C.MtÉMi;. SERMON XXII!. Sm L'E'VANC.II.E DE L'AYra'CLi: NE
<]iioi n'aperçoit-i! pns en eux ce qui les rend ou uicprisal)les ou iiisuppurtables à tout le mondo? parce qu'il a lui seul uf. intérêt eu i-ux, <iuc tout le iiuMule n'a pas; pour(|uoi approuvc-l-il juscju'à leurs folies et à leurs extravagances? p.irce que leurs estra\ag.inces et leurs folies ont ilu r.ipport à son inlérèl; c'est ainsi que l'inlérèl corrompt et affaiblit la raison.
Mais cet affaibli-senient et celle corruption de la raison par l'intéièl paraît enrore bien plus dans l'opposiiion de deux intérêts contraires : car, que ne peut point l'aliénation ties esprits et des cœurs pour nous prévenir des erreurs les plus visibles au désavantage il'un ennemi; et dans quelle disposition ne nous met-elle i>as de ne pouvoir plus lui rendre justice, parce que nous sommes déierminés à le désapprouver et à le condamner ? il s'est attiré notre disgrâce, cela suffit ; avec cela, en vain ferait-il des miracles, ces miracles niêincs nous le feraient paraître odieux ; en vain posséderait-il toutes les vertus, les vertus les plus sincères prennent dans notre imagination la couleur et la teinture des vices les plus honteux : s'il est dévot, nous le regardons comme un séducteur ; s'il e>t Uonnétecl obligeant, nous le traitons de lâche et de flatteur; s'il est réservé, nous l'accusons de dissimulation et de fourberie ; s'il est ouvert, c'est, à ce qu'il nous semble, itnprudeiu;e et inconsidéralion ; il a beau se distinguer par le mérite de ses actions , cet intérêt, au travers duquel nous l'envisageons , nous déligure et noircit à nos jeux les actions les plus saintes; les autres ont beau lui donner des louanges , cet intérêt qui nous préoccupe, nous fait juger que tous les autres se trompent, et qu'il n'y a (]ue nous qui le connaissions ; en même temps qu'on lui applaudit, comme les femmes d'Israël applaudissaient à David, cet intérêt dont nous sommes dominés, nous envenime contre lui, de même qu'il envenima Saùl.
Et voilà, chrétiens, encore une l'ois, le caractère de tous les esprits ambitieux, surtout de ceux qui, sel>>n l'expression de saint Ambroise , se sentent piques de l'aiguillon de l'envie : Quibns amOitiurtis slintulus iHvidia est (Ambr.). Gomme r.imbilion et l'enNie ont pour objet le plus délicat de tous les intérêts, qui est la gloire , aussi ont-elles une malignité plus subtile pour aveugli'r l'homme dans toutes les occasions où cet intérêt d'honneur et de gloire se trouve eu compromis ; de là vient que , par une fatalité ou plutôt par une indignité que nous ne pouvons nous leprocher assez, il ne nous est presque pas possible de conserver des seiitiuients êquital»les pour ceux qui préleiident avoir mêmes rangs que nous, pour ceux (jui sont en état de nous les disputer, beaucoui) moins pour ceux qui les obtiennent et qu'on nous préfère : pour(|iioi cela ? parce que rinlérêl e^t comme nu nu ige entre eux et nous, que nolr<! raison n'a pas la force de d.ssiiiei- ; nuus jugeons sainemenl tie tout ce qui est au-dessus ou au-dessous de mitre sphère, j'entends de ceux qui, par leur élévation ou OiiATHi.'ns s.vi;i;i:s. X!\'.