‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 50 sur 132 · C.AUEMF,. SICUMON XVI. SUU \.E ZKLE · texte numérisé non relu

C.AUEMF,. SICUMON XVI. SUU \.E ZKLE

ciel par l'inlorcession tic Marie. Are, Marin.

M n'est rien de plus snlilime, ni même de plus liéroique d.iu* loidre des vrrliis ehiétiennes, que le zèle du saint et de la peil'eclion du prochain. Car ce zèle, dans la pensée du docteur angéli(iue saint 'l'Iinmas, est nue expression de l'amour divin : c'est ce que la cliarilé a de plus pur et de plus exquis ; c'est ce qui a fait le caraclèie des luuiimes aposUdiqiies ; c'est le diui (|u'oiit eu les proplièlrs, el l'esprit qui anime les piédicaleurs de ri'>.'angile ; enfin, c'est dans celte vie le conronnemenl el la consomiiialiou de la sainlelé. Aussi, (iiiaud l'iù-riture parle des apôtres, elle nous les re|iréseule comme de hrillantes étoiles dans le firmament de l'Iiglise, c'esl-à-dire comme des lumières en qui I)ieu se plaît à faire éclater toutes les richesses de sa grâce. Cependant, clirélii'iis, (jnelque excellence et quelque prérogative •lue ji! découvre dans ce zèle de la peil'eclion des Jiiilres, il m'est évident, et voici liuit mon dessi'iii, qu'il doit êlre soutenu el auliuisé, qu'il doit êlre épuré el ré;,'lé, (]u'il doil être, .iiloiici et modelé [lar le zèle de notre [x'il'eetioii propre. Soutenu el autorisé, parce que, sans cela, il est vain et sans elTel; épuré el réglé, paiee que, sans cela, il est ;léfectiieii\ et faux ; .uloiii i et moiléié, parce i]ue, sans cela, il est odieux et reliutanl.

Tâchez, s'il vous plaît, chrétiens, à liien enirer dans ces trois pensées. Ulen de |ilus grand que le zèle du salut et de la perfictioii du prorh.iin ; mais ce zèle, loiit grand qu'il est, eu le regardant du côte de Dieu qui l'in- S[iire, peut êlre, à le prendre du côte de l'homme qui le pràlique, faillie dans son sujrl, vil ieux dans sa sulisl.iiice, extrême dans son action. Il peut être faillie dans son sujet, parce qu'on ne pi'iise pas. .ivant toutes choses, à l'appuyer sur un solide foudeiuent. Il peut êlre vicieux dans sa sulislance, parce qu'on n'a pas soin d'en faire un juste discernement. Il peut êlre exlrême dans son action, parce (ju'on n'y mêle jias ceqiii en doit faire le sage adoucissement. Or, d'où dépriid ce fondement solide qui doit soutenir notre zèle, ce juste discernement qui doit régler noire zèle, ce sage adoucissement qui doil modérer noire zèle? du soin que nous apporterons à nous corriger d'aliord uous-iiiétnes et à nous perfectionner; car c'est ce zèle de iious-méiiies et pour iious-uiômes qui aulorisera notre zèle pour le prochain, qui rectifiera notre zèle pour le prochain, enfin qui adoucira notre zèle pour le prochain. Voilà, en trois mots, les trois parties de ce discours.

PREUlÙnE FARTIE.

C'est par nous-mêmes, chrétiens, que doil conuiieneer ce zèic de correction el de réforme que la vue des intérêts de Dieu a coutume de nous inspirer : el celle maxime est fondée sur l'ordre csseiilirl de la cli.irilé,qui veut qu'en matièie de salut cl de loul ce qui se rapporte au salut, nous nous aimions, sans exception, nous - mêmes préférahlemenl à tout autre. Car, l'amour-propre, dit saint Amiiroise, qui est condamné comme vicieux cl comme injuste dans loul le reste,

OlUTEURS SACHES. DOL'RDALOUE.

ilevient en ce seul poiiil , non-sculcmenl lionnélo el raisonnable, mais d'une obligation el (l'un devoir imlispens.ible. En elTet, je dois ainicr le salul de mon prochain plus iiuc mes biens, plus que ma sanlc, plus que mon honneur, plus que ma vie; mais il ne m'esl pas permis de l'aimer aulant que mon salul propre et (jue ma perfeclioii selon Dieu : eis'il clait en mon pouvoir de convertir lout le monde en me pervertissanl, ou de le réTiirmer en me déréglanl, je devrais aii;indoiiner la conversion el la rélormalion de tout le monde; persuadé que Dieu ne voudrait pas alors que le momie fût converti ni réforme par moi, puisqu'il ne le pourrait èire qu'au préjudice de cette charité personnelle que je me dois à moi-même, et en verlu de laquelle Dieu veut(|ueje m'applique premièrernenl à moi-même , et que je lui réponde de moi-même.

C'est ainsi que raisonne saint Augustin, cl après lui le docteur angélique saint Thomas. Or, que s'ensuil-il de là '/ ce que j'ai dit d'abord, chiéticns : savoir que tout 7èle de la perfection des autres qui ne suppose pas un zélé sincère de se pcifeclionner soi-même, quelque droite inlnlion d'ailleurs qui le fasse agir, est un zèle p(!u sensé, un zèle mal ordonné, un zèle même chimérique et faux , el, par conséqueni, un zèle sans autorité du côté de celui (jui l'exerce, el sans effet de la part de ceux en\ers qui on l'exerce. Pourquoi un zèle sans autorité du côlé de celui qui l'exerce? Saint Grégoire, pape, en apporte la raison : parce qu'il n'y a que le bon exemple que l'on donne, et le témoignage <|u'on se rend, d'avoir commencé par soimême, qui puisse autoriser une entrepiise aussi délicate que celle de réformer les autres ; el que du moment que le zèle n'est pas soutenu d'une régularité au moins égale à «■elle qu'il exige du prochain , el dont il veut faire une loi au prochain, il n'a plus même celle bienséance qui lui serait nécessaire pour se déilarer et pour agir. Je m'explique. Vous vous inquiétez de mille choses que vous prétendez être autant d'abus, el à quoi l'on convient avec vous qu'il sérail bon d'apporter remède; mais on vous dit au même lemps que celle inquiétude vous sied mal , tandis que lout ce qu'il y a dans vous-même de blâmable et souvent d'insupportable ne trouble en rien votre Irancjuillile. \'(ius êtes louché des injustices et des desordres qui régnent dans notre siècle, el l'on ne peut pas désavouer qu'il n'y en ail de très-grands el et en Irès-grand nombre : mais d'ailleurs on vous répond que vous avez mauvaise grâce de parler si Iiaut et de déclamer avec tant de chaleurconlredes désordres étrangers, tandis «lue vous prenez si peu garde à certains désordres visibles qu'on remarque dans votre personne, el que vous y f)ourriez remarquer. A'ous donnez des avis salutaires, et peut-être, eu égard aux sujets et aux circonstances, ces avis sont-ils bien fondés : mais, quelque bien fondés «lu'ils puissent être, on ne comprend pas avec quelle assurance vous osez les donner à celui-ci ou a telle là, cl lis

donner si exactement, el les donner si rigoureusement , en ne vous les donnant jamais à vous-même. Car on a toujours droit de s'étonner que des défauls dont Dieu ne vous a point l'ail responsable, et qu'il ne tient pas à vous de corriger, excitent tarit vos murmures el vos plaintes, lursi|ue les \ôlrcs, dont vous devriez êlre encore plus en peine, et dont Dieu \ous demandera compte , ne font sur vous nulle iiiipressi«)n. Ordonnez dans vous la char. té, selon le précepte et l'expression du S.iinl-lisprit, c'està-dire avertissez-vous vous-iuème, reprenez ■ vous vous-même, scandalisez-vous de vousmême, et puis vous serez reçu à reprendre el à censurer les autres. S ins cela, nonseulement voirc zèie n'a rien que de faible, mais il devient même en quelque sorle méprisable, puisqu'il porte a\ec soi sa réfulalion, el qu'il n'y a qu'à l'opposer à luimême pour le faire taire el pour le confondre.

C'est l'oxcellenle li con que voulait nous faire le Fils de Dieu dans l'Evangile, par cette espèce de parabole dont il se servait : Quid aulem viilea ftslitcnm in ociiln fratris lui ; el trabem (/uœ in oculo tno est, non considéras {Luc, A'I)? Pouniuoi voyez-vous une paille dans l'œil de \otre fière, vous qui dans le vôtre n'apercevez pas une poutre '? et comment pouvez-vous dire à votre frère : Mon frère, souffrez que je vous Ole celte paille qui vous incommode, lorsque vous avez vous-même une poutre qui vous aveugle? Comme si le Sauveur du monde eût dit a ce prétendu zélé, c'est la réflexion de sainl Chrysoslome , qui revient à ma pensée , comme s'il lui eût dit qu'un tel zèle ne lui convenait pas, et que ce langage de charité, qui, dans lout antre aurait été louable, no pouvait être qu'un reproche conlre lui.

Comme s'il lui eût dit que quelque sensibles que fussent les imperfections de son frère, ce n'était point à lui à les remarquer et à les voir : Quid aulem vides ? que s'il avait des lumières, il devait les ménager pour lui-même, cl établir pour principe que, jusqu'à ce qu'il fût parvenu à la connaissance de lui-même, c'était une présomplion de vouloir connaître les autres et les juger.

Morale que ce divin maître enseignait encore bien mieux dans la pratique, lorsqu'il trouvait mauvais, par exemple, que les pharisiens entreprissent d'accuser devant lui celle femme surprise en adultère, el qu'ils s'ingérassent à en poursuivre la punilion. Pourquoi cela, demande sainl Jérôme? le crime de cette ftiiime n'élait-il pas constant et avéré? la loi de Moïse n'ordonnait-elle [las expressément qu'elle fût lapidée? 11 est vrai; mais il paraissait indigne à Jésus- Christ, que des hommes aussi criminels que les pharisiens , el qui , remplis d'une fausse idée de leur sainteté, ne j^onsaicnl à rien moins qu'à punir dans eux-mêmes ce qu'ils condamnaient avec tant de sévérité dans le prochain, s'érigeassent en censeurs publics, tcmoignasbent laiil d'ardeur pour l'observa-»

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lion do 1,1 loi, se fis-ioiU parties contre les ont eu ce sonliment de zMe ; mais plùl au pecliciirs : voilà ce que le Sauveur du monde ciel qu'on voulût s'en tenir aux ex('ni|des ne pouvait supporter; et c'est pourquoi il des saints 1 il n'en faudrait pas davantaniî leur répondit que celui d'entre eux ijui se pour nous porter à un proiiipl auiciiili iiiciil irouvail sans péché, jetât donc la première et pour nous élaMir dans une solide luimipierre , leur mar(|uant ainsi (]u'il n'y avait lité. Je sais que David dis.iil à Dieu : Taque celui-là seul à qui il pût être permis de hcscere me fecit zelns meus, (/uiii ohllii stiiil le faire, et que les autres avaient assez dans rerba tua inimici met [Psal. C\\\\\). Ahl leurs propres scandales de quoi s'occuper. Seigneur, mon zélé in'a desséché, quauil j'ai pour ne pas tourner toutes leurs pensées et vu jusqu'à quel point vos ennemis vous outout leur zèle contre les scandali s d'an- bliaient : mais je sais au si qu'il ne parlait Irui. Argument plausible et convaincant, de la soite (]u'après s'être reproché mille dont ces sages du judaïsme se sentirent si fois de l'avoir oublié lui-même, qu'a|irés en vivement pressés, que, selon le rapport de avoir fait une rigoureuse pénitruce, qu'arKvangélisIe , ils se reliièrenl sans rien jtrès avoir hautement et pleinement réparé dire : Hl audienles unus posl unum ejibanl, un oubli si criminel : faisons ce i)u'il a lait, incipienlcs n seniorilius {Jonii. \'|!1). et nous aurons droit de dire ce (|u'il a dit. Mais, avouons-le, mes chers audilcurs, cl .le sais quels vœux et quels souhaits formait déplorons ici la misère humaine. Examinons saint Bernard, quand il désirait avec tant de bien tous les traits de ce tableau, et nous re- passion de revoir l'Eglise d.ins son ancien connaîtrons que c'est le nôtre. <]ar, qu'y a- lustre et dans sa première pureté : Qais mihi l -il de plus commun dans le christianisme dct ut viileum licclesidin Del sirut in diehus que l'illusion de ce zèle pharisauiue, (]ui nnti(juis [licin.)''. Mais, aiit.inl (jue 'y suis consiste à être éclairé pour les autres, ré- édilié du souhait de saint lîeniard, autant gulier pour les autres, fervent pour les au- suis-je surpris et confus de voir souvent le- Ires, et pour soi-même sans exaitiiude, sans nir ce langage à un mond.iin connu pour attention, sans réflexion'.' (Jue voit-on main- avoir peu de religion, ou à une mondaine tenant dans le monde'? Vous le savez : des remplie d'orgueil et idolâtre d'elle-même; gens qui voudraient rétablir l'ordre partout et j'en reviens, pour l'un et pour l'autre, à ailleurs que dans leurs pi rsonnes et dans la maxime de l'Evangile : Cura teipsum, leur conduite, des la'iques corrompus et [)eut- c'est bien à vous qu'il appartient de parler être impies, (|ui prêchent sans C(S-e le de- en ces termes : allez, gnerissiz vos plaies, voir aux ecclésiasli(iues ; des séculiers mon- qui sont visibles et murlL'lles, et ne vous indains et voluptueux (jui ne iiarlent ((ue de gérez [)oint à vouloir guérir celles (|iie la réforme pour les religieux ; des houunes de malignité d'un esprit chagrin vous l'ail peutrobe pleins d'injustici'S, ()ui invectivent con- être apercevoir là où il n'y en a piànt ; de- Ire le liberliiKige de la cour; des courtisans meurezdans vous-même, vous y trouverez libertins qui déclament contre les injustices plus que suffisamment à ({uoi employer et des hommes de robe ; des |)articulicrs d'une u)ênie à quoi épuiser ce fonds de zèle (lui conduite déréglée qui cherchent des moyens voi^s rend si vif et si ardent. (Jue l'Eglise pour remeltre ou pour maintenir la règle soit réformée, j'y consens ; mais elle ne le dans l'Etat, mais à (|ui l'on pourrait bien doit point être par vous, lamlis iiue vous sedire ce que JésUs-Christ disait à ci s femmes rez ce que vous êtes ; vous aurez beau |iordc Scrusa\cm : Nolitc ficrc super me , sed sa- 1er des lois, dès que ces lois viendront île per vos ipsas flcle {Luc, XXIII); m pleurez vous, qui n'en gardez aucune, elles ne serpoint sur moi, mais sur vous-mêmes. \ iront (lu'à votre confusion, puisque rien ne

En effet, on s'afllige et ou gémit, on se p.iraît plus digne de mépris (|u'un zèle aetii

plaint que le monde se pervertit tous les et empressé dans un homme dont les actions

jours, qu'il n'y a plus de religion, (lue les iléineiilent les paroles.

intérêts de Dieu sont abandoiiiiés ; I t l'on ne Delà,zèl(! sanselTetde la part de ceux gémit pas sur les relâchements où l'on tombe envers (jui on l'exerce, cl voici pourijuoi : et où l'on s'entretient, sur la mauvaise édu- car, comme nous n'aimons pas à être corrication qu'on donne à ses enfants, sur les ges, et que nalurellemeut toute reforme (|ui débauches qu'on tolère dans ses domesti- nous vient d'ailleurs que de nous-mêmes, ques. Saint l'aul avait peine à compiendre par la seule raison qu'elle vient d'ailleurs, comment celui qui n'a pas soin de sa maison nous blesse et nous révolte, nous nous .attanouvait avoir le zèle de lliglisc de Dieu : chous volontiers à examiner (juiconque, sous Quomodo EcclesiiC Dei diliijcntiam luibebit une apparence de zèle et de charité, veut (I Tim., 111)'? Mais ce ([ue saint l'aul ne prendre l'ascendant sur nous ; et nous comprenait pas, on le com|ireud bien au- croyons bien nous en défendre, quand nous jourd'hui, puis(|u'on a trouvé le secret d'al- remarquons dans lui certains faibles qu'il ne lirrces deux choses, et que, malgré la cor- remarque pas lui-même, et sur quoi il ne so raplion des f.imilles chrétiennes causée par fait pas justice ; par là nous éludons toutes la négligciue de ceux (jui les gouverneni, il ses remontrances, par là nous savons lui est pourtant vrai que jamais l'Eglise n'eut fermer la bouche, par là, bien loin de l'écoutant de réformateurs sans mission, sans titie, ter, nous devenons fiers et indociles, par là .«ans caractère, qui se croient néanmoins nous pensons avoir droit de lui répondre ce "•u^cités et autorisés de Dieu. que répondit .létbro à Mo'ise : Slutlo laboie

Je sais, mes chers auditeurs, que les sainl* ronsumeris {lixod., XMHj ; Vous travaille?

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(iRATKUr.S SAt:uiiS. BOUROALOUE.

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m ?ain, cl vous prf nrz iii'C peine bien inulile. La plus gro-^sière des erreurs est (le penser que l'on vous croira, lorsqu'il p.'iraîl, par votre conduite, qui- vou-; ne vous croyez pas vous-même; que l'on suivra vos conseils, quand vous êtes le premier dans la pratique à les abandonner : c'e.-t bâtir dune main Imdis qu'on détruit de l'aulre; ce que \'llrriture trait? de folie. De là vient que ceux qui, dans le monde et par office, sont chargés de répondre des autres et de les corriger, ont une double obligation; mais une obligation, dit saint Augustin, aussi terrible devant Dieu qu'elle est indispensable, des'a[ipliquer, avant toutes choses, à leur perfection pr;;prp, pour se rendre capables de remplir les devoirs que la Providence leur a imposés. De lu vient que le grand apôtre, parlan! des prêtres et des minisires de l'Eglise, veut , pour première qualité , que ce soient des liommes irrépréhensibles : Oportet irrcprclicnsibiles esse (I Tim., 111) ; pourquoi? afin (jnc les peuples, pour se parer de leur censure, ne puissent pas leur dire: Medice, cura teipsum ; vous êtes médecin des âmes, mais soyez d'abord médecin de la votre; reproche qui leur ôte loute liberté de parler et toute autorité dans l'exercice de leur ministère; reproche, si je puis user de celte figure d'Isaïc, qui les lient , comme des chiens mucis, dans la maison de Dieu; reproehe qui les met dans la néci'ssilé de souff ir le vice et de craindre les vicieux, de tolérer celui-ci et de ne pas pousser celui-là; reproche enfin, qui, de tout temps, a énervé et énerve encore jjlus qne jamais la discipline el le bon ordre, dont ils doivent être le soutien, mais dont il faudrait pour cela qu'ils fussent les modèles.

Non pas, après tout , chréliens, qu'on ne dût même leur obéir el profiter de leurs leçons , quand il paraîtrait encore dans eun plus de faiblesse , et qu'ils seraient moins réglés; puisque leur caractère est indépendant du mérite de leur vie, el que, selon Jésus-Christ , du moment qu'ils sont assis dans la chaire de Moïse, il faut recevoir avec respect ce qu'ils enseignent , sans prendre garde à ce qu'ils font ; mais parce ciue le commun des hommes n'est ni assez spirituel , ni assez équitable pour faire celle précision , on juge comniunémcnt de l'un par l'autre ; et, en méprisant ce qu'ils foni, on s'accoutume à méjiriser ce qu'ils enseignent. Or, si le plus saint ministère n'esl pas là-dessus à l'épreuve de la malignité du monde, que sera-ce de toutes les autres conditions ? Ah 1 chrétiens , que ne peut point un homme tel que le concevait saint Paul , nn homme irrépréhensible ? il n'y a jioinl de mal qu'il ne puisse arrêter, point de bien qu'il ne soit en état de prorurer; s'il est dans une charge, avec quelle force ne parlera-l-il j)as quand il faudra s'opposer à des scandales? s'il est à la lête d'une famille , quel empire n'y [)reiidra~l-il pas pour y faire fleurir la piéié? s'il a des enfants à élever, rie quel poids ne seront pas auprès d'eux ses avertissements et ses conseils; et avec quelle

docilité no les recevront-ils pas? Mais, qu'uu père débauché ou violent fasse à son fils des leçons de modération el de régularilc , quel finit en peut-il espérer? qu'une mère évaporée et mondaine prêche à sa fille la modestie et la fuite du monde, quel succès en peut-elle allcndre ? Donnez, Seigneur, donnez à votre Eglise des ministres pour la gouverner, et à voire peuple des guides pour le conduire; mais des ministres qui sachent se gouverner eux-niêiiies , mais des guides qui apprennent à se conduire eux-mêmes; car c'est ainsi que le soin de notre propre perfection doit autoriser notre zèle , et qu'il le doit encore régler, comme nous Talions voir dans la seconde partie.

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