‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 52 sur 132 · SERMON XVI · texte numérisé non relu

SERMON XVI

POUR LE MERCnEDl BE LA TU0ISIÈ.VIE SEMAINE.

Sur la parfaite observaiion de la lui.

AocesseruiU ad Jotiiin :ib J'irosolymis sciilœ el | Ilii'is.-ci, ilicciiies : Qiiare cjisci]\ili lui n;iiisgrodiunlnr ir.nililiiiiicin si'iiionmr? Ii-sc aiileiii resiwiiuicns, ail illis : (Juare et vos ir.insgrodimini raaiidjUiin Dei propler iradilionciii NL'Siram?

f'o.s (loclcnrx et des pliiirisieiis venus de Jénisalein s'ndressèrenl à Jésiis-Cliiisl. et tut dirent : Pourquoi vox disciples l'iileiil-ih les traditions des anciens '■' Mms il leur ré- 11:11 :ltl : Fourqiioi vous-mêntes violez voua le comwundevienl de Dieu pour suivre votre irudilion (S. Munit., eh. XV)?

Madame (l) c'était un des caractères de la fausse dévolinn ou, si vous voulez, de l'hypocrisie <les pii.irisiens d(' s'altaihcr scrupuleusement aux traditions qu'ils avaient reçues lie leurs pères , et de violer au même temps sans sciu|Uile les plus importantes obligations de la loi de Dieu. Ils payaient jusqu'à la dîme des plus petites herbes, m.iis ils manquaient de ('liaritu pour le prochain ; ils observaient le sabbat avec une esaclilude (jui allail presijue jusiju'à la super.slilinn, mais ils ne craignaient point, le jour même du sabbat, de commettre des injustices ; ils rcprenaienl les apôtres de ne la\er pas leurs maius avant le repas, mais ils conlrevenaicnt eux-mêmes au commandement de Dieu Icî lilus indispensable, qui est d'honiu-er son père et sa mère, puisqu'ils apprenaient aux enfants à les Irailer avec dureté et par une fausse religion, ou plutôt par une ingratilud.)

(I) L.-^ reine.

t09 (:a!u:.mf.. si:uMa.\ xvn. sin la r>.\riFAHE observation dk i.a loi tio

fait on lui son or};iicir? il le poilo à l'indé-

(Ijiini" di" tous les cliâiinieiils du ciil, à les ;ili;indon!icr dans le besoin et à leur reliiscr les secours dont ils leur étaient redevables : Ici éiail, dis-je, le désordre de ces sages du judaïsme. One fait aujourd'hui le Sauveur lia inonde ? condanine-t-il absolument cette refçularilé nu'ils faisaient parjîlre à ob erver loulesles Iradilions des anciens et toutes les térémonies qui leur étaient prescrites ? Non, ( hrétiens : souverain législateur, il voulait (;ue toute la loi fût accomplit" jusqu'à un point, mais, par une conduite |)leine d'équité el de sagesse, il loue dans ses enminis niéme ce qu'il y a de louable, cl il blâme seulement ce (ju'il y a de criminel et de vicieux. Il approuve ce qu'ils font, et il leur reproche ce qu'ils ne foiU |«as. lùi comparant deux sortes de de\ oii s, dont les uns ont pour ohiels les points de la loi les plus essentiels, et les antres regardent les articles les moiii-. nécessaires, il leur fait eulendre qu'il faut d'abord pratiquer ceux là et ne pas ensuite omettre ceux-ci : Jlivc opnrluit facerv , et i'ila non omillere {Madh., XXHl ). Par où, mes frères, il nous apprend à nous préserver uous-niémes d'un désordre tout oppiséà celui des pharisiens, mais assez commun dans le momie, je dis dans le monde chrétien; car le désordre des pharisiens était de s'altaclier auxpeîitcs choses et de négliger les grandes; ( t le nôire est de nous borner (luelqucfois lellemc;it aux grandes , que nous croyons pouvoir impunément mépriser les petites.

Mais moi je prétends qu'il y a entre les unrs 1 1 les autres une telle liaison, (]ue de manquer volontairemeni el habituellement aux moindres devoirs, c'est s'exposer à violer bicnlôl, el en mille rencontres, les plus gramls préceptes et ce que la loi nous ordonne sous de plus grièves peines. Voilà le sujet que j'entreprends de traiter dans ce discours ; et en le IraitanI, madame, quelle consolation pour moi de parler à une reine, ou ilev.int une reine (jui, sur le trône et malgré tous les dangers de la cour, sait si bien lendre à Dieu ce qui lui est dû ; qui, fnléle à la loi et à toute la loi, va bien encore dans la pralicpie au delà de la loi ; en un n-.ot i]u\, par la plus rare et la plus merveilleuse alliance, réunit dans son auguste personne tout l'éclat de la grandeur humaine et lout le mérite de la sainteté chrétienne ? Ce n'est donc point ici pour vous, madame, une nu)rale trop sublime el nouvelle : mais, sans que ce soit une morale nouvelle ni trop i élevée p(uir Votre Majesté, elle y trouvera toujours île quoi aniiuer de plus en |)!us la ferveur de sa piété. Saluons d'abord Marie et lui disons : Ave, Mari,!.

Je dis, chrétiens , qu'il est infiniment dangereux de négliger dans la voie du salut les petites choses, et qu'en tout ce qui louciie la religion el la conscience, il n'y a rien de si léger qui ne mérite nos soins, et qui ne demaiule une fidélité parfaite et une entière soumission. Je fonde celte importanle maxime sur deux principes : l'un est l'orgueil de l'iionnne , el l'autre .son aveuglement. L'homine . de lui-même, est orgueilleux; et ijue

pendance,et lui donne un penchant secret à s'émanciper el à s'alTranchir de la loi. Co n'est pas assez : outre que l'homme est orgueilleux , il est aveugle; ei que fait en lui son aveuglement? il l'empêche de bien connaîire toute l'étendue de ses devoirs, et de bien discerner ce qu'il y a de plus ou de n)oins essentiel dans la loi. De là , je forme deux prcjposilinns , qui conlieiuient lout le fond (le ce discours, et qui en feront le partage. Car, je prétends (ju'un iiréservalif nécessaire pour réprimer l'orgueil de notre cœur, c'est de l'assujettir aux moindres obligations de la loi : vous le verrez dans la première partie. J'ajoute que nous ne pouvons mieux corriger les erreurs de noire espiit, ou en prévenir les suites funestes, que p ir une obéi^sance exacte aux plus |)etils di'voirs de la loi : je vous le montrerai dans 1.1 seconde partie. Uendcz-vous attentifs à l'une el à l'autre : el , quoique celte matière n'ait pas peut- élrc d'abord de quoi frapper vos esprits, vous en comprendrez néanmoins bientôt toulc la conséquence.

l'HEMiÈiu; PAKTir:.

A remonter ju^qu'à la source de la corruption de l'homme, il est évident, chrétiens, que le premier de tous les désordres, c'est l'orgueil ; et que le premier effet de l'orgueil, c'est l'amour de i'imlépeiulance et de la liberlé. Voilà le vice capilal et prédominant de notre nature; d'où il arrive que nous avons tantdepiine à nous assujettir, que toute autorité supérieure nous est onéreuse, que le couuuandemeut et la loi nous tiennent lieu de joug, et que notre inclination nous porle toujours à le secouer, (|uand elle n'est pas réglée par la raison. Ce vice nous est si naturel , qu'il ne faut pas même l'imputer au [leclié d'origine comme à sa cause, puisqu'il est vrai que, jusque dans l'èlat d'innocence, le premier himme, non-seulement y fut sujet, mais y succomba , et que ce bienheureux état qui l'exemplail de toute autre faiblesse, ne l'exempta pas de c Ile-ci, je yeux dire de cet orgueil secret qui le poussa à s'émanciper de l'obéissance due à son souverain et à son Dieu. Car, comme remarque saint Ambroise, l'homme n'est pas tombé dans ce désordre d'aimer la liberté et l'indépeniiance, parce qu'il a désobéi à Dieu; mais il a désid)éi à Dieu, parce qu'il était sujet à ce désordre : et l'on ne peut pas dire que son orgueil soit une suite de son péché, puisque l'Ecriture nous apprend, au contraire, (lue son péché a été i'elTet de son orgueil. Il est donc certain que l'orgueil nous donne de lui-même un penchaut à nous licencier et à nous affranchir des lois qui nous sont imposées. Or, quoique cela soit ainsi, il y a néanmoins des lois d'une autorité si vénérable et d'une obligation si bien f indéc dans les ()rincipes même de la raison, que , quelque passion (|ue nous ayons pour la liberté, ikjhs ne pomons presque nous départir de ialiachement respectueux et do la soumission qu'elles exigent de nous; et ces lois sont celles de la religion el de la

ORATEURS SACRES. ROURDALOUE.

conscience : de la rclijjion , <|iii nous lie à Dieu ; car c'est de là ((u'clle a pris son nom ; l'I de la conscience, qui nous assujctlil à nous-mcnics. Oui , tout ennemi qu'est l'homme de la dépendance, il a de la peine à ne pas aimer ces deux lois , parce qu'il les envisage commc^ les deux sources de son bonheur et de son salut éternel. Tandis qu'il est encore dans l'inlégrilé et dans la pureté des mœurs, rien de plus souple qu'il l'est à la loi intérieure de sa conscience; rien de plus attaché ni de plus soumis an culte de la religion. Cependant il ne laisse pas d'ailleurs d'avoir toujours dans lui-même le fond de celte pernicieuse liberté, ou plutôt de ce pernicieux libertinage qui ne peut supporter la gêne et la contrainte; et lors même que nous nous proposons de nous captiver sous l'empire de la religion et de la conscience, l'orgueil de notre esprit nous suscite une autre loi direclement opposée, comme dit saint Paul , à toutes les lois de Dieu. Loi qui consiste à ne reconnaître pour loi que ce qui nous plait; à n'écouter la conscience qu'autant qu'elle nous flatte; à n'avoir plus de déférence pour la religion t]u"aulant qu'elle se trouve conforme à noj vues, c'est-à-dire à nous faire les arbitres do l'une et de l'autre, et à vivre eu effet selon notre caprice et selon les désirs de notre cœur.

Voilà donc comme une espèce de combat dans l'hoiiime entre son orgueil et sa raison ; sa raison , qui veut qu'il se soumette , et sou orgueil , qui ne le veut pas; sa raison , qui lui ajiprend à se laisser conduire et gouverner, surtout dans les choses de Di u , et son orgueil, qui lui persuade de n'en croire que lui-même; sa raison, qui autorise la religion et la conscience comme ayant droit de soineraineté sur lui, et son orgueil, qui se ré\olte contre cette soui erainelé. Qui l'emporte des deux? ni l'un ni l'autre, chrétiens, si nous avons égard aux commencements.

Pourquoi ? parce que d'abord ils sont presque l'un et l'autre de force égale : le respect de la conscience et de la religion étant a^sez fort pour soutenir quebjuc temps contre l'amour déréi;lé de l'iTidépendance et de la liberté , el l'amour de l'indépendance et de la liberté éîant trop violent [lour être jamais eiiliérenient détruit par le respect de la religion et de la conscience. Mais voici ce qui arrive , quand l'homme commence à quitiei- Dieu , et que Pieu commence à se retirer de l'homme : c'est que, dans la pratique de ces deux devoirs, qui touchent la religion et la conscience, il observe les grandes choses avec qucl(]ue fidélité , et qu'il ne se fait plus une règle de garder les [)elites. Il a toujours, ou il semble toujours avoir de la vénération piiur ce (|ui lui paraît essentiel; mais il y a d'autres points moins importants, sur lesquels il se relâche sans scrupule; et si vous viiulez savoir la raison de celle différence, elle est claire, dit saint Grégoire pipe. Car elle est fondée sur ce que les grandes choses, en ce qui rcg.irdc la conscience et la religion, portent avec elles un caractère si

visible et si éclatant de l'autorité divine, qu'il retient l'homme dans l'ordre ; au lieu ((ue les petites, où ce caractère est moins remarquable, le rebutent ])ar la sujétion qu'elles demandent. Que fait-il donc? il se réduit aux premières; mais celles-ci, il les abandonne. Pour ne pas devenir liberlin, il veut être régulier dans les unes; et. pour ne se pas rendre trop dépendant , il s'accoutume à mépriser les autres. Tel esl le principe du désordre de l'homme. El cet état, quoique bien contraire aux desseins de Dieu , quoique infiniment éloigné de la perfection chrétienne, quoique très-dangereux pour le salut, ne serait pas, après tout, par lui-même, un état de damnation, si l'on en demeurait là. Mais voici le progrès : c'est saint Bernard qui l'a observé et qui a pris soin de nous en développer le mystère d.ins son excellent ouvrage des degrés de iliumililé et de l'orgueil. Vous me demandez, ditil, mes frères, ce ([uc fait dans l'homme cette liberté présomptueuse qui le porte à négliger certaines oblig itions de conscience moins rigoureuses et moins étroites? et mf>i je vous réponds qu'elle produit en lui les plus funestes effets. Car je dis qu'elle lui f.iit perdre insensiblement le res[)ect et l'obéissance qu'il doit à Dieu. Je dis qu'elle él(uiffe peu à peu dans lui la crainte des jugements de Dieu. Je dis qu'elle le rend hardi à tout entreprendre contre la loi de Dieu. Je d s qu'après lui avoir fait coulrarter l'habilude des petits péchés, el lui en avoir ôlé la honte, elle lui donne bientôt , selon l'Hcrilure , un front de prostituée pour les plus grands crimes : Frons meretrieis facla esl libi [Jrrein.) , et que ces transgressions, quoique légères, sont autant de brèches fatales par oîi le démon entre dans son cœur.

En effet, ajoute saint Bernard, je l'.ii reconnu, et l'expérience me l'a appris, que do même qu'un juste qui marche avec ferveur dans la voie de Dii'u, après en avoir essuyé toutes les petites diflicullés, se joue des plus grandes, qu'il croyait auparavant insurmontables ; aussi un pécheur qui suit le cours el les mouvements de sa passion , à force de franchir le p.is dans les moindres occasions, en vient enfin jus(iu'au point de ne trouver plus rien qui l'arrête dans la voie de l'ini- ()uilc : Et quewadmodum JHstiis, ascinsis his (/rndibus, corde olaeri ciirrit rid vilitm. sic iisdem descensisimpius jain absi/ne Udiore fes~ linut ad mortem [Hernnrd .] . A'oj ez-vous,dil ce l'ère, connnent le juste et le pécheur, quoique par différents principes, acquièrent ce'le liberté, l'un pour la vie , et l'autre pour la mort? La charité donne des ailes à riiomme juste , et la cupidité en donne au péi heur : Jlliim proclivem charilas , illicin cnpidilns facil {Idem ). Le juste ne ressent pas sa peine, parce qu'il est animé de l'aiimur de Dii u, et le pécluur est iiiseiisibb à la sienne, parc(^ qu'il est dans l'endurcissement : ]n tino umor, in ultero stiipor hiborem non sentit {Idem ]. Dans l'homme juste, c'est l'aliondancc de la grâi e, et dans le pécheur , c'est le comble du iiéché qui exclut les remords

M;5 CAUF-ME. sermon XMI. SLR LA rAiiFAiri!; UnSDUVATiON i)E LA LOL ou

vî la crainte : In illo pcrfecta rirlus, in islo Ktail-ce donc \^ dos points si csscnliids dans

consnwmata ini(iuitax furas mitlit timorcin la religion ? Non, cliroliciis ; niais, do qiiel-

{Bern.); tous doux s'avancent dans le cho- (|uo nature (jn'ils t'iisscnl, la docisinn ne lui

min ou du vice ou de la vertu, et s'y avan- en appartenait pas : il n'en devait point être

cent de telle sorte qu'ils n'en sont pas mémo l'arbitre ni le ju^io. Ce|)endant il !o prélendil,

fatiiiucs. et sur cet article il osa traiter do siipersti-

Mais avant que le pécheur en soit venu là, lieuse la pratique commune des fidèles. Où n'a-l-il rien à souffrir? Ali! mes frères, ro- le mena ce proniior pas'.' vous le savez : jusprend saint Bernard, il y en a qui souffrent : et qu'à combattre les plus inviolables maximes quisont-ils'?ce sont ceux qui voudraient tenir de la foi ortliodoxe. C'était peu de chose iiue le milieu, c'est-à-dire certaines âmes impar- la matière t\m s'agitait: mais ce fut assez faites qui voudraient secouer le joug de l.i pour le rendre hardi à innover. De l'usage conscience et do la religion dans les petites de l'indulgence, il en vint à la substance choses, et qui no voudraient pas le rompre mémo, qu'il rejela. VA parce que la foi du dans les grandes : Meilii sunt (/ni fali(jan(ur l'indulgence a\ail du rapport el de la liaison et niif/usliautur [Idem ). Car ceux-là, dit-il, a\ec celle du purgaloiro, après avoir décrié souffrent de tous les côtés, et du côté do 11 l'iiululgence, il n'hésita plus à atla(|uer la grâce, à laquelle ils résistent, et du cAlé do créance du purgatoire. La foi du purg.itoiio leur passion , qu'ils ne satisfont pas pleine- était le fondeinent d(; la [irière pour les ment : la grâce les trouble, et la passion les morts ; il abolit la prière pour les moris. irrite : la grâce leur reproche d'avoir fait Celte prière se trouvait autorisée par les (elles démarches, et la pas>ion au contraire liturgies el par le sacrifice de la messe; il de n'être pas encore ailes plus avant : 'a renonça au sacrifice de la messe, non sans grâce leur dit : Fallait-il mépriser Dieu pour peine, il est vrai, mais enfin il y renonça, si peu de chose'.'ella passion: Fallait-il ne se Cel.i l'engageait dans le mystère de l.i satissatisfaire qu'à demi'? .\insi ils demeurent l'action de Jésu-;-Clirist. du mérite des bontout à la fois exposés à la peine intérieure do nés œuvres, de la justification des hommes • l'une et de l'autre, ou, si vous voulez , ils il ne respecta rien : satisl'action , mérites, goûtent tout à lu fois, et les amertumes du bonnes œuvres, il dogmatisa sur (ont. Làvice, et celles de la vertu, sans en goûter la dessus l'Eglise s'élève contre lui ; il ne condouceur. Mais prenez garde, poursuit saint nait plus d'autre Fglise i|uc celle des prédes- Bernard, bientôt la passion el l'amour de la linés, (]ui est invisible. F.e souverain pontife liberté prévaut : car cet état de violence m', le déclare anatbème, et il déclare lui-mèpeul pas durer, et il faut, ou que de la négli- me le souverain pontife Antéchrist. On lui gence des petites choses l'homme passe jus- oppose les livres de l'Fcrilure; il désavoue qu'au mépris des grandes, ou qu'il rentre pour livres de; l'Ecriture tous ceux (]ui lui dans l'ordre dont il s'est écarté et qui est sont contraires. On le presse au moins par celui d'une entière soumission à Dieu. Et ceux qu'il reçoit, et il s'obstine à n'en rcceparce qu'en matière de péché le retour est voir point dont il ne soit lui-même l'inleraussi difficile que le progrès est naturel, iirète pour eu détiM-miner le sens. On convopour un pécheur qui revient de cette licence (pie des assemblées et des conciles ; mais il présomptueuse, il y en a cent autres qu'elle proteste contre les conciles, et il no veut conduit à la perdition; et c'est pourquoi saint pour lègle iiue l'esprit intérieur (|ui le "ou- Bernari! en fait un degré d'orgueil si dange- verne. Voilà le dernier emportement do Lhéreux pour le salut. En effet , écoulez bien, résie. l'cnsail-il en venir là ? non, il cons'il vous p!ait,nies chersaudileurs, ce que je fessa lui-même cent fois qu'il ét.iit'allé plus vais vous dire : de là sont venus presque bun qu'il ne voulait , et il s'einnn.iil le tous les scandales et tous les désordres qui premier des progrès de sa secte et de ses eront éclaté dans le monde ; do là les grands reurs. >Liis il ii'cn devait pas être surpris, attentats de l'hérésie el les prodigieux puisque le caraclèrc de l'esprit de l'homme éjp;,irements de l'impiété; de là les affreux ro- est de se licencier toujours quand il a pris lachemcnts de la discipline de l'Eglise : do une fois l'essor. Ce seul point de l'indulgence là la décadence des ordres les plus religieux fut comme un levain : Modicum furmcntmn et les plus fervents; de là la ruie.e d'une infi- (I Cor., V); mais un levain qui, venant à nité d'âmes chrétiennes, qui se sont perdues s'ender par l'orgueil do col hérésiarque, Corel qui se perdent encore tous les jours. Le rompit en peu de temps, selon l'expression voulez-vous voir dans une induction éga- de l'Evangile, toute la masse, et fit de ce calement sensible et louchante? suivez-moi. tholique, do ce religieux, un'apostal.

J'ai dit les grands attentats de l'hérésie. J'ai dit les prodigieux égarements de l'im-

Car de quoi était-il question, quand Luther, piélé. Voyez, mes frères, ces libertins de

cet hommené pourla désolation du royaume profession dont le monde est rempli, qui,

•le Jésus-Christ, commença à répandre le prenant pour force d'esprit l'endurcissement

venin de son erreur? do quoi s'agissail-il ? de leur ctrur, font gloire de n'avoir plus ni

à peine le sait-on, tant la chose, ce semble, foi ni loi. Ne croyez pas que cet étal d'irré--

importait peu. Il trouvait dans les indulgen- ligion où ils vivent se soit formé tout à coup

ces, ou pour mieux dire, dans l'application ni qu'ils aient d'abord effacé de leur esprit

et dans la concession des indulgences, cor- ces notions générnles de l'existence el de la

tains abus qui le choquaient : il aurait voulu providence d'un Dieu ; c'est ce qui ne peut

en retraiiciicr l'excès el en rectifier l'usage. être et ce qui ne fut jamais. Eu effet, leur

r.if) ou VTRIRS SACRES. DOIIUDALOUE. (iI6

libcrlinago, je (lis libertinage de créance . ses accroissements , mais si iinpercepliblu loiiimence (l'al)or(l, p;ir où ? que sais-je ? dans sa naissance, qu'à peine l'a-l-on pu repar qiiebines railleries (juils l'onl de cerlai- marquer. Pourquoi tanl de synodes et tant nés dévolions populairi s : cela leur semble de conciles assemblés pour la réformalion, léger, et peut-être est-il lel(iuil leur paraît. non pas de la (>t\, mais de la discipline, (lui Mais laissez croître ce pilil grain; bientôt s'affaiblit et qui dégénère toujours ? n'étailils ne craignent point de censurer les dévo- ce pas [lour refréner cette licence si funeste lions reçues et approuvées lie toute l'Eglise ; et si contagieuse qui se glisse aussi bien c'est quelque cbose de plus. Ensuite ils élen- dans le cbrislianisnie et dans les ordres les dent leur censure jusqu'à nos plus saint<s (dus saints, que dans les sociétés les plus cérémonies : témérité encore plus grande. profanes ? Et pourquoi l'Eglise, malgré le De là ils passent au mépris des sacrements : soin continuel qu'elle a apporté à réfuriuer autre degré de présomplion. Ce mépris est ses enfants et à se réformer elle-même, a-tsiiivi d'une révolte secrète et intérieure con- elle néanmoins été comme forcée de consentie nos mjslère> mômes : disposition pro- tir à l'abolition de ces lois si salutaires et si ibaine à l'extinclion de la foi. Enfin, ils ne sages, qui furent autrefois en vigueur et qui consiilèrent plus la religion que cotume une n'ont cessé d'y être que parce que Taboupolice extérieure, nécessaire pour contenir dance de l'iniquité a prévalu ? n'est-ce pas les peuples : maxime ijlcine d'abominalion. par de légères transgressions que ce chan- Cela,joinl aux réllexions qu'ils font sur les L'cmenl a conmicnié? C;; n'est pas a--sez. événements du monde, les fait douter s'il y a Pourquoi saint Bernard, écrivant à un grand une Providence ; surcroît d'aveuglement pape, se plaignail-il hautement d'une espèce dont Dieu les punit. Ne sachant plus s'il y a de corruption dont il rejelait en partie le une Providence, ils ne savent pas trop s'il y blâme sur la cour romaine, et qui consist.iit a un Dieu, ni s'ils ont une âme spirituelle à accorder trop aisément toutes sortesde discapable de le posséder, parce que tout cela penses? N'en ariportait-il pas la raison, sadevient incertain : dernier comble de l'im- voir : que cette l'acililé des prélats cl des supiété. Or, remontez au principe du mal , et périeurs à dispenser augmentait de plus en lâchez à le découvrir : ce n'est rien ou près- plus l'inclination violente qu'ont les hom- (|ue rien ; mais votre prophète la dit, Sei- mes à s'émanciper? Eh quoi ! saint Père, lui gncur, et il est vrai que l'insolence de ceux disait-il avec un zèle respectueux, mais tout (jui se retirent de vous va toujours croissant: évangélique, fallait-il donc faire des lois , s'il Siiperbia eoniin qui le odcrunt asccndit sein- devait y avoir tant d'exemijtions et tant de pcT- {Ps. LXXllI.) dispenses? ne savez-vous pas que ^ous avez Est-ce .Tinsi qu'il en va à l'égard des mœurs? deshommes àconUuire, c'est-à-dire descréaoui, chrétiens, et plus même à l'égard des tures ennemies de l'assujeltissement, et qu'il mœurs ((u'à l'égard de la foi. Car, comme dit faut, à leur égard, non point de la tolérance saint Ambroise, les lois qui nous obligent à et de la mollesse pour relâcher, mais de la bien vivre, nous tenant encore plus dans la force eldu courage |>our leur résister? et ne dépendance que celles qui nous obligent à voyez-vous pas jusqu'à (pu I p<dnt s'esl accru croire, nous avons plus de penchant à les cet abus des dispenses ; en sorle qu'après les violer. Taiii dt! relâchements ([ue nous dé- avoir autrefois reçues comme des grâces, on ploions, d'où ont-ils pris leur origine, de- les exige maintenant comme des dettes, et mandait saint Bernard, sinon de la liberté qu'au lieu qu'elles ne se donnaient que pour démesurée avec laiiuelle les chréliens là- des sujets importants, on les obtient aujourclies et les mondains, n'écoulant que leur diiui pour les raisons les plus vaines et les .imour-propre et leur orgueil, ont négligé |)lus frivoles? Quoi donc, poursuivait-il, premièrement les petites observances, et puis vous défend-on par là de dispenser ? non, SL' sont peu à peu déchargés des grandes? mais de dissiper :(>(/(</ f/f/o, !'«r/îK,s-,p7"o/iiics Ces relâchements se sonl-ils jamais introduiis dispensare ? non, sed dissipare (Bein.) 1 Là [lar un soulèvement subit et général des ti- où la nécessité aura lieu, la dispense est extlèles et par une rébellion foi-mee de leur jjart ensable; là où l'inlérét public et la gloire de contre les saintes lois ([ue l'Eglise leur près- Dieu se Irouveront engagé*, elle est louable; crivait? Non, répond sain' Bernard; mais mais hors de la nécessilé et de l'utilité ccmils ont toujours commencé par des exemp- iiiune, ce n'est plus une dispense, mais une lions, en apparence resjieclueusi'S, que cha- dissipation : Ubi neulrum, jam mm dispensacun, sous divers prétextes, a voulu s'accor- li.o, .^ed dissipalio ci'iuleli!: est [Bcni.) ; dissider, au préjudice du droit commun, préten- pation cruelle : pourquoi ? parce qu'elle dant qu'en telle et telle circonstance la loi damneégalcment, et lesupérieuriiui dispense, n'était pas l'aile pour lui. et se souciant peu cl l'inférieur qui est dispensé ; parce qu'elle des consé(]uences que son mauvais exemple lomente dans les esprits cet amour de l'indé- (levait produire dans les autres. D'où vient peii'lance, ((ui, des plus petites fautes, conque le inonde chrélien s'est vu quelquerois duit aux plus grandsdésordres. l'.vec étonnement plongé dans l'abîme d'un Que serait-ce maintenant, si j'examinais ilésordre universel, sans ((u'on pût dire, ni en détail d'où vient la réprobation parlicu- (|uand, ni comment il y était tombé, si ce lière de tant d'âniesqui périssent , et qui, suin'est, ajoute le même Père, parce qu'il y vaut le cimrs du monde, s'égarent de la voie élail tombe pardegrés et par des chutes près- du salut? n'est-ce |)as ordinairement des <iuc insensibles .' dépravation énorme dans muiniires péchés? car, voit-on des justes se

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CAREME. SEItMON XVII. SIR LA PARFAITE OBSERVATION DE LA LOI.

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ppivcrlir dans un inoninU ? Aoil-on des péihoiirs comiiionccr à se dei Lirer par les derniers sr.iiulales '.' Non, disait saint riiogdire , pape, il lien va pas ainsi : il y a un apprentissage pour le vice aussi bien que pour la vcrlil. Quelque disposition que nous ayons au mal, il laut moine livrer des eomhats avant que d'être tout à fait niéi liant. Ce t par la vanité, ajoute ce saint docti ur, et reli nez liien cette parole, elle est belle : c'est parla vanité que nous parvenons;! rini(iuitc, et nous y parvenons inlailliblement, lors(]uc notre volonté, arcoutuniéeà de petits péchés, n'est plus touchée de riiorreurdcs crimcs,l( 1lement(iue. par cette habitude, dont elles'e>l onqueUiue façon nourrie et fortifiée, elle acquiert enfindans sa malice, je ne dis pas seulement de la tranquillité, je ne dis pas seulement de l'impunité, mais de l'autorité : A vnnitate ad imquitui.em mens nostra ducitur, si assuetamnlis Iciibus graiiora non pevltnrrescat, et ad quanidain utteloiita(em nequiliœ per culpas nutrila peneniul (Greg.). Uien (le plus vrai, chrétiens, ni de plus solide que la pensée de ce Père ; car c'est par exemple la vanité d'une conversation trop libre qui sera la source de la damnation de ce jeune honune; c'est la vanilé des habits et dis ajust< ments qui servira d'entrée au démon pour séduire et pour prrdie cette femme ; c'est la vaine curiosité de lire tel livre qui entamera rinnocencc de celui-ci ; c'est une vaine complaisance pour le momie (lui deviendra la mine de celle-là. Je m'explique.

\iius voulez être vêtue connue les autres, cl en cela vous ne comptez pour rien de vous affranchir d'une certaiiie régularité à quoi vous réduit le christianisme : voilà la vanité, mais cette vanilé vous rendra idolâtre de vous-niême; mais cette vanilé vous ins[.irera des désirs de plaire aussi funestes que criminels ; mais cette vanité fera périr avec vous je ne sais combien dames créées pour Dieu et rachetées du sang d'un Dieu : voilà l'iniquité: A vanilate ad iniquitatem. A'ous voulez vous satisfaire en lisant ce livre profane et dangereux, et sur cela vous étouffez les remords de votre conscience ; voilà la vanité ; mais ce livre vous fera perdre le goût de la pieté; mais ce livre vous remplira l'esprit de foihs imaginations et même des plus sales idées du vice ; mais ce livre fera naître dans votre cœur des tentations auxquelles vous ne résisterez pas : voilà l'iniquité : A vanitate ad ini lUitatcm. Il vous pl.iîl d'entretenir encore quelque couinurie avec cette personne, de lui écrire, de la voir, de converser avec elle, et vous êtes sur de vousmême comme si tout cela était innocent: voilà la vanilé; mais (e reste de commerce rallumera bientôt le feu que la grâce de la pénitence avait éteint, et fera revivre toute la passion : voilà l'iniquité : A vanilate ad iniquiUitei». D'abord ce n'est qu'enjouement, que galanterie, que belle huujeur, et c'est ce que saint Grégoire appelle vanité ; mais de là s'ensuit ce que Guillaume de Paris appelle les troupes cl les légions du démou «le la chair : Iixercilus et acies carnis, c'cjI-

CllAlElRS SACRÉS. XIV.

à-dire de là les premiers sentiments du péché, de là les conseniemenis criminels aux désirs du péché, de là les aciions honteuses qui mettent le comble au |ié<hé, de là les at. tachemenls opiniâtresà l'habilude du t)éché, de là les prétendues justifications dont où s'autorise dans l'étatdu pé( hé, de là la gloire impie et scandaleuse que l'on tire ou que l'on veut tirer du pé( lie, de là l'insoleiice avec laquelle on soutient le péilié. Car tout cela, chrétiens, a une liaison et un enchaînement nécessaire, et dire : J'irai jusque là. et je ne passerai pas outre; je me permet-^ Irai telle chose, et je ni> ni'aciordcrai rien d.ivanlage , c'est n'avoir pas les premiers principes de la connaissance de soi-même pourquoi? parce que la règle est infailliblel que (le la vanité nous allons à l'iniquité : ,4 vanitate ad iniquitatem.

C'est à quoi, mon cher auditeur, vous ne pouvez trop prendre garde, et ce qui demande toute voire étude ci tous vos soins. Je n'ignore pas qu'une observation parfaite de la loi, je dis de toute la loi et des moindres devoirs (|u'elle nous impose, a ses peines, et qu'il faut savoir pour cela prendre sur soimême en bien des rencontres et se contraindre; mais l'Evangile ne nous enseigne point une autre voie du salut que la voie étroite : Arcta lia est quœ ducit ad ritain [Mutth., VII). El voilà pourquoi le Sauveur du monde' nous a tant avertis de nous faire viobncc à nous-mêuios, parce que le royaume des cieux ne s'emporte que par la violence : Reqnum cœlorum vim patitur, et viol(nii rapiunt illud {Maltli.. \l); voilà pourquoi il nous a tant exhortés à faire elTorl : Contcndite. De croire que la porte du ciel s'élargisse, ou qu'elle se rétrécisse à vtitrc gré, c'est une erreur, dit saint Chrysostomc, puisque saint Jean, dans son Apocalypse, nous déclare qu'elle est de bronze et d'airain. Et en effet , prenez telles libertés qu'il vous plaira, accordez-vous à vous-mêmes tels privilèges que vous voudrez, jamais la loi de Dieu ne changera ni ne pliera, et tous les adoucissements dont vous userez ne la feront pas relâcher d'un seul point de sa sévérité. Au contraire, plus vous entreprendrez sur elle, plus vous lâchirezà vous la rendre favorable, et plus elle deviendra redoutable pour vous; car alors, bien loin de vous favoriser, elle s'élèvera contre vous et elle vous condamnera. Or, cela supposé, comment devons-nous agir, si nous sommes sages? comment devons-nous raisonner? n'est-ce pas de la sorte? Le chemin du salut eslélroit; il faut donc que je resserre aussi ma conscience, car il n'y a point de danger pour moi de me restreindre dans les bornes de mon devoir, mais je dois tout craindre si je viens jamais à les franchir. Je ne puis être trop soumis à Dieu, mais je cours risque de me perdre si je ne le suis pas assez; et (et esprit d'indépeiulam e, qui pourrait peut-être me réussir en traitant avec les hommes , ne saurait in'altinr de la part de Dieu que le souverain malheur. Ah! chrétiens, on cherchait autrefois des remèdes efficaces pour bannir les scrupules du monde, et moi, par [Vingt.]

ORXTEL'RS SACRES. BOURDALOUE

un sentiment bien opposé, jo voudrais que ce q'ii s'appelle le momie fût aujourd'hui rempli de scrupules. Oui , plût au ciel que l.mt d'âmes lihertiucs lussent converties en scrupuleuses! Dieu y trouverait si gloire, et elles y trouveraient leur sûreté; ce serait en elies une faiblesse, mais dont il serait bien plus aisé de les guérir que de la ma'heureuse présomption qui les rend si hardies à transgresser la loi. Il ne s'agit ici que de petites choses, j'en conviens; mais parce que nous sommes superbes , c'est une première raison pour être en garde jusque dans ces petites choses , contre nous-mêmes : à quoi j'ajoute que nous sommes aveugles et peu éclairés ; seconde raison , qui va faire le sujet de la seconde partie.

SECONDE PARTIE

Pour peu que nous prenions soin de nous étudier nous-mêmes, nous reconnaîlroiis bientôt que l'ignorance et l'aveuglement sont les apanages du péché. L'expérience ne nous l'apprend que trop. Mais puisque nous marchons dans les ténèbres, conclut admirablement saint Augustin, il faut donc que nous mesurions tous nos pas, et que notre circonspection supplée au défaut de nos lumières. Or, elle n'y peut suppléer qu'en nous faisant observer inviolablement cette maxime, d'être exacts et religieux jusque dans les petites choses. Voilà , dit ce grand docteur, le correctif nécessaire de notre ignorance en ce qui regarde la conduite du salut. Je considère , ajoute-t-il , ces ténèbres de l'esprit humain en deux manières bien différentes: en tant que ce sont le-i peines du péché et qu'elles ont rapport à la justice de Dieu , et en tant qu'elles nous sont volentaires et qu'elles viennent de la malignité de notre cœur. Comme peines du péché, je les déplore; comme elTets de notre volonté, je les déleste; mais , dans l'une et dans l'autre vue , elles nie causent de saintes frayeurs; après avoir bien examiné, je ne trouve point d'autre voie jiour en éviter les suites funestes, (|ne d'être fidèle à Dieu dans les plus légères obligations et dans l'accomplissement des moindres devoirs. Sans cela il est impossible que je ne m'égare et (]ue je ne tombe dans des abimes d'où peut-être je ne me retirerai jamais.

Ce sentiment n'est-il p.is bien raisonnable, et n'est-ce pas celui iiue nous devons prendre? Rien , mes chers auditeurs, où les hommes soient plus sujets à se tromper et plus exposés à l'erreur, (ju'en ce qui regarde la conscience et la religion. Ecoutez la raison qu'en rapporte saint Grégoire, pape, elle est remarquable et digne de lui: c'est dans ses morales sur Job. Un objet , dit ce grand pape, pour être vu clairement et distinctement, doit être, à l'égard de l'u'il qui le voit, dans une juste distance; c'est-à-dire qu'il n'en doit être ni trop proche, ni trop éloigné; car, dans une trop grande proximité, il empêche son action, et dans un trop grand cloignemenl , il épuise sa vertu ; en sorte ([ue l'oeil, tout clairvoyanl qu'il est, ne peut apercevoir Icschoses les pkjs visibles, qu aid elles sont, par rapport à lui, dans l'une ou

dans l'autre de ces situations. II en est de même de notre esprit et de ses connaisanccs, et voilà, dit le même saint Grégoire , ce (\u\ nous rend aveugles dans les devoirs de la conscience et delà religion. Caries matières de la religion sont infiniment élevées au dessus de nous, et c'est pour cela que nous les perdons de vue , parce qu'elles sont, pour ainsi dire, hors de la sphère et de l'activité de notre esprit, et celles delà conscience sont au-dedans de nous-mêmes, car, qu'estce que la conscience, dit saint Bernard dans le traité qu'il en a fait, sinon la science de soi-même"? Conscienlia quasi sut ipsius scientia (Bern.). Comme donc il arrive que l'œil destiné à voir lonl ce qui est hors de lui . ne se voit point néanmoins lui-mé. ne, ainsi l'esprit de l'homme est-il pénétrant, subtil, jilein, si j'ose employer ce terme, de sagacité pour tout le reste, hors pour la conscience, qui est son œil, et par où il doit se connaître.

Mais que s'ensuit-il de là'? Alil chrétiens , vous prévenez déjà ma pensée, et [ilaise au ciel qu'elle vous serve de règle dans la pratique 1 c'est que l'homme étact aveugle dans ces deux choses, je dis en ce qui regarde la religion et la conscience, i' est inévitable pour lui de s'y trouiper, s'il n'apporte un soin extrême à se préserver des illusions où son aveuglement le peut conduire; de s'y tromper, dis-je, ne perdez pas la réncxion qu'ajoute saint Bernard, non pas en supposant pour grandes les fautes qui sont légères de leur nature, car il est rare que son erreur le mène là; mais en supposant pour légères celles qui sont en effet importantes; illusion qui lui est très-ordinaire , c'est-à-dire qu'il est sujet à traiter de bagatelles en matière de conscience et de religion , des choses où la religion néanmoins et la conscience se trouvent notablement intéressées; à ne compter pour rien ce qui devant Dieu doit être censé pour beaucoup ; à juger pard innable et véniel ce qui de soi-même est criminel et mortel; à diminuer par de fausses opinions la rigueur des plus étroites obligations, car tout cela ce sont autant d etTets de l'aveuglement de l'homme. Et parce que cet aveuîrlement ne le justifie pas; parce ((ue c'est un aveuglemcni ou affecté par malice, ou formé par négligence, ou fomenté par passion ; ((u'arrive-t-il encore? ce que nous éprouvons tous les jours, que, pour connaître mal les petites choses, l'Iiounneest exposé à manquer dans les plus essentielles; (|ue , suivant les erreurs dont il se prévient sur ces fautes préteiuJues légères, il lui est aisé de comnuMtre de véritables crimes; et que, pensant ne faire qu'un pas dont- les suites S(Uit peu à craindre, il court riscjue de se précipiter et de se perdre, s'il ne s'impose cette loi d'avoir pour Dieu une fidélité entière et de ne rien négliger jusiiu'aux plus menues pratiques. Car celle loi , bien observée, le met à couvert de tout et fait, pour parler de la sorte, qu'il peut être aveugle en assurance, puisqu'il est certain que, tant qu'il s'attachera à cette maxime, quand il sérail du reste rempli d'erreurs, quand son esprit serait obscurci des

CAIlEMt;. SKUMON XVII. SLIl LA PARFAITIÎ ODSERYATION DE L\ LOI

plus épaisses (énrlircs, il no sï'<;arora jamais et que toujours il inarcliera aussi tirolt (jue s'il avait pourseronduire toutes les lumières d'une souveraine [)rudence; pourciuoi'/ parce que la loi qu'il s'est prescrite lui servira de puide, et voilà le second |)rincipe sur lei]uel j'ai fondé ma proposilion : que, dans ce qui toui lie la reln^iou el la conscience , il est d'une iinpiirlance e\Irênie de se resserrer toujours plulôl ijuc (le se licei'.cier eu aucune manière et de si' relâclier.

liii effet, ne l'avons-nous p.:s vu el ne le voyons-nous pas encore, que li' relâi liement sur certains p:>inN estimés peu nécessaires est un des piét;es les plus daujïcreux pour nous surprendre et pour nous l'aire lonibcr dans les plus ;;rands désordres"? en voulezvous des esenipies par rapport à la religi-ui? Sonvenez-vous , mes chers aiidileurs , île Ci! qui est rapporté par saint Auguslin dans nu lie ses ti-ailes sur saint Jean, et de la laineuse dispute énuii' inire un nianiehéeu et un i atholique au sujet d'une mnuchc qui, par hasard, servit d'occasion à la plus célèbre dis conirovcrsesqni parla;;eaienl alorsles espriîs. Est il croyable, disait au catliolique le manichéen, qu'un si petit insicle, et d'ailleurs si importun à l'honmie , aii été créé de Dieu? Non, lui répoiulil celui-ci avec simplicilé , je ne le puis croire. Prenez garde, dil s linl Augustin; il était calliiiliinse de proression, bien intentionné pour la vraie créance cl fort éloigné de l'et esj)rit superbe et présomptueux qui conduit au libertinage cl <à l'iiiipiélé ; mais il élait ignorant, et il p.c concevait p;is que la production d'une mouche l'ûl (luclque chose dont son adversaire pût se prévaloir et prendre avantage sur lui. Que lit le manichéen? on vous l'a dit cent fois : do la mouche, il lui persuada d'accorder le même pour l'abeille, de l'abeille il le poussa jusqu'à l'oiseau, de l'oiseau à la brebis, de la brebis à l'éléphant, enfin , il lui Oi avouer que Dieu n'était pas le créateur de l'homme. D'où procéda une si grossière erreur? de laveuglement de l'esprit, qui , séduisant le catholique, lui fit négliger et compter pour peu ce qui néanmoins était un point fondamental.

En faut-il un exemple encore plus sensible et plus connu? De l'hérésie manichéenne, passons à l'hérésie arienne, et voyez sur quoi roulait en ces premiers temps le schisme du monde chrétien. Il se réduisait tout à un seul mot, savoir : si le Verbe devait être appelé consubstantiel , c'est-à-dire de même substance que son Père, comme le voulaient les défenseurs de la vérité , ou s'il élait seulement semblable en substance à son Père , comme le soutenaient les partisans d'Ariu*. Celle question , remarque saint Hilaire, sans p:irler des schismaliquej , partageait même entre eux les orthodoxes: les uns prétendant que c'élail peu de chose, et les autres eu fusant un article capital. Pourquoi, disaient les premiers, tant de chaleur et tant de bruil? Que ce soit consubstanliel qui l'einporle, ou semblable en substance , une différence si légère doit-elle troubler le repos de l'Eglise? tjt-il juste qu'un si petit suj.'t cause une di-

vision si unii erselle et que, pour une syllabe pour une lettre dont ou ne convient pas, plus de la moitié du monde soit retranchée de la communion des fidèles? C'est ainsi qu'ils parlaient avec un zèle aveugle el indiscret; el parce qu'ils ne coiinaissaiint pas assez ce mystère de la divinité du Verbe, en négligeant une syllabe dont il s'agissait, ils ruiliaient le fondement de la religion clirétienne, au lieu que saint Allianasc et les vrais fiiùles avec lui, mieux instruits et plus éclairés, voulaient qu'on sacrifiât tout pour ce seul mot conaiihstantiel , prêts à mourir eux-mêmes et à le maintenir par l'elïusion de leur sang, tant ils le jugèrent nécessaire pour conserver la pureté de la religion catholique. N'est-ce pas ainsi (pfeu mille rencontres, lorsque l'Eglise, usant de son autorité, .-i voulu décider et régler d'S points de foi , ses enneaiis , pour éluder des decisi ins opposées à leurs sentiments el auxiino'les ils refusaient de se soumettre, les traitaient de questions vaines et inuliles? Je ne dis point combieu cotte conduile répugne à l'iiumililé de la f>i et à la prudenro é\angélique ; c'est assez que vous compreniez par là l'obligation ind:si)ensalde que nous avons de respecter juMiu'auv |ilus pclites chosi-s , partout où la religion est mêlée, puisqu'il est vrai que n dre ignorance nous expose à de si funestes égarements.

Que n'ai-jcle temps, pour la perfection do ce discours, d'appliquer aux mœurs et à la conscience ce que j'ai dit de la foi et de la religion! Que ne puis-je produire ici certains genres de péchés , toujours griefs eu quelque sujet que ce sot, dès qu'ils soûl volou'aires, mais que l'ignorauco nous fait meltre souvent au nombre des [lelils péchés! combien eu pourrais-je compter d'autres dont nous mesurons la grièvelé ou la légèreté, non suivant ce qu'ils sunt en effet dans les conjonctures présentes , mais seloa nos idées et les désirs de noire cœur! Séiièquedisait un beau mol, que nous n'estimons grands certains dons de la fortune et certains établissemenls du monde, que parce que nous sommes petits : Jileo iiuii;nn. wstimamus, quia parti sumus {Sciiec.)^ .Mais ici, au conlr.iire, il y a mille choses qui ne nous par.iissent |)clitis que parce que notre aveugleiiienl est grand. Ce n'est point une simple réllrxion que je fais, c'est une règle que' je vous propose, et une règle nécessaire dans la conduite de la vie. Oui, cliréliens, je dis qu'il y a certains genres de péchés où nous nous trompons toujours, quand nous les supposons légers, parce qu'ils ne sont jamais tels dans l'idée de Dieu, Ainsi cet abominable péché, ce péché houleux que saint Paul nous défend de nommer, est-il toujours mortel et toujours un sujet de damnation, dès qu'il csl accompagné d'un cou seulement libre. Opinion constante, et si autorisée parmi les théologiens, que ce ne serait pas seulement une témérité de la contredire, mais un scandale. Dans l'impureté, iil le savai'.t Guillaume de Paris, rien de léger, rien de véniel. Cependant, qui le sait? qui de vous en est persuadé? qui de vous a pris soin de s'en ir»-

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ORATEURS SACRES. BOUP.DALOUE.

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slruirc? combien y a-(-il là-dcs-ns d'erreurs répandues dans le monde, et, par une suite nécessaire, combien de crimes se commettent tous les jours dans la fausse et malheureuse prévention que ce ne sont point des fautes :iui attirent la haine de Dieul J'ajoute qu'il y a d'autres péchés, tantôt griefs, tantôt légers, mais dont nous ne mesurons la malice que selon les divers in'éréts qui nous gou- \eriicnt. Avons-nous fait au prochain l'injure la plus atroce? ce n'est rien, à nous eu croire : mais nous a-t-il offensés? la moindre injure que nous en avons reçue est un monstre à nos yeux. Jamais l'.igresscur at-il reconnu to;it le tort qu'il a, cl jamais l'offensé est-il convenu du peu de tort qu'on lui a fait? l'un l'augmente, lautrelcdiminue, chacun comme l'amour-propre et sa passion l'inspirent. Jusque dans le tribunal de la pénitence, où nous prétendons agir avec Dieu de bonne fui, combien de railleries et de médisances , combien de paroles piquantes que l'on compte pour des bagatelles, et sur quoi l'on ne daigne pas même s'expliquer? Est-ce qu'elles sont toutes en effet de ce caractère, et qu'il n'y en a presque aucune qui puisse nous causer de justes remords? Est ce que nous voulons mentir au Saint-Esprit et les dissimuler malgré les remords de la conscience? Non, chrétiens, mais c'est que nous sommes aveugles, et que notre aveuglement nous empêche de les apercevoir et d'en être touchés.

Quel remède, mes chers auditeurs, et qui 1 parti prendre pour se garantir des suites (l'un aveuglement si pernicieux? Ahl Seigui'ur, vous me l'avez appris, c'est de me eontenir dans les bornes d'une exacte et entière soumission à votre loi , c'est de ne me permettre quoi que ce soit qui puisse en quelque sorte blesser votre loi, c'est de n'alTecler jamais une fausse liberté, qui si souvent, lors même que je l'ignorais, et parce que je l'ignorais , m'a rendu prévaricateur de votre loi. ^'oilà le moyen, ô mon Dieu! dont vous m'avez pourvu, et que je dois mettre en œuvre. S.ms cela ma perte est inévitable; car il faudrait, pour me garantir des chutes fatales dont je suis menacé, ou (jue mou aveuglement cessât, ou qu'une étude constante et assidue de mes devoirs suppléât aux lumières qui me manquent. De n'être plus aveugle, ni exposé aux erreurs de mon esprit, c'est ce que je ne puis espérer : car, étant pécheur, telle est ma triste destinée; et comme il ne dépend pas de moi d'être exempt de toutes les faiblesses de la concu|jisceiice , aussi ne puis-je être dans cette vie absolument dégagé des ténèbres de l'ignorance, puisque c'est une peine de mon j)érhé. De combattre cette ignorance par des réflexions continuelles sur le nombre et la (jualité de mes devoirs, il est vrai ipie je le puis; mais le ferai-je toujours? et quand je le lerais, aurai-jc toujours assez de lumières pour y réussir, c'est-à-dire pour connaître clairement et distinctement ce (jui est dune oblig.ilion rigoureuse, et ce qui ne l'est pas? et ijuand enfin 'e le cunnailrais, aiirais-je

toujours assez de force et assez de résolution pour agir selon mes connaissances? .\h ! Seigneur, il est bien plus court et bien plus sûr de m'interdire tout péché, de quelque nature qu'il puisse être. Outre que j'aurai l'avanù^c d'en être plus agréable à vos yeux, outre que je me ferai un mérite de vivre dans un plus parfait attachement à vos volontés , outre que ce sera une consolation pour moi de penser que je suis du nombre de vos fidèles serviteurs, ou que je tache ;iu moins à vous servir comme eux , motif à quni je dois être plus sensible qu'à toutes les récompenses que je pourrais altendre de vous, je n'aurai plus besoin, quand il s'agira de votre loi, de l'examiner d'.; »i près, ni de chercher tant d'éclaircissements et d'aller à tant de conseils qui souvent me flattent au lien de m'instruire, ou qui m'embarrassent au lieu de me calmer. Cette exactitude, cette régularité dans les [ilus petites choses me tiendra lieu de tout le reste. Avec cela je pourrai compter sur vous et sur moimême : sur vous , parce que vous vous êtes engagé à combler de vos grâces une âme qui vous donne tout sans réserve; sur moi-même, parce que j'aurai le plus assuré préservatif contre ma fragilité naturelle et contre lo penchant de mon cœur.

Heureux, mes frères , si vous entrez dans ces sentiments! .Méditez bien cette maxime de saint Bernard , que ce serait un miracle, si celui qui se permet tout ce qui lui est permis, ne se laissait pas emporter à ce qui lui est déleiulu. Souvenez-vous de cet oracle du Saint-Esprit, que quiconque méprise les petites choses, to nbe peu à peu, et même sans y prendre garde, dans les grandes. N'oubliez jamais que vous êtes faibles et que vous no pouvez mieux vous précautionner contre le péché, qu'en évitant jusqu'à l'ombre même du péché. Enfin, mettez-vous en état d'entendre de la bouche de Jésus-Christ cette consolante parole ; Venez , bon serviteur; parce que vous m'avez été ûdèle en peu de chose, prenez possession de mon royaume céleste , et goùlez-y une félicité éternelle. Puissions-nous tous y parvenir , chrétiens 1 c'est ce que je vous souhaite, etc.

SEllMON XVIH.

POUR LE JEUDI DE LA TRilISlÈSlE SEMALVE.

Sur la 7-elir/ioti et la probité.

Onines qui Ijabeb.inl infirmos variis langnorituis, duceliant illes ail .Ii siiin. Al (Ile, siiigiilis niaiius im|ionen'!, curatial eos. V.vitiaiil rrilrni (la^ni'Hii > a niiillis, clamantia et ilicpiitia : Onia lu es Filins l*i i. Kl iiicrepaiis, uou siiiebal ea loqiii, qiiia sciel)aiil ipsum esse Cliri^uim.

Tous ceux qui avaient ilea miiliiilea de diverses imdadies, les umcnaieiit à Jésus, et il /("■> (iiiérissait tous en les foitchiiiil. Or. les démons svrtiiieiii de plusieurs pos.'<édés, criant el disnnt : Vous ê!i"i le Fils de Dieu, iliiis il les re prenuil, el ne leur perni-tluil pus de parler, parce qu'ils simaienl qu'Hélait le Messie [S. Lur,cU. IV).

C'est le témoignage que rendent au Sauveur du monde, dans notre Evangile, ces esprits de ténèbres à qui il faisait sentir son souverain pouvoir, en les chassant des corps,

CAREME. SEUMON XVIII. SUU L.V RELIGION ET LA PROlîlTE.

el dont il él lil venu sur la terre renverser l'injuste domination. Témoignage certain , puisqu'ils savjiient el qu'ils avaient appris par de si sensibles épreuves ce qu'il était : Quia sciebant ipsum esse CItristum [Luc. I\'). Témoignage public, puisqu'ils le disaient et qu'ils le faisaient si hautement entendre : Ùantantiii et dicentia quia tu es Filiits Dci {Ibid.}. Témoignage d'autant plus glorieux au Fils de Dieu, que c'étaient ses ennemis mêmes qui reconnaissaient sa toule-paissantc vertu, cl qui publiaient >a diviiiilé : Exibunt autem dœmonin {Ibid.). Mais t"inoignage que cet Homme-Dieu méprise el (ju'il rejetle, parti- que ce n'élail, aprè> tout, qu'un témoignage forcé, cl (ju'il ne parlait i)as d'un vrai si'nliment de religion : El incrrpans, non sinebnt ea toqui (Ibid.) ; car s'ils obéissaient à ses ordres en sortant des possédés, c'est qu'ils ne pouvaient résistera sa parole; et t.indis qu'ils l'honoraient d'one pari, ou qu'ils semblaient l'honorer en l'airpi-lanl Fils do Dieu, ils le blasphémaient de l'aulre et ils le renonçaient, en s'opposani de toutes leurs forces à l'élablisscnient de sa luj. En vain donc, mes frères , pour en venir à nousmêmes, adorons-nous Dieu ou prélendonsnous l'adorer, si nous ne l'adurons en esprit et en vérité. En >ain lui rendons-nous uii culte apparent, si dans la pratique nous démentons par nos mœurs ce que nous confessons de bouche. En vain sommes-nous thiéliens, ou nous disons-nous chréliens, si ni>us ne le sommes ([ue de nom, el si nous n't ii devenons pas plu^ li.lèles à nos devoirs. Et quand je dis nos devoirs, je n'enliiuls pas seulement certains de\oirs de religion, mais les de\oirs ie^ plus lonimuns de la société il les ple.s ordinaires dans l'usage de la \ie et dans le commerce du monde. C'est de là même aussi que je tire b^ sujet de ce discours, et, prenant la matière en général, je veux vous faire voir le rapport nccessainî qu'il y a entre la religion el la probité : je veux vous donner une parfaite idée de l'une el de l'autre, en vous montrant la dépendance mutuelle qu'elles ont l'une de l'autre. Puissiez-vous sur ce plan régler désormais toule la conduite de votre vie! C'est pour cela que j'implore le secours du ciel, el que je m'adresse à Marie, ea lui disant : .4i'e, Maria.

Avoir de la probité scion le monde, elavoir de la religion, ce sont deux choses qu'on a de tout temps distinguées, et qui sont en effet très-dirrérenles, suit qu'on les considère dans leurs principes, soit qu'on en juge par leurs objets, soii (|u'on ait égard aux lins qu'elles se proposent; car la probité, selon le monde, semble n'être tout au plus qu'un efl'd de la raison, et la religion est le grand ouvrage de la grâce. La probité, selon le monde, est bornée à quelques devoirs de société qu'elle règle entre les hommes, et la religion est occupée aux plus saints exercices du culte de Dieu. La probité, selon le monde, n'envisage rien que de mortel et de périssable, el la religion porte ses vues et ses espérances jusque dans l'élcrnilé. Cependant j'ose avancer

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une proposition dont quelques-uns ne comprendront pas d'abord tonte la vérité, mais dont j'espère que la suite de ce discours les convaincra; car je prétends (jue la probité et la religion toutes différentes, d quelquefois même tout opposées qu'i lies paraissent, ont néanmoins entre elles une liais m trèsétroite : jusque-là qu'à les prendre dans toute l'élendue qu'elles doivent avoir, on peut dire ab>olumenl qu'illes sont inséparables. Pourquoi ■? concevez, s'il vous plaît, ces deux pensées : parci" qu'il est impossible qu'un homme qui n'a point de religion ait une véritable probi;é, et qu'il n'est pas plus possible qu'un homme qui n'a pas le fond d'une vraie probité ail une solide religion. Ces deux maximes ont besoin d'éclaircissement; mais l'éclaircisseuient que je vais leur donner en doit êlre la preuve, l'oint de probité sans religion , c'est la première partie ; point de religion sans probité , c'est la seconde. Mais la probité avec la religion ou la religion avec la probité, voilà ce qui fait, selon Dieu A selon le monde, l'homme de bien, el ce que j'ai présentement à développer.

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