CD
ORATEURS SACRES. BOURr>ALOUE.
em
o!i par une lâche compliisance, ont soin de l'Mir rnchcr tout ce qui 1rs blesse, de leur dissimuler tout ce qui les niortiHe, quelque vr.ii qu'il puisse être d'nilleurs, et quoiqu'il lût si utile et si nécessaire pour eus de le connaître ; le péché de ceux qui veulent inêini' qu'on leur applaudisse jusque dans leurs faiMesses,et qu'en les loue, comme parle riÙTilure. jusque dans les désirs de leurs âuii'S, c'est-à-dire jusque dans leurs passions les plus violenles et dans leurs en- Irepi'ises les plus injustes ; qui metlent tout leur Lonheur à être dallés et trompés, qui rnmplent le mensonge pour un bienfait, et l'ailulation pour une marque de respect : //«■ nimiriim, ce sont les termes de saint Jérôme, dans la belle peinture qu'il nous en a tracée: Gênaient nd circuinvenlioncm siiam, el illasionem pro bcneficiu l'omint (llieron.). Aveuglenieiit volontaire et affeclé , qui fait les incorrigibles.
Knfin, je dis que c'est le péché d'une infinité de chrétiens, qui, par une aulre erreur encore plus damnable, ne veulent pas s'éclaircir sur certains faits, sur certains doutes , sur certains troubles de conscience, parce qu'ils sentent bien, pour peu qu'ils se sondent eux-mêmes, qu'ils ne sont pas dans la disposilion d'accomplir des devoirs à quoi cet éclaireissement leur ferait voir qu'ils sont oblif;és ; et voilà ceux que le prophète avaiten vue dans le psaume Irenle-cinquième, et dont il disait : Naluit intelligere ut bcne aqeret {Psiit. XXXVj : Le pécheur n'a pas voulu savoir le bien, parce qu'il ne l'a pas voulu faire. Ainsi un homme, auparavant obscur et inconnu, s'est poussé, par ses intrigues, dans ces em|ilois où, sans un miracle de la grâce, il est presque aussi impossible de se sauver, qu'il est facile de s'enrichir en liès-peu d'années; on l'a vu s'élever, de l'extrême imligence ou d'un état médiocre, à une prospériié qui scandalise le public ; chargé de l'administration du bien d'aulrui, dans le maniement qu'il en a fait, il n'a eu ni l'exactitude ni peut-être la bonne foi nécessaires pour ne pas confondre les intérêts du prochain avec les siens propres. Celui-ci, dans les fonctions de la magislralure, a cent fois montré, aux dépens du faible et du pauvre, ce qu'il pouvait en faveur de ses amis ; celui-là, pourvu dans l'Eglise de bénéGces, on a joui et en a ilissipé les revenus, sans avoir égard aux obligations onéreuses qui y étaient attachées. Si , dans chacun de ces étals, l'on venait, après quelque temps, à «^ntrer dans la discussion des choses et à peser tout dans la balance du sanctuaire, il est évident qu'on y trouverait bien des com- )iles à rendre, bien des injustices à réparer , bien des restitutions à faire; or, tout cela embarrasserait et réduirait à des exlrémilés lâcheuses. Que fait-on? pour s'en ôler l'in- ([uiétude et le scrupule, on s'en Ole la con- «laissance; on s'étourdit là-dessus, on prend Je parti de n'y point penser. Faut-il cependant s'acquitter d'un devoir de religion? faut-il , pour satisfaire au précepte de l'Eglise, approcherdu tribunal delà ;!éniteuce?
on cherche un confesseur c.niniode , c'està-dire un confesseur peu habile ou peu zéié qui, content de voir à ses pieds l'iniquité couverte des apparences de l'humilité, dé'io sur la terre ce que Dieu dans le ciel ne déliera jamais, et, sans rien exiger davantage qu'une confession légéreetsuperficieilc, bénit encore Dieu d'une prétendue conversion, sur laquelle les anges de la paix et les vrais mini-Ires du Seigneur ne peuvent a>isez amèreu:cnt pleurer, .aveuglement qui fait les insensildcs et les endurcis.
Or, j'ai ajouté et je soutiens que , de tous les péchés dont l'hoiiune est capable , il n'v en a point de plus contraire au salut : pourquoi? en voici la raison , qui est sans répl que : parce que cet aveuglement volontair; exclu! la première de toutes les grâces, qui est la lumière divine , et par l'exclusion dcelle première grâce, nous met dans une es pèie d'inipos-ibilité de parvenir à aucun : grâce. C est la pensée de saint Augustin . d'où il s'ensuit que ce péché ferme, pour ainsi dire, à Dieu, 1 1 porte de noire cœur, et réduit Dieu, tout Dieu qu'il est, à moins qu'il n'use de sonsonierain empire et qu'il ne fasse un dernier effort de sa miséricorde , comu'.e dans l'impuissance de nous sauver : écoulez-moi, et vous en allez convenir. Point de péché plus contraire au salut que celuilà : car, dans tous les principes de la théologie, la première giâce du salut, c'est la lumière qui nous découvre les voies de Dieu, et qui nous fiit connaître nos devoirs : lumière absolument nécessaire, puisque, dans l'ordre de la grâce aussi bien que dans l'ordre de la nature, pour agir librement il faut connaître, et pour (onnailre il faut être éclairé de Diiu.Que f.iisons-nous donc quand nous rejetons cette lumière? nous détruisons dans nous-mêmes le fondement du salut, et, par l'obslacle ([ue nous apportons à cette seule grâce, nous renonçons , autant qu'il est en nous , à toutes les autres grâces que Dieu tenait en réserve dans les trésors de sa miséricorde , et par où il voulait nous convertir et nous attacher à lui.
Car, négliger cette lumière, beaucoup plus la craindre et la fuir, c'est dire à Dieu que nous ne voulons pas qu'il nous prévienne de son amour, et que nous ne voulons pas qu'il nous imprime la crainte de ses jugements, que nous ne voulons pas même qu'il nous donne de la confiance en lui, que nous ne voulons pas qu'il touche notre cœur, el ((u'il en fasse uncœurpénilenl et contrit : comment cela? parce que, dans la doctrine de saint .Augustin, 1.1 crainie de Dieu, l'amour de Dieu, la confiance en Dieu, la haine du péché, sont autant de grâces d'inspiration el d'affection, i\u\ supposent essentiellement les grâces de lumière et de connaissance. Du moulent donc que nous renonçons par un aveuglement volontaire à celle grâce de ccnuaissance, nous nous rendons incapables de tous les autres dons de Dieu el de tous les sentiments qui pouvaient nous ramener à Dieu. Oi-, je vous di'uiande si l'on peut rien concevoir de plus directement oppo.-é au sa-
CAREME. SERMON XXII. SUll L'AVEUGLEMENT SPIRITUEL.
lui? Prônez garde, s'il vous plaît: tandis iiuc nous avons cc> caiiiiaissaiices (jui nous relaient par rap|uiriau«aliil, liiulquo pùiiioiirs, «lu ri\ste,quo nous soyons, Dieu agit encore dans nous , cl , malgré la corruiiliou dr nos mœurs, nous soinnics toujours, eu (lueiqiie manière, sons rempire de sa grâce. D'où vient que le Sauveur disait :M;ir(liez pendant que vous avez la kwnière : Ambultilc ilum hiccmhdbclis {Juan. \ll). Mais, dès que celle lumière nous manqi:e, toutes les opérations de la grâce cessent, el nous pouvons dire que nous cessons d'être nous-mêmes dans la voie du salut. Je dis plus; car, non-seulement ce péclic d'un a\eug!ement vidontaire nous ôle la lumière , mais il nous Ole même le désir d'avoir la lumière ; nonseulemenl il nous fût sortir de la vo e du salut, mais il nous l'ail perdre, en quelque façon, l'espérance d'y rentrer, puisqu'il est certain que le premier pas pour rentrer d.ius la voie du saint, est de la clievclier, de l'étudier , de vouloir l'apprendre: or, c'est à ijiioi ce péché a une essentielle opposition. S.iinl Clirysostome nous en donne la ligure et la preuve dans l'exemple de ra\eiigle de Jéricho : i et aveugle eûl-il jamais été guéri par le Fils de Dieu, s'il ne l'avail ardemment désiré? non; mais il cria, mais il pressa, mais il importuna , mais il témoigna une envieextrémede voir: Domine, rit rvlcum (Luc, X\'11I); et c'est pour cela (jue Jésust^hrisllui rendit la rue. Nous ne faisons rien de semblable, c'esl-à-dire nous n'avons pas même ce désir que Dieu nous éclaire, et nous ne pensons pas à l'exciter ni à le demander; nous sommes donc dans le dernier éloignement où nous puissions être du royaume de Dieu Je me trompe ; il y a encore quehiue chose de plus affreux dans ce péché : et quoi'/ c'est que souvent , bien loin d'avoir celle volonté sincère d'être éclairés de Dieu, nous en avons une loule contraire, et qu'au lieu de dire à Dieu : Seigneur, que je voie, nous nous disons seerèlemi ni à nous-mêmes, par un attachement opiniâtre à noire désordre : Que je ne voie jamais ce qui me gêne et ce qui ne servirait ([u'à me troubler, l'éché que je n'appelle plus simple péché, mais, si j'ose le dire , une fureur pareille à celle de l'aspic, qui, selon la comparaison du Saint-Esprit, se bouche les oreilles , pour n'entendre pas la voix de l'enchanteur ; Faror illis secundum simililudinem sejpentis; sicul aspktis surdœ cl obturnnlis aures suns (Ps. LVll); avec cette différence, dit saint Bernard, que quand l'aspic bouche ses oreilles, c'est pour conserver sa vie, au lieu que, quand nous fermons les yeux à la vérilé, c'est pour notre ruine et pour notre mort.
J'ai dit que ce péché seul niellait Dieu dans une espèce d'impuissance de nous sauver, et l'obligeait à nous dire, quoique dans un autre sens, ce que Jésus-Christ dit à l'aveugle dont je viens de vous proposer l'exeinp'e : (Jiiid libi vis facinm [Luc. XVIilj'.'A quoi m'o!d!gcs-lu, pécheur, cl, dans l'élat malheureux où je le vois, que vcux-lu que je le
fasse? Q le je le s.iu\c sans grâce? cela n'est pas dans mon pouvoir. 0''" j*^ '" donne des grâces sans lumière? il n'y en eut jamais de la sorte. Que, p.ir des lumières forcées, je le sanctifie ni.ilgré toi? ce n'est poiiii l'oriiiu de ma pinvidenee. Que, par un ;i!irai le spécial, je change j our loi les lois de c:iic providence? ma justice s'y oii|)0,se, el ma miséricorde même ne l'exige pas. Il faul donc, en ni'.iccommoilanl à les dispositions , que je le laisse périr, et, parce que tu veux l'aveugler, que j'ariêle le cours de mes grâces, puisqu'il n'y en a aucune qui le puisse convertir tandis ()uc tu persisteras à ne vouloir pas connaître h s vérités du salut.
Je sais, cliréliens, queDieu peut, independaiiiiiienl de nous, pénétrer nos esprits de ses lumières. Je sais (|u'il est de leur essence, en tant que ce sont des grâces, d'êlie produites dans nous sans nous-mêmes:/» nobis sinr nubis {Aufj.), dil saint Augustin. Je s.iis (lu'il ne nous est pas libre de les recevoir ou de ne les pas recevoir, (juoiqu'il nous sait libre, après les avoir reçues, d'en bien ou d'en mal user. Mais il est toujours vrai que, (lirinil nous haïssons, quand nous fiiyous ces lumières, nous formons tout l'obstacle à notre salut qu'une créature lie sa part y peut former, el que, pour surmonter cet olistacle, il laudrait ((ue Dieu employât des grâces ex- Iraordiiiairi s, et qu'il fîl un miracle de sa toute-puissance. Or, cela me suffil pour avoir droit de dire que celle esjièce d'aveuglement est donc, de lous les péchés, le plus ojiposé à la eonversionel.iu salul de l'honiine. réché, mes clicrs auditeurs, où nous devons lous craindre de tomber, mais encore plus ceux qui, dominés par leurs liassions, se laissent emporter au torrent du monde. Et voilà pourquoi je voudrais que lous ceux qui m'écoulenl se proposassent aujourd'hui de faire lous les jours à Dieu celle prière que faisait si souvent David, et qui marquait si bien la droiture de son cœur : Rciela oculos ineos {Ps. CWllI) : Seigneur, éclairez-moi, el ouvi'ez-moi les yeux. Illumina Unebras mcas (Pf. XVII) : Seigneur, dissipez les ténèbres de mon esprit. Jlhn'lra faciem tuam super serrutn luum (Ps. XXX.) : Faites rejaillir l'éclat de votre visage sur votre serviteur. Détrompez-moi des erreurs et des fausses maximes du siècle. Je suis aveugle, il est vrai ; mais au moins, par voire miséricorde, ô mon Dieu 1 je ne me plais pas dans mon aveuglement, puisqu'au contraire je le déplore et que je l'ai en horreur. Je marche dans l'obscurité d'une foi languissante et imparfaite : mais au moins jedésire vossaintes lumières, je vous les demande, je suis dans l'impatience de les obtenir, je les préfère à toute la sagesse mondaine, je veux, me disposera les recevoir. Et parce que je sais que ce n'est point dans le bruit et Iclumulle du monde que vous les répandez, et qu'au contraire c'est là qu'elles s'évanouissent, je veux désormais me séparer du nionde ; jo veux régler mes occupations et mes conversations, et en retrancher le superflu; je veux m'occuper de vous et de niui-uiême,aûn que,
F;93 OnATEURS SACRES. BOURDALOUE.
ilans lo silence d'une vie Irnnqiiillc cl inlé-
rieure, je puisse entendre voire voix cl profiter de vos divines instriiclions. Ah I mon ni(ii, changez donc el purifiez mon cœur : Cm- mtmdum créa in me Dens {Pi.h].\VX comme il ne peut être réglé que parles connaissances de l'esprit, renouvelez le mien : Et spirilwn rectum innova in viscerihus meis (Ihid.). Donnez-moi celte intelligence qui (ail les prédestinés et les saints : Da mihiintellectum, ut sciam justificationes tuas (Ps. CW'III). Si je vous la demande, Seigneur, ce n'est point pour me rendre plus habile dans les affaires du monde ; ce n'esl point pour avoir l'estime et l'approbation du monde ; ce n'est point pour me distinguer et pour m'éie- \er dans le monde : je serai toujours assez distingué, Seigneur, quand je le serai devant vous i t auprès de vous ; je serai toujours assez grand quand je vous craindrai. Mais donnez-la moi pour n'ignorer rien, dans ma condition, de tous mes devoirs, pour savoir toutes vos volonlés et pour les accomplir. Je puis me passer de tout le reste, et je renonce môme absolument à tout le reste, s'il ne me conduit là -.Utsciamjustificaliones luas. C'est ainsi, chrétiens, que vous vous préserverez de ce premier aveuglement qui de lui-même est péché : parlons mainlenant du second, qui est la cause du péché : c'est la seconde partie.