‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 56 sur 132 · CAREME. SERMON XIX. SIR LA GRACE · texte numérisé non relu

CAREME. SERMON XIX. SIR LA GRACE

épuisé sa patience. Cependant il ne se rebute point ; et, (|ui>l(|ue éloignée de Dieu , quilijue endurcie dans son péché que soit cette femme , il est résolu de l'attendre , usant pour elle, si je puis me servir du teriDo de l'Ecriture, de ces lenteurs adorables qui arrêtent les coups de sa justice , et qui suspendent sa colère et ses vengeances : Susten- Inliniips Dpi{KrcH., II). C'est pour cela qu'il

est assis et qu'il se repose : Faligalus se-

ilchdl [Joan., IV). Or, ce repos «l'un Dieu dans les emportements et les révoltes de sa créature, c'est ce que j'appelle la douceur de la grâce. Ah! chrétiens, combien de pécheurs d.ins le monde, et i)eul-être parmi ceux à qui je parle, sont actuellement dans le même état que cette femme criminelle et obstinée? c'est-à-dire combien de pécheurs opiniâtres ont lassé Dieu , ont outragé la bonté de Dieu , ont irrité le courroux de Dieu, et, à force d'accumuler iiéchc sur péché, r<'( hiile sur rechute, et d'augmenter par là chaiiue jour le poiil.s de leur iniquité, sont devenus pour Du'u comme de pesants fardeaux , mais dont néani oins, par un effet de son inépuisable miséricorde, il veut bien attendre le retour'.' A juger de Dieu par nous-mêmes, peut-être celle patieiK^' seraitelle pour nous un scandale, petit-ê-lrc nous viendrait-il dans l'esprit (jue Dieu minque de zè'e pour sa gloire, et (lu'il ne souli ut pas assez hautement la souveraineté de sou être. Mais c'est en cela même, disent les Pères, qu'il la soutient et qu'il fait éel.iler sa gloire :car il n'y a que la patience d'un Dieu (jui puisse ail r jusi|ue là. Celle des hommes, (jui n'a pas plus d'étendue que la petitesse de leur cœur, est bientôt à bout; mais la mesure de la patience de Dieu est la grandeur de Dieu même.

En effet, continue saint Augustin Dieu est patient parce qu'il est éternel, il est patient parce qu'il est fort , il est patient parce qu'il est Dieu : Patiens est quin œtrrntts est. quia furlis csl, quia Deus est (Aug.). Et rien, à le bien prendre, ne nous marque mieux sa divinité et n'en est un témoignage plus invincible, que celle tranquillité surprenante avec laquelle il dissimule et il tolère les offenses des hommes. .Mais, de ce principe, quelle conséquence, mes chers auditeurs, devons-nous tirer? s'ensuit-il que le pécheur ait droit de différer sa conversion, et de fairu attendre Dieu, parce que Dieu veut bien l'attendre? C'est ainsi qu'ont toujours raisonné et que raisonnent encore les libertins et les mondains; et c'est ce faux raisonnement et cette damnable pré-iomption qui de tout temps les a confirmés et les coii- (irme tous les jours dans leur libertinage et dans leurs désordres. Mais à Dieu ne plaise, chrétiens, que nous fassions un tel abus do ses miséricordes, et quand il s'agit de pénitence , l'erreur la plus pernicieuse où nous puissions tomber est de nous attendre que Dieu nous attendra; pourquoi? par mille raisons qui ne soulîrent point de- réplii|ue, et que vous ne pouvez ignorer sans ignorer au même temps les plus essentielles maxi-

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iries de votre religion. Ecoutez-los. Parce que si Dieu nous allend, c'est uni(iui'meiit à sa grâce que nous en sommes rcJovaliles : or, •i n'est rien ilo plus impie ni rien de plus insensé que di- compter sur celle grâce jusqu'à s'en pré\aloir contre Dieu même : An oculus luHS ncijnam est , quia ego bonus sum [Malth.. XXj? Parce qu'il j en a plusirurs que Dieu n'atteiitl pas, cl sur qui, pour

sur l'exemple des autres, il lui plail d'evener sa juslc colère, en les laissant mourir dans leur péché : Eijo vado , et (luœrctis me, et in pcci-Mio teslro mari' mini {Joan., VIU). P<irce qu'à l'égard même de ceux que Dieu allend, i! y a un terme après lequel il ne les attend plus : Aillinc quailriiginld dirs, et Mnivc subverteturiJonœ, 111). Parce que nous n? pouvons savoir jusqu'à quand Dieu ic us ulleudra, ni même s'il nous attendra , et que c'est le secret le plus impénétrable pour nous et le plus caché : Qais scit si convertclur, et irjnoscal [Ibid.)"! Parce que notre seule prcsomplion, en nous a-suranl que Dieu nous aM.ndra, sulfil pour l'engager à ne nous attendre pas , de peur, comme remarque Tertullien, qi:e sa patience qui est un de ses plus sainis attributs, ne servît à autoriser et à l'omciiicr nos crimes. Tout cela, chrétiens, autant de vérités imonteslables qui doi\eat nous tenir dar.s un sage lempcranienl de crainte 1 1 de coiifiauc c. Vérités iiui nous laissent toujours dans l'espéraïue d'une grâce assez conslanle pour nous attendre, mais qui ntius empêcheni bien de faire l'oiid sur celle espéracc ■ pour vivre dans l'impéiùtencc. Vérités dont le merveilleux en.huiuemeiit mms oblige à ne pas liire attendre Dieu trop longtemps ; persuadés qu'il nous attend encore, mais du reste qu'il n'est rien de si terrildc qu'un Dieu dont la patience <utrée se lasse enfin d'attendre un [léclieur, ni rien de si punissable qu'un pécheur qui, volimlaireinenl cl de plein gré, fait atteiidre un Dieu. Celle morale dcman lerait un discours entier. Je la laisse, et je passe à un autre point.

Non-seulement le Sauveur du monde attend la Samaritaine, mais, par un nouveau Irait de douceur que je découvre dans sa grâce, il prend une occasion commoile pour traiter avee celle pécheresse, un lieu séparé du bruit et du lumulte, où il sait qu'elle doit se rendre; un temps convenable à son dessein, où elle vient puiser de l'eau, cl où rien ne pouira interrompre les leçons toutes divines qu'il se prépare à lui (aire. Non pas que Dieu, pour nous communiquer sa grâce, ait besoin de ces ménagements, niijuela grâce de Jésus-Christ dépende absolument des temps et des occasions pour pro luire en nous son effet, pui^qu'au contraire c'est plutôt la grâce qui fait ces temps précieux pour le salut et ces occasions à quoi notre couvcrsiuii csl allacliée. Mais en cela même ne devons-nous pas admirer l'ineffable bonlé de notre Dieu, qui, pour nous aiiiier à lui eX pour nous sauver, veut bien ménager ainsi les occasions ; qui , dans celte vue, se sert avantaseuscmcnt de celles que nous lui

présentons; qui, lui-même, on fait naître auxquelles nous ne pensons pas; (^ui, dos événements les moins préméd lés, fait pour nous des coups de provid .ncc , et qui , méritant d'être également servi dans tous les lieux cl dans tous les temps, ne déd, ligne pas d'allaclier sa grâce à certains temps 1 1 à certains lieux? Quand nous lisons dans la Genèse, que Rébecca allant abreuver ses troupeaux à une fontaine, y rcuconira le serviteur d'Abrah im, qui lui annonça sou hoiilieur et le choix que Dieu fiisail d'ille ponr être l'épouse d'Isaac ; ou, dam le livre des Rois, (lue Saûl cherchant les ânesses de son père, trouva le Pro|ihèle qui lui déclara les vues de Dieu sur lui, et lui apprit que le Seigneur l'avait destiné pour élriî le chef de son peuple et pour rogner en Israël, nous bénissons l'aimable conduilc de la Providence. Mais celle conduite si aimable, clirctiens, n'était encore qu'une fiuiire de ce que Dieu voulait faire cl rie ce qu'il fail tous les jours en faveur de ses élus. G.ir, n'est-ce pas ainsi qu'il leur olïrc sa grâce en de favorabli^s conjonctures? N'est-ce pas ainsi, si j'ose m'exprimer de la sorle, qu'il leur dresse de saillies embûches dans les occasions que sa sagesse a disposées pour leur conversion cl pour leur sanclificalion ? Et n'est ce pas de là que de savants théologiens, cntro lesquels ou co lîple n.éiue cet incomparable doclcur de l'Eglise, saint Augu-tin, oui f.iit consister une partie du mysière de la grâce, |e dis de celle grâce que nous appelons etlicai e, en ce qu'elle est donnée dans l'occ ision où Dieu a prévu qu'elle serait saluiaire, au lieu, ajoutent ils, qu'il donne des grâces communes inililîéremmeul, c'esl-à-Jire indépendamnienl de ces oicisions et des dispo.-ilioiis particulières où nous pouvons nous t ouvi r en les recevant ? (]eci esl fonde sur ce que Dieu dit dans l'Ecriluro à riiommc juste, ou, si »ous voulez, au pécheur converti : Tempore accepta exaudiri le (I Cor., VI) ; c'est dans le temps propre que je vous ai exaucé : Lt in die salutis adjuvi te {Ibid.) ,ct c'est au jour de salut que je vous ai aidé. Il y a donc, concluent-ils, et non sans raison, dans l'ordre de la prédestination des hommes, des temps de grâce el de f iveur où le salut csl non-seulement plus possible et plus facile , mais plus infaillible cl plus sûr. Nous le voyons dans la femme samaritaine. Mais, si nous y prenons bien garde , co que nous voyons dans cllo, c'est ce qui se passe eucoie Ions les jours dans nous. Car y a-t-il personne que Dieu ait autrefois touché et qu'il ait ramené de sc>s égarements, qui n'attribue en partie sa conversion à certaines renconlres , et qui ne se souvienne que ce fut là où Dieu lui ouvrit les yeux cl lui parla au coeur? Ainsi l'a reconnu saint Augustin , et l'aveu qu'il en f.iit est une espèce (I hommage qu'il a cru devoir à la grâce. C'est dans ses Confessions qu il a pris soiii lui-même de nous marquer juscju'aiix moindres pariicularités du co.uocit qu'elle lui li^ via; le iroublc, l'agilation où il se Irouv.i , le jardin où il se relira, le sainl ami qui Tj

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■iccoinpaiîn.i , l'cicinple des solitaires qui le plus {rrâre, parce (ni'elle supposerait cii nous coiifdinlii , reiiihoit de saint Paul qu'il lut, le niérile de lavoir prévenue. Je sais qua et dont il se sentit frappe quand cetle ;;ràec nous pou\oiis. (luoique pérlieurs, rliercLei toute-puiss;inte le transfiirnia dans un homme Dieu par la iiràfe, et le tr(.uvor. M.iis, rclout nouveau et le soumit ontiu à l)ii'u..\insi, prerid saint Bernard, nous ne cher(lierion.s dis-je, Ta-l-il publié, et si nous fusions tous j.iiiiais Dieu par la i,'ràce , si Dieu, par une une pareille confession de notre vie, ne pour- autre };râce, ne nous avait lui-même cherrions-nous pas tous, par pi oportion, rendre clies : Msi eniin prias {/luesitn. non (/uarcres de nous-mêmes un témoignage à peu près sicut ncc clif)eres iihi elccta (flcni.). Or, c ai semblable? ce (jui paraît sensiblement dans la convcr-

Quel est donc pour nous le point capital et sion de celle femme de S.imarie. Le Fils la grande maxime de la sagesse chielieiine ? de Dieu n'atleiid pas qu'elle lass? (]ueK|uo retenez-la bien, mes chiTS auditeurs, et ne avance pour \enir à lui : il raborde, il lej l'oubliez jamais. C'est d'observer avec soin parle, il l'engage, sans qii'c le y pi'ii.sc, duns ces occasions et ne les pas manquer. Car, un ciitrelicn qui doit être le piiudpe de sou combien de choses dont vous ne voyez pas s ihil. Tel est le niystèi-e et le prodige tout les conséquences, et qui vous semblent venir ensemble de la charilé de mon Dieu, de voudu hasard, sont aut.int de moyens que Dieu loir bien prévenir lui-même des pé< heurs , a choisis pour Aous retirer du monde, et dont c'est-à-dire de voul'»ir bien rc chrrcher luipeut-être il lui a plu de faire dépendre \olie même de viles créatures, de vouloir bien apprédeslinalion même : par exemple, l'eng i- peler lui-même des amcs ingrates et rebelpement que vous avez avec ce serviteur de l''s, îles âmes crimiindles et dignes de toites Dieu , ce livre de piêlé (jue vous goûlez, ce ses vengeances , (le^ âmes faibles et ineousermon édifiant cl convaiueaiit (lue vous en- stanles, dont peut-être il pré>c)it les iafidélilendez, celle mort subite qui vous elïraie , lés et les rechuics : de les r( chercher, dis-je. cette perte de biens qui vous afflige, celte cl d'aller au-devant d'elles, d.ms un temps ilisgrâce qui vous humilie, cette inlirmilé où elles ne pensent point à lui. je dis plus, qui, malgré vous, vous réduit à mener une dans un temps où elle- s'éloignent de lui, où vie plus réglée et vous empêche de vous elles se soulèvent contr<! lui, où même elles riorter aux mêmes excès. Si les desseins de ont en quelque sorte horreur de lui. Ah 1 Dieu vous étaient pb'iiiement connus, et que Seign-ur , pui--je tn'êcrier ici, touché du vous sussiez avec cerlitude (]ue c'est à cela senliment de saint Bernard, et en m'appliqu'ila voulu attacher votre salut, ne les mé- qu;inl ce dogme de notre religion si opposé nageriez-vous pas , ces occasions si inipor- au pélagianisrne : ah ! Seigneur, est-il donc tantes? Or, vous n'en savez que trop pmr vrai que, tout aimable «nie vous êles, je ne y adorer an uioins les ronscils secrets de puisse de moi- mêiiie vous aimer , et que ma celle Providenre toute paternelle qui vous mi-'ère aille encore juse|U'à ne j)Ouvoir désigouverne, et si vous n'en savez pas davan- n r d'êlre aimé d ■ vous, si vous n'excitez eu lage, c'est ce «lui vous oblige encore à viv re moi ce désir? Ksl-il donc vrai eue, tout dans une dépendance p!us absolue de cette Dieu que vous êles , vous sovez dans la négràce en qui vous vous couliez. Mais si c'est ces>itê de faire les premières démarches une occasion de salul, me dinz-vous, et que pour me réconcilier avec vous, ou de m'a- Dieu y ait attache la grâce de ma couver- voir éternellement pour ennemi? ne seraitsion , il est sûr que je me convcrlirai. Je le ce pas assez que vous fussiez disposé à mo veux, chrétiens , mais il n'est pas !i:oins sur recevoir? .Mais du moins, ô mon Dieu ! puisque vous ne vous convertirez jamais sans que vous voulez bien commencer, ne répouun bon usage de celte grâce et de l'occa ion drai-je point à voire amour? Ajoulerai-je à où elle vous est préparée. Car, de quelque l'impuissance mallieureusc de vous piévenalure que soit celle grâce, il est de la loi nir, le crime impardonnable de ne vous pas que son elTel ne peut être séparé de votre seconder? Non, Seigneur, et vous me faites fidélité, et de quelque manièrequ'elle agis- trop bien comprendre ce que je vous dois , se, il en faut toujours revenir aux deux pa- pnur que n.on cœnr demeure dans une si rôles du Sauveur des hommes: Vigilale et nwrielle indilTérence. Puisqu'il est de l'honora/e (iVa(///., XWI) ; veillez et priez. Priez, neur de voire grâce ijue ce soit elle qui me parce que vous ne pouvez rien sans la grà- reclierclie. je veux bien nie soumettre à celle ce; et veillez, parce que la grâce, loule puis- loi. Oui, mon Dieu, je veux bien m'humilier santé qu'elle est, ne fuit rien sans vous, dans celte vue, je veux bien reconn.iîlre Priez, afin qu'il y ail pour v-ous un temps et devant vous ma lâiblesse, et u.e confondre un jour de salut, el veillez, afin que ce dans la pensée que de moi-même je ne puis jour de salut ne vous échappe pas. Voilà en faire un pas pour aller à vous, et qu'avec deux mots les deux points fixes et tout le toutes vos perfections, je ne puis vous aiprécis de la théologie d'un chrétien. Pour- mer si vous ne m'aimi z, et si vous ne m'aisuivons. niez avant que je vous aime. .Mais du reste,

J'ajoute que la grâce qui opère notre cnn- Seigneur, ce sera pour moi un puissant mo-

version, quelque intérêt que nous ayons à la tifde reconnaissance el de fidélité, elle sau-

rechercher, est toujours la première à nous venir de votre infinie miséricorde, en me re-

' prévenir, el c'est, dans la doctrine des Pè- cherchant maigre toute mon indignité, en

res, ce (lu'elle a de plus essentiel. Car. si je me prévenant, en me renieltant dans vos

la i)ouvais prévenir, dès >ùl elle ne serait voies, m'attacher.i désormais à vous d'un

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OlUTEUnS SACRES. liOiaPAULiF;.

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lien si élioil, que la naluro, quu la passion, (]iie le iiiomic avec Ions ses cliarmes , (lue rien, quoi que ce puisse ôlre, ne le pourra rompre. Tel est le fruit que 1 ame chrétienne doit tirer de ce point de foi utilement et solidement médité.

Mais encore, comment est-ce que la grâce sious prévient? est-ce avec aulorilé et avec empire ? non, dit le Prophète royal, mais par des hénédinions de douceur: /'/vfiywk<;/ eum in beiu'dtclionibui dulccdinis {Psalm. XX) ; car, si elle nous prévient, c'est en nous demandant ce qu'elle veut obtenir de nous, et en cela, reiiarque saint Prosper, consiste la différente de la grâce cl de la loi ; la loi commande, et la grâce invite ; la loi menace, et la grâce attire ; la loi contraint, et la grâ';e engage. Or, c'est ce mélange de la loi et de la giâi e qui fait tout le mysière de l'ainiahle et souveraine domination de Dieu sur nos cœuis. 11 ne tenait qu'au Sauveur du monde d user de tout son pou\oir et d'obliger 11 S im iritaine à lui rendre d'abord et sans réplique une obéissance forcée ; mais parce que c'est sa grâc' qui agit en elle, il vent (ju'elle obéisse, non-seulement sans répugnance , mais avec joie et avec amour. P.ir où donc commence-l-il ? il la prie de l'écouter et de le croire : Millier, crede milii {J(ian , IV). Car, quoique Dieu, par l'efficace de sa grâce, soit maître de nos volontés, et qu'il puisse comme il lui plaît disposer de nous , il n'en dispose néanmoins qu'avec réserve, et, si j'ose me servir du terme de l'Ecriture, qu'avec respect ; c'està-dire en nous inspirant, en nous persuadant, on nous demandant ce qu'il veut nous faire vouloir : Ta miteiny dominalnr virlulis, citin miiijna recereiilia disi)onis nos (Saj)., Xllj. Je ilis plus : quoique maître absolu, il nous demande pou pour nous donner beaucoup. Que demande Jésus-Christ à cotte Samarit.iine? un peu d'eau : l)a mihi bibere (Jonn., IV); et pourquoi de l'eau'? pour lui iaire naître le désir d'une eau bien plus excellente qu'il lui vent donner, de celle eau salutaire et vivifiante donl la source rejaillit jusque dans la vie éternelle : Fons aquœ sdlienlis in vitam œlernani (/6((/.) , de celte eau qui doit pour jamais élancher noire soif <t nous établir dans une paix et dans une télicité parfaite : Qui biberit ex aqua i/wiin rf/o dubo ci , non siliel in œlernum (Ibid.). IJelle idée , mes chers auditeurs, de ce que nous éprouvons tous les jours dans la conduite de la grâce. Que demande t-olle d'abord? presque rien, un peu d'altenlion sur noui-nicmos, un peu de règle dans nos actions , un peu de divcrélion dans nos paroles, un peu d'as ujellissenient à nos devoirs. Donnez-moi cola , nous dit Dieu ; c'est bien pou, mais de ce peu dépendent toutefois les grâces les plus ii boudantes ; et en effet, c'est '.ouvent parce peu, je veux dire par cotte potile victoire remportée sur la passion, par celle pelile violence faite à l'humour, par ce petit saorilice de l'inlérét , par ce petit effort de la charité , par ce petit relraiichoment d'une vanité mondaine, que nous nous mêl-

ions en état de recevoir la plénitude des dons célestes et des miséricordes du Seigneur. C'est par là que commencent les grands changemenls, les grandes conversions ; et ne sommes-nous pas bien coupables si nous refusons à Dieu ce qu'il exige de nous, quand I avantage qu'il nous promet est tellement au-dessus de ce qu'il attend?

Disons néanmoins encore quelque chose de plus touchant. Je prétonds, avec saint Chrysoslome, que la grâce, pour agir avec plus do douceur, s'accommode à nos inclinations, à nos goûts, à nos talents, et même en (juoique sorte â nos faiblesses, à nos imperléctions, à nos défauts : j'en ai la prouve dans cette femme de notre Evangile. Un autre que le Fils de Dieu qui l'eût entendue disputer et raisonner sur les points les plus iniporlanls de la religion, l'aurait robulée ; un autre lui eût dit qu'il ne lui appartenait pas de pénétrer dans ces matières; que ces qneslions épineuses et subtiles n'élaient pas de son ressort, et que la grande science d'une femme devait èlre de n'en point trop savoir, ou de ne point affecter de paraître en trop savoir : car c'est la réponse i ominuno qu ont eue de tout lenps à essuyer les femmes curii'uses, et qu'on a toujours fait valoir contre (dlis : mais notre divin maître n'ignorail pas . que ce n'est point ainsi qu'on les convertit, cl que cotte réfionso mortifi.iiitc pour elles, bien loin de les corriger, ne sert qu'à les a giir et à les irriter. Qno fait-il donc? il tioni une conilnilc tout 0|iposée. Cette femme est vaine et curieuse, il l'engage par sa curiosité mémo; elle se pique d'être savante, il ne dédaigne point do raiioniior avec elle sur ce (|u'il y a dans la religion de plus profond cl de plus sublime. En instruisaMl les peuples, il se servait de paraboles, c'est-à-dire de com|)ar,iisons simples et familières, pour s'accommoder à la grossièreté de leurs esprits ; mais il n'enirotient celle-ci, toute pécheresse qu'elle est, que de maiières élevées et en des termes |>roporlionnés à la grandenr des sujets dont il veut bien conférer avec elle : de la nature de Dieu, de la perfection de son être, do la pureté de son culte, de l'adoralion en esprit, et par là i! la détrompe sans l'idTenser, dos fausses idées dont elle élait prévenue louchant la divinitéet loshonîmages que nous lui devons. Or, n'est-ce pas ainsi (juo la grâce agit et sur nos esprits et sur nos cœurs? n'est-ce pas ainsi qu'elle se conforme à nous, ne nous sanctifiant presque jamais (remarquez ceci, je vous prie), no nous sanctiliant presque jamais d'une manière Contraire à nos ■inclin.itions naturelles, mais perfectionnant selon Dieu nos inclinations nalureiles, pour nous sanctifier. Sommes-nous ardents el agissants ? elle nous anime d'un saint zèle, et nous porte à la pratique dos bonnes œuvres ; sommes-nous lemlros et alToiliieux? elle nous inspire pour Dieu une tendresse d'amour qui nous fait quelquefois répandre à ses pieds dos lorrents de larmes; sommes-nous d'une humeur facile ? clic rectifie celle facilité d humeur, el

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1.1 converlil on cli.itUi pour le procli.iiii ; vipz ce que Dion ;i f;iil pour vous, et ce qu'il sommes-nous (fun cspril riijiile el sévèn- ? mérile de vous ; si > oiis s;u iez ce (|iie vous elle lounu- telle siMeiilé en fervt'ur (le pé- avez .i alteiidre de Dieu ; si vous saviez les iiileiue ; elle preiiil, dil l'apoUe saint Pierre, ma^^niruines récomiicnsrs (]u"il réserve aux p.ir rapport à nous aulaiil de difi'érenles liumt)les, (ju'il réserve aux p.unres, tju'il réî.iriaes qu'elle trouve en nous do disi)osi- serve à ceux (jui souiïrenl el (|ui se inortilioiis ditïeienics : Mullifurniis (jraliiv Dci (ienl pour lui ; si vous le saviez, ali ! il n'y (I l'elr.,l\') ; grûic qui nous engage à èlre aurait rien à quoi vous ne fussiez dé'crmisainls comme on voiulrail l'être, si Uieu nés, et les croix les plus pesantes vous douons en doiuiail le choix, el que nous n'eus- v i('iidraient , non -seulement supporlablcs, sions qu'à en délibérer avrc nous-mêmes ; mais aimables, dans la seule vue de lui aliu, dil saint (^lirvsoslome, qu'il ne nous plaire. Or, qui nous apprend tout cela? la reste nul prétexte pour nous dispenser de la grâce de Jésus-Chrisl. H est vrai (|ue celte suivre, puisiiu'elle veut bien se servir de grâce va, selon l'Kvangilc, jusqu'à nous innolre l'oiid pour raccomplissement de ses spiier la haine de nous-mêmes ; mais, pour desseins; puis(iu'il n'y a rien dans nous nous l'inspirer, celle haine évajigéliijue, elle qu'elle ne mette en œuvre pour l'ouvrage de nous l'ail convenir nous-mêmes de notre basnoire salut ; puisqu'elle ne demande point sesse, de notre indignilé, de notre corrund'aulre naturel ((ue le nôlre, point d'autre lion, de nos désordres. D'où nous concluons complexiuii ((uc la nôtre, point d'autres la- nous-mêmes aisément (jue noire vérilable lents <iue les nôtres, pour faire de nous ce iuléiêt est de nous haïr dans celte vie, si (]ue Dieu veut que nous soyons; enfin, puis- nous voulons nous aiiiu'r [lour la vie éter- (juc, dans un sens que vous cnltMidez assez, nelle : aussi le Fils de Dieu, pour faciliter la nous pouvons, en ne cessant point d'èlre ce péniti'tice à celle pécheresse de Samarie, lui (jue nous sommes, devenir par elle tout ce f.iit-il faire à elle-même la confession de son que nous ne sommes pas. crime, el p.ir la iionle salutaire qu'elle eu îl est vrai, cliréliens, que, par cette grâce, conçoit, la réduit-il, presijue sans (|u'e!le Dieu nous oblige à mépriser tout ce que le l'aperçoive, à la uéeessiié de s'accuser, de se monde estime; à renoncer de cd-ur aux condamner, el par conseiiuenl de se converlionneurs du monde, aux plaisirs du monde, lir, puisijue c'( si d;ins une sincère accusaaus biens du monde; mais ici même voyez tiou el dans une p.arraile condamnation de encore el goûlez combien le Seigneur est soi même (jue c.unsisle la vraie couversiosi. i\ou\ : L'uslale et vidtlf, ijKoniam snavis est 'rel'e est, chrélicns , la couiluile de la Dominiis {Psd!. XXXlUj ; il ne nous oblige grâce; voilà comment Dieu se reiul maître à mépriser le monde qu'après iiu'il nous eu de nos cœurs. Ce n'est point pir la souvea l'ail connaître par sa grâce l'illusion, (|u'a- rainelé de son empire, ce n'e^l point par les près nous avoir convaincus que le monde ne hautes lumières de son enlendeiiient di\ in, peut jamais nous rendre heureux ; il ne nous uiais par la douceur de la grâc(r et de soii oblige à renoncer au monde qu'après nous esprit. Il a fallu , pour gagner le cœur des avoir ôlé, p.ir sa grâce, l'estime et l'amour hummes , que la niajeslé s'abaissât , et que, du monde. Or, il est aisé de renoncer à ce dans la personne du Sauveur, la sagesse que l'on n'estime el l'on n'aime plus : c'est iucréee de Dieu s'humiliât. Or, à l'exemple la sainte leçon que Jé-us-Clirist fait à la Sa- de Dieu, c'est parla même que nous nous marUdinc : Omttis qui hiberit ex (u/an hiic,si- insinuerons dans les âmes, et que U(ms v liet iterum [Joan., IV) : Ouiconque boira de exercerons un pouvoir d'aulant plus absolu, cette eau aura encore soif; c'est-à-dire qui- qu'il le |iarailr.i n:oins; ce ne sera (loint par conque aura de l'ambilion dans le monde, l'iiuloriié, beaucoup moins par l'esprit dedoquelque grand qu'il puisse êlre, ne sera ja- minalion ou par l'ascendant (jue nous prenmais content de ce qu'il est ; (luiconque vou- drons et (pie nous affecterons de prendre, ce lira s'enrichir dan, le monde, que!(]ues biens ne sera pas ii.cme par l'Iiabilcle lii par la qu'il possède, n'en aura jamais assez à son supériorité de génie et d'iulellii;ence . mais gré; quiconque sera esclave de ses sens, ji.ir les sages ménagements de fa cbarilé. Il quoiqu'il ne leur refuse rien, ne les satisfera faut, pour engager ^le prochain et pour le jamais. Quand je suis une fois persuadé de loucher, que nous suppoMions ses défauts, ce principe je me détache de loul sans peine ; que nous compatissions à ses faiblesses, que et n'en summes-nous pas invinciblement nous condescendions à ses humeurs,' que persuadés par la divine impression el les nous soyons sensibles à ses misères ' que saintes lumières de la grâce? Il est vrai que nous cuirions avec zèle dans ses besoins et celle grâce m'oblige quelquefois à faire pour ijue, suivant la règle et l'expression de sa'int Dieu des choses dilficiles et pénibles: mais Paul , nous prenions, comme élus de Dieu en même temps elle m'y fait trouver de l'at- des entrailles de miséricorde : Induite vus' trait ; el comment? par la grandeur des mo- sicnt elecli Dei , visccra miscricurdiœ (Cul ' tifs qu'elle me propose, et par l'esi.érance ciip. 111 J. Cette inslruction nous reganlè des biens ineslnnal)les qu'elle me promet : uius; mais nous en particulier, mes frères Si seires dnintm Dei, et quis est qui dieit tibi : nous, d.s-je, que Dieu a spécialement appe- Da mihi bibere (Joan., IV) : Si vous saviez. les au ministère de la conversion et de la du le Sauveur a celte (emme, quel est celui sanclificalion des âmes; nous qui, comme qui vous parle; c'est-a-du'e si vous saviez, pi êtres du Seigneur, sommes les dispensachrelieus, ce que c est que Dieu ; si vous sa- leurs de sa grâce , el qui devons par consr-

OiUTi;ii;s SA(.ai':s. X]\'

{)':ti^t II une.)

f,i;i onvTr.rr.s s\(:iti:s. noruDALOiiE. 853

qiicnt fonfoniifr noire <rtiiiluilo il cIIimIc 1,1 l,i(|iicllo Dioti nous gouvcrn?. Si les piiisgrAii' même; ("osl à nous, ciicorf imi- fois, s.inccs di' la Icrro doul nous dépcmlons se i|ii(> ccllo nior.ile s'ailrcsM» ; souffre/ ipu- je roniporlaient de la soric envers nous, nous vous l'appliiiue el que je inc l'applique à en serions idolàlrcs : Dieu veut nous gapner moi - tnëuie. Car, vnilà voirc modèle et I(ï par sa jirâce , et nous lui somines rebelles 1 mien ; e'est par la douceur de noire zèle 11 eue reste à vous monirer que eetle fjrâcr, que nous devons toucher les pécheurs, au- (pioique douce dans la manière dont elle eii- Iremcnl nous n'y réussironsjamais. Ayez, si j;age le pécheur, n'en a pas moins de force vous voulez , toute la science des docteurs, dans son action ; et c'esl ce que \ous allez .•ivez toute l'eloqucMCC des prophètes, parlez voir dans la suite de noire évangile, qui fêle langage des apôtres, et même des anges ; ra le sujet du second point, .si tout cela n'est assaisonne de la douceur seconde partie. évangèlique, vous ne ferez rien ; c'est elle Quelque obscure que soit notre foi, si nous qui doit nous préparer les voies el nous In regardons en elle-uiêmc et dans ses mysfaire enlrei- dans les cœurs; sans elle on nous lères , elle a cependant , selon la pensée dr écoutera , el nous viendrons à bout de tout tous les théologiens , une es|)ècc d'évidence le reste; nous instruirons , nous convain- dans ses motifs ; je veu\ dire que ce qu'elh; crons, nous confondrons, n<ius épouvante- nous révèle est au moins évidemment croyarons, mais nous ne convertirons pas ; sans ble. par la qualité des motifs qui nousobligent elle nous troublerons les consciences , nous à le croire. Or, il m'a toujours paru, et il me désespérerons les faibles, nous révolterons piraîl encore , qu'un de ces molifs Us plus les opiniâlres , mais nous ne les attirerons puissants et les plus convaincants est de voir jau^ais ;\ Dieu. Le Sauveur du monde ne pa- ce que la grâce opère quelquefois en cerrut sévère qu'à l'égard des pharisiens, di- laines âmes, (jue Dieu , comme dit le grand «es hypocrites qui, sous un masque de piété, ApAlre, a préileslinées pour en faire des vases imposaient au peuple elle trompaient ; et, de miséricorde : ceci , mes chers auditeurs, par un secret jugement (le Dieu, ce fut à l'é- vous édifiera el vous consolera. Quand les ■gard des pharisiens que son zèle demeura magiciens de Pharaon virent les étonnanis sans effet. Je ne dis pas, mes frères, que nous prodiges que faisait Moïse dans toute l'Edevions llatler les pécheurs par de lâches gyple , par le seul altouchement de cette bacomplaisanees : vous n'ignorez pas combien guette mystérieuse (jui leur donna tant do j'ai ce senlimenl en horreur ; je ne dis pas terreur, ils confessèrent enfin que le doigt que nous ne devons point obliger les pé- de Dieu était là . c'est-à-dire qu'ils y recoa- «heurs à loul ce que l'i'vangile a de plus nurent Ui caractère d'une vertu divine dont austère, aux rigueurs de la pénitence , au ce législateur el ce propliètc était l'instruiruciliement de la chair, à la morlilication ment : El dijcrntiil malcfici ad Pharaonar. : de l'esprit; malheur à moi si j'en raball.iis Dlfjilus Dci est Itic {Exod., VUl). El moi, un seul point! Mais je dis qu'à celle sévérité, chréliens , quand je n'envisagerais que la qui pourrait seule éloigner les pécheurs, il conversion de cette feuune samaritaine, telle faut joindre celte douceur qui les ramène: qu'el'e est rapportée dans l'Evangile, je con- )e dis qu'il faut proportionner celte sévériie durais sans hésiter qu'il y a un principe aux dispositions des sujets , comme la grâio surnaturel qui agit en nous , que Dieu a de elle-même s'y accommode , el non pas l'ap- secrets ressorts pour remuer nos cœurs el pliciner sans disciMiiement el sans prudence. les tourner comme il lui pl.iît, que nous re- ..auv uns trop, aux autres trop peu, à ceux ci ce vous du ciel des impressions qui ne peufiors de leur étal, à ceux là par-ilessus leurs vent venir que de la grâce , el que, par les {'rirces; je dis qu'il faut avoir de saintes divines opérations de cette grâce , noire liadresses pour faire embras er ci lie sévérité, bcrté, sans rien perdre de son indifférence cl el mêmi! pour la faire goûter, montrant de ses droits, est parfailemcnt soumise à ((u'elle est praticable , el ne portant jamais l'empire de Dieu.

les choses à des excès qui donnent lieu aux Or, en quoi consiste le miracle de celle mondaii>s de les traiter d'impossibles ; je ne conversion'? le voici, par rapport aux deux (lis pas, encore une fois, qu'il ne faille ja- puissances de l'âme à (jui la grâce iutériiure mais user de sévérité dans la conduite des est immédiatement communiquée ; savoir: âmes, mais je dis que ce doit être une sévé- l'entendement et la volonté, ou. si vous vourité discrète, une sévérité qui se fasse aimer, lez, l'espril el le cœur. Miracle de la grâce une sévérité qui rende le joug de Dieu sup- dans la victoire qu'elle remporte sur l'esprit portable, et non point une sévérité pharisaï- de la samaritaine ; miracle de 1 1 grâce dans (juc, une sévérité sans onction, une sévérité le changement qu'elle fait du cœur de la saimpérieuse, une sévérité sèche el rebutante , maritaine ; miracle , dis-je, opéré d'une faune sévérité qui ne pourrait convenir qu'à cou toute miraculeuse, et avec des circondcs esclaves, mais qui ne convient nullement stances qui ne permellent pas de douter (|ue aux enfants de Dieu. Plût au ciel, mes fié- ce ne soit l'ouïrage de le main toute-puisres , que nous fussions tous bien persuadés saule de Dieu : Di/jilus Dei cxl hic. Ecoutez- \'c cette vérité, puisque rien ne cmitribuerail moi , chréliens , el suppléez, par une attendavantage à la sanctificalio i du cliristia- lion toute nouvelle , à la nécessite où je me i«isme ! (>uoi qu'il en soit , voici , mes chers trouve d'abréger en peu de paro'es ce qui doauditeurs , ce qui nous rendra inexcusables manderait un discours entier, au ju-emcnl de Dieu : l'infinie douceur avec Miracle de la grâce el de sa force d,;ns la

victoire qu'elle rrnipnrto sur l'ospril de la samaritaine. Suivez le loxie sacré, el vous en allez L-onvenir. (Vêlait lnul ensemble une infidèle elune hérétique, puisque, selon la remarque d'Ori^éne, les samaritains étaient dans le fond idolâtres et adoraient les fausses divinités de leurs ancêtres, et que néanmoins ils ne laissaient pas de prali(]uer au même temps une espèce de judaïsme , mais (le judaïsme corrompu par leurs opinions particulières: ce qui les divisait cl, jtar un seliisuie déclaré, les séparait du reste des Juifs ; Non cnim couinntur Jwhii SamarUd-' «(»• {Jtxin., IV). C'était une hérétique v.iine et suKîsanle, opiniâlre et indocile, (iréocnpéc de son erreur et déterminée à la soutenir, (|iii se piquait de raisonner et d'être suhlile eu matière de reli|;ion : car tout cela paraît dans l'entretien que Jésus - Christ eut avec elle. Or, vous savez l'estrême difficullé, pour ne pas dire l'impossibilité morale de réduire un esprit, encore plus l'esprit d'une femme, quand elle est de ce caractère. Vous savez combien il est rare de voir une femme cnlélée d'une hérésie (je dis entêtée, car, persuadée par raison, à peine le fut-elle jamais) se mettre en état de reconnaître la vérité, la chercher de bonne foi et s'y soumettre. Soit que par une malheureuse latalilé l'Iiérêsie ait cela (le propre , de rendre les cœurs intle\iblcs et (le les endurcir; soit que Dieu, l>ar une punition due à ce péché, qui de tous les péihés est, dans un sens, le plus grief et le plus punissable , ait coutume de répandre dans les esprits d'épaisses ténèbres qui les aveuglent tiuijours de [)Uis en plus, et que s.iinl Augustin appelle pour cela : Pœnalctt cœcitalcs [Aurj.) : encore une fois, vous savez combien ce retour de l'hérésie à la foi , de l'orgueil lie l'une à l'Iiiimililé de l'autre, demande d'efforts, et combien, dans l'ordre même de la grâce , il approclie du miracle. Cependant c'est ce (]ue la grâce opère aujourd'hui , mais par une verlu qui ne peut être que la verlu du Très-Haut. Jésus-Christ convertit eelte feuune : de samaritaine qu'elle était, il la ramène premièrement à la pureté du culte juif, et puis il en fiiil une parfaite chrétienne. Après l'avoir lait renoncer aux superstitions de ses pères et au schisme où elle a éié élevée , après lui avoir fiiil cond.imner les erreurs qu'elle soutenait avec tant d'obstination et tant de zèle, illui fait connaître ce qu'il est et pourquoiil esl venu , le sujet et la (lu de sa mission, sa qualilé de Christ et de Sauveur, sa divinité môme; mystères naiureliement incroyables, et qu'elle ne pouvait découvrir qu'à la faveur des p'us pures lumières de la grâce iju'il lui eomiiiuiii(iue. Non-seulement il lui réièle ces poiuls si im|iortans et si sublimes, mais il les lui persuade , mais il les lui fait goûter. Quoiqu'(dle eût refusé d'abord de traiter avec lui , elle l'écoulé enfin avec docilité et avec respect ; quoique tout ce qui venait des juifs lui fût odieuv, elle veut bien, tout juif qu'il est, le reconnaître et l'adorer comme auteur de son salut ; (luoiqu'elle ne vît en lui (juc les apiiarences d'u i h ninie,

CAHEME. SERMON \1X. SUU LA GliACK

elle proteste et croit fermement qu'il esl le Christ, vrai Fils de Dieu. Ne faut-il pas confesser ciu'une telle conversion fut l'œuvre du Seigneur, et s'ecrîer avec David : II<rc 7nii~ tiilio (lextenr hSxceIsi {Psalm. LXXVlll).

Mais, en changeant l'esprit de cette samaritaine, la grâce n'agit pas moins puissamnuMit dans son cœur. Car, outre qu'elle était hérétique et obstinée dans sa fausse créance, elle était impudique et libertine dans ses muMirs, pèches, dit saint Chrysostome, ()ui, malgré leur opposition, ne laissent pas d'a- V(u'r comme une espèce d'affinité, puisque l'hérésie, à proprement parler, n'est autre; chose qu'une corruption de l'esprit, comme l'adultère et l'impudicilé est une rébellion de la ch.iir. Or, Dieu, ajoute saint Chrysostome, vengeur de l'un et de l'autre, punit et confond souvent l'un par l'autre, en permettant que ces révoltes de l'esprit contre la vérité soient communément suivies des plus honteux dérèglements de la sensualité. Kt en effet, nous voyons ces âmes si présomptueuses et si fières sur ce qui concerne la religion, n'être pas ordinairement les plus firmes dans leur devoir, ni les plus inébranlables dans la tentation. Telle élait cette pécheresse de Samarie, avec sa préiendue science et sa vaine subtilité. Elle vivait dans un concubinage public, dans un concubinage auquel elle s'était abandonnée, et dont elle avait contracté même une longue haliilude : Qiiin- (jiic oiim riros habuisli : cl viinc (/item liabcs von esl luus vir ( Jonn., IV ). Or, s'il y a une maladie difficile à guérir, c'est ccUe-fà : s'il y a un démim capalde de résister à Dieu cl à .sa grâce, il esl évident que c'est cet esprit impur. IMais en cela même, la grâce de Jésus-Christ trouve la matière de son triomphe. Cette pécheresse, celle |irostilnée, celle femme esclave des plus sales passions , est enfin purifiée cl sanctifiée. H semble que Jésus-Christ lui ait donné un autre cœur; qu'après lui avoir arraché ce cœiur charnel et corrompu, d'où procédaient tant de désordres, il ail créé en elle un cœur nouveau, un cœur épuré, non-seulement de toutes les souillures du péché, mais de toutes les alTcctions de la terre. Ce n'est pins cette samaritaine scandaleuse qui s'était fait un front piuir le crime, et qui servait aux âmes de démon pour les perdre : c'est une eréalure toute nouvelle en Jé^us-t^hrisl : Nom in Christo crenlura ( 11 Coi-., Y ) ; une âme transformée en Dieu, et qui ne respire plus que l'amour de son Dieu; qui n'a plus rien (juc de chaste dans ses pensées, que de modeste dans ses paroles, que de réglé dans ses actions; (jui, par sa conduite exemplaire, est désormais un modèle de vertu, et qui va répandre partout l'odeur de sa sainteté. Quel prodige, mes chers auditeurs I et ne devonsnous pas toujours reprendre avec le prophète : Hœc mulntio dexierœ Excel si?

Mais, si la grâce de Jésus-Christ fait un miracle dans la conversion de cette femme, la manière miraculeuse dont elle le fait montre encore bien quelle est sa force et sa puissance. Car n'( sl-il pas élonnanl, chrétiens ,

f.5S Or.ATEUUS SACRES. liOUIlDAI.OLE. 6SC

que deux chaiigt-monls si prodigit'iix ne coû- d iniii' pour s.i personne, par quelque sif;nnl6

lenl au Sauveur ilii nuwule qu'un iiioiiienl ! hieiif.iil, un tond de confianee el d'estime.

Ouand Dieu agit selon les lois el lo courser- Pour sauver leurs itmes, il coirunençait par

(îiuaire de sa providence, il f;arde, ou du suérir leurs corps; et, par condesccndanceà

moins, il paraît f^ardcr des mesures ; cl, dans leur (aililisse, il les engageait à croire ce

l'oidrc siirnaturi'l, aussi bien que dans l'or- qu'il t'i.iit, eu leur faisant éprouver dans

dre naturel, il s'acconiniodi' à nuire r.iihlesse. leurs hesoius ce qu'il pouvait. Mais, parc(^

tlir il lie lail pas les saints d nis un instant, qu'il a réscdu de faire païaîlre dans cette |)é-

il les sanctifie peu à peu, et, par des progrès clieresse do Sainaric toute la force de la

quel(!uefuis ii\sensi!des, il les conduit de de- grâce, il la convertit purcineni, je veux dire

i;ré en degré jusqu'au terme d'une sainteté s^ns autre attrait , sans autre engagenienl

consonuuce. Mais quaiul il agit souveraine- d'intérêt que celui de sa convcrsi'Mi même,

uicnt cl en Dieu, il ne s'assujellit point de la F.lle ne croit point en lui comme la femme

sorte. Il ne prépare point le sujet qui doit cliinanéenne, parce qu'il a délivré sa fille du

servir de fond à son action. Une |iarole qu'il démon, ni comme l'Iiéinorroïsse, parce qu'il

profère fait sortir des millions détrcs du lui a rendu la santé ; mais elle croit en lui

néant, étend les cieux, affermit la terre, pour lui seul ; elle s'atta( lie à lui sans autre

donne à ce vaste univers toute sa pei fection : vue que l'avantage d'être à lui et de ne vivre;

!>ixit, et l'ncld kuiiI ( l'sal. XXXII ). Ainsi le que pour lui. C'i si là que je reconnais le ca-

Fils diDieu ne d:t qu'une parole à laSimari- ractère d'une grâce victorieuse et loute-

laiiie :i'r/o sKHi (/.xju.. I\') :Oni, c'est moi, moi |rui>Nanle : ll(vc niuttido dn.rurœ Excehi.

qui suis ce M"ssie qiH' vous attendez ; el loul à i'inliii le miracle de la grâce, c'est qu'en

coup la voilàcouvaincue, la voilà touchée, la sanctitiint cille feiniu", elle sanctifia tout le

voilà pénétrée des plus saints, mais ilcs plus pay> de Samarie, el ((u'elle la remlit capable

vifsel des p'ui Irnilres senlinuMiis. Parole, re- de coiuiuuniiiu -r aux Samaritains le don de

prend saint Aiigusliii, plus ef!i('ace.(iue celle la foi. De pécheresse (ju'elle était, dit saint

même dont Dieu ci éa le monde. Parole (jui, tiregoire pape, elle se Irouv e miraculeusement

lai' une sec<;nde Ciéation, mais bien plus ad- Ir.insformée en ;;pôtre : Quiv (iilvenrral pcc-

iiiirable que la premièie, réforma dans le c<ilri,t,)evertilitrjincdic(iliijc(Greij.).Ky:inl

cœuv de celle femme l'ouvrage de Dieu <iue cji'e les apôtres aient paru, elle va annoiucr

le péché y avait détruit. Je dis créatiim plus .lésus-t^hrist à ceux (jui ne le connaissent

admirable que la première , puis(|ue, dans pis; el, '■ans dérogera la dignité de saint

vai

,,1 première, le néant sur lci|uel Dieu tra- Pierre ni à celb' des autres aiô'res, on peut

vaille obéit sans contradiction à sa parole; direque la [iremière apolredu ( hristi.inisnie,

au lieu que, dans celle-ci. Dieu travaillait c'e^t la samaritaine, lui viï^l. son zèle la

sur le néant du péclié, qui, tout iieant qu'il presse de telle sorte, (]u'el!c ne peut s'arré-

<'si, es! capa'ole, comme le péché, de lui lé- 1er un moment ; elle laisse le vaisseau qu'elle

sisier. Mais encore, par quelle marque sen- avait apporté avec elle, elle ne pcnsf plus

■ le le Fils de Dieu s'autorisa-t-il dans l'es- à puiser de l'eau, elle (juilte Jésus-(]hri>t

s: Il

prit de la samaritaine, et par où trouva-t-il pour ,)ésus-Christ même ; elle rentre dans la

une si facix el si prompte créance"? Le vil- ville, elle invite tout le monde à le venir

elle en ce moment - là commander aux voir et à l'écouler, aimant mieux aller Ira-

lempétes cl à la nier , guérir les aveu- railler pour sa gloire (jue de goûter plus

gles-iiés , ressusciter les morts de quatre longtemps les douceurs de .vou eiitri tien, c t

jours ? Ah 1 chrétiens, voici la merveille <[ui ressentant déjà ces saintes ardeurs et ces di-

surpasse toutes les autres. Le monde con- \ ins empressements de l'esprit de foi, qui

verti sans miracles, et ^ans miracles devenu n'est jamais content de connaître Dieu s'il lu;

chrétien, si l'on voulait ainsi le supposer, ce le fait encore connaîlre aul ant (ju'il le peut

sérail, disait saint Augusiiu, le plus grand el qu'il le doit.

de tous les miracles ; ce serait le mir.'.c.'e d. s Di; tout ceci, quelle conclusion? Ah 1 miracles, et le plus convaincant pour un chrétiens, ne disons donc plus, dans l'état de païen qui ne croirait pas les au'res miracles. notre péché, que nous soaimes faibles, el Or, nous le voyons, mes cliers auditeurs, ce (jne notre faiblesse est un obstacle insur miracle des miracles, accompli dans celle montable à notre conversion ; mais, disons samaritaine. Les phari.sieiis el les docleiiis avec l'ApoIre i|ue, si nous sommes faibles lie la loi voyaient tous les jours les miracles par nous-même.'-, nous sommes lout-puis- (ie Jésus-Clirist ; ils en étaient Us léiiioiiis sauts avec la grâce el parla grâce : Oiniiin oculaires; ils iiailaienl à Lazare, qu'il avait poxsmii itt co qui me conforlal (Philip., IV). liubliiiuemetil lessuscité, aux malades (ju'il Défions-nous de nous-mêmes, mais espeavait guéris; et cependant, |iar une obstina- rons tout de Dieu. Je sais (|ue pour vous delion innexible, ils persistaient dans leur in- gager de l'esclavage où le péché vous lient crédulité. Mais celie-ci, sans miracles, non- asservis, que pour vous interdire ce comseiilement croit eu lui, mais s'attache à lui, merce, (jue pour renoncer à cet attachement, se donne à lui, renonce à lout pour lui. D'où que pour étoufl'er celle inclination, que pour viciit cela'/ de la toute-puissance de la grâce, vaincre le inonib; il y a des elTorls à faire el qui n'a besoin que d'elle-même pour Irioni- de grands efforts, qu'il y a des combats à i lier du creur de riiomme. Ce n'est pas tout. livrer, et de rudes combats ; mais prenez (Juand le Fils dt! Dieu convertissait les an- confiance, jiuisque Dieu vous répond de sa 1res jîéclieurs, ce n'était qu'après leur avoir grâce dès que vous la demanderez de bonne

r.AllF.Mi;. SEU.yCN X\. SIK LA lUOVIDENCi:.

roi. p( qu'il voiK assure que sa grilco vous sHftil : Siifficit tibi (/ratiu me<i (II Cor., XII). C'est ittins noire iiiliriiiilé iiiéine quelle lait «'clalcr toute sa vcriu ; et votre retour à Dieu, liii retour prompt, un retour iiaif.iit, ne sera pas un i)lus •;ranil iniraele pour elle que le cliaiip;i'nieiil nicrveilleu\ de ei tie pécheresse (le riLvauiiile : Xam virlus in iiilirinilalc perficititr tlhtd.]. Ce, n'est pas assez ; et voiei, mes chers auditeurs, le |)oii'.t do morale [>ar où je (inis. Si l)i( ii. par sa mi^éricordo lOus a ti/és de l'aliime, cl s'il vous a l'ait sentir l'impression de sa •iràce, imitez le 7èle (le cetic sain.irilaine. I]l!c n'élait [it'< (lus caiiable que vous dauiioucer l'I^iangile de IH )mme-l)ieii : elle n'avait point de c;irarière particulier qui l'y obligeât plus que vous; pourquoi ip le ferez-vous pas comme rlle? Km qualité de ciiréliens nous devons tous, jiar un enijagemenl indispensable, chacun dans l'étendue de noir " coiidilion, participer au ininistùre apostolique ; et il n'y a point de fidèle, de (pielque profession qu'il s()ii,((!ii ne doive au moins par ses œuvres, p;ir ses exemples, par rédificalion de sa vie, p.ir ses eharUables conseils, prêcher Jésus- (ilirist. Un père le doii piéclier à ses enfants, et se sonv'Miir qu'il est leur premier apolre : (|ue c'est à lui, comme [lère, de leur ins])jrcr la relision, de leur en (lonncr la ]iremière leinluie. d'enqiloyer tous ses soins à la conserver dans leurs àn'cs,ei que, sans cela, il ne mérilepas Irunni de père, beaucoup moins celui de pèie clirélien. Un maître h; duil prêcher à ses doni;s;iijues, persuadé qu'il est pire qu'un iiifiiièle s'il néglige un devoir si nécessaire, et que c'est, comme le dit l'Apôtre en termes exprès, renoncer sa loi que de laisser dans sa maison des hommes qui ignorent ia loi de Dieu et qui ne la pratiquent pas : Denm negaiil, cl est inpitcli ilcliriiir {[ 'J'im., ^'). Mais les pécheurs convertis sont ceux, cnire tous U's autres, qui doivent élrc plus louches de cet imporlani devoir. Pour(|uoi? parce qu'ils y sont ohiipés et par tiiiede reconnaissance et jiar liire d.' jus'ice, el par ch.irité envers le |)rocliain, cl par intérêt pour eux-mêmes ; parce qu'ils ne peuvent autrement réparer le scandale de leur vie passée, ni rendre à Dieu ce qu'ils lui doivent pour tribut de leur conversion. Si donc, parmi ceux qui m'écoutcnl, il y en avait ([uelqu'un de ce caractère, c'est-à-dire autrefois libertin el dans le désordre, mais mainlenaiit cbaiigé par la gràee et lésolu à vi\ re en chrélian ; voilà, lui dirais-jc, luou cher frère, le modèle que Dieu vous met aujourd'luii de ant les yeux : le zèle de la samaritaine convertie. Ùamenrz comme elle à Jésus-t^lirist autant de pérhrurs que voire exemple est capable d'en attirer, mais surtout ceux qui furent les complices de vos désordres. Dites-leur, avec David, ce roi pénitent : Vnuti', nudile, et narrabo, omne.<! (jni limpiis Dcitm,(jHrinla fi\-il animfr meœ {Pfnl. I W'j. O vous qui craignez Dieu, ou plutôt «jai, par sa loi, avez élé instruits à le cr.iinilre, venez, écoutez, et je vous racmlerai ce que peut f.iire la niiscntorde du Seiciieur cl

ce qu'elle fait. Il ne vous en f.iudra point d'autre prcu\e (jue mon esem; le, el je vous en dirai re (jue cette infinie n;iséricorde a fait pour moi. J'étais dans les mêmes engagi'uienls que vous, dans les mêmes errouis <iue vous, dan»; les mêmes excès ([ijo \oiis; mais la grâce de uuui Dieu a rompu les liens qui m'allacltaient, a «lissipé les nuages (jui m'aveuglaient, a éteint les jiassions qui m'emportaient. Je prenais aussi bien que vous pour folio tout ce que l'on me dirait des vérités éternelles; mais la grâce de mon Dieu m'a détrompé et m'a convaincu moi-même de ma propre folie. Je croyais, comme vous, que ce changeraenl était impossible, {]ue jamais je ne pourrais me résoudre à sortir de rues habitudes criminelles, que jamais je ne pourrais sotilenir une vie plus retirée el plus réglée, que ce serait un élal triste, ennuyeux, insupportable; m.iis, parla grâi e de mon Dieu, toutes les dillicullés se sont aplanies; j'ai triomphé de la nature el de l'habitude, je me suis arraché au monde el à ses ench;inlemenls; au lieu du trouble cl de l'ennui que je craignais, j'.ii trouvé le calme el la joie. Ut que ne puis-je vous ouvrirmon ca'ur ! que ne puis-je vous faire connaître et vous faire sentir ce qu'il sent deimis que le péché n'y domine plus et qu'il commence à jouir il'uue saillie liberté ! Vi'iiilr, audite, el narrabo quanta frrll anhv.œ mcœ.

Ail! ciiréliens, <iue ne peut pas p<u;r la gloire de Dieu une âme bleu convertie , el de qf.eile efficace est son léuKiiguage eu f.ivcur de la veilu ? Ua sa^narilaine convertit seule piesque tout un pays; et c(uubien de pécheurs, parleur pénit née, g.igrer.iienl d;'S viiles entières, et en réformeraient les abus? Inspirez-nous ce zèle, S igneui ; inspirez-le à tous mes auditeuis. l'vepandezsur eux voire espril, el (jue, louches de cet esprit de douceui', soutenus de cet es[iril de force, ils rentrent dans vos voies, el y fassent rentrer [lar leurs e\emji!es ceux (ju'ils en ont retirés par leurs srandab s ; en sorte que nous puissions tous parvenir un jour à la inènie gloire, où nous conduise, etc.

SI'RMON W.

roLK ne niM vxcKC i>i£ ia yi Ari'.itMK semaixe.

Sur la Providence.

C'im siilili'vnsselociili s .Tcsiis. el vidissp.l i\'ù:\ ninliiliid'.i 111:1x11113 vciiil .-iil eiiiii. ilixil arl I'liili|i|iimi : L iiile riiii-iiiiis |iniies, ni iii:ii:diici iil liiV Hoc auloiii ijicchjl leiiUiiib euiii ; ii se eiiiiii scieb;il quid 1 ssel faclurus.

Jésiix-Clirisl levant les yeiiv, et ioi;riN( qu'une rirnnde foule (te peuple vemitt à lui,' dit à I/':'; ,r : ])'i,u ynunoiisiious acheter 'is.fei de pain pour donner à iiiaïuier a utui ce peuple ? Or, H disait ceci fOur l'cpronrer ; car d sutail bien ce qu'il ulluil faire [S. Jean, eh. \\].

Sire, si ce qu'a dit saint Augu-tin est vrai, que les mirailes sont la voix de Dieu, ( t qu'autant de fuis qu'il f :;it paraître ces signes visibles de sa toute-puissance, son intention est de nous parler, de nous instruire, et de nous découvrir queUiue importante vérité, il est aisé de reconnaîlre ce (lue le Sauveur iki monde a voulu nous faire tnUudie par c?

OltATtLRS SU:CiLS. liOLRDALOL'E.

GffO

grand miracle de la niuKipIicalion des pains. Car, que voyons-nous dans ce miracle, et que nous représente noire évangile ? Tout un peuple qui s'abandonne à la conduite do Jésus-Christ, des milliers d'honmiesqui, sans provision, sans subsistance, quittent leurs maisons pour le suivre; un Uieu, touché de compassion pour eux, un Dieu qui pourvoit lui-même à leurs besoins , un Dieu ([ui lui'^ même leur distribue ses dons libéralement , ariipicmcnl, magniûquement ; et celte nombreuse nuiltilude endn nourrie et rassasiée au milieu d'une solitude : t lut cela ne nous préche-l-il pas hautement la Providence divine et Tobligation indispensable de nous reposer sur ses soins, et de nous confier en elle?/rU(7ro(/f»ii«s, ce sont les paroles de saint Augustin, ipsaCItrisli miracnla : fuibcnt eniin si intelliganlur, linguam suam (Auy.) : Interrogeons les miracles de Jésus-Christ , écoutons-les, et rcndons-i.ous-y attentifs. Car, comme Jésus-Christ est substantiellement U< Verbe de Dieu, il n'y a rien dans lui qui ne parle , et ses actions niêtnes ont pour nous leur langage et leur expression. Or, ce que nous dit en particulier le miracle de ces pains, si promptement et si abondamment multipliés, c'est qu'il y a une Providence qui gouverne le monde ; une Providence à laquelle nous (kMons tous nous soumettre, non pas comme le reste des créatures, par une soumission de nécessité, mais comme lies créatures raisonnables, par un libre consentement de notre volonté. >'oilà, mes frères, la voix de Di. u, cl ce qu'elle nous ap- |)rend. Ccpendint , quelque intelligible et quelque éclatante que soit c('ll(! voix, il y a encore des hommes qui ne veulent pas l'entendre. Il y en a ([tii, pour l'avoir entendue, n'en sont pas plus dociles ni plus soumis. l"'t c'est pour cela que je joins à celte voix du miracle de Jésus-Christ, celle de la prédication qui , foitifiéc cl soutenue par la grâce intérieuie (juc IcSainl-lîspril répandra dans nos cœurs, y produira, comme je l'espère, tout le fruit (jue j'attends de ce discours. Adressons-nous à Marie , et disons-lui : Ave, Maria.

Deux choses, selon saint Augustin, sont ca[iab1es do toucher l'homme et de faire impression sur son cœur : le devoir et l'intérêt ; le devoir, parce qu'il est raisonnable ; et l'intérêl, parce «lu'il s'ain\e lui-même. Voilà les deux ressorts ciui le font ct)mmunément agir. Mais il faut, ajoute saint Augustin, que ces deux ressorts soient remués tout à la fois, pour avoir dans le cœur de l'homme un plein effet : car le devoir sans l'intérêt est faible et languissant, et l'intérêt sans le devoir est bas et honteux. L'un et l'autre, joints ensemble, ont une vertu presiiue inf.iillible , et une etlicace à laquelle il est connue impossible de résister. J'entreprends aujourd'hui, chrétiens, de vous inspirer une parfaite soumi^sion à la Providence de Dieu; j'entreprends de vous représenter l'indispensable obligation ([ue nous avons tous de nous attachera celte Providence souveraine , de nous coiilier eu elle , de nous conformer à

ses ordres, et d'en faire la régie de notre vie. Or, pour vous y engager, je veux vous faire voir le désordre et le malheur de Ihomme, lorsqu'il refuse à Dieu cette soumission : le désordre de l'homme, par rapport à son devoir, et le malheur de l'homme, par rapport à son intérêt : son désordre inséparable de son malheur, puisqu'il en est évidemment et infailliblement la source : son malheur inséparable de son désordre , puisque, selon les lois de Dieu, il en est, comme vous verrez , la juste punition. En deux mots , rien de |dus criminel que l'Iiomme du siècle qui ne veut pas se soumeltreà la Proyiilence : c'est la première partie. lUen de plus malheureux que l'homme du siècle (]ui ne veut pas se conformer à la conduite de la Providence: c'est la seconde. Mais aussi, par deux conséquences toutes contraires , rien de plus sage que l'homme chrétien , qui prend pour règle de toutes ses actions la foi de la Providence; rien de plus heureux que l'hommo chrétien qui fait consister tout son appui dans la foi de la Providence. Deux vérités édiliantes et louchantes qui vont partager ce discours.

PHEMIÈKE PARTIE.

Pour corriger un désordre, il faut d'abord s'appliquer à le coiin.iilre; et , pour le connaître, il en faut chercher et découvrir le princi|te. Jeparleici, chrétiens, d'un homme du monde, qui vit dans un profond oubli de Dieu, qui semble avoir secoué le joug de Dieu, qui s'est fait comme une habitude et un étal de se rendre indépendant de Dieu ; enfin, qui, sans se déclarer néanmoins ouverlemcTit, mais par la malheureuse possession où il s'est établi d'agir selon son gré et en libertin, est devenu, si j'ose m'exprimer ainsi, un déserteur, ou, si vous voulez, un apostat de la providence de Dieu : conduite la plus déi)lorahle, mais elïet le plus commun de la dépravation du siècle. Je veux vous en (aire voir le dérèglement, et voici comment je le conçois. Quiconque renonce à la Providence et veut se soustraire à l'empire de Dieu, ne le peut faire qu'en l'une ou en l'autre de ces deux manières, savoir : par un esprit d'infidélité, parce qu'il ne reconnaît pas cette Providence, et qu'il ne la croit pas; ou par une simple révolte de cœur; parce qu'en la croyant même et en la supposant , il ne veut pas se soumeltreà elle. Or, examinons ces deux principes, et voyons dans lequel des deux ra>eugleinent de l'impie est plus grossier et plus criminel.

Si c'est par un esprit d'infidélité, et parce qu'il ne croit pas la Providence, je vous demande quel désordre est comparable à celuilà : de ne pas crorre ce qui est, sans contestation, la chose non-seulement la plus croyable, mais le fondement de toutes les choses croyables; de ne pas croire ce qu'ont cru les païens les plus sensés, par la seule lumière de la raison; de ne pas croire ce qu'indépendamment de la foi nous éprouvons nousmêmes sans cesse, ce que nous sentons, ce (]ue nous sommes forcés de confesser m mille reuionlres par un leinoignage «luo

5(il C.ARKME. StKMON \X. SllK LA l'ROMDLNCE, C62-

nous ai r,i( liinl les | .'•! inicrs ii i incinouls de niiiu'v s île sa vie, cl r;;pp<,liiiil k' souvenir de la naliire; mais siirlovil do ne pas tioiic la (iiut ce titii lui est arrivé, ne iloivo s'arrC'tor jiUis inconlcsladli' vciilé par los raisons à fcrlains points llxcs, je veux dire à cerniémes qui l'elalilis-îenl , et qui seules sont laines coujuiiclures où il s'est trouvé, à cerjilus (jue suKi^autes pour nous l'ij convaincre, lains pénis d'où il est écliappé, à certains Or, tel est l'étal du mondain ((ui ne veut pas événements lieuicux ou niallieureux . mais reconn.iîlre la Providence. Suivons ceci de extraordinaires et singuliers , qui l'ont surpoint en point, et inslriiisons-noiis. pris et frappé, et qui sont autant de signes

Car le mondain s'aveugle, dit saint C.liry- visibles d'une Providence. Or, si cela est vrai

so^lotne, dans la source même des lumières , do tous les hommes sans exception, lioau-

qui est l'être de Dieu, [uiisiiuo la première et coup plus encore l'cst-il de ceux (|ui l'oiil

l.i plus immédiate ronséi|uenco qui se lire de (|uelquc figure dans le monde, de ceux qui

l'élro de Dieu, ou de l'exislenie de Dieu, ont part aux intrigues du monde, de ceux

c'est qu'il y a une Providence. D'où il s'en- (]iii entrent plus avant dans le commerce et

suit, qu'eu renonç ml à celle Providence, ou dans le secret dnrii(inde;el plus enlin de

l)ien il ne connaîl [ilirs de Dieu; alïreuso ceux (jui viient dans le centre du monde,

impiété 1 ou Iden il se l'ail un Duii mons- (jui est la cour'. Car, qu'est-ceque le 'nonde,

trueux, c'est-à-dire un Dieu qui n'a nul soin (lisail(]assiodore, sinon le grand théâtre et la

de ses créatures; un Dieu (|ui no s'iirtéiessc grande école de la Providence, où, pour

ni à leur conservation ni à leur perfection ; peu (ju'oii fasse de réflexion, l'on apprend à

un Dieu (jui n'est ni jusio, li sage, ni bon. Ions momeiils (|u'il y a dans l'univers nue

|iuisqu'il no peut rien élre do tout cela sans puissance cl une sagesse supéiicure à celle

Providence. De là, il se réduit, ajoute sairil des hommes, (]ui se joue do leurs dessoins ,

Chrysosloine, à être plus que païen dans le (|iii onlonuo ûc leurs destinées, (]iii élève et

cliristianisnio, ou, tout chrétien qu'il est . à <iui aliaisx-, (jui a|)pauvrit et (|ui enrichit ,

prendre parli avec ce ((u'il y a eu dans le qui niorlilie cl (jui vivifie, {]ui dispose de

paganisme do plus vicieux cl de plus cor- tout comme l'arliitie suprême de toutes

rompu. Car à peine s'est-il trouvé des sectes < Iroses. Il n'y a donc point d'horimies dans

païennes ([ui aient nié la l'rovidonce, ou qui le monde, (|ui, selon les règles ordinaires.

en aient douté, sinon celles (jui, |iar leurs dessenl croire d'une loi plus ferme la Prt)-

.'iliomiiiahles maximes, ]ioilaient les hommes viilonce, (juc ceux qui se pi(|uenl d'avoir la

aux plus infâmes excès et aux plus sales scienci; du monde el d'é're les sages du

Voluptés ; celles pour (jui il était à soirhaiter monde; mais, par un secret jugement <le

«jurl n'y eût dans le momie ni Dieu, ni loi , Dieu, il n'y eu a point qui soienl communé-

iii châtimenl, ni récompense, ni Providence, ment jdus infidèles louchant la Pr'ovidonce,

ni justice. et qui senrhient plus la méconnaitro. Et

(-e n'est pas assez : corinnc le mérite de la comirrc il n'y aura jamais d'hcmmies sirr la

foi est de nous faire espérer contre l'espé- terre, cl qii'rl n'y en a jamais eu à (]iri il eût

raiice même : (Montra .«/)<»( in spem [Hoiii. clé moins pardonnable de former qiielipro

l\), le crime du momlaiu sur le sujet delà doute sur la Providence (ju'air patriarche

Prov ideircc, est de se rendre incrédule el in - .loso]ili, après les miracles éilalanls <|ue

sensé contre sa raison nêine. Car enfin, le Dieu avarl o|iérés <lans sa iieisonne, arrssi

mondain lui même, suivant le seul iristind ces prétendus sages du monde sonl-ils plus

de sa raisorr, admet, sans l'apercevoir, une ( uupaliles en rejetant la Pruvidenco, do re-

Providcnce à laquelle il ne pense [las. Com- firsorà Dieu l'Iiomm.rgo d'un allribul dans la

ment cela ? Je m'explique. Il croil (ju'un l'état connaissain e duquel Dieu prend plaisir,

ne peut êlre bien gouverné (|ue i)ar la sa- porrr- ainsi dire, à los élever,

gesse et le conseil d'un prince ; il croit qu'une Leur ■iveugliinent va encore plus loin , et

maison no peut subsister sans la vigilance et il consiste en ce qu'ils ne vouleiii pas rendre-

l'économio d'un père de famille; il croit librement et chrelienuemcnt à la Provideme

<iu'un vaisseau ne ['eut êlre bien conduit un aveu qu'ils lui roudenl souvent par ne-

sans raltenliou cl riiabilcté d'un pilote; l'I cessilé, ou plutôt par emportement de clia-

quand il voit ce vaisseau voguer en pleine grin el de désespoir. Car, prenez garde,

mer, celte famille bien réglée, ce rovaiime chrétiens, ce mondain, qui oublie Dieu el la

dans l'ordre eldans la paix, il ci)rrclut, sans Providence, tandis qu'il est dans la prospé-

Iréntcr, qu'il y a un es|)rit, une intelligenrc riié et que tout lui succèdi^ selon ses désirs,

qui y piésiile. Mais il prxlend raisonner tout est le premier à niurmurrr contre celtr;

autrement à l'égard du niimde entier; et il même Providence el contre Dieu, quand il

veut que, sans Providence, sans prudence, lui survient une disgrâce qu'il n'avait pas

sans inlelligeme. par un pur effet du hasard, prévue : comme si c'était un soulageiuent

ce grand el vaste univers se maintienne dans pour lui d'avoir à qui s'en prendre dans sou

l'ordre merveilleux où nous le voyfins. N'est- malheur, il en accirso Dieu ; el, par la plir*

ce pas aller coutrc ses proiins lumières, el étrange contradiction, il l'attribue à celle

coniredire sa raison ? Ajoutez les prcrrves Providence même qu'il niait par une fière et

sensibles et personnelles que le mondain , orgueilleuse impiété. Or, qir'y a-l-il de plus

sans sortir hors de luiniême, trouve ilans bizarre que de ne voubur pis reconu.iîlre

lui-mèine, mais sur lesquelles sou obstina- une Providence, |iour lui obéir et pour se

liort l'aveugle et l'endurcil. Car il n'y a point conformera elle, et d'en reconnaître une

d'iioniiuc ciui, repassant dans son e>iiril les pour l'oulrager ? Voici (juelquc chose encore

C83 OilATELTo SACRF.S. BOUnOALOUE. .; Cr-Î

<1o plus surprenant: rVsl que soiivi-nt le rr-glrr par cllo, ni af;ir de foiicor( avec tWe ; libprlin vpiil douter di' la Providenro t).-ir les dY'Ire assez lémérairc, ou plulôt as&ez inraisons iviènies qui prouvent invinciblement sensé, non-seulement pour alîccter de s'en la Providence, et q;ii seules devraient suliire rendre indcpemlanl, i.-.ais pour prétendre pour la lui persuader: car, sur quoi fondc-t- arriver malgréelle aux Cnsqu'nn se pro|)Osc, il ses doutes louchant la Providence d'un et venir à bout de ses entreprises par d'au- Dieu ? sur ce qu'il voit le niond'3 rempli de Ires moyens que ceux qu'elle a marqués : désordres : et c'est pour cela même, dit saint tel est néanmoins le désordre où conduit in- Chrjsostôme, qu'il doit conchirc nécessai- sensibiemcnl l'esprit du monde. En croyant renient qu'il y a une Providence. Kn effet , même une Providence, on vit dans le monde pourquoi ces désordres dont le monde est comme si l'on ne la croyait pas ; car, on croit plein, sont-ils des ilésordres, et pourquoi lui une Providence (appliquez-vous, mon cher paraissent-ils désordres, sinon parce qu'ils auditeur, et reconnaissez-vous ici), on croit sont contre l'ordre et qu'ils répugnent à une Providence, et toutefois on agit, dans l'ordre "i* Or, qu'est-ce qnc cet ordre auquel les affaires du monde, avec les mêmes inils répu-:ncnt, sinon la Providence"? 11 se fait quiétudes, avec les mêmes empressements, l'onc une difficulté de cela même qui résout avec les mêmes impatiences, avec le même la difficulié, et il devient infidèle par ce qui oubli de Dieu dans les succès, avec le même devait affermir sa foi. Mais s'il y avait, dit-il, abattement dans les aflliclions, avec la même une Providence, arriverait-il dans la société présomption dans les entreprises , que si drs linmmes tant de cboccs dont les hommes cette Providence était un nom vide, et (luclle eu\-mênies sont scandalisés? El moi je ré- ne décidât de rien, ni n'eût part à rien. En ponds : Mais, de ce nue les hommes eux- effet, si la foi de la Providence entrait dans mêmes en sont scandalisés, n'est-ce pas une la conduite de notre vie autant qu'elle y depreuve aiillicnlique de la Providence, qui ne vrait entrer, c'est-à-dire si nous ne perdions permet pas que es choses soient autorisées, jamais cette Providence de vue, et si clia( un et qui veutpoiir cela que, parmi les hommes, de nous ne se regardait que comme un sujet elles passent et qu'elles aient toujours passé né pour exécuter ses ordres, dès là il n'y pour scandaleuses ? Si les hoîiimes ne se aurait rien dans nous que de raisonnable ; scandalisaient plus de rien, c'est alors qu'on nous ne serions ni passionnés, ni emportés, [lourrait peut-être douter qu'il y eût une ni vains, ni inquiets, ni fiers, ni jaloux, ni Providence, et que peut-être l'impie pour- ingrats envers Dieu, ni injustes envers les rait dire dans son cœur qu'il n'y a point de hommes; soumis à celle Providence, nous Dieu. Slais, tandis qu'on se scandalise de aurions dans le monde des intérêts sans atlal'insolencc du vice, tandis que la censure chemeni, des prétentions sans ambition . des même du monde condamne le libertinage, avantages sans orgueil; nous n'abuserions tandis qu'on abhorre l'impiété, tandis que la ni des biens ni des maux, et nous conservehaine publique s'elèvc contre l'iniquité, la rions en toutes choses cette sainte modéra- Providenc est à couvert, cl rien de tout cela lion de senlimenls et de désirs, qui, selon la ne prévaut CDiitre elle : or, ou se scandalisera maxime de saint Paul, nous rendrait motoujours de tout cela, p.-.rce qu'il y aura desles dans la prospérité et patients dans toujours lin Dieu et une Providence. Il est l'adversité. Pourquoi? parce que tout cela vrai, on conimetlra dans le moud:' des crimes est essentiellement renfermé dans ce que honteux, des peifidies noires, des trahisons j'appelle la subordination ou la soumission lâches ; mais «es crimes ne seront honteux d'une âme fidèle à la Providence de Dieu, que parce qu'il y a une Providence qui y Mais parce que l'esprit du monde qui préattache un caractère de houle, et qui nous 1(3 domine en nous, nous fait ahanilonner cette fait voir; ces perfidies ne seront détestées Providence, par une suite iiié\itablc, nous comme perfidies, que parce qu'il y a une tombons en mille désordres ; nous recevons Pro\i(lenrc qui fait aimer la bonne foi ; cc3 de Dieu des bienfaits sans les reconnaître, et trahisons neseroiil réputéeslâehesT<^cP''"'<'e des châliments sans en prtifiter; ce qui dequ'il y a une Providence qui nel en cré- vrait nous convertir nous endunil, et ce qui dit l'honneur et la probité. On fera des ac- devrait nous sanctifier nous irrite et nous lions dont on rougira , qu'on se reprochera, désespère; nous nous élevons où il faudrait qu'on désavouera; mais ces désaveux, ces nous liumiîier, et nous nous troublons où il remords, celte confusion seront, dans ces faudrait bénir Dieu et nous consoler; des actions-là mêmes, autant d'arguinents eu succès d'aulrui nous nous faisons, par envie, faveur de la Providence. Au contraire, quel de honteux chagrins, et des chagrins d'auavantage contre elle l'impie ne tirerait-il Irui, de malignes joies ; il n'y a pas un moupn5, si l'on ne Icsdesavouait plus, si Von ne vement de notre cœur qui ne soit, pour s'en cachait plus, si l'on n'en rougissait ainsi parler, hors de sa place; et cela, parce I lus ? Voilà le désordre de celui qui renonce que ce n'est plus du premier mobile, je veux à la Providence par un esprit d'incrédulité, dire de la foi d'une Providence, que nous Mais, supposons qu'il le fasse sans préju- recevons l'impression. Or, dès là. Seigneur, dice de sa foi, et par une simple révolte de comment ne serions-nous pas de toutes vos creur : autre désordre encore moins soute- créatures les plus criminelles, pnisqu'eu nahle, de croire une Providence qui jiréside nous retirant d'une conduite aussi sainte cl an gouvernement du monde, cl de ne vouloir aussi droite que la vAire, il ne nous reste »ias se soumettre à elle, de ne vouloir pas se plus que des voies lromi)euscs et détournées

f.ti,"

CAREME. SERMON XX. Slii L\ [llOVlDENCi:.

CfO

où nous f.iisons nul.uil ilc chutes que de pas?

Prenez pardi", chrétiens, e<, pour bien comprendre la vérité que je vous préclie, remarquez que cet homme du siùile , qui se détache de la Providence pour ne plus dépendre d'elle, ne le fait, ou que pour vivre .TU hasard et pour suivre e:i avcnç;le le cours de la fortune, dont le torrent entraîne toutes les âmes faibles, ou que pour se gouverner selon les vues de la prudence humaine, dont les sages du monde prennent le parti. Or, je soutiens que Tun et l'autre cnI pour Dieu l'outrage le plus sensilde, et il n'y a personne de vous qui n'en doive convenir avec moi : car, de n'avoir plus d'autre principe de sa conduite que la fortune, et d'en vouloir suivre le cours, n'est-ce pas tomber dans l'idolâtrie des païens, (]ui, comme l'observe saint .'\u- (;uslin,au lieu d'adorer les conseils de Dieu dans les événements du monde, aimèrent mieux se faire une divinité bizarre qu'ils appelèrent Vortune , jusqu'à lui ériger des temples, jusqu'à l'invoquer dans leurs besoins, jusqu'à lui offrir des sacrifices pour l'apaiser, jusqu'à lui rendre des actions de grâces, quand ils supposaient qu'elle leur était favorable? idolâtrie dont les sages mêmes du paganisme ne pouvaient supporter l'abus. Quelle indignité, disait un d'entre eux, de voir aujourd'hui la fortune adorée partout, invoquée partout, et, ;iu mépris des dieux même, révérée partout comme la divinité du monde? Quid C7um est quod nunc loto orbe, locis(/'.te omnibus forliina invocaliir, una co(/ilalui\una nominatur, una colitur{Pliii.]?

Et n'est-ce pas aussi, chrétiens, ce que Dieu reprochait aux Israélites, quand il leur disait, par la bourbe d'Isaïe : Et vos gui dcreliijuislis Dominum, et ohliti eslis montem sanctum mcum,(iui ponilis Fortunœ mcrntnm. cl libalis supei' eam ; numerabo vos in ijladio (Isni., LXV) : pour vous qui avez méprisé mon culte, vous qui dressez un autel à la Fortune, cl qui, par une apostasie secrèli', lui faites dans le fond de vos cœurs des sacrifices, sachez que ma justice vengeresse ne vous épargnera pas. Or, ce sacrilège n'a pas seulement été le crime des Juifs et des pa'i'ens, on le voit encore an milieu du christianisme, surtout à la cour, et c'en est un des plus grands scand.iles. Oui, mis chers auditeurs, et vous le savez mieux que moi, l'idole de ia cour, c'est la fortune; c'est à la cour qu'on l'adore, c'est à la cour qu'on lui sacrifie toutes choses, son repos, sa santé, sa liberté, sa conscience même et son salut ; c'est à ia cour (|u'on règle par elle ses amitiés, ses respects, ses services, ses complaisances, jusqu'à ses devoirs. Qu'un homme soit dans la fortune, c'e>t une divinité pour nous; scm vices nous deviennent des vertus, ses paroles des oracles, ses volontés des lois. Oserai-je le dire? qu'un démon sorti de l'enfer se trouvât dans un haut degré d'élévation et de faveur, on lui offrirait de l'encens. Mais que ce même homme qu'on idolâtrait vienne à déchoir, et qu'il ne se trouve plus en place, à peine le regarde-t-on ; tous ces faux adoraieurs dispnraisscnt elsont les premiers à loublicr: pour-

quoi ? parce (ii'.c cette idole de la fortune qu'on respectait en lui ne subsiste plus. Je sais (]u'en tout cela l'on se regarde soi-même ; mais c'est justement le désordre de se regarder et de se rechercher ailleurs soi-mém:; qu'en Dieu et dans sa providence : il n'y a pas ji!sques aux gens de bien et aux spirituels, (lui ne se laissent surprendre à 1 éclat <rune f.irlune mondaine, et (|oi n'aient qu 1que part à e?lle idolâtrie. Non pas, apiès tout, ([u'il soit absolunieul défendu de se servir de ceux qui sont eu crédit, poul•^u ([u'on les considère eoumie les ministres de la Providence ; m.iis iilors on ne s'appuie sur eux que selon les vues de Dieu, et l'on ne les emploie pas, ainsi que nous le voyons tous 1rs jours, pour opprimer l'un, pour supplanter l'autre, pour soutenir l'injustice et pour faire trioiupher riiiii]uilé.

Il semble que le parti de ceux qui abandonnenl la Providence pour se conduire selon la prudence humaine, devrait être exjiosé à nuiins de désordres : mais c'est en quoi nous nous trompons. Dans ces partisans de la fortune, il y a plus de ténu''rilé. ni.ii.i dans ces sages du monde, il y a plus d'orgueil. Or. rien n'offense plus i)ieu que l'orgueil; et n'est-ce pas ici (ju'il paraît é\idenHnent?Car, quel orgueil qu'un hoiiune faisant fond sur soi-même, s'assurant de soi-même, ne comptant que sur soi-même, se croie suffisamment éclairé pour se gouverner soi-mêiue, cl pour avoir droit ensuite de s'applaudira soi-même de se.? avantages, jusqu'à dire inlérieuremenl comme ces impies dans l'Ecriture : Manus nostra cxcelxn, cl non Dominu.t, fecit liœc ovinin {U(Ul., XXXII): (Vesl moi (|ui me suis fait ce que je suis ; c'est par mou industrie et par mou travail que je suis parvenu là : l'établissement de ma maison, le succès de mes aff.:ires, le rang que je tiens, tout cela est 1 Ouvrage de mes mains, et non de la main du Seigneur. (Juel orgueil que, n'ayant pas assiz de lumières pour nous passer, en mille conjonctures, du conseil des hommes, nous pensions en avoir as<ez pour n'être pas obligés de consulter Dieu? et afin de réduire ceitte vérité à quelque espèce particulière, quel désordre, par exemple, qu'un père suivant les seules maximes de la sagesse mondaine, s'estime capable de disposer souverainemeni de ses enfants, de déterminer leur vocation, de les engager en tels emplois, de leur procurer tels bénénces, de leur faire fircudrs li'lle ou telle route, sans examiner si ce sont les voies de Dieu 1 A quoi s'exposc-til par là, et quelles en sont pour lui, aussi bien (|ue pour ses er.fants, les affreuses conséquences; puisciue tout cela, et pour ses enfants, et pour lui-même, a de si étroites liaisons avec le salut? Car enfin, du moment ijue l'homme entreprend de se gouverner indépendanimenlde Dieu, il se charge devant Dieu de toutes les suites. Si elles sont malheureuses, il en prend sur lui le crime ; et comme la prudence humaine, même la plus raffinée, est sujette à mille erreurs, qui peut dire combien de dettes il accumule les unes sur les autre*, dont il faudra rendre compte un jour au sou-

OIUTliURS SACHES. UOLUDALOIIE.

Tcrain juge? OiiniiJ j'ai recours à Dieu, c'oslà-ilire quaml, aprùs avoir iiiûrouu'iil délibéré selon l'esprit de ma religion, cl tâché de lionne foi à connaiire l'oiilrc de Dieu, je viens à décidi'r et à conclure, je puis alors avoir celte coiiriaïKe, ou (jue je roncliis sûrement, ou (]ue, si je maïuiue, Dieu suppléerai mon défaut : que, si je ai égare. Dieu aura d'autres voies pour me redresser, et qu'il ne m'impiilera pas mon égarement : pour(]uoi? pareil (|u'aulaiit qu'il était en moi, j'ai suivi les règles de la prudence chrétienne, eu le pii.int de m'eilairer, et usant des moyens qu'il m'a donnés pour m'iiistruire de sa volonté. M:is (|u;iiid je \c;ix moi-niénic me conduire, je dois répondre de moi-même, et en répondre à un Dieu jaloux, de ses droits, el (]ui, oIT. usé de mon orgueil, n'est pas dans ladisposilion de me l'aire grâce. De là en quels abîmes vais-je me piécipiler"? Car, pour demeurer toujours dans le même exemple , qu'un père dispose de ses cnlanls selon les idées de cette damiiable politique du monde qui lui sert de règle, qu'arrive-l-il'? vous le savez : pour en élever un, il sacrifie tous les autres. Par prédilection pour ceux-ci, il ne fait à ceux-là nulle justice. Il destine à l'Hglise ceux qui pouvaient faire leur devoir dans le monde, et il engage dans le monde ceux qui pouvaient utilement servir l'Iîglise : et parce qu'il est néanmoins vrai que leur destinée lein|iorelle a un enchaînement pres- (jne inlaiHihle avec leur prédestination élernelle,en pensant les établir^tous, il les damne tous, el liii-iiiènie se damne avec eux et pour eux. S il s'était, en père chrétien, adressé à Dieu, il se fut |)réser\ é de tous ces ilésordres : mais il n'en a voulu croire que lui-même; el, n'en croyant que lui-iiiéine, il s'est perdu, il a perdu ses entants, et s'est rendu devant D.eii personnellemenl responsable de leur perte el de la sienne.

Voilà pouri]uoi le plus sage des honitnes, Salomon, faisait à Dieu cette excellenle prière : Da mîlii sediiim ItKirum astislricem sapif'uliam, ut nucnin sil, et meciiin Inborel , d aciam qui'l acccplnm sit npiid le {Sap., IX ) : Donnez-moi , Seigm-ur, celte sagesse qui est assise avec vous sur voti'e trône, afin qu'elle (ravaille avec moi , el que, sans me tromper jamais , elle m'apprenne comment je dois agir, et ce qui vous est agréable. Prière, mes chers auditeurs, que nous devons faire, chacun dans notre condition, tous les jours de notre vie. Prière que Dieu écoutera , parce que ce sera un hommage que nous rendrons a sa providenie. Prière (jui fera descendre sur nous les plus abondantes bénédiclions du ciel, parce qu'en honorant Dieu , elle engagera Dieu à s'inléresser pour nous. Sans eela , sans cette soumission à la Providence de noire Dieu, nous ne serons pas seulemenl ii's plus criminels, mais les plus malheureux de tous les hommes. Vous l'allez voir dans la seconde partie.

UEL'>.iȻiE Partie.

("est un sentiment de saint Augustin , qui ne peut être contesié, et qui me parait aussi propre à nous imju iuicr une haute idée de

Dieu, qu'à nous donner une connaissance parfaite de nous-mêmes, savoir : que Dieu ne serait pas Dieu si , hors de lui , nous pouvions trouver un bonheur solide; et que la preuve la plus convaincante el la plus sensible qu'il est notre dernière fin cl notre souveraine béatitude, est (ju'en nous éloignant de lui par le péché, nous devenons malheureux. Jiisshti, Domine, cl sic est, ut omnis nnimus inordiiinlus pana sit ipsi sibi{Àiifj.) : Vous l'avez ordonné, Seigneur,disait ce grand homme, faisant à Dieu 1 humble confession de ses misères, et les déplorant, vous l'avez ainsi ordonné, et l'arrêt s'exécute tous les jours : ()ue tout esprit qui se dérègle cl qui vent sortir des bornes de la sujétion el de la dépendance, en se séparant de vous, trouve SI peine dans lui-même. Or, c'est là jiistemenl, chrétiens, la seconde proposilion que j'ai avancée; et c'est assez de l'avoir conçue pour en être persuadé : le plus grand malheur de riioiiime est de se détacher de J^ieu , et de vouloir se soustraire aux lois de sa providence : pourquoi cela? en voici les raisons. C'est (]u'en renonçant à celle providence adorable, l'homme demeure ou sans conduite, ou abandonné à sa propre conduite, source infaillible de tous les maux. C'est qu'en (luiltant Dieu, il oblige Dieu pareillement à le (luitler, et à relirerde lui celte protection paternelle, qui fait, selon riieriUire, toute la felicilé des justes sur la terre. C'est (]u'il se prive par-là de la plus douce, ou plutôl de i'uniiiue consolation qu'il peut avoir en certaines adversités où la foi seule de la Providence le pourrait soutenir. Enfin, c'est que, ne voulant pas (!é|iendre de Dieu par uni' soumission libre et volonl.iire, il en dépend maigre lui par une soumission forcée ; et que, refusant de se captiver sous une loi d'amour, il ne peul é\iter d'être assujetti aux lois les plus dures li'iine rigoureuse justice Oiialre laisoiis (|ui demanileraient autant de discours pour être traitées dans toute leur élendiie el toute leur force , mais dont l'exposition simple el courte suffira pour vous con- \aiiicre et pour vous loucher.

imaginez -vous donc d'abord, disait saint Clirysostomc, un vaisseau en pleine mer, b.iitu des vents et des lempêles, bien équi[ié néanmoins, el bien poBrvu de tout le reste, mais qui n'a ni pilote ni gouvern.iil : tel esl l'homme dans le cours du monde, quand il n'a plus Dieu pour règle de sa condu.le. Au defaiil de l.i Providence, sur quoi peut-il faire fond, et à quoi peul-il s'attacliei ? S'il trouvait hors de cette providence quelque chose de stable (|ui l'arrêlât et qui le fixai, son état penl-êire sérail moins à plaindre ; mais il faut (ju'il convienne a'/ec moi (lu'eii renonçant à la Providence, cl en secouant le joug de Dieu, il ne lui reste que l'un ou l'autre de ces deux partis, je veux dire ou de mettre son appui dans les hommes, ou d'être réduit à n'avoir plus d'autre ressource que lui-mêuie. Or, des deux côlés, sa condilion esl ég'.lement dé|dorable; el, quoi <]u'il fasse, il est iîiévilableiiieni il iiiconleslablement malheiileux : car, d'être léduil à n'avoir plus d'au-

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CAREME. SLUMO:; XX. SU(\ LA l'IlOVIUENCK.

tre ressource que lui-même, qu'y a-l-il , à le bien prendre, de plus terrible; et, pour peu que l'houitiie se Lonuaisse, est-il rien qui soil |)lus capable de le désoler et de le coiislerncr? Si je me trouvais seul et sans guide dans une solitude affreuse, exposé à tous les risques d'un égarement sans retour, je serais dans des fiajeurs mortelles. Si, dans une pressante maladie, je me voyais abandonné, n'ayant que moi-même pcmr veiller sur moi, je n'oserais plus compter sur ma giiérison. Si, dans une alTaire capKale, où il s'agir.ut pour moi non-seulement de ma fortune, mais de ma vie, tout autre conseil (pie le mien me manquait, je me croirais perdu et sans espérance. Couuuent donc au milieu du moiule, de tant d'écueils cl de pièges qui m'environnent, de tant de périls qui me menacent, de laiU d'ennemis ([ui me poursuivent, «le tant d'oc(a>ions où je puis périr sans auli'e secours que miii-méme,poui rai-je\ iv re en pai\ et n'élre pis dans de continuelles alarmes? Aus^i, chrétiens, ce (jui l'ait Imis les jours le malheur de l'Iinnime, c'est rhomme même obstiné à ne vouloir dépendre que de lui-même; ce ([ui rend l'homme malheun ux, re n'est point ce (|u: est hors de lui , ni ce qui est au-dessus de lui, ni ce qui parait même plus déclaré contre lui ; mais il est lui-inéine la source de ses peines, paice qu'il vent être lui-même la règle de ses actions. Kt il laul, par né( essité, que cela soit ainsi. Car, comme, selon l'Ecriture, les pensées des hommes sont inierlaines, confuses, timides, surtout à l'égard de ce qui les touche : Coijltutionrs morliilium limidie (.Vo/j., IX.) ; si l'homnu', réduit d lui-même, ne suit que ses propres vues, (lès lors le voilà dans l'inquiétude, dans l'irrésolution , dans le trouble, ne pouvant plus s'assurer de rien, obligé à se défier de tout, livré à ses caprices, à ses inégalités, à ses inconstances, esclave dune imagination qui le joue, sujet aux altérations d'un tempérament qui le domine. Gomme il est rempli de passions toutes contraires, il doit s'attendre à en être déchiré; et, s'il se renferme dans luimême, dès lors le voilà, selon les dilTérenlcs situations, accablé de tristesse, saisi de crainte, envenimé de haine, infatué d'amour, dévoré d'une ambition démesurée, desséché des plus malignes envies, transporté de colère, outré de douleur, trouvant en lui-même non pas un supplice, mais un enfer.

Je sais, chrétiens, qu'il a une raison supérieure à tout cela, dont il peut et dont il doit s'aider : mais si, d'une part, elle lui est de quelque secours, que ne lui fait-elle pas souffrir de l'aulre? à quoi lui sert, dit saint Augustin, celte raison non soumise à Dieu et bornée à ses faibles lumières, sinon à le rendre encore plus malheureux, à lui découvrir des biens auxquels il ne peut parvenir, à lui représenter des maux qu'il ne saurait éviter, à exciter en lui des désirs qu'il ne contente jamais, à lui causer des re|ienlirs qui le tourmentent toujours, à lui donner du dégoût pour ce qu'il a, à lui faire sentir la privalion de ce qu'il n'a pas, à lui faire apercevoir dans le monde mille injustices qui le

désespèrent et mille indignités qni iC révoltent'.' Il raisonne sur tout , mais ses raisonnements l'allligeiit ; il prévoit loul , mais ses prévoyances le tuent ; il alTecte d'être prudent ei sage, mais n'est-ce pas de celle prudeiue inènie et de celle vaine sagesse qu(î naissent ses amertumes et ses chagrins'? S'il se laissait conduiie à Dieu, la seule vue d'une t'rovideiice occupée à veiller sur lui fixerait ses pensées, bornerait sa cupidité , adoucirait ses passions, fortifierait sa raison , et, dans ce calme di; toutes les puissances de son âuu-, il serait heureux ; mais parce qu'il veut l'èlre sans Dieu et par lui-mèine. il ne trouve, hors lie Dieu et dans lui-même, que misère et .1 fil et ion d'esprit.

(Jue fera-l-il donc? convaincu de son insuffisance , cl ne voulant pas s'attacher à Dieu, metira-t-il sa confiance ilans les hommes? .Ml ! mes chers auilileiirs, autre misère encore plus giainie. Car, dit le Saint-Ksprit , malheur à celui qui s' appuie sur riioiiime el sur un bras de chair : ÎMalcdiclus (/ni conpdil in homine, cl punit carnem biticliiinn siiiiin [Jcrcm., W\l}. \'A en clTet. sans parler du reste, à (pielle servitude cel état nengagetil pas? (luelle b.issesse, en secouant le joug de Dieu, di! s'imposer le joug de l'honime, c'est-à-dire de ne plus vivre (|u'au gré de l'homme, de ne plus subsister que par son crédit, de n'avoir plus d'autres volontés que les siennes, de ne plus faire que ce (jui lui pl.iît, d'être obligé sans cesse à le prévenir, à le ménager, à le llatter; d'être toujours en peine si l'on est d.ins ses bonnes grâces ou si l'on n'y est pas, s'il est content ou s'il ne l'est pas : est-il un esclavage plus ennuyeux et plus fatigant? Mais dépendre de Dieu , dimt je suis sûr que la Pio\idence ne me peut nian(|uer, voilà ce qui fait ma félicité, et ce qui faisait celle de saint Paul, rjuand il disait :Scio cui credidi (11 Tim.): Je sais à qui j'ai confié mon dépiM. Au contraire, quand je pense qu'au défaut de Dieu, sur qui je ne veux pas me reposer, je confie ce dépôt, c'est-à-dire ma destinée et mon sort à (les hommes volages, à des hommes intéressés, à des hommes amateurs d'eux-mêmes , qui ne me considèrent que pour eux-mêmes, el qui compteront pour rien de m'.ibandonner dès que je commencerai de leur être à charge, ou que je cesserai de leur être utile : ah 1 chrétiens, pour peu que j'aie de sentiment, il faut que j'avoue qu'il n'est rien de comparable à mon malheur. Et certes, dit saint Chrysostome, si celte providence aimabh; d'un Dieu pouvait être suppléée à notre égard par la protection des hommes, ce serait surtout par celle des princes que nous regardons comme les dieux de la terre, ou par celle de leurs ministres et de leurs favoris, qui nous semblent tout- puissants dans le monde. Or, ce sont justement là ceux sur qui l'Ecriture nous aveilil de ne pas établir notre espérance, à moins que nous ne voulions bâtir sur un fondement ruineux : Nulile confidere in principibus {Ps. CXLV). Et, afin que l'expérience nous rendît sensible ce point de foi, ce sont ceux dont la fa\cur, opiniàtrciuenl

C71 ORATEfllS S^^CRES, nOUKD.M.Ol E . G7Î

rcclurdiéc, ol inutilement rnirctoniic par un soulion conirc tous l('S<irti(l<';:(s. Oiieîciiio

une juste punilinn de Dieu, fait tous les jours iudoiilc, ([uelquc révoilé inôuic que je sois

plus de niisérnl)les, plus d'îiouiuies Iroiupés, selon les senlinients nnlurels, je ne laisse

délaissés, sneriliés, et par cnnséquint plus pas au moins clans la partie supérieure de

de témoins de celte gr.inde ^érilé.que, il;i!)S tiion àinc, et stiivaut les vues que me donne

le» enfants drs lioinmes, jr dis nièaie selon le la foi , de me dire à moi-même : J'ai torl de

monde, il n'y a poiiit de salut : In filtis liomi- murmurer et de me plaindre : Dieu l'a ainsi

niim . in quibus non est solus tl'inl. CXLV). O'donné; et, puisque c'est sa volonté, je dois

Cependant , diréliens , voici le comble de m'y soumettre. Or, eu me condamnant de la r.;venqlemenl du siècle. Ouclque persuadé sot le, je me console, et cette pensée me forque l'on soit ilune vérité dont on a tant de tifie ; (]Uoi!|ue je ne la £;i)i!te pas peut-être preuves et ((u'il nous est si important de l)i<Mi d'abord, il suffit que je l'approui e, et que j'y (■ou)preiulr(>, ou s'obstine à la cnmbatre, et puisse revenir quand il lue plaira, pour l'on aime mieux être malin ureux en dépei\- qu'elle me soit une ressource toujours préd.int de la créature, que d'être heureux en seule dans ma douleur. Alais quand j'ai une s'assujetlissant au Créateur. Maigre les ri- lois cff.icé de mon esprit celte idée de la l'ro- };oureuses épreuves qu'on fait tous les jours vidcnce, s'il me survient une .illlielion de la de l'indifférence, de la dureté, de l'insensi- nature de celles où la raison de l'îiomme est bililé de ces fausses divinités de la terre, à bout, cl qui ne peuvent recevoir de la pari par une espèce d'enrlianîcment , on cousent l'u monde aucun soulageuieiil , où en snisplutôl à souffrir et à i;émir en comptant sur j' ?et que me reste-t-il, sinon de boire tout le elles, qu'à jouir de la liberté par une sainte calice, el de le boire tout pur, comme les confiance en Dieu. Demandez à ces ador.i- pécheurs, sans tempérament et sans méleurs de la faveur, à ces partisans cl à ces lange : Verumtamen fœx (jus nun est cxinaesclavcs du monde, ce qui se passe en eux ; hilnj hihcnt onincs pcccatnres Irrrœ {Ps. et voyez s'il y en a un seul qui neconvieuiie LXXIV). Or, dans le cours de la vie el d(S que sa condiïion a mille (iégoûls, mille dé- révolutions qui y sont si ordin.iires, il n'est boires, uiille mortifications inévitable, (tquc rien de plus couuiiun que ces sortes d'élals ; c'est une perpétuelle captivité. N'est-ce p.ts cl Dieu le permet, chrél ens, pour nous conainsi qu'ils en parlent dans le cours iiU'Uie »aincre encore plus scnsihlemenl de la né de leurs prospérilés?;^Iais quand, après b en cessilé où nous sommes de nous attacher à des inirigues, leur politique vient à échouer, si prov idence ; et , pour nous faire voir la et que, par une disgrâce imprévue qui les différence de ceux qui se confient en elle, et déconcerte et qui dérange tous leurs des- de ceux qui refusent de marcher dans ses seins , ils se voient oubliés, négligés, mé- voies. Car, de là vient qu'un juste atlligé, prisés, ah! mes frères, s'écrie saint Augustin, persécuté, et, si vous voulez, opprimé, doc'esl alors qu'ils rendent un hommage su- meure traiu|uille, possède son àme dans lu lennel à cette Trovidencc dont ils n'ont pas patience et dans uiu" paix (jni, selon l'Apotre, voulu dépendre. El c'est alors même aussi surpasse tout senliment humain, lire de ses que Dieu a son tour, cl que , par une espèce propres maux sa consolation : pourquoi ? d'insulte que lui permet sa justice et qui ne parce qu'il envisage d.ins l'univers une Problesse en rien sa miséricorde , il croit cnoir videtwe à qui il se fait un plaisir de se condroit de leur répondre, avec ces paroles du former : Z>oj;(/;î «s dctiil , hauiiiias nhsiitlil, Deiitéronome : Vlii sunt dii eorum in r/diliiis sicuf Dotnino placuil, ila (nclum est {.luh., ïj : hahebanl fitlucinm? Siiri/ant , et opilulenliir C'est le SeigiKiîr qui m'avait donné ces lj:en>-, robis (Dent., XXXll): Où son! ces dieux c'est lui-même qui m'en a dépouillé ; que sou dont vous vous teniiz sûrs , et qui devaient nom soit à jamais béni. Au lieu <iue l'impie, vous maintenir? ces dieux dont la protection frappé du coup qui l'atterre, fait, pour ainsi vous rendait si fiers, où sont-ils? î')(r(/o«^e< dire, le personnage d'un rénrtuivé, blaspliéin necessitate vos prolcr/ant (Iticl.) : Qu'ils manl contre le ciel, trouvant loul odieux sur paraissent maintenant, et qu'ils viennent la terre, accusant ses amis , plein de fureur vous Si'courir. C'étaient vos dieu.v , el vous contre ses ennemis , se désespérant, et dans faisiez plus de fond sur eux que sur moi : son désespoir , n'ayant pas même, non plus ch bien ! adressez-vous donc à eux dans <iue ce riche de l'enfer, une goutte d'eau, l'extrémité où vous êtes; el , puisque vous c'est-à-dire d'onction el de consolation : pourb'S avez servis comme des divinilés, qu'ils (pioi? parce que c'était dans le sein de i i vous tirent de l'abîme el qu'ils vous relè- Providence qu'il la pouvait puiser, et que vent : Surr/mU, cl opitnlcnlur rubis. cette source est tarie pour lui. Ce qui faisait

De là , chrétiens , quelle consolation pour dire à saint Clirysosloine , que (]uieor.que

un liounnc ainsi abandonné de Dieu, après combat l,i Providence, combat son bonbrur,

qu'il a lui-même abandonné Dieu; quelle parce (jue le grand bonheur de l'homme es!

consolation, dis-je, surtout en certains étals de croire une Providence dans le monde el

de la vie . où la foi seule d'une Providence de lui être soumis.

nous peut soutenir? Car, tandis que cette Que dis-je , chrétiens? et le mondain , tout

foi m'éclaire, et que je suis bien persuadé de rebelle qu'il esl, n'esl-il pas encore sous le

ce principe, qu'il y a un Dieu dispensateur ilomaine de la Providence? Oui, il y est , et

des biens el des maux, en sorle (iii'il ne malgré lui il y sera; mais c'est cela même

in'arrive rien que par son ordre, et (]ue pour ijui achève son malheur : car, de deux sortes

^lOn salut et pour sa gloire, j'ai dans moi de providence ([uc Dieu exerce sur les hoiii-

r.AREME. SrJUlON XXI. IX

nios . l'uno tli' sc-vérilé , ci l'iinlrc di- Iioiitt'; rmic (le juslice ot l'aulri' do inisi'i icordc, .111 ii)«^ine temps i]n"il se soustrait à ccHi' l'rovi- (Icnre r,ivoial>U', en iiui il devait cIiiTclier 8011 re|M)s , il se trouve livre à celte l'rovideiice rigoureuse qui le [)ouisuit, punr lui faire sentir son cin[>ire le plus douiinint. Jloninie si I>ieu lui disait : Tu n'as pas \oulu le ranger sous celle-ei, tu souiïriras de teile- |à; (ar je les ai sub^lituces l'une à l'autre par une loi éternelle el irrévocable; et dans l'étendue que je leur ai donnée, rien ne jieul être hors de leur ressort. La providence de non amour n'a pu l'engager; ce sera donc Jésorinais la pro\idence de ma justice qui te contiendra, qui te réprimera; qui, par des vengeances , lanlol secrètes , tantôt éclatantes, se l'era sentir à loi; qui, tantôt par des humiliations, 1,'intôt par di^s alllicliuiis , tantôt par des prospérités dont lu seras eni- \ic: tantôt par des adversités dont lu seras accablé , tantôt par des douceurs qui l'empoisonneront le cœur, tantôt par des amertumes qui t'aigriront, qui le soulèveront et ne te corrigeront pas, le réduira malgré loi <lans la dé|)endance. l't voilà comnient Dieu t.m'. de l'ois en a usé envers certains pécheurs de marque. Voilà comnient il a traité un Pharaon, un Nabucho lonosor, un Antiochus et liien d'autres, lis n'ont [)as voulu le reconnaître connue père; ils ont élé forcés à le rcc'jnnaître comme juge. Ils n'ont pas voulu servira glorilier sa pro\ iilcnce aimable et bienfaisante, ils ont servi à glorifier sa providence soiner.iine <l li>ule-[iuissante. Ponum le in exciniilnm {\iihuin., 111; : Je ferai un evemple de loi, disait i! par son prophète à un libertin; et c'est ce (ju'il a lait et ce «[u'il fait encore du peuple juif. .Miracle subsislanl tle la providence d'un Dieu irrité. Miracle qui seul, |ieut con\aiiicre les esprits les plus iucréduies qu'il y a un premier maître, el nu Dieu dans le monde, devant le(iuel toute créature doil s'humilier cl à (jui il est juste que tout honunc mortel obéisse. Si donc , mes frères, nous avons (juclque égard à noiie devoir ou à noire intérêt , soumettons-nous à lui et à sa providence. Saumettons-lui toutes nos entreprises; et, sans négliger les moyens raisonnables qu'il nous permet d'en;ployer pour les faire réussir, sans y épargner nos soins, du reste, reposons -nous lran()uilleme!il el absolument sur lui du succès. Cénissons-le également et dans les biens, et dans les mauv : dans les biens, en les recevant a\ee reconnaissance; dans les maux, en les supportant a\ec patience. Demandouslui sans cesse que sa volonté s'accomplisse en nous; ((u'elle s'accomi)lissc sur la terre, et qu'elle s'a.^complissc dans le ciel; sur la terre, où il veut nous sanctifier el dans le ciel, où il veut nous couronner. C'est ci- ijne !e vous souhaite, etc.

sAciiirici': DK i..\ .Mi>;sr.. fi-i

SI'UMON XX!.

eorii 1.1; Il M)i m; la ciiAriui.r.ti-: sii.u.u.vg.

Sur le sacriftcc de la messe.

liecdRliili siiiit veio ilisi-i|,uli cjus quia sci ipiiini rsi : Zcliis duiMiis tii;u conieJit iik'.

Or, les disciples se sonviwenl île ce ijin es! écril : Le ule lie votre miiisun me déiwe {S. Jetm, cli. II).

Puisqu'il s'agissait de la maison de Dieu, il ne fmt pas s'étonner, chrétiens, ([ue le Sauveur du monde, envoyé pour soutenir les intérêts et pour vinger'riioniieur de son l'ère, marquai tant de zèle contre ces profanateurs qu'il chassa du temple de Jérusalem le fouet à la main, cl dont il renversa les t;jbles et les marchandises. C'est à ce premier lem[)Ie que nos églises ont succédé; mais avec d'autant jdus d'avantage, que nous y oIVrons un sacrilicc beaucoup plus précieux el plus auguste. Car ce qui distingue (larticulièremcul les temples, selon la reinanjue de saint Augustin, ce (jui les consacre el ce qui leur donne un caractère propre de sainteté, c'e-t le sacrifice. Ils sont saints par la majesté di- \ine qui les remplit. Ils sont saints par les exercices de la religion qu'on v pratique. Ils sont saints parles [.rières des fidèles qui s'y assemblent. Ils sont saints par les louanges da Dieu qu'on y chante, et par les grâces qu'il y répand. Mais du reste, reprend saint Augustin, Dieu se Irouve partout. Dieu fait des grâces partout , Dieu peut ëiie prié, béni, servi , adore partout. Il n'v a que le sacrilice, j'enlends le sacrifice de la loi de grâce, (juil ne soit pas permis de lui olTrir partout, el (lu'on ne puis-c lui présenter (jue sur ses autels. Muoi (|u'il eu soit, chrct eus, c'est de ce sacrifice que je prétends aujourd'liui vous entretenir; c'est, dis-je, de l'adorable sacrifiée de la messe. Je veux vous apprendre dans ((uel esprit cl avec quels senlimenls vous y devez assister. Je veux, autant (|u'il m'est possible, corriger tant d'irrévérences el tant ilabus qui s'y coiiuneltent. Ce sujet es! particulier ; mais il a de quoi allumer tout le zèle des ministres de Jésus-Christ. Car, il n'est pas seulement ii î question delà maison de Dieu, mais de ce (iii'il y a dans la maison de Dieu de plus vénérable el de plus grand : el en vous réibrmant sur ce seul point, je retrancherai presi|uc tous les scandales (|ue nous voyons dans nos temples, puisqu'il est vrai (jne le sacrifice en est l'occasion la plus ordinaire. Vous en êtes témoin , Seigneur , nous en sommes témoins nous-:iièmes; el, pour peu qiu- nous soyons sensibles à votre gloire, que devons-nous attaquer avec plus de force, el combattre avec plus d'ardeur"/ J'ai besoin pour cela de voire grâce, ot je la demande par l'inlcrcessioii de Marie : Aie, Maria.

Ne perdons point de temps, chrétiens ; et, pour en venir d'abord au point que je traite, je dis que rien n'est plus digne de notre attention et de nos respects, que l'excellenl et le très-saint sacrifice de la messe. Deux raisons vont vous eu convaincre, 1 1 f.-ront, en deux mots, le partage de ce di>- '■■".ns. C.ar je considère cet adorable s-i*^!-

67;i ORATEURS SACRr.S. nornitALOIiE. (,7C

ficc on doux manii^ros et sons deux rnpporis. Oui, cliréliens, r.ssister nn sncrifiie du savoir, par nippoil à son objol, et par r.ip- vrai Dieu, c'est assister à l'aelioii la pins port à son sujel. Or, quel en est lobjol ? sainte et la plus auguste de la religion. De i)ieu niênie. \'À quel en est au uièiiio leiii|is là vient que, dans les anciennes liturgies, le le sujet ? un Dieu. Je m'explique, cl ceci va sacrifice élait appelé action par cx(cllencc; vous faire entendre toute ma pensée. Kn ef- et c'est ainsi (juc nous l'apiiclons encore aufi'l, mes cliers a'uliteurs, (juc nous propo- jourd'liui, puisque, suivant l'uliservalion sons-nous dans le sacrifice de nos autels '? d'un savant cardinal de notre siècle , ces (1 honorer Dieu; et voilà comment Dieu même mots du sacré canon : Jyifra cictionem, n(,' sien est l'ohjet. Mais pour mieux honorer goilient rien autre i hosc que Jvfid sacrifi- Dieu dans ce sacrifice, que lui présentons- ciuin ; comme si lEglise avait voulu nous nous? riIomme-Dieu ; et c'est ainsi qu'un avertir qu'en i ITet la grande action de notre Dieu en est le sujet. De là je forme deux pro- vie est le sacrifice. El voi'à ce qui, de lout posilions que je vous prie de bien méditer , temps, a donné aux peuples de si liantes cl (jui doivent vous saisir d'une sainte idées du sacrifiée et de tout (c ipii le reg.irde. I'rny( ur toutes les fois que vous assistez aux ^'oilà ce qui leur a rendu si vénéralile la divins mystères. Sacrifice de la messe, sa- majesté ilcs temples, la saintclo des autels, rrifice souverainement rcspectahie: pour- la dignité des pièires. Scnlimciit si univcrquoi ? parce que c'est à Dieu même qu'il est S(d, qu'on peut le mettre au rang de ceux où, offert : ce sera la première partie. Sacrifii c selon la pensée de Terlullien. il semble que de la me-se, sacrifice souvcraineuient res- notre âme soit nalurelh ment chrétienne, peetable : iionriiuoi ? parce que c'est un Dieu Mais de ce principe, quelle ( onséqncnce ne qui y csl olferl : ce sera la seconde. L'une et puis-je pas tirer d'abord contre vous; et l'autre vous instruira d'une des plus impor- comment arrive-l-il qiu\ dans une aclioii où linles matièies, iiui est le sacrifice; et, eu il paraît (lue la nature nous ait déjà fait à vous inspirant de hautes idées de la graiuleur demi chrétiens, la corruj^ion du libertinage de Dieu, réveillera dans vos cœurs tous les nous fasse tou- les jours devenir païens, et seulimcnts di' la religion. moins que raisonnables? (".ar enfin, mon VHEMiÉiiE PARTit. clier a U(liteur, vous êtes obligé de reccuinaî- Que fais'ins-nous, chrétiens, quand noii^ Ire que ce (|u'il y a pour vous de pins divin, assistons aux divins mjslèresclau sacri- et |iar conséquent de plus i c?peclable, c'est fice de notre religion? Ne le considérons le sacrifiée du Dieu e,ue vous servez ; et loupoiril encore selon le rapjtort parlieulier telois vous ne ci aignez pas de vous y prévcnqu'il a avec la personne du Sau\eur du 1er couime si c'était l'action la moins séinonde. Arrêtons-nous à (Clle (lualilé gêné- rieuse, et pui pût êlre [lus impunément nérale (le sacrifice, (^u'cbl-cc que sacrifice, cl gligée; vous y venez avec une imaginaliou qu'entendons-nons par es paro'es : assister distraite, avec des pensées toutes profanes, au saciiliee du Dieu vivant? Ali! chrétiens, avec des yeux égarés; et vous y demeurez ^ous ne l'avez peut-é:re jamais compris, et avec froitleur, avecdégoûl, et dans <les posc'est néanmoins ce que vous ne pouvez trop turcs pleines d'indécence. Ou'un homme traibieii comprendre, puisque c'est un de\os lâl une alïaire temporelle avec aussi peu de ilevoiis les plus essenlii'Is. Assister au si- réflexion, on le mépriserait. Ici e'esl 1 aiï.iire crifice, c'est êlre prcscul à l'aeliou la plus ca[iilale, ou, comme parle saint Ambroise, auguste et la jilus sainte de la religion (jue c'est l'alTiire d'Iîlat qui se Iraile eiiire nous professons, à une action dont la lin Dieu et l'Eglise; et vous n'y donnez nulle prochaine et iminéliate est d'honorer la ma- atteulion ; vmis n'y avez ni modestie ni i ejesté >)e Dieu ; à une action qui, prise dans cueillement; vous y assistez par coutume, son fond et dans sa snbst;ince, consiste par- par cérémonie; vous n'y appliquez ni votre liiu.ièrement à humilier la créature devant esprit ni votre cœur; u est-ce pas outrager Dii u ; à une action qui désormais est l'uni- Dieu, et l'oulr.iger dans l'action même et que par où ce culte d'adoration, je dis d'une dans le temps où vous devez spécialement Dloration suprême, puisse êire extérieure- l'honorer?

ment et aulhentiquemenl rendu à Dieu ; Je dis dans l'action même où vous devez c'est, dis-je, y assister en toutes les manié- spécialement l'honorer; ceci est remarquans qui ]ieuvent nous inspirer le respect et ble: car, qu'est-ce que le sacrifice, en le rela révéïeure dus à Dieu, y assister comme gardant par rapport à Dieu, et quelle en est Icinoins, y assister comme ministres, vas- la fin ? Le sacrifiée , diseni les théologiens, sisler comme victimes ; connue témoins, pour est un acte de religion dont le caractère proautoriser le sacrifice par notre présence; pre est d'honorer lêlre de Dieu. I\Iais quoi 1 comme ministres, pour le présenter avec le toutes nos actions saintes et verlueuses ne lirêliv; comme \icliines, disent les Pères, se rapportent-elles pas à celte fin? 11 est pour y ciri! immolés nous-mêmes spirituel- \r:\\, chrétiens; mais ce rapport n'est pas le lemenl a\eel.i première victime, «lui est Jésus- même (lue dans le sacrifice. Voici ma pciiséi'. Christ. Si donc nous n'accomplissons pas ce de- Dieu est la fin générale et dernière de toutes voir avec toute la retenue et toute la pielé qu'il nos aciions ; c'est ce qu'elles ont de commun, demande, ne faut-il pas conclure que le prin- mais chaque action de piélé a de plus une cipc de la foi est ou altéré ou corrompu dans fin prochaine et particulière (lui la (lislingue nos c(Eurs? Ueprcnous chacun de ces ai li- des autres, cl d'où sa perfection dépend. Or, clcs.el ne perdez pnsdesi solides inslrui lions. je dis ipie la fin particulière cl immédiate iiui

fi77 f.AUKME. Sl.UMON XXI. lUi SACIIIFICE DE LA MESSE. 678

ilijiiiiijiu' l»' S iciilK'c, csl li'lioiuiri'r Oicu. liitnt clcvniil Dicii. Il n'en osl pns de même l'ii'iicz {janle : dnits loiis los .mires ilc\<)iis, des anges, jijoule sainl (;iir\ sosloine ; les an on peut presque dire que lliointne agil plu- pes peuvent élre présents au sarrilire et l6l pour lui-niènie et pour son inlérèl que s'y humilier; mais l'Iiuinililé des anges, (]nelpour l'iiUérél de Dieu. Car, si je prie, cest que profonde' qu'elle puisse élre, n'csl point pour in'allirer les grâces de Dieu; si je fais essentielle au saeriliee, coniine celle dis lionipéniteneo, c'est pour m'acquitlor auprès de mes. Pourquoi? parce que le saciiCiee qu'ofl.i justice de Dieu; si je pratique de lionnes fre l'Iîglise étant le sacrifne des lioninu s . et œuvres, c'est fiour m'enricliir de mérites de- non des angi s, il ne dépend point, pour étr(' vaut Dieu; si je participe au divin sacre- complet, de I liumililé des anges, mais de ment, c'est [loiir me sanclilier en m'uiiissant l'Iiumililé des hommes. De là, chrétiens, quel <i Dieu. Mais (|uand je vais au sacrilice, desordre, lor^cjuc des hommes , portant sur qu'(St-cc (jue j'envisage'.* d honorer Dieu. le front le c.iraclère de la foi , viennent au \ Oilà le seul olij( lijue je me propose, et ijui s.icrilice liu vrai Dieu, non-seulement sans doit être le lerme de mon inlention , si mon cette liumililé religieuse, mais av<'C tout l'orinlenlion est conforme à la nature de iimn giieil du lihrriinage cl de l'impiclé : lors(iu'à ai tion. Or, jugez de là le (ju'il faut penser peine ilsy fléchissent le genou, <]u'ils y pard'un cliiélien qui fait servir à déshonorer lent, qu'ils j agissent comme il leur plait, et Dieu ce qui doit uniquen;ent servira le g!o- sans égard , et que sur (cla même ils rejetrifier/Qu'a fait Dieu, en instituant le sacri- tcnl avec mépris les sages remontrances et lice? Il a dit à l'homiiie : \ oilà l'hoinm.ige la correction charitahie des ministres du (lue je demande et (jue j'attends de toi. Tu Seigneur? Mépris (]ui ne doit point, mes frère savais pas encore bien reconnaître la res , ralentir l'ardeur de notre zèle , ni nous souveraineté de mon domaine, et je vcuv fermer la honrhe par un silence timide et moi-même te l'enseigner : c'est par le di voir lâche, (piand le devoir de noire minislè (|uc je te prescris, et à quoi tu satisferas en nous oblige à nous cxpliijuer. Cai',ou en «eassistant au sacrilice de mes autels. Cela r.iit noire religion, si de tels abus y devaicul supjiosé, re|)rend sainl .léiôme, |)rol'aner eo être tolérés? Ah! chrétiens, a-sisler au sasacrifice par des immodesties et par d( s scan- crifice, c'est venir prolo^ter à Dieu que nous dales ; y venir coiiiiiic l'on va à un passe- dépendons de lui , (jue nous attendons tout temps, à un spectacle, à une assemblée mon- de lui, (jue nous n'adorons que lui, que nous daine; en sortir sans y avoir eu nul sen i- sommes dispo^és à nous anéantir pour lui; ment, nul souvenir de Dieu; ah ! mes frè- mais, mon cher auditeur, pensez-viuis lui res, c'est celte espèce d'abomination que le dire tout cela , en vous comportant comme prophète Daniel avait prévue avec horreur, vous le faites; en insiiltinl, si je l'ose dire, à et qui devait p irailre dans le lieu sainl. l'autel, et aux sacrés mystères qu'on y célè- F!le\a plus loin , et comprenons- en toule lire? en y prenant des libertés que je ne crains l'indignité. En iflVt , si la lin particulière pas , puisqu'il s'agit de l'honneur de mon du sacrifice est d honorer Dieu, en (luoi con- Dieu, de trailcrd'insolences;en les soulenant siste cet honneur que nous rendons ou (^ue jusque dans le sanctuaire av<'c une audace nous de\oiis rendre à Dieu? t^e culte, répond et une fierté qui ne rougit de rien? Et vous, saint Tliomas, consiste dans une protesl.ition femmes chrétiennes, est-ce là ce que vous actuelle que je fais à Dieu de ma dépenilance, venez lui témoigner, en vous f lisant une si dans un aveu respeclueux de ma misère et fausse gloire de paraître dans nos temples de nin bassesse, dans un exercice [jour ainsi avec toutes les marques de votre vanilé? Je dire d'anéantissement, et si je suis pècln ur, n'entreprends point de contrôler partout aildans une confession humble et sincère do leurs vos modes et vos coutumes; mais ii 1 mon péché; car tout cela doit entrer dans le je ne puis dissimuler ce ijui bb ssc la majeslê sacrifice considéré de la part de l'homme ; et divine et le respect (jui lui est diV Faut-il voilà pourquoi l'hostie est détruite et con- tlonc, quand vous entrez dans la maison do sommée, pour marquer que I homme n'es! Dieu, que tout le faste du monde vous y acqu'un néant, et dans l'ordre de la nature, cl compagne? Faut-il que l'on vous y distingue dans celui de la grâce. En quoi , dit saint par voire luxe et par vos délicatesses; que Augustin, paraît l'iidniirable opposition i]ui vous y affectiez des rangs que l'esprit amhise renconire entre l'oraison et le sacrilice. lieux du siècle y a ériges en de prétendus Car l'oraison en ék-vanl nos csprils à Dieu, droits, elquevousvousy fassiezrendredes scrnous élève au-dessus de nous-mêmes; au vicesdont vous sauriez bien vous passer dans lieuquele sacrifice nous rabaisse au-dessous le palais d'un prince de la terre? Est-ce là de nous-mômes, en nous anéintissanl devant cette liumililé si essentielle au sacrifice? cl Dieu. Par le sacrifice j'honore Dieu, si je si la pielé vous y altirait , une piété solide, puis parler de la sorte, aux dépens de ce que ne diriez-vons pas à Dieu : Ah ! Seigneur, je le suis; et dans l'orai-on. Dieu, parle com- ne suis que tro|) vaine au milieu du monde, merce qu'il viut bien avoir avec moi, m'ho- mais du moins serai-je humble et uiodesie nore en quelque manière aux dépens de ce devant vous; el puisque le sacrifice est le tri- <iu'il est. Ouoi qu'il en soit, mon sacrifice est but d'humililé que je vous dois, je n'irai point inséparable de mon humilité; et comme je ne m'y présenter avec ce luxe que vous répuis mieux m'huniilier devant Dieu qu'en lui prouvez. Le monde en use autrement, mais ullrant le sacrifice , aussi ne puis-je autre- je monde ne sera pas ma règle ; on censurar.t iJicnl avoir u.iit au s.iciilice qu'en m'huini- ma conduite, muis il nu' pulilra que vous Cap-

679 OUATEUr.S SACRKS. BOUIIDALOL'E. P80

prouviez. Aussi, disait TcriuUirn, pailiiit à gioux comme n.'us le sommes, on suivaiil

dos femmes clirétieiincs coii-.me vous, et l'erreur, ou d'être di s prol';indteurs comme

même plus cliréliennes que vous, pour(iuoi vous l'êtes, en professant la vérité ? C'est de

ces ajustements dont vous êt.-s si curieuses ? saint Augustin même que j'ai emprunté cette

Vous avez renoiué aux pompes du siècle , figure, et c'est là-dessus qu'il déployait avec

vous n'êtes plus des fiHes des païens ; pour- tant d'énergie toute la force de son éloquence

tiuoidonc vous parer de ces restes du monde, et de son zèle.

L'I les porter au s;icrifice de votre Dieu ? O N'en demeurons pas là, chrétiens, mais

profanation, s'éeriait-il, et puis-je bien m'é- pour aelicver de nous confondre , voyons en

crier après lui! Des femuies clieri lient à se (juelles qualités nous assistons au ilivin sa-

montrer avec des habits magnifiques et bril- crilice. Comme témoins, disent les docteurs,

l,iiils,dansuusacrifice dont l'essenceet la (in comme ministres , comme victimes. Comme

principale est Ihumiliation de la créature eu témoins : oui, mes frères , vous êtes les Ic-

présence de son créateur. Eiles s'y font \oir, moins de ce qi.i se passe de plus mystérieux

selon l'expression du proplièleroyal, aussi or- et de plus secret entre Dieu et les hommes ;

nées et plus ornées que les autels: rircumor- c'est dans celle vue que l'Eglise tous reçoit

nalœul simililudo templi (/**•. CXLIll). Elles y à son sacrifice, et qu'elle vous oblige même,

.•iiiploient toutle temps.à quoi"?à s'e;udier.à par un préc pie particulier, à y comparaî-

se contempler ; à s'admirer , à recevoir un Ire ; honneur qu'elle ne fait pas indilTerem-

>aiii encens, et à s'attirer de sacrilèges ado- ment à toutes sortes de sujets, puisque le

r.ilions, comme si elles voulaient s'élever au- châtiment le plus sévère qu'elle exerce en-

d;'-s'!s de Dieu li.ême. vers ses enfants rebelles , ( si de leur inler-

Duiiiions jour encore à celte pensée ; je no dire par ses censures le sacrifice qu'elle offre

dis pas seulement que le sacrifice est une à Dieu; honneur dont el!e exclnl même les

protestation que Ihonime fait à Dieu de la catéchumènes, quoi(iue déjà initiés dans les

dépendance de son être; mais j'ajoute que mystères de la foi, parce qu'ils n'ont pas en-

c'esl une protestation publique, une proies- core le cuaetèie du baptême; elle n'y admet

talion solennelle, où l'homme aiqielle toutes que les lidèles dont la religion lui est connue,

les créatures en témoignage de sa soumission et dont elle veut gratifier la [)iêié ; mais au

et de sa religion, comme s'il disait : Cieux et même temps elle les engage à soutenir ce le

terre, anges el hommes, vous m'en serez ga- qualité <le témoins par un respect digne d.-

laiits, el me voici devant vous pour m'en de- Dieu. Quand Dieu , dans l'Ecriture , (irend

clarer. Il y a un Dieu que j'adore, un Dieu à témoin d'une \éiilc les êtres insensibles ,

souverain auteur, et à qui seul toute la gloire les cieux en sont ébranlés : Obsluppscile, cali

appartient; c'est dans ce sacrifice et par ce ( Jei\'ni., Il ) , et la terre en est émue jusque

sacrifice que je viens hautement reconnaître dans ses Ibndemcnts : C ommotn est , et cun-

son absolue domination , el m'y souinetlre. tremuil terra ( II Beg., XXII ). Et vous, mou

il n'y a proprement, chrétiens, que le saeri- cher auditeur , témoin \ ivant du redoutable

lice , où l'homme puisse parler de la sorte ; sacrifice qui s'accomplit sur nos autels, qu'y

(luelque autre exercice de religion (juft je failes-vous ? Ah! mon frère, s'écrie sauit

(iralique, ce n'est pas là ce qu'il signifie , ou Jean, patriarche de Jérusalem , n'avez-vuus

du moins ce n'est point là ce qu'il signifie au- pas entendu le prêtre qui vous sommait, de

llientiquemeut; le seul sacrifice est l'aveu la part de Dieu, de vous rendre attentif ? Ne

juridi(iuc de ce que je suis el de ce que je vous a-t-il pas a\erti d'élever votre cœur au

dois à Dieu. Mais, mes frères, par un lenver- ciel : Sursiim corda , et n'avez-vous pas ré-

si'inenl bien déplorable , quel sujet ne don- pondu qu'il était tourné vers le Seigneur:

nons-nous pas aux païens el aux infidèles llabemus ud Dominum. Mais à ce momcul-là

de nous faire, jusqu'au milieu du plus saint inême, vous êtes plus occupé de la terre que

mystcre , la même demande, ou plutôt le jamais; mais à ce moment-là même vous ne

mê.ne veproche que Da>id craignait tant cherchez en promenant partout vos regards ,

d entendre de l.i bouche des ennemis du Sei- que des objets , ou qui repaissent votre cu-

giieur : Ac forte dicant in (lentibus : ibi est riosilé, ou qui servent d'amusement à voire

iA'io' eorum (Ps. LXXVIlI)'/Car, où est votre oisiveté. Est-ce pour cela que vous êtes ap-

Dieu, peuvent nous dire ces idolâtres'.' >ous pelé à l'autel'? est-ce là, chrétiens, la part

voulez, par cette cérémonie extérieure, nous (jue vous prenez à un sacrifice d(uit vous êtes

faire juger du culte inièrieur que \ous lui non-seulement les témoins , mais les minis-

rendez ; el c'est de là même que nous tirons 1res '?

la plus sensible preuve de votre irréligion. Car vous l'êtes, mes cliers auditeurs, quelle

Entrez dans nos temples, et, sans entrepren- que soit d'ailleurs votre condition; et ce n'est

dre de nous instruire, instruisez-vous vous- pas sans sujet que saint l'ierre, relevant la

mêmes par nous. Votre Dieu, dites- vous, est dignité des chréliens , entre les autres titres

le vrai Dieu ; mais au moins n'en êtes-vous cjui leur conviennent , leur attribue celui du

que de f.iux adorateurs; au contraire, vous sacerdoce : Regale siieerdolium (1 Pctr.. II),

prétendez que nous n'adorons que de fausses puisque tout chrétien doit olïrir à Dieu le sa

divinités, mais au moins devez-vous avouer crificc de sa rédemption. De là vient que le

(|iie nous les adorons sincèrement, el en es- prêtre, en célébrant dans le sancluaire , n'y

prit. Or, supposant même vos principes el fait pas les oblations sacrées commepersonne

les dogmes de votre foi, lequel des deux parliculièie, mais comme représentant tout

croycz-voi s le plus criminel, ou d'être reli- le [leuple assemblé; car il ne dit pas : j'offre.

CAUF.MK. SERMON XXI. DL' SACRIFICK DE l.A MESSr.

je supplie, je vous, je proteste ; niais nous proti'sloiis , nous >ouons, nous offrons, nous supplions, pnrce (ju'eii effol , tout le peuple offre el supplie avec lui; non pas que tous soient pour cela re\èlus du caractère (le l'ordre, comme l'ont a^ancé quelques liéi-éliques, fondas sur une parole d'- Tertuilien mal entendue; mais parce (lUf tous les fidùlos, sans porter ce sacré caraclèie connue le prêtre spécialemeul député (le Uieu [lour présenter le sacrillce, lui sont néanomins a-.sociés dans celle iiujiortante fumljou; (ouclion si sainte, écoule», ceci, qu-, parcelle rai-onlà mèn>e, quel(f,ui s-uns ont prétendu qu'u:i chrétien en étal de péché ne pomait, sans se rendre coupable d'un nouveau péché, assister au sacrifice. Je sais sur ce point ce qu'il faut penser; je sais que c'est une doctrine erronée et même scandaleuse, puisqu'elle donne atteinte au précepte de l'Eglise, qu'elle favorise le libertinage, et qu'elle ote enfin au pécheur un des plus puissants moyens de couversion ; car , que peut faire un péilieur de plus salutaire, de plus éditianl, de plus propre à lui .attirer les grâces du ciel , que de venir, comme le publicaiu, ilans le tciuple et d'y offrir, tout indigne qu'il est, ce sacrifice propitiatoire liont une des principales vertus est d'apaiser la colère de Dieu'? (^u'est-( e que les prophètes recommandaient da\ alliage aus pécheurs de leur temps, que de fléchir le Seigneur et sa justice, par l'oblation des victimes de l'ancienne loi"? Ce qui servait alors à la sanctification d,'s hommes, servirait-il maintenant à leur d.inmation"? C'est donc une opinion outrée , et que nous devons hauleuieiit rejeter; mais, eu la rejetant, je m'en tiens au principe sur quoi elle est, disons mieux , sur quoi elle parait élahlie; et de ce principe inconle>table , je tire l)ien d'autres conséquences , qui ne doivent pas moins nous faire trembler; cir, puisque nous participons au sacrifice en qualité de ministres, ce ne sera point une exagération, sije conclus ijue lant de crimes (lu'on y coniinel doivent être comptés pour ant int de profanations; qu'un entretien, méiiic indiffer( nt à raison de sa durée, y renferme deux offenses grièves: l'une particulière et d'omission, à ces saints jours où le sacrifice est commandé, l'autre commune et d'irrévérence ou de commission , à quelque temps et à quelque jour que ce puisse être ; que celui-là ne satisfait point au commandement de l'Eglise, qui, sans nulle vigilance sur soi-même, sans nul effort pour se recueillir dans la plus grande action du christianisme, laisse impunément et volonlnirement son esprit se dis- Ir.iire; si , dis-je , je tire toutes ces conséquences, c'e^t sans crainte d'excéder, puisque je parle après les plus sensés el les plus savants théologiens.

Qui le croirait, mes frères? souffrez que, sans insister sur les autres, je ni'atlaclic surtout à ce désordre que déplorait le prophète Ezéchiel , el dont il faisait une peinture si conforme à ce qui se passe tous les jours parmi nous : qui le croirait, si tant d'épreures no nous l'avaient pas appris, et ne nous

ORiTEIBS SACr.É;. Xl\'.

l'apprenaient pas enc choisi de Dieu pour

"i>re, nu u:) lui offrir un sacrifice tout di\ in el toul adorable, voulût faire dn temple mèiiie un lien (|{> | laisjr, et du |dus iurâine plaisir; qu'il reiraidât le sacrifice. comme une occasion favo.able à son impudicilé; qu'il n'y vînt que pour y trouver l'objet de sa passion, (lue pour l'y voir et pour en être vu, que pour lui rendre des assiduités , que pour lui manjucr, par de criminelles complaisances, son attachement, que pour se livrer aux plus s.iles désirs d'un cieur corrompu"? C'est avec douleur quej'en parle et que je révèle votre honte; mais je serais prévaricateur si je la dissimulais, et il vaut bien mieux, comme dit saint Cyprien. découvrir nos plaies pour les guérir, (juc de les cacher sans espérance de rcuiède. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les Pères s'en sont expliqués. S linl Jéiémc et saint Chrysostomn n'y apportaient pas p'us d'adoucissement que moi. quand ils disaient que l'innoeenco et la pudicité couraient aillant de risques (ne pouvaient-ils pas dire plus de risques ?) dans les saints lieux, que dans les places publiques; qu'il élait quelquefois aussi dangereux p:iiir une femme chrétienne, ou plulôt pour une femme mondaine, de paraître au Sîcrifice, que dans les cercles et les assemblées du monde ; qu'autrefois on consacrait les maisons des chrétiens, pour en faire <ie< temples à Dieu ; mais que, dans la suiie, les temples de Dieu étaient devenus des m.iisons d'intrigues et de commerces. Ce sont leurs expressions, que vous entendrez comme il vous plaira; mais, de quelque manière (ju'el les dussent être alors entendues, ce qui nie fait gémir, c'est qu'ellessevérifient presque parmi nous dans toute la rigueur de la lettre, et que la calomnie suscitée du temps rie Tcrlullieu contre les fidèles, savoir, que les plus honteux engagenienls se formaient et s'entretenaient à la faveur des autels : Inter aras lenocinia traclaii {Tert.); que ce reproche, dis-;e, qui fut dans ces premiers siècles une imposture, ne soit dans le nôtre qu'une trop jusic accusation.

Avec cela, chrétiens, êles-vous en élat d'assister au sacrifice en qualité de victimes'* étes-vous en état d'y être immolés vous-mêmes avec Jésus-ChrisI ; et n'est c pas ,ainM toutefois (]ue vous devez y être encore présents? Ecoulez la preuve qu'en donne saint Augustin. Car. dit ce saint docieur, Jésus- Christ et I Isglise ne faisant qu'un même corps, il Bst impossible que 1 un soit immolé sans l'autre. Puisque cet Homme-Dieu est le chef de tous les fidèles, et que lous les fidèles lui sont unis comme ses membres, il faut qu'en même temps qu'il i st sacrifié pour eux, ils le soient pareillement avec lui; et que, par un admirable retour, ce Sauveur du monde offre à Dieu toute l'Eglise dans sa personne, en vertu dune nciion où lui-même il est offert à Dieu par toute l'Eglise : Cmn nutem slt Chiislus Fcclesiœ caput, et EcrlesiaChristi corjius. lam ipsn pfr ipfum, g)tam ipsepcr ipsam débet offrrri (Aug.). Théologie divine, et d'où il s'ensuit que nous no de- {Viiigt-dciijr.)

Or.ATEL'RS SACRES. BOUUDALOUE.

vous donc aller au sacrifice do notre Dieu qu'avec le g<^n6reux smliinenl «le l'apôtre saint Tiiomns, je veux «lire, que pour y mourir spirituclienientavec Jésus-Clirist : Eamus et nos, et moriamnr ciim ci> {Jonn.,W). Or, roniment y paraît un tlirélien ainsi disposé? Keprésentez-voiis, mes frères, l'élat de ces .incienncs victimes (lu'on immolait au Seigneur, et qu'on mettait sur l'autel : elles étaient liées, elles étaient privées de l'usage des sens, elles étaient brûlées du feu de l'holocauste. Voilà votre modèle. Comme victimes de ce sacrifice non sanglant que vous présentez, et où vous êtes présentés vousmêmes, surtout comme victimes spirituelles et raisonnables , selon la parole de saint Pierre : Spirituales hostias (1 Pclr. 11) , il faut que la religion vous lie et qu'elle vous tienne respectueusement appliqués au saint mystère , il faut qu'elle vous couvre les yeux, et «ju'ellc les ferme à tous les objets de la terre ; il faut qu'elle vous consume du feu de la charité. Mais si vous imitez le crime des successeurs d'Aaron, si comme eux vous portrz dans le labernacle un feu étranger , si c'est une habitude vicieuse qui vous y conduit et qui vous y retient, si, bien loin de captiver vos sens, vous leur donnez là toute licence: Ahl mon frère, conclut saint Chrysostome , vous êtes toujours alors une victime, mais une victime de malédiction ; une victime , non plus de la miséricorde, mais de la colère et de la vengeance de Dieu.

N'est-il pas surprenant, chrétiens, comme l'a observé le savant Pic de la Mirandole, que, de tant de religions qui se sont répandues dans le monde, et qui y ont si longtemps dominé, il n'y ait eu que la religion de JésuL\-Christdont 1rs temples aient été profanés par ses propres sujets'? On a bien vu les Rotnains \ioler le temple des Juifs; on a vu les chrétiens briser les idoles du paganisme ; mais a-l-on vu des païens s'attaquer euxmêmes à leurs dieux et souiller les sacrifires (lu'ils leur offraient? Pourquoi cette dilîérence? en voici, ce me semble, une raison : c'est que l'ennemi de notre salut ne va point tenter les païens, ni les troubler au milieu de leurs sacrifices, parce que ce sont de faux sacrifices, et (ju'il reçoit lui-même l'encens <|u'on y brûle; au lieu qu'il emploie toutes ses forces pour nous détourner du sacrifice de nos autels et pour nous en faire perdre le fruit , parce que c'est le vrai sacrifice , le grand sacrifice, un sacrifice également glorieux à Dieu et salutaire pour nous. Ainsi, mes frères, à quelques désordres que soit rxposé le sacrifice do notre religion, n'entrons pour cela en nulle défiance de la religion même que nous professons, et de la pureté de son culle. Malgré tous nos désordres, elle est toujours sainte, puisqu'elle les condamne tous. Mais rentrons dans nousmêmes, confondons-nous nous-mêmes : disons-nous à nous-niémes, avec un célèbre écrivain de <es derniers siècles, qu'il faut que la religion do Jésus-Christ soit une religion plus (lu'humaine, puisciu'ellese soutient toujours malgré l'irréligion des chré-

tiens, et qu'il faut aussi que Tirréligion des chrétiens soit bien obs'inée et bien enracinée, puisqu'ils sont si impies parmi tant de sainteté. Sacrifice <le la messe, sacrifice souverainement et doublement respectable , parce que c'est à Dieu qu'il est offert, et que c'est un Dieu qui y est offert. Connne c'est Dieu môme qui en est l'objet, c'est encore un Dieu qui en est le sujet ; vous l'allez voir dans la seconde partie.

SECONDE PARTIE

Je trouve la pensée de saint Chrysostome bien juste et bien vraie , quand il dit que les temples où nous nous assemblons pour adorer Dieu, sont tout à la fois, et l'ornement le plus auguste, et l'opprobre le plus visible de notre religion : l'ornement le plus auguste, puisqu'ils sont tous les jours sanctifiés par le sacrifice d'un Dieu sauveur, et l'opprobre le plus visible, puisque ce sacrifice, tout diviu (lu'il est, sert si souvent, non par lui-même, fii.iis par notre libertinage, d'occasion aux chrétiens pour déshonorer la maison do Dieu. Ainsi parlait ce saint évêque, en gémissant sur les scandales qui se commettaient au pied des autels et dans le sacrifice de la loi de grâce. A quoi j'ajoute la pensée de Guillaume de Paris, que je vous prie de remarquer, parce qu'elle me paraît également solide et touchante. Car, dit ce savant homme, quand nous aurions vécu , selon l'expression de saint Paul, sous les éléments du monde, c'est-à-dire sous les figures de l'ancienne loi, et que nous n'aurions point eu d'autres sacrifices que ces sacrifices imparfaits dont Dieu avait établi l'usage par le ministère de Moïse, il faudrait toujours y assister a\ec crainte et avec tremblement; il faudrait toujours respecter ces chairs mortes, toujours révérer ces taureaux égorgés et sanglants, toujours se prosterner devant ers autels chargés des oblalions et des prémices de la terre. C'étaient des créatures, il est vrai, mais ces créatures étaient les victimes et les holocausici du Dieu vivant, et cela seul les élevait à un ordre supérieur et les consacrait. Aussi, mes frères, poursuit le niê:ne docteur, voyez avec quelle révérence Dieu voulait que les Juifs entrassent dans le sanctuaire, poUr lui offrir leurs sacrifices cl le sang des animaux qu'ils immolaient.

Voyez avec quel soin lui-même il les y disposait; combien de préceptes, combien de cérémonies, combien de prati(|ues, combien de purifications il leur prescrivait! A peine les livres entiers de l'iicrilure ont-ils suffi pour leur en tracer les règles, et pour leur faire entendre sur cela ses ordres. Mais admirez encore plus la constance et 1 inviolable fidélité de ce peuple, d'ailleurs si indocile et si grossier, à s'acquitter de ce devoir. Dans les plus pressantes extrémités , dans l'embarras et le désordre des guerres, dans le siège même de Jérusalem, rien jamais ne les fit manquer à ce culte extérieur, ni à la solennité de leurs fêles et des sacrifices qui leur étaient ordonnés. Jusque-là, disait du temps même des apôtres un ancien auteur, que le général de l'armée romaine en parut sur-

CAREME. SERMON X\l. DU SACRIFKK DE LA MKSSE.

liRlT

pris, i>l quo, toiil pnïeii, tout ennemi qu'il otiiil, il on l'ut louthé cl ne put rrfusor des viogi's à leur zMe et à leur relis^ion : SCupebat Pompeius acres virorum animos, a (/uibus in mediu belli furore, sacrurnm revercnliœ nihil défait [lleyesip.). Ti\ élait le ear;ictôre *le celte nation. Le Sauveur du monde leur reprocha tous les autres vices; mais il ne les accusa jamais d'impiété dans les sacrifices qu'ils présentaient à Dieu. Cependant, chiélii'ns, dans leurs sacrifices les plus solennels, qu'avaient-ils autre chose que les ombres seulement, et que hs fijjures du sacrifice de la loi nouvelle'? Mais c'était assez pour eux, reprend saint Augustin; c'était, disje, assez pour leur rendre lénérables jusqu'à fps ombres et à ces figures, que ce fussent les figures et les ombres du grand sacrifice que les prophètes leur annonçaient dans l.i suite des siècles. C'était assez pour les saisir d'une sainte horreur toutes les fois qu'ils assistaient à l'imniolation de ces victimes, qui, quoique viles cl abjectes, leur représentaient «•etie viclime pure et précieuse, cette hostie divine qui devait être immolée pour eux et pour nous. Or, qu'eussent-ils pensé, qu'eussent-ils fait, s'ils eussent vu comme nous la vérité; et que devons-nous pinser, que devons-nous faire nous-mêmes'/ Sur cela, mes chers auditeurs, voici trois considérations que je me contente de vous proposer, plutôt par forme de méditation que de discours, et par où je finis en me les appliquant à moi-même. Ne les perdez pas.

Première considération. Quand je vais au sacrifice que célèbre l'Eglise, je vais au sacrifice de la mort d'un Dieu ; le même qui fut offert sur le Calvaire, le même que Jésus- Christ consomma sur la crois, le même où ce Dieu-Homme consentit, pour parler avec l'Apôtre, à être détruit et anéanti. Ce n'est point une supposition, c'est un point de foi. J'assiste à un sacrifice dont réellement et sans figure la victime est le Dieu même que je sers et que j'adore. Par conséquent, doisje conclure et devez- vous conclure avec moi, si, par mes respects et mes adorations, je ne relève pas, autant qu'il m'est possible, les abaissements de ce Dieu sauveur; si j'ajoute aux humiliations de sa croix, qui sont ici renouvelées , celles qui lui viennent de mes irrévérences et de mes scandales; si, le contemplant sur l'autel, mon cœur ne se brise pas comme les pierres se fendirent au moment qu'il expira ; si cette hostie mourante ne fait pas naître dans mon âme une componction aussi vive et aussi religieuse que le fut la douleur du cenlenier et celle des Juifs qui se convertirent à sa mon ; si, par de sensibles outrages, j'insulte encore à son agonie, comme les soldats et les bourreaux qui l'avaient crucifié, ah 1 ne suis-je pas digne de ses plus rigoureuses vengeances, et ne faut -il pas me traiter d'anathènie 1

Seconde considération. Pourquoi ce Dieu de miséricorde s'immole-t-il dans le sacrifice de nos autels? Pour nous apprendre, disent les Pèics, ce que nous ne pouvons appren-

dre que de lui, pour nous aider à faire ce que nous ne pouvons faire sans lui et que par lui, je veux dire à lionnrer Dieu autant cjue Dieiî le mérite cl qu'il le demande. Car c'est pour cela, reprend saint Tlionias, qu'il a fallu un sujet d'un prix infini, et offert d'une manière infinie. Or, ce sujet d'un prix infini, c'est Jésus-Christ dans le sacré mystère. Ce sujet, offert d'une manière infinie, c'est Jésus- Christ en état de victime, en état d'anéantissement, et sacrifié, selon la prédiction de Malacliie,dans tous les temps et dans tous les lieux du monde. Voilà cequi était dûà Dieu, et de (|uoi l'Homme-Dieu est venu nous instruire aux dépens de lui-même. Ce sacrifice de sou corps et de son sang est la preuve aulheni ique qu'il nous en donne, et la perpétuelle h çoii qu'il nous en fait. O"»* "ous dit-il donc, cet excellent maître, autant de fois que nous nous présentons à son sacrifice '? C'est là, mes frères, que son sang, ce sang adorable, plus éloquent que celui d'Abel, semble nous crier sans cesse et nous faire entendre ce (lue le même Sauveur disait aux Juifs : Ego honorilîco Palrem (Joan., Mil). \'ous voulez savoir ce que je fais ici, j'honore mon Père, je glorifie mon Père, je satisfais à la justice de mou Père; je répare les injures qu'il a reçues, et je rétablis ses intérêts ; je fais triompher sa miséricorde, éclater sa puissance, connaître sa sainteté ; je lui rends, et à toutes ses perfections, des hommages proportionnés à sa grandeur. Tel est le dessein qui me fait descendre invisiblement sur cet autel, qui me l'ait prendre entre les mains des prêtres comme une seconde naissance, qui me fait subir dans le même sens comme une seconde mort : Ego honorifico Pulrein ( Ibkl. ). Oui, chrétiens, c'est ce qu'il nous dit ; et si nous ne profitons pas de son exemple, écoutez ce qu'il ajoute: Et vos inhvnnraslis me. Mais vous, ne semble-t-il pas(|ue vous preniez à tâche de détruire, par le plus criminel attentat, tout ce (jue je rends d'honneur à mon Père par le sacrifice de mon humanité, et n'est-ce pas sur moi que retombent tous les outrages ()u'il reçoit de vous ? J'obscurcis toute ma gloire, et je m'ensevelis tout vivant en sa présence; et vous vous élevez devant lui et contre lui. Je lui offre dans ma personne un Dieu humilié, un Dieu soumis et obéissant, et vous venez étaler avec ostentation devant ses jeux le faste du mimile et le vain éclat d'une pompe humaine. Je lui présente dans mon corps une chair innocente et virginale, et vous cherchez jusqu'à son autel de quoi exciter et de quoi nourrir les brutales cupidités d'une chair criminelle et impure. Je travaille à répandre le feu de son amour, d'un amour tout sacré et expri- Tiié de son sein même, et vous ne pensez jusque dans son temple et à ses pieds qu'a inspirer, par des nudités immodestes, par des postures indécentes, pardes airs libres et sans pudeur, un amour sensuel. J'emploie tous 1rs attraits de ma grâce à sanctifier les âmes et à les lui attacher, et vous employez tous les artifices et tous les enchantements de voire mou- Uanilfti les corrompre cl aies lui dérober. £?t

ORATEURS S\CRES. nOURDALOLF,.

rc ainsi qu'on llioiioïc? ou n'est-ce pas ainsi qu'on lui marque le nicpris le plus iiisul'ant, el que l'on renverse tous mes desseins? Et vos inhonortislisme. M.iis voulez-vous en eflel, chrétiens, l'honorer, el l'honorer aulant par proporlion qu'il le doit ^-tre et qu il l'allenil lie vous? Allez, connue Jésus-Christ, ohscur el caché, vous prosterner devant celle majesté su[)réine, el faire à la vue de ses grandeurs une humble confession de votre indifçnité. Allez, comme Jésus-Chrisl obéissanl et soumis à la vois de ses ministres, relever son pouvoir par les sentiments d'une soumission parf.iite, et partons les témoignages d'une obéissance entière el sans réserve. Allez dans un esprit de sacrifice, comme Jésus-Christ immolé, lui présenter les hommages de son Fils, les abaissements de son Fils, le sang de son Fils, ses souffrances, sa passion, sa mort, Ions ses mérites, et vous les appliquer pour être plus en état de le glorifier. Allez vous dévouer vous-mêmes, vous immoler vous-mêmes, sinon par une \ érilablodeslruclioii de vous-mêmes, au moins par une mort spirituelle cl par une totale destruclion des désirs déréglés de votre cœur ; ainsi vous l'enseigne ce Dieu , victime delà g'oire d'un Dieu, et, en celle qualité tiiéme de viciime, voire modèle : Eyo honorifico Pnlicin. Troisième considération. Que fait encore Jésus-Chrisl dans ce sacrifice? Achevons chrétiens, de nous confondre, el rougissons do notre insens bililé. Non-seulement il apprend aux hommes à honorer Dieu, mais il y traite de leur réconciliation avec Dieu. Comme médiateur, il plaide leur cause, et il offre le prix de leur rédemption. Il ne se conlenle pas de dire qu'il glorifie son Père : Fijo tionorifico l'alrcin ; mais, s'adressant à son l'ère même, el lui montrant les fidèles assemblés, il lui dit d'une vois secrète : lîgo pro ris sanri'lîco mripsitm {Jonn., XVli); c'està-dire, suivant l'explication de saint Jéiômc: Je me donne moi-même, je me sacrifie moimême pour eux. Paroles, ajoute ce saint dneleur, qui con\enaienl aux vielimcs, et dosiî, pour la première fois, ce Sauveur des hommes se servit, lorsque actuellement il instituait cette divine pâque, où il se consacrait en effet lui-même pour les pécheurs ; mais [laroles qu'il répète encore tous les jours, cl (lu'il répétera jusqu'à la fin des siècles, aulanl de fois qu'on l'oîTrira sur nos autels : /•,'f/o pro cis sanclifico meipsum. Oui, mon Père, c'est pour eux que je suis i( i piéscnl ; c'est pour tous les hommes en général, cl on particulier pour mon Fglise ; c'est spécialement pour ceux que vous voyez dans votre maison et auprès de votre sanctuaire, occupés maintenant, ou devant l'être, à ce mystère de salut. lUcevez-les, mon Dieu, d.ins votre grâce, ils sont criminels, mais me voici à leur place pour vous satisfaire; et que ne peuvent point réparer hs satisl.iclions infinies d'un Dieu comme vous ? E(jo pro eis saurd/ico mcipsum.

Ah! mes frères , reprend saint, Bernard , eu s'écriant et réduisant à une figure sensible celte importante vérité, tua cause était

désespérée, et j'étais perdu : le souverain juge allait prononcer contre nioi un arrcii de mort. Mais le fils uni(ine du prine<' vient à le savoir, el que fait-il? Touché di- compassion , il se substitue pour [uoi , et il veut lui-même porter la peine de mon péché. Dans celle vue, il soit de son palais, il dépose toutes les marques de sa dignité, il gémit, il prie, il va s'offrir à la justice de son Père, lîelle image, chrétiens, de ce que fait Jésus - Christ dans le sacrifice de son corps et d; son sang. Toutefois, poursuit saint Bernard, sans être instruit du péril où je me Irouvai-i exposé, bien loin d'y penser, je m'arrêtais à un vain diverlisseme:it. Mais tout à coup j'aperçois mon roi ; je le vois pénitent et humilié; je m'approche, j'en demande la raison; enfin, j'apprends que c'est de moi qu'il s'agit, et que c'est pour moi qu'il s'est livré. C'est ce que nous voyons si souvent nous-mêmes, mes chers auditeurs, sur cet autel. Or, conclut le même Père, oscrai-je encore retourner à mes premiers amusements? quedis-je? oserai-jc encore me faire du sacrifice de mon Sauveur un amusement cl un jeu? etserai-je assez insensé pour mêler à ses gémissements cl à ses larmes des ris profanes el scandaleux ? Adlnicne ludam el deludam lacrymas fjus {licrn.)'! Pensée louchanle, que saint Jean de Jérusalem exprimait en des termes moins figurés, mais non moins énergiques ni moins pressants. Fxaminez , disail-il, considérez ce qui se passe. C'est pour vous que l'autel est dressé : Pro te moifa mysteriis cjcsiructa est [Joun. Jerosol.). C'est pour vous que l'agneau va être immolé : Pro le agtius iinmolutur. C'est pour vous que le prêtre s'intéresse, el qu'il sollicite : Pru le nngitur sacerdus. Vous êtes le coiipablo dont on ménage la grâce , et ce sacrifice est le pacte même el le contrat en verlu duquel clic vous est accordée. De là , jugez quels sentiments vous doivent donc occuper dans ce sacrifice d'expiation. Ne sonl-ce pas ceux d'un pécheur contrit , el d'un pécheur reconnaissant? d'un pécheur contrit, car c'est par cette pénitence du cœur, par celte contrition du cœur que doit être, pour ainsi dire , scellé cl ratifié le traité de paix qui se négocie entre Dieu el vous ; et comme l'Apôtre accomplissait dans son corps ce (lui manquait à la passion de Jésus Ciirist , c'ist par là, selon le même langage, que nous devons accomplir ce qui mancjuc au sacrifice de Jésus-Christ ; d'un pécheur reconnaissant, au souvenir et à la vue des miséricordes infinies d'un Dieu qui, tout offensé qu'il est , tout juge qu'il est, se fail lui-même, pour vous racheter, votre rançon et le gage de votre salut. David disait : Que rendrai-js au Seigneur pour tout ce qu'il m'a donné : fjiiid relribuum Domino (Ps. CXV)? Je prendrai le c ilice de mon Sauveur , ajoutait le, même prophète , el j'invotiU' rai le nom de mon Dieu : Calicem salutaris accipiam , et nomen Doinini iinwcabo (Ibid.). Ce n'est pas assez, poursuivait encore ce saint roi ; mais, en invoquant le Seigneur, je le bénirai mille fois; cl, sans oublier jamais les

CAIŒMii. SKUMON XXII. Sliî I/AVEIJGLEMKNT SÎIUMLEL.

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grâces dont il m'a combla , jo lu.i présoutorai sans cesse le juste tribut de mon aaiour et le sacritice de in«s louan^rs : Laitdaus iiivovabo Poininum [l's. CX\). ^'(lilà ce (jui doit lairc < haque jour devant l'autel notre plus commun entretien.

.Mais peut-être, mes eliers auditeurs, n'ètes- \ous pas bien persuadés de la vérité et de la grandeur du divin mystère dont je vous parle ; peut-éirc une infidélité secrète est-elle la source de tant de dé>ordrcs qui s'y conimellent. Car il en faut venir au principe. ()uand on vous dit que ce sacrifie • est le renouvillemenl de la mort de votre Uieu, et comme la consommation du grand ouvrage de votre sahit, pcul-èlre a\ez-vous peine à le comprendre. Or, sur cela , sans entre|irendre de vous convaincre, je n'ai qu'un simp'e raisonnement à vous opposer, el c'est par là «(ue je finis. Ou vous croyez ce que la fui nous enseigne du sacrifice de notre religion, ou vous ne le croyez pas. Oiielquc parti que vous preniez, vous êtes sans excuse. Car, si vous le croyez , si , dis-je , vous croyez que c'est un sacrifice offert au vrai Dieu, et où le vrai Dieu lui-même est oITert, je conclus «lue vous êtes di)iic eu quelque surle [dus «riminels que les Juifs , plus crimimlsque l.iiit d'hérétiques dont vous avez en horreur les sacrilèges profanations. 11 est vrai, les Juifs mil crucifié, comme parle saint l'aul, le Seigneur de la gloire ; mais, en le crucifiant , ils ne le connaissaient pas, et s'ils l'eussent » onnu , dit r.Vpôlre, ils n'auraient pas porté îur lui leurs mains parricides : Si eniin cofjnovissent, numpuun Duminumijloriœ crucijixissenl {lCor.,\l). Il est vrai, 1rs liéréliqucs ont porté le feu et le fer dans ses temlilrs pour les déiruire, ils ont souillé ses .lurds, ils ont brisé ses tabernacles , ils l'ont lui-même foulé aux pieds ; mais en cela même, après tout, ils agissaient conséqucmment à leur erreur. Au lieu que, par une contradiction insoutenable, fidèles el infidèles tout ensemble, fidèles de créance et de spéculation , infidèles de mœurs et de pratique, vous profanez ce que vous adorez. Que si d'ailleurs c"e>t absolument la foi qui vous manque , si vous ne croyez pas Jésus- Christ présent dans ce que nous appelons son sacrifice, pourquiii donc y assistez-vous? Que ne levez-vous le masque, et pourquoi xius faites-vous un devoir de célébrer avec nous nos fêtes, cl d'obéir à une loi qui, selon vos fausses idées, n'est plus un commandement ni une obligation pour vous"? Ah!

chrétiens, à quoi nous réduisez-vous? à douter de voire foi, à souhailerque \ous vous retranchiez de la communion des fidèles, que vous voui bannissiez vous-mêmes <!c nos assemblées, et ([ue vous n'ayez plus (le part à nos cérémonies. Que dis-je? Non, mes frères , ce n'est point là le souhait que je forme. J'attends toul un autre fruit de ce discours. Nous irons toujours à la sainte montagne sacrifier au Seigneur, mais ce sera désormais le Seigneur lui-même qui nous y attirera. Nous irons nous prosterner de\ anl lui, nous entretenir avec lui, nous unira

lui. Nous irons lui présenter nos hommage», et il les agréera; lui olTrir nos vœux, et il les écoutera ; lui demander ses grâces, et il les versera sur mms avec abondance. N'dus irons réparer nos scandales p issés, édifier l'Kglise, nous sanctifier nous-mêmes. Nous irons nous laver, nous purifier dans le sang de cette divine liostie, qui doit être pour nous le prix de réternilé bienheureuse, où vous conduise, etc.

SKRMON XXli.

roiR i.E meucredi ue la quatiuè.vie semaine.

Sur ravciKjlciiient spiiiluel.

Pro^lerions Jésus vidll liomiiiein kccuiii j iiullviialc

/.iiri(/HC J('s!« imssiiit, il ni tut homme qui était aveutjla (Ih su naisiimce (S. Jeun, cli. I,X).

SlRK,

Ce. fui un prodige bien surprenant que celui (|ui parut dans le monde cl qui esl rappoiié dans lEcrilure au chapilre dixième de 1 A'jorff, quand Moïse, disposant à son gré ou plutôt selon l'ordre et le gre de Dieu, des téiièiires el de la lumière, partagea tellement l'Kgyiile, que tout ce qui était hatiilé par les Kgyi>iiens se trouva couvert d'une obsrure et profonde nuit, en sorte qu'ils ne se distingnaienl pis les uns des autie<, au lieu que les Israélites, dans l'étendue du même pays, j(Uiissaienl d un jour pur et serein : Et faclœ siinl leiubrw liorrilides in iniivrrsa terrn /lù/ijpli ; ubitumque mitnn habilabant filii hrael, lux er<U {Exod., X). .Mais j'ose dire, chrétiens , (lue voici encore quel(|ne chose de plus prodigieux dans noire Évangile , où le Saint-Esprit nous fait paraître des liommes aveuglés par le même miracle qui sert à ouvrir les yeux aux aveugles mêmes, et à leur rendre l'usage de la vue. V.w effet, le Sauveur du monde, usant do ce pouvoir absolu qu'il avait reçu de son Père et qu'il exerçait comme Dieu, guéiil un pau>re, a\eiigle depuis sa naissance; et ce miracle produit Imit à la fois deux effets bien opposés. Il éclaire l'aveugle-né, el il aveugle les pharisiens. 11 éclaire l'aveuglené en lui faisant connaître , beaucoup plus encore par les yeux de resjjril que j)ar les yeux du corps, l'auteur de son salut, et en l'engageant à l'adorer et à lui rendre hommage comme à son Dieu : El prucidcns ado- 7(iiil eum {Joun., IX). El il aveugle les pharisiens en leur servant d'occasion pour s obstiner davantage dans leur incrédulité, et pour refuser plus 0|)iniâlreiiient de se souiioUlrc à la vérité connue. Deux effels en (jiioi consistait ce jugco-.enl adorable, mais redoulable, dont parlait le Eils de Dieu, cl pour leiiuel il avait été envoyé. Car je suis venu dans le monde, disait-il, et le jugeiiicnt que j'y dois exercer est que ceux (jui ne voient pas verront, el (|ue ceux qui voient cesseront de voir : In judicium ryu in Ininc miindiim veni, ut (/ni non vident videant, et qui vident cwci fiant (Ibid); c'e^t-à-dirc je suis venu pour guérir l'aveuglement intérieur des âmes humbles et dociles nui chcrcheut

Dieu de bonne foi

ORATEURS SACRES. BOUUDALOUE.

en

el pour redoubler, au tontrairc, par la souslraclion des dons de la fjrâce , l'aveuglement do ces âmes prcsompliicuscs et superbes que leur orgueil éloigne (le Dieu.

Or. voici , chrétiens , ce jugement accompli. Car l'aveugle de notre Evangile était un homme simple el ignorant, et îcs pharisiens étaient les sages et les spirituels du judaïsme. Cependant , C( s sages demeurent dans une infidélité criminelle, et ce pauvre vst rempli des plus pures lumières de la foi ; ces spirituels el ces intelligents deviennent plus aveugles que jamais, et cet aveugle est tout à coup instruit et pénètre ce qu'il y a de plus saint et de plus divin dans la religion : Ut qui non vident videant, et qui vident cœci fiant. Jugement qui se renouvelle encore lous les jours au milieu de nous. Mais, sans m'arréler à ce qu'il a de favorable pour les uns, sur qui Dieu répand toutes le^ richesses de sa miséricorde, je veux seulement vous le représenter dans ce discours par ce qu'il a de terrible et d'effrayant pour les autres, sur qui Dieu déploie toute la sévérité de sa justice. C'est donc, mes cliers auliti'urs, de l'aveuglement .spirituel que je prétends vous entretenir ; de cet aveuglement intérieur qui va jusqu'à l'âme et qui la tient plongée dans les plus grossières et les plus funestes erreurs ; da cet aveuglement dont saint Augustin disait en s'adressantà Dieu : Malheur à ces aveugles qui ne voient point, ô mon Dieu I et dont les yeux , couverts d'un nuage épais, Redécouvrent point vos divims véiités : Vœ faligiminlibint ociilis qui te non vident {Aiig.). }c vais vous en faire connaître les dilférentes espèces , après que nous aurons invoqué le Siiiit-Ksprit par l'intercession de Marie : Ave, Maria.

Il n'y a point de matière sur laquelle l'Ecriture se soit expliquée dans des termes plus différents et même en apparence plus contraires que sur l'aveuglemeijt spirituel ; car tantôt elle l'impute à la malice des hommes : lijTcœcavil illos malilid eorum (Sop.,11); lanlôt à la vengeance de Dieu : Excœca cor populi hujus { lsai.,Y\); tantôt au démon qu'elle appelle le Dieu du siècle : In quibus Dcas hujus sœruli e.rcœcavit mentes infidelium (Il Cor., IV). Quelquefois elle déplore «et aveuglement intérieur comme malheureux, et d'autres fois elle le déteste comme criminel ; quelquefois elle en fait un sujrt d'excuse : Iqnosce iliis, nesciunl enim quid fiiciunt {Mullli., XV;, et d'autrefois un sujet de reproche : Yœ voliis, duces cœci, et duces cœcorum (Malth., XXlll). Or, c'est la diversité ou, si voulez, l'apparente contrariété de ces expressions qui a fait naître sur cctle matière tant d'embarras, et (jui l'a rendue si (liflliile à déveloiiper. Cependant , pour éclaircir autant qu'il m'est possible et pour accorder ensemble tous ces textes de l'Ècrilure, voici le dessein que je me propose et que je vous prie de bien comprendre. Je distmgue, avec le docteur angélique saint Thoma- , trois sortes d'aveuglements : un a^c^-

glcment qui de lui-môme est pécîré, nn aveuglement qui est la cause du péché, el uu aveuglement qui est l'effet du péché. Aveuglement péché, c'est celui qui nous est marqué dans ces paroles de la Sagesse : Leur propre malice les a aveuglés : Excœcnvit illos malitia eorum {.Sap., II). Aveuglement cause du péché, ce fui celui de saint Paul qui disait de lui-même : J'ai été un blasphémateur, j'ai été un persécuteur de l'Eglise, mais du reste je l'ai été par ignorance : Ignorons feci (I Tiin., I). Aveuglement effet du péché, c'esl relui dont parlait Isaïe en demandant à Dieu qu'il aveuglât le cœur de son peuple : Excœca cor populi hujus. 'V^ons verrez le rapport qu'ont a ces trois points toutes les questions qui regardent l'aveuglement de l'esprit. Mais auparavant je fonde sur ces principes de saint Thomas trois propositions <|ui me paraissent d'une utilité infinie pour 1 élilicalion de vos âmes, et qui vont partager ce discours. Car je dis que l'aveuglemenl, qui de lui-même est péché , est de lous les péchés le plus pernicieux et le plus contraire au salut : c'esl la première j>arlie. Je dis que l'aveuglemeiit qui est cause du péché est communément, pour servir de prétexte au péché, l'excuse la plus fiivole et la moins recevable : c'est la seconde partie. Je dis que l'aveuglement qui est l'elTet du péché est la peine la plus terrible dont Dieu, dans celte vie, puisse punir le pécheur : ce sera la conclusion. Aveuglement comble du péché, vaine excuse du péché, et dans celle vie dernière vengeance du péché. Donnez à ces trois points importants toute votre attention.

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