ■.Nc(/itefornicaiii,ncf/Headulteri, neqiie molles... rcgnuin Dei possidebnnl (1 Cor. VI). La seconde, de Jésus-Chi ist même , que nous sommes tous appelés au royaume de Dieu, mais qu'il y en a peu d'élus : Mulli tucali,pauci clecli (Matth. XXII).Or,comparanlentreellesees deux grandes vérités, quelque inilépendanles qu'elles semblent êtie d'abord l'une de l'autre, j'y découvre un enchaînement admirable : car, quandje m'imagine, d'une part, beaucoup d'appelés et peu d'élus, et que, de l'autre, je vois tant d'âmes sensuelles et si peu de chastes, je n'ai plus de lieine à voir la liaison de la parole du Sauveur du monde a\ec celle de l'Apôtre, et je ne cherche point d'autre dénoûment de ce terrible myslère de la prédestination et de la réprobation des hommes. Le seul partage que font dans le monde l'inconlinenee et la chasteté suffit pour nous le faire comprendre : car, s'il y a\ait beaucoup d'âmes pures, ou si beaucoup d'impudiques se convertissaient, je ne pourrais presque i>lus me pei-suader ((u'il y eùl si peu d'élus. Au contraire, s'il était vrai (|uil y eût beaucoup d'élus, malgré le petit nombre d'âmes pures, ou le nombre encore [dus petit d'impudiques convertis, il faudrait dire que les impudiques auront donc place dans le royaume de Dieu. -Mais un nombi'e infini de voluptueux et d'impudiques, et d'ailleurs, nul impudiiiue reçu dans l'héritage céleste, voilà ce qui vérifie et ce qui me l'ait parfaitement entendre l'oracle du Fils de Dieu : plusieurs d'appelés, peu d'élus : Mulli vocali, pauri clecli.

C'est à voU', mes chers auditeurs, à y ]irendre garde, tandis qu'il est enrore temps pour vous : car, il c-t temps encore, après tout, et à Dieu ne plaise que je vous renvoie sans espérance. En vous proposant des vérités si terribles, mou dessein n'a été que de vous les rendre salutaires. Si j'ai dit que l'impureté est de tous les péchés celui qui rend le pécheur plus sujet à la rechute, ce n'est que pour vous engager à une plus exacte pratique d<' la vigilance chrétienne. Si j'.ii dit qu'il n'y a point de péché qui expo^e plus le pei heur à la tentation du désespoir, ce n'est que pour xous élever au-dessus de vous-mêmes , et pour vous porter à implorer le secours de Dieu avec plus d'ardeur et plus do confiance. Si j'ai dit i|ue nul autre péché ne tient le pécheur plus élroiteinent lié par l'habitude, ce n'est (|ue pour vous inspirer des scnliuicn's plus héroïques, cl pour vous déterminer à faire de plus gcnéii ux efforts. Votre salut les demande, et îMiu les attend de ^ous : mais pour ctda, mon Dieu, nous avons besoin de \otre grâce, d'une grâce préi enanle, d'une grâce victorieuse et toute-puissante. Grâce que je demanderai sans cesse : elle est précieuse, et j'en connais le jinx ; mais, toute précieuse

mx'vWc osl, je puis l'oltcnir, et Dieu ne la r<fii>cra point à ma priùre. Grâce à laquelle je ne mcUrai nul olislaclr ; ce n'est pas assez : à laquelle je nie disposerai, et par où ? parla fuite des occasions, par la niorlifica- (ion de mes sens , par la fréquente conl'es- «ion , par la lecture ilcs l)ons livres , par li'utiles entretiens avec un directeur sage et ïéle, par les aumônes, par lis sacrifices, [lar II. us les niovens que la religion me fournil. Grâce à laq"uelle je répondiai fidèlement el sans me tromper , proniplemiut el sans hésiter, pleinement et sans rien réserver. Grâce que je n'exposerai jamais ; car , l'exposer , ee serait vouloir la perdre. Mais aussi , mon Dieu, grâce avec laquelle je me promcluai une sainte persévérance, jusqu'à ce que j arrive à la gloire, où nous conduise, etc.

SKUMON XVI.

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