‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 57 sur 132 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Soit que nous consultions la foi, soit que nous en jagions par les principes de la droite raison, il est certain qu'il y a un aveuglement qui de lui-même est criminel , parce qu'il est volontaire et même affecté. C'est-àdire qu'il y a un aveuglement que nous eu- Irelenons dans nous, d'où nous ne voulons pas sortir, et que nous préférons spcrèlement à toutes les lumières de la vérité; un aveugleiiient qui fait que le pécheur craint de trop voir, el qu'il évite de connaître, ou le mal <)uil fait , ou le bien qu'il ne f.iit pas et qu'il est intérieurement déterminé à ne pas faire. Comme s'il disait : Je ne veux pas être plus éclairé que je suis ; j'ignore mes obligations, mais je veux bien les ignorer, ou du moins ne les pas approfondir; mon aveuglement me plaît, il m'est commode, et, bien liiin d'en être en peine et de vouloir le corriger, jeui'enfaisun fond de tramiuillité cl de paix donl dépendent toute la douceur et tout le bonheur de ma vie. Telle est la nature de ce péché. Mais se Irouve-t-il dans le monde des âmes assez insensées pour en venir jusque-là? Oui, mes chers auditeurs, le monde en est plein; el, ce qui marque encore bien plus la corruption du monde , c'est que l'on en vient jusque-là sans passer pour insensé: car, si ce péché était, dans l'opinion des hommes, généralement décrié et reconnu poui

r.vREME. SKRMU.N X\ll S^Ji; LAYEL'GLEMEiNT SPIRITUEL.

(«lie, il sorail plus lareel moins contagieux ; tiiai*8 aujourd'hui c'est un ilésonlrc coiiiinuii, (lue l'espril perverti du monde a su inOine en quelque façon autoriser par le nombre et la ()ualil6 de ceux qui y sont engagés.

En elTel, chrétiens, prenez garde à celte induction, qui va vous développer ma pensée « t qui me servira d"abord de preuve. Je dis que cet aveuglement volontaire et affecté est le péché des libertins et des prétendus athées, qui, dans eux mêmes et par les seules vues naturelles, ont des lumières plus que suffisantes pour connaître Dieu, cl qui, par conséquenl, ne peuvent l'elTacer de leur esprit, ni cesser de croire en lui que parce qu'ils ne veulent pas s'assujettir à lui, et qu'à force de l'offenser, ils parviennent enfin à l'oublier <t ensuite à le méconnaître. Excellente idée que TertuHien donnait autrefois de l'athéisme, lorsque, après avoir démontré que Dieu, en qualité de prcn)ier être, est le plus connu de tous les êtres , il concluait que le désordre des impies était de ne ïouloir pas reconnaître celui qu'ils ne pouvaient jhmais absolument ignorer : tJl fiœc est fiimmn (leUrd tio- Irntium lecognofcere qucm iijnorarc non passiint ITerliilL). Où vous remarquerez que ce urand homme, bien éloigné de donner dav.s les vaines subtilités de ceri.iins théologiens modernes, ni de raisonner comme eux en fiisnntde dangereuses suppositions sur ce qui regarile l'existence et la foi d'un Uieu , n'admettait point d'ignorance de Dieu, qui , selon lui, ne fut un crime mmistrueux; et cela fondé sur la parole expresse de saint Paul, lequel a toujours traité d'inexc uables ceux qu'une téméraire présomption aveugle jusqu'à douter de la Di\inité : linisibilia c)us, per ea quœ facln surit, intellecdi, conspiciiintur, ita ut siiit inrxciisabiles {Itom., I). L'insensé, dit le Saint-Esprit, a balancé entre sa raison et son cœur : sa raison lui a dit qu'il y avait un Dieu, et son cœur rebelle lui a dit qu'il n'y en avait point ; et parce (|ue son cœur a malheureusement prévalu sur sa raison, malgré les vues de sa laison, il a suivi le mouvement de son cœur, jusqu'à conclure , conformément à ses désirs , <|u'il n'y a point de Dieu dans l'univers : JUxit insipiens in corde suo : Non est Deus [l's. LU). Aveuglement volontaire et affecté, qui, dans la société des hommes, fait les libiTlins de créance et de religion.

Je dis que c'est le péché de certains hérétiques de mauvaise foi, qui ne sont tels que parce qu'ils sont déterminés à l'étie. Car il y en a dont la prévention va jusqu'à ne vouloir pas même s'instruire , jusqu'à rejeter indifféremment et sans chois tout ce qui serait capable de les convaincre, jusqu'à concevoir une secrète aversion pour la vérité, jusqu'à se faire un point de conduite et un principe de ne revenir jamais de leurs erreurs. Prévention que saint Augustin condamnait dans les Manichéens, quand il leur reprochait qu'ils avaient moins de docilité pour les sacrés oracles de l'Ecriture et pour "la parole de Dieu, que pour les traditions humaines et pour les livres des profanes. Aveu-

glement volontaire et affecté qui fait k-s schismatiques et les hérétiques.

Je dis que c'est le péché des sensuels et des \oluptueux, <îui, pour goûter avec moins de trouble leurs infàtnes plaisirs, ne veulent pas tiiênie entendre parler des vérités éternelles, et ont l'audace de dire à Dieu ce (juc le saint homme Job leur mettait dans la bouche, pour exprimer le malheur ou plutôt le dérèglement de leur conduite : Et dixcrunt iJeo: llecede a nobis, scienlùim viarum tuantin noliimns {Job, XXI) ; ils ont dit à Dieu : Retirez-vous de nous, Seigneur, et cessez de répandre dans nos esprits cette sciener, quoiijuc divine, qui nous découvre n)algiê nous la >oies du salut. C'est une science importune ; ( t dans la possession où nous sommes de vi- ^ re au gré de nos passions et de satisfaire nos sens, elle ne ferait que nous in(|uiéter et ()ue nous alarmer. Héservez pour d'autres CCS \ives luinièris <iui sont les dons prêt ieiii de votre ^ràce : nous ne sommes pas encore disposés a les rerevoir; il en coûte trop pour 1rs suivre, et même il en coûterait trop, si i.ous les avions, pour ne les pas suivre ; il \aut mieux, pour notre repos, ((ue nous en soions privés. Il est vrai (jue la science de vos commandiuM'uts et de \olro loi est la scii'uci- des saints, mais elle cngag<' à des choses trop pênii)les et trop contraires à toutes nos inclinations, pour souhaiter même que vous nous l'accordiez. Ca niuîncemcnt à soi-même , ce crucifiement de la chair, cette nécessité indispensable de la (lénitence, tout cela, si nous y pensions, nous désolerait, et la vue que nous eu aurions em|)iii>onnerait ce qu'il y a pour nous dans le momie de plus agréable et de plus doux. Nous aimons mieux passer nos jours dans une ignorance proloude et être moins instruits, Seigneur, de ce que vous nous commandez, alin de pouvoir joair sans remords des plaisirs que vous nous défendez. Car c'est ainsi <|ue ces p.iriisans du monde , esclaves de la passion et dominés par la sensualité, s'en expliiiuent, ou du moins c'est ainsi qu'ils U\ pcnseni. Aveuglement volontaire et atïeclé,qui fait les charnels et les impmliques.

Je dis que c'est le [léché de certains esprits pleins d'eux-mêmes, qui, par un cfl'ct piioyable de leur orgueil , ne peuvent supporter la vérilé, du moment que la vérité les humilie; ((ui , dès là, s'opiniâtrent à la fuir, au lieu qu'ils devraient, pour cela même , la chercher; qui, comme dit saint Augustin, aiment ccltg vérité quand elle leur est favorable, mais qui la haïssent, qui la rejettent quand ils en craignent la censure : Amant lucentein,o(ler uni redarguenlem{Atig}: le péché de ceux qui, possédés de leur amourpropre, ne veulent pas voir leurs défauts , quoique grossiers, et ne peuvent souffrir d'en ère repris ; qui prennent pour ofl'enses les plus charitables avis qu'on leur donne , et les plus salutaires remontrances qu'on leur fait ; qui, bien loin de les recevoir comme de bons offices, s'en font des sujets de res-. sentiment et d'aigreur, et ne se tiennent obligés qu'à ceux quT, par une fausse anuUo

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