‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 5 sur 132 · PREMIER AVENT. SERMON 1. S.R LA RECOMPENSE DES SAINTS · texte numérisé non relu

PREMIER AVENT. SERMON 1. S.R LA RECOMPENSE DES SAINTS

Tr;ii que (juicnnque s'attache à servir le monde, s'il ne veut pas y être trompé , doit se résoudre à travailler l)enucoup pour gagner peu? El n'est-il pas, tout au contraire, évident et incontestable que quand on travaille pour Dieu, pour peu (lu'on lasse, ou {jagiie infiniment? Profilous de ce parallèle, et servons-noiis-en pour goûter notre reliifion.

Que ne faisons- nous pas tous les jours dans le monde , pour j obtenir des gràres que le monde est en possession de vendre bien chèrement, des grâces ardemment désirées et impatiemment atlendues, mais (jue l'on s'apeiçoit enfin, dès qu'on les a, ne valoir pas à beaucoup près ce ((u'il en a coûté pour les avoii? Ouelles peines, quelles fatigues ne supporte-t-oii pas pour parvenir, dans le monde, à des élablisseniciits où l'on s'était figuré des avantages considérables , mais dont on conuuence à se désabuser et à se dégoûler du moment qu'on y est parvenu? A quoi ne s'expose-t-on pas, et sans y é|)argner sa vie, que ne ris(iue-t-on pas pour s'acquérir dans le monde une gloire ((ui n'est qu'un fantôme, et dont on ne jouit pas plutôt qu'on en reconnaît la vanité elle néant? (juels empressements n'a-l-on pas, et quels mouvements ne se donne-t-on pas pour se procurer auprès des puissances du mon<!e un degré de faveur, qui souvent ne conduit à rien, et pour le<inel ou sacrifie son repos et sa liberté? A cotnbien de mondains, dans le christianisme , ne pourrail-ou pas dire avec raison ce que Dieu, |iar un pru|ilièle , disait au\ lsr.ié'it>'s, eu leur faisant considérer les funesles suites de leur infidélité : Seminastis mullum, el inlulisiis parum (Afjr/. 1) : vous avez beaucoup semé, el vous avez peu recueilli , c'est-à-dire, vous vous êtes bien tourmeniés, vous avez bien fait des efforts, il vous en a ci>ûle bien des bassesses ; el toul cela s'est teruiiné à une vaine et misérable fortune, qui n'a pas répondu à voire allcnle, et qui s'est trouvée bien au-dessous de vos prélenlions. Pourquoi ? parce qu'en travaillant pour le monde, vous avez semé dans une terre ingrate, dont vous n'avez dû vous prometlrc, el (jui n'a pu vous rapporter que très-peu de fruits : Srminnslis multum, el inlulisiis pnrum. Il faudrait un discours entier, si je voulais m'élendre sur celle morale, donl peul-élre vous ne seriez (juc trop persuadés, et qui, par l'abus que vous en pourriez faire, vous servirait de prétexte pour autoriser vos chagrins conire le monde, cl vos plaintes souvent très injustes. Je reviens à ma coniparaisun.

Les saints, les élus de Dieu ont en un sort bien différent. En travaillant pour Dieu, ils ont souffert, je le sais; el je suis obligé de convenir que leur vie sur la terre a été une vie austère, pénitente, mortifiée; niais, au iiiilieu de leurs austérités , de leurs pénitences, de leurs mortifications, ils ont eu l'avantage de pouvoir dire, aussi bien que le grand Apôtre : Non siiiil comUfjnœ passiuncs hujus tewporis ad faluram (/loriam, (/uœ revclabilui- in nobis (Rom., Vilj). Nous soulTrons, il est vrai ; mais, outre que nous souffrons

pour la jusiire , ce qui pourrait dès mainte nant nous tenir lieu de récompense; outre que nous soulTrons pour Dieu, et que cela seul est déjà pour nous une béatitude antici|>ée, ce ()ue nous souffrons n'a rien (]ui soit comparable à cette gloire que Dieu nous prépare ; el notre grande ressource est que le moindre degré de celte gloire que nous attendons nous dédommagera, pleinement et avec usure , de toul ce qu'il y a de plus laborieux et do plus pénible dans la vole d.u ciel.

\'oilà en quoi a consisté le bonheur des saints. Ils inarchaieni, dit l'Ecriture, el dans res|iril d'une componi lion salutaire, ils versaient des larmes, jetant sur la terre les précieuses semences de leurs mérites : liiintes ibnnt . el jlcbant, millenles snniiui sua [Ps., CXXV). Alais ils se consolaient par cette pensée, qu'ils reviendraient bieiilrtl triomphants el comblés de joie, portant avec eux l'abondante moisson (lu'ils auraient cueillie ; c'est-à-dire, portant avec eus des trésors inuiienses de gloire, qui devaient être le prix des légers saciilices (]u'ils faisaient à Dieu : Vcnicnlcs autcin veniritt cum rxullalionc, portanlrs manipiilos suos (IbiiL). Ils possédaient leurs âmes dans la patience, fondes sur l'espérance qu'ils avaient d'entendre bienlôi ces délicieuses paroles : Quia super paura fuisii fidelis, super iinilla le ronsliluaiii (Mallli., XXV); parce que vous avez été lidè'e en de [uliles choses, j'en ferai de grandes pour vous, .le n'épargnerai rien j)our voire bonheur : Intra in (jdwiium Doniini lui {Ibiil.]. Entrez dans la joie de voire Dieu, parce que la joie de voire Dieu est trop grande pour entrer dans vous. Tel est, nies chers auditeurs, le fond du mystère que nous célébrons , el c'est ce que la vue des saints et de leui' gloire nous <loit inspirer. Je sers un Dieu, non-seulemenl fidèle dans ses promesses, mais magnifique dans ses récompenses ; un Dieu ((ui récompense en D,eu,'ct (jui , sans allendro cette viu éternelle qu il me promet, ni'ac( <u'de déjà le centuple de ce (]ueje fais pour lui, par la consolation que j'ai de le faire el de l'avoir fait. Or, c'est encore de là que je lire la seconde notion d'une récompense abondante.

Car j'ai dit, après saint Augustin, que c'est Celle qui, par elle-uiéme, suffit jiour contenter riuunme ; el j'ai ajoulé que ce caractère ne pouvait convenir el ne convenait qu'à la récompense des saints. Celte vérilé a-t-eile besoin de prcuv e, et en fut-il jamais une plus capable de nous forcer en quebuie sorte , malgré nous-mêmes, à chercher le royaume de Dieu? Il esl vrai, on voit dans le momie dis hommes qui, selon le monde, paraissent amplement récom[)eiisés ; on en voit dont les récompenses vonl même bien au delà de leurs services et de leurs méiiles. Mais en voit-on de contents? en voyez-vous? en avez-vousvn? cspérez-vousjamais d en voir?Et s'ils nesoiit pas contents, à quoi leur servent leurs prétendues récompenx'S? Ils regorgent de biens et d'honneurs, je le veux ; el il semble que le mondesesoitépuisé pour les élever aune pros- ]iérilé complet .Mais cependant leur cœur esJilsalisfuil?ucdcsirent-ilsplusricn?5C croient

ri» OR iTEL'RS SACRES. BOURDALOLE. :î2

lis hnirff'.ix ? <•( ù.ins leur prnsjc^riK^ niémc, pour moi ralîi'.nncliissoniont de (ont mal , ci

•laiisct» l)()iiheur.ipparent,lrouvcnl-ils on effet la jouissance de tout bien : Satialior ciim

la fclirilé? N'csl-ce pas, au contraire, dit saint appnmcrit ijlorin liin.

Chrysostonie dans ces sortes d'étals qu'il est C'est ainsi que parlait David. Etait-ce par plus rare, ou plulôt moins possible de la cxafieralion , ou dans le transport d'une estrouver"? n'esl-ce pas dans les grandes for- lasi' '? Non, chrétiens: il parlait selon le prclunes que se Irouvcnl les grands chagrins ? mier sentiment qui naissait dans son âme; et qui pourrait dire le nombre de ceux qui et il ne faut pas s'étonner si , louché de la n'y sont parvttuis que pour être plus mal- véritéque je vous annonce, il se servait d'une heureux, et pour le sentir plus vivement? Le expression aussi forte que celle-ci, so?ùi6or ; monde n'.ivail pourtant rien épargné pour parce qu'il savait que celle gloire et celte contenter bur ambition, et pour les combler récompense des élus, après laquelle il soude S"s faveurs. Mais en même temps, le pirait , n'était rien autre chose que Dieu monde n'avait pas manqué de mêler parmi même. Car la foi nous apprend encore que les faveurs des semences d'amertume qui en c'est Dieu lui-même qui doit être notre réétaient inséparables, et qui devaient bienlôt compense : Ego merces tua magna nimis après produire des fruits de douleur. Le {Gènes., XV) Oui, moi-même, dit Dieu à son monde, en les rendant puissants et opulents, serviteur Abraham , moi-même qui suis ton leur avait donné tout ce qui était de son rcs- Seigneur et Ion maîlre, je serai la récompense sort ; mais il n'avait pu leur donner ce rassa- cl la béatitude. Hors de moi, rien ne pouvait siemenl, celle paix du cœur, sans quoi ni la l'être, et toute ma gloire sans moi ne serait puissance, ni l'opulence, n'eni]H'rbaienl pas pas assez pour toi. Il me fallait moi-même que leur état ne lût un état aflligcanl. Oiiel- pour te rendre heureux ; et c'est pourquoi (pie heureux qu'ils parussent , lomliien leur je ne le promets jioint d'autre récompense manquail-il de choses pour l'êlrel Vous me que moi-même; c'est moi que lu posséderas: liiiez iju'ils ne devaient s'en prendre qu'à Èyo merces tua. Or, il est aisé de concevoir eux-mêmes, puisini'ils n'étaient malheureux comment la possession d'un Dieu peut opérer que parce qu'ils étaient insatiables. Et n:oi dans l'homme l'elTet divin que David s'efforje réponds : mais pourquoi, malgré les fa- çail d'exprimer par celte parole, saliabur. veurs dont le monde les comblait, etaienl-ils Car c'est là, mes chers auditeurs, tout le encore insatiables ; sinon, ajoute saint Chry- secret de celte félicité incompréhensible, dont soslonie, parce que c'est une vérilé reconnue, jouiront les saints dans le ciel. Ils possédclonslanle, élernelle, que jamais les faveurs ront Dieu ; ils seront pleins de Dieu : Inehrîa' du monde, quelque abondantes que nous les bunlur ah uherlale damas Iwr (Psal. XXXV): concevions, ne pourront rassasier le cœur ils seront enivrés, 6 mon Dieu, de l'abonliumain ? dance qui remplit voire maison : El lorrcnle Quoi qu'il en soit, chrétiens, de là je con- vohiplaiis tuœ polabis eos {Ibidem) : ils boiclus l'excellence et la perfection de la récom- ronl à longs traits dans le torrent de vos pense dis élus de Dieu. Car il est encore de délices, dont ils seront inondés. Pourquoi"? la foi, que cette récompense seule remplira il en apporte la raison, qui est convaincante: louie la c.ipacilé, et même toute l'imtmnsité Quonium apud te est fons vitœ {Ibidem): lie notre cicur. Il est de la foi, que nous parce que c'est en vous qu'est la source de lrou\erims en elle l'afcomplissement de tous la vie. Voilà, dis-je, chrétiens, quelle sera nos désirs. Il est de la foi, qu'elle sera |;our votre récompense; voilà, au milieu des minons une béatitude consommée, à la(iui'lle il sères qui nous accablent dans celle vallée MO mamiuera rien, el (|ui nous tiendra lieu de larmes, ce que nous croyons et ce que de tout, lin un mol, il est de la foi , qu'avec bous espérons. Mais peut-être, charnels que Cille ré(om|)ense , tout insatiables que nous nous son)iiies, ne le comprenons-nous qu'à .sommes, nous serons contents : Saliabnr, demi; et peut-èlre vous à qui je parle , aociiin apparueril glaria tau {Psa!. X\'l), riez-vous besoin que voire foi sur cela lût disait à Dieu cet homme selon le rœur de soutenue et forliQée par quelque effet présent Dieu : Je ser.ii rassasie, quand ^ou^ me dé- cl sensible. Eh bien I comme prédicateur de couvrirez voire gloire. Comme s'il eût dit; l'I'^angile , je veux en ceci ni'accorder à vos jusque-là. Seigneur, quoi que le monde fasse faibles dispositions.

pour moi, je serai toujours alTamé et .-iliéré; Vous me demandez un préjugé sensible <!c

J!ivqiie-là, ennuyé de ce que je suis, je vou- ce que la foi nous enseigne sur tout ce iiuc

drai toujours élre ce que je ne suis |>as ; je viens de vous dire. Le voici : c'est (juc

jus(iue-là , mon c<eur plein de vains désirs, tout ce que j'ai dit, non-seulement s'accom-

el vide des biens solides, sera toujours dans plira, mais s'accomplit en quelque manière

l'agitation el dans le Irouble. Mais (juand dès m.iinlenanl dans la personne des justes :

vous m'aurez fait part de votre gloire, mon Ecce mciccs ve.ftra copiosa. Je m'explique.

c(cur rass.lsié commencera à être tranquille, Ce qui nou-; fait sensiblement connaître que

je ne sentirai plus cette soif ardente de la les élus de Dieu seront rassasiés de la pos-

cupidilé qui me brûlait; je n'aurai plus celle session t!e Dieu, c'est qu'en eiïet dès celle

faim avilie d'une ambilmn secrète ijui me vie nous voyons des hommes qui, p.ir uu

dévorait. Tous mes désirs cesseront, parce esprit de religion, renoiu;,ant à tout le resie,

que je trouverai dans votve gloire la pléni- se liennent heureux de ne posséder qui!

lude du repos, la plénitude de la-joie ; pane Dieu , el de ne s'atlachcr qu'à Dieu. Sans

que col'e gloire, ([uand je la po>sédcrai, sera parler des fainîs gloiilics , nous voyons des

PIŒMIEU AVLNT. SLU.MON I. SL!! I..\ KECOMPKNSK DES SAINTS.

saints sur la Icrrc (|ui jnuisscnl déjà en quoique sorte (le ce Ijoiilniir : Sancli.'i (jui in terra sunt cjns { PsnI. XV). Il y en a ps'u , si vous voul'-z, (l.ins ce (l('<;ré Je perfe( lioii : mais il y ow a. et peul-êlre en connaissezvous (jni y S(uil parvenus. Des lioinines détachés (lu momie, qui ont tout quitté pour I)ieu,el (jui lrou^ent tout en Dieu. Des lioniines qui. eonlenls do Dieu, disent, aussi bien que David : Qiiiil milii e^t in rœlo, et a le (/uid volui supir tcrrani {l'sni. I.XXIi] ? qu'y a-til pour moi dans le ciel , et que clésiié-ji' sur la ti rrc, hors vous, Seigneur? ou plutôt, (jui enchérissant mchnc sur David , pourraient dire, non plus comme lui : Saliabor, je serai rassasié ; mais je le suis du seul avanl-goùt (]uc vous me donnez de votre gloire. Oui , nous en voyons des exemples; et Dieu, ou pour nous édifier, ou pour nous confondre, nous en met devant les yeux.

C'est, malgré l'iniquité.du siècle, ce que 1: prâre de Jésus-Christ opère dans ces l'ervenls chrétiens , qui sanctifient la terre |iar leurs vertus : Snnclis qui in terra sunt. Nous ne voyons ])oint de mondains contents du monde ; et nous voyons des servileurs et des servantes de Dieu, contents du Dieu auquel ils se sont dévoués. En faudrait- il davantage pour réveiller tout noire zèle? Nous no voyons point de riches eonlenls de leurs riciiesses;et nous voyons des pauvres évanpélii]ues contents de leur jiauirelé. Nous ne Voyons point d'ambitieux contents de leur fortune; et nous voyons des hommes solidement humbles contents de leur abaisscment.. Nons ne voyons point de sensuels contents de leurs plaisirs ; et nous voyons des hommes , iion-seulcnient morts, mais crucifiés pour le monde, contents de leurs austérités et de leurs croix. Kn un mot, nous voyons ces béatitudes de .lésus-ChrisI, en apparence si paradoxes et si incroyables, autiienlii|uemenl et sensiblement vérifiées ; je veux dire des hommes, dans la vue de Dieu , et i)ar un zèle ardent de plaire à Dieu, heureux de souffrir, heureux de pleurer, heureux de ne posséder rien: parce qu'au milieu de tout cela , ils possèdent Dieu : pendant (juc le monde, avec toutes ses prospérités et toutes ses fausses joies, ne peut être heureux ni content. Peut-on rien opposer à l'évidence de celte démonstration ?

Avoir Dieu pour partage et pour récompense, voilà le sort avantageux de ceux qui cherchent Dieu de bonne foi et avec une intention pure. Le dira:-je, et me peruietlezvous de m'en rendre à moi-même le témoignage? Tout pécheur et tout indigne que je suis, voilà ce que Dieu par sa grâce m'a fait plus d'une fois sentir. Combien de fois. Seigneur, m'csl-il arrivé de g<iûler avec suavité l'abondance de ces consolations célestes dont vous éics la source, et qui sont déjà sur la terre un paradis anticipé? Combien de fois, rempli de vous, ai-je méprisé tout le reste, et compté le monde pour rien? Vous bannissiez de mon cœur les vains plaisirs ; mais pour emiiècber que mon cœur ne les regrettât, vous y entriez à leur pkue : El in-

Iraltns prn eis {Aitgu t., Conff<)f., liv. IX, 1) Kl 1

à, Seiï

;nenr, la pri\alion de ces [ilaisirs él lil pour moi phi-i délicieuse ((ue n'en aurait jimais été. ni n'en aurait pu élrc la possession. Or, si dans ce lieu de bannissement et d'exil, où je no vous vois qu'à travers le sombre voile de la foi, vous remplissez déjà mon cœur , que sera-ce dans cette bienheureuse ()alrie où je vous verrai face à face ? Qaid cril in patria , si tunta est copia (lelcclulionis in vin'/ Si , en vertu de la profession que j'ai faite, quand j'ai (]uilte le monde pour vous suivre, j(! me tiens déjà si riche de votre pauvreté, que sera-ce, et (jue dois-je espérer des richesses de votre sainte demeure? Qualcni me facturus es de diviliis tuis, f/uem divitem jani facis de panpertntc tua ? Si de soulTrir pour vous est un si grand bien, ((ue sera-ce de régner avec vous? Et que serai -je dans la participation de voire gloire, puis(]u'il m'est déjà si glorieux et si doux d'avoir part à vos abaissements ? /î'( quid ero tua' partieipatione cjloriœ, cujus jam sum opprobrii) fjloriusus ? Uécompensc abondante aussi bien (pie sûre; vous l'avez vu. Je dis enfin, récom[)ense éternelle, qui nous est réservée dans It; ciel : li^cce inerees vesira copiosa cft in rœlis. C/est par où je vais finir.

TIlOISliiME PAUTU;.

CoMjbattre comme les alhlèle< ; et, à l'exemple des aihlèles, courir dans la carrière du salu! (jui nous est ouverle, en sorte (]ue nous remportions le prix, c'est, dans la pensée de saint Paul , à quoi nous sommes appelés, et Ci!-(iu'oiit pratiqué les saints : Sic currile nt foinprehcndalis {\ Cur. , Di). Or, les allilèles , disait ci; grand ajiôlre, pour être plus libres dans la course et moins embarrassés dans le combat, se dépouillent de tout ; et ils nous apprennent par-là que nous devons , comme chrétiens, élre détachés de toutes les choses du monde : Omnis anttin (pii in arjone coniendil, (dt omnibus se alistiml [Ibiil.]. La différence entre eux et nous , ajoutait-il , c'est (jue les athlètes n'en usent ainsi , et n'observent les règles sévères qui leur sont prescrites, que pour gagner une conrouiie corruptil)le. Diltérence bien essenliello , et bien capable de nous confondre, si nous ne les imitons pas : El illi quidem ut curruplibilcni voronani nccipiant , itos aulcm incorruplam {Ibid.). Voilà , mes chers auditeurs , le troisième et le dernier motif qui a inspiré aux saints, non-seulement tant de force et tant de courage, mais un détachement du monde si parfait dans les combals qu'ils ont eus à soutenir : celte immortalité, cette éterniié, et, si je puis user de ce terme, cette incorruptibililé de la couronne qui leur était réservée dans le ciel , comparée à la caducité , à la fragilité, à la courte durée des récompenses de la terre.

En effet, pour ne point sortir d'un parallèle aussi fécond que celui-là, et dont l'Apcjtre s'est servi avec tant d'avantage, toutes les récompenses de la terre sont périssables; et, comme telles , mm-seulement elles périront , mais elles périssent et disparaissent cor.linuelle:nei;t à nos yeus. Combien

Oi'.ATF.LRS SACHES. ROLROALOUr.

vous et moi en avons -nous vu p^rir I Je combien de fortunes érigées et liâties sur ci'9 prclendues récompenses , ne voyonsnous pas aujourd'hui les (ristes ruines et les pitoyables débris ! et combien de fois, depuis que vous êtes spectateurs et témoins (les révolutions du monde et de ce qui s'appelle la scène du monde, n'avez-vous pas |iu •lire avec le Prophète : J'ai vu cet homme élevé comme les cèdres du Liban; j'ai passé, et il n'était plus : Transivi , et ecce non erat (l'sal. XXXVl). Je l'ai cherché, et un autre occupait sa place •.Qtiœsivi, et non est inventus locns ejus (76/7/. ). Combien en avons-nous encore tous les jours d'exemples 1 De ceux qui nous paraissent maintenant les mieux établis, et qui S(mt hs élus du siècle, où est celui qui ose ou qui puisse se promettre un sort plus heureux et une plus durable prospérité? cl qui sait si tel qui semble élre sur le pinacle, du degré de bonheur et d'élévation où il est aujourd'hui, n'est pas tout prêt à tomber, et à confirmer par sa chute que le monde n'a rien de stable, beaucoup moins d'éternel, [lour ceux qui le servent? Sans donc attendre la mort, où tout aboulit, à combien de revers et de disgrâces ces faveurs du monde ne sont-elles pas sujetles !

Or, cela seul, chrétiens, me siiflirait [lour vous en détacher malgré vous- mêmes ; et s'il vous reste un degré de foi, pour vous obliger à diGrchcr etlicacemonl la récomjiensc des élus de Dieu. L'instabilité des fortunes du monde, la peine de les conserver, le ilanger et la crainte de les perdre, le iléscspoir et la douleur de s'en ïoir déchu, les troubles , le-; révolutions inéviiables à quoi sont exposés ceux (]ui en jouissent: ce serait , dis-je, assez pour persuader à un mondain, tout mondain ((u'ii est , de chercher des biens plus solides.

En elTet, si les hommes faisaient souvent CCS réflexions, ils n'auraient plus besoin de rtwnontrances, ni atis<diimenl même du remède de la parole de Dieu, pour se guérir du poison de l'ambilion mondaine qui les lue. Eux-mêmes, convaincus sur ce point de leur erreur et de leur conduite insensée, ^"en diraient bien plus que je ne leur en dirai jamais. Si ceux (|ue nous a^ons connus les plus avides des récouipeuses du siècle, avaient pu prévoir ce qui devait leur arriver, et dans combien peu de temps ces élalilissemciits de hulune , qu'ils regard.iient comme le fruit de leurs travaux, devaient élre renversés ; si l'on avait pu leur en marquer dislinetement le terme, en leur disant : TOUS ne jouirez de tout cela, et tout cela ne durera qu'un très-petit nombre d'années, qui vous reste encore; non, mes chers auditeurs, jamais le désir de s'élever dans le monde n'aurai; été pour eux une passion ni une tentation si dangereuse. Je dis plus : ils n'auraient jamais pu gagiu'r sur eux de faire tout ce (ju'ils ont fail,ni de se donner tant lie peines pour si peu de chose. Déplorons leur aveuglement, et luofitons-en. Ils ne se sont livrés à l'ambition , ijuc parce qu'ils n'ont jamais envisagé avec une allcntiou se

rieuse les bornes étroites de ces prétcndui'S fortunes : et ils n'ont recbeicbé avec tant d'ardeur ces récompenses de la terre, que parce qu'ils n'ont pas voulu se souvenir quo la durée en élait courte ; que parce qu'ils onl lâché de l'oublier; que parce qu'ils se sont étourdis pour n'y pas penser. S'ils en avaient toujours considéré l'issue et la fin, insensibles à ces récompenses, au moins n'en auraient-ils usé que selon la maxime de saint Paul, c'est-à-dire, comme n'en usant pas; parce qu'ils auraient toujours été frappés de celte pensée, que le monde passe, et que les récompenses du monde passent avec lui : Mundu^ transit , et coucupiscenlia rjiis { I Joon., 11).

Il n y a que la récompense des justes qui ne passe point, parce (]ue les justes, dit l'Eciilure, vivront élernellement , et que leur récompense est en Dieu qui ne peut changer: Justi aiitcm in perpetuum vivent, et apud Dominnm est mcrces eorum {Sap., V). Il n'y a que cette lécompensc des élus qui soit immuable, invariable, inaltérable, parce qu'elle consiste, dit Jésus-Christ, dans le bonheur qu'ils ont de voir Dieu, d'aimer Dieu , de posséder Dieu. Or, éternellemenl ils le Verront, éternellement ils l'aimeront , élcrnellemenl ils le posséderont. Comme le tourmenl des damnés sera d'être à jamais privés de Dieu, et d'avoir éternellemenl à sentir la perle de Dieu, la béatitude des saints sera de ne pouvoir [dus perdre Dieu, de ne pouvoir plus être séparés de Dieu, d'êlre unis pour jamais à Dieu ; lîcce merces sanrtonim (Ofjic. Divin. Aniipit. 3 hoc, 3 pliir., Mart.). \'oilà, et c'est l'Eglise e'ie-même qui le chante; voilà la récompense de ceux qui s'attachent à Dieu, et qui le servent. Un royaume leur esl préparé : mais un royaume étrrnel, où il n'y aura ni succession, ni révolution. Une couronne les attend : mais une couronne dont le privilège, incommunicable à toutes les couronnes du monde, doit être la perpétuité. Ils régneront : mais leur règne, aussi bien que celui de Dieu, sera le règu;? de tous les siècles : éternité de puissance : Ecce merccs sanctorum. Voilà la récompense de ceux qui soulTrent, et «lui se mortifient jiour Dieu : ils seront comblés do joie, mais d'une joie qui n'aura jamais de lin ; d'une joie qui ne sera ni troublée, ni interrompue; d'une joie qui durera aulanl que Dieu, et ((ue persmine ne leur ôlcra, ni n'aura h; pouvoir de leur oler : éternité de bonheur : lircc m< rccs sanctorum : voilà la récompei\so de ceux qui sont humbles, et qui, renonçant à eux-mêmes, deviennent par leur humiliié grands devant Dieu: ils auront la gloire eu partage, mais une gloire qui ne; diminuera point, (|ui ne s'obscurcira point, qui sera toujours nouvelle, et dont la longueur des tem|)S ne fera qu'augmenter l'éclat et le lustre : élcrnilé de gloire.

lin voulez-vous voir un rayon? Ecce merccs sancluruni : sans parler de cette gloire essentielle dont jouissent les saints dans la ciel, voyez les honneurs qu'ils reçoivent dés mainlcnanl sur la terre; voyez le culte nuo

nitJllLR AVEM. SERMON I. SIU L.\ UECOMPLNSi: DIS SAINT-.

leur rond l'Kglisc, et qup l'on peut , rians un soiis et avec raison, noinincr un (ulle HcviieK Jusqu'à la (lu des siècles on célélirera dans l'Eglise de Dieu les vicloiics et les triomphes de res pioricux pi t-lesline- ; jusqu'à la lin des siècles l'Eglisi' niililaule les canonisera, en publiant leurs mérites, leurs conversions , leurs vertus , leurs ferveurs , leurs austérités. (Tcsl pour cela que sont instituées leurs fêles , et que chaque année le souvenir de ce qu'ils oui fiit p'iur Dieu est solennellement renouvelé, afin i)u'on nv le perde jamais, et que de siècle en siècle, do pénéralion en génération, ces saints, ces élus de Dieu soient révérés. Tiiidis que l'Epllsc de Jésus -Christ subsistera (or elle subsistera toujours, puisque les portos de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle), ce culte, cet honneur des saints subsistera. C'est ce que j'appelle un rajon de l'éternité de leur gloire, et comme une anticipation de l'éternité de leur récompense. La gloire des mondains meurt peu à peu et s'ensevelit avec eux; ils font pendant leur temps un peu de bruit, mais parce que leur temps est borné , leur mémoire, dit l'Ecriture, périt enfin avec. ce bruit : Periil meinoria corum cuin soDila {Psalm. I\). Combien de grands, autrefois les héros du monde , de qui l'on ne parle plus, et à qui l'on ne pense plus ! Leur gloire , qui n'était que pour le temps, s'est évanouie comme une fumée : celle des sainis ne I>érira jamais. Tandis que Dieu sera Dieu, leur mémoire sera en bénédiction et eu vénération : In memnrin wlcrna erit jiisiiis {Ps. CXI). Elernellement , ô mon Dieu, vos amis seront hono'és, parce qu'ayant été vos amis, et ne pouvant jamais cesser de l'clrc , ils ne cesseront jamais d'être dignes des honneurs que mms leur rendons, et d'en mériter infiniment plus que nous ne leur en pouvons rendre : I\'iinis honorificuti sunt umici lui, Deits (Psahn. CXXWIII).

Précieuse récompense, la pouvons-nous assez estimer? fJcce merces snnctorum. Ce qui doit nous remplir de consolation, si nous sommes chrétiens d'esprit et de cœur, n'est-ce pis de penser «juc cette récomoensc nous est réservée dins le ciel? Ecce merces vestra copiosa est in cœlis. Car, malheur à nous si notre récompense était seulement pour ce monde, et si nous étions du nomlue de ceux dont Jésus-Christ disait dans l'Evangile : ils ont reçu leur récompense : Reccperitnt mercedem suam [Matlh.. VI). Malheur à nous si nos noms, au lieu d'être écritsdans Icciel, n'étaient écrits que sur la terre; puisque, selon l'oracle du Saint-Esprit, être écrit sur la terre, c'est un caractère de malédiction: Domine, omnes qui le clerelinquunt, confunilrntur ;recedenlesa le in lerrascribentur [J er ., XVII) ; Seigneur, ceux qui vous abandonnent seront confondus, et ou écrira sur la terre ceux qui se retirent de vous. Au contraire, quand nous serions dans le monde les plus malheureux et les plus disgraciés des iiommes , si nous sommes eu grâce avec Dieu, réjouissons-nous de ce (jue nos noms sont éi-rits dans le ciel, cl souvenons nous

qu'une des marques les plus certaines que nous en puissions avoir, c'est d'êUe éprouvés sur la terre par les afilictions et les Iribulalions : In hoc ijmidcle, (juad nomina vmli(i scriptii sinl in cœlis {Luc, X). Dans quelque accablement que nous soyons, de souffrances et de peines, coiis(dt)ns-nous [)ar ce qui consolait saint Paul, et appliquons-nous le sentiment dont il était pénétré (piand il disait : Momcnlancum hoc et levé tribiiliidoius 7}oslrir,ielerntun (jloriœ pondus opcmiur in tiobls (Il Cor., iV), Ce moment si court des adversités présentes de cette vie qui sont si légères, c'est-à-dire cette malatlie que Dieu m'envoie, celte injustice que l'on me fait, ce mauvais office que l'on me rend, cette persécution que l'on me suscite, cette perte de biens que le malheur des temps m'attire, cette humiliation qu'il me faut essuyer (car. quebiue suite qu ait tout cela, tout cela, dans l'idée de l'AiiAlre, n'est censé qu'un monu'ut court et facile à passer, Monunldneum hoc cl levé); toutes ces afflictions temporelles produiront dans moi le poids éternel d'une souveraine gloire : AUernnm (jluriw pondus opcratur in noliis. Vous voulez un motif pressant, touchant, convaincant pour vous animer à la patience chrétienne ; ai-je pu vous en donner un ((ui eût toutes ces qualités dans un plus éminent degré que C(dui-ci ; je veux dire l'élernilé de celle ginire, ([ui doit être la récoinpense des élus?

C'est par là que les sainis ont triomphé du monde; c'est par là qu'ils .sont devenus inébranlables et invincibles dans les combats ; c'est par là, dit le maître des Gentils, qu'ils ont surmonté les tourments, le feu, le fer, tout ce que la mort a de plus effrayant cl de plus cruel. C'est ce qui les soutient encore tous les jours dans les rigoureuses épreuves que Dieu fait de leur constance et île leur fidélité. Ils souffrent tout, dit l'Ecriture, nonseulemenl avec patience', mais avec joie; parce que leur espérance est pleine de l'immortalité qui leur est promise : Spcs illorum immorlalilale plena est {Sop.,lU). Pourquoi ne les imitons-nous pas? Avons-nous d'aussi rudes combats qu'eux à soutenir? Avcmsnous résisté comme eux jusqu'à répan(lre du sang? Pourquoi donc sommes-nous si lâches? pourquoi, dégénérant de la vertu de ces glorieux prédestinés, qui sont aujourd'hui nos modèles , faisons-nous paraître tant de faiblesse dans des occasions où, à leur exemple, nous devrions remporter sur nous-mêmes de saintes victoires? C'est que nous n'envisageons pas comme eux cette immortalité où ils aspiraient, eldonl l'espérance les piquait, les encourageait, les emportait au travers de tous les obstacles.

Triste et malheureuse différence qui se rencontre entre eux et nous! Faisons-la cesser; et pour cela joignant au motif qui les a touchés leur exemple que Dieu nous propose, fortifions-nous comme eux , et sanctifions-nous par l'espérance des biens éternels. Autrement, mes chers auditeurs, en vain célébrons-nous avec l'Eglise les félcs des saints; en vuiu, i.résumunl du crédit qu'ils ont au-

ra nuATF.L'KS SAcr.r.s. nour,i)\LOUE. co

pi('s lie Dion, îos învoiiiions-nous. L'.il)n''g6 VoilA, sii-oja "loirc qtii vous csl réservée, (Je 1.1 roli|;i(i!i, dit sJiiiil Augustin , est <lo et qui doil mellre le comble à votre honhcur. pr.ilirjuer c:' (lUi- nous so!eiiiiibOn.s et ilc f.iiro 'l'i)i:t k' reste, quoique grand, (]uoi(|tio surdo rolijrt de noire cullc la règle de notre prenant, (|uoique au-dessus de toute louange, vie : Siiiiima reliijionii est iiinluri tiuod co- ne reniplit pas encore la destinée de votre Udius ( Aui/nst. ). La vue de la gloire du ciel majesté. Il f.jut que la sair.leté, et uul- sainles a détachés de la terre; il faut qu'elle opère tulé gloridée dans le ciel, en sol le courondaiis nous le même elTet. La foi de l'imnior- neineiit. On ne me |ieut soupçonner de llatl.ililé les a loiiduits à la sainteté; il l'aut terie, quand je dirai ([ue jamais nionarqu» que nous y parvenions par la mènie voie, n'a su si parrailemcnl que Votre Majesté ce Lt c'est, ô bienheureux prédestinés, vous qui s'appelle l'art de régner. Jlais il vous lou i dont nous honorons en ce jour la glo- serait, siie, bien inutile d'élre aussi savant rieuse mémoire, ce que nous vous denian- que vous l'êtes dans l'art de régner sur les dons ou ce que nous vous conjurons de hommes, et d'ignorer celui (jui rend les liomdemander à Dieu pour nous. Vous avez été mes capables de régner un jour avec Dieu, ce que nous sommes, et nous espérons être Si le bonheur d'un prince pouvait consister un jour ce que vous êtes; vous avez senti dans le nombre des conquêtes , s'il était atnos itiisèrC'i , nous soupirons après votre <aché à ces vertus royales et éclatantes (jui béatitude. Quoi(iue pécheurs, nous souunes font les héros, et que le niondi! canonise, vos frères. Quoique séparés de vous, nous Votre Majesté, contente d'eile-niémc, n'aurait sommes unis à vous par le lien de la plus plus rien à désirer: elle n'aurait iiu'à jouir étroite et de la plus intime société, qui e>l tranquillement du fruit de ses glorieux trala communion des saints. Quoi(|ue habitants vaux. Mais tout cela, sire, est encore trop de la terre, nous ne laissons pas d'être, eu peu pour vous. II n'en fallait pas tant pour qualité de lidèles, vos concitoyens et les do- faire un roi accompli selon le monde : mais inesliques de Dieu : Ciies suncCuram ft do- Votre Majesté est trop éclairée pour croire mcsiici bel (Ëphcs., 11}. Quoicjue pauvres et que ce qui fait la perfection d'un roi selon gémissants dans cette vallée de lai-mcs,nous le monde, suflisc pour faire le bonheur et la ne prétendons pas moins que d'être, comme solide lélicilé d'un roi chrétien. Uégner dans I nfints de Dieu , vos cohéritiers 1 1 les collé- le ciel, sans avoir jamais régné sur la terre, riticrs de Jésus-Christ ; //(r/Y(/cs 7i(((/e(« i'fî, c'est le sort d'un million de saints, et cela cohœredes auUin Clirisli {Rom., Vlll). Uegar- suffit poui- être heureux. Régner sur la terre, liez-nous donc comme revêtus de ces titres, pour ne jam:»is régner dans le ciel, c'est le

I t par-là comme des sujets dignes de votre sort d'un million de princes, mais de princes charité. Regardez-nous comme ceux qui doi- réprouvés et par conséquent malheureux, vent remphr avec vous le nombre des élus, Ma confiance, écrivait saint Bernard ( et ce

I I dont la sanclifiealion est désormais la seule qu'il disait à une tête couronnée, je le dis chose que vous |)uissiez désirer. Ecoutez fa- aujourd'hui moi-même à Votre Majesté), ma vorablemenl nos prières, et présentez-les à confiance est que vous régnt rez sur la terre (■(îlui dont vous environnez le trône, puis- et dans le ciel : Scd et conjhhi quod hic et in iju'il se |)lait même à vous exaucer. Recevez œtenuim regnaliilis (Beni., Kp-); que malgré nos hommages et nus vœux, et étendez sur tous les dangers , malgré tous les obstacles Uiius votre protection cl votre zèle. So)ez du salut auxquels la comlilion des rois est nos patrons <'t nos intercesseurs, connue exposée, V^jtre Majesté, saïutiliée par la venons voulons être vos imitateurs. .louissez riié, je dis par la vérité des maximes de sa de votre félicité; mais souvenez-vous de nos religion, en gouvernant un royaume temliesoins et de notre indigence. Ils s'en sou- porel , méritera un royaume éternel. C'est viennent, chrétiens, et ils y pensent. Autant dans cette vue, sire, que j offre tous les jours qu'ils sont tran(;uilles pour eux-mêmes, au- à Dieu le sacrifice des autels : trop heureux tant sont-ils zélés pour nous. Autant ([U ils si , pei/dant que tout le monde applaudit à sont sûrs de leur propre bonheur, autant , N'otre Majesté, éloigné que je suis du monde, dit saint Cyprien , i)araissent-ils cl témoi- je pouvais attirer sur elle une de ces grâces gnenl-ils être en peine de notre salut : Vrc- i|ui font les rois grands devant Dieu et selon ijuens nos et copiosa titrba dcsidcrat , jam de le cœur de Dieu! Car c'est à vous, à mon sua immorlalitate seciirn, et adhiic de nostra Dieu ! et à voire grâce, de former des rois sainte sollicita{Cup.,de Mortalil. siib fincm). de ce caractère, de saints rois ; et ma conso- C^omptons donc sur leur protection et sur leur lalion est que celui à qui j'ai l'honneur de intercession, et ne pensons qu'à suivre leurs porter votre parole, par la solidité et par la exemples (|ui, sans cela deviendront pour grandeur de son âme, a de quoi accomplir nous le sujet de notre condamnation. Ima- vos plus grands desseins. La sainteté d'un ginons-nous que chacun d'eux nous dit au- chrétien est comme l'effet ordinaire de l.i jourd'hui du haut de la gloire, ce que saint grâce, la sainteté d'un grand en est le chcfl'aul disait aux Corinihiens : Iinita:urrs met (l'œuvre, la sainteté d'un roi en est le miestole , sicut et ego CItristi ( I Cor., v. Il) : racle, celle du plus grand et du plus absolu soyez mes imitateurs, comme j'ai été l'imi- des rois en sera le prodige, et vous on serez, tateur de Jésus-Christ. En un mot, vivons Seigneur, la récompense. Puissions - nous comme eux, combattoiis comme eux, souf- tous y partenir, à cette récompense iuunorfrons conmic eux, si nous voulons régner telle ! je vous la souhaite, etc.

avec eux cl participer à leur gloire.

Ci PIŒ.MIlin AVENT. SEl'.MON H

SKUMON 11.

POin If l-RliMllîR UIMASCIIE UE t'iVENT.

Sur le Jugement dernier.

'l'une viilebiin'. Filiuiii homiiiis vcnieiileni ht uuhr, cuiii l'Ucslale magna ri inaj slatc.

Alors ilsreiToiU le Fils de l'homine venir sur une nuée iiccc une grande pidssance et une grande majesté (S. Luc,

C'est une rédevion bien judicieuse de saiul Grégoire de N.izianze , que jamais le terme de majesté n'est attribué à Jesus- (;brisl dans l'iîvangile , que lorsqu'il s'agit du jugeaient universel , où la foi nous enseigne qu'il doit présider ; et il est bien remarquable, dit saint Jérôme, que cet Honiine- Dicu, qui par tant de titres était roi, n'a pris néanmoins cette q ua li té ([u'en deux occasions, l'reniièrement devant l'ilate , c'est-à-dire dans le temps de sa passion, parce (|iie c'était là que le jugement du monde conimenrait, ainsi qu'il l'avait déclaré à ses disciples : IS'tinc judiciitrn esl i)uin<li {Joan., Xllj. Secondement, dans la description (lu'il nous a faite du jugement même au chapitre \iiiglcinquième de saint Mathieu , où il ne se dés gne point autrement que sous le nom de roi , parce que c'est alors qu'il exercera pleinement la juridiction que son l'ère lui a donnée sur tous les hommes : Tunr dicel rex his f/ui a dexiris erunt {Mallli., WY).

Aussi est-ce proprement aux monarques et aux souverains qu'il appartient de juger ; cl jamais la majesté d'un roi n'est plus auguste que quand il tient son lit de justice et ([u'il paraît sur le tribunal. Encore plus vénérable , quand c'e>t un roi qui ajoute à l'éclat de la couronne les lumières d'une sagesse toute royale: un roi qui sait faire le discernement de ses sujets et peser le mériic dans une juste balance, qui n'a pour le crime que des châtiments , tandis (|ue toiites ses récompenses sont pour la vertu; qui non-seulement fait étal de veng r les injustices et les \iolences , mais (lui s'applique à réformer la justice même, qui en corrige les abus, qui en rétablit le bon ordre; qui, suis éloigner personne de son trône , prête l'oreille aux humbles supplications des petiis, écoute les plaintes des particuliers, et par là tient les juges et les magistrats dans le devoir; enfin qui, se voyant au-dessus de tous, n'a rien plus à creur (jue d'être équitable envers tous. Car. qu'y a-t-il qui nous représente mieux sur la terre le jugement de Dieu, et qui en soit une image plus sensible et une preuve plus aulhentiqut? ?

.Mais, sire, si c'est le propre d( s rois de juger les peuples , il n'est pas moins vrai que c'est le propre de Dieu de juger les rois ; et, comme le grand prinlége de la souveraineté est de ne pouvoir être jugé que de Dieu seul, DU peut dire que la grande niar(|ue de l'autorité suprême de Dieu est d'être lui seul le jugcd'j tous les sou\ crains. 11 nous l'a lui-

SIIR LE JL'GEM; NT nF-IlNIEn. f2

m<ime marqué en ceni endroits de ri''ril!iire; et si son jugement doit être tcrritile pojMtoutes les conditions des hommes, il semli'e néanmoins (ju il aflecle de le faire paraîire plus redoutable i)our les grands et pour I s rois de la terre : Tcrribilis nnud reqcs tcrrœ. {l'salm. LXXV).

C'est de ce jugement, sire, où les rois seront appelés aussi bien que les peuples, que j'ai à parler aujourd'hui. Autrefois saint l'aul , prêchant cette matière en préseni e même des infidèles et des païens, la traitait avec tant de force cl d énergie , qu'ils en étaient émus, saisis, effrayés: Dispuinnie aiitein illo de juslilia et cnsti'tnle , et de jndicio futuro , tremefarlus Félix {Act., XXIV ). Je n'ai ni le zèle ni l'éloquence de saint Paul, mais aussi j'ai l'avantage de [larler devant un roi chrétien et très -chrétien , devant un roi docile aux vérités de la religion, et disposé non-seulement à les écouler, mais à en profiter. Ainsi j'ai droit d'espérer de mou ministère, tout indigne que j'en suis, un succès beaucoup plus heureux. J'ai besoin pour cela des lumières du Saint-Esprit, et je les demande par l'intercession de Marie. Ave, M (tria .

De lentes les expressions dont les Pères de l'Eglise se sont servis pour nous donner quelque idée de la jusiice de Dieu , je n'en trouve point qui me paraisse plus belle, plus solide, et reni|):ie d'un plus grand sens que celle de Tertullleu , que vous avez souvent entendue et qui ne peut être assez méditée; savoir que Dieu i st miséricordieux de son propre fonds, et <iu'il esl juste du nôtre : Deus de suo optiinus, de noslro justus {Tcri., de Resurrecl., XIV). C'est à celle parole que je veux m'atlacher dans ce discours ; et quoique le sujet que j'ai à traiter soit d'une étendue presque infinie, je me borne à celte pensée, parce qu'elle suffira pour >ous faire entrer dans le mystère adorable, mais redoutable , du jugement de Dieu. Je veux vous montrer que le fonds de la jusiice de Dieu esl en effet dans nous- mêmes; que si Dieu est sévère et rigoureux dans ses jugements, comme l'Ecriture nous le dit, c'est^de nous-mêmes que procède celte sévêri.é ; que c'est nous - mêmes qui le faisons tel pour nous; en un mot, que quand il nous jugera, il ne nous jugera que par nous-mêmes :/>eiJs de suo optimus, de noslro justus.

Pour élablir ma proposition et pour y o!iscrver quelque ordre , je remarque (|u'il v a dans nous deus choses qui ont un ra()p"irl nécessaire au jugement de Dieu: . une est noire foi, et l'autre est notre raison. En qualilé de chrétiens nous avons la foi, el en qualité d'hommes, nous avons la raison. Li foi est une lumière surnaturelle que nous avons reçue de Dieu depuis notre naissance; cl la raison est une lumière naturelle que nous avons apportée avec nous en naissant. Or, c'est par ces deux grandes règles, qui doivent nous diriger dans toute la conduite de notre vie: c'est parées deux lumières, par ces deux connaissances que Dieu nous jugera : comme chrétiens, il uuus jugera par

Page 1