ORATICLRS SACRES. BOL'aDALOL'E. ' 6:t
pas sa langue cl qu'il lui donne loute lihcrié Remontons au principe. Vous me demande parler, qu'il sache que sa religion e«t dcz pourquoi la religion a une dépendance vaine. Prenez garde, chrcliens, il ne dil si nécessaire de la [irobilé, el moi je vous pas : Si quoiqu'un de vous se licencie eu réponds que c'ist par un ordre établi de quelques rcnronlres <à parler contre le pro- Dieu, et que Dieu lui-méine, en quelque cliain ; car cela peut (luehiiicfois arriver jiar sorte, ne peut pas changer. Car, comme la laiblesse, par iiiipniilencc , |iar emporle- grtâi e suppose la nature, et que la foi est ment, lors n-cnie qu'on a de la religion; cnlce pour ainsi dire sur la raison, aussi la mais l'Apôlredi! : Si (jiu'Iqu'un de \uus. ne religion a-l-elle pour base la prohité. Déniellanl jamais un fr( iu <à s.i langue, se fait truisez la nalure , il n'y a plus de grâce; une habitude de railler l'im, de mépriser pervertissez la raison, il n'y a plus de fui, el l'autre, de censurer celui-ci, de décrier ce- ôlcz de la sncii'lé des hommes ce que nous lui-là, et qu'il croie pouvoir acrorder celle appelons probité, il n'y a plus de religion, licence effrénée avec la vraie religion, c'est En elTet, la religion , dit saint Jérôme , veut un aveugle qui s'égare, el (iuoi(|ue peut- un sujet digne d'elle et digne de Dieu. Elle être il ne s'en estime ni moins spirituel ni nous perfectionne en nous élevant à Dieu, moins parfait, quoi(iue peut-être il se fasse miis elle suppose dans nous, ou plutôt elle de ses médisances mêmes un point de reli- commence dans nous une ceilaine perfecgion et de piélé, connue si c'était un zèle lion, qui nous rend tels que nous devons être chrétien qui l'inspirât, je soutiens, moi, et à l'égard des hommes , et si nous n'avons je conclus qu'il n'a qu'une religion imagi- ces qualités et ces dispositions, Dieu ne peut naire : IIujus vaiia est rcligio. Quelle cou- agréir noire culte, ni s'en tenir honoré ; séquence, reprend saint Chrysoslonie 1 N'c- car, ce (jui n'est pas même bon drv.int les tait-ce pas assez de dire que cet homme, en hommes, comment le serait-il de\anl Dieu ne retenant pas sa l;;ngue. offense la reli- dont le jugement est bien encore au-dessus gion, qu'il blesse la charité , qu'il engage du jugement des hommes? Etre jiisle, être sa conscience, et qu'il se rend criminel (îdèie , être désintéressé, être sans reproche devant Dien? Non, mais prenant la chose d.iu. l'estime du monde, ou du moins le voudans sa source, l'Apôtre prononce absolu- loir être, travai'ler à l'être, et, pour soulemcnt que c'est un homme sans religion : Hu- uir, pour sanctifier tout<^s ces vertus, avoir jus vnnn est reli (jin. de la religion et être cliréiicn, voilà l'ordre Or, chrétiens, comprenez tonte !a force de invariable et au(|uel il faut que la religion ce raisonnement ; s'il est de la fui qu'une se conforme. Mais que faisons-nous? nous [lareille erreur, une erreur praiiiiue tou- renversons cet ordre, et |ar l'illusion la plus chant les saillies et les libertés d'une langue dé[ilorable, nous nous formons de grandes médisante et sans re'enue , suffit pour de- idées de religion. et de christianisme, qui ne triiire dans nous l'csfiril de la religion, que se trouvent appuyées sur rien, parce qu'en sera-ce de ces désordres essentiels qui dé- même temps i:oiis négligeons les premiers Iruisent enlièremenl la probité dans le com- devoirs de la fidélité et de la justice, c'esl-àmerce des hommes, et que certains hommes dire (luenous bâtissons sans fondements, ou, prétendraient néanmoins pouvoir acconmio- pour m'exprinier a\ec saint Paul, que nous der avec la religion? Que sera-ce de ces bâtissons sur un fondement de paille. Nous f'uplicilés accompagnées de mille protesta- vouions construire un édifice de pierres prélions d'amitié el de bonne foi ? Que sera-ce cienses, mais nous paraissons devant Dieu de ces avarices sordides el couvertes d'un semblables à cette slaluede Nabuchodonosoc voile de désintéressement dont on se pare? dont parle le iirophète Daniel. Elle avait la Que sera-ce de ces animosités profondes et tête d'or et les pieds de terre. Cettetéted'orrcinvélérées, si contraires à la charité et à la présente la religion, et ces pieds de terre paix , mais à qui l'on donne une fausse nos .ictions. Or, qti'est-cc que cela, sinon un couleur de jus'iee? Que sera-ce de ces e\- fantôme et une chimère? car une chimère, ces, de CCS emportements, de ces duretés, dans la signification même du terme, marque envers le procliain , que l'on justifie par un coi:ipo--é d'espèces différentes, qui n'ont enune intention prcîendne droite"? Que sera- semble nulle liaison et nul rapport, un visago ce de ces fraudes, de ces chicanes , de ces d'homme avec un corps de béte. C'est ainsi vexations qui ruinent non-seulement des fa- que les fables l'ont figurée, et ce qui est ;iilles, mais des villes, mais des pro\inces impossible dans la nature , n'est-ce pas ce entières? Que sera-ce de mille autres dés- que nous voyons et ce que nous déplorons -ordres qui ne sont que trop connus et <jui dans la conduite de la plupart des chrétiens? rompent tous les liens de la société hu- Combien peuvent dire, comme saint lîernard, maine? Tout cela est-il compatible avec une mais avec un tout autre sujet que saint Berreligion toute sainte , avec une religion nard : .le suis la chimère de mon siècle, ou toute parfaite, avec une religion toute di- p'uiôl la chimère du chiistianisme. J'honore vine? Le serait-il même avec le paganisme? Dieu mais j'offense b s bonmies. J'ai des sen- Eh quoil Seigneur, un païen eût cru par là limeuts de piété, mais je parle el j'agis en renoncer à la religion qu'il professait; avec mille occasions avec moins de droiture et de telles pratiques, on l'eût parmi les païens moins de raison que les plus impies. J'ai du traité d'analhème, et dans un si monsirueux zèle pour certaines œuvres d'éclat et <le sudéréglement de mœurs, nous nous (latlerf us rérogation, et je n'en ai point pour d s œud'êlrc (hrOlicns. vrcs de nércssilc el d'oblii;a!iun. ■! > suis clo-
057 CAREME. SEUMON XIX. SUR LA CUACE. 858
quentsur la discipline do l'Eplise et sur la exemples qu'il jugera. Que ne dit-on pas sévcrilé de l'Evangile, et toute ma vie se tous les jours de la dévotion ? vous le sapasse à former des parlis, à nouer dos in- vcz : que, pour être dévot par état, on n'eu triques, à réiiandre des calomnies, à déchi- est souvent que plus déguisé, que plus vinfer l'un, à détruire l'autre ; chimère de re- dicalif, que plus fâcheux aux autres, que ligion. Il faut que la religion, la vraie reli- plus amateur de soi-même. On le «lit, et pion commence par les devoirs généraux pourquoi ? parce qu'on voit en effet des d'équité, de charité, de reconnaissance, de dévols, j'entends de prétendus dévols Iroi:! soumission et d'ohéissance , parce que c'est peurs, des dévols ulcérés et envenimés les ainsi, dit l'a; être saint Jacques, que l'on uns eonlro les autres, des dévots aigres, se défend de la malignité et de la contagion chagrins, bizarres, des dévots sensuels et du siècle, et que c'est en quoi consiste la délicats. Or, ce qu'on dit en particulier de religion pure et sans tache : Rcliyio inuiula la dévotion, on le dira en général de la reet immaculala liœc est, immaculalum se iits- ligion.
todire ab hoc sœcnio {Jacob., I). Ainsi, mes frères, s'il nous reste encore Sans cette probité sincère et reconnue, quelque zèle pour notre religion , vivons non-seulcmenï fantôme de reliaion, mais d'une manière, non-seulement qui lui fasse scandale de religion. Je m'explique. Jap- honneur, mais (jui la fisse aimer de ceux pelle scandale de religion ce qui expose la niémea qui lui pourraient être le plus opporeligion au mépris et à la censure; j'appelle sos- Or je vous en ai appris le ninyen. Qu'ils scandale de religion ce qui lui oie le cré- voient en nous de la probité, c'est ce qui les dit et l'aulorilé qu'elle doit avoir dans les édiliera. Nos dévolions, nos ferveurs, nos esprits ; j'appelle scandale de religion ce pénitences, tout cela est saint : mais à peine qui donne au libertinage une espèce de su- t"'> seront-ils touchés : leurs vues ne vont périorilé et d'as(endani sur elle. Or, n'est-ce P"'"' encore ju, que-là, et ils altendenl que pas là ce que fait la conduite d'un chrélien """'^ 'es attirions par quelque chose de plus sans probité? Si le chrislianisoie peut de- proportionné à leurs idées et à limperfecvenir méprisable, par où le d-vieadra-t-il lion de leur élat. Soyons bienfaisants, doux , plus naturellem ■ut que p ir là '? Je sais que alTables, prévenants, humbles dans nos nous ne manquons pis de ré|)onses pour l'ensées, intègres dans nos sentiments, mofaire taire le monde: je sais qu'il faut bien destes dans la fortune, patiens dans l'adverdislinguer la religion et ceux qui la profes- site, sans delours, sans artifice, sans oslensent, qu'il ne faut pas confondre la sainteté, lation, sans hauteur : alors, aidés de la qui lui est propn-, et quelle ne perd ja- grâce, nous les gagnerons, nous les conmais avec nos desordres, qu'elle est la prc- verlirons, nous les sanctilierons, cl nous mière à condamner et à nous reprocher. »""* sanctifierons nous-mêmes avec eux. Mais le monde est-il assez équitable pour '''-'1 t'^'- Seign( ur, le témoignage que vous faire ce discernement? est-il assez bien dis- demandez de nous. Les martyrs, pour la posé pour le vouloir? ne cherche-t-il pas même religion (jue nous professons, ont au coniraire des prétextes contre elle? et, *crsc leur sang et d.inné leur vie. Nous pour peu qu'ils autorisent son impiété, ne devons être dans la même disposition de se fait-il pas un plaisir de les relever et de *')"s sacrifier tout; mais nous ne nous Ironies exagérer ? Quand dune on voit des chré- vous plus dans les mèaies occasions. Ah I liens infidèles d.ins leurs paroles, intéressés •""" L)ieu, quelle hont;- pour un chrétien dans leurs vues, inllexibles dans leurs cidè- «^c ne pas l'aire, au moins en partie, par res, impitovables dans leurs vengeances, l'mnorence de ses mœurs, ce que tant dausans modération dans leurs excès, sans ''"es ont fait par leur inébranlable conspudeur dans leurs débauches, dissimulés, tance au milieu des plus .rigoureux tourartificieux, fourbes et imposteurs, qu'en monts I Ce ne sera pas en vain. Seigneur, peut penser le libertinage, et qu'en pense- 4^'^ '"JUS vous glorifierons, puisque vous t-il en effet? N'en tire-t-il pas avantage, et "^^^ promis à ceux qui vous honorent une n'est-ce pas un triomphe pour lui ? Allez gloire immortelle, où nous conduise, etc. alors lui vanter lexcellence de la loi de SEUMON XIX. Dieu: que n'aura-l-il pas, ou que ne croi-
ra-t-il pas avoir à lui opposer? 11 la Irai- po^R le vendredi de la troisième
lera ou d'hypocrisie et de jeu, ou despécula- semaine.
tion imiiraticable: d'hypocrisie et de jeu, puis- Sur la ardce
que avec de si belles leçons, avec de si hautes ■'
maximes, elle ne rend pas meilleurs ceux Respomlii .Tesus, eidixii ei : Si scires tlommi Dri
qui l'embrassent : de spcculalion impralica- Jcsm-Clirisi lui répomiii : Sivuns coiimiiiia U' don de
bl.', puisqu'on faisant même profession de la ^''•'" '^- '''^""' '^''- '^ '•
suivre, on n'en observe pas les règles et Sire,
qu'on n'en accomplit pas les devoirs, il rai- Ce don de Dieu que ne connaissait pas
sonnera mal, j'en conviens, mais enfin il encore celte femme samaritaine dont il est
raisonnera de la sorte, et voilà les inipres- parlé dans notre évangile, et que le Sau-
sions que feront sur son esprit les exemples veur des hommes lui fit connaître, c'est,
qu'il aura devant ses yeu\. Car c'est à ces selon tous les Pères de l'Eglise et tous les
exemples qu'il s'attachera, c'est sur ces inlerprcles de IKirilure, la grâce même de
exemples qu'il s'appuiera, c'est par ces Jésus-Chrisl. Cctlo grâce sans laquelle nous
OnATEURS SACRES. BOIRDALOUE.
ne pouvons rien , cl avec laquelle nous pouvons lout; cette grâce, par où, comme dit l'Apôtre, nous sommes tout ce que nous sommes, si nous sommes quelque chose devant Dieu ; celle grâce qui nous éclaire, qui nous attire, qui nous persuaile, qui nous convertit; celle grâce qui nous porte au bien cl qui nous éloigne du péché ; cette grâce qui nous met en élat de gagner le ciel et d'y parvenir; celle grâce qui opère en nous cl avec nous tout ce que nous faisons pour Dieu, et qui, dans l'ordre du salut, nous donne par son efficace , non-seulement le pouvoir, mais la votonlé el l'action : voilà, dis je, mes chers auditeurs, l'excellint don qu'il nous est si imporlant à nous-mêmes de bien connaître. Don parlait, qui nous vient d'en haut, et (lui descend du l'ère des lumières. Dim au dessus de tous les dons de la nature, et auprès duquel saint Paul regardait comme de la boue luui les dons de la fortune. Don des dons, que Jésus- Christ seul a pu nous niériler, el que nous recevons de la miséricorde infinie de Dieu.
Cependant, par une ignorance grossière, nous ne le connaissons pas , et, par une ingratitude encore plus criminelle, nous ne prenons pas soin de le coniiailre. De là vient que si souvent nous le recevons en vain, et que, bien loin de nous en servir pour glorifier Dieu cl pour nous sariclificr nous-mêmes, nous en abusons jusqu'à nous pervertir nous-mêmes et à mépriser Dieu. Car c'est pour cela que Jésus-Chri.st nous dit comme à la Samaritaine : Si scires cloniim Dei [Joan., IV) : Si vous connaissiez le don de Dieu. Tâchons donc aujourd hui, chrétiens, à nous en former une juste idée. Entrons dans ce trésor immense de miséricordes divines. Mesurons-en, s'il esl possible, el la hauteur el la profondeur, et puisque Marie en a reçu la plénitude, pour parler utilement de ia grâce, implorons le secours du Saint-Espi il par l'intcnession de celle mère de grâce, en lui adressant les paroles de l'ange : Ave, Maria.
Disposer tout avec douceur cl tout exécuter avec force, ce sont les deux excellen- Ics propriétés que l'Hcriture attribue à la sagesse. Mais il n'y a, dit saint Augustin, que la sagesse de Dieu à qui ces deux propriétés conviennent lout à la fois dans le degré de perfection qui nous est exprimé par ces paroles: Snpienlia ntlitigit à fine tisque ad fincin forliler, et difpunit omtiia suatiler (5n/J., Vlll). En ellet, la sagesse des hommes étant aussi bornée qu'elle est se trouve sujelle à deux déf.iuts lout contraires. Estelle douce dans sa conduite? il esl à craindre qu'elle ne devienne faible dans l'exécution? est-elle clficace d ferme dans l'exécution ? il y a danger qu'elle ne soit dure dans sa conduite. Sa douceur, quand elle prédomine, se tourne en mollesse, et sa force dégénère dans un excès de sévérié. Mais il n'appartient qu'à la sagesse de Dieu de réunir parfaitement ces deux vertus, ce semble, si opposées. Car elle a seule l'avantage, nonsculctaeut de ne séparer -amais la douceur
de sa force, mais de trouver sa forcî dans sa douceur; el, par un secret inconnu à tout autre qu'à elle, de faire consister sa force dans sa douceur même. Or, ce que l'Ecriture nous dit de la sagesse de Dieu, je puis le dire également de la grâce, puisque la grâce dont je parle n'agit en nous que coiimie l'instrument de celle sagesse souveraine, qui est en Dieu la cau^e princijiale do noire salut.
El voilà, chréliens, l'idée la plus juste que je puisse vous donner de la grâce de Jésus- (]|irisl : en voilà les deux caraclères, douceur el force. Douceur de 11 grâce, dins la manière engageanle dont elle dispose le pécheur à sa conversion. Force de la grâee, dans les étonnantes victoires qu'elle rempoi le sur le pécheur au moment de sa con- >ersion. Or, sans chercher d'autre preuve, il me sulfit do vous proposer pour exemple de l'un cl de l'autre celte femme de notre évangile. Car vous venez d'abord quelle lut l'aimable conduite de la grâce pour gagner le cœur de celle pécheresse. Vous jugerez ensuite quel fut le iiicr\eilleux pouvoir de la grâce, par l'admirable changement qu'elle opéra dans le cœur de cette pécheresse : Al~ tingens a fine nsqite ad fivcm f<>rli(er, el disponens omnia suavii.er. La grâce de Jésus- Christ employant tous les charmes de sa douceur pour convertir la Samaritaine, ce sera la première partie. La grâce de Jésus-Christ par son efficace et par sa force , convertissant en effet la Samaritaine, et, de l'abîme du péché où elle était plongée, l'élevant lout à coup au comble de la sainteté , ce sera la seconde partie. L'une el l'autre renferme tout mon dessein et va faire le partage de ce discours.